Titre : Papa
Rating : T
Pairing : Slash, Yaoi, Mentor fic
Disclaimer : Pour votre plus grande déception (j'en suis sûre), je ne suis pas JKR.
Statut : Terminée
Résumé : Quand, à la fin de sa cinquième année, Harry apprend qu'un grand secret le concerne, il voit sa vie changer radicalement. Loin de ceux qui l'ont élevé et de ses amis, l'adolescent doit se créer une nouvelle histoire, s'adapter à une nouvelle vie et pourquoi pas, se découvrir une nouvelle famille.
Bêta : AudeSnape
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Chapitre 19
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Severus avança tranquillement dans la petite ville sorcière, prenant son temps avant d'arriver au but de sa visite.
Il avait quitté Samaël le matin même, l'embrassant comme s'il n'y avait pas de lendemain, comme s'il partait en guerre. C'était ridicule. Mais c'était un peu l'impression qu'il avait alors qu'il se dirigeait vers la majestueuse maison de Lucius. Après tout, il allait lui annoncer qu'il voyait son précieux fils, et qu'ils envisageaient l'un comme l'autre une relation sérieuse, une mise en couple officielle et exclusive.
Il avait l'impression d'être un adolescent. Pathétique.
Pourtant, il ne pouvait pas s'empêcher d'aimer ces instants. Il était ridicule, en était conscient, mais n'y apportait pas d'importance. C'était… nouveau. Rafraîchissant.
Voir Samaël, tous les deux jours environ, lui faisait du bien. Ils étaient allés au cinéma, chose qu'il n'avait encore jamais fait. Ils étaient allés voir un match de Quidditch alors qu'il détestait ça. Ils avaient aussi eu de nombreux dîners, de nombreuses glaces, de nombreux cafés, chacun de ces moments ayant été incroyablement routinier, comme s'ils le faisaient depuis des années, et pourtant, toujours surprenant.
Que ce soit par les sentiments qu'il avait ressentis, par l'activité qu'ils avaient faite, par la conversation qu'ils avaient eue, tous ces instants avaient été incroyables.
Severus avait parfois l'impression d'être trop impliqué, trop heureux, trop attaché, par rapport à son compagnon. Mais un oeil sur Samaël et il pouvait lire sur son visage que le jeune homme était dans la même optique, et tout aussi surpris que lui par ce qu'il ressentait.
Ils n'avaient pas encore franchi le cap pour devenir plus physique, malgré le fait qu'ils aient eu l'un comme l'autre, leur lot de partenaires et qu'ils s'étaient embrassés pour la première fois depuis presque deux mois.
Pour une fois, Severus voulait faire les choses bien. Ne pas tout gâcher. C'était inhabituel pour lui, car l'auto-sabotage était une sorte de seconde nature. Pourtant, Samaël le canalisait. Le fait qu'il l'accepte si bien, qu'il lui parle de ses doutes quant à cette relation, quant à ses sentiments, le calmait et le réconfortait : il n'était pas le seul à trouver ça trop beau, trop intense, trop rapide.
Cette simple réalisation était réconfortante.
La façon de l'aborder pour Samaël l'était tout autant. Malgré tous ses sentiments, il était toujours détendu, ne se trouvait jamais submergé, n'avait jamais la tête sous l'eau et c'était ce qui gardait Severus accroché au rivage.
Le Potionniste leva la tête lorsqu'il sentit quelques gouttes tomber du ciel. L'une d'elle tomba sur son front, entre ses deux yeux, et il ferma les paupières, inspirant profondément.
Dans quelques minutes, il serait face à Lucius, l'une des personnes qui avaient été les plus importantes de sa vie. Il allait lui annonçait qu'il salissait son précieux petit ange, de ses mains pleines de sang. Il n'avait aucun doute quant à la réaction de son ancien ami. Et s'il survivait à celle de Lucius, il devrait ensuite affronter Black et Lupin qui, d'après Samaël, le protégeaient comme s'il était leur propre fils.
