Je sais que certains auraient pu dire que j'ai fait le mauvais choix, ou d'autres pourraient penser que ce choix était le seul possible.

Me voilà depuis plus d'une semaine sur le paradis sur terre : le Sri Lanka. Le début du voyage n'est pas si intéressant, mais ce qui est important, c'est le jour de ma rencontre avec Annie Walker... cette femme... comment l'oublier ? Si je ne l'avais pas rencontrée, ma vie n'aurait pas été si tragique...

Je l'ai aperçue un après midi, sur la plage. Il m'arrivait de transporter ma machine à écrire. Étrange, me diriez vous ? Et bien oui, Annie avait la même réaction, mais c'est ce qui l'a motivé à venir m'aborder. Elle pouffait de rire.

"Avec ma sœur, on t'a remarqué avec ta machine à écrire, tout habillé, sur la plage. Vingt ans que je vais au Sri Lanka et je n'ai jamais vu quelqu'un comme ça."

"J'aime écrire et les vieilles choses sont toujours plus séduisantes que les nouvelles technologies."

Elle me souriait, je fus moi-même séduit.

Les filles et l'amour ne m'avaient jamais intéressé, même au lycée. Certaines petites pestes stéréotypées s'amusaient à me draguer ou à vouloir sortir avec moi mais je les ignorais : ces filles, sans cervelle, qui ne pensent qu'aux garçons, à la mode, au maquillage, au sexe, désirant être plus matures que leur âge alors que les intellos le sont bien plus, sans se la jouer à longueur de temps.

Annie me plaisait, c'était le genre de fille qui pouvait forcer mon admiration. Elle avait une aura et une sorte de force en elle qui me domestiquait.

"Je suis au Sri Lanka, seulement quelques jours donc je n'ai pas eu l'habitude de me familiariser avec votre culture", dis-je en riant.

"Et bien ici on est pas là pour travailler mais pour s'amuser, elle me donna sa main pour me lever, tu sais t'amuser monsieur l'écrivain ?"

Je la regardais puis fixais sa main pendant plusieurs secondes, je la caressais avant qu'elle me relève. Nos visages étaient proches et nous nous regardâmes comme si cela durait une éternité.

Elle se mordit les lèvres. Elle n'avait pas l'air intimidée, au contraire elle semblait davantage amusée.

"Bien sûr mais ça dépend quel genre d'amusement, jeune fille."

"Ce soir il y a la fête des Lumières, c'est le dernier jour aujourd'hui on envoie des lumières dans le ciel, il y a de la musique, de la danse et de la nourriture typique d'ici. Si tu ne connais pas le Sri Lanka, je veux bien te faire découvrir tout ça, touriste."

"Très bien", riais-je, essayant de capter une nouvelle fois son sourire.

J'étais totalement sous son charme, je ne sais pas comment c'était possible. Le coup de foudre ? Ça n'existe pas, ça n'arrive qu'à Blanche-Neige, pas à un ancien pantin de bois. Mais je voulais tant bien que mal tenter ma chance, la connaître.

Elle me proposa de la rejoindre devant chez elle à 19h. Gordie avait tout vu et s'était moqué de moi.

"Bah dis donc elle est canon ? Tu veux te la faire, j'en suis sûr !"

"Oui", dis je, sans faire attention à sa dernière phrase, je repris mes esprits et le regardais, "quoi ? Non !"

Avec toutes les filles que j'ai rencontrées, je reconnais que Annie était belle, mais j'en ai vu des plus belles, des plus sexy, c'est que, Annie n'était pas comme toutes les autres et je compris que cette rencontre avec elle m'avait beaucoup changé et pas que pour le mal.

Elle m'a rendu plus sûr de moi, moins réservé et coincé.

"Fais pas le con, elle arrête pas de te regarder, tu peux avoir enfin ta première fois sans trop d'effort."

"Dis pas de conneries, tu ne penses qu'à ça., dis-je gêné mais toutefois amusé. Je ne suis pas forcément à l'aise avec les filles, peut-être que tu pourrais me donner quelques conseils ? Je te voyais pendant les voyages, tu draguais sans trop de problèmes."

"C'est bien ce que je dis, tu veux te la faire", ria t-il.

"Pas comme tu le penses..."

