CHAPITRE CINQ

« Évasion »

Elizabeth resta quelques instants assise sur son lit, se demandant si elle n'était pas en train de devenir complètement folle. Pourtant, elle en était sûre désormais, il n'y avait qu'une seule possibilité pour éviter la mort d'un innocent, et elle allait mettre ce moyen à exécution. Après tout, il y avait urgence.

Doucement, elle sortit de son lit et prudemment, entrouvrit légèrement ses volets afin d'avoir un peu de la lumière de la lune. Allumer les bougies pour avoir plus de lumière, aurait pu alerter les gardes de la maison, et faire échouer tout le plan. Alors, dans la demie pénombre, elle enfila tant bien que mal une robe sans corset afin de pouvoir la mettre sans aide, il était hors de question de mêler Estrella à cette histoire saugrenue. Elle était bien décidée à se débrouiller seule, cette fois-ci.

Après s'être habillée, elle referma ses volets sans aucun bruit pour ne pas attirer l'attention, alluma cette fois une petite bougie et avec maintes précautions, ouvrit la porte de sa chambre. Il était tard et il n'y avait absolument personne dans la demeure qui ne soit encore éveillé, mis à part le garde à l'entrée et les deux autres au portail qui avaient été engagés pour surveiller le domaine après le saccage de la veille.

Mais Elizabeth se souvenait de la tempête qui avait détruit une des fenêtres des chambres, deux jours auparavant. Les réparations avaient été faites à la hâte et plus personne n'y avait pensé après l'attaque, alors nul ne prêterait attention au fait qu'elle se soit ouverte dans la nuit, quand bien même cela ferait un courant d'air dans la maison. Personne n'irait songer que c'était Elizabeth qui en était la cause…

Dans le plus grand silence la jeune femme, le cœur battant de la folie qu'elle s'apprêtait à faire, ouvrit prudemment cette fenêtre qui était du côté opposé à l'entrée du domaine et donc, loin des gardes. Puis comme la veille alors qu'elle s'enfuyait, elle escalada le balcon afin d'atterrir tant bien que mal dans le jardin.

Elle emprunta pour sortir du domaine le même chemin que la veille. Aucun pirate ne risquait de la suivre cette fois-ci. Le silence régnait dans les rues parfaitement désertes de la ville, lui laissant le champ libre, du moins pour un certain temps.

Elle s'arrêta à l'endroit où Jack l'avait sauvé. En se souvenant de la scène, elle sentit des frissons lui parcourir le dos. Elle aurait pu mourir ici. Elle devait la vie à un homme, cela méritait bien un juste retour des choses. Ce qu'elle s'apprêtait à faire était juste.

Puisque Jack était en danger de mort, elle devait aller le chercher. Puisqu'il n'y avait pas d'autre moyen.

Elle tenta de calmer sa respiration et s'élança. Il fallait faire comme Jack l'avait fait : une diversion.

Elle rassembla donc des objets divers qui jonchaient toujours les rues les moins fréquentées qui n'avaient pas encore été nettoyées après l'attaque de la veille, et en fit plusieurs tas, dans des endroits où ça ne risquait pas de causer trop de dommages. Puis, elle entreprit d'y mettre le feu, grâce à la bougie qu'elle avait pris soin d'amener, puis se servit du feu qui naissait pour allumer les autres, et ainsi de suite. Elle commença ensuite à lancer des objets contre d'autres objets, jetant des pierres contre des morceaux de ferraille, de rues en rues, en veillant à toujours se dissimuler soigneusement. Le bruit et les flammes eurent tôt fait de tirer du sommeil plusieurs habitants et d'alerter plusieurs gardes, qui allaient ainsi tous dans des directions opposées à l'endroit où Elizabeth comptait se rendre : la prison.

