La franchise et l'univers de Fire Emblem ne m'appartiennent pas. Ils ont été créés par Shouzou Kaga, et développés par Intelligent Systems.

Il s'agit ici d'une Fanfiction.

Zakuro Ruby Kagame
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Un Chant qui portera mes Ailes

Nous y voila enfin. Mes troupes sont au complet depuis l'arrivée du reste des Aigles de Jais à qui je viens de terminer de présenter mes plans et surtout les motivations de mes projets. Aucun d'entre eux ne savait ce que je préparais et le minimum était de leur expliquer pourquoi j'agissais ainsi. Le groupe est resté avec Hubert qui leur explique actuellement quelles seront nos prochaines manœuvres. Nous n'avons que peu de temps pour nous préparer, car dans deux semaines seulement, nous attaquerons pour reprendre Garreg-Mach.

J'espère que tous sont prêts à risquer leurs vies, non pas pour moi, mais pour l'empire, et par dessus tout pour l'avenir. J'imagine que s'ils m'ont rejoint c'est qu'ils partagent mes ambitions, mais je ne peux m'empêcher de douter. Une part de moi aimerait leur faire aveuglement confiance mais en tant qu'impératrice d'Adrestia, et désormais ennemie de l'église, je ne peux me le permettre. Je suis tout de même soulagée de les voir ici, à mes côtés dans le camps provisoire de l'armée impériale, car les affronter tous les uns après les autres n'aurait fait que me plonger un peu plus profondément dans les ténèbres dans lesquelles je me trouve. J'ai déjà du sang jusqu'au chevilles, et baigner dans le leur aurait été... au dessus de mes forces, même si inévitable.

J'ai fais parvenir une missive à mon oncle, le Seigneur Arundel, afin que lui et ses alliés, qui sont aussi les miens ceci dit, me rejoignent avant l'assaut que je donnerai bientôt. Loin de moi l'envie de me battre aux côtés de personnes aussi fourbes et perfides que le sont ceux qui grouillent dans l'obscurité, mais mon armée à moi seule ne serait pas assez puissante. La plupart des reliques des héros sont entre les mains du Royaume et de l'Alliance, désormais mes ennemis, sans oublier que Rhea elle-même est d'une puissance redoutable. Je ne dois pas non plus sous-estimer le Professeur en charge des Lions, lui qui manie l'Épée du Créateur, il serait bien capable de tous nous faire tomber à lui seul. Et... Dimitri est devenu fou au point d'être capable de tout détruire pour voir ma tête séparée de mes épaules.

Je sens encore mon cœur trembler dans ma poitrine en repensant à ce qu'il s'est passé dans la tombe sacrée quand je me suis dévoilée sous les traits de l'Empereur des Flammes lors de la cérémonie de renaissance de la Déesse, ou du moins, lorsque l'héritier du Saint Royaume a brisé mon masque et découvert mes orbes de parme. Son regard, ce jour là... était plus froid que le plus glacial des hivers et son rire résonne encore en d'effroyables échos dans ma tête. Il me tient responsable de la tragédie de Duscur et je sais que je ne pourrais le raisonner. Nous sommes pourtant tous les deux des dommages collatéraux des objectifs des serpents, même si je suis également l'une de leurs armes. Au final, nous avons tous les deux été manipulés et... Nous ne trouverons certainement la paix que dans la mort. Quelle déception, Dimitri et ses camarades auraient pu êtres de grands alliés s'il essayait de me comprendre.

Quoiqu'il en soit, ce n'est pas en repensant à ce qui aurait pu se produire que cela changera maintenant l'avenir. Les dés sont depuis longtemps jetés déjà, et tous les éléments incertains de mes plans m'apparaissent désormais très clairement. Il n'y a plus de place pour les doutes et les hésitations, je dois aller au bout de mes ambitions. Pour l'empire, et pour Fódlan !

Je passe le drap qui obstrue l'entrée de ma tente, la journée a été longue et difficile et c'est instinctivement que je me dirige vers mon lit avant d'ôter ma cape que je pose juste à côté. Mes cheveux libérés des rubans mauves, mes longueurs retombent de part et d'autre de mon visage comme si j'étais enveloppée d'un voile fait de flocons. J'ai pendant si longtemps détesté et maudit cette couleur céruse que j'ai du mal à croire en prendre si soin aujourd'hui. La veste de mon uniforme parfaitement pliée et posée sur ma cape, je m'approche de la bassine d'eau chaude au dessus de laquelle la vapeur s'élève tels des rideaux de brouillard. Ce n'est pas le luxe auquel j'étais habituée au monastère, et certainement pas celui du palais à Enbarr, mais alors que la guerre est sur le point d'être déclarée, cela fait parfaitement l'affaire.