"Écoute, déjà, la veste en cuir, ça plaît pas, les filles aiment les hommes qui ont de l'allure. Regarde moi j'ai vraiment changé. Lorsqu'on s'est rencontré j'étais un petit gros maintenant j'ai de l'allure, j'ai fait un régime et voilà le résultat. Bon toi, ça va t'as un corps plutôt bien fait mais comment tu t'habilles, c'est pas bien pour plaire. J'ai entendu qu'elle t'avait invité à cette soirée, tu comptais y aller comme ça ?"

"Je ne sais pas, peut-être..."

"Viens."

Je rangeais ma machine à écrire dans la valise et la mis sur ma moto.

Gordie et moi allâmes jusqu'au marché.

"Tu penses vraiment que je vais acheter ce genre de vêtements, dis-je dégoûté en voyant des costumes sri-lankais, plein de paillettes et de toutes les couleurs."

"Mais non, on va sûrement te trouver quelque chose de plus passe-partout mais toutefois élégant."

Après vingt minutes de recherches, Gordie me dégota une chemise bleue et un short gris.

"Voilà, ça elle va adorer !

J'aimais bien, je me sentais changé, j'étais plus à l'aise, plus décontracté

"Et laisse un ou deux boutons ouvert en haut, ça lui donnera envie de découvrir ton corps !"

Je lui donna une tape amicale, embarrassé bien que je m'exécutais.

Je fus en avance pour aller la rejoindre au point de rendez vous. Je l'ai attendue au moins une demi-heure, j'avais peur qu'elle m'ait posé un lapin.

Et non ? Elle était là en short, petite chemise blanche qui laissait entrevoir son haut de maillot de bain, ses cheveux étaient lâchés bouclés de couleurs blonds foncés et clairs. Elle portait des talons aiguilles qui lui allaient parfaitement.

"Tu es venu ?" Me dit-elle en souriant. "Je me rends compte que je ne connais même pas ton nom. Moi c'est Annie."

Elle me donna sa main

"August", dis-je, en rougissant pour la première fois.

"C'est un très joli prénom, C'est le mois le plus chaud, là où le soleil réchauffe nos cœurs."

Elle se mit à rire

"Désolée ça fait peut-être un peu trop kish dis comme ça ?"

"Non, ce n'est rien c'est gentil, le tien est pas mal non plus."

Je ne savais tellement pas quoi répondre que je préférais dire des banalités.

"Ça ne te dérange pas qu'on prenne ma moto pour y aller ?"

"Ah oui, carrément ?", s'exclama t-elle, surprise, "pourquoi pas ?"

Nous arrivâmes dans le centre ville de Colombo. Les lumières commencèrent à s'allumer c'était magnifique.

"Je n'ai jamais rien vu de tel", dis-je stupéfait.

Nous marchâmes assez proches mais nous ne parlions pas beaucoup, elle me montra toutes les décorations.

"Parle moi un peu de cette fête ?"

"Elle célèbre beaucoup de choses ici : la naissance, l'illumination et la mort du Bouddha"

"Rien que ça ? Tu es bouddhiste ?"

"Je te trouve bien curieux, rigola t-elle. Non, je suis cent pour cent agnostique, je crois qu'il y a quelque chose mais je ne sais pas quoi. Mes grands parents maternels sont bouddhistes depuis qu'ils habitent ici."

"Tu viens d'où ?"

"De Washington, je fais mes études là bas et je vis chez ma sœur. Attends tu ne veux pas qu'on aille manger quelque part je meurs de faim ?"

"Oui moi aussi !"

Elle m'emmena en m'empoignant la main vers une tente.

"Qu'est ce que c'est ?"

"Du kottu roti, c'est la spécialité d'ici. Goûte c'est délicieux."

Elle me donna une cuillère de ce ragoût dans la bouche. Oui c'était très bon, mais c'était surtout la manière qui était bonne.

On avait pris une bière sri-lankaise, le lion lager.

La musique battait son plein. Elle m'entraîna sur la plage pour danser.

Mettre mes mains autour de son dos nu était étrange mais elle m'y obligea. Je sentis ces cheveux sur mon visage et son front qui arriva sur mon oreille. Je n'arrivais même pas à la regarder tellement je me sentais bien, j'avais peur de l'embrasser, de gâcher ce moment.

