Pendant quatre ans, je n'étais plus que l'ombre de moi-même, à coucher avec toutes les filles des bars en Amérique du Sud.

Je buvais beaucoup. Je ne savais même pas si c'était de la déprime ou un choix mais le fait est que je voulais oublier tout ce merdier dans lequel je m'étais retrouvé.

J'ai dépensé tout l'argent de Neal pour de l'alcool et quelques prostituées.

Mais je continuais à écrire, je voulais trouver le succès et je n'ai rien trouvé de mieux que d'écrire une histoire sur Annie, plus exactement une romance un peu fantastique qui aurait pu se concrétiser mais qui s'est finie de manière tragique. Ça ne racontait pas mon histoire, véritablement, ce n'était qu'une inspiration. Je voulais toucher un maximum de monde. Ce roman m'a pris des années à écrire, je voulais mettre toutes mes craintes, tout mon ressenti. J'avais très souvent le syndrome de la page blanche et c'était horrible. Je changeais souvent d'idée et puis le sexe et la boisson ne m'aidaient pas.

J'étais totalement pathétique.

Au Mexique, j'ai escroqué un homme riche qui me faisait confiance. Je me suis fait passer pour un agent immobilier, et je lui ai volé beaucoup d'argent. Pendant son absence, je n'hésitais même pas à me taper sa femme, sans trop de problème. Lorsqu'il a découvert le poteau rose, il m'a fait exilé aux États-Unis et je lui ai rendu la moitié de son argent. Je me suis fait promettre ensuite de ne plus retourner sur cette zone de malheur.

J'avais fait aussi d'autres petites escroqueries auparavant.

Je me suis retrouvé au Texas et ça m'a rappelé l'île des plaisirs. Sauf que je ne me droguais pas. Se transformer en âne après avoir fumé de la pipe, c'était assez traumatisant. Pendant un an, je suis allé dans un club de billard, j'aimais beaucoup ça et je n'étais pas mauvais. J'ai même fait des progrès. J'ai organisé plusieurs compétitions avec des soi-disant grands en la matière comme un certain Baltimore Reg. Je pariais évidemment beaucoup d'argent et je réussissais mes paris.

J'avais pas mal de groupies comme une certaine Sharon qui était la première à me soutenir et qui m'a encourager à continuer.

Mais cette reconnaissance ne me convenait pas, lorsque je réussis à finir mon roman que j'avais intitulé « Les premières heures d'une histoire d'amour », j'eus une illumination, mon roman était assez bien pour que je gagne ma vie autrement.

Je quittais le billard et cherchais dans l'annuaire des éditeurs. Je trouvais un éditeur indépendant : Sam Loren, qui s'était fait une bonne réputation grâce à sa collaboration avec Kaylie Cruz, sa petite-fille maternelle, une jeune gymnaste de seize ans, devenue championne nationale des États-Unis et qui était une vraie star à Boulder. Cette collaboration était très bonne pour la pub, même si certains livres n'avaient rien à voir avec le sport. Il tenait une librairie.

Je réussis à le convaincre de lire mon écrit. Il me rappela une semaine plus tard alors que je continuais à coucher et à boire en attendant.

C'était un homme d'une soixantaine d'années, pas très en forme physiquement mais qui avait une grande joie de vivre. Il me présenta Kaylie qui deviendra l'égérie de mon roman.

Comme il était très pris par la boutique, il obligea Kaylie à travailler avec moi pour l'édition et la conception de mon livre. Kaylie était une belle jeune femme, qui avait beaucoup de caractère mais qui était très sensible et manquait parfois de confiance en elle. Mais, à son âge, faire ce qu'elle fait, gymnaste de compétition, c'était impressionnant d'en être arrivé jusque là.

Même si ça ne l'enchantait pas au départ de travailler avec un écrivain, on s'entendait bien, bien que j'avais quinze ans de plus qu'elle.

Elle me confiait comment elle en était arrivée jusque là : que à cause de l'accident de son amie, elle ne serait peut-être pas championne nationale puisque son amie Payson était la plus douée.

Elle avait aussi perdu sa meilleure amie car cette dernière avait couché avec son copain et Kaylie avait été la dernière au courant, sans oublier que sa mère avait trompé son père avec son ancien entraîneur. Néanmoins, elle a réussi à davantage se concentrer pendant la compétition parce qu'elle ne voulait pas de ce genre de stress, elle voulait vivre à fond sa passion, sans avoir à dépendre de qui que ce soit et c'est ça qui l'a fait gagné.

