Ami du jour, bonjour ! Ami du soir, bonsoir !
Comme promis, voici la deuxième partie de cette pythite histoire. En espérant que la suite sera à la hauteur de vos espérances !
Je vous souhaite donc une bonna pythie lecture à tous !
Un grand merci à tous ceux qui ont pris le temps de lire le chapitre précédent. Spéciale dédicace à EllanorSharp pour sa review et son favori. Merci également à Staffy pour la correction de ce texte.
Disclaimer : Toute ressemblance avec une célèbre pièce de la littérature anglaise serait une fâcheuse coïncidence. Je tiens toutefois à remercier William Shakespeare pour sa précieuse collaboration...
Une légende à écrire
Lorsque Mercutio arriva à l'auberge, quelques minutes après son ami, il y trouva une ambiance bien loin de celle de la veille. Il régnait dans la pièce un silence de mort. Juliette était accoudée à la table et réfléchissait à s'en faire griller les neurones. Tybalt était assis juste en face d'elle. Ses yeux allaient de sa compagne à la porte qui menait à la chambre de Benvolio et semblaient chercher des réponses.
« Excusez-moi, vous avez vu Benvolio ? » Demanda-t-il en brisant par la même ce silence dérangeant.
Si Juliette ne réagit pas, Tybalt, lui, cessa ses mouvements de tête.
« Il est parti se changer. Qu'est-ce qui s'est passé ? »
« Si seulement je le savais... » Soupira-t-il en poussant la porte de sa cuisine.
Oui, sa cuisine. C'était le seul endroit de l'auberge où Benvolio n'avait aucun droit depuis deux ans. Dès qu'il était arrivé, il avait investi la pièce et n'avait pas l'intention de la quitter. Il fit bouillir de l'eau et chercha ses feuilles de thé. Une bonne tasse de thé. Ça ne ferait de mal à personne. Ça calmerait les esprits que le jeune homme devinait tourner à plein régime. Et puis, le thé, chez lui, ça réunissait les gens.
Dès que la bouilloire siffla, il prépara quatre tasses et les apporta dans la salle commune. Il en tendit une à Tybalt et en pausa une autre au nez de Juliette. Intriguée par l'odeur fumante des plantes et des épices, la jeune femme releva la tête.
« Qu'est-ce que c'est ? » Se méfia-t-elle.
« Simplement du thé. » Répondit la voix de Benvolio derrière eux.
Il s'était changé et avait troqué ses ordinaires vêtements clairs contre des habits plus foncés. Mercutio fronça les sourcils. Oh que ça ne sentait pas bon... D'ordinaire, quand Benvolio était vêtu de noir, il partait en vadrouille.
L'aubergiste sourit quand il remarqua les tasses de thé dans les mains de ses clients et de son ami.
« C'est pour moi ? » Demanda-t-il à Mercutio en désignant la quatrième tasse qui n'avait pas encore été touchée.
Le jeune homme hocha la tête et lui donna la tasse. Benvolio le remercia et alla s'installer dans un vieux fauteuil près de la cheminée. Il but une gorgée du liquide encore chaud avant de se tourner vers Juliette.
« Vous vouliez me parler, Signora ? »
La jeune femme acquiesça.
« Vous aussi, si je ne me trompe pas... »
Benvolio balaya ses paroles d'un revers de la main.
« J'ai la nette conviction que vous répondrez à mes questions en posant les vôtres. De plus, on m'a toujours appris que les dames passaient toujours en premiers. »
« Une éducation à l'ancienne... » Railla-t-elle, ce qui fit sourire l'aubergiste.
« C'est exactement ça. Mais vous vous en doutiez déjà, pas vrai ? »
Mercutio consulta Tybalt du regard. Y comprenait-il quelque chose ou nageait-il dans le brouillard en sa compagnie ? Un haussement d'épaule lui apprit que la deuxième proposition était la bonne. C'était rassurant, ça. Il n'avait raté aucun épisode. Ou alors, Tybalt et lui avaient loupé le même.
L'homme de Southampton se racla la gorge.
« Pourriez-vous arrêter de parler en langage codé ? Parce que, nous, on est complètement largué ! »
Benvolio eut un sourire d'excuse.
« Il n'y a pas de code, Mercutio. Juliette me fait juste comprendre qu'elle sait... »
Il hésita un instant sur le terme à employer. Son plus grand secret ? Sa véritable identité ?
« ... que je vous mens. »
« Qui êtes-vous vraiment ? » L'interrogea Juliette avant que Mercutio ou Tybalt ait eu le temps de répliquer.
« Benvolio Angelo Milo Montaigu, fils d'Alessandro Matteo Giovanni Montaigu et neveu de Raphaël Guglielmo Romulus Montaigu, seigneur de ces terres lors de ma naissance. Voulez-vous le reste de l'arbre généalogique ou je m'arrête là ? »
Le silence s'abattit sur la pièce. Même Juliette, qui avait déjà de fameux soupçons, en resta bouche-bée. Avoir des doutes, c'était une chose. En avoir la certitude, c'en était une autre ! Surtout que cette révélation était à peine croyable.
Benvolio en profita pour boire une nouvelle gorgée de thé. Il paraissait à l'aise. Sans doute avait-il dû répéter mainte fois la scène. Mainte fois réfléchit à la meilleure façon de l'annoncer.
Ce fut Tybalt qui brisa finalement le silence qui s'était installé.
« Vous avez bien dit Montaigu ? Comme dans le conte d'hier soir ? »
« Si seulement ce n'était qu'un conte... » Souffla Benvolio avant de se tourner vers Juliette. « Êtes-vous certaine que c'était bien Roméo, cette personne avec qui vous avez parlé ? »
« Qui voulez-vous que ce soit d'autre ? »
« Un piège de Mab, c'est bien son genre après tout... »
« Il vous a appelé Scoiatollo à un moment. Je ne sais pas si ça peut vous rassurer... »
« C'est bon. C'était bien Roméo. » Maugréa le jeune homme, l'air mauvais.
