Titre : Papa

Rating : T

Pairing : Slash, Yaoi, Mentor fic

Disclaimer : Pour votre plus grande déception (j'en suis sûre), je ne suis pas JKR.

Statut : Terminée

Résumé : Quand, à la fin de sa cinquième année, Harry apprend qu'un grand secret le concerne, il voit sa vie changer radicalement. Loin de ceux qui l'ont élevé et de ses amis, l'adolescent doit se créer une nouvelle histoire, s'adapter à une nouvelle vie et pourquoi pas, se découvrir une nouvelle famille.

Bêta : AudeSnape

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Chapitre 18

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Samaël et Severus étaient tapis dans les hautes herbes, observant les abords de la mare à quelques mètres d'eux. Ce soir, ils étaient en expédition dans la forêt interdite pour trouver des ingrédients, comme le faisait souvent le professeur de potions. Cette fois cependant, était la première fois où il était accompagné pour le faire.

Ils cherchaient tous deux des ingrédients pour la potion de polynectar, et ceci impliquait de chercher des sangsues qu'ils pouvaient trouver dans l'eau. La mare que Severus connaissait très bien était infestée de sangsues et il savait pouvoir en attraper suffisement en peu de temps. Cependant, elle était aussi au bord du territoire des Centaures qui n'appréciaient pas vraiment les humains.

Si Severus savait qu'il pouvait venir chercher des ingrédients dans leur territoire, il savait aussi qu'il valait mieux ne pas trop se montrer pour éviter leur colère.

Alors que Severus et Samaël s'approchaient de la mare, ils avaient entendu des bruits de sabots furieux et s'étaient donc cachés dans les herbes hautes. Depuis, ils attendaient patiemment que les Centaures aient fini de s'abreuver et repartent à la recherche de nourriture.

« Nous ne sommes pas très bien cachés… » murmura Samaël.

« Ce n'est pas grave, » répondit Severus sur le même ton. « Ils ont certainement senti notre présence bien avant que nous n'entendions leurs pas. Ils nous acceptent tant qu'ils ne nous voient pas. Les Sorciers n'ont jamais très bien traité les Centaures, mais ils respectent le directeur actuel et l'autorisent à utiliser ce qui est fourni par la forêt interdite. »

« Donc ils savent que nous sommes là, mais pourraient nous attaquer à vue ? »

« Ils ne nous attaqueraient pas, mais autant éviter de les mettre de mauvaise humeur. Je discute parfois avec l'un d'eux. Ce sont des créatures intéressantes et très intelligentes, et je ne préfère pas me les mettre à dos en amenant un étranger chez eux. »

Sam acquiesça et releva lentement la tête pour jeter un oeil au dessus de leur cachette de fortune. La clairière était illuminée par la lune projetant des rayons d'argent sur l'herbe fraîche. La mare scintillait, ondulant aux mouvements des crapeaux et insectes qui la foulaient. Au bord de l'eau, quatre immenses Centaures se tenaient debout, aux aguets. Samaël ne pouvait distinguer la couleur de leur robe à cause de la pénombre et des ombres qui s'y reflétaient.

Entre eux, deux petits Centaures jouaient tranquillement, s'arrosant avec joie en plongeant les sabots dans les quelques centimètres d'eau du rivage. C'étaient des enfants, des poulains, plein de joie et de vie, profitant de plaisirs simples comme une bataille d'eau au clair de lune.

Captivé par la vue, Sam se déplaça tout doucement, sans les quitter des yeux, pour sortir son carnet et ses crayons. Dans une position précaire, il commença son croquis bougeant le moins possible, absorbant la beauté du paysage face à lui. Les lumières étaient si belles et ces êtres tellement majestueux…

Il avait rarement vu de Centaures jusqu'à présent, mis à part en première année à Poudlard et de loin dans quelques uns de ses voyages, ceux-ci étant très territoriaux et souvent agressifs envers les sorciers. Les voir dans un tel cadre était rare et il voulait en profiter. Une telle douceur émanait de ce qu'il observait si avidement, c'était magnifique.

« Tu es doué, » murmura Severus près de son oreille.

Samaël frissonna légèrement, sans pouvoir décider si c'était à cause du souffle dans sa nuque, du froid ambiant, du ton rauque de Severus ou du tutoiement soudain.