Il était déjà minuit mais nous continuâmes à parler, à boire.

On s'est dit tellement de choses en deux ans que je ne peux vous dire ce qu'on s'est dit à ce moment là. J'ai appris, néanmoins qu'elle faisait des études de droit. Elle avait beaucoup de connaissances en langue : l'anglais, le tamoul, le français, l'espagnol, l'italien mais aussi le mandarin et le russe.

Elle était absolument étonnante.

Mais elle a voulu arrêté ses études pendant quelques temps pour se poser et réfléchir. Et, surtout le Sri Lanka, lui faisait le plus grand bien car ses grands-parents et sa sœur qui venait deux fois par an étaient sa seule famille.

Sa mère était morte quand elle avait six ans et son père, militaire, devenait de plus en plus absent laissant sa sœur de cinq ans de plus qu'elle s'occuper d'elle.

Je croyais qu'elle me considérait comme un étranger, mais elle avait l'air d'avoir besoin de parler à quelqu'un qui n'était pas de sa famille. Quant à moi, je n'arrivais pas à lui parler de mon passé même si discuter avec elle était magique.

"J'ai toujours passé mes week-end, dans des bases militaire, à cause de mon père. Après le lycée, j'ai pu m'offrir le bonheur de partir où je voulais parce que ça me faisait plaisir, pas parce que mon père y était stationné, je voulais prendre mes décisions toute seule, j'étais maîtresse de mon propre destin, ça doit te sembler un peu ridicule."

Si elle savait à quel point ça ne l'était pas pour moi. C'était exactement ce que je recherchais depuis que je me trouvais dans ce monde.

"Et toi, pourquoi t'es là ?"

"A peu près pour les mêmes raisons !"

Je crois que j'aimais me montrer mystérieux, et je sentais que ça l'attirait. De même, plus tard elle m'avait questionné sur le collier de Monstro que je gardais en souvenir de mon père, j'étais resté très vague.

Quelques instants plus tard, nous marchions sur la plage. Elle regarda ma main, me la prit délicatement et s'arrêta. Je la regardais, l'admirais, j'étais littéralement fou d'elle. Je n'arrivais pas à lui parler. Je caressais sa joue, elle caressa ma main en se laissant bercer, et prit ma joue inverse. Quand je la regardais je pus distinguer des petites larmes, je ne savais pas ce qu'elles voulaient dire mais je finis par m'approcher d'elle et elle posa d'un coup ses lèvres sur les miennes.

Je lui rendis ce geste si affectueux et ça n'avait pas de fin. Je caressais son dos et le bas de sa poitrine.

Durant toute ma vie, je n'eus droit à cette sérénité aussi merveilleuse.

Tout en continuant à l'embrasser, je la portais et elle mit ses jambes sur mes cuisses. Je l'emportais dans les vagues et nos baisers devenaient de plus en plus sensuels.

Elle m'enleva ma chemise et la jeta sur la plage, je fis de même avec la sienne.

Nous nous retrouvâmes ensuite au fond de l'eau comme des sirènes en continuant à nous embrasser. Vous voulez connaître la suite ? Je pense que vous pouvez l'imaginer mais je préfère garder ça pour moi.

Ensuite nous avons dormi sur le sable.

Mais Gordie me réveilla :

"Tu l'as fait ancien puceau, je suis fier de toi."

"Gordie, tu m'as réveillé."

"Alors c'était comment ? T'as joui ?"

"Je ne veux répondre à aucune de tes questions", je regardais Annie en train de dormir, paisible.

"J'y crois pas ? T'es tombé amoureux d'elle ?"

"Peut-être bien."

"Et la suite alors ? On devait continuer à voyager. On s'est dit, on se fait une fille dans chaque pays et on continue notre chemin et toi tu couches avec la première fille venue et t'as déjà envie de faire ta vie avec elle."

"C'est toi qui dit ça Gordie et ce n'est pas la première fille venue", je commençais à me mettre en colère.

"C'est toi qui le dis !"

"Qu'est ce que tu veux dire par là ?"

"Ce que je veux dire c'est qu'un jour ça te perdra ! Peut être que tu l'aimes et peut être qu'elle t'aime aussi mais tu sais aussi bien que moi que ça ne va pas durer..."