« Stop ! » Cria Mercutio qui était encore bloqué au début de la conversation. « Ben, je crois que tu t'es cogné un peu trop fort ! Ton histoire d'endormi et de sorcière maléfique, ça s'est passé il y a plus d'un siècle. C'est impossible que tu... »
« Mercutio ? » L'interrompit prudemment l'aubergiste.
« Quoi ! »
« J'ai cent dix-neuf ans... »
La réaction du brun ne se fit pas prier. Il força son ami à se lever et l'examina sous toutes les coutures. Benvolio le laissa faire, plus amusé que vexé.
« Désolé de te le dire, mais tu ne ressembles pas vraiment à un vieillard centenaire ! » Conclut Mercutio après son examen.
L'aubergiste éclata de rire.
« Pour une fois, et même si c'est la dernière, tais-toi et écoute-moi, s'il te plaît. » Demanda-t-il à son compagnon. « Je te promets que je répondrais à tes questions, du moins celles dont j'ai les réponses. »
Mercutio parut hésiter un instant avant de l'inviter à continuer d'un signe de tête. Benvolio en parut satisfait et commença son histoire.
« Je suis né quelques mois après la fête gâchée par Mab. À ma naissance, il y a eu quelques complications. Ma mère n'a pas survécu. Quant à moi, selon les guérisseurs, je ne devais pas vivre longtemps. Mon père a alors eu l'excellente idée de demander de l'aide à ce cher Lawrence qui, évidemment, a manipulé tous ces bidules magiques et réussi à prolonger mon espérance de vie – notez bien l'ironie dans ma voix.
» Tout se passa bien jusqu'aux fameux vingt ans de Roméo. Comme je vous l'ai dit hier, mon oncle ne nous a jamais mis au courant de la malédiction de Mab. Nous étions jeunes, insouciants et un peu suicidaires. Nous ne rations jamais une occasion de quitter la protection des murailles. Ce jour-là était tellement semblable aux autres. Nous voulions juste profiter du beau temps pour changer d'air. Depuis l'anniversaire de Roméo, une tension énorme régnait sur le château. Nous voulions simplement y échapper...
» Et puis, il a aperçu cette rose. Je l'ai supplié de l'ignorer. Sans savoir pourquoi, j'avais un drôle de pressentiment. Mais évidemment, cette tête de mule ne m'a pas écouté ! Le reste s'est passé tellement vite ! Il a cueilli la fleur et tout est devenu noir... »
Benvolio s'interrompit sans vraiment en s'en apercevoir. Il semblait à des kilomètres de l'auberge. Où était-ce à des années ? Puis, tout à coup, il revint à l'instant présent. Il avala d'une traite le reste de son thé et continua son récit.
« Quand j'ai repris conscience, tout avait changé... Les champs étaient dévastés, les forêts couchées et Roméo... Il était inconscient, et si blanc que je l'ai cru mort. J'ai essayé d'entendre son cœur, sans résultat. D'ailleurs, on n'entendait plus rien. Plus de rire d'enfant, plus de raillerie des fermiers au loin. Pas même un chant d'oiseau. Alors, avec tout ce silence, j'ai vite remarqué que quelqu'un approchait. Quand j'ai reconnu Lawrence, je l'ai supplié de m'aider. Après tout, il nous avait déjà sorti de tellement d'impasses...
» Seulement, cette fois-ci, il ne pouvait rien pour nous, sinon m'expliquer. Il a été très patient, il m'a raconté toute l'histoire, répondant à chacune de mes questions. La dernière devrait aussi vous intéresser. »
« Pourquoi, vous, vous n'avez pas été maudit... » Murmura Tybalt.
Benvolio hocha la tête.
« C'est ça. Et autant vous dire que je n'ai pas apprécié la réponse... »
Juliette, Mercutio et Tybalt étaient pendus à ses lèvres. Ils allaient enfin avoir des explications...
« Du fait que je n'étais pas né lors des événements, la malédiction de Mab avait moins d'emprise sur moi. Alors, évidemment, quand mon père est venu voir Lawrence, le magicien a sauté sur l'occasion ! À vrai dire, il a fait deux choses : il m'a, d'une manière ou d'une autre, lié à Roméo. »
« Comment ça, il t'a lié à Roméo ? »
« Pour faire simple, il vit, même s'il fait une très longue sieste en ce moment, donc je vis. Quand il mourra... eh bien ce sera pareil pour moi ! »
Juliette ne put s'empêcher un sifflement étonné.
« Vous êtes en train de nous dire que, tant que votre cousin sera endormi, vous vivrez ? »
« Exact. C'est aussi pour ça que je vous serais infiniment reconnaissant si vous pouviez le réveiller. Je ne tiens pas à vivre encore un siècle de plus ! »
Mercutio, bien que silencieux, baissa les yeux et murmura quelque chose que Juliette interpréta comme un « Et moi donc ! ». Tybalt, lui, s'impatientait.
« Et la deuxième chose qu'a accompli Lawrence ? »
L'aubergiste s'excusa et partit vers sa serre. Les trois autres se regardèrent mais aucun d'eux ne savaient pourquoi il était parti. Benvolio revint quelques minutes plus tard, une rose noire à la main.
« L'un d'entre vous sait-il comment on s'immunise contre un poison ? » Demanda-t-il en fixant la fleur comme s'il fixait le diable.
Le silence lui répondit et il sourit.
« On en consomme à petit dose, jour après jour. Mon père me racontait toujours que, dans mes premiers jours, j'étais si malade qu'il avait eu peur de me perdre malgré les remèdes de Lawrence. Et devinez quelle était la base de ses mixtures... Des roses ! »
« Vous nous avez dit que ces roses étaient dangereuses... » Murmura Juliette qui se rappelait encore très bien l'épisode de la serre. « Elles provoquent des hallucinations. »
Benvolio grimaça.
