Ta peau est désormais creusée d'une myriade de rides, caressant le bord de tes yeux, de ta bouche. C'est parce que tu souris davantage après, et Neil – plus vieux, et plus beau que jamais – n'a de cesse de te répéter ô combien il adore ton sourire.
"Arrêtez de me faire les yeux doux, monsieur," il taquine, délibérément affectueux. "Navré de vous décevoir, mais je suis marié."
(Pas celui qui fait semblant ou qui sauve le monde, mais le sourire – d'une franchise alarmante – que tu dévoiles souvent à Kat et un Max maintenant adulte, et parfois même Mahir et Wheeler. Le sourire que tu lui réserve toujours, sans faillir.)
"J'avoue, je suis jaloux," tu réponds, jouant le jeu. "Sans être indiscret, qui est l' élu.e ?"
ll y a une cicatrice sur son front assortie à une autre, absente – dans ton coeur, mais pas ce toi – et dès que tes yeux se posent dessus, tu te souviens de la première fois; tu compris immédiatement ce que ça signifiait, car les oboles de Charon ne sont pas reprises sans peine. Bien qu'elle s'estompa avec le temps, la plaie demeure, et demeurera, pour te rappeler un sacrifice que tu as fait et que tu n'as pas fait, simultanément.
("Cesse donc de penser de façon linéaire, OK?")
"Pas ton genre, je pense," continue Neil, entremêlant ses doigts aux tiens. "Charmant, superbe barbe, un peu petit mais toujours impeccablement habillé."
"Hé, c'est toi qui est trop grand."
Vos éclats de rire sont bientôt entrecoupés de baisers, avant de reprendre de plus belle. Tu souhaitas un jour mourir vieux, et avec de la chance ce voeu s'exaucera pour deux, vos mains courant le long d'un fil – le long des lignes et des cicatrices et des rides – rouge comme un sang jamais épanché, tissant la toile d'un amour insolent, défiant le temps et l'espace à chaque instant.
Obole de Charon: une pièce placée dans la bouche des défunts, pour leur permettre de payer la traversée du Styx après leur trépas.
Hop, hop, hop, le petit épilogue pas prévu du tout à la base, et bonne soirée à tous !