"Pourquoi tu dis ça ?"

"Mais par rapport à qui tu es ! Regarde toi, je t'ai bien cerné depuis toutes ces années. Tu penses à ce bébé que tu as abandonné il y a seize ans, ça te ronge de l'intérieur et tu essayes d'oublier ce que tu as fait en pensant à autre chose mais un jour tout ça te perdra et tu seras seul..."

A l'époque, je pensais qu'il était juste jaloux mais malheureusement, il avait raison.

"Où tu vas ?"

"Adieu", me cria t-il avec un doigt d'honneur.

Annie se réveilla :

"Qu'est ce qui se passe ? C'était ton ami non ? Pourquoi il s'en va ?"

"Ce n'est pas vraiment un ami, c'est juste un compagnon de voyage, ce n'est rien !"

"Vraiment ?"

Je changea de sujet

"Annie, pourquoi moi, pourquoi tu m'as embrassé alors qu'on ne se connaît à peine ?"

"Tu sais, ça fait des lustres que je vais au Sri Lanka et la vie est tellement monotone ici, toujours à faire la même chose, les gens ne sont pas toujours accueillants et je ne rencontre pas souvent de touristes américains. Et toi, toi tu es différent, je l'ai senti tout de suite. Et j'ai parfois besoin d'avoir quelqu'un qui m'écoute, de m'amuser, de partir à l'aventure et pas que avec ma sœur..."

"Alors partons à l'aventure, ensemble", m'exclamais-je en souriant, en l'embrassant puis en la serrant dans mes bras.

Pendant ces deux ans, il s'est à la fois passé beaucoup de choses et à la fois pas grand chose.

Même si presque tous les jours, nous nagions, nous faisions l'amour, nous faisions le marché, je lui lisais mes nouvelles, chaque jour était différent et nous ne voulions pas qu'il y ait de fin à quel point nous étions heureux.

Nous dormions toutes les nuits dans une sorte de cabane sur la petite plage Unawatuna, au sud du Sri Lanka, petit coin paradisiaque, isolé de tout, comme une île rien que pour nous.

Mais il fallait mettre des meubles : un lit, des petites tables, et au lieu d'en acheter. Je réussis à l'étonner une fois de plus en construisant de mes mains, tout ça avec des outils que j'avais trouvé en grande surface. Je me souvenais de tout ce que mon père m'avait enseigné, j'avais tout de même construit l'armoire magique avec lui.

De même, j'avais trouvé deux petits fils, sur la plage et je réussis à fabriquer deux bracelets avec des coquillages pour nous deux qui symbolisaient notre amour. C'était peut-être beaucoup plus facile que ces simples mots que je ne lui ai jamais dit.

Quelques semaines après ma rencontre avec Annie, mon esprit s'est égaré ailleurs, et c'est à ce moment là où je n'ai pas arrêté de lui mentir et ça me rendait malheureux.

Un matin, alors qu'Annie s'était absentée pour aller chercher le petit déjeuner, sur ma machine écrire, il y avait un mot qui disait « viens me retrouver à midi, si tu veux revoir ta famille ». Au début, je voyais ça comme une plaisanterie, ce n'était pas possible, personne ici connaissait mon monde. Je me rendis sur la place du marché, prétextant à Annie un déjeuner surprise.

Je vis un homme en capuche dorée que personne autour ne semblait remarquer. Il me fit signe de le suivre et je le rejoins jusqu'à un sentier. L'homme enleva sa capuche et je vis un jeune homme noir d'à peine quelques années de plus que moi. Je ne l'avais jamais vu auparavant.

"Qui êtes vous ?"

"Je suis ravi de te rencontrer Pinocchio !"

Je ne compris pas comment c'était possible, comment pouvait-il savoir ?

"N'aie pas peur, je m'appelle Merlin, et je suis là pour pas que tu oublies ta mission !"

"Qu'est ce que vous faites dans ce monde ? Vous avez réussi à échapper à la malédiction ?"

"Écoute August, je n'ai pas beaucoup de temps, je ne suis qu' un hologramme, il n'y a que toi qui peut me voir. Je suis prisonnier d'un arbre depuis des années, je me sers de mes forces limitées pour venir te parler et te mettre en garde..."

