Titre : Papa

Rating : T

Pairing : Slash, Yaoi, Mentor fic

Disclaimer : Pour votre plus grande déception (j'en suis sûre), je ne suis pas JKR.

Statut : Terminée

Résumé : Quand, à la fin de sa cinquième année, Harry apprend qu'un grand secret le concerne, il voit sa vie changer radicalement. Loin de ceux qui l'ont élevé et de ses amis, l'adolescent doit se créer une nouvelle histoire, s'adapter à une nouvelle vie et pourquoi pas, se découvrir une nouvelle famille.

Bêta : AudeSnape

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Chapitre 16

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Samaël était sur son lit au Chaudron Baveur, regardant le plafond en bois qui semblait prêt à tomber. Cette auberge était vraiment miteuse, mais il ne savait pas combien de temps il resterait en Angleterre et ne voulait pas dépenser toutes ses économies dans un hôtel haute gamme.

Il avait évidemment accès au coffre de son père en cas de besoin, mais lorsque Lucius lui en avait parlé à sa majorité, il s'était fait la promesse de ne jamais y toucher. Il voulait être indépendant et depuis qu'il avait eu ses diplômes, travaillait pour gagner sa pitance. Evidemment, il était tout de même privilégié car, logeant chez son père, il ne payait pas de loyer, ni les factures, ni la nourriture.

Il avait longtemps pensé à demander un prêt à Gringotts pour s'acheter un appartement ou une petite maison, mais n'ayant pas encore décidé dans quel pays il voulait vivre, où il voulait travailler, il ne s'était encore pas décidé.

Pourtant, redécouvrir l'Angleterre lui donnait la sensation d'avoir toujours voulu être ici. Ses voyages avaient été intenses, tous plus intéressants les uns que les autres, mais en revenant ici pour la première fois depuis six ans, il avait l'impression de rentrer à la maison.

Pourrait-il envisager de s'installer ici ? Après tout ce temps ?

Son travail était en Finlande, mais il n'y était pas vraiment attaché, sauf pour ses amis. Quelques milliers de kilomètres n'étaient rien dans le monde magique. Et qu'avait-il ici ? Severus…

Son entrevue avec son ancien professeur avait été instructive. Samaël pouvait dire qu'il l'avait découvert. Malgré ses aprioris, il avait fait le premier pas, poussé par ce que son frère lui avait raconté au fil des années. Il avait découvert son ancien professeur comme il ne l'avait jamais vu. Severus ne ressemblait en rien à l'homme autoritaire, méchant et acariâtre qu'il avait été, il était seulement une âme solitaire, plein d'esprit et de moral.

C'était une impulsion de pur Gryffondor qui l'avait poussé à proposer un nouveau rendez-vous. Aujourd'hui, la veille de leur rencontre, il ne savait plus vraiment quoi penser.

Alors il restait là, sur son lit, attendant un signe, une soudaine révélation ou simplement que le temps passe.

Ce furent des coups légers à la porte qui le sortirent de ses pensées. N'attendant personne, il fronça les sourcils et jeta un sort pour voir quelle heure il était. Il était toujours en pyjama et son petit déjeuner n'avait pas été débarrassé.

Haussant les épaules, Samaël se leva de son lit et alla ouvrir la porte. Il ouvrit les bras juste à temps pour recevoir une tornade blonde, l'étreignant de toutes ses forces.

« Ne me fais plus jamais ça… » murmura Draco, une main posée sur la tête de son frère alors qu'il l'enlaçait.

« Comment savais-tu que j'étais ici ? » marmonna Samaël, sa voix étouffée par la cape de Draco.

