Titre : Papa
Rating : T
Pairing : Slash, Yaoi, Mentor fic
Disclaimer : Pour votre plus grande déception (j'en suis sûre), je ne suis pas JKR.
Statut : Terminée
Résumé : Quand, à la fin de sa cinquième année, Harry apprend qu'un grand secret le concerne, il voit sa vie changer radicalement. Loin de ceux qui l'ont élevé et de ses amis, l'adolescent doit se créer une nouvelle histoire, s'adapter à une nouvelle vie et pourquoi pas, se découvrir une nouvelle famille.
Bêta : AudeSnape
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Chapitre 20
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Samaël ouvrit les yeux lorsqu'il entendit un bruit étouffé. Il était sur ventre, ses cheveux étalés sur l'oreiller, le nez enfoui dans le linge doux. Sa main reposait sur l'autre côté du lit, vide et tiède. Il baissa les yeux sur son pyjama, toujours en place, et sourit.
« Je ne voulais pas te réveiller… » murmura Severus.
« Je préfère te voir avant ton départ, » répondit Samaël sur le même ton. « Au moins je peux m'assurer que tu étais bien là. »
« Tu en doutais ? » demanda Severus avec un sourire sournois alors qu'il boutonnait son col.
« Eh bien… Parfois je me demande si c'est un rêve. Tu dois vraiment partir maintenant ? »
« Oui, si je veux être dans la Grande Salle pour le petit-déjeuner après avoir pris une douche dans mes appartements. »
« Tu pourrais faire tout ça ici… » gémit Samaël en s'étirant paresseusement.
Severus le regarda un instant puis s'avança lentement. Il s'assit sur le bord du lit, à côté de son compagnon et, comme il en avait pris l'habitude depuis quelque temps, posa ses lèvres entre ses omoplates pour un baiser léger.
« Je ne peux pas prendre ma douche ici, » grogna Severus. « Tu sais parfaitement que tu me rejoindrais et si je peux encore garder mon sang-froid et ne pas te toucher plus que nécessaire lorsque nous dormons, cela me sera impossible une fois nu et mouillé… »
« Je me demande parfois pourquoi nous avons fait cette promesse… » grinça Samaël.
« C'est toi qui l'a décidé ! Tu ne voulais pas que nous soyons plus intimes avant que je ne découvre ou que tu ne me révèles ton secret. »
« Et tu ne cherches pas beaucoup… » grogna Samaël.
« Je dois avouer qu'après les nombreuses… très nombreuses mises en garde de ta part, celle de ton père, ton frère, ton beau-père et même ce maudit Lupin, je n'ai plus spécialement envie de savoir ce que tu me caches, » répondit Severus sur le même ton. « Je veux juste profiter avant que… »
« Tu penses que nous allons rompre ? » haleta Samaël en se redressant soudainement pour s'asseoir dans son lit.
« Je ne sais pas… Et je n'ai pas envie de savoir. »
« Et tu ne penses pas que plus nous attendons, plus cela sera compliqué une fois le moment venu ? »
« Peut-être… » répondit Severus. « Mais laisse-moi juste un peu de temps, d'accord ? Je viens de réaliser que je pourrais être heureux, être avec toi. Laisse-moi en profiter pendant un court instant s'il te plait ? »
« Même sans sexe ? » demanda Samaël, haussant un sourcil suggestif.
« Même sans sexe, » acquiesça le Potionniste avec un sourire moqueur.
Il se redressa et attrapa sa cape posée sur la chaise depuis la veille, lorsqu'il était arrivé directement après son dernier cours de la journée. Il devait vraiment rentrer et voir un peu ses élèves, car il passait tout son temps libre ici, ou en balade avec Samaël. Heureusement, Albus savait qu'il y avait du changement dans sa vie, et un bouleversement assez important pour qu'il chamboule ses habitudes au travail. Le directeur était compréhensif, c'était indéniable.
Mais il ne pouvait pas laisser ses serpents comme cela. Certains avaient besoin de conseils, de protection, de soutien scolaire. Severus avait conscience de les abandonner un peu, mais il ne pouvait pas s'empêcher de le faire pour une fois. De faire passer sa vie privée avant sa vie professionnelle. C'était assez inédit.