Sachant que ceux-ci avaient déjà perdu leur filleul, Severus imaginait parfaitement à quel point ils pouvaient être sur la défensive avec les prétendants du substitut de celui-ci.
Et s'il en réchappait vivant, il y aurait encore Kyle Howell, imminent chercheur, à convaincre et Draco Malfoy, futur avocat.
Severus se pensait être un homme courageux. Il n'avait jamais eu de mal à se jeter dans des situations dangereuses pour sauver ses convictions. Peut-être parce qu'il n'avait jamais eu grand chose d'autre à perdre que sa propre vie, à laquelle il ne tenait pas spécialement.
Pourtant là, il avait l'impression que c'était plus compliqué que d'affronter le Seigneur des Ténèbres et se sentait fébrile.
Arrivant devant la demeure de Lucius, il s'arrêta un instant et respira profondément.
Après plusieurs minutes à ressentir chacune des gouttes qui tombaient sur sa peau, Severus s'avança enfin et traversa les protections magiques, informant les occupants d'un nouvel arrivant non hostile. Il resta sur place, attendant que quelqu'un vienne le chercher, bien qu'il appréhende le fait de voir Black ou Lupin arriver. Il n'avait pas envie de se battre pour des histoires d'adolescents aujourd'hui.
Ce fut Lucius qui arriva peu de temps après. Il ouvrit la porte de la bâtisse et fronça les sourcils en le voyant.
Immédiatement, Severus vit l'inquiétude sur son visage. Pas par rapport à sa venue, mais surtout à l'absence de son fils depuis plusieux semaines, sans contact d'aucune sorte. L'homme lui avait avoué, lors l'un de leurs anciens rendez-vous, qu'il appréhendait chacune des expéditions de Samaël, mais qu'il les supportait car il avait des nouvelles régulières et qu'il savait que celui-ci n'était pas seul.
Qui aurait pu penser que Lucius deviendrait si angoissé pour quelqu'un ? La guerre et la perte de Narcissa avaient certainement causé plus de séquelles qu'il ne le montrait réellement. Lucius, comme tout ceux qui avaient participé activement à la guerre, d'un côté ou de l'autre, avaient été profondément marqués par tant de choses.
« Severus, » le salua sobrement Lucius alors qu'il arrivait près de lui. « Que me vaut cette visite ? J'avais cru comprendre que tu n'avais plus confiance en moi. »
« C'est le cas, » répondit Severus calmement. « Mais je dois te parler, » dit-il en sortant une bouteille de vin de sa poche agrandie.
Son ami fixa la bouteille avec suspicion, remarquant parfaitement que, si ce n'était pas un grand cru, c'était un vin correct et d'une certaine valeur. Il prit la bouteille et lança un regard indéchiffrable à Severus avant de lui faire un signe de tête pour le conduire jusqu'à son bureau.
Severus le suivit dans la bâtisse, observant son environnement plus consciencieusement que la dernière fois où il s'y était rendu. Ce n'était certes, pas très grand, rien à voir avec le manoir, mais tout aussi prestigieux et soigné. La décoration était plus sobre, plus familiale même. Severus vit régulièrement des photos de famille accrochées au mur. Toutes dataient de six ans auparavant maximum, sauf les clichés de Narcissa, sur lesquelles elle était toujours seule. Comme s'il y avait eu une scission. Un avant et un après l'arrivée de Samaël dans leur vie. Apparement, ils ne voulaient garder que l'existence de la mère de Draco de leur ancienne vie.
Severus n'était pas apte à juger ce qui était sain et ce qui ne l'était pas, ayant commis son lot d'actes contestables, mais il savait aussi que cette forme de déni n'était pas la meilleure. Lorsque Lily était morte, il s'était enfermé dans son mal être jusqu'à biaiser les véritables sentiments qu'il lui portait. Il connaissait le chagrin, le regret, la honte, la colère, tous les sentiments ressentis à la perte d'un être cher. Il ne les souhaitait à personne.