« Je te connais mieux que personne. Je savais que tu étais retourné en Angleterre. Je suis d'abord allé à la Tête de Sanglier et le vieux Dumbledore m'a dit qu'il n'avait pas vu un Malfoy depuis des années. Le pub des Trois Balais était fermé pour travaux, donc je suis venu ici. La tête de Tom en me voyant m'a confirmé que tu étais bien là. Il pensait que c'était moi dans cette chambre. »

« J'ai donné ton nom… » déclara Samaël en sortant de l'étreinte de son frère. « Je ne savais pas si l'Angleterre serait prête à l'arrivée d'un autre Malfoy… »

Draco donna un petit coup de pied à la porte pour la refermer derrière lui et observa la chambre avec une grimace.

« Tu sais que si père apprend que tu dors ici, il va tourner de l'oeil ? » dit-il en plissant les yeux. « Son précieux fils dans un endroit aussi miteux… »

« Eh bien il ne le sait pas, pas vrai ? » grogna Samaël, les bras croisés sur la poitrine.

« Non… » murmura Draco en s'asseyant sur une chaise. « Il n'a pas essayé de te chercher. »

Samaël sentit ses entrailles se tordre. Une appréhension incontrôlable naissant au creux de son ventre. Avait-il mis son père en colère ? Celui-ci ne voulait-il plus de lui ? Il avait été si mauvais fils que Lucius ne se souciait pas de l'endroit où il se trouvait ? C'était totalement irrationnel, il en était conscient, mais ne pouvait pas s'empêcher de craindre le pire.

« Il n'est pas fâché contre toi, » expliqua Draco, sachant parfaitement ce qu'il se passait dans la tête de son frère. « Il a peur de t'avoir perdu, il est fâché contre lui-même et veut te laisser du temps pour toi. »

Samaël soupira et se laissa tomber sur son lit. Il regarda Draco qui scrutait le petit déjeuner avec un oeil critique, avisant le toast à moitié mangé, le verre de jus de fruits et le reste que Samaël n'avait pas touché. Le jeune homme se leva ensuite, enleva sa cape et vint se coucher avec son frère, comme ils avaient l'habitude de le faire lorsqu'ils étaient plus jeunes.

Draco croisa les jambes et attrapa le paquet de Dragées surprises sur la table de chevet. Il en fit sauter un entre ses lèvres et grimaça lorsqu'il sentit le goût de la pâté pour chien envahir sa bouche. Tendant le paquet à Samaël, il lui fit un sourire narquois :

« Avec un peu de chance, tu auras le dentifrice et ça cachera ton haleine de chien. »

« C'est toi qui dit ça ? » ricana Samaël, piochant dans les bonbons colorés.

Les deux jeunes hommes restèrent un moment sans parler, regardant le plafond en mangeant des bonbons.

« Je rêve… » murmura Draco après quelques minutes, fixant la poutre au dessus, bouche ouverte, prêt à lâcher un bonbon sur sa langue. « Tu l'as pris avec toi ? »

Il venait seulement d'apercevoir que Swoopi était accroché au plafond juste au dessus de son visage. La petite boule qu'était la créature se fondait parfaitement avec le décor des planches vermoulues, si bien qu'elle était presque invisible.

« Évidemment, » répondit Samaël, fronçant les sourcils. « C'est moi qui m'en occupe. Tu ne veux pas l'approcher, les elfes en ont peur et papa ne l'aime pas. »

« Père l'a cherché pendant des heures… » murmura Draco. « Il pensait l'avoir perdu. Il est devenu fou… Je l'ai rarement vu dans cet état. »

« Oh… Je ne savais pas… Tu penses qu'il va m'en vouloir ? »

« Crétin… » ricana Draco. « Tu ne comprendras jamais rien. Il se moque bien de ce qu'il adviendra de ton foutu swooping evil. Il avait simplement peur de te voir souffrir encore une fois par sa faute. Il est conscient d'avoir fait une erreur en repoussant Severus. »

« C'est idiot, » marmonna Samaël en reprenant un bonbon. « Même si Swoopi s'était enfui, je ne lui en aurais jamais voulu. Swoopi est une créature sauvage et peut décider de partir à tout moment. »

« Ce n'était pas rationnel Sam… Il était en colère que tu sois parti sans nous prévenir, que tu ai balancé la dinde, qui a failli atterrir sur Sirius soit dit en passant, et faché contre lui-même d'avoir aussi mal géré les événements de cet été. Il était frustré et en colère. Ce qui l'a amené à casser le vase de Cassiopea Malfoy, deuxième du nom. »

Samaël haleta et rata sa bouche alors qu'il essayait d'y enfourner un bonbon.