« Reste… » gémit Samaël alors qu'il se dirigeait vers la porte.
Severus s'arrêta et se tourna, regardant son compagnon. Il était si beau, emmêlé dans ses couvertures, les cheveux défaits et sauvages, la mine boudeuse mais amusée.
Après un instant durant lequel le monde entier sembla s'arrêter, Severus poussa un grognement sonore et se retourna pour marcher en direction du lit. D'un geste vif, il se pencha sur Samaël, ouvrant ses jambes pour se glisser entre elles et le faisant basculer pour se tenir au-dessus de lui. Il passa une main sous sa nuque et sentit ses cheveux fins couler entre ses doigts, avant de l'embrasser avec délectation. Les lèvres de Samaël étaient douces et toujours aussi délicieuses, peu importe à quel point il pouvait les user, en abuser.
Il poussa un gémissement qu'il ne savait même pas avoir contenu et roula docilement sur le lit lorsque son compagnon lui appliqua une légère pression.
Ce fut un échange intense, comme souvent, et sensuel. Malgré le fait qu'ils n'aient jamais eu de rapports sexuels, qu'ils ne se soient même jamais vus nus, ils étaient irrémédiablement attirés l'un par l'autre. Ils ne se touchaient jamais plus que de raison.
Après tout, c'était peut-être pour cela qu'ils étaient si excités à chaque fois. Ou était-ce parce que leur relation débutait tout juste ? Severus ne savait pas. Il n'était jamais resté avec un petit-ami si longtemps sans avoir de relation intime. C'était étrange, exaltant.
Cette passion, cette curiosité, s'arrêterait-elle une fois qu'ils auraient consommé ? Peut-être. Mais Severus ne pouvait pas attendre pour le savoir. Chaque jour était plus dur de résister à la tentation. Il voulait parfois réfléchir à cette énigme qu'était Samaël, pour enfin savoir et enfin pouvoir l'aimer plus profondément. Pourtant, à chaque fois qu'il y songeait, il pensait qu'il pourrait perdre définitivement Samaël à l'issue de cette réflexion et pour l'instant, c'était hors de question.
« J'aimerais tellement pouvoir… » souffla le jeune homme au-dessus de lui alors qu'ils détachaient enfin leurs lèvres.
« Moi aussi, » répondit-il sur le même ton.
Ils se regardèrent un instant et Severus fixa les grands yeux verts de son compagnon. Il ne pouvait presque pas distinguer leur couleur à cause de l'iris dilaté à outrance, preuve de son excitation. Il y avait tant de désir en eux que, comme à chaque fois, Severus se sentit submergé.
Il reposa sa tête qu'il avait levé pour suivre le baiser, sur le matelas, et ferma les yeux, respirant lentement. Le poids réconfortant sur sa poitrine mince l'aidait, le gardait calme et serein. Il enroula ses bras autour de son petit-ami et tous deux restèrent blottis l'un contre l'autre.
« Je vais être en retard… » murmura Severus sans pour autant esquisser le moindre mouvement.
« Il reste deux heures avant le début des cours… Nous n'avons qu'à déjeuner ici. Et pour la douche… Un sort de nettoyage fera l'affaire jusqu'à ce soir. »
« En plus de me rendre incompétent au travail, tu veux me forcer à négliger mon hygiène ? » ricana Severus.
« Allez le troll, » répondit Samaël en se redressant. « Lève-toi ! Je vais commander un petit déjeuner. »
Severus leva les yeux au ciel mais acquiesça. Il attrapa sa baguette qui était glissée dans la bande de cuir accrochée à son avant-bras et se lança un sort pour se nettoyer. Ce n'était pas aussi efficace qu'une bonne douche mais, comme l'avait dit Samaël, cela serait suffisant jusqu'à la fin des cours.
« Nous devrions vraiment parler ce soir… » déclara celui-ci d'une voix faussement légère.
Il était de dos et s'agitait en rangeant son bureau. En réalité, il déplaçait ses affaires d'un endroit à un autre sans aucune cohérence, prouvant le fait qu'il n'était pas à l'aise. Ses épaules étaient contractées et son dos tendu. Severus était surpris de le connaître aussi bien.
« Si c'est ce que tu veux… » souffla-t-il en réponse.
