Mot de l'auteur : Sujet qui ne plait pas à tous le monde, mais que je voulais aborder car il est important pour la continuité du recueil, et que c'est une aussi une partie de l'histoire de Adrian. Ne vous en faites pas, l'humour n'est pas mort dans ce recueil. Pas de notes de fin pour cet OS, car il aura une suite dans le prochain drabble posté très prochainement.
J'espère que vous aimerez, n'hésitez pas à laisser un petit que je sache ce que vous pensez de ce recueil :)
Note : J'ai réussi l'exploit de me faire pleurer toute seule en écrivant. Oui, j'ai la solidité émotionnelle d'une allumette.
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Sanglots muets
"Je pense que je regretterais quand même de ne pas être présent le jour de ton mariage. [...] Fais-moi l'honneur de ne pas te battre au moins, que je puisse mourir dignement." - Alaric Pucey
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Durant tous le temps où elle l'avait éduqué, Amalia Pucey n'avait eu de cesse de répéter à son fils que pleurer, c'était pour les perdants. Ceux qui ne réussissaient rien, ceux qui n'étaient pas assez forts. Aussi, ce n'était pas pour son fils, Adrian. Car lui était fort, et avait un grand avenir devant lui. Enfant déjà, il était le plus beau de tous son cercle d'amies. Toujours poli, exemplaire, avec une capacité d'apprentissage admirable qui faisait la fierté de sa mère. Alors non, Adrian n'avait jamais pleuré. Lorsqu'il avait eut sa première chute de balais à l'âge de six ans dans le jardin familial, il avait serré fort son seul poignet valide, enfoncé ses ongles dans sa peau, mais il n'avait pas laissé échapper une seule larme - même quand l'articulation avait été remise en place. Il serait un grand joueur de toute façon, et tous les grands joueurs avaient des cicatrices et des chutes, et il en était fier de son palmarès en dépit de la douleur.
Non, Adrian n'avait jamais pleuré. Il connaissait cependant la tristesse. Celle qui s'installe à même les tripes. Celle qu'on cache avec des sarcasmes et des faux sourires, celle qui finit par ronger lentement comme un cancer métastasé. Une bête atroce qui grandissait dans son ventre et qui grattait ses côtes au fur et à mesure du temps. Aujourd'hui, ses griffes atteignaient son cœur qu'elles comprimaient cruellement alors qu'il s'approchait des appartements de son père.
Alaric Pucey l'avait fait mandé. Son père, qui avait refusé de le voir depuis que la maladie le rongeait jour après jour, l'avait finalement convoqué et Adrian détestait avoir la certitude que ce serait la dernière fois qu'ils se verraient. Droit comme un piquet, il finit de remonter le couloir et s'arrêta devant les doubles portes en chêne. Un Elfe de Maison petit et chétif le fit entrer en s'inclinant si bas que ses oreilles en touchèrent le sol.
Alaric Pucey avait toujours été distant avec son fils unique, comme en arrière plan dans sa vie. Il ne parlait pas beaucoup, mais il était cependant toujours présent lors de grands évènements. Il avait été là lorsque Adrian avait joué et perdu son premier match de Quidditch en seconde année, alors qu'il retenait des larmes de colères et de douleurs dues à son épaule disloquée. Comme il faisait avec lui lorsqu'il était enfant, Alaric s'était accroupi jusqu'à croiser son regard.
- Tu es un Pucey, avait-il dit. Je serais toujours fier de toi.
Si peu de mots mais qui avaient autant de significations. Même s'ils n'était pas proches, Adrian admirait son père. En dépit des lourds soupçons qui planaient sur lui quand à ses relations avec le Seigneur des Ténèbres, c'était un excellent sorcier et un intimidant homme d'affaire. Adrian tenait de sa mère en beaucoup de choses, comme son physique et ses manières, mais il avait appris à copier les attitudes de son père, et sa maitrise du sarcasme avait été ce qui les avaient certainement le plus rapproché à son adolescence. Du moins un certain temps. Quand la maladie avait atteint le stade critique, Alaric s'était retiré dans ses appartements, et personne n'avait pu y pénétrer en dehors des Elfes de Maison. Adrian avait passé les derniers mois derrière la portes, à écouter son père tousser et s'étouffer dans son lit, seul témoignage que l'homme était alors encore en vie.