« Le vase ? Tu veux dire le vase ? »

« Tu sais très bien duquel je veux parler ! On ne pouvait pas s'approcher à moins d'un mètre de cette chose. Et lorsqu'il s'est fait rabrouer par le portrait de Grand-mère pour sa bêtise, il lui a répondu, je cite : "la ferme vieille bique". »

Si Samaël avait été surpris par le début de l'histoire de Draco, ce n'était rien par rapport à ce qu'il ressentait maintenant. Il n'avait jamais vu son père dans un tel état, même quand celui-ci l'avait surpris debout sur son balai à plusieurs mètres au dessus du sol. Un élan de culpabilité lui tordit le coeur, avant qu'il ne se reprenne.

« Il n'est pas fâché contre toi… Tu peux revenir si tu veux, » déclara Draco, interprétant mal son regard.

« Je ne veux pas rentrer… » murmura Samaël. « Je me sens bien ici… »

« Ici ? » demanda Draco avec un regard dégoûté pour la chambre.

« En Angleterre, » répondit Samaël avec un sourire. « Je me suis baladé un peu et ça fait du bien de revenir. »

« Tu as croisé des personnes que tu connaissais ? »

« Tu veux dire, à part Tom en bas et Severus ? Non. »

« Se… Tu as vu Severus ? » haleta Draco.

« Je suis allé le voir. Je voulais… Je sais pas… »

« Comment ça s'est passé ? » demanda anxieusement Draco. « Il se doute de qui tu étais ? »

« Je ne pense pas. A vrai dire, c'était agréable. Nous avons parlé comme deux adultes. Il ne s'est pas moqué de moi, ne m'a pas insulté. Autant dire que je ne l'avais jamais vu comme ça ! » ironisa Samaël.

« Tu… Tu l'aimes ? » murmura Draco.

« Tu… Tu es idiot ? » singa Samaël, éclatant de rire en voyant la grimace courroucée de son frère. « Franchement Dray ! L'amour ne fonctionne pas comme ça ! Je l'ai vu une fois. Ma magie l'a choisi, mais elle ne me force pas à l'aimer, elle ne me fait pas tomber amoureux. Ce n'était pas un coup de foudre. »

Draco haussa les épaules, ne comprenant pas vraiment son frère, mais le croyant sur parole.

« Tu vas le revoir ? » demanda-t-il.

« S'il vient à notre rendez-vous, oui. »

« Vous avez rendez-vous ? » haleta Draco. « Quand ? »

« Demain soir. D'ailleurs… J'aurais peut-être besoin de mon frère pour savoir comment m'habiller, » déclara timidement Samaël.

Aussitôt, Draco se releva et alla fouiller dans la malle extensible de son frère, sortant différentes tenues. Il fit plusieurs choix pour la soirée : un costume moldu entièrement noir, un ensemble pantalon et gilet gris, chemise verte, cape noire, et une robe sorcière sombre brodée d'argent.

« Quel restaurant ? » demanda-t-il après quelques minutes.

« J'y ai beaucoup réfléchi… » répondit Samaël. « Et j'aurais peut-être aussi besoin de mon frère à ce sujet, » dit-il avec un sourire penaud.