« Ça commence à être compliqué pour moi de tout garder. J'ai envie d'être honnête et je pense qu'il est temps… »
« Je comprends. »
« Et puis… Tu ne travailles pas demain, » dit Samaël en se retournant, un sourire incertain sur les lèvres. « Si tu veux bien rester… Nous pourrions passer la nuit ensemble. »
Severus laissa son regard traîner sur la silhouette de son compagnon, souriant lascivement. Cacher ses sentiments était comme une seconde nature pour lui et si c'était ce qu'il fallait faire pour détendre un peu Samaël, il le ferait avec plaisir.
« Bien sûr, » dit-il finalement.
Sam sourit, un vrai sourire soulagé, et s'avança vers lui. Alors qu'il allait dire quelque chose, il y eut un petit bruit résonnant dans la pièce. Ils regardèrent la table et virent qu'elle était maintenant remplie de mets appétissants. Ils s'y installèrent calmement et commencèrent leur repas.
« Tu ne pourras plus te payer ce genre de luxe si tu ne trouves pas un travail rapidement, » déclara Severus.
« Je sais… » répondit Samaël. « C'est pour ça que j'ai un rendez-vous avec un employé du Ministère de la magie cet après-midi. »
Severus, qui avait amorcé un mouvement pour mordre dans une tartine de marmelade, s'arrêta net. Il fixa son compagnon qui continuait de manger comme si de rien n'était, ignorant délibérément le regard qu'il recevait.
« Le Ministère ? » demanda Severus. « Tu veux travailler là-bas ? »
« Disons qu'ils m'ont légèrement harcelé lorsqu'ils ont su que je parlais couramment plusieurs langues. La liaison avec l'étranger manque d'effectif. Rien n'est fait encore. Je vais passer un entretien et dans quelques jours je saurai si je suis suffisamment compétent pour ce poste. »
« Tu détestes ce genre de travail. Pourquoi voudrais-tu l'acce- »
Severus se coupa dans sa phrase lorsqu'il se rendit compte de ce qui se passait. La soudaine nervosité de Samaël et son empressement à lui dire la vérité.
« Tu n'accepteras pas ce poste si je te rejette… » murmura-t-il. « Tu retourneras vivre en Islande où n'importe où ailleurs. Tu ne pouvais pas postuler pour quelque chose qui t'intéressait vraiment au cas où tu décides finalement de refuser et de ne plus avoir de chance là-bas par la suite. Tu es prêt à endurer un travail qui ne te passionne pas pour voir où va notre relation avant de t'installer définitivement ici… »
Samaël ne répondit pas. Il se contenta de rougir légèrement et de lui adresser un petit sourire timide, très rare sur le visage de cet homme jovial et sûr de lui la plupart du temps. Il se releva et déposa un baiser au coin des lèvres de Severus pour y enlever un peu de marmelade.
Celui-ci sentit son coeur se réchauffer à nouveau et sourit à son tour.
Il appréhendait énormément le moment de la grande révélation et réalisait que le soir même, tout pourrait prendre fin, ou que leur relation pourrait prendre un nouveau tournant. C'était à la fois excitant et terrifiant. Samaël se réinstalla devant lui et ils reprirent leur repas.
Ils mangèrent en silence, se jetant parfois des regards intenses.
Oui… Dans la soirée, tout changerait, bien qu'aucun d'eux ne sache encore comment.
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« Où allons-nous ? » demanda Severus alors qu'il rejoignait Samaël devant la grille d'entrée de Poudlard.
Ils ne s'embrassèrent pas, Severus n'étant pas très à l'aise avec le fait d'étaler sa vie privée devant son lieu de travail.
« J'ai réservé dans un restaurant italien, » répondit le jeune homme. « Je sais que tu n'aimes pas trop, mais ce n'est pas mon cas, alors tais-toi et sois heureux, » commanda-t-il avec un sourire narquois.
Le Potionniste ne put s'empêcher de rire et leva les yeux au ciel, suivant son compagnon dans les rues de Pré-au-Lard. Comme ils en avaient l'habitude, ils empruntèrent la cheminée de Madame Rosmerta pour aller dans le pub d'une autre ville sorcière, à l'autre bout de l'Angleterre et entrèrent dans un petit restaurant non loin de celui-ci. L'ambiance était sobre, comme l'aimait Severus. Pas de gros moustachu souriant, une pizza en main, sur chaque mur de la pièce, ni de nappe à carreaux rouge et blanc. Parfait.