—Edie ? Je peux entrer ?

Je me retourne et mes doigts quittent les boutons de ma chemise lorsque je vois entrer Dorothea sans que je n'ai à lui répondre. Je me demande pourquoi elle me demande la permission si ce n'est pas pour attendre une quelconque autorisation. La porte de ma chambre me manque parfois, mais trêve d'égarement, nul regret ne dois accompagner mes pas.

—Oh, tu fronces encore les sourcils, tu vas avoir des rides sur ton joli visage si tu ne souris pas plus souvent.

J'imagine qu'elle n'a pas tort mais voir mon visage marqué est bien la dernière de mes préoccupations d'autant plus que l'ancienne chanteuse de l'Opéra Mittelfrank sourit bien assez pour nous deux.

—Tu désirais me voir, Dorothea ? J'ai tant de choses à faire que je ne peux t'accorder qu'un court instant.

Je vois ses prunelles malachites me regarder de haut en bas et puis de bas en haut avant que le reflet des vapeurs d'eau chaude n'apparaissent dans son regard puis ses lèvres s'étirent.

—Oh, je peux te laisser si tu es occupée, Edie.

—Non, je souffle en me retournant et en déboutonnant ma chemise. Tu peux rester.

Nous sommes toutes les deux des femmes après tout, mon temps est précieux, et ce n'est pas comme si je ne l'avais jamais croisée dans les bains de l'Académie des Officiers également. Cependant, j'ai l'impression que le poids de son regard me brûle la peau, et même de dos, son sourire de légèreté et ses joues rosées apparaissent devant mes yeux sans que je n'ai à les fermer pour me les imaginer.

—Pour tout t'avouer Edie, la lettre que tu nous a fait parvenir au monastère m'a quelque peu surprise. Je n'imaginais pas que tu irais jusqu'à te retourner contre l'église et devenir ainsi leur ennemie.

—Il n'y a que de cette façon que ce monde fait d'injustices et de mensonges pourra changer, je refuse de laisser l'empire, mon peuple, dans l'abnégation d'une Déesse disparue jadis plus longtemps. Je suis le nouveau visage de l'empire et j'entends bien bâtir un nouveau monde pour que le jour puisse se lever à l'aube d'une ère nouvelle.

Je l'entends s'approcher silencieusement de moi jusqu'à voir le reflet de son visage dans la bassine de liquide cristallin par dessus mon épaule désormais nue. Je n'arrive à lire le fond de ses pensées et je ne nourris aucun doute quant au fait qu'elles me seront toujours inaccessible même si je me retourne.

—Pour être honnête, Dorothea, je n'étais pas certaine que tu me suivrais.

Ni elle, ni les autres d'ailleurs. Je m'étais déjà préparée à ce qu'aucun d'entre eux ne me suive, même si je désirais les voir marcher à mes côtés fièrement car c'est ensemble que je voulais nos couleurs transcender le ciel.

—Pour être honnête avec toi également Edie, je n'en étais pas sûre moi même et j'ai hésité jusqu'au dernier moment.

—Je comprends, Dorothea, et je ne désirais forcer aucun d'entre vous à me suivre, surtout si vous ne partagez pas mes ambitions.

—Oh, Edie, ce n'est pas que je ne partage pas tes ambitions. Si je pouvais, je ferais disparaitre tous les nobles...

La noblesse, et le système de castes. Voila bien la première chose qu'il me faudra détruire pour voir grandir mon peuple. Il y a tant de personnes pétris de talents, persévérantes et talentueuses mais dont l'acharnement ne mène nulle part pour la seule et unique raison qu'ils sont nés sans emblèmes. Je sais que sur ce point, Dorothea est parfaitement bien placée pour me comprendre, elle-même jetée car elle n'en possède aucun. Je me demande parfois ce que je lui inspire, moi, Edelgard von Hresvelg, impératrice d'Adrestia, en possession de deux emblèmes bien malgré-moi.

—Tu es vraiment une personne exceptionnelle tu sais.