« C'est vrai qu'au moment où tu étais ici, tu ne devais pas souvent sortir dîner… » grogna Draco. « Severus aimerait probablement le Bernie's, qui est un pub Moldu à Londres. Si tu préfères un restaurant sorcier, vous serez tous les deux à l'aise à La Tanière du Sombral, qui garantit un total anonymat des clients. Sinon, il y a un bar sorcier au milieu du Londres Moldu, le Merline's… »

« Comment tu connais tout ça ? » demanda Samaël. « Nous sommes partis d'ici il y a six ans et tu n'as pas remis les pieds en Angleterre ! »

« J'ai des relations, » renifla Draco, l'air snob. « Et puis je me tiens toujours au courant de l'actualité d'Angleterre. Je savais que je reviendrais ici un jour… » dit-il sincèrement, un regard lointain sur la ville qui s'étendait derrière la fenêtre.

« Ca te manque ? » demanda Samaël.

« Je ne suis pas sûr… » murmura Draco. « J'ai passé des années merveilleuses avec toi et père, à voyager. Alors qu'ici n'a été qu'une accumulation de tristesses et d'angoisses. Pourtant… Mes meilleurs amis sont ici et… la tombe de ma mère… »

« C'est vrai que tu n'y es pas allé depuis notre départ, » souffla Samaël. « J'ai l'impression que c'est de ma faute… »

« On en a déjà parlé un millier de fois, » répondit Draco, reprenant son attitude plus digne, levant les yeux au ciel. « Nous serions partis, avec ou sans toi. Nous en avions tous besoin. Et je préfère largement l'avoir fait avec toi. »

« Nous avons vécu de sacrées aventures, » rit Samaël.

« Comme la fois où je t'ai surpris, caleçon aux genoux, dans le placard à balais avec ce français, Jules, » ricana Draco. « Je suis pas gay ! Je suis pas gay ! » dit-il en imitant la voix de son frère terrorisé d'être rejeté à cause de son orientation sexuelle qu'il ne s'était même pas encore avoué à cette époque.

« Je pensais surtout à la fois où tu as débarqué en balai en plein milieu d'un match de Quidditch international, » ricana Samaël.

« Tu m'avais dit d'aller tout droit après la forêt ! » grogna Draco de mauvaise foi.

« Tu aurais quand même pu éviter les gradins ! Des poteaux de dix mètres de haut et une foule hurlante, tu ne t'aies pas dit qu'il y avait un problème ? »

Samaël riait tellement qu'il était plié sur son lit, repensant à la tête de son frère sur les clichés dans les journaux le lendemain. Il en avait encadré un qu'il gardait sur son étagère dans sa chambre.

« Tu veux dire que c'est plus drôle que la fois où tu m'as cru quand je t'ai dit qu'il y avait des sirènes dans la marre au fond du jardin et que tu as paniqué parce que tu ne t'étais pas présenté à elles ? Tu te souviens quand tu as couru à neuf heures du soir, en caleçon, dans la neige, pour le faire ? » répondit Draco, perfide.

« Je me souviens que la marre en question était plutôt une flaque, » grogna Samaël. « Et qu'il n'y avait guère plus que des veracrasses là dedans… »

Draco rit à son tour, se remémorant les souvenirs en commun avec son frère.

« Pourquoi étais-tu en sous-vêtement dans la plupart de nos anecdotes ? » dit-il soudainement, réfléchissant sérieusement à la question.

« Peut-être parce que tu trouves ça toujours plus amusant quand j'ai honte… » ricana Samaël. « Comme la fois où papa est entré et que toi, Léo et moi portions des soutiens-gorges. »

« Quelle honte ! » gémit Draco, rougissant. « Comment lui expliquer qu'on jouait à "action ou vérité"… »

« Je suis certain qu'il ne nous croit pas, encore aujourd'hui, » gloussa Samaël en se redressant sur son lit.

Les deux frères rirent encore plusieurs minutes, évoquant des souvenirs heureux. Draco arrangea les vêtements qu'il avait choisis pour son frère, ajoutant des accessoires avant de décréter que tout serait parfait.