« Draco m'a parlé de ce restaurant, » murmura Samaël en se dirigeant vers le comptoir. « Je lui ai dit que je voulais un endroit tranquille. »
« Bonjour Messieurs, » les salua un jeune homme souriant, vêtu de l'uniforme bleu nuit de l'établissement. « Vous avez réservé ? »
« Au nom de Malfoy, » répondit Samaël.
Aussitôt, l'homme lui jeta un coup d'œil intéressé avant de se concentrer sur son registre, repérant très vite le nom recherché. Severus ne put s'empêcher de grogner intérieurement. C'était à chaque fois pareil : que ce soit par son nom ou par son physique, Sam attisait les convoitises, ce qui exacerbait sa possessivité. Il ne disait jamais rien cependant, ne s'en sentant pas légitime. Du moins, pour le moment.
Si sa relation avec Samaël venait à s'épanouir et à durer au-delà de cette soirée qui s'annonçait déjà catastrophique, il n'hésiterait plus à rabrouer toute personne dont le regard s'éternisait un peu trop. Quoique… Samaël le faisait souvent et sa langue acerbe rendait le spectacle presque jouissif.
Il ne le fit pas cette fois et se laissa conduire dans un coin reculé de la pièce. Ils traversèrent une barrière magique qui fit frissonner Severus, sentant des charmes d'intimités, de silence et de camouflage. Au moins, l'établissement prenait à cœur le calme et la discrétion de ses clients, ce qui les faisait remonter dans l'estime de Severus. Le fait qu'ils ne servaient probablement que toutes sortes de pâtes passait presque au second plan. Presque.
Ils s'installèrent face à face et le serveur lança un sort "accio" en direction des menus, puis de la carte des vins, avant de leur tendre élégamment. Il s'inclina légèrement et repartit attendre les clients derrière son pupitre.
« Quelle grossièreté, » grogna Severus. « Il me fait penser à Pansy Parkinson avec sa tête de Carlin. »
Samaël ne put empêcher de pouffer derrière sa main, essayant tant bien que mal de le cacher. Il se souvenait parfaitement de Pansy, la jeune fille qui suivait Draco partout et disait à tout bout de champ qu'ils allaient se marier plus tard. C'était évidemment totalement faux.
« Tu connais Miss Parkinson ? » demanda Severus les sourcils froncés.
« Draco et elle sont amis, » répondit-il en haussant les épaules. « Bien que je ne comprenne pas vraiment pourquoi… » ajouta-t-il.
Severus sourit et ouvrit son menu pour choisir son repas.
Samaël n'avait pas menti. Pansy était l'amie de Draco et, bien qu'ils ne se voient plus, ils s'échangaient des lettres régulièrement. Samaël ne l'avait pas vu depuis le dernier jour d'école de sa cinquième année à Poudlard.
Ce fait lui rappela ce qu'il allait annoncer à Severus ce soir et il sentit ses muscles se tendre. Ses mains devinrent moites en si peu de temps qu'il crut un instant être malade. Mais non. C'était juste le tract et une trouille monumentale. Il ne savait pas comment le dire, quoi dire, comment réagir ensuite et…
Des doigts froids glissant lentement sur sa joue le sortirent de sa torpeur. Il regarda en face de lui pour voir Severus l'observer avec douceur et confiance. Ce fut tout ce qui lui fallut pour sentir ses muscles se détendre à nouveau.
Le regard qu'ils échangaient n'était pas celui de deux personnes se connaissant depuis quelques mois seulement, n'était pas celui d'un tout jeune couple. C'était celui de deux compagnons ayant déjà vécu tant de choses. C'était le même regard que Severus posait sur lui au réveil lorsqu'ils avaient la chance de commencer une journée ensemble, enlacés dans des draps blancs. C'était le même regard qu'il lui jetait juste avant de l'embrasser entre ses deux cicatrices, entre ses omoplates. Juste avant de murmurer simplement "J'aime la couleur de ta peau dans la lumière de l'aube" et de se lever pour se préparer pour le travail.