« Pas tout à fait. Disons que je ne préfère pas savoir ce qu'elles sont capables de faire. Mais ça doit impliquer de mourir dans d'atroce souffrance pour celui qui se pique à leurs épines. C'est d'ailleurs pour ça que Mab les fait pousser dans ma serre. Elle espère toujours que ses cadeaux empoisonnés m'achèvent... »
« Donc tu es immunisé contre ces fleurs. »
« Je suis immunisé contre tous ses sortilèges. Voilà pourquoi la malédiction n'a pas fonctionné sur moi. »
« Et comme votre vie est lié à celle de Roméo, Lawrence était certain que vous vivrez jusqu'à ce que quelqu'un vienne le réveiller. » Comprit Tybalt en fixant son amie d'un œil nouveau. « Et ce quelqu'un, vous espérez que ce soit Juliette. »
L'aubergiste semblait ravi que le blond ait répondu à sa place. Cela prouvait qu'il le croyait. Ce qui était loin d'être gagné.
Néanmoins, Benvolio allait devoir faire face à un autre problème. Lorsqu'il avait décidé de tout avouer, il s'était bien douté qu'il allait s'exposer à la colère de Mercutio, à qui il avait quand même caché pas mal de chose. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que ça n'avait pas raté !
Son ami était rouge. De colère, bien entendu. Il n'attendait qu'une chose pour exploser, que Benvolio le remarque. Et lorsque ce fut fait, ce fut un feu d'artifice !
Ça commença doucement, avec une voix aimable et dégoulinante de miel...
« Donc, si je comprends bien, tu m'as menti pendant deux ans. »
« Je ne t'ai pas menti, je t'ai juste dissimulé certaines parties de ma vie. »
Puis, la voix perdit un peu de sucre.
« Tu m'a dit que tu étais né dans cette auberge et que tu l'avais héritée de ton grand-père. »
Tybalt confirma. Lui aussi, il avait eu droit à cette version.
« Mais je vous ai dit la plus stricte vérité ! Ma mère était fille d'aubergiste. Elle a accouché lors d'une visite chez son père ! »
Tout ce qu'il y a de plus vrai ! Et Benvolio faisait des pieds et des mains pour le montrer. Toutefois la colère de Mercutio ne diminuait pas. Ses yeux étaient comme des lance-flammes qui n'attendaient qu'un faible signal pour s'activer. Retenant de justesse des propos blessants qu'il aurait sans doute regrettés ultérieurement, il fusilla une dernière fois celui qui partageait son quotidien depuis deux ans et quitta l'auberge, sans prononcer un mot et en prenant bien soin de claque la porte.
« Mercutio ! »
Benvolio fit mine de le suivre, pour lui expliquer, mais Tybalt l'en empêcha d'une main.
« Restez ici. Si vous lui parlez maintenant, la discussion ne pourra que mal se terminer... Laissez-lui le temps de digérer vos révélations. »
« Et s'il ne les digère pas ? Et s'il ne me le pardonne pas ? Il pourrait très bien ne pas revenir... »
« Il reviendra, c'est certain. Parce qu'il doit honorer son serment et parce qu'il ne vous laissera pas tomber alors que vous avez besoin de lui. »
L'aubergiste ne trouva pas le courage de protester. Il s'écroula presque dans son fauteuil et ne quittait pas des yeux la porte derrière laquelle son ami avait disparu. Les arguments du blond ne tenaient pas. Ou plutôt ne tenait plus. Il avait libéré l'homme de Southampton de ses obligations le matin même. Quant à sa deuxième affirmation, Benvolio n'était plus sûr qu'elle soit encore d'actualité.
Juliette et Tybalt respectèrent la réflexion silencieuse de leur hôte. La jeune fille ferma un instant les yeux et se surprit à revoir le pâle visage de Roméo Montaigu. Elle fut stupéfaite de constater que son esprit avait conservait ses traits dans les moindres détails. L'éclat de tristesse dans ses yeux d'émeraude, ses lèvres si tentantes... Elle rougit en se rappelant les deux baisers échangés et se réjouit à l'idée de devoir recommencer.
Elle écarquilla les yeux. Quand était-elle tombée amoureuse ?
« Un problème, Juliette ? » Demanda Tybalt qui avait observé son trouble.
La jeune femme s'empourpra de plus belle. Elle secoua vivement la tête, ce qui eut le mérite d'arracher un sourire à Benvolio qui avait très vite deviné de quoi il en retournait.
« L'effet Roméo ! » Plaisanta-t-il. « Déjà à l'époque, il faisait chavirer le cœur de toutes les jeunes filles de bonne famille, et les autres... »
« Insinuez-vous que c'est un coureur de jupons ? » Siffla Tybalt, les sourcils froncés.
Face à cet élan protecteur, l'aubergiste eut un petit rire aux accents tendre. Le blond lui rappelait un peu Roméo lorsque son cousin le défendait contre vents et marées.
« Loin de là. » Rassura-t-il Tybalt. « Mon cousin est un incroyable romantique et il n'aurait absolument rien fait avec une dame s'il n'était pas persuadé de son amour. Il rêvait d'une aventure chevaleresque où il sauverait sa bien-aimée prisonnière d'une tourelle. Appréciez l'ironie... Il aurait mieux fait de rêver d'autre chose. »
La pointe d'amertume dans la voix de l'aubergiste n'échappa pas à ses clients et ceux-ci en déduire que mieux valait clore le sujet et passer à un autre aspect du problème.
« Vous rappelez-vous encore de la route qui mène au château ? »
Benvolio eut un sourire ironique.
« Je me rappelle de chaque recoin de ces contrées, ce serait bien malheureux de ne plus me souvenir du chemin de ma maison ! Nous partons quand vous voulez ! »
SsSsSsS
Les premiers rayons de l'aube percèrent la cime des arbres, mettant en valeur les végétaux colorés en jaune, orange ou rouge par l'automne. Benvolio ne put retenir un sourire lorsqu'il remarqua l'émerveillement de ses compagnons. Il devait bien admettre que ça faisait bien cent ans que la forêt n'avait pas été aussi belle, aussi vivante. Il lui avait même semblé entendre le chant d'une alouette un peu plus tôt. Il voulait y voir un bon présage.