J'ai l'impression que mon cœur manque un battement et je sens la chaleur de ses doigts rejoindre mes épaules puis mes clavicules, et ses paupières se clore dans le reflet de l'eau. Je m'attendais à tout sauf à entendre cela, et je ne peux le lui dire mais elle me déstabilise bien plus que je ne devrais l'être.

—Tu pourrais réellement être l'héroïne d'un opéra, Edie. Tu arrives toujours a tes fins.

—Tu as peut-être raison, mais je me demande si je serais l'impératrice qui apporta la paix éternelle à Fódlan... ou le tyran qui a versé le sang de son peuple...

Et je suppose que la première option ne va pas sans la seconde mais c'est la voie que j'ai choisi de suivre et rien ni personne ne saurait m'y faire renoncer, pas même Dorothea. Elle comme moi, doit bien avoir conscience des sacrifices nécessaires pour voir le soleil se lever sur un nouveau monde.

Ses yeux se rouvrent sur ce vert malachite d'une profondeur que je ne peux mesurer lorsque leurs reflets semblent s'enraciner dans les miens et je me demande depuis quand mon corps tremble-t-il ainsi en la présence de mon amie. J'ai vécu si longtemps seule, et j'ai surtout si longtemps pensé l'être qu'il m'est parfois difficile de savoir comment réagir face à ce genre de... proximité.

Sa main passe sous mon bras et ses doigts attrapent le tissu qu'elle plonge dan l'eau chaude avant de le ramener sur moi. J'ignore si c'est la chaleur que cela me procure qui me fait ainsi frémir mais je ne peux empêcher mes jambes de trembler sous mon poids lorsque l'eau ruisselle dans mon dos sur ses gestes délicats. J'ai bien du mal à croire que l'impératrice d'Adestria en personne se laisse ainsi toiletter de la sorte.

—Dorothea... je souffle. C'est quelque chose que je peux faire moi-même tu sais.

Mais elle ne me répond pas et se contente de me sourire. En face d'elle, j'ai l'impression d'avoir cessé pendant une minute d'être une souveraine. Car nulle dirigeante d'une si grande puissance que l'est l'empire ne se laisserait ainsi toucher sans mot dire.

—Je suis désolée Dorothea mais je crains que tu ne pourras plus répondre aux invitations des nobles avant un long moment.

—Oh, ne t'en fais pas pour moi. D'autant plus que j'ai du mal à courir après l'amour comme avant.

Elle m'interpelle. Sa voix n'est pas aussi joyeuse qu'elle peut habituellement l'être même si j'imagine que ce n'est pas en ce genre de circonstances qu'elle me chantera un de ses fameux opéras. D'autant plus que les derniers vers qu'elle m'a chantés étaient plus gênants que je ne pouvais le supporter.

—Est-ce que tu sais pourquoi ? je demande alors.

—J'ai ma petite idée, oui...

—Eh bien, tu te fais prier... Est-ce que tu insinues que c'est de ma faute ?

—Non, non, pas du tout. Enfin si, peut-être un peu, mais...

Sa présence quitte mon dos lorsque le tissu rejoins de nouveau l'eau avant de revenir effleurer ma peau. Je ne sais ce qui me déstabilise, si ce sont ses mains sur mon corps ou bien ses lèvres qui s'ouvrent pour susciter en moi plus de questions qu'elle ne m'apporte de réponses.

—Qu'est-ce que tu veux dire ? Allons, parles sans détours !

J'ignore pourquoi ma voix sort ainsi de ma bouche, de cette façon presque agressive et tout autant exigeante. Je suis plus qu'impatiente. Et puis, le morceau de tissu tombe par terre lorsque les doigts de la cantatrice se resserrent autour de mes bras et qu'elle me met face à elle. Ses yeux plissent vers moi et pendant une seconde j'ai l'impression qu'ils perforent même mon âme de leur magnifique éclat.

—Puisque tu es prête à défier l'église pour construire un nouveau monde, peut-être peux tu désormais également écarter la possibilité de te marier pour des raisons politiques.

—Qu'est-ce que tu veux dire, Dorothea ?

—Te rappelles-tu cette discussion que toi et moi avons eu il y a quelques semaines au monastère ?