Severus se targuait d'être un insensible, un homme froid, mais il disait parfois ce genre de chose qui pouvait faire accélérer le rythme cardiaque de n'importe quelle personne en possédant un.
« Commandons, » déclara simplement Samaël ayant reprit ses esprits.
Severus acquiesça et replongea dans son menu, surpris de ne pas y trouver que des plats à base de pâtes, mais des variétés de carpaccio, des préparations à base de mozzarella au lait de bufflonne, de différents poissons et d'huile d'olive. Il se décida rapidement et choisit une bouteille de vin pour accompagner leur repas.
Samaël regarda à peine les différentes propositions avant d'appeler le serveur qui arriva, une plume et un parchemin flottant derrière lui.
Lorsqu'ils eurent passé commande, le serveur s'en alla et revint quelques minutes plus tard avec des assiettes fumantes. Ils mangèrent en silence, la tension montant exponentiellement à chaque instant.
« Tu ne penses pas que nous devrions commencer ? » demanda finalement Severus.
« J'aimerais attendre le dessert, » répondit Samaël. « Je vais toujours mieux après une bonne glace ! » dit-il avec un sourire.
Severus rit légèrement et acquiesça. Cela eut pour effet de détendre un peu l'atmosphère et ils parvinrent à parler de tout et de rien durant le repas. Samaël expliqua que son entretien s'était bien passé et que sa maîtrise des langues, mais surtout de sa culture concernant les différents pays, avait intéressé son recruteur. Le fait qu'il ait intégré plusieurs écoles sorcières différentes faisait aussi de lui un "enfant" de chacune des nations, ce qui était un avantage énorme pour travailler aux relations internationales.
Lorsqu'ils arrivèrent au dessert, constitué d'une dame blanche pour Samaël et d'un brownie accompagné d'un café noir pour Severus, l'ambiance était à nouveau tendue. Le jeune homme se tortilla sur sa chaise et prit la longue cuillère pour la plonger dans sa sucrerie glacée.
« C'est… incroyablement pesant, » grimaça-t-il après sa première bouchée. « Je pense que je n'aurais pas dû mettre tout ce suspens. Tu sais, je ne suis pas un monstre… Je ne suis pas difforme et j'ai tout ce qu'il faut, là où il faut. »
« Donc je peux éliminer de ma liste le faire que tu sois né femme alors ? » ricana Severus.
« Si cela avait été le cas, j'aurais quand même eu ce qu'il faut là où il faut, » répondit Samaël avec un sourire.
« Peut-être, mais ça n'aurait pas été ce que j'avais commandé, » déclara Severus, levant les yeux au ciel avec un sourire, montrant par là que rien de tout cela ne l'inquiétait réellement. « Alors ? » demanda-t-il après un instant de silence.
« Alors lorsque mon père t'a expliqué comment il m'avait trouvé, il n'a pas été très franc… »
« Je vois… » murmura Severus, peu sûr de ce qu'il devait penser de cette annonce.
Il avait évidemment envisagé les nombreuses discussions avec Lucius comme étant un mensonge potentiel, ou une déformation de la vérité. Il ne lui en voulait même pas, pour être honnête, car ces mensonges avaient le but honorable de vouloir protéger sa famille.
« Donc ? »
« Donc j'ai bien perdu ma mère et mon père adoptif dans la guerre, mais je ne vivais pas en France à ce moment-là. J'ai grandi en Angleterre. C'est en Angleterre que mon père m'a trouvé et c'est à ce moment-là que nous sommes partis en France. »
Un silence s'installa alors que Samaël continuait de manger sa glace, malgré son estomac noué. Severus, quant à lui, regardait sa part de brownie presque entière et son café fumant, rassemblant les informations qu'il venait d'avoir.
« Tu… » murmura-t-il, réalisant soudainement quelque chose. « Tu as été à Poudlard. »
« Oui… » souffla Samaël, plongeant sa tête entre ses mains, les coudes sur la table.
« Je t'ai enseigné… »
Severus eut presque la nausée. Certes, il savait que Sam était assez jeune pour avoir été son élève, mais lorsque ça n'avait pas été le cas, c'était bien plus simple à gérer comme information. L'idée que son compagnon l'ait vu dans sa pire attitude, ayant certainement subi ses foudres, connaître l'ascendant qu'il avait eu sur lui, était terriblement dérangeant.