Entrant dans le bureau, Severus s'installa sur l'un des fauteuils devant la cheminée et attendit que Lucius serve le vin. L'ancien Lucius aurait fait appel à un elfe pour cela et c'était l'une des choses qui faisaient remarquer à Severus à quel point son ami avait changé.
« Alors ? » demanda finalement l'homme en s'installant à son tour, après avoir posé deux verres sur la petite table face à eux.
« Comment vas-tu ? » questionna Severus sans répondre, sincèrement préoccupé par les sentiments de Lucius.
« Si tu me demandes c'est que tu dois savoir… » grogna celui-ci. « Qui t'as parlé ? Draco, je suppose. Peu importe… Mon fils est parti. Et même si je sais qu'il est adulte, qu'il peut vivre sa vie, seul, j'ai toujours du mal à l'accepter.»
Severus déglutit imperceptiblement. Comment avouer à Lucius qu'il était certainement la personne qui retenait Samaël en Angleterre ?
« Mais tu n'es pas venu pour parler de moi je suppose, » soupira Lucius. « Qu'est-ce qui t'amène ? »
« Je voulais t'avertir qu'il n'était peut-être pas aussi seul que tu ne le pensais… » murmura Severus.
Il y eut plusieurs secondes avant que Lucius ne comprenne l'implication de ces quelques mots. Il se leva brusquement et regarda Severus qui fixait obstinément la cheminée.
« Qui ? » demanda-t-il d'une voix létale. « Je sais qu'il est en Angleterre, alors dis-moi avec qui tu l'as vu ! »
Severus ne répondit pas, regardant les flammes qui dansaient lentement dans l'âtre. Il savait parfaitement que Lucius allait bientôt additionner deux et deux. L'homme était conscient que la magie l'avait choisi comme potentiel âme-soeur de Samaël, il savait que son fils était retourné en Angleterre et il savait que Severus avait voulu lui parler.
« Non… » murmura Lucius, réalisant enfin ce que son ami était en train de lui révéler. « Non ! » hurla-t-il.
« Je sais… » soupira Severus. « Tu ne veux pas de moi auprès de lui. Je suis trop vieux, j'ai fait des choses atroces et je ne mérite pas d- »
« Cela n'a rien à voir ! » claqua Lucius, se relevant brusquement pour arpenter la pièce.
« Qu'est-ce que tu veux dire ? »
« J'ai été autant impliqué que toi dans cette guerre ! Pourtant je pense mériter le bonheur que j'ai aujourd'hui avec mon compagnon. Ce serait extrêmement égoïste de ma part de te refuser ce bonheur ! »
Severus leva enfin les yeux vers son ami et le regarda bouger frénétiquement dans la pièce.
« C'est si sérieux que ça avec Black ? » demanda-t-il sans grogner le nom maudit pour ce qui devait être la première fois de sa vie.
« Sirius est la meilleure chose qui me soit arrivée après Draco et Samaël… » murmura Lucius. « Il a vécu des choses difficiles, mais son caractère fait qu'il n'a jamais été brisé. Et il m'aide à voir la vie du bon côté, il m'aide à ne pas sombrer dans la dépression, à faire fuir mes cauchemars. »
« La lumière dans tes ténèbres… » murmura Severus.
Oh comme il le comprenait… Le Potionniste avait l'impression d'avoir trouvé la même chose avec Samaël. Lui aussi avait ses ténèbres, mais il avait trouvé sa lumière avec Sam.
« Je ne te crois pas indigne de lui parce que tu as fait de mauvais choix dans ta vie… » souffla Lucius. « Mais il est mon fils et je m'inquiète de son bonheur. Tu ne sais pas tout et ce que tu ignores te sera un jour révélé si tu restes avec Sam. Ce sont les choix que tu feras à ce moment-là qui me font peur… »
« Qu'est-ce qui pourrait me repousser ? » demanda simplement Severus.
Lucius ne répondit pas et le Potionniste comprit que c'était le mystère dont Samaël lui avait parlé. Qu'est-ce qui pourrait être si grave ? Qu'est-ce qui pourrait les éloigner à ce point ? Qu'est-ce qui pourrait l'obliger à repousser Samaël dans l'avenir ?