Très vite, croyant à une possible nouvelle attaque, la ville fut rapidement en ébullition. Les gens paniqués commençaient à courir et la confusion était parfaite pour Elizabeth. Lorsqu'elle sentit que c'était le bon moment, elle s'élança et arriva très vite non loin de la prison, où elle fit de nouveau un feu et y jeta une lampe à huile brisée qu'elle avait récupérée dans une ruelle avec une bouteille d'alcool à moitié vide. Il y avait toutes sortes d'objets dans les rues, depuis la pagaille de la veille et elle comptait bien s'en servir… Elle tentait d'improviser avec tout ce qui lui tombait sous la main…

L'explosion du dernier tas d'objets qu'elle avait enflammés avec l'alcool et la lampe la fit reculer violemment, elle se dissimula comme elle le pouvait alors que les gardes de la prison eux-mêmes accouraient pour comprendre ce qui se passait. C'était le moment ou jamais : elle sortit de sa cachette en courant, le bas de sa robe se déchirant presque au passage, toujours en veillant à ne pas être vue, puis arriva devant la prison de la ville, encore gardée par quelques soldats qui faisaient des rondes, alertés par le vacarme, et qui se dispersaient pour venir en aides aux autres. Elizabeth sentit qu'elle n'avait pas le temps de réfléchir. Elle se précipita vers le garde le plus proche de l'entrée, tant qu'il était seul, sachant qu'il ne tirerait pas sur une femme vêtue élégamment et espérant en même temps que dans la pénombre il ne la reconnaisse pas.

« Aidez moi ! Aidez moi, on m'a enlevé, je me suis enfuie… Il y a des pirates… »

Le garde prit de panique alerta immédiatement qu'il y avait une attaque, et alors que les autres gardes s'élançaient pour boucler le secteur afin qu'aucun pirate n'arrive assez près de la prison ni du fort, Elizabeth sembla tomber évanouie dans les bras de celui qui gardait l'entrée.

Entre-temps, les dizaines de feux avaient réveillé quasi tout le monde et comme personne ne voyait qui attaquait la ville, tout le monde fuyait, alors que l'armée tentait de comprendre où étaient dissimulés les attaquants et ce qui se passait exactement… Elizabeth était submergée par l'adrénaline et alors que le garde lui demandait si elle allait bien, elle se saisit de son arme et en se relevant brutalement, l'assomma avec, comme elle l'avait fait la veille avec le pirate qui attaquait Jack…

Le garde avait les clés sur lui. Les mains tremblantes, elle s'en saisit, de plus en plus paniquée par ce qu'elle était en train de faire, et s'engouffra à l'intérieur des geôles alors que, en découvrant une femme arriver en trombe et les habits à moitié déchirés, les prisonniers, après quelques secondes de silence total sous la surprise, se déchaînaient en hurlant, tendant les mains vers elle à travers les barreaux en lui criant des obscénités qu'elle n'osait même pas écouter.

À partir de l'instant où elle était entrée dans cette prison, elle avait regretté. Se demandant ce qu'elle faisait là, elle avança malgré tout, terrifiée par tous ces pirates et autres malfrats devenus à moitié fous à sa vue comme si elle n'était qu'un vulgaire bout de viande jeté à des affamés. L'endroit était froid et humide, les cris des prisonniers après elle résonnaient et ne lui donnaient qu'une envie : fuir et retourner chez elle dans son lit.

Mais elle se reprit et en songeant que Jack était là-dedans, elle retrouva courage. Il n'avait rien à faire dans un endroit pareil, il était peut-être fantasque et étrange mais il n'avait rien à faire ici, elle en avait l'intime conviction…

En avançant un peu, elle constata que le calme régnait dans une seule cellule, tout au fond, et quelque chose lui disait que Jack était ici. Tentant de ne pas du tout prêter attention aux autres prisonniers, elle traversa rapidement le couloir et se retrouva devant la cellule où il n'y avait aucun mouvement de vie.

« Capitaine Sparrow ?... »

Jack n'avait pas fermé l'œil depuis la tombée de la nuit, et il n'avait pas bougé non plus. Il s'était assis contre le mur, son tricorne sur les yeux pour s'isoler du monde extérieur, restant imperturbable alors que tous les autres prisonniers tentaient d'attirer à eux le chien qui gardait autour de son cou les clés des cellules.

