Mot de l'auteure : Est-ce que c'est la fin ? Non, je ne pense pas... Mais il faut bien qu'ils vieillissent un jour, non ?
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Fougueuse vieillesse
« Ne cries pas, je ne suis pas sourd, enfin ! » _ Adrian Pucey
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- Thony, où sont mes chaussons ? braillait Adrian depuis l'autre côté de l'aile Est du manoir, si bien qu'Anthony pensait être capable de le géolocaliser précisément rien qu'à la force et l'intensité de son cri. Thony ?
Du fond de son fauteuil bien confortable, Anthony étira ses jambes en sirotant sa tasse de thé, faisant craquer ses vieux os. Puis, mieux installé, il tourna paresseusement une page de la Gazette du Sorcier.
- Thony, mon cœur ? J'ai besoin de toi, tenta une nouvelle fois Adrian, moins fort, presque plaintivement.
Et Anthony continuait de lire, ses lèvres pincées marquant un léger amusement. Combien de temps pourrait encore tenir Adrian... ?
- Mon amour, tu m'entends ?
Tien, « mon amour » était un déjà un signe de son craquage imminent... Mais Anthony savait qu'il pouvait mieux faire. Après tout de si longues années de vie communes ne s'envolaient pas aussi vite.
- Vous êtes d'une cruauté sans pareille ! siffla le portrait d'Amalia Pucey. J'avais bien dit à mon fils de ne pas se rabaisser à vous épouser ! Si seulement il m'avait écouté cinquante ans plus tôt il ne serait pas dans cet ét-
- Assez, Amalia ! siffla Anthony. Je n'ai pas de leçons à recevoir d'une croûte parlante dans mon salon.
Le vieille dame accrochée au mur étouffa un hoquet indigné en se cachant derrière son éventail. Puis, pliant soigneusement son journal, Anthony resserra les pans de sa robe de chambre en velours brun avant de prendre appui sur les accoudoirs du fauteuil pour se relever. Presqu'aussitôt, il sortit sa baguette d'une de ses poches et s'empressa de l'agiter en direction du tableau de la mère d'Adrian dont les rideaux se tirèrent d'un coup.
- Oh ! J'en parlerais à Adrian, soyez-en assurés ! feula la voix étouffée du tableau.
- C'est ça, c'est ça répondit Adrian qui s'en souciait comme de son premier Accio.
Traînant les pieds, il quitta le Petit Salon vers les escaliers, d'où il entendait Adrian pester comme un cerbère, ses cheveux presque totalement blancs - ou du moins le peu qu'il en restait -, ramenés en arrière le vieillissait encore plus que son âge réel - « C'est parce que je suis plus mûr que toi », disait-il à Anthony, lequel répondait alors qu'à ce stade de maturation, il était plus proche de l'eau de vie qu'autre chose.
L'ancien Serpentard, droit dans son peignoir gris sombre, le toisait de ses yeux perçant du haut des marches menant à l'escalier supérieur.
- Qu'est-ce que tu veux, à la fin ? lança Anthony.
- Quel pain ? beugla Adrian en posant une main sur la rembarre de l'escalier. Je cherche mes chaussons !
- Tu as regardé sous le lit ?
- Bien sûr, tu me prends pour qui ?
- Et tu as pensé à lancer un Accio ?
- Je voulais lancer un accio, mais je ne trouve plus ma baguette.
- C'est parce que tu l'a laissée sur la cheminée.
- Mais non, je l'avais laissé près de la cheminée, en bas. Mais sans mes chaussons, je vais glisser...
Anthony fit de gros efforts pour ne pas rouler des yeux. De toutes les choses qui n'avaient pas épargnées Adrian, la surdité était de loin la pire. Et le bougre, fier comme il l'était, refusait d'en entendre parler.
- Viens ici, que l'on puisse discuter !
- Ne cries pas, je ne suis pas sourd, enfin ! maugréa Adrian en redressant le nez comme paon. Et je ne peux pas descendre. Le parquet a été ciré et je n'ai pas mes chaussons... Amène-les moi. S'il te plaît, ajouta-t-il aussitôt.
- Mes genoux me font mal, répondit Anthony.
- Les choux ne font pas mal. Ils donnent des flatulences, c'est tout.
- Je te parles de mes genoux, Adrian !
- Ton excuse n'est pas valable, se contenta de répondre l'autre. Alors, tu m'aides ou non ?
L'ancien Serdaigle laissa filtrer un soupir avant de prendre appui sur la rampe de l'escalier. Avec précaution, il entreprit de monter les marches pour rejoindre Adrian, qui l'attendait toujours aussi droit qu'il le pouvait. Son regard était toujours aussi scrutateur et, à peine l'avait-il rejoint qu'Adrian lui posait la main dessus.
- Je crois que je les vois, finalement, fit-il d'une voix chantonnante. Tu le crois ça, je les avait laissé juste à côté.
Presqu'à bout de souffle, Anthony mit du temps à réaliser qu'il s'était déplacé pour rien. Un sourie jusqu'aux oreilles, Adrian était secoué d'un petit rire absurde.
- Tu te fiches de moi ? haleta le plus jeune.
- Non non, je rentabilise mon investissement. Le médicomage a dit que tu devais faire de l'exercice pour tes genoux... Il pleut dehors, donc tu ne pouvais pas t'occuper des plantes. Voilà c'est fait, tu as mérité une pause mon chéri. Prend des forces pour demain...
Le regard noir d'Anthony, honteux de s'être fait avoir comme un débutant, lui promit mille souffrance. S'il y avait une chose qu'il avait apprise avec son vicieux compagnon, c'est que la vengeance était un plat qui se mangeait froid. Et pour cause, le lendemain matin, Adrian ne trouva qu'un seul de ses précieux chausson.
Le jour d'après, c'était l'autre.
Et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'Avada décide de prendre le relai.
See you next time.
Avec le journal d'Anthony, cette fois ? Maybe ;)