« Je ne peux rien te promettre… » continua-t-il lentement.
Et c'était vrai ! Si Samaël venait à lui révéler qu'il dépeçait des Moldus pour son plaisir chaque week-end, s'il lui disait qu'il avait une passion prenante pour le Seigneur des Ténèbres et collectionnait ses figurines, s'il révélait avoir pour ambition de devenir un dictateur tyran à son effigie ?
Évidemment, toutes ces propositions étaient ridicules, mais c'étaient des choses que Severus ne pourrait pas accepter.
Alors, qu'en était-il des choses plus plausibles ? Et si Samaël était un loup-garou, pourrait-il l'accepter malgré ce qu'il avait vécu, malgré la peur qui lui tenaillait toujours le ventre à l'évocation de ces créatures ? Et si Samaël lui avouait un changement de sexe ? Ou un fantasme qu'il ne pouvait comprendre ?
Non, Severus ne pouvait pas promettre qu'il continuerait sa relation avec Sam.
« Je ne te demande rien… » murmura Lucius. « Je sais que tu ne pourras braver tes convictions profondes pour une promesse faite à un ami. Tu es trop loyal envers toi-même. »
« Alors ? » demanda Severus.
« Alors je ne sais pas, » souffla Lucius, s'affalant sur le fauteuil qu'il avait quitté peu de temps auparavant, soudainement exténué.
Il savait que Samaël était retourné en Angleterre et avait réalisé que la curiosité le menerait peut-être à Severus, mais n'avait pas réellement voulu y croire. C'était stupide de sa part. Aussi étrange que cela puisse paraître, il n'était pas inquiet de la différence d'âge, du passé de Severus, ou de ce genre de choses. Il pensait simplement au grand secret de Samaël.
Si leur relation devenait sérieuse, comme ce serait probablement le cas grâce à la magie, son fils devrait dire la vérité à son compagnon : lui avouer qu'il avait été Harry Potter.
Severus le verrait alors avec un oeil totalement différent. Il verrait la personne qu'il a détesté durant si longtemps, reconnaîtrait enfin les grands yeux verts de Lily, la personnalité qu'il avait si amèrement critiquée. Quels mots pourrait-il avoir pour Samaël ? A quel point le ferait-il souffrir ?
C'était malheureusement quelque chose qu'il devrait découvrir en temps voulu. Il ne pouvait pas empêcher ces choses d'arriver, protéger Samaël et lui interdire de revoir Severus. Il devait juste attendre et s'assurer d'être présent en cas de problème.
Une chose était sûre néanmoins, il n'hésiterait pas à utiliser tous les moyens nécessaires, même la magie noire, pour se venger si celui-ci venait à faire souffrir son précieux fils.
« J'aimerais que tu me promettes quelque chose, » dit-il en se redressant.
« Quoi ? » demanda Severus.
« Ne le fais pas souffrir inutilement. Tu vas apprendre des choses qui te mettront peut-être en colère, qui te renderont triste, anxieux… Mais ne déverse pas ta haine sur mon garçon. Tout ce que tu sais de Samaël, tout ce que tu as appris de lui, est authentique et tout ce que tu pourras apprendre ne changera pas sa personnalité. »
Severus acquiesça, presque solennellement.
Que pourrait-il apprendre de si terrible ? Il ne le savait pas. Et lui qui aimait les mystères, n'était plus très certain de vouloir résoudre celui-ci. Lucius semblait certain que lorsqu'il apprendrait finalement la vérité, cela sonnerait comme la fin de leur relation et il n'avait aucune envie de voir ce moment arriver.
Lucius se pencha et prit son verre sur la table basse, le buvant d'une traite. Il fit signe à Severus de faire de même et celui-ci apporta sa propre boisson à ses lèvres, la sirotant tranquillement.
« Nos petits rendez-vous m'ont manqué, » ricana Lucius avec un sourire sarcastique.