Il savait que ça ne fonctionnerait pas. Les chiens qui gardaient les clés dans les prisons ne se laissaient jamais avoir. Ils étaient dressés pour être d'excellents gardiens.

Jack préférait penser plutôt à des choses plaisantes. Tentant de chasser de son esprit la perspective mortelle du lendemain, il pensait à l'océan, au Pearl, à ce qu'il aimait le plus au monde. Mais au fond de lui, il était amer. Il avait l'impression qu'il était trop tôt pour lui pour mourir, mais il n'y pouvait rien. Il avait toujours su que ça finirait comme ça. Il y avait échappé plusieurs fois mais il ne voyait aucune perspective cette fois-ci. Mais il avait toujours pensé qu'il pourrait tenir plus longtemps, survivre plus longtemps. L'idée de ne plus jamais revoir le Pearl et l'océan lui faisait du mal, mais rien ne transparaissait sur son visage impassible. Il comptait bien garder sa dignité, jusqu'au bout.

D'autant que la situation était d'une ironie fabuleuse. Il s'était sorti dans sa vie de mille situations toutes plus périlleuses les unes que les autres, mais il allait se faire tuer à cause d'une demoiselle. Une fichue noble rebelle qui se croyait tout permis.

Il était un pirate légendaire et allait mourir pour une femme… Il trouvait ça d'une ironie mortelle.

Alors quand il entendit le vacarme des prisonniers, il ne bougea pas. Peut-être une femme qui arrivait en prison, une pirate assez jolie ou quelque chose du genre. Il s'en fichait.

Ce n'est que lorsqu'il entendit son nom qu'il se releva d'un bond, faisant face à Elizabeth, debout en habits déchirés devant sa geôle.

Interdit, Jack fronça les sourcils avant de s'énerver :

« Qu'est-ce que vous avez inventé cette fois-ci ? C'est quoi ce déguisement ? Vous venez voir si vous avez bien réussi à m'avoir, si votre ruse pour m'humilier a fonctionné ?... Je vous confirme, ça a très bien marché, je ne pensais pas être dénoncé mais vos chers amis de la Navy n'ont eu aucun mal à me mettre les fers aux poignets, comme c'est étrange n'est-ce pas…! »

Elizabeth sembla ne pas comprendre au départ, puis lui répondit avec amertume et colère :

« Ah, parce que vous pensez en plus que c'est moi qui vous aie dénoncé ? Si j'avais su que vous soyez stupide à ce point je me serais abstenu de venir vous sauver…

- Quoi ? »

Jack était interloqué. Cette folle venait le sauver ? Se demandant si ce n'était pas un piège, il observa Elizabeth sans rien dire, réfléchissant, tandis qu'elle cherchait autour d'eux les clés pour ouvrir la grille.

Constatant que c'était le chien qui les portait, elle commença à s'agenouiller doucement en appelant ce dernier, avec tendresse et patience, alors que Jack fronçait les sourcils. Elle avait l'air sincère. Elle avait dû se battre ou bien faire quelque chose de complètement fou pour tromper les gardes, pour arriver jusqu'ici et ses habits en témoignaient.

Il ne savait pas s'il devait la croire sur le fait qu'elle ne l'ait pas dénoncé. Elle pouvait très bien avoir des remords, mais la manière bien peu coutumière qu'elle avait de venir l'aider montrait qu'elle n'avait en fait pas parlé de lui aux autorités. Si ça avait été le cas, il aurait quand même été nettement plus simple de dire qu'il n'était pas responsable de l'attaque plutôt que de tenter une évasion intempestive…

Jack avait bien du mal à comprendre cette femme, décidément. Il l'avait tout de suite trouvé différente, mais là, il la trouvait désormais réellement bizarre. Pourtant, d'ordinaire il avait beaucoup d'intuition avec la gente féminine, mais cette fois-ci il devait bien avouer qu'il n'y comprenait pas grand-chose. Il la regardait étrangement alors qu'elle venait de décrocher les clés, se demandant s'il n'était pas en train de rêver. Il avait toujours réussi à s'évader, mais il n'avait encore jamais été délivré d'une geôle par une aristocrate à moitié folle.

