Disclaimer: rien ne m'appartient.

Bonjour, bonsoir, Tenet aura ma peau alors voilà pour vous, un petit texte à la fin sujette à interprétations (cf. continuum temporel et les théories associées, à quelques paradoxes près) qui je l'espère vous plaira autant qu'à moi. Bonne lecture, et prenez soin de vous !


Dès lors qu'il te voit en entrant dans le transporteur, tu es bien plus vieux que dans ses souvenirs – d'aucuns diraient plus sage, mais pas toi; pas lorsque tu t'apprêtes à déchirer la toile du temps, et advienne que pourra – et alors- il comprend.

"Tu ne pouvais décidément pas me laisser partir, pas vrai?"

(Il sourit en grand et ça ravive une flamme que tu pensais à tout jamais éteinte, et bon sang que ça t'avait manqué.)


Tu as passé des années et des années en inversion. Pas tout d'un coup – quoique tes méthodes soient peu orthodoxes, tu n'es pas fou – mais petit à petit. Tu sais que tu dois le faire; tu peux encore entendre sa voix – ce qui est passé, est passé – et pourtant, tu ne t'attendais pas à ce que vieillir te soit si impardonnable.

(Ou peut-être était-ce la solitude. Dans tous les cas, tu n'étais pas préparé au deuil, et encore moins à l'après.)


En toute franchise, tu pensais que ça ne durerait pas, que l'âge finirait par tempérer l'imprudence de la jeunesse. Rien n'y fit.

(Plus tard, lorsque tu croises Ives, ses yeux t'indiquent que personne n'est surpris, hormis toi-même.)


Alors, tu fis ce que tu fais le mieux : tisser le futur – ton passé – un fil à la fois, narguant le Destin à chaque entrelacs. La seule différence résidait en les rides qui se creusaient autour de tes yeux; il y en avait davantage, et de moins en moins de sourires pour les atteindre.


Ton plan est tout simple; tu as besoin d'une équipe – Wheeler est sur le coup – de médecins, d'équipement renforcé et d'une sacrée foutue bonne étoile pour pas foirer le timing.

(Tu ne crois guère aux bonnes étoiles, ou à la chance, et pourtant; lorsqu'ils le sortent de là – un cadavre hantant chacun de tes cauchemars, le crâne percé d'une balle qui t'était destinée – et qu'ils détectent un pouls- tu serais presque prêt à changer d'avis.)


Tu sais pertinemment que Neil te ferait – te fera – la morale ; c'est, cependant, le cadet de tes soucis. Il peut avoir toute la foi qu'il souhaite en la mécanique de l'univers, du moment qu'il est bien vivant pour le faire.


La balle a laissé sur son front une cicatrice assortie à celle dans ton coeur. Tu te convaincs que ça sert de rappel, tandis que tu décris à Neil le passé – ton passé – qu'il a manqué. Il soigne tes blessures comme il l'a toujours fait, et le fera toujours: avec des mains tendres, et un sourire qui en sait plus qu'il ne faudrait.

(Il a toujours su plus qu'il ne fallait, en dépit de tes cachoteries, et devine à présent tes intentions comme si c'étaient les siennes.)


Il existe un futur que tu as bâti pour vous deux, un futur qui n'attend plus qu'être vécu.


Ici et maintenant sont familiers; aujourd'hui, plusieurs versions de toi parcourent le monde, néanmoins une seule vient d'envoyer Neil à la mort. Il l'a deviné, ça aussi.

"Tu sais ce que ça veut dire, n'est-ce pas ? Je ne peux pas t'arrêter – t'es bien trop têtu pour me laisser faire – mais– si tu changes ton propre passé, tu–"

Enfin, ton sourire atteind le bord joliment plissé de tes yeux, puis un rire affectueux t'echappe malgré toi : "Pas la peine d'embarquer si tu ne peux pas t'empêcher de penser de façon linéaire, pas vrai ? Tout ira bien. Maintenant, vas-y."

Pour toi, c'est un adieu; ne manque qu'un baiser – sur des lèvres esseulées – mais tu n'en fais rien. Il t'embrasse cependant, et le temps semble vouloir s'étirer entre vous encore un peu, languide, avant de reprendre inexorablement son cours, sans jamais un regard en arrière.