Sa situation me faisait penser à la mienne, je n'ai même pas hésité à lui parler de l'origine de ce roman et même d'Emma et de mon père (en omettant la magie, bien entendu), elle était très à l'écoute. Peut-être que j'avais simplement besoin d'une amie comme elle.

Mais je ne sais pas pourquoi j'ai décidé de l'embrasser, j'ai décidé de profiter d'elle. Ne vous méprenez pas je l'ai juste embrassée, au début je voulais aller plus loin mais elle m'a stoppé, pour l'instant.

J'ai entamé une relation amicale-amoureuse avec elle.

Mais, quelques semaines plus tard, je n'ai pas eu de ses nouvelles, elle devait se préparer pour plusieurs compétitions. Son grand-père n'était pas au courant de notre liaison. Si il l'apprenait il m'aurait tout de suite viré.

Je continuais à travailler avec lui. L'achat de mon livre avait accumulé cinq mille lecteurs en deux semaines. C'était devenu un véritable Best Seller. Ce fut totalement dingue. Je voulais tellement le dire à Kaylie mais elle ne répondait pas à mes messages. En plus, nous étions invités tous les trois à nous rendre à Washington pour la promotion de mon livre. Son grand-père me suggéra de lui rendre visite dans son gymnase, « Le Rock ».

Toutes les portes étaient ouvertes, je rentrais jusqu'à la salle principale, il y avait des tonnes d'agrès, beaucoup de jeunes débutants et professionnels. Je vis une jeune fille blonde avec un corset, je compris que c'était Payson, la jeune amie de Kaylie qui s'était bloquée le dos. Et j'aperçus Kaylie, traversant la salle en volant, avec une forme de liberté innée.

Certaines personnes stoppaient ce qu'elles étaient en train de faire et me fixaient avec étonnement. Kaylie était gênée de me voir débarquer. Elle se précipita vers moi et m'accompagna jusqu'à la sortie.

"Qu'est ce que tu fais ici ? Tu ne devrais pas être là !" Chuchota t-elle.

"Kaylie je voulais te parler, dis-je avec un grand sourire, bonne nouvelle : ton père m'a dégoté une séance de dédicaces à Washington et tu es obligée de venir pour faire la promotion !"

Elle n'en cru pas ses yeux, elle se jeta sur moi et m'embrassa. Elle ne m'avait pas rappelé car il y avait eu des problèmes. Son ancien entraîneur et amant de sa mère devait maintenant entraîner les gymnastes nationales et elle et ses amies n'étaient pas accordées à participer à la compétition de Londres. Ça l'avait mis hors d'elle, elle se sentait très mal à l'aise et cette petite escapade à Washington allait lui faire du bien.

Elle invita sa seule amie qui ne l'avait pas trahie : Emily Kmetko, dernière dans l'équipe nationale.

Cette journée a été l'équivalent d'une désintoxe pour moi surtout par l'arrivée d'une lectrice inattendue.

"Une dédicace pour Annie Walker !"

Je n'en cru pas mes oreilles. Je levais mes yeux et vit Danielle

"Tu ne t'attendais pas à me voir."

Je la regardais avalant ma salive, presqu 'effrayé

"Qu'est ce que tu fais là ?"

Je vis qu'il y avait la queue derrière elle

"J'ai une pause ce midi, on peut discuter, à ce moment là ?"

Danielle m'attendit dans le café du coin.

"Comment tu as su que j'avais écrit ce livre ?"

"Lion Lager, c'est pas subtil du tout..."

C'était la première bière que nous avions bu avec Annie, l'anonymat était important pour moi après tout ce qui m'était arrivé...

"En fait, je ne l'ai pas su immédiatement, c'est Annie qui a reconnu tes lignes et ton style tout de suite..."

Annie avait lu mon livre qui parlait d'elle, j'étais horriblement gêné

"C'est elle qui t'envoie ?"

"Non pas vraiment, j'y suis allé pour moi mais elle est au courant que je suis là. J'ai apprécié ton livre, August, beaucoup. Je suis sincère."

"Merci !"

"Tu sais, je ne suis pas psy mais vivre dans le passé ne va pas améliorer les choses. Avant de me rendre dans la queue, je t'ai observé pendant toute la matinée, tu essayais de combler ton sentiment de solitude avec cette jeune fille, mais tu ne peux pas vivre comme ça toute ta vie. Et ton père ?"