"En garde contre quoi ?"

"Il va falloir que tu oublies cette fille. Dans deux ans, tu devras forcer Emma à accomplir son destin et pour cela, tu devras la séparer de Baelfire..."

"Pourquoi moi ?"

"Tu es la seule personne qui peut l'aider, la seule personne qui peut la mettre sur le bon chemin et puis tu veux retrouver ton père, n'est ce pas ? Tu n'as donc pas le choix Pinocchio."

J'avais l'impression d'entendre les mêmes paroles que Gordie mais avec les mots de mon monde.

"Comment le saurai-je et quand exactement ?"

"Je te donnerai un indice", dit-il en disparaissant.

A partir de ce moment, les mensonges ont réellement commencé, c'était pire que quand j'étais un pantin de bois, parce que là ça m'affectait à chaque fois que j'en énonçais un à Annie, je ne voulais pas la faire souffrir mais je n'avais pas le choix.

Je l'ai même empêchée de rentrer chez elle, une fois, je ne voulais pas qu'elle soit obligée de me quitter, je voulais que ce soit moi mais le plus tard possible. Elle était même touchée que je la retienne.

Le pire mensonge a été après mon premier déjeuner chez ses grands-parents, un an après.

C'est là où j'ai rencontré Danielle Walker, la grande sœur d'Annie. Au début, je ne l'aimais pas parce que je sentais que je l'énervais, que je n'étais pas assez bon pour sa sœur, ce qui n'était pas complètement faux. Elle avait l'impression de me cerner et ça agaçait Annie.

Ce petit jeu avait duré pendant tout le repas jusqu'au moment où ça a éclaté. Danielle avait fait allusion à un certain Ben Mercer et Annie avait quitté la table, folle de rage. Elle m'a attrapé par le bras et nous sommes partis sans que je ne comprenne ce qui venait de se passer. Je n'ai jamais vu autant de colère sur le visage d'Annie que je n'ai pas osé lui parler.

Un ange est passé pendant plusieurs heures. Le soir, je la vis enroulée dans ses draps à faire la tête.

"Ça va ? Tu veux qu'on en parle ?"

Pas de réponse

"Tu veux que je m'en aille ?"

"Non reste", murmura t-elle.

Je m'allongea à coté d'elle, sans la toucher et sans la regarder. Elle m'avait tourné le dos.

Je réussis tant bien que mal à briser la glace.

"Tu sais ta sœur veut juste te protéger des mauvais garçons comme moi", blaguais-je.

"Tu n'es pas un mauvais garçon et puis ça n'a rien à voir, elle se mêle un peu trop de ce qui ne la regarde pas et le problème ce n'est pas elle c'est moi."

"Qu'est ce que tu veux dire ?"

Annie se leva et s'asseya sur le lit, de profil à moi. Elle avala sa salive, elle n'avait pas l'air dans son état normal.

"Il y a quelques années je suis tombée amoureuse d'un garçon, il s'appelait Ben. C'était mon ami d'enfance depuis mes cinq ans, je lui ai toujours fait confiance. Mais au lycée, on a commencé à sortir ensemble et quelques mois plus tard il m'a annoncé qu'il allait déménager, qu'on ne pouvait plus se revoir. Mais en fait, il m'avait menti.

Elle commença à pleurer à chaudes larmes.

"Il avait un cancer, un cancer du poumon depuis plusieurs semaines et il ne m'a rien dit pour, sûrement, ne pas me faire de la peine."

Je ne m'attendais pas à entendre une histoire aussi affreuse même si j'étais heureux qu'elle se livre à moi.

"Et comment tu l'as su ?"

"J'ai eu ses parents au téléphone pour leur demander s'ils étaient bien arrivés dans leur nouvelle maison et ils m'ont annoncé, en pleurs, qu'il était mort deux jours avant."

"Annie je suis tellement désolé", je l'enlaçais, si triste pour elle. "Ce n'est pas ta faute, tu n'aurais jamais pu savoir."

"Je m'en veux tellement de lui avoir fait confiance, j'avais l'impression d'avoir baisser ma garde. Depuis ce jour, je n'ai réussi à faire confiance à aucun des garçons que j'avais rencontré, j'avais peur d'être une nouvelle fois blessée un jour ou l'autre."