Mais Elizabeth se moquait de savoir ce que Jack pensait réellement d'elle. Elle était prise par l'adrénaline de cette aventure improbable et pour l'heure, la seule chose qui l'intéressait, c'était de faire sortir Jack et de retourner au plus vite dans le calme de sa demeure, car elle commençait à ne plus supporter les cris et les insultes des autres pirates qui continuaient de la prendre pour une catin.

Jack lui ne disait plus rien, visiblement toujours en train de réfléchir, et ce n'était pas pour déplaire à Elizabeth car elle préférait quand il ne disait rien, elle avait beau vouloir le sauver, il l'exaspérait la majeure partie du temps dès lors qu'il parlait…

Aussitôt qu'elle eut attrapé les clés et alors que le chien s'enfuyait d'un coup, elle se précipita sur les barreaux et ouvrit la geôle, puis regarda Jack avec un air agacé :

« Eh bien qu'attendez-vous ! Sortez ! »

Jack sembla se décider et sortit presque nonchalamment mais avec rapidité de sa cellule avant de récupérer ses effets accrochés au mur juste en face ; très vite il remit sa veste, son épée et son pistolet qui lui avaient été confisqués lors de son arrestation, puis il s'élança vers la sortie alors que les autres prisonniers s'agitaient en explosant de colère alors que Sparrow s'évadait et pas eux…

« Nous devons trouver le moyen de nous enfuir sans être vus ! Qu'avez-vous fait des gardes ? »

Elizabeth suivait juste derrière lui, ravie de quitter cet endroit sordide et de voir que son plan fonctionnait à merveille.

« Je pense qu'ils sont tous partis, ils pensent actuellement qu'il y a une attaque de pirates en cours… » annonça t'elle fièrement à Jack qui l'avait d'ailleurs de toutes évidences sous-estimée.

Jack grimaça. Juste à l'entrée, le garde qu'Elizabeth avait assommé était toujours à terre, alors que dans les rues, les gens criaient en s'enfuyant tandis que des soldats courraient de tous côtés. Les feux avaient pris une ampleur inattendue pour certains, et la priorité était désormais de les éteindre rapidement, car malgré tous les efforts des soldats, nul attaquant ou pirate n'était en vue, étant donné qu'il n'y en avait évidemment aucun en réalité.

Jack eut tôt fait d'évaluer la situation, et il poussa Elizabeth dans un recoin sombre d'où ils pouvaient voir sans être vus.

« Vous êtes vraiment folle… Mais c'est pas si mal pour une aristo ! Par contre, juste un détail… Si vous n'aviez fait du feu que d'un seul côté du quartier, l'autre côté serait désert et on pourrait s'enfuir par là… »

Elizabeth comprit l'ironie de Jack dans sa voix et elle sentit une bouffée de colère l'envahir.

« Oh oui bien sûr, vous vous êtes un grand pirate, tellement doué que vous vous êtes retrouvé derrière les barreaux d'une cellule ! Et vous y seriez encore si une simple petite aristo n'avait pas allumé des feux aux quatre coins du quartier ! À votre tour de trouver une idée géniale ! »

Jack eut l'air de s'amuser de la situation. Son regard pétillait et très vite il entraîna Elizabeth vers une autre rue, il fallait très vite s'éloigner de la prison d'où s'échappaient des cris de prisonniers en colère. A la vitesse de l'éclair il l'entraîna dans les rues les plus fréquentées, là où tout le monde fuyait le feu et les fantomatiques attaquants en criant alors qu'Elizabeth semblait désarçonnée de voir ce qu'elle avait provoqué, même si aucune habitation n'était touchée et que c'était les débris de la première attaque laissés dans les rues qui brûlaient désormais dans de grandes flammes… Une fois mêlés à tous ces gens, Jack et elle continuèrent de courir à travers la ville , jusqu'à un point un peu plus calme où Jack s'arrêta.