Je ne la regardais pas, lui faisant comprendre qu'elle avait vu juste

"J'en étais sûre, tu as pensé à autre chose et tu as abandonné l'idée de le chercher."

"C'est plus compliqué..."

Danielle avait tant bien que mal essayé de me remettre sur le droit chemin, je ne sais pas si elle le faisait pour elle, pour sa sœur ou pour moi, mais elle m'avait aidé à voir les choses plus clairement et d'arrêter d'être un abruti et un faible.

Je n'ai rien dit à Kaylie sur mon entrevue avec Danielle.

Dès la fin des dédicaces, je me suis rendu dans ma chambre d'hôtel et j'ai retrouvé le bracelet d'Annie. J'ai repensé à elle, quelques instants, me demandant ce qu'elle aurait voulu que je sois, avec ou sans elle.

J'hésitais à brûler ce bracelet mais je me disais qu'il signifiait quelque chose d'important : que les erreurs font partie de la vie et que sans ces erreurs, la vie n'aurait aucun intérêt et que tout ceci peut nous forcer à devenir meilleur et à nous surpasser et j'étais vraiment prêt à y arriver, pour une fois.

Peu de temps après, Kaylie est arrivée dans ma chambre. Elle s'est jetée sur moi et m'a embrassé fougueusement, je n'arrivais pas à l'arrêter. Elle enleva son tee-shirt et me caressa les cuisses.

Je pris sa main et la poussa du côté du lit.

"Kaylie, Kaylie, arrête s'il te plaît, tu fais ça parce que t'es en colère et que tu voudrais te donner l'illusion d'avoir le contrôle."

Elle se leva du lit et me cria dessus

"Pourquoi tout le monde a le droit de mentir, de coucher et de se trahir et que moi j'ai jamais le droit de faire ce que je veux. Ça ne devrait pas se passer comme ça du tout, je suis la championne nationale de gymnastique, je devrais être au sommet du monde, au regard de tous, et non j'ai pas le droit d'être trop satisfaite devant Payson, j'ai pas le coach que je veux et je suis perdue autour d'un tas de trahisons et d'un tas d'horrible secret, j'ai gagné et enfin on devrait s'occuper un peu de moi et non c'est encore et toujours pour les autres. Et nous, je ne sais même plus ce qu'on est ?"

"On est ami Kaylie !"

Elle étira son coup derrière elle, agacée

"Tu voulais coucher avec moi, avant mais maintenant t'as préféré passer à autre chose avec cette nana avec qui tu allais déjeuner, je commence à te cerner t'es qu'un simple profiteur !"

"Danielle, non tu te trompes complètement mais c'est vrai, je le reconnais, je ne suis qu'un profiteur, en tout cas, c'est ce que j'étais au début quand on s'est rencontré mais il faut que j'arrête ça et la première bonne option c'est de ne pas profiter de toi et de tes souffrances."

Elle partit jusqu'au couloir, je lui pris la main et l'emportai dans la chambre, je fermai la porte et pris ses épaules.

"Kaylie, écoute moi s'il te plaît, tu vaux mieux que ça. Tu as le droit de me haïr autant que tu veux mais je ne te laisserais jamais t'abandonner comme ça. Je suis sincère, tu es mon amie, parler avec toi est un besoin moral. Oui moi aussi, je ne supporte pas ce monde de merde et sa façon de fonctionner mais c'est pas une raison pour ne pas avancer. Tu es une leader Kaylie, alors arrête de faire ta pauvre adolescente, c'est à toi de montrer l'exemple. Et oui, dans la vie on a pas toujours ce qu'on veut ou ce qu'on croit mériter mais on peut choisir de faire les bons choix. Est ce que tu te rends compte de toutes les filles de ton âge qui rêveraient d'être à ta place ?"

"Peut-être que je veux être comme toutes les filles de mon âge, perdre enfin ma virginité", dit-elle dans sa barbe.

Je me mis à rire

"Kaylie, écoute, tu as toute ta vie pour coucher et trouver la bonne personne et je peux t'assurer que c'est pas avec moi que tu y arriveras mais tu as qu'une seule chance pour les Jeux Olympiques alors ne gâche pas ta vie pour de simples histoires de cul, c'est ridicule."