« Tu t'es un peu promené dans le Londres sorcier depuis ton arrivé ? Tu as lu les journaux ? » demanda finalement l'aîné avec hésitation.

« Pas encore… Je ne voulais pas créer le scandale en me promenant dans les rues, je voulais prendre mes repères d'abord, » répondit Samaël, fronçant les sourcils. « Pourquoi ? »

« J'ai vu des affiches… » marmonna Draco. « Ils sont toujours à ta recherche tu sais… »

« Vraiment ? » demanda Samaël, une pointe d'espoir et de tristesse dans la voix.

« Granger travaille au Ministère et elle organise comme chaque année un bal pour les riches sorciers d'Angleterre. Elle y récolte des fonds pour les orphelins de la guerre. »

« Ca ne m'étonne pas, » répondit Samaël avec douceur. « Hermione a un grand coeur et elle se bat toujours pour les causes qu'elle trouve justes. »

« Son institution s'appelle la fondation Harry Potter. »

Samaël écarquilla les yeux, surpris d'être surpris. Evidemment, Hermione savait que c'était un sujet qui lui tenait à coeur et honorerait sa mémoire, se tuant à la tâche pour récolter le maximum de dons…

« On devrait y aller… » murmura-t-il. « Je veux dire, je n'ai pas de grandes économies mais peut-être que je pourrais aider avec ce que j'ai. Peut-être que papa serait d'accord pour faire quelque chose de son côté… »

Draco hocha la tête, incertain.

« Tu sais ce que devient Ron ? » demanda Samaël, osant prendre des nouvelles pour la première fois depuis six ans.

Il n'avait jamais fait une croix sur les amitiés qu'il avait eues en temps que Harry Potter, mais avait bien distingué ses deux vies jusqu'à maintenant. Son séjour ici était peut-être l'occasion pour lui de les réunir…

« Au dernières nouvelles, Weasley travaille à Pré-au-Lard, il est gérant d'une boutique dont ses frères sont propriétaires. »

« Ils ont finalement réussi à créer leur entreprise ? » s'extasia Samaël.

« Farces pour Sorciers Facétieux, ou une idiotie dans le genre. Ils se sont implantés sur le Chemin de Traverse et après quelques années, leurs bénéfices étaient tels qu'ils ont pu ouvrir une autre boutique près de Poudlard. »

« C'est merveilleux ! Je savais qu'il ferait bon usage de cet argent ! »

« Quel argent ? » demanda Draco, fronçant les sourcils.

« Je… Je ne voulais pas toucher la récompense du Tournoi des Trois Sorciers, » répondit Samaël en rougissant. « Je savais qu'ils rêvaient d'ouvrir leur propre commerce de farces et attrapes, alors je leur ai tout donné. »

Draco leva les yeux au ciel, très peu surpris par l'aveu de son frère.

« Quoi qu'il en soit, l'un s'est marié à Angelina Jonhson. L'autre est un éternel célibataire et court les pantalons dans tous les pubs de la région. »

Samaël regarda son frère qui continuait à déblatérer sur une quantité impressionnante de ragots pour quelqu'un qui avait changé de pays. Il se demandait à quel moment il avait eu le temps de se préoccuper de tout ça. Il entendit parler du mariage de Daphnée Greengrass, ne sachant même plus qui était cette fille. Il apprit aussi que Lavande et Parvati étaient en couple, que Ginny jouait pour une équipe de Quidditch nationale et que Colin Creevey était reporter pour la Gazette des Sorciers.

« Oh ! Et ton amie, la fille bizarre de Serdaigle, » dit Draco.

« Luna ? » demanda Samaël, ne voyant qu'une seule personne pouvant correspondre à la description.

