Me voilà ainsi dans ce nouveau monde avec mes cinq nouveaux amis. Comme des vagabonds, nous avons traversé toute l'ouest des États-Unis (New York, Washington, Philadelphie, Chicago) à pied. J'ai découvert enfin la véritable culture et la vie qui sera désormais la mienne pendant je ne sais combien d'années. Il n'y a pas de magie dans ce monde exceptés toutes ces machines comme les voitures, les avions, les téléphones qui commençaient à se mondialiser. A mon grand étonnement, je m'y suis habitué assez rapidement mais je ne savais pas forcément comment être moi-même sans être... moi même.
Je devais refuser d'être Pinocchio et être August.
Mais qui est August ?
Pour l'instant un simple enfant américain. Je devenais assez curieux d'entamer ma nouvelle identité, de connaître ma nouvelle vie. Je devais oublier ma vie d'avant, ne plus y penser. Quand j'étais un pantin de bois, je n'allais que très peu à l'école, j'aimais m'amuser, faire l'idiot, rigoler, mentir mais ce nouveau pays plus réel m'a rendu curieux et j'ai préféré rester sage et m'intéresser à son histoire. C'est pourquoi, après cinq ans à errer dans quelques villes des USA, j'avais hâte d'entrer au collège, d'apprendre des choses qui étaient au delà de ma curiosité.
Je m'entendais bien avec ce groupe d'amis en particulier avec Gordie, le petit gros et chef de bande. Il me faisait rire et il était vraiment gentil. Il m'apprenait beaucoup de choses sur la vie.
Pendant ces cinq ans, je n'ai plus pensé à Emma, tellement j'étais heureux de découvrir tant de choses, de traditions, des inventions que je ne connaissais pas... Nous étions tous dans notre onzième année.
Nous nous installâmes dans le Wisconsin, sans argent, sans domicile, dormant à la belle étoile, sans famille mais on avait l'air assez soudé (je dis avait l'air car je savais très peu de choses sur eux, en réalité). C'était vraiment agréable mais secrètement je voulais vivre normalement et me prêter aux coutumes des américains.
Je les convins d'entrer au collège, un collège gratuit, heureusement. Nous réussîmes plutôt facilement à nous inscrire au collège James Madison à Appleton.
Rien n'était comme dans la Forêt Enchantée…. Le bâtiment était immense, il y avait peu d'arbre, c'était plutôt urbain mais l'intérieur était incroyable.
Il y avait une grande bibliothèque que j'ai visitée dès le premier jour. J'ai découvert un auteur qui avait écrit un texte sur le mensonge. Cela devait être le premier bouquin que j'ai lu. J'ai trouvé cela très intéressant car je me suis beaucoup reconnu dedans malgré la difficulté de la lecture. Cet auteur se nomme Wayne Booth….. Je n'avais pas de nom de famille et ce nom me convenait parfaitement. Voici alors ma nouvelle identité :
August Wayne Booth.
J'ai également été surpris d'apercevoir aux rayons « conte » des personnages qui m'était très familiers : Pinocchio de Carlo Collodi, Blanche Neige, le Nain Tracassin des frères Grimm, ... Personne ne parlait de magie mais c'était pour ça. Dans ce monde, ces histoires ne sont que l'imagination des auteurs. Je commençais à lire quelques pages de mon histoire, je reconnu beaucoup de similitudes. Je compris que j'étais totalement dans un autre monde. Chaque personnage avait leur propre histoire et elle se finissait généralement assez bien.
"AHA je vois que les contes t'intéressent, me lança Gordie. Tu connais Walt Disney ?"
"Qui ?"
"Il a adapté tous ces contes au cinéma."
J'acquiesçais même si je ne compris nul mot de ce qu'il me racontait.
"Tu n'as jamais vu de films de ta vie ?" reprit-il
"Je ne sais pas", biaisais-je.
Il partit et revint quelques instants avec une sorte de coffret
"Regarde, ça c'est un film d'animation"
Je pus lire Pinocchio
"C'est Walt Disney qui l'a adapté"
"Je ne comprends pas, dis je simplement en me sentant légèrement idiot."
