POUR UN SOURIRE D'ELIZABETH

ONE-SHOT SUR 'PIRATES DES CARAÏBES'

Disclaimer : les persos ne sont pas à moi

Rating : K

Genre : romance / amitié

Pairing : Willabeth ( William Turner/ Elizabeth Swann)

Résumé : Pour le douzième anniversaire d'Elizabeth, Will a décidé de lui offrir un cadeau original, et surtout, de la surprendre. Mais le défi qu'il s'est lancé n'est pas de tout repos…

Se situe avant Pirates 1

Trois mois.

C'était le temps qu'il lui restait pour mettre en pratique son idée folle. Idée qu'il avait eu au beau milieu de la nuit, alors qu'il s'était réveillé à cause du vieux chat qui avait élu domicile chez lui, ou plus exactement qui squattait, dans la petite pièce qui lui était habituellement réservée dans la maison de Mr Brown, juste au-dessus de la forge où il travaillait. Cela faisait une bonne semaine que le chat était ici, et Will n'avait pas eu le cœur à le chasser. Alors il le gardait auprès de lui, le nourrissait, lui donnait à boire, jouait même avec lui parfois le soir avant d'aller se coucher.

Le chat était adorable, mais toutes les nuits, vers les trois heures du matin, il venait réveiller Will par des miaulements doux et presque mélodieux. Certes, Will n'aimait pas forcément être réveillé au milieu de la nuit, mais il n'avait pas envie non plus de refuser au chat un câlin, et d'autant plus que l'animal avait tout de même une particularité. Will le surnommait le chat chanteur, car ses miaulements et ronronnements auraient presque pu être un chant mélodieux et mélancolique.

Et c'est comme cela qu'une nuit, Will eut cette merveilleuse idée. Il allait chanter une sérénade pour Elizabeth, à l'occasion de son anniversaire.

Et c'était dans trois mois.

Mais, trois mois pour réaliser un tel projet, quand on ne sait ni chanter ni jouer de la musique, ce n'est pas évident. Will avait donc décider de mettre toutes les chances de son côté.

La première étape, c'était d'aller en ville, le jour du marché, et de demander conseil au jeune garçon qui, pour gagner quelques sous, chantait des chansons sur la petite place, tandis que sa mère vendait au marché les produits de leur ferme. Le garçon chantait fort bien, Will ne manquait jamais de s'arrêter quelques instants pour l'écouter, quand il partait faire les courses de la semaine pour Mr Brown et lui. C'était pour Will un moment de récréation, car c'était chaque semaine sa seule matinée en dehors de la forge, excepté le dimanche bien sûr où il ne travaillait pas.

Mais Will n'avait encore jamais parlé avec ce jeune garçon chanteur. À vrai dire, il ne parlait pas à beaucoup de monde, depuis qu'il était arrivé à Port-Royal deux ans auparavant, après avoir été sauvé d'un naufrage par Elizabeth. Il avait très vite été confié au forgeron de la ville, un honnête homme qui recherchait un apprenti et qui avait accepté immédiatement d'héberger le petit garçon en échange de sa main d'œuvre. Will s'était donc installé dans la modeste habitation, à l'étage, au dessus de la forge. Comme Mr Brown vivait seul depuis fort longtemps, il avait pu lui aménager une petite pièce de la maison rien que pour lui, avec un petit lit, une petite armoire pour y ranger ses maigres affaires, une petite table et une chaise. Il avait également de quoi se nourrir, de quoi se laver, car le vieil homme lui versait un salaire sur les ventes des objets forgés. Will avait rapidement appris le métier et de plus en plus, aidait Mr Brown en travaillant parfois plus d'heures que lui. Will était un jeune garçon fort et robuste, n'ayant pas peur du travail, et bien décidé un jour à reprendre la forge ou bien avoir la sienne.

Et pour cela il travaillait beaucoup, tous les matins et après-midi sauf le jour du marché, où la matinée était destinée aux courses et tâches dans la maison.

Les fins d'après-midi et le soir, Will s'entraînait à manier les épées qu'il forgeait pour savoir se défendre, ou bien parfois allait retrouver quelques enfants du village, mais c'était assez rare. Ce qu'il préférait, c'était lorsqu'il pouvait voir Elizabeth. Soit officiellement, lorsque celle-ci insistait auprès de son père le gouverneur pour venir rendre visite à son jeune ami afin de prendre de ses nouvelles, et dans ce cas-là elle venait accompagnée de sa domestique Estrella, soit, et c'était encore mieux, en cachette, quand la jeune fille fort audacieuse pour son âge, venait le voir en échappant à la surveillance des gens du domaine.

Elizabeth était une noble, une fille de bonne famille, fille du gouverneur de l'île. Will lui, n'était qu'un apprenti forgeron. Mais l'amitié qui les unissait était bien au-delà de leur condition sociale. Elizabeth avait sauvé Will de la mort, et l'affection qu'il lui portait depuis était indéfectible.