Elizabeth essoufflée commençait à retrouver ses esprits. Qu'allait-elle faire maintenant ? Il était temps pour elle de retourner au domaine et de laisser Jack se débrouiller désormais qu'il était libre…

« Continuez par là, il y a des chevaux dans un enclos à deux rues d'ici, vous pouvez en voler un pour vous enfuir loin de la ville ! Je dois rentrer chez moi avant d'être vue… »

Jack la fixa et s'apprêta à répondre lorsque tout à coup, toute une horde de soldats de la Navy passèrent en trombe, affolés.

« Il faut retrouver Mademoiselle Swann ! Ordre du Commodore, c'est notre priorité absolue ! Mademoiselle Swann a disparu ! » cria le lieutenant Grooves en passant sans le savoir juste à côté de celle qu'il cherchait.

Elizabeth sentit la panique l'envahir.

« Père a découvert mon absence ! Je dois retourner auprès de lui et du commodore ! »

Jack la dévisagea étrangement :

« Si vous aviez tant envie de vous faire arrêter et prendre ma place en prison, vous auriez dû rester sur place, ça aurait été plus vite…

- Je ne me ferai pas arrêter ! Je suis la fille du gouverneur, personne ne saura jamais que c'est moi qui vous ai fait évader !

- Non bien sûr! Tous les prisonniers vous ont vu, vous avez assommé un garde qui vous a vu également, et vous avez disparu pile à ce moment là… Croyez-vous que les soldats ne vont pas comprendre qu'il n'y aucune attaque de pirates en cours ? Mais votre bien-aimé Norrington va sûrement croire à une coïncidence !

- Personne ne m'a reconnu, il faisait sombre et les prisonniers ne me connaissent pas ! Je dirai que j'ai cru à une nouvelle attaque et que j'ai voulu courir jusqu'au fort comme tout le monde ! Ils penseront que les pirates étaient postés quelque part plus loin et ont envoyé une des leurs déguisée en noble pour vous sauver !

- Parfait ! Je vous laisse… J'ai du chemin à faire de mon côté ! » répondit Jack, soucieux de fuir au plus vite et de ne plus se préoccuper du reste. Après tout, Elizabeth pourrait très bien se débrouiller toute seule, elle était suffisamment dégourdie pour cela visiblement.

Elizabeth comprit que leurs chemins se séparaient là. Elle réalisait à peine quelle folie elle venait de faire, mais elle se sentait soulagée de voir l'homme qui lui avait sauvé la vie pouvoir échapper à une mort injustifiée. Elle devait bien admettre qu'elle avait aimé ces aventures depuis quelques jours, ces nuits dangereuses où enfin, il se passait quelque chose dans sa vie monotone.

Mais alors qu'elle s'apprêtait à lui faire ses adieux, Jack tout à coup la retint par le bras vivement en lui intimant :

« Ne dites rien… »

A quelques mètres d'eux, trois hommes venaient de s'arrêter pour discuter. Un officier de la Navy, un autre homme assez élégant et le dernier, qui ressemblait plus à un pirate qu'autre chose.

Jack fit signe à la jeune femme de ne pas bouger et de ne pas faire le moindre bruit. Il regardait attentivement les trois hommes alors qu'Elizabeth ne comprenait pas ce qui se passait. Elle décida d'écouter avec tout autant d'attention la conversation qui se déroulait à quelques mètres de leur cachette.

Celui qui ressemblait à un pirate s'adressa à celui plus élégant :

« Le plan fonctionnait bien jusqu'à maintenant ! Tu peux me dire ce qui s'est passé Black? Le Capitaine Barbossa ne comprend pas comment tu as pu foirer ton coup, tout était prévu, c'était quand même pas compliqué , tu faisais en sorte que Norrington se méfie de ses soldats, tu le poussais à cacher la carte en dehors du fort, nous on allait la voler et tu faisais accuser Sparrow de l'attaque ! C'était simple ! Comment Sparrow a pu nous doubler et voler cette fichue carte ! Et maintenant en plus il s'évade ! »

Sans se démonter, l'homme qui n'était autre que Black, répondit avec un petit sourire triomphant :

« Tout n'a pas échoué, bien au contraire… en fait, cette fille nous a même aidé !