Pendant une seconde, je cherche à quoi elle peut bien faire allusion et les souvenirs me percutent avant même que je ne puisse y penser et puis, je sens mon cœur trembler. Je trouvais l'idée qu'une étincelle puisse jaillir entre nous intéressante et amusante, mais, je n'avais jamais pris cela au sérieux d'autant plus que j'étais convaincue que l'amour n'aurait certainement jamais sa place dans ma vie, mais... Je ne peux nier que la présence de Dorothea à mes côtés ne m'a jamais laissée insensible. Elle est tout aussi belle qu'elle est intelligente, des yeux verts contrastants avec ses boucles boisées, et elle sait parfaitement que ses charmes font chavirer aussi bien le cœur des hommes que celui des femmes. Elle souhaiterait voir tout le monde sur le même pieds d'égalité bien qu'elle nourrisse un certain ressentiment pour la noblesse. Elle n'hésite pas à dire tout fort ce que beaucoup pensent tout bas, même lorsqu'il s'agit de remettre à leur place des nobles bien placés mais fort prétentieux, comme ce fut le cas avec Lorenz et Ferdinand. Mais, au delà les apparences, je sais aussi que Dorothea souffre d'un manque d'estime d'elle-même.

Ses lèvres se parent d'un sourire et j'ai à peine le temps de remarquer la marque qui s'est formé en leurs coins que mes yeux sont aussitôt attirés par la teinte rosée qu'ont pris ses joues. Je crois d'ailleurs que les miennes ont également perdu leur couleur ivoirine, comme j'arrive presque à le voir dans le reflet de ses orbes verts qui ne me quittent plus. Et puis... pendant une seconde, peut-être moins, j'ai l'impression que son air taquin laisse place à bien plus de sérieux. J'ignore ce qui lui prend mais ses mains remontent sur mes épaules et l'instant d'après, elle me fait chuter sur mes draps puis se place au dessus de moi sous mon regard pantois.

—Do- Dorothea... ?

Une de ses mèches bouclées glisse de son oreille et vient chatouiller mon visage tandis que son regard est plus vif que serait acéré la pointe d'une lance me transperçant la poitrine. J'arrive à sentir mon sang pulser dans mes veines et j'ai l'impression de me consumer sous sa présence.

—Même si je rêve d'un jour voir disparaitre la noblesse, ce n'est pas pour cette raison que je t'ai suivie.

Mon souffle se bloque dans ma poitrine lorsqu'elle se penche sur moi et que son doux parfum de pommes vertes m'emporte. Sa prestance m'entrave plus que le feraient des chaînes d'acier et je n'ose même pas regarder vers l'entrée de ma tente pour m'assurer que personne ne vienne nous... importuner. Je crois qu'il n'existe aucune force qui pourrait me soustraire à la puissance de son regard à l'instant fait de braises.

Je voudrais pouvoir réagir et je sais d'autant plus que je le devrais, mais j'en suis pourtant bien incapable et au lieu de la repousser, mes yeux se ferment instinctivement lorsque je vois ses lèvres approcher. Je sens d'abord son souffle caresser ma peau et se mêler au mien et sa fragrance devenir un peu plus forte. Je devine sa présence se rapprocher tant la chaleur de sa respiration devient presque insoutenable, cette seconde me semblant durer une éternité. Mon cœur me fait presque violence dans ma poitrine tant ses battements se font rapides, puis il fini par se taire lorsqu'enfin, la douceur de ses lèvres rencontre l'ignorance des miennes. L'instant est bref, j'ai à peine le temps de réaliser que Dorothea fait sien mon premier baiser que je la sens reculer et mes yeux s'ouvrent sur mon propre reflet dans les siens.

—Je n'ai eu cesse d'y penser depuis ce jour, elle me murmure. J'ai tant couru après les nobles et l'amour que je n'avais même pas remarqué que la plus exceptionnelle se trouvait déjà devant moi.

Elle m'observe tandis que je reste silencieuse, non pas que je le veuille mais elle me laisse sans voix et les rares mots qui tentent de se former dans ma tête s'évanouissent avant même d'atteindre mes lèvres. Puis les siennes esquissent un sourire malin avant de s'ouvrir de nouveau :

—Enfin, ne te méprends pas, je t'ai toujours trouvé extraordinaire mais je savais aussi que si quelqu'un avait des sentiments pour toi... eh bien, cette personne devrait s'attendre à vivre une vie plutôt compliquée.