Ainsi lorsqu'il entra dans la pièce uniquement éclairée par le feu qui brûlait dans l'âtre, sa tentative pour cacher son choc échoua lamentablement. Sa respiration lui sembla devenir douloureuse quand son regard se posa sur l'homme alité. Alaric Pucey avait incroyablement maigrit. Sa peau était tirée sur ses os comme du vieux parchemin prêt à craquer et ses yeux presque éteints semblaient enfoncés dans leurs orbites, lui donnant une apparence cadavérique. Le grand homme qu'il avait connu n'était plus que l'ombre de lui même. En dépit de la boule qui grandissait dans son ventre, Adrian se mit à genoux aux côté du lit et il maudit ses doigts de trembler autant quand il prit la main fine de son père et la serra doucement. Les mots semblaient se coincer dans sa gorge alors qu'il retenait un sanglot.
L'homme tourna à peine la tête vers lui, et sa tentative de sourire fit immédiatement monter les larmes aux yeux d'Adrian. Il tenta de les ravaler en contractant sa mâchoire.
- Je t'en prie ne soit pas triste. Tu devrais être heureux pour moi que je sois enfin libéré de ta mère..., finit par murmurer Alaric Pucey.
Adrian rit légèrement en grimaçant. Alors qu'elle n'avait jamais aimé son mari, sa mère ne cessait de se donner en spectacle, s'apitoyant de la mort de son cher époux... Adrian était persuadé qu'elle faisait tout ça pour s'attirer la sympathie de ses amies, comme toujours. Il la détestait tellement en ces instants...
Alaric esquissa un semblant de sourire. Adrian constata que malgré son immense fatigue, l'esprit de son père était toujours sain.
- Estimes-toi heureux d'échapper à ça, murmura ce dernier. Je n'ai désigné aucune femme pour toi sur mon testament. Cependant, si tu veux avoir le choix, je te conseille de le faire rapidement avant que ta mère n'en désigne une...
Si les derniers mots de son père le surprirent, Adrian tenta de ne pas le montrer. Les traditions aristocrates concernant les enfants uniques étaient très strictes, aussi son père aurait du prévoir un contrat de mariage. Adrian compris alors que ce serait le sujet de leur dernière conversation. Il prit une grande inspiration. La peur de décevoir une dernière fois son père lui nouait la gorge.
- Je ne peux pas me marier, répondit-il simplement en détournant les yeux vers la cheminée.
Son père soupira bruyamment.
- Dis plutôt que tu ne le veux pas, répondit-il sous le ton du reproche.
- Non. Je ne le peux pas, Père. Je ne veux pas d'une femme, finit par lâcher Adrian, s'attendant au pire suite à cet aveux.
Le vieil homme poussa un immense soupir et serra brièvement sa main de ses doigts décharnés.
- Ainsi le mystère des poster de Quidditch est résolu, murmura-t-il. Tu sais que ta mère en fera une attaque ? Ne le lui annonce pas trop vite, je ne veux pas qu'elle me rejoigne trop précocement...
Ne sachant aucunement comment prendre les paroles de son père, Adrian posa son autre main pour couvrir les doigts maigres. Sa langue passa nerveusement sur ses lèvres.
- Le mariage homosexuel dans les familles aristocrate n'est toléré qu'en secondes noces, une fois qu'un premier héritier est né, rappela Adrian. Moi je veux être libre avec celui que j'ai choisi et je ne veux pas d'enfants. C'est pénible et ça pue.
- Tu étais un enfant assez calme étrangement. Et tu n'as jamais eu le temps de puer, nous avons veillés à ça.