- Quelle fille ?

- La fille du gouverneur… La presque fiancée du commodore Norrington… Celle qui a fait évader Sparrow il y a dix minutes ! C'est elle qui lui a donné la carte !

Le militaire jusque-là silencieux, intervint :

- Mlle Swann ? C'est impossible ! Pourquoi aurait-elle donné la carte à ce pirate ? Et pourquoi l'aurait elle fait évader voyons c'est parfaitement ridicule !

Black répondit avec un air encore plus triomphant :

« Il paraît que cette idiote a toujours eu un faible pour les pirates… C'est notre chance !

- En quoi cela nous aide t'il ? Sparrow est dans la nature et la carte est de nouveau entre les mains du commodore qui se méfie plus que jamais de ses soldats !

- Vous ne comprenez donc pas… Le plan de base était de récupérer la carte et accuser Sparrow de l'attaque… Certes… Mais quand vous êtes arrivés au domaine du Gouverneur, la carte n'y était pas… Mlle Swann connaissait très bien l'existence de cette carte et elle l'a volé, puis donné à Sparrow, plusieurs des pirates qui étaient en ville hier l'ont vu, elle combattait même avec lui dans la rue… Ensuite elle est allée faire diversion en retournant jusqu'au fort pour qu'il s'enfuit, mais ça a échoué car j'ai dénoncé Sparrow immédiatement et il était notre priorité, alors nous l'avons retrouvé très vite et arrêté… Ce que vous ignorez c'est que la fille connaissait déjà Sparrow et qu'ils se parlaient depuis plusieurs jours sur le port, plusieurs pirates de Barbossa me l'ont confirmé quand je suis allé les interroger en prison… Quelle que soit la raison véritable pour laquelle elle lui parlait… Il ne sera pas difficile de faire croire à la trahison, fille de gouverneur ou pas, elle sera condamnée… Car Norrington croit toujours que c'est Sparrow le commanditaire de l'attaque ! Si on prouve que sa bien-aimée Elizabeth était complice, il sera tenu de la condamner… Et ce ne sera pas difficile à prouver vu que le garde qu'elle a assommé vient de se réveiller et l'a reconnu formellement ! Tous les prisonniers l'ont vu également, ils ont tous décrit ce qui ne peut-être que mademoiselle Swann… Et il se trouve qu'elle n'est plus dans le domaine, où l'une des fenêtres a été ouverte de l'intérieur… Étant donné qu'il n'y a aucun pirate dans les rues et qu'il y a des feux partout en ville, nul doute que la demoiselle est allée de son plein gré libérer son complice… »

Le Soldat et le pirate se regardèrent dubitatifs :

- La fille du gouverneur serait une traître ? Et en quoi cela nous aide t'il pour notre plan ?

Black fit un sourire redoutable pour répondre avec panache :

- Parce que Norrington est fou amoureux d'elle et qu'il fera tout pour la protéger, tout comme le vieux Swann pour sa fille… Mais quand la population apprendra ce qui s'est passé, la trahison fera l'effet d'une bombe, lui, le gouverneur, ils seront tous sur la sellette… Pour sauver leurs têtes et s'ils veulent éviter qu'on ne fasse du mal à la fille… Ils seront prêt à y mettre le prix ! Et la carte semble être un bon prix… Ils nous donnent la carte, on ne fait rien à la fille et on dissimule le scandale… Sinon… »

Elizabeth sentit son souffle coupé. Elle avait envie de sortir de sa cachette et d'exploser de rage, ce qu'elle aurait fait si Jack ne l'avait pas retenu fermement alors que les trois hommes étaient contraints de s'éloigner à cause d'une autre troupe de soldats qui approchaient.

Elizabeth était en furie en tentant de fuir :

- Lâchez-moi ! Je dois aller avertir mon père et James de ce qui se passe ! Il y a des traîtres parmi les soldats ! James avait raison ! Je dois immédiatement aller lui parler !