Et ce n'est pas peu dire, d'autant plus maintenant que j'ai déclaré la guerre à l'église de Seiros et... au continent tout entier. Alors... je me demande... pourquoi maintenant ? Pourquoi au pire moment ? La seule chose à laquelle je devrais penser est ce combat que je mène et prépare depuis des mois, voir des années, mais la seule chose qui m'obsède et qui accapare mes pensées est sa façon de me regarder et le sortilège qu'elle semble m'avoir jeter pour sentir ainsi mon cœur trembler.

—Lorsque les derniers mots écris de ta main sont apparus devant mes yeux, j'ai réalisé que je ne serais certainement plus jamais capable de chanter si tu n'étais plus là pour m'écouter le faire...

Son sourire s'efface et la malice quitte son regard qui se voile pour s'assombrir. Est-ce de la peine ou bien de la peur que j'y lis pour la toute première fois ? Ou alors, est-ce seulement le reflet du mien que je vois ?

Elle se penche de nouveau mais cette fois c'est bien sa langue qui caresse ma lèvre inférieur avec une infinie douceur. J'entrouvre les lèvres sur ce que je devine être une invitation de sa part et la laisse me découvrir comme je n'ose le faire. Dorothea a certainement plus d'assurance mais surtout plus d'expérience que moi dans ce qui tend à ressembler à une nouvelle forme de combat. Je sens mon naturel se réveiller lorsque je tente à mon tour de rythmer ce baiser, car après tout je reste l'impératrice et je refuse d'ainsi me soumettre et de laisser de côté ma fierté. Sa bouche quitte la mienne pour rejoindre mon cou et bien qu'elle demeure silencieuse les soupirs qui s'échappent d'entre ses lèvres chantent à mon cœur. D'une façon bien plus agréable bien que toutefois aussi gênante que son dernier opéra à ma gloire. Des étincelles parcourent ma peau lorsque l'extrémité de ses doigts s'égare sur le nu de mes seins, je crois ne réaliser qu'à l'instant que je suis partiellement dévêtue et que cet échange et cette proximité sont bien plus dangereux que tous les combats que j'ai eu à mener.

De l'agitation à l'extérieur attire soudain à toutes les deux notre attention et nous ramène la seconde suivante à la raison. La chanteuse se redresse et je jurerais voir une certaine fierté et un air tout autant supérieur dans ses prunelles malachites qui m'observent sans une seule fois se détacher, ses joues prises de rougeurs et ses lèvres rosées malicieusement étirées.

—Puisque tu as gagné mes faveurs, Edie, j'ose espérer que tu sauras prendre tes responsabilités. Tu n'es pas n'importe quelle noble et surtout... n'importe quelle femme.

Elle quitte le lit, me laisse me redresser, avant d'attraper ma chemise qu'elle me tend avec un regard satisfait. Et... que la Déesse en soit témoin, je ne me suis jamais sentie aussi embarrassée et tout autant désorientée.

—Tu devrais te rhabiller, elle me suggère. J'ai l'impression qu'il se passe quelque chose réclamant ton attention.

J'attrape le tissu blanc que je passe sur mes épaules bien plus rapidement que je l'ai enlevé avant d'attacher ma veste et de replacer parfaitement mes cheveux comme si de rien était. J'essaie d'arborer mon image habituelle de souveraine inébranlable et je crois que les apparences n'ont jamais été aussi trompeuses car si de façade j'arrive à paraître impassible, Dorothea sait parfaitement que derrière mon masque je ne suis pas autant insensible. La preuve en est mon cœur tremblant, mes émotions si agitées qu'il n'a jamais été si difficile de faire semblant.

—Mais si tu le désires, Edie, je peux repasser plus tard pour t'aider...

Elle penche la tête sur le côté avant de sourire pour se moquer. Les rideaux de vapeurs ont depuis un moment cessé d'être même s'ils semblent encore embrumer ma raison. Dorothea disparaît derrière la toile obstruant l'entrée de ma tente et je fais un pas en avant pour l'imiter.

Je dois faire fi des sentiments qui me m'ébrouent, ma lucidité ainsi fragilisée, me faire violence afin de pouvoir de nouveau me concentrer. Car déjà, de nouvelles responsabilités m'appellent et j'ai désormais l'impression d'avoir une raison de plus pour, dans ce grand ciel, déployer mes immenses ailes. Je sais nombreuses les batailles à mener.

Et ma plus grande victoire de l'entendre à nouveau chanter.