"Alors, pourquoi m'avoir embrassé, la première fois ? Pourquoi toute cette histoire ?"

"A cause de qui je suis mais ça n'a rien à voir avec toi. J'ai passé ces cinq dernières années à me ternir dans l'alcool et dans le sexe et à quel prix ? Rien du tout. Et, pour être tout à fait honnête, je n'en suis pas fier et je vais te dire, j'ai perdu quelque chose de très important qui va me falloir longtemps à récupérer...Ma dignité... et je sais que je ne suis pas la meilleure personne pour te faire la morale, j'en conviens mais je refuse que tu perdes ta concentration, à cause de moi. Tu ne t'en rends peut-être pas compte mais tu m'as beaucoup aidé et je ne veux pas tout accumuler en profitant encore de toi, comme je reconnais l'avoir un peu fait. Je t'apprécie beaucoup, Kaylie et pas comme tu l'as imaginé. Tu m'as donné de l'espoir. Parce que toi, tu as un vrai but dans la vie. Et je ne veux pas te voir gâcher ton talent surtout que voir une fille volée, je n'ai encore jamais vu ça" (depuis la fée bleue), riais-je.

"Oui mais c'est Payson qui aurait dû être la championne nationale, pas moi, j'ai tellement de pression en ce moment que j'ai peur de ne pas y arriver, et tous les jours je me demande est ce que je l'ai mérité ? Tu attends que je fasse des miracles mais c'est dur. Comment je fais si j'assure pas. J'ai vraiment peur et si je déçois tout le monde, qu'est ce que je vais devenir ? Tout le monde me traite comme une super star mais j'en suis pas une."

"C'est tout à fait humain ce que tu ressens et c'est bien d'avoir peur, ça veut dire que tu as de la passion. Donc, tu peux te surpasser. Faut beaucoup de travail mais tu peux et tu te dois de le faire parce que c'est ton rêve, et pas seulement celui de tes parents. Tu as travaillé si dur toute ta vie. Si tu gaspilles ta vie avec un garçon, moi ou un autre, tu risques de tout gâcher. Et, tu sais quoi, tu essayes d'être réaliste mais moi je crois aussi à des forces supérieures, supérieures à cette réalité pour le moment, et si tu as la foi, ça marchera, je t'assure. En tout cas, moi j'ai foi en toi, Kaylie. Tu es tellement talentueuse et je sais que tu peux battre toutes les gymnastes qui se trouveront sur ton chemin, si tu t'en donnes la force et la motivation. C'est toi la championne nationale, c'est marqué en grand sur ton gymnase, tu dois être fière et surtout pas t'excuser de l'être. Si tu as été championne une fois, tu peux le refaire. Kaylie, tu es une héroïne, tu peux faire des choses qu'il m'est impossible à faire pas forcément avec ton corps mais avec ton cœur, t'as beaucoup de cran. Tu me vois comme une personne très intelligente alors tu me croiras si je te dis que je suis sûr que tu atteindras ton but ?"

"Je crois. Merci. Et toi ? C'est quoi ton rêve ?"

"Avant, c'était la reconnaissance par l'écriture et j'y suis parvenu grâce à toi mais désormais il faut que j'y réfléchisse mais je pense que retrouver mon père et me pardonner, ce serait déjà pas mal, j'ai besoin de récupérer qui j'étais vraiment."

"Alors promettons nous une chose ? Oublions nos soucis et vivons notre vie comme elle doit être vécue et non pas comme nous voulions la vivre. Retrouve ton père et aussi cette fille que tu as abandonné il y a vingt ans, ils ont besoin de toi, et moi j'ai à gagner l'or", dit-elle fièrement.

"Exactement ! Tu vois, tu te comportes en championne. En 2012, je te verrai sur les plus hautes marches du podium, et je serai absolument fier de toi. Tu sais que c'est ton destin. Au revoir, Kaylie, prends soin de toi !"

Elle m'enlaça, pendant plusieurs minutes. Elle partit ensuite de ma chambre avec un grand sourire.

Vous qui savez ce qui m'est arrivé en 2012, vous savez qu'à ce moment là, je ne pouvais pas la suivre au Jeux Olympiques mais en écrivant ce chapitre j'ai fait des recherches sur Kaylie Cruz et elle avait réellement gagné l'or. Elle avait été adulée par tout le monde. Elle était enfin au sommet de son sport.

J'y étais peut-être un peu pour quelque chose...