Depuis un mois, date de leur premier rendez-vous, il ne savait pas vraiment sur quel pied danser. Severus le tutoyait parfois, dans des rares moments intimes. Ils s'embrassaient de temps en temps, lorsque l'instant y était propice. Le reste du temps, ils restaient polis, presque distants, bien que Sam essayait de faire tomber les barrières de Severus.

Severus était parfois chaud, parfois froid. Il envisageait parfois d'aller plus loin avec Samaël, imaginait une suite à cette amitié étrange, puis se ravisait la seconde d'après, décidant qu'il était trop tard pour ce genre d'idylle adolescente.

Il connaissait le jeune homme depuis peu de temps, mais avec l'acceptation de la magie, leur union était presque naturelle, presque comme si tout était normale. Et plus il connaissait Samaël, plus il avait envie de céder. Mais rien de tout ceci était normal, pas vrai ?

Il avait réfléchi après leur repas au restaurant. Il avait pensé à Lucius, à ce qu'il dirait s'il venait à apprendre que Severus avait posé ses vieux doigts tachés de potion sur son précieux fils. Lucius ne le prendrait pas bien, c'était évident. Bien qu'il connaisse parfaitement les liens qui pouvaient unir les créatures, les contraintes de leur magie, les lois qui régnaient entre eux, il n'accepterait jamais.

Pourtant, dans des moments comme ceux-ci, le corps de Severus agissait sans l'accord de son cerveau. C'était instinctif, presque vital. En voyant les rayons de la lune éclairer le visage du jeune homme de sa douce lueur d'argent, il avait envie de le serrer dans ses bras et de céder enfin au confort d'une vie partagée, d'une vie à deux. C'était pour cette raison qu'il s'était approché et avait offert son torse comme soutien pour Samaël qui tanguait dangereusement. C'était pour cette raison qu'il avait murmuré à son oreille et le regardait maintenant tracer des traits qui, pour lui, n'avaient pas vraiment de sens.

Aucun d'eux ne sut combien de temps ils restèrent à genoux, dans cette clairière de la forêt interdite, sans mot, presque sans geste, si ce n'était les coups de crayons et de pinceau. Il y avait-il meilleurs instants sur terre que ceux qui consistaient à se blottir contre un être désigné comme étant le seul, l'unique ?

Samaël mit le dernier coup de pinceau à son croquis. Il ne l'avait pas terminé, avait simplement posé quelques lignes, quelques couleurs, pour avoir sa base. Il le continuerait à la lumière du soleil, lorsqu'il pourrait prendre son temps et choisir exactement ce qui pourrait sublimer cette scène, la rendre encore plus belle que dans ses souvenirs.

Il avait hâte de s'y atteler, pourtant, son corps et son esprit étaient uniquement tournés vers l'homme derrière lui, sur lequel il était appuyé. Il posa délicatement son matériel sur le sol et se détendit un peu plus sur le torse fin mais solide derrière lui, soupirant longuement. Il tendit ensuite ses bras en arrière pour attraper les mains du Potionniste et les enrouler autour de son buste.

« Que faisons-nous ? » demanda-t-il doucement, les yeux toujours braqués sur les Centaures qui semblaient les ignorer, bien qu'ils soient maintenant visibles par dessus les herbes.

« Je ne sais pas… » murmura Severus d'une voix rauque.

« Combien de rendez-vous avons-nous eu jusqu'à maintenant ? »

« Trop pour les compter, » répondit Severus, laissant sa main glisser sur le biceps tendu de Samaël pour glisser sur son ventre plat.

Il posa son menton sur l'épaule de son compagnon et inspira lentement son odeur. Elle lui rappelait quelque chose. Comme un souvenir lointain. Peut-être le parfum des fleurs préférées de sa mère, ou celui de la marmelade qu'il mangeait étant enfant. C'était réconfortant, enivrant.

« Pourtant vous êtes parfois doux, parfois distant, » murmura Samaël. « Parfois câlin, parfois froid. Je ne sais sur quel pied danser. Pour l'instant, je me laisse flotter dans le courant de vos sentiments, mais nous ne pourrons pas continuer comme ça éternellement… »

« J'ai peur… » avoua Severus après un moment de silence.