Jack la regarda d'un air désolé en la retenant toujours par le bras très fermement :

- Ils vont tous vous tuer si vous faites ça… L'homme qu'on a vu, il s'appelle Black, il est espion pour la Navy et c'est un traître… C'est lui qui m'a volé la carte, c'est lui qui l'a revendu à la Navy et c'est lui qui a organisé l'attaque pour la reprendre… Lui avec un autre homme que je connais très bien, le Capitaine Barbossa dont ils ont parlé, c'est un vieil ennemi, il veut ma peau depuis longtemps… Et croyez moi, si vous allez parler, votre père et votre fiancé risquent leur vie, ou au mieux vous finirez tous au bout d'une corde… »

Elizabeth cessa de se débattre et le dévisagea effrayée :

- Mais que puis-je faire alors ? Il faut les aider !

Jack réfléchit à toutes vitesses. Il ne s'était pas attendu à se retrouver dans une telle situation, et il ne savait pas comment en tirer partie. Il lui fallait cette carte à lui aussi, un court instant il songea que s'il marchandait avec la Navy il pourrait échanger Elizabeth contre la carte, mais la prendre en otage ici à cet instant était une mauvaise idée au vue du nombre de soldats et étant donné que la rumeur qui incriminait la jeune femme allait très vite se répandre. Il songea à l'emmener avec lui pour la livrer aux autorités plus tard lorsqu'elle serait réellement recherchée pour trahison, toujours en échange de la carte, en essayant de doubler Black.

Mais il savait aussi que s'il faisait cela, elle serait condamnée à la potence, comme une pirate. Comme lui. Cette fille venait de changer de camps, d'une manière irrémédiable. Elle avait basculé du côté des pirates sans même en avoir conscience, et Jack ne livrait pas d'autres pirates aux autorités, sauf pour sauver sa propre vie. La meilleure solution pour lui était peut-être d'attendre que Black et Barbossa soient en possession de la carte, voire même, qu'ils l'aient déchiffré à sa place… Pour ensuite les doubler.

Quant à Elizabeth… Si Norrington donnait réellement la carte à Black, peut-être que ses crimes ne seraient pas exposés, tenus secrets et qu'elle serait officiellement porté disparue. Elle aurait donc tout le loisir de revenir chez elle d'ici quelques temps, de reprendre sa vie normale et d'épouser son Prince Norrington s'il voulait encore d'elle…

Pour l'heure, le seul moyen était de fuir. Pour tous les deux. Car quelque chose lui disait qu'Elizabeth pourrait lui servir, lui fournir des informations, il ne savait pas encore exactement quoi mais il était sûr que l'aider à fuir avec lui allait être en sa faveur. Et Jack avait toujours suivi ses intuitions…

« Si vous voulez les aider… Il va falloir d'abord disparaître… Et venir avec moi… Si vous restez là, s'ils savent où vous êtes ils se serviront de vous comme monnaie d'échange et moyen de pression… »

Elizabeth se mordit la lèvre. Elle avait fait n'importe quoi. Pour sauver un homme qui certes lui avait évité la mort, mais dont elle ne connaissait rien en réalité, elle avait mis en danger son père, son futur fiancé et sa propre tête allait désormais être mise à prix. Elle était terrifiée par ce qui était en train de se passer, mais après tout… N'était-ce pas là l'évènement qu'elle avait tant souhaité, celui qui ferait basculer les choses et lui éviterait de se marier si rapidement avec James ? Elle avait rêvé d'aventures…

Sans trop savoir si elle prenait la meilleure ou bien la pire décision de toute sa vie, elle fixa jack d'un air qui se voulait assuré :

« D'accord, je vais vous aider à vous enfuir et vous allez m'aider à sauver mes proches et moi-même… »

Jack lui répondit d'un sourire malicieux :

« Ça marche…. »

Avant de s'engouffrer dans les ruelles sombres, Elizabeth à ses côtés.

Ils ignoraient jusqu'à quel point, en tentant de quitter Port-Royal, ils venaient de déclencher la main du destin, et que personne n'en sortirait indemne…