"Comment expliquer ? Sur un écran, des histoires prennent vie comme des photos qui bougent, ça peut être soit avec de vrais acteurs, soit en dessin animé comme celui là."
"Waouh ! M'émerveillai-je, je veux voir ça !"
"On ira au cinéma ce soir, il y a un film incroyable qui vient de sortir paraît il, un film avec des dinosaures."
Le cinéma, pourquoi il n'y avait pas cela dans la forêt enchantée ? j'avais hâte de découvrir les autres choses que je ne connaissais pas dans ce monde.
Ma première journée de cours a été un peu étrange mais fascinante. Il y avait beaucoup de cours tellement différents qu'on pourrait s'y perdre. Les profs étaient gentils mais je retrouvais les mêmes personnes un peu acariâtres que dans l'orphelinat.
Néanmoins, pendant toute ma scolarité il y en avait un qui se démarquait des autres : je l'ai connu lors de ma 4ème, c'était mon professeur de litté s'appelait Ezra Iarding et il a complètement changé ma vie d'adolescent. Encore aujourd'hui, il m'arrive de penser à lui. Ezra Iarding avait la quarantaine, oui environ mon âge où j'écris ces lignes, et il est rapidement devenu une figure paternelle. Il avait des origines mexicaines. Son cours était toujours intéressant et moi qui était plutôt discret en classe, je n'hésitais pas à prendre la parole, à me jeter à l'eau dans ses cours.
En début d'une semaine, je ne suis pas intervenu. C'était une semaine qui débuta assez tristement. Gordie avait volé beaucoup de nourriture et il s'était fait chopé. Il nous a retrouvé et les policiers nous ont emmené au poste et envoyé dans un centre de détention pour mineur. Nous étions comme en prison, c'était affreux mais nous continuâmes à aller à l'école. Mais Mr Iarding m'a beaucoup aidé.
Après le cours, une fois que tous les élèves étaient partis, il est venu vers moi, me demandant ce qui n'allait pas. Gordie et les autres nous regardaient du couloir. Je lui expliqua ma situation, l'orphelinat puis la prison récemment.
"Je ne sais pas comment vivre dans ce monde, je n'ai pas d'argent."
"Écoute moi, tu sais pendant toute ma carrière, je n'ai jamais rencontré un jeune garçon comme toi qui était prêt à tout pour réussir et au vu de tes derniers résultats, je vois que tu te donnes à fond et je suis extrêmement fier de toi. Je sais que tu es capable de grandes choses"
"Merci, jamais je ne vous décevrai", dis je en partant.
"Attends, je n'ai pas fini. Je refuse qu'un gamin comme toi soit dans un centre de détention, c'est très triste. Viens vivre chez moi, je suis sûr que ma femme acceptera. Mais tu devras trouver un job quand tu en auras l'âge et te trouver un logement."
J'étais très ému par son invitation. Enfin quelqu'un ne me prenait pas en pitié, j'avais la sincère impression qu'il croyait vraiment en moi et ça personne n'en avait été capable jusqu'à présent.
"Je ne sais pas comment vous remercier"
Je regarda mon clan qui avait l'air déçu
"Mais et mes amis, ils sont comme moi..."
"Ma femme est avocate, je pense qu'elle peut leur trouver une solution mais sache une chose dans ce monde tu ne peux compter que sur toi même. Mais parfois tu peux avoir besoin d'un petit coup de pouce." Me dit-il avec un clin d'œil.
Je le suivis jusqu'à chez lui. Sa femme, Olivia, était très gentille, elle était presque comme la mère que je n'ai jamais eu. J'étais nourri, loger, j'avais un vrai lit, une vraie chambre. Que demander de mieux ? J'étais heureux.
Mr Iarding m'imposa néanmoins de lire deux livres par semaine parmi sa sélection et que j'en fasse une critique. Il voulait me faire travailler même quand je n'avais pas cours.
Au début, c'était fatiguant mais j'aimais bien ça... Une histoire parmi toutes celles que j'ai lu a attiré mon attention : Le vilain petit canard ! Mr Iarding m'a parlé de sa vision de l'histoire et je m'y suis reconnu et j'avais aussi envie qu'une autre personne le comprenne...