C'était totalement surréaliste et tellement malavenant de ma part, de lui faire des leçons de morale sur une chose que j'allais lui réserver dans quelques mois mais quelque part au fond de moi je voulais qu'elle continue à me faire confiance.

"Et moi ? Tu me fais confiance ?"

Elle me sourit et m'embrassa. Elle me susurra un « oui » à l'oreille. Je retirais le bracelet en coquillage, qui était autour de mon poignet et lui montrais.

"Dans ma vie j'ai toujours voulu accomplir quelque chose d'important, et la chose la plus importante qui me sois arrivée, Annie, c'est de t'avoir rencontré !"

Elle me regarda, émue avec des lumières dans les yeux

"Je te promets que jamais je ne te laisserai tomber, jamais !"

Je voulu tellement que ces mots ne soient pas un mensonge.

Nous sommes revenus chez ses grands-parents, quelques semaines plus tard.

Danielle s'était excusée, elle avait compris qu'elle avait dépassé les bornes surtout quand Annie lui a dit avec certitude mes sentiments pour elle. Danielle a fini par m'apprécier. Elle était assez différente de sa sœur, elle avait vraiment l'instinct de la grande sœur, elle voulait la protéger. Annie ressentait parfois beaucoup de jalousie envers sa sœur car toute la famille adulait Danielle grâce à ses grandes études de médecine. Depuis toujours c'était elle qui avait eu tout le mérite. Mais ces deux sœurs s'aimaient beaucoup, elles ont été inséparables depuis tant d'années.

Nous sommes allés chez eux, une fois tous les deux mois, la dernière fois nous y avons même dormi.

Puis, le jour fatidique fut arrivé, bien qu'en début de journée, je n'étais pas au courant.

Nous sommes allés nous balader dans les petites villes alentours. Nous avons déjeuné dans un petit restaurant indien très chic. En regardant le menu, il y avait à côté du restaurant, un marchand de journaux. Je profita qu'Annie réfléchisse à ce qu'elle voulait prendre pour lire la Une d'un journal, je vis Merlin au loin me regarder puis disparaître d'un coup. Il y avait écrit : « Emma Swan et Neal Cassidy recherchés pour vol ».

La prophétie de Merlin était juste. Mon monde commença à s'écrouler. Dans quelques heures, Annie allait m'échapper et je ne saurais pas comment vivre sans elle. J'ai dérobé le journal dans la journée car il y avait beaucoup d'informations qui devaient m'être utile comme qui était ce Baelfire ou ce Neal Cassidy. Je téléphonais, en cachette pour réserver un billet d'avion pour Portland.

Nous profitâmes de ces dernières heures passées ensemble à voyager, visiter le pays. Je tentais de rester le plus normal possible pour pas qu'elle voit le coup venir.

La nuit, nous avions couché ensemble et c'était la plus belle nuit, de mon point de vue, mais ça s'est fini dans les pleurs.

Je n'ai pas réussi à dormir, je n'ai pas voulu dormir. Je restais éveiller jusqu'à ce qu'elle s'endorme pour pas qu'elle remarque mon absence. Et avant qu'elle ne s'endorme dans les bras de Morphée, elle me dit, enfin, ces quelques mots :

« Je t'aime »

J'essayais de rester discret, mais je sentais mon cœur si lourd, elle l'avait dit au plus mauvais moment et c'était très dur. Et pourtant c'était les mots les plus importants à dire dans une vie. Mais si je lui avais dit, j'aurais pensé que tout cela était réel, que notre relation allait durer et il ne fallait pas qu'elle dure. Je savais que, pour autant c'était totalement hypocrite de ma part de m'enfuir après ça.

Mais je n'avais pas le choix : mon père me manquait, il était en danger et il avait besoin de mon aide.

Je rangeais mes affaires, n' arrêtant pas de la regarder dormir. Je pris un papier et un stylo et j'écrivis

« La vérité est compliquée pardonne moi » que je posa sur mon oreiller.

Quand j'y repense ce mot était tellement insignifiant et absurde. Je ne lui avais rien dit sur mon passé et je savais tout du sien et pourtant elle m'avait fait confiance et elle m'avait aimé... Je n'étais peut-être pas digne d'elle, en fin de compte...