Il était surpris d'avoir dit une chose pareille. D'avoir pu le dire, à quelqu'un d'autre que lui. Si depuis la fin de la guerre, il avait pu être plus serein et réfléchir sur son histoire à tête reposée, s'avouer ses faiblesses et ses failles, il n'avait jamais pu en parler à qui que ce soit. Même Albus, chez qui il allait boire le thé plusieurs fois par semaine.

« Peur ? » haleta Samaël. « De quoi ? »

« De notre proximité, du lien invisible qui semble nous attirer l'un vers l'autre… De m'attacher et de perdre. De ce que je pourrais faire pour toi, pour nous. De ce que je pourrais faire s'il n'y avait soudainement plus de nous… »

« Tu… » commença Samaël. « J'ai l'impression que tu es un homme brisé… »

« Je le suis, » murmura Severus, resserrant ses bras autour de lui. « Plus que tu ne le penses. »

« Mais tu veux rester cassé ? Pour toujours ? »

« Je ne sais pas… Au moins je sais ce que c'est. C'est plus facile. »

« Tu pourrais aussi connaître la joie d'être réparé. Pour ça, il faut tenter… Je ne peux pas te promettre que notre histoire finira bien, que nous aurons une vie de rêve, mais je peux te promettre de prendre soin de toi au maximum, » murmura Samaël, tournant son visage pour embrasser la joue légèrement râpeuse de Severus.

« Sam, je… » commença le Potionniste.

« Oui ? »

« J'ai mal aux genoux. »

Samaël se mit à rire, remarquant qu'ils étaient toujours inconfortablement enlacés, à genoux sur la terre recouverte d'herbe. Severus sourit à son tour et le lâcha. Il se redressa, dégourdissant ses membres, et tendit sa main à Samaël qui chuchota furieusement :

« Les Centaures ! »

« Ils sont partis depuis plusieurs minutes, » ricana Severus.

Samaël tourna la tête et vit qu'effectivement, le bord de la mare était libre, laissant l'herbe couchée par endroit. Il rit et attrapa la main de Severus qui l'aida à se relever. Tous deux époussetèrent leurs vêtements et récupérèrent leurs affaires éparpillées. Ils se dirigèrent ensuite vers le point d'eau, et Severus se pencha pour essayer de trouver quelques poils de Centaures, utiles pour certaines potions compliquées, qu'il mit dans une fiole rangée dans sa sacoche.

« Cet endroit est sublime ! » déclara Samaël, les yeux brillants.

« Oui, et il possède une diversité de créatures et de plantes vraiment impressionnantes, » répondit Severus.

« Oh ! Je suis sûr que ça plaira à quelqu'un ! » s'exclama Samaël en fouillant dans sa poche.

Severus le regarda, les yeux plissés et fut surpris de le voir en sortir une minuscule bourse sombre.

« Qu'est-ce que… » commença-t-il.

Il haleta lorsqu'il le vit lancer la bourse et celle-ci se déplier rapidement et faire quelques loopings dans le ciel au dessus d'eux. Avait-il rêvé ? Le jeune homme venait-il vraiment de sortir un swooping evil de sa poche ?

« J'étais sûr qu'elle aimerait ! » gloussa Samaël, regardant Swoopi voler à toute vitesse et plonger entre les arbres de la forêt interdite.

« Tu viens vraiment de lancer une créature hautement dangereuse ? Elle était vraiment dans ta poche ? »

« Tu verras, » répondit Samaël avec un sourire narquois. « C'est une vraie crème. Il suffit de la connaître. »

« Je n'en ai pas spécialement envie… » dit lentement Severus, les sourcils froncés, comme s'il envisageait soudainement l'instabilité mental de son partenaire.

« Allez, trouvons ces sangsues ! » répondit Samaël avec un sourire, relevant ses manches.

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« Bonjour, » dit Severus d'une voix profonde alors que Samaël ouvrait la porte.

« Je ne m'attendais pas à te voir ici, » déclara celui-ci avec un sourire éblouissant.

« A vrai dire… Moi non plus, » répondit le potionniste, légèrement gêné bien qu'il ne le montrait pas.

Samaël jeta un oeil dans la pièce et rougit d'inconfort.

« Je tombe mal ? » demanda Severus.

« Non, ce n'est pas ça, entre. »

Samaël se décala sur le côté, laissant entrer son compagnon dans la petite pièce qu'il occupait toujours, un mois et demi après son arrivée en Angleterre. Il avait envisagé de louer un appartement, mais n'avait pas encore trouvé son bonheur. Il lui restait encore suffisamment d'argent pour vivre quelques mois, malgré le fait qu'il ait quitté son travail au Ministère Finlandais.