Cela pouvait sembler moqueur, mais Severus savait parfaitement que derrière l'attitude railleuse, se cachait une vérité. A vrai dire, lui aussi avait voulu revenir, aussi idiot que cela puisse paraître. Sa dernière visite avait semblé sonner le glas de leur amitié, mais il n'avait pu s'y résoudre.
« Moi aussi, mon ami, » grogna Severus.
Lucius saisit l'illusion que tout n'était pas terminé, qu'ils pouvaient encore réparer leur relation brisée. Il fallait simplement laisser le temps au temps, et continuer de faire des efforts de chaque côté pour comprendre les émotions de l'autre. Tout ceci bien sûr, sans en parler à aucun moment. Ils étaient Serpentard après tout !
Alors qu'ils buvaient tranquillement, enchaînant les banalités pour se remettre de leur instant dégoulinant de sentiments et indigne d'eux, Sirius entra dans la pièce, avec un sourire charmeur qui faiblit lorsqu'il vit Severus installé dans l'un des fauteuils.
« Je ne savais pas que nous avions un invité, » dit-il en fronçant les sourcils, venant se poster à côté du fauteuil de son compagnon.
« J'allais partir, » déclara le Potionniste, la gorge serrée, essayant de ne pas insulter celui qui avait été son rival autrefois.
Il se leva calmement et avala le reste de son verre, prêt à passer par la cheminée ou emprunter la sortie pour rejoindre le village. Cependant, il se figea sur place lorsqu'il entendit la voix mesquine de Lucius :
« Severus est venu nous annoncer qu'il sortait avec Samaël. »
« Quoi ? » cracha Sirius.
« Tu me le payeras… » susurra Severus à Lucius avant de se tourner vers l'animagus qui serrait ses poings de colère.
« Black… » dit-il d'une voix lasse. « J'ai une réelle affection pour lui et il est un adulte, depuis bien longtemps maintenant. Il peut faire ses propres choix et si tu te mets en travers de son chemin, tu pourrais peut-être nous éloigner mais tu le perdras indubitablement. »
Le silence prit place entre les trois hommes. Severus et Sirius se fixaient intensément, tendus comme des baguettes, semblant prêt à se battre à tout moment. Ce fut l'animagus qui se détendit finalement et passa une main sur son visage.
« C'est vrai… » dit-il doucement. « Il est adulte et peut faire ce qu'il veut de sa vie. »
« Black ? » grogna Severus. « C'est toi ou quelqu'un sous polynectar ? » demanda-t-il sérieusement.
« Bien que tu sembles incapable de même envisager que j'ai changé, c'est le cas. Des années de thérapie, des rencontres merveilleuses et aussi, il faut le dire, quelques potions, m'ont fait comprendre que rester bloqué dans le passé était mauvais. J'essaie d'aller de l'avant et cela signifie oublier nos querelles infantiles. Comme tu le dis, Sam est un adulte… »
« C'est… très mature de ta part… » déclara Severus, la gorge à nouveau nouée.
Savoir que c'était Black qui semblait instaurer un cessez-le-feu était à la fois surprenant et légèrement humiliant. Si l'animagus se retrouvait à être le plus mature des deux, ce n'était pas bon pour l'estime de soi de Severus. Il observa Sirius mieux qu'il ne l'avait fait la dernière fois.
Il avait toujours cette cascade de cheveux noirs qui le caractérisait, les yeux gris orageux, presque argents, et la légère barbe noire. Il était bien vêtu, comme s'il prenait enfin son statut de Sang-Pur en considération et souhaitait s'uniformiser avec Lucius. Cependant, il gardait cette petite touche d'arrogance avec les boutons de sa robe ouverte sur son torse, dévoilant le dessus de ses tatouages, ses cheveux en pagaille et ses bottes en cuir.
Sirius Black n'était plus un adolescent, il était un adulte.
« Mais je te préviens Snape, » dit l'animagus avec un sourire de rapace. « Si tu fais du mal à mon petit, je t'arracherai les couilles pour te les faire bouffer. J'espère que je me fais bien comprendre. »
Et revoici l'adolescent.