« Oui… » répondit à nouveau Samaël.
« Il y a très peu d'étudiants qui n'ont pas terminé leur scolarité à Poudlard, » murmura Severus d'une voix blanche, réfléchissant à ce qu'il venait d'apprendre. « Et à cette époque précise, à ton âge, il n'y en a qu'un… »
Samaël redressa la tête et regarda dans les yeux.
« Oui. J'étais Harry Potter… »
Le monde cessa brusquement de tourner pour Severus. Envisager son identité était une chose, en avoir la confirmation en était une autre. Levant les yeux sur son compagnon, il pouvait voir les similitudes légères : cet air frondeur, la forme de son visage… Mais il ne pouvait pas y croire.
« Lorsque mon oncle m'a trouvé dans ma chambre avec ce nouveau visage, il m'a mis à la porte. Je n'avais nulle part où aller. J'avais trop peur d'être rejeté par la population sorcière, mais surtout par mes amis, mes parrains… Juste parce que j'étais un Malfoy... J'ai erré sans but durant quelques semaines avant que mon père me trouve. »
Samaël murmurait et pourtant, Severus avait l'impression que ses mots résonnaient dans ses oreilles. Il ne savait pas comment réagir, quoi faire, quoi dire. Lui qui était toujours maître de ses émotions était totalement perdu. Il vit et entendit que sa réaction dérangeait Samaël dont la voix devint de plus en plus hésitante au fur et à mesure de son récit.
« Il m'a alors proposé quelque chose de fou… Moi qui me sentais si mal après les événements du Ministère, moi qui avais si peur du rejet, peur du regard des autres, il m'a proposé de partir avec eux et d'avoir une famille. Il m'a nommé ce jour là et c'est là qu'a commencé ma nouvelle vie… »
Voyant que Severus ne répondait pas, les yeux toujours plongés dans les siens, il s'agita. Il essaya de le faire réagir en soupirant, en l'appelant, mais l'homme restait plongé dans ses pensées. Il le regardait mais ne le voyait plus, certainement sous le choc.
Samaël avait imaginé toutes les issues possibles pour cette annonce, mais celle où son compagnon restait pétrifié comme s'il avait croisé le regard d'un basilic n'en faisait pas partie. Il comprenait que l'information puisse être compliquée à entendre, mais elle avait aussi été difficile à prononcer et si Samaël avait déjà préparé ses arguments, il n'avait pas prévu un silence pesant.
Soudainement, débordé par un torrent d'émotions, Samaël se leva. Il ne pouvait plus tenir face à ce regard qu'il imaginait accusateur, comme s'il avait commis un acte grave. Il avait besoin de prendre l'air et peut-être de… de vomir dans la ruelle de derrière.
Il contourna la table et s'arrêta à côté de Severus qui n'avait pas bougé. Voulant dire quelque chose. Il ne trouva rien, alors il partit.
Samaël allait franchir les barrières magiques entourant la table, lorsqu'il sentit son poignet être attrapé et tiré. Le geste brusque de Severus le fit trébucher et il atterrit très soudainement sur les genoux de celui-ci, coincé entre son torse et la table. Heureusement, son compagnon habile avait passé un bras dans son dos pour l'empêcher de basculer plus loin.
Il ouvrit les yeux qu'il n'avait pas conscience d'avoir fermés pour plonger dans le regard sombre et intense de Severus. Cette fois-ci, il était plein de confusion mais aussi de tendresse. Pourrait-il même dire d'amour ?
« Ça ne change rien… » murmura Severus.
« Quoi ? » haleta Samaël.
« Je me suis imaginé les pires choses, et si je ne l'avais ne serait-ce qu'imaginé, le fait que tu… ais été Harry Potter aurait été dans cette catégorie, crois-moi. Pourtant, maintenant que je le sais, toutes mes craintes se sont envolées. Tu pourrais être un loup-garou, et je l'ai cru avant de te voir totalement humain sous les rayons de la pleine lune, vampire, femme, âgé en réalité de quatre vingt neuf ans, tu restes Samaël. Un homme que j'ai appris à découvrir et qui a touché mon coeur. »
« Tu… » murmura Samaël. « Ça ne te dérange pas ? »
« On va en parler. Ne me reproche pas d'être choqué et de ne pas savoir comment réagir. On va parler de tout ça mais… Pas ici… »
Samaël acquiesça, mais aucun d'eux ne bougea. Ils s'observaient tout simplement. Encore ce regard…
« Je n'avais jamais remarqué qu'Harry Potter avait les yeux verts… » murmura Severus avant de se pencher lentement et de poser ses lèvres sur celle de Samaël.