Il ferma la porte derrière Severus et s'agita pour ranger un peu la pièce. Poussant sous le lit les vêtements qui traînaient au sol et rangeant son nécessaire de peinture éparpillé un peu partout. Après quelques minutes de mouvements frénétiques en silence, il se tourna vers Severus qui regardait la pièce les sourcils froncés. Frottant sa nuque d'inconfort, il parla enfin :

« Je suis désolée, c'est le bazar… »

« Ne le soit pas. Je suis simplement surpris. Je pense que ton père- » commença Severus.

« Oui je sais, mon père ferait une crise cardiaque en me voyant ici, » le coupa Samaël en ricanant. « Mon père pense qu'un Malfoy mérite ce qu'il y a de mieux. Je pense plutôt que le confort est optionnel et que nous pouvons nous en passer. Mes excursions avec Kyle en étaient la preuve. »

« Je vois… » murmura Severus.

Il s'approcha de la table et vit plusieurs parchemins sur lesquels il y avait les dessins d'une scène qu'il reconnut immédiatement. Quatre Centaures montant la garde et deux poulains qui jouaient à s'éclabousser sous la lune presque ronde. Les peintures étaient magnifiques et Severus qui n'avait aucun don pour les arts, sauf pour les potions, ne pouvait qu'en être admiratif.

« Je les ai finies ce matin, » déclara Samaël, passant sa main dans ses cheveux emmêlés pour leur donner une allure moins sauvage.

Lorsqu'il échoua, il grimaça et sortit sa baguette de sa manche pour que, d'un sort, ses mèches deviennent douces et lisses, celles de ses tempes se tressant derrière sa tête pour dégager son visage.

« C'est magnifique… » dit Severus. « Tu as parfaitement retrouvé les couleurs de cette scène, de cette soirée. »

Il regarda les différentes peintures qui représentaient toutes la même image avec différentes nuances, différents effets.

« Laquelle est ta préférée ? » demanda Samaël.

Severus réfléchit un instant, regardant chacun des parchemins. Il y en avait un qui semblait être comme dans son souvenir, un dont les couleurs étaient plus rosées, un sur lequel elles étaients plus sombres, presque lugubres, un plus flou, l'autre plus détaillé. Chacun de ces dessins avaient son charme, mais Severus sut presque instantanément celui qu'il préférait.

« Celle-ci, » dit-il en désignant la peinture la plus sombre.

« C'est la mienne aussi, » répondit Samaël en attrapant le parchemin pour le regarder de plus près. « Je trouve qu'on y retrouve bien l'ambiance qu'il y avait ce soir là. C'était si sombre et pourtant, ce rayon de lune atterrissait directement sur les petits… Comme un espoir dans ce monde… »

Les deux hommes restèrent un instant silencieux, repensant à ce moment qu'ils avaient vécu et qui les avait rapprochés. Ce moment qui les avait liés en tant que couple, sans pour autant que les mots ne soient posés.

« Tiens, je te le donne, » dit finalement Samaël en tendant le parchemin à Severus qui le prit par automatisme.

« Quoi ? » répondit celui-ci. « Non c'est le tien, tu t'es donné du mal à le faire ! » objecta-t-il.

« Oui, mais c'est un instant que nous avons partagé tous les deux et j'aimerais que tu t'en souviennes. Ca me fait plaisir de te l'offrir. »

« Je ne pourrais jamais l'oublier, » murmura Severus.

Jetant un dernier regard à Samaël, il lança quelques sorts sur le parchemin pour le protéger et le roula soigneusement pour le glisser dans sa poche.

« Alors, qu'est-ce que tu viens faire ici ? » demanda le jeune homme, s'asseyant sur son lit, tout en le regardant. « Notre rendez-vous est bien demain ? Je ne me suis pas trompé de date ? »

« Non… J'ai eu une journée fatigante et au moment de rentrer dans mes appartements j'ai voulu faire un tour. Mes pas m'ont conduit ici… Ca ne te dérange pas ? »

« Non, pas du tout. Je n'ai simplement pas beaucoup de place et rien à boire. On pourrait sortir et se promener ? » proposa Samaël.