« Ca va… » grogna Severus sans répliquer.
Pour une fois, il n'avait pas envie de le contredire juste pour le plaisir de le voir s'énerver. Il était d'accord et lui non plus ne voulait pas faire souffrir Samaël.
Les deux hommes se regardèrent intensément durant quelques secondes avant que Lucius ne se lève à son tour, brisant leur concentration. Il se tint à côté de son compagnon et toisa Severus.
« Je suis content de t'avoir revu. Dis… Dis à Samaël de revenir quand il aura fini de réfléchir. Son père l'attend à la maison, » dit-il doucement.
Severus acquiesça sèchement puis se dirigea vers la porte du bureau pour emprunter le couloir et sortir de la propriété, mais lorsqu'il eut franchi le seuil du bureau, il jeta un oeil à l'intérieur pour un dernier aperçu sur son ami et le compagnon de celui-ci.
Ce qu'il vit le surprit au plus haut point.
Black s'était tourné pour faire face à son amant et avait posé ses mains sur ses épaules. Leur front étaient l'un contre l'autre et tous deux murmuraient calmement. Lucius avait les sourcils froncés, inquiet. Black, de son côté, avait un doux sourire aux lèvres, qui se répercuta après quelques secondes sur celles de Lucius. Les deux hommes s'enlacèrent et s'embrassèrent lentement.
Cette scène si naturelle et si intime était presque étrange, quelque chose que non seulement Severus n'était pas censé voir, mais qu'il n'avait pas réalisé appartenir à cet endroit. Comme si le bureau de Lucius, et sa maison en général, étaient des lieux familiaux, utilisés pour travailler ou passer du temps entre frères, amis, mais pas pour la romance. Comme si Lucius n'était pas fait pour la romance.
Severus, qui l'avait toujours connu si froid, n'embrassant jamais Narcissa, pas même sur la joue, se contentant d'un baise-main à l'occasion, le voyait embrasser à pleine bouche Sirius Black dans son bureau. Ils étaient comme des adolescents, se chuchotant des choses, s'enlaçant plus que de raison. Ainsi, Lucius se l'était enfin autorisé ? Il avait accepté l'amour comme il lui était apparu, sous la forme étrange de Sirius Black ?
Severus pouvait-il donc imaginer faire de même ? Se laisser simplement aller et profiter de tout ce que la présence de Samaël lui apportait ?
Détournant les yeux du couple toujours enlacé, Severus marcha à nouveau dans les couloirs de cette maison qui avait été celle de son compagnon durant un long moment, essayant d'enregistrer ce qu'il voyait. Pourtant, il se dépêchait de sortir, car il voulait à tout prix retrouver Samaël. Celui-ci devait l'attendre avec anxiété. Peut-être avait-il même préparé des potions pour lui, au cas où lui et Lucius - ou Black, ou Lupin, ou Howell - en soient arrivés aux baguettes.
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« Te voilà enfin… » souffla Samaël lorsque Severus ouvrit la porte de la petite chambre miteuse.
Il était assis sur le lit, une jambe repliée pour coincer son pied sous ses fesses. L'autre était rapprochée de son corps pour que sa joue repose sur son genou. Il portait une vieille chemise bleu pâle, trop longue, taille XXL, que Severus savait venir d'une friperie Moldue et qui lui servait de blouse pour peindre. En dessous, comme à chaque fois, il portait un débardeur blanc. Le reste de sa tenue était simplement un pantalon en pilou rayé de bleu et de blanc.
Devant lui, sur les draps, il y avait son nécessaire de peinture et beaucoup de parchemins sur lesquelles plusieurs dessins, croquis, figuraient. Tout était éparpillé, dans un désordre organisé, comme Samaël l'appelait lui-même. Il faisait souvent de la peinture sur le lit, son équipement en équilibre précaire sur les draps.
Cette habitude avait le don d'agacer Severus et pourtant il n'en avait rien à faire en cet instant.
Tout ce qu'il voyait, c'était l'inquiétude sincère dans les yeux de Samaël alors qu'il le regardait.