Le baiser fut long et langoureux, déversant toute la tension accumulée ces dernières heures. Lorsqu'ils y mirent fin, Samaël se redressa et attrapa Severus par la main pour le tirer derrière lui. Il s'approcha de la caisse et commença à sortir sa bourse, mais en fut empêché lorsque Severus posa ses propres gallions sur le pupitre, juste avant de le tirer à nouveau vers la sortie. Il y avait peut-être trop, peut-être pas assez… Qu'importe.
Ils voulaient seulement quitter l'ambiance oppressante qu'ils avaient eux-même créée. Lorsqu'ils sentirent l'air frais de cette soirée d'hiver sur leur peau, ils prirent une longue inspiration. Se sentant plus calmes, ils se dirigèrent sans un mot vers le pub dans lequel ils pouvaient utiliser la cheminée pour rentrer en Ecosse.
Lorsqu'ils entrèrent dans le bâtiment, Samaël était plus détendu et se retrouva à sourire en regardant un Éclair de Feu suspendu au plafond. La décoration était très axée sur le Quidditch pour cet établissement qui rediffusait les matches et il y avait beaucoup de cadres contenant des pages de magazines, des articles de journaux, des photographies.
Samaël vit même un cliché de Seamus Finnegan chevauchant son balai, signé de sa main. Le blond était poursuiveur pour les Frelons de Wimbourne depuis plusieurs années maintenant. Ses compétences en pyromanie démontraient en réalité une superbe aptitude au vol, bien que personne n'en connaisse la cause.
Samaël sourit et s'approcha de la Cheminée pour déposer l'habituel pourboire et prendre de la poudre de Cheminette. Il fut précédé dans l'âtre par Severus qui utilisa le moyen de transport pour le réceptionner à l'arrivée, comme il en avait l'habitude.
Ils arrivèrent au Trois Balais, mais l'un comme l'autre n'avaient envie de se séparer ici. Ils ne voulaient pas non plus rentrer dans la petite chambre de Samaël. Maintenant que le secret était révélé, ils pourraient profiter intimement l'un de l'autre, mais ce n'était pas le moment, ils devaient parler.
« Nous pourrions marcher un moment, » déclara Samaël en regardant la rue vide de Pré-au-Lard. « Je n'ai pas envie de rentrer tout de suite… »
« Tu n'as pas peur qu'il se mette à pleuvoir ? » demanda Severus en regardant le ciel.
« Il ne pleut pas tant que ça en Ecosse… »
« Pardon ? Tu peux répéter ? » demanda Severus, exagérant. « Tu as vraiment osé dire qu'il ne pleuvait "pas tant que ça" en Ecosse ? »
« Oui je l'ai dit, » ricana Samaël. « Allez viens, » dit-il en tirant la main de son compagnon.
Ils avaient beaucoup de choses à se dire, et beaucoup de choses à faire ensemble, mais pour le moment, ils voulaient simplement prendre conscience qu'ils étaient toujours ensemble malgré la grande révélation.
Bonjour !
J'espère que ce chapitre vous a plu. J'ai voulu un peu d'originalité dans la réaction de Severus. J'ai pensé à ceux qui n'aimaient pas les Snarry et à leurs raisons. La ressemblance avec Lily qui peut rendre cette relation malsaine, etc... Le fait qu'il n'ait jamais remarqué la ressemblance avec Lily allège un peut les choses d'après moi. Bref ! J'espère que ça vous plait !
Je ne l'ai pas dit, mais il y a de nombreux défis réalisé sur cette histoire, j'en parlerai certainement dans le dernier chapitre ! Enfin... si j'ai le temps !
Je vous embrasse et vous souhaite bon courage pendant cette période difficile.
Epsi