Adrian eut un sourire malgré lui en regardant le visage fatigué de son père. D'aussi loin qu'il s'en souvenait, ils n'avaient jamais autant parlé ensemble. La joie de cette soudaine proximité combattait en lui au même titre que l'amertume et l'injustice de la situation.
Après un cours silence, il osa murmurer :
- J'ai conscience que je ne suis pas l'héritier que vous auriez voulu que je sois.
La tendresse dans le regard du vieil homme lui fit l'effet d'un coup de poignard dans le ventre. Pourquoi maintenant ?
- C'est vrai. Ta mère a fait de toi un enfant gâté et insupportable.
Une quinte de toux le secoua et la douleur sur son visage rendit Adrian malade de se sentir aussi impuissant. Dès l'annonce de la maladie, la famille avait fait appel à plusieurs médicommages renommés, mais la maladie s'était tout simplement révélée incurable. Tout ce qu'il pouvait faire était de serrer la main de son père entre les siennes... Plus aucune potion n'étaient capable d'arrêter la douleur à ce stade.
- Je pense que je regretterais quand même de ne pas être présent le jour de ton mariage, reprit Alaric quand sa respiration redevint paisible. Tu as un don assez incroyable pour créer de l'animation partout où tu passes. Fais-moi l'honneur de ne pas te battre au moins, que je puisse mourir dignement...
Même s'il combattait les larmes qui s'amoncelaient de plus en plus au coin de ses yeux, Adrian fut secoué d'un rire nerveux.
- Je vous ai dis que je ne me marierai pas.
- Bah ce sont des sornettes, cracha finalement son père. Tu as dis que tu ne pouvais pas, et non que tu le voulais pas. Je te connais et à ce jour, un "non" n'a jamais suffit à t'arrêter. Qui est-ce ?
- L'ami que je vous ai présenté. Le journaliste blond.
Le regard du vieil homme se perdit un instant avant qu'il ne secoue la tête, comme dépité.
- Un sang-mêlé. Évidement il n'y a que toi d'assez culotté pour le faire. Tu as toujours refusé de faire comme les autres. Pourquoi te dégonfler alors que tu es sur le point d'être au paroxysme ?
Étrangement perdu, Adrian remua un peu ses genoux qui devenaient engourdis sur le tapis. Il leva un regard soupçonneux sur Alaric.
- J'ai l'impression que vous voulez me convaincre de le faire...
- C'est le cas, acquiesça son père. Tu as de toute façon décidé de tuer notre lignée, rien ne pourra t'en empêcher après ma mort. Autant le faire en beauté, tu es doué pour ça.
Adrian ne chercha même plus à cacher son étonnement.
- Vous êtes en train de me donner votre bénédiction ?
- Outre le fait que ça risquerait de tuer ta mère, je l'aime bien, ricana Alaric. Il sait reconnaître les mauvais goûts de tes ancêtres pour les tapisseries. Du bleu irait mieux. Mais bleu roi.
Le vieil homme poussa un profond soupir et pressa doucement sa main.
- Je n'ai pas été aussi proche de toi que je l'aurai voulu.
Le regret qui emplissait sa voix fit revenir les larmes aux yeux d'Adrian qui prit une grande inspiration pour se donner une contenance.
- Vous l'étiez à votre manière. J'ai appris me satisfaire du minimum.
- Ce n'est pas ta faute, souffla Alaric. Ça n'a jamais été ta faute.
Une ébauche de sourire triste plana sur ses lèvres.
- Je ne pouvais pas avoir d'enfant.
La surprise laissa Adrian resta immobile, comme paralysé.
- Même si c'est un secret, beaucoup de familles ont recours à des aides pour avoir des enfants, continua le vieil homme.
- Vous n'êtes pas mon géniteur..., murmura Adrian en scrutant son visage à la recherche d'une réponse.