« Je pense que cela nous ferait du bien… » répondit Severus.

« Attends un moment. Je ne suis pas encore sorti aujourd'hui. J'ai eu la tête dans mes peintures. »

Samaël se releva et alla dans la salle de bain pour s'inspecter dans le miroir, chose qu'il n'avait pas encore fait dans la journée. Son père le tuerait s'il salissait l'image des Malfoy en sortant débraillé. Ne trouvant rien à redire, mis à part des petites taches de peinture sur son pull, il sortit et se dirigea vers sa valise, enlevant le vêtement sale dans le même temps. Il lissa la chemise qu'il portait en dessous, attrapa un nouveau pull qu'il enfila, puis saisit la cape qu'il allait prendre pour sortir.

« Puis-je ? » demanda Severus alors qu'il l'avait passée sur ses épaules et s'apprêtait à la nouer.

Samaël regarda son compagnon et acquiesça. Celui-ci s'approcha et prit délicatement les attaches, initiant un contact intime rare. Lorsque la cape fut en place, Severus se recula et les deux hommes sortirent de la chambre sans un mot.

« Je tuerais pour une bonne glace ! » s'extasia Samaël.

« Bien que je ne te comprenne pas, allons chez Fortarôme, » acquiesça Severus.

Alors qu'ils marchaient dans les rues du Chemin de Traverse, le Potionniste aborda le sujet qu'il redoutait :

« Tu as parlé à ton père ? »

« Toujours pas… » souffla Samaël.

« Il va falloir tu sais… J'ai vu son regard lorsqu'il me parlait de toi. J'ai vu son inquiétude dans ses actions, il doit se sentir rejeté. »

« Je sais… » murmura le jeune homme. « Mais je ne veux pas me forcer à revenir vers lui pour lui faire plaisir. Il sait que je vais bien grâce à Draco qui lui donne des nouvelles régulièrement et moi j'ai besoin de réponses à mes questions. J'ai besoin de faire le point sur ces dernières années, sur ma vie, ma rencontre avec mon père. J'ai aussi besoin de me prouver et de lui prouver que je peux y arriver sans lui. Il sera fier de moi quand tout ceci sera fini, » dit-il fermement.

Severus était certain d'avoir entendu un "j'espère" glisser entre les lèvres de son compagnon, mais fit comme s'il n'avait pas perçu ses doutes et ses angoisses. Si Samaël voulait lui parler, il le ferait.

Les deux hommes entrèrent dans la boutique de glace et à la vue des desserts, Severus eut un frisson. Comment son compagnon pouvait manger ça en Janvier ? Cela le dépassait complètement. Ils s'approchèrent du comptoir et furent accueillis par une jeune femme souriante.

« Bonjour Mademoiselle, » la salua Samaël avec un sourire charmeur, marque de fabrique des Malfoy. « J'aimerais deux boules citrouilles et une mélasse s'il vous plaît. Avec un coulis de chocolat, des guimauves et un peu de caramel. »

« Je vois de qui tu tiens ça, Lucius a toujours eu la dent sucrée… » marmonna Severus. « Un café noir pour moi, » ajouta-t-il à la commande, ignorant la serveuse qui, ayant très certainement entendu et connaissant le nom de Lucius Malfoy, l'ancien Mangemort ayant quitté l'Angleterre, les regardait les yeux écarquillés.

Samaël conduisit Severus à une table et ils s'installèrent tous les deux, face à face, dans un coin reculé. Ils ne parlèrent pas, attendant que quelqu'un apporte leur commande. Lorsque ce fut fait et qu'ils furent à nouveau seuls, Samaël demanda :

« Alors ? Nous avons réussi à récolter suffisamment d'ingrédients pour tes sixièmes années la semaine dernière ? »

« Oui. Les sangsues ne sont vraiment pas dures à avoir, mais tu as été exceptionnellement brillant pour attraper les serpents d'arbre du Cap, » répondit Severus.