Seul ombre au tableau : Mercutio. Ils ne s'étaient plus reparlés depuis la veille. Pas que Benvolio n'en avait pas eu envie mais son ami l'évitait. Le seul – maigre – contact qu'ils avaient eu s'était passé le matin même. Alors que Juliette, Tybalt et lui réglaient les derniers détails avant le départ, Mercutio avait débarqué en clamant haut et fort que, pour une fois qu'il y avait de l'action dans cette région paumée, il n'allait certainement pas rater ça.
Désormais, il chevauchait avec Tybalt, en tête de leur petit groupe. Bien à distance de Juliette et lui. La Capulet lui adressa d'ailleurs un sourire réconfortant, comme si elle avait deviné ses pensées.
« Ne vous inquiétez pas... » Le rassura-t-elle en approchant sa monture de la sienne. « Il a juste besoin de digérer ce qu'il a appris hier. Une fois que ce sera fait, il reviendra, j'en mettrais ma main au feu ! »
« Vous semblez bien sure de vous... »
« Il suffit de voir la façon dont il vous regarde pour le comprendre... »
Le Montaigu détourna la tête, espérant masquer la jolie teinte rosée que prenaient ses joues.
« Il est tellement déroutant... » Tenta de se justifier l'aubergiste. « Je ne sais jamais vraiment comment réagir face à lui. Je suppose que je suis resté trop longtemps seul pour ça. Déjà que je n'étais pas très doué dans le temps... Roméo l'aurait vu, lui... »
Une pointe de nostalgie envahit la voix de l'aubergiste lorsqu'il mentionna son cousin. Juliette se souvint alors du premier rêve dans lequel l'endormi de service s'était incrusté, lorsqu'elle et Tybalt s'étaient perdus dans cette région. Elle y avait vu deux enfants, Roméo et un petit bouclé dont elle devinait facilement l'identité.
« Votre cousin et vous étiez proches, pas vrai ? »
« Nous l'étions. Il faut dire que nous n'avions pas vraiment eu le choix. Lui n'avait pas le droit de mettre un pied au-delà du rempart et, à cause de ma santé fragile, je n'étais pas vraiment autorisé à m'éloigner. Pas facile de créer des amitiés dans ses conditions. Mais nous nous débrouillions assez bien en fait. Dès que nous arrivions à nous échapper de la surveillance des adultes, nous nous faufilions à travers une faille dans la muraille et nous allions jouer près d'une rivière au pied du château... »
Cette évocation arracha un sourire au Montaigu. Il ne comptait plus le nombre de fois où son cousin et lui avaient retrouvé leurs pères complètement affolés à leur retour. Ils n'en comprenaient pas les raisons à l'époque. Il lui arrivait parfois de se demander ce qui se serait passé si son oncle les avait mis au courant de cette malédiction. Auraient-ils autant bravé le danger ? Sans doute. Roméo avait toujours été téméraire, et un peu tête brûlée. Mais ça faisait partie de son charme. Du moins, c'était ce qu'il lui répliquait à chaque fois que Benvolio le lui faisait remarquer.
« Pourquoi me demandez-vous cela ? Vous voudriez en savoir plus sur l'homme que vous allez embrasser ? »
Ce fut à tour de Juliette de rougir. Furieusement. Le Montaigu avait visé juste et éclata de rire lorsqu'il s'en aperçut.
« Je vois ! Il est incorrigible ! Même endormi, il joue les jolis cœurs ! Plus on avance, plus j'ai la conviction que l'on devrait se tutoyer ! Non parce que si ça continue, on sera de la même famille ! »
Point positif : elle avait réussi à redonner le sourire au bouclé et à lui changer les idées. Dommage que ce soit à ses dépens.
SsSsSsS
« Vous comptez bouder encore longtemps ? »
Mercutio lança un regard noir à son interlocuteur. Il ne sembla pas très enclin à la discussion. Mais c'était mal connaître Tybalt De Massari et son obstination légendaire !
« Je prends ça pour un oui... » Continua-t-il à le taquiner.
« Que feriez-vous si vous appreniez que la personne en qui vous aviez le plus confiance vous avez menti sur un sujet aussi grave ? »
Le blond réfléchit un instant avant de hausser les épaules.
« J'avoue ne m'être jamais posé la question... Mais une chose est sure : si j'avais dû réagir comme vous, je ne serais pas ici en ce moment... »
« Comment ça ? »
Le jeune homme tourna la tête et se perdit dans l'examen du duo que formaient Juliette et Benvolio à l'arrière, s'attardant un peu plus sur son amie.
« Elle me cache quelque chose... Elle pense que je n'ai pas remarqué son appréhension quand nous sommes partis de chez son père, son soulagement quand nous nous sommes perdus ici... Elle ne veut pas aller à Southampton et j'ignore pourquoi... »
« Ça peut se comprendre, vous savez. Il fait toujours un temps pourri là-bas ! » Plaisanta Mercutio avant de reprendre un air plus sérieux. « Simple curiosité, pourquoi l'avez-vous suivi si vous êtes certain qu'elle vous ment ? »
« Elle ne me ment pas. » Le corrigea immédiatement le blond. « Elle me cache juste la vérité. »
« Ce qui, fondamentalement, n'est pas tellement différent. Au final, vous êtes quand même dans le flou. Donc, pourquoi cette loyauté ? »
Apparemment, Tybalt n'était pas le seul à être tenace. Ça n'avait rien d'étonnant. Ce trait de caractère s'accordait très bien avec le personnage qu'était Mercutio...
Le blond poussa un long soupir, se demandant, au vu du sujet de la conversation, si servir le mensonge habituel à son interlocuteur n'était pas un mauvais calcul. D'autant plus qu'il commençait sincèrement à apprécier Mercutio. Oui, c'était définitivement une mauvaise idée.
« Ce n'est pas à vous que je vais apprendre la valeur d'une dette... »
L'homme de Southampton sourit pour toute réponse.