« Elle est mariée avec un Scamander et enceinte de jumeaux. »

« Tu connais tellement les potins que tu es au courant de ce qu'il se passe dans l'utérus de toutes les femmes d'Angleterre ?! Tu m'impressionnes ! Cependant, je suis très heureux pour elle ! J'espère que cet homme sait apprécier toutes les facettes de Luna. »

« Toutes les femmes, non. Seulement celles dont tu pourrais demander des nouvelles… »

Le silence s'abattit sur la pièce et Samaël observa son frère. Celui-ci s'était détourné et regardait par la fenêtre, la tête appuyée sur le rebord. Il fixait l'horizon avec un peu de mélancolie et de la tendresse dans les yeux. Comme s'il retrouvait une vieille amie et la regardait déambuler à travers la vitre. La lumière passait en faisceaux à travers la crasse et parcourait son visage pâle.

Samaël laissa quelques secondes passer, réfléchissant à ce que Draco venait de dire.

« Toutes ces années… » murmura-t-il. « Tu as pris des nouvelles de mes proches, au cas où j'en demanderais… »

Son frère esquissa un sourire, sans pour autant le regarder, fixant toujours le Chemin de Traverse.

« A quoi servirait un grand-frère, si ce n'était à prendre soin des plus jeunes… »

« Alors à quoi sert le plus jeune ? » demanda Samaël.

« A vivre, » répondit simplement Draco.

Le moment était chargé en émotion bien que le plus âgé gardait une distance clair entre eux. Samaël sentit son coeur se réchauffer comme jamais. Il discutait toujours beaucoup avec Draco, mais depuis quelques années, la plupart du temps, les conversations restaient très innocentes, dépourvues de toutes dimensions sentimentales. Aujourd'hui était l'un des cas rares où Draco redevenait un adolescent, il osait parler de ce qu'il ressentait.

« Tu veux bien faire quelque chose pour moi ? » demanda Samaël.

« Encore ? » grogna Draco, tournant la tête vers lui. « Je viens de te dire que depuis près de sept ans je prenais des nouvelles de tes anciens amis pour assurer le jour où tu serais prêt. N'est-ce pas suffisant ? »

« Justement ! C'est apparement ton rôle de me servir ! » gloussa Samaël. « Alors s'il te plait, ne bouge pas. »

« Quoi ? » demanda Draco, ses yeux reflétant son incompréhension.

« J'ai dit pas bougé. Regarde la rue. »

« Oh non… » gémit Draco, tournant tout de même docilement la tête pour fixer son regard dehors. « Pas encore… »

« Oh que si ! » s'exclama Samaël.

Bondissant de joie, il sortit de son lit et se rendit jusqu'à sa malle. Il en sortit son carnet, ses pinceaux, son aquarelle, un vieux chiffon et une coupelle qu'il remplit d'eau. Il se réinstalla ensuite dans son lit et disposa les éléments précairement sur les draps.

Lorsque se fut fait, il fixa à nouveau son frère.

« Prend l'air nostalgique, » lui dit-il.

« Je ne suis pas comédien… » grogna Draco.

« Tu as pourtant parfaitement réussi à feindre l'ignorance quand papa t'a demandé ce que faisait Julia dans ton lit la dernière fois. Regarde la rue et on va continuer à discuter. »

« Je n'aime pas quand tu te sers de moi comme model. »

« Tu m'as demandé de vivre. Je vis comme ça. Tu te souviens quand papa nous a surpris en pleine course de balai dans la maison ? »

« Si je m'en souviens… » ricana Draco. « Il pleuvait et il était censé être en voyage pour quatre jours. »

« On avait prévu de faire ce qu'on voulait de la maison pendant trois jours et de ranger le quatrième, » gloussa Samaël, trempant son pinceau dans la coupelle.

« Mais il est rentré en avance, bien sûr. Et tu souriais comme un imbécile. »

« Premièrement, tu m'avais fais boire de l'alcool fort pour la première fois, j'étais légèrement éméché. Ensuite, c'était la toute première fois que papa me punissait. Et comme j'étais ivre, j'avais l'impression d'avoir un père pour la toute première fois de ma vie. »

Draco grogna mais plus par habitude que par réelle colère.