Samaël sourit et prit une bouchée de sa glace, sans préciser que sa capacité de Fourchelang avait été très utile pour ça. Severus continua :

« Nous avons trouvé beaucoup de corne de bicorne aussi grâce aux informations que j'ai obtenues d'Hagrid, il avait vu un troupeau s'installer non loin, quelques jours plus tôt et plusieurs ont mué à cet endroit, c'est plutôt rare. Une fois moulue, j'ai eu plus d'un kilo de poudre. Les Chrysopes sont en train de cuir. Encore une quinzaine de jours et je pourrai les mettre en bocaux. Nous avons trouvé moins de sisymbres, mais j'en avais encore de la fois précédente. Quand au Polygonum, ça pousse partout… Même dans le parc de Poudlard. Ce n'est pas un problème. »

« Donc ce fut une bonne récolte ? » sourit Samaël.

« Plutôt oui, » répondit Severus. « Tu as gagné le droit revenir avec moi la prochaine fois, » ajouta-t-il avec un ricanement, buvant une gorgée de café lui jetant un regard lourd de sens.

Samaël se mit à rire et tous deux continuèrent leur conversation agréable. Lorsqu'ils eurent fini, Severus alla payer, arguant qu'il était maintenant le seul à avoir un travail et donc qu'il ne pouvait pas décemment le laisser mourir de faim. Ils se baladèrent dans l'avenue sorcière, regardant les vitrines, entrant parfois pour des petits achats.

Ils passaient un bon moment l'un comme l'autre, pourtant aucun d'eux ne le réalisait vraiment.

Samaël avait du mal à se faire à l'idée qu'il passait des instants aussi agréables avec celui qui avait été son professeur détesté. Même si cette vie était si lointaine qu'elle semblait presque ne pas lui appartenir, il y avait toujours cette sensation étrange. Plus tard, si Severus et lui devenaient plus proches encore, il devrait ouvrir cette plaie et en parler. Samaël ne voulait pas vivre une histoire sérieuse et cacher quoi que ce soit à la personne qui la partageait.

Severus, lui, avait du mal à réaliser qu'il pouvait avoir tant de chance dans la vie. Samaël était assurément la meilleure compagnie qu'il ait eu depuis longtemps. C'était un homme cultivé, avec de bonnes manières et curieux. Il était la joie de vivre incarnée, son contraire en quelque sorte, mais Severus avait l'impression qu'il était la seule chose au monde à pouvoir le réchauffer.

Il espérait simplement ne pas se brûler…

Alors qu'ils se baladaient main dans la main, Severus ignorant totalement comment ils en étaient arrivés là, celui-ci déclara soudainement :

« Je vais aller voir ton père. »

Samaël se retourna vivement vers son compagnon et plongea ses yeux verts dans les orbes noirs de Severus. Ils se regardèrent un instant avant de reprendre leur chemin, plongés dans leurs pensées.

« Pourquoi ? » souffla le jeune homme.

« Il faut que je lui dise ce qu'il se passe entre nous, » dit-il en levant leur main jointe.

« Il ne sera pas content… » répondit Samaël. « Laisse-moi lui annoncer ! »

« Et comment ? » ricana Severus. « Tu ne veux pas le voir pour le moment et… j'ai l'impression de le trahir. Lucius n'a peut-être pas été un bon ami ces dernières années, mais je le respecte toujours pour tout ce qu'il m'a apporté, pour m'avoir protégé quand j'étais qu'un adolescent malmené. »

« Tu ne lui dois rien. Je sais qu'il pense la même chose. »

« Peut-être, » répondit Severus. « Mais ce n'est pas juste pour lui. Je sais qu'il tient à toi et à Draco plus que tout au monde et il est en droit de savoir ce qui se passe dans vos vies. Et comme j'en suis le principal acteur, je pense que c'est à moi de lui dire. A moins que… »

Severus hésita, incertain de ce qu'il allait dire. Ou plutôt de la réponse qu'il allait recevoir.

« Que quoi ? » demanda Samaël.

« Que tu ne souhaites pas de ça… » souffla Severus, levant à nouveau leurs deux mains.

« Si, bien sûr ! » répondit immédiatement le jeune homme.

Le silence se fit à nouveau entre eux alors qu'ils continuaient de marcher dans la rue presque déserte. Severus ne savait pas vraiment quoi dire, attendant seulement une réaction de son compagnon.

« D'accord, » souffla celui-ci après quelques minutes. « Vas lui dire que nous sommes en couple. »


Un immense merci pour toutes vos reviews, tous vos retours. Je n'ai malheureusement pas le temps d'y répondre, je n'ai même plus le temps d'écrire, mais je les lis avec attention et ils me font chaud au coeur.

Je vous remercie infiniment !

Epsi