« Je pense en effet connaître quelques petites choses à ce sujet... Une dette donc. C'est marrant, ça aurait bien été la dernière chose à laquelle j'aurais pensé... »
« Et pourquoi ? »
« Parce que votre relation ne semble pas basée sur une quelconque obligation. Vous me rappelez plutôt un frère et une sœur... »
« Parce que votre relation avec Benvolio est basée sur une obligation peut-être ! »
Mercutio baissa la tête, espérant dissimuler sa gêne. La technique ne révéla pas très efficace puisque Tybalt la remarqua aussitôt. Cependant, le blond ne fit aucun commentaire. Le but de sa dernière réflexion n'était pas d'embarrasser son interlocuteur.
« Elle a fait plus que me sauver la vie, vous savez... » Continua-t-il comme pour effacer les dernières paroles. « Elle m'en a offert une. »
Mercutio tiqua, étonné du choix des mots utilisés par son compagnon. Dans son compté natal, une telle formulation n'était pas prononcée à la légère. Elle impliquait de lourdes conséquences. Et il y avait quelque chose dans la voix de Tybalt qui lui soufflait que son cas n'était pas si éloigné des traditions de son peuple.
« Juliette a toujours eu un petit côté enfant gâtée à qui son père ne peut rien refuser... Assez tenace dans son genre. » Expliqua le blond en souriant inconsciemment. « Alors, quand elle a supplié son père d'épargner un gamin des rues qui avait tenté de les voler, elle ne l'a pas fait à moitié : elle lui a demandé de l'emmener avec eux pour qu'il soit son compagnon de jeu... »
« Et il a cédé ? » S'étonna l'autre.
Le blond opina du chef.
« Et dire qu'on pensait que mon oncle n'était pas assez ferme avec moi... » Murmura l'homme de Southampton, pensant que son compagnon de route ne l'entendrait pas.
Tybalt aurait voulu, sautant sur l'occasion, en apprendre plus cet homme qui semblait lui aussi avoir quelques petits secrets. Seulement, lorsqu'il ouvrit la bouche, ce fut pour la laisser bée. S'il avait jeté un coup d'œil à sa gauche, il aurait vu la même mine à la fois surprise et émerveillée peinte sur le visage de Mercutio.
Devant eux se tenait les vestiges d'un château qui, du temps de sa grandeur, avait dû être l'un de ses grands palais de l'ancien temps, ceux dont les conteurs louaient la beauté au moyen des qualificatifs les plus somptueux. Néanmoins, de la grande bâtisse dont Benvolio leur avait fait la description, elle ne restait plus grand chose. Que des pierres dont l'éclat avait été terni par le temps et de vastes terrains envahis par les rosiers. Même les murailles s'étaient effondrées et avaient cédé leur place à des plantes épineuses qui empêchaient les intrus de pénétrer dans l'enceinte du domaine.
Seule une tour rescapée pointait encore vers le ciel. Ainsi isolée, elle semblait fragile, étranglée par des ronces qui grimpaient sur ses murs.
Les deux hommes restèrent plantés là, les yeux rivés vers les ruines, jusqu'à ce que Juliette et Benvolio les rejoignent. Si la jeune femme eut le même regard émerveillé, les yeux de son compagnon ne refléta que de la tristesse.
« Est-ce que ça va ? » S'inquiéta Tybalt.
Le bouclé eut un pauvre sourire.
« Tout va très bien. C'est juste que je n'avais plus remis les pieds ici depuis cent ans... C'est drôle, rien n'a vraiment changé... »
« Sauf les ruines et les ronces, je suppose... » Grogna Mercutio, s'attirant ainsi les foudres de Juliette.
Mais, si Benvolio avait entendu la remarque, il n'en laissa rien paraître. Ses yeux étaient rivés sur la tour ravagée par le temps.
« C'est là que se trouve Roméo... » Murmura-t-il doucement.
« Et comment on y accède ? » Demanda Mercutio en désignant les murailles de ronces et rosiers qui leur barraient la route.
Pour toute réponse, le bouclé dégaina ses poignards.
« Vous me suivez et vous ne vous coupez surtout pas. »
Et, sans se soucier que ses compagnons aient intégré ses directives, il s'employa à abattre la barrière végétale, créant une brèche qu'ils s'empressèrent d'emprunter. Ils progressèrent petit à petit, faisant très attention à ne pas rentrer en contact avec la moindre épine empoissonnée.
Au bout d'un trajet qui leur parurent interminable, le quatuor déboucha dans l'ancienne cour du château, ou du moins ce qu'il en restait. Tout n'était plus que ruine. Benvolio balaya l'endroit d'un regard nostalgique, presque mélancolique. Soudain, quelque chose attira son attention. C'était une vieille statue en marbre gris, recouverte de ronces, représentant un jeune homme au sourire doux.
Il s'en approcha doucement, donnant l'impression que la statue disparaitrait au moindre mouvement brusque. Il sembla loin, transporté un siècle auparavant.
« Ben ? » S'inquiéta Mercutio en posant une main sur l'épaule de son ami.
« Je ne l'avais jamais vue… » Murmura l'aubergiste, les yeux rivés sur la statue. « Mon oncle l'avait fait faire pour l'anniversaire de Roméo. Lui ne voulait pas en entendre parler, il détestait se voir en portrait. On savait qu'elle devait être livrée, ce jour-là. Alors, il m'a convaincu de sortir et de manquer la cérémonie où elle aurait été dévoilée… »
« Je suis désolé… »
Il était parfaitement sincère. Néanmoins, Tybalt n'arrivait pas à savoir s'il parlait de ce que venait de lui avouer Benvolio ou s'il s'excusait pour son comportement. L'aubergiste, lui, sembla comprendre car il tourna vers son ami et lui sourit.
Tout à coup, un cri strident retentit. Une ombre fila vers leur petit groupe. Tybalt et Mercutio dégainèrent aussitôt leur épée – leurs épées dans le cas de l'homme de Southampton – tandis que Juliette armait son arc. L'ombre fonça sur la jeune femme, mais Tybalt fut plus rapide.
Il écarquilla les yeux quand son épée traversa l'ombre sans une égratignure et trancha le vide. L'ombre, elle, s'éloigna en hurlant.