« Tout va bien ? » demanda celui-ci.
Severus s'avança, sans répondre, enlevant sa cape dans un même mouvement. Il avait une simple chemise bleu nuit, cadeau de son compagnon, son pantalon noir à pince et ses chaussures en cuir. Sans s'inquiéter pour ce qui trainait, il se glissa derrière Samaël, entre son dos et le bois du lit, renversant l'eau et la peinture.
Le jeune homme se mit à maugréer, ne comprenant pas le comportement de son compagnon, mais se figea lorsqu'il sentit la main chaude de celui-ci baisser lentement l'arrière de sa chemise mal boutonnée qui tomba au creux de ses coudes, puis son débardeur, pour exposer le haut de son dos. Il savait parfaitement ce qu'il avait ici. Ce qu'il n'avait au premier abord pas remarqué, qui lui avait été caché jusqu'à ce qu'un jour, dans un vestiaire à l'autre bout du monde, son collègue lui demande ce qu'étaient les deux cicatrices parfaitement symétriques au niveau de ses omoplates.
Il avait réfléchi, en avait parlé à son frère par courrier pour recevoir des réponses évasives, sinon sans rapport. Il avait vu l'angoisse dans les yeux de son père lorsqu'il avait posé des questions à son retour. Savoir que les autres connaissaient les secrets de son propre corps avait été angoissant et lorsqu'il avait enfin eu la réponse à ce mystère, il n'avait tout d'abord plus voulu les regarder. Puis il avait commencé à se renseigner, à chercher. Il avait trouvé et accepté ce qu'elles représentaient.
Lorsqu'il sentit les doigts étonnement doux parcourir les deux fines lignes blanches, il frissonna.
« C'est ici, » murmura-t-il, ne sachant pas lui-même s'il s'agissait d'une question.
Il n'avait plus aucun souvenir du moment où ses ailes de magie étaient sorties, mais il savait que Severus avait été là, car c'était pour lui qu'elles s'étaient montrées. Son compagnon avait vu le phénomène que lui-même avait seulement lu dans quelques rares livres.
« C'est ici, » répéta Severus, se souvenant parfaitement de ce jour.
Il retraça à nouveau les bouts de chair légèrement boursouflés. Il n'avait pas su à ce moment-là, n'avait jamais entendu parlé de ce phénomène. Il avait seulement pu admirer cette puissance, la beauté de ces ailes et il avait été mortifié par la douleur qui semblait parcourir le corps de celui qui était maintenant son petit-ami, son compagnon, bientôt son amant et peut-être un jour son époux.
Il sentit distinctement le frisson de la peau douce et, sans se l'expliquer, baissa la tête pour déposer un tendre baiser entre les deux traits pâles qui marquaient à jamais leur relation. Qu'elle se termine bien ou mal, par la mort ou la rupture, cette histoire serait un tournant dans leur vie, et ses traces en étaient la preuve.
« Severus ? » appela doucement Samaël. « Qu'est ce qu'il y a ? » demanda-t-il avec inquiétude.
« Rien… » murmura le Potionniste. « Nous avons la bénédiction de ton père. Et même celle de Black. Tout s'est bien passé. Je viens juste de me rendre compte que, peut-être, j'avais droit au bonheur. Je viens de me rendre compte à quel point tu m'es précieux. »
Il posa son front entre les omoplates et respira profondément, prenant tout ce que la présence de Samaël lui offrait, aussi bien son odeur réconfortante que les sentiments qu'il dégageait. Il allait tout prendre.
Le jeune homme se dégagea lentement et se retourna pour être à genoux sur le lit, face à Severus, traînant dans la peinture et l'eau sale renversée. Il prit le visage de son compagnon en coupe et baissa la tête pour embrasser doucement ses lèvres, lui promettant une belle aventure.
Je reçois souvent des messages me disant que la fin de l'histoire est bizarre, mais ce n'est toujours pas la fin xD Encore deux chapitres ;)
J'espère que celui-ci vous a plu !
A bientôt.
Epsi