« Je me souviens encore de la punition. Des lignes et des lignes à copier. J'en ai encore mal au poignet. »

« Je me souviens aussi... Je ne dois pas monter sur un balai dans la maison. Je ne dois pas laisser mes chaussettes traîner sur le canapé. Je ne dois pas laisser Detra dormir sur des costumes à deux cent Gallions l'unité. Je ne dois pas manger sur mon lit. Je ne dois pas uriner dans la piscine. Je ne dois pas, absolument pas, jamais, boire le précieux alcool de papa. »

« Il a le sens des priorités… » ricana Draco. « Attends, tu as uriné dans la piscine ? »

« Je crois… » répondit Samaël. « Cette journée est un peu flou dans mon esprit… »

« Quelle idée as-tu eu d'énumérer chacune de nos bêtises aussi… » grogna Draco.

« Tu sais que papa a toujours eu une emprise diabolique sur moi… » gémit Samaël.

« Tu es un enfant Sam. »

« Tu es un idiot Dray, » répondit Samaël avec un sourire.

Les deux jeunes hommes continuèrent à discuter tranquillement, Draco posant, Samaël peignant, tout en forçant son frère à se remémorer de doux souvenirs, pour être sûr de saisir la bonne expression sur son visage.

Après plusieurs minutes, il prit son carnet et l'éloigna de son visage pour l'observer. C'était certainement le plus beau des dessins qu'il ait faits à ce jour. Le jeu d'ombre et de lumière sur la peau de Draco était tout simplement parfait et son visage exprimait toute la douceur que personne ne prenait le temps de voir chez son frère.

Tout le monde voyait Draco comme un enfant gâté, parfois cruel, froid et vil, et il l'était en quelque sorte. Personne ne voyait jamais le Draco sous la carapace. Le Draco sensible, le Draco prévenant, le Draco à l'écoute, le Draco protecteur.

Il l'était juste pour Samaël.

Et celui-ci en était heureux.

« Et voilà ! » dit-il.

« Par Merlin ! Comment font-ils ? » dit Draco, faisant rouler ses muscles tendus. « Nos ancêtres sont sur des peintures à l'huile, devant des tonnes de richesses, portant des milliers de pierres précieuses. Ca devait mettre des heures ! »

Il s'approcha et regarda la peinture que Samaël était en train de faire sécher d'un sort, de mettre sous verre d'un autre et de poser sur sa table de chevet.

« Je dois avouer que c'est réussi, » dit-il, admiratif du travail de son frère.

« Merci ! Et maintenant, où que je sois, je t'aurai avec moi ! »

Draco secoua la tête de désespoir, mais un sourire se jouait sur ses lèvres. Il regarda Samaël ranger son matériel et rester plus de temps que nécessaire caché par le couvercle de sa malle.

« Je crois que je me sens prêt Dray… » murmura finalement Samaël, sans montrer son visage.

« Pour quoi ? » demanda Draco.

« Pour les revoir. Tous. Peut-être pour leur dire la vérité, leur révéler qui je suis… »

Un silence s'abattit sur la chambre et Samaël se redressa, laissant son anxiété transparaître pour son frère.

« Je serai avec toi… » répondit celui-ci. « Mais chaque chose en son temps. D'abord, tu as rendez-vous avec Severus demain et aujourd'hui, est une journée consacrée entièrement à ma personne ! Alors pose tes fesses sur ce lit et je parie que je peux envoyer sept dragées consécutives dans ta bouche. »

« Dans tes rêves ! » gloussa Samaël, bondissant sur son lit.

Il s'inquiéterait demain pour la suite de sa vie. Pour le moment, il allait profiter de ce qu'elle lui offrait.