« Mais c'est quoi ce bordel ! » S'écria Mercutio en fixant, hébété, la lame qui aurait dû être tachée de sang.
Personne n'eut le temps de répondre car l'ombre repassa à l'attaque. Encore une fois, la flèche de Juliette la traversa sans le moindre dommage. Mercutio et Tybalt s'apprêtaient à la repousser une nouvelle fois quand un des poignards de Benvolio fendit l'air et atteignit leur assaillant. À la surprise des trois autres, l'ombre se dissipa aussitôt qu'elle entra en contact avec la lame.
« Comment est-ce… » Réussit à articuler Juliette en observant l'aubergiste aller récupérer son arme.
Ce dernier lui sourit alors qu'il rangeait la lame sur sa ceinture.
« J'ai juste retourné les armes de Mab contre elle... » Expliqua-t-il en désignant de la tête les rosiers qui les entouraient. « Mes lames sont enduites du poison de ses roses. Fatal pour vous, comme pour ces créatures… »
« Ben, t'es génial ! » S'exclama Mercutio un grand sourire aux lèvres alors qu'il rangeait ses épées jumelles.
Seulement, la joie fut de courte durée. De nouveaux cris retentirent au loin. Le combat avait alerté d'autres ombres qui ne tarderaient pas à arriver. Le quatuor échangea un regard paniqué. Finalement, Benvolio sortit à nouveau ses poignards.
« Roméo se trouve dans la tour ouest. » Leur indiqua-t-il en désignant la seule partie du château encore debout. « Ce n'est pas loin d'ici, si vous passez par les anciennes forges, de ce côté… »
« Si tu penses que je vais te laisser affronter ces choses tout seul, tu rêves ! » Intervint Mercutio en dégaina une de ses épées.
Benvolio secoua la tête.
« Tu ne peux rien faire contre elles. Moi si. »
Mercutio aurait voulu protester, mais rien ne sortit. Son ami avait raison, même si c'était loin de lui plaire.
« Promets-moi que tu nous rejoindras dès que tu le pourras. »
« J'essaierai en tout cas. Après tout, il faut que j'aie une petite discussion avec mon cousin… »
Les cris devenaient de plus en plus proches. Juliette leur rappela avec un calme effrayant qu'ils n'avaient pas vraiment le temps de traîner. Ce que Benvolio approuva en leur tournant le dos, prêt à affronter quiconque essaierait de forcer le passage.
Après un dernier regard en direction de l'aubergiste, Juliette, Mercutio et Tybalt coururent dans la direction qu'il leur avait indiqué. Et, lorsque les premières ombres foncèrent sur Benvolio, ils étaient déjà loin.
:::::::::
Une étrange musique flottait dans l'air. Un chant de victoire ou la lamentation du vaincu. Il était encore trop tôt pour le savoir.
C'était la dernière offensive, celle qui déterminerait la fin de cette histoire commencée longtemps auparavant.
Lawrence avança sa dernière pièce. Près de cent ans après son commencement, la partie était sur le point de s'achever. En bien ou en mal.
::::::::::
Benvolio commençait à fatiguer. Plus il se débarrassait des ombres, plus de nouvelles apparaissait. Cependant, il tenait bon, fauchant de ses lames un maximum de ses ennemies. Depuis cent ans, il n'avait jamais été aussi proche de revoir Roméo et d'entendre son pays s'éveiller à nouveau. Et c'était dans cet espoir qu'il puisait ses forces. L'espoir fou que tout redevienne comme avant.
Les ombres se multipliaient tandis que ses bras faiblissaient. Bientôt, il ne serait plus capable de les contenir et elles déferleraient sur Juliette, Tybalt et Mercutio. Il espérait juste qu'elles arriveraient trop tard.
Une des ombres parvint à percer ses défenses et le traversa de part en part. Un froid piquant l'envahit soudainement. Il se mit à trembler et ses poignards tombèrent à terre. Aussitôt, les ombres l'assaillirent et il ne put se défendre.
Le cri des ombres ressemblait alors à un cri de victoire.
:::::::::
« Tu abandonnes ? »
« Je suis fatigué. Vous ne le seriez pas à ma place ? »
« Peut-être… Et Roméo ? »
« Juliette y est presque. Son réveil n'est plus qu'une question de temps… Pourquoi cette grimace ? »
« Mab a encore quelques belles pièces dans son jeu. Moi, je n'en ai plus qu'une… »
« Vous avez misé sur la mauvaise stratégie alors. »
« Pas du tout, Benvolio. Car ma tour n'est pas encore tombée. »
« Elle est brinquebalante, votre tour… Quoi ? Qu'est-ce que j'ai encore dit qui vous fait rire autant ? »
« Tu me fais rire. Depuis tout ce temps, tu as la bonne tactique. Mais tu ne vises jamais assez haut… »
« Vous voulez dire que… »
« La partie n'est pas encore finie, mon garçon. Fais tomber la reine et ton roi sera en sécurité. »
Benvolio ramassa ses poignards. Le combat n'était pas terminé.
:::::::::::
Au loin, les cris des ombres se faisaient de plus en plus perçants. Tybalt espérait juste que c'était des cris de dépit, pas de victoire. Mercutio s'était plus d'une fois retourné, hésitant à revenir sur ses pas pour venir en aide à l'aubergiste. À chaque fois, Tybalt avait posé une main sur son épaule et lui avait dit de continuer.
En suivant les conseils de Benvolio, ils arrivèrent rapidement au pied de la tour.
« Je ne veux même pas savoir le nombre de marches qu'il va falloir grimper. » Fit Mercutio pour tenter de détendre l'atmosphère.
Elle était effectivement très haute. Et Roméo se trouvait au sommet.
Cela n'effraya cependant pas Juliette. Elle inspira profondément, puis s'engouffra dans le vieux bâtiment. Mercutio et Tybalt échangèrent un regard avant de suivre ses pas.