- J'aurais aimé l'être, Adrian. Crois-moi. Et dis toi cependant que tu ne m'as jamais déçu... sauf la fois où tu as vomis sur la robe de Fudge durant un dîner d'affaire, ricana-t-il, les yeux dans le vague.
- Je lui ai rendu service, se défendit Adrian en forçant un sourire. Elle était atroce.
Un court silence confortable s'installa. Seul le crépitement du feu dans la cheminée se faisait entendre alors qu'Adrian était en pleine réflexion. Pourquoi fallait-il que les choses se passent ainsi ? Alors qu'il était au sommet de sa carrière de joueur professionnel, qu'il allait enfin s'installer avec Thony, il fallait que son univers bascule. Il fallait que son père soit sur son lit de mort pour qu'il puisse se sentir si proche de lui alors qu'il allait en être séparé à jamais. La vie était d'une ironie affligeante. Sans qu'il s'en rende compte, une première larme ruissela sur sa joue.
- Ne pleure pas, petit Pucey, murmura Alaric. Je me suis dis plusieurs fois que j'aurais du intervenir dans ton éducation. Mais quand je vois le résultat, je me dis que ça n'aurait pas servi à grand chose. Si tu n'en a pas le sang, tu as le caractère d'un Pucey. Je suis relativement fier de toi, Adrian.
Une autre larme coula lentement, se frayant un chemin le long de l'arrête de son nez avant de tomber sur leurs mains enserrées. Son père se dégagea doucement et lutta pour retirer la chevalière qu'il portait, après quoi il la fourra dans la main de son fils qu'il enserra à nouveau.
- Un bijoux de famille transmis à un sang mêlé... soupira Alaric.
- Les ancêtre vont me maudire... gémit Adrian en rejetant la tête en arrière, luttant contre une nouvelle montée de larmes qui menaçait de s'échapper.
- Laisse les macchabées à leur place bon sang ! s'énerva Alaric. Tu es vivant, et ceci est ton héritage.
- Cette bague est laide, tenta de plaisanter Adrian alors qu'il luttait contre les émotions qui menaçaient de le submerger.
- Approches toi.
Le jeune homme frotta ses yeux et obéis. La main libre de son père le talocha à l'arrière de la tête, comme il le faisait lorsqu'il disait des stupidités étant enfant.
- Ignoble inculte. C'est une chevalière en argent. Fais la fondre et remodèle-la pour ton futur époux. La tradition le veut ainsi. Si tu dois toutes les piétiner, respectes au moins celle là, au nom de Merlin.
Adrian hocha mécaniquement la tête plusieurs fois, serrant le bijoux dans ses mains. Les doigts décharnés de son père les pressèrent brièvement.
- Je me sens fatigué, j'ai besoin de me reposer. Mais je te demande une dernière chose. Je veux que tu racontes ton mariage à mon portrait. Mais par pitié, si tu l'installe dans la maison, mets-le le plus loin possible de celui de ta mère. Je l'ai assez supporté de mon vivant...
- Je vous le promet, répondit Adrian après une inspiration.
Ses jambes lui semblèrent lourdes lorsqu'il se releva, et il sembla que lâcher la main de son père était la chose la plus difficile qu'il eut à faire. Sa main tremblant se posa sur la poignée de la porte et il quitta la chambre de son père pour la dernière fois.
- Ne pleure pas, petit Pucey, répéta Alaric depuis son lit alors qu'Adrian refermait les doubles portes, le cœur en miettes, la mort dans l'âme.
oOo
Adrian passa le reste du temps enfermé dans sa chambre d'enfant, refusant la présence de sa mère et mangeant sommairement le repas que les Elfes de Maison déposaient sur son bureau. Il tourna en rond, l'esprit dans le vide durant près d'une semaine, la bague dans sa main à ne pas savoir qu'en faire.
Le huitième jour après sa dernière conversation avec Alaric, vers huit heures du matin, le glas du jardin familial retentit dans la nuit. Ce jour marqua la première fois où Adrian transplana en trombes pour éclater en sanglots dans les bras d'Anthony.