L'ascension fut longue et pénible. Mais rien ne vint perturber leur course. Et, lorsqu'ils arrivèrent au sommet, le silence régnait en maître absolu. Aucun bruit ne venait le briser. Même leurs pas semblaient étouffés par le néant. Tout était comme mort. Non, pas mort. Endormi.
Et, au centre de la pièce, un jeune homme dormait dans un lit. Tybalt comme Mercutio balayèrent l'endroit du regard. Mais aucun danger ne semblait se tapir dans l'ombre. Tybalt indiqua alors d'un signe de la tête à Juliette qu'elle pouvait y aller. Elle s'avança prudemment et découvrit le visage endormi de celui qui hantait ses rêves depuis qu'elle avait pénétré dans cette région. Il n'était pas différent du jeune homme qu'elle y avait aperçu avec sa peau pâle et ses cheveux d'ébène.
Alors qu'elle se penchait pour l'embrasser, elle eut un moment d'hésitation. Certes, ce baiser n'engageait rien, Roméo lui avait lui-même certifié. Il n'empêche qu'elle était fiancée. Elle avait beau ne pas aimer Pâris de cette façon, elle l'appréciait et détestait devoir le trahir alors qu'ils n'étaient pas encore passé devant l'autel.
« Juliette, c'est quand tu veux ! » S'exclama Tybalt qui surveillait attentivement la porte d'entrée, son épée à la main. « Pas qu'on soit pressé par le temps, mais… »
Il avait raison. Ce n'était ni le lieu, ni le moment pour ce genre de considération. Pour l'instant, il s'agissait de respecter sa parole en réveillant un prince des anciens temps et de sauver par la même son royaume. Le reste, ça viendrait plus tard.
Elle oublia bien vite ses hésitations quand elle embrassa ses lèvres froides et qu'elle croisa les prunelles émeraude de Roméo.
« Je vous ai vue en rêve… » Murmura-t-il.
Juliette aurait adoré pouvoir répliquer quelque chose d'intelligent – et d'un peu cynique. Quelque chose du genre : « J'espère qu'ils étaient moins dangereux que ceux dans lesquels vous m'avez envoyée ! ».
À la place, elle rougit.
Tybalt, lui, roula les yeux.
« Dîtes, c'est pas que j'suis pas content pour vous et les p'tits oiseaux qui chantent, mais il reste toujours une personne à récupérer pour conclure sur un happy end ! » S'exclama Mercutio, dont la nervosité était clairement perceptible.
Il leur manquait toujours Benvolio. Et ça, Mercutio ne risquait pas de l'oublier.
Ce dernier aida Roméo à se lever et passa un bras sous son épaule pour le soutenir. Le nouveau réveillé ne protesta pas, sentant bien que ses jambes n'arriveraient pas à la porter. Juliette resta à leur côté, prête à aider au moindre problème. Quant à Tybalt, il ouvrit la marche, s'assurant qu'il n'y avait aucun danger sur leur route.
Descendre les escaliers de la tour s'avéra bien plus délicat que les monter, notamment à cause de l'équilibre instable de Roméo. Et, lorsqu'ils arrivèrent enfin dans la cour où ils avaient laissé Benvolio, celle-ci était déserte.
« Ben ? » S'écria Mercutio après avoir confié Roméo à Juliette. « Ben ! »
Il chercha désespérément du regard la moindre trace de son ami. En vain. Mis à part eux, il n'y avait plus aucune âme dans la cour.
Juliette aida Roméo à s'asseoir sur une grosse pierre, qui devait autrefois appartenir à un mur ou quelque chose comme ça, avant de chercher à son tour des traces de l'aubergiste. Tybalt les imita bien vite.
Roméo, lui, les regardait faire, essayant de rassembler ses idées. Ses sauveurs lui avaient expliqué toute l'histoire alors qu'ils quittaient la tour. Cent ans. Il avait dormi cent ans. Au début, il n'avait pas voulu y croire. Croire que tout ce qui lui était familier, toutes les personnes qu'il avait connues avaient disparu. Et puis, ils étaient sortis et la sentence était tombée. Car, même en ruine, il avait reconnu l'endroit où il avait grandi.
Son regard se posa sur la statue à son effigie et grimaça. Il détestait se voir en portrait. Un mouvement près de sa base attira son attention. Il voulut se lever pour vérifier ce que c'était, mais le grand blond – Tybalt, s'il se souvenait bien – lui intima d'un geste de la main de ne pas bouger et alla à sa place.
C'était un petit chat noir qui se cachait derrière les pierres. Tybalt se détendit. Il s'accroupit et mit la main en avant pour attirer le félin. L'animal s'approcha doucement. Roméo l'observa, curieux – lorsque vous passez cent ans inconscient, tout avait tendance à vous paraître digne d'attention. Il vit alors un éclat doré passer comme un éclair dans les yeux du félin.
« Eloignez-vous de lui ! » S'écria-t-il en se levant brusquement.
Il bondit vers le blond et l'entraina dans sa chute, loin de l'animal. Bien lui en pris car à la place du chaton se tenait désormais une femme aux yeux dorés, ivre de colère.
« Je ne perdrais pas ! » Tonna-t-elle en s'approchant d'eux. « Et s'il faut te tuer pour mettre fin à la partie, je n'hésiterais pas ! »
Brusquement, elle se figea. Benvolio, sorti de l'ombre des ruines, se tenait derrière elle.
« Echet et mat, Mab… » Lui murmura-t-il avant de planter un de ses poignards dans le dos.
La Maléfique s'effondra comme une poupée de chiffon. Et avec elle tous ses maléfices.
::::::::
Juliette, Mercutio et Tybalt étaient partis explorer les ruines. Officiellement pour s'assurer qu'il n'y avait plus aucun danger. Officieusement pour laisser les deux cousins le temps de se retrouver correctement.
« Tu es un crétin… »
Le nouveau réveillé sourit.
« Je sais… »
« Tu m'as manqué. »
Roméo enlaça son cousin. Et, pour la première fois depuis cent ans, Benvolio se sentit enfin à la maison.
::::::::
Le voyage de retour se fit dans une ambiance joyeuse. Les chevaux les avaient sagement attendu de l'autre côté de la barrière végétale et ils avaient pu donc facilement reprendre la direction de l'Auberge au bois dormant.
Installé derrière Juliette, Roméo n'avait cessé de poser des questions sur les évènements des cent dernières années. À leur grande surprise, ce fut Mercutio qui lui en apprit le plus. Il parla de l'histoire géographique, politique et culturelle des différents royaumes avec une précision étonnante, enseignant même certaines choses à Juliette.
Pourtant, arrivés aux environs de l'auberge, le ton badin de la conversation se transforma vite en silence inquiet. Des hommes les attendaient devant l'auberge.
« L'endroit n'était pas censé être désert ? » S'étonna Tybalt en se tournant vers Benvolio.
« Mercutio et vous êtes bien arrivés jusqu'ici, non ? » Répliqua ce dernier, un petit sourire aux lèvres. « Restez ici, je vais voir… »
Il parcourut seul les quelques mètres restants tandis que les autres restèrent dissimulés à l'orée de la forêt, néanmoins prêts à intervenir.
Benvolio vit immédiatement qu'il s'agissait de soldats. Machinalement, il mit une main à hauteur de sa ceinture, prêt à sortir ses poignards au moindre problème.
« Puis-je vous aider, messieurs ? » Leur demanda-t-il en descendant de son cheval.
L'un d'eux s'avança vers lui. Il ne semblait pas dangereux. Cela n'empêcha pas l'aubergiste de le considérer d'un œil méfiant.
« Vous êtes le propriétaire de cet établissement ? » Demanda l'homme avec courtoisie.
« Effectivement. Que puis-je pour vous ? Vous désirez des chambres peut-être ? »
L'homme secoua la tête, un sourire d'excuse aux lèvres.
« A vrai dire, nous sommes à la recherche de deux disparus, un homme et une femme. Ils auraient dû atteindre le comté de Southampton il y a quatre jours de cela. Les auriez-vous accueillis dans votre auberge ? »
« Pâris ? »
Visiblement, la confiance de Tybalt en son compagnon d'aventure avait ses limites. Benvolio ne voyait pas d'autres options pour expliquer pourquoi le blond l'avait rejoint. Le dénommé Pâris écarquilla les yeux lorsqu'il aperçut le nouvel arrivant.
« Tybalt ? Où est Juliette ? »
« J'aurais apprécié que vous cachiez mieux vos préférences, votre excellence. C'en ai presque vexant. »
Malgré ses propos, son ton était celui de la plaisanterie. Les deux hommes se connaissaient et s'appréciaient, comme en témoignait leur poignée de main. Comme s'il s'agissait d'un signal, Juliette et Roméo apparurent, rapidement suivit par Mercutio.
Ce dernier devint aussi blanc qu'un linge quand il aperçut Pâris. Le soldat, lui, se figea avant de devenir rouge de colère.
« Toi ! » Tonna-t-il en désigna le jeune homme du doigt. « Tu as intérêt à avoir une excellente explication ! »
Mercutio déglutit méchamment tandis que Benvolio, Juliette et Tybalt échangèrent un regard étonné. Roméo, lui, observait la scène avec un intérêt certain, même s'il n'était pas sûr de tout comprendre (mais, visiblement, il n'était pas le seul, donc il supposait que c'était moins grave).
« Salut Pâris, ça va ? »
Cela ne sembla pas calmer le futur comte de Southampton. Bien au contraire.
« Vous vous connaissez ? » Finit par demander Roméo – s'ils voulaient avoir des réponses à leurs interrogations, le plus simple était encore de poser directement la question, non ?
Mal à l'aide, Mercutio grommela quelque chose dans sa barbe. Comme personne n'y compris grand-chose, Benvolio roula les yeux.
« C'est tout de suite plus clair… » Ironisa l'aubergiste.
« Ce qu'il essaie sans doute de vous dire, c'est que Mercutio est mon inconscient de petit frère qui a décidé de disparaître il y a quatre ans. » Les éclaira Pâris, acerbe, en lançant un regard noir au principal intéressé.
Juliette et Tybalt se tournèrent vers lui, étonnés. Benvolio, lui, prit un air contrarié.
« Quand je pense qu'il m'a quasiment hurlé dessus parce que j'avais osé lui cacher mes origines… »
Cela lui valut un coup d'œil intrigué de la part de Pâris qui le considéra d'un air nouveau.
« Excusez-moi, je ne crois pas que vous m'ayez donné votre nom… »
L'aubergiste ouvrit la bouche pour répondre, mais Mercutio fut plus rapide.
« Je te présente Benvolio Montaigu. Et il se trouve que j'ai une dette envers lui… »
« Ah non ! » S'empressa de protester son ami. « Tu as effacé ta dette hier ! »
Mercutio eut un petit sourire narquois.
« Ne nous as-tu pas sauvé la vie pas plus tard que tout à l'heure ? »
Benvolio perdit soudainement quelques couleurs. Son compagnon avait raison. En détruisant Mab, il lui avait sauvé la vie, ainsi qu'à tous les autres. Sous les yeux amusés de Juliette et de Tybalt et ceux intrigués de Roméo (allons bon, qu'est-ce que c'était encore que cette histoire de dette ?), Benvolio gémit.
Pâris observa la scène avec beaucoup d'intérêt – et peut-être un petit peu d'amusement. Il s'attarda un instant sur chaque membre de leur petit groupe, tellement hétéroclite, et se demanda comment ils en étaient venus à se rencontrer.
« Je crois que vous avez une longue histoire à me raconter… »
« Tu n'as pas idée… » Sourit son frère. « Une histoire digne d'un conte de fée… »
The end.
J'espère que vous avez pris autant de plaisir à la lire cette histoire autant que j'en ai eu à l'écrire. Si vous avez des impressions, des commentaires, des critiques, n'hésitez pas ! Je mets des plombes à répondre, mais je ne mords jamais !
A une prochaine fois sur ce fandom !
Nerya.