C'est pour cela qu'il tenait à lui offrir un très joli cadeau d'anniversaire.

Toute la semaine, il attendit donc avec impatience que le jour du marché n'arrive. Il s'entraînait malgré tout, seul, en chantant à tue-tête à toutes heures du jour et parfois de la nuit, lorsqu'il essayait d'accompagner le chat pour créer un chant à deux des plus mélodieux, du moins c'était ce qu'il espérait.

Will avait encore une voix de petit garçon mais de plus en plus il avait l'impression que sa voix devenait celle d'un tout jeune homme, malgré son jeune âge, et bien qu'il ait une voix douce et gentille. Ce qui correspondait d'ailleurs assez peu au métier dur et masculin qu'il exerçait et apprenait tout en même temps.

Il espérait néanmoins que cette rudesse ne soit pas visible quand il parlait et quand il chantait, et il s'efforçait de s'écouter et de se reprendre dès lors qu'il lui semblait qu'une note n'était pas juste.

Bientôt le jour du marché arriva et Will partit plus tôt que d'habitude, car c'était un grand jour. Il allait pouvoir écouter le petit chanteur de la place du marché, l'observer, et lui poser des questions. C'était indispensable pour bien apprendre à chanter.

Lorsque Will arriva sur la place, il y avait pas mal de monde malgré l'heure fort matinale, mais le petit chanteur n'était pas encore là. Déçu, Will s'assit sur un muret en attendant, perdu dans ses pensées, et attendit là un bon moment jusqu'à ce qu'une femme lui tape doucement sur l'épaule.

« Quelque chose ne va pas mon garçon ? »

Will ne s'était pas rendu compte qu'il avait l'air bien triste, tout seul assis sur son muret depuis si longtemps. Il se retourna vivement et d'un seul coup, un large sourire illumina son visage encore enfantin.

C'était la mère du petit chanteur qui venait de lui parler.

« Bonjour madame ! Oh si, ça va très bien, en fait j'attendais votre fils… Je voulais.. Je voulais lui demander quelque chose ! »

La brave paysanne sembla surprise mais sourit au petit garçon.

« Il ne tardera pas à arriver mais il travaille toujours à la ferme pour l'instant… Que veux-tu demander à mon petit Louis ? »

Will sembla intimidé mais répondit avec vivacité :

« De m'apprendre à chanter, madame ! J'ai besoin de savoir chanter pour jouer la sérénade à mon amie dans trois mois ! C'est pour une jeune fille très belle et très intelligente, je ne veux pas la décevoir ! »

Cette fois-ci la femme sourit franchement et se mit même à rire tendrement.

« C'est très mignon de ta part mon garçon, ton amie sera sûrement très contente de ton cadeau ! Penses-tu à l'épouser quand tu seras plus grand ? Tu m'as l'air très gentil et de l'aimer beaucoup… »

Will ouvrit des yeux ronds, à vrai dire il n'y avait jamais pensé mais c'est vrai qu'il aimait beaucoup Elizabeth, qu'elle était assurément la plus belle de toutes les petites filles du monde et aussi la plus intelligente. Il réfléchit un instant, assombri à l'idée qu'un forgeron ne se marie pas en principe avec une fille noble, mais il retrouva vite le sourire en songeant naïvement que, s'il lui chantait une sérénade à chaque anniversaire, elle serait probablement d'accord pour se marier avec lui lorsqu'ils en auraient l'âge, et qu'ils trouveraient alors sûrement un moyen pour le faire comme lorsqu'ils se voyaient en cachette.

« Je n'y avais pas pensé, mais maintenant je pense que si votre fils m'apprend à faire une belle sérénade, elle voudra peut-être se marier avec moi ! »

La femme tapota gentiment sur son épaule et lui proposa :

« La petite ferme où nous habitons n'est pas loin du tout, si tu le souhaites tu pourrai venir chaque fin d'après-midi, et Louis t'apprendra à chanter comme lui sait le faire ! C'est un petit garçon très doué ! »

Will ouvrit grand les yeux de bonheur sous cette chance inespérée :

« Je vous payerai, madame ! Je travaillerai une heure par jour à la ferme pour vous aider si vous voulez pour vous remercier de ce que votre fils pourra m'apprendre ! »

Le marché était conclu. Will n'attendit pas Louis , il fit ses courses et repartit travailler à la forge le matin même afin de terminer à temps ce qu'il devait y faire, avant de partir pour la ferme. Il n'avait jamais été aussi heureux , c'était vraiment un très grand jour décidemment.

La nuit était déjà commencée depuis longtemps lorsque Will parvint enfin à s'endormir. La journée avait été longue. Après son travail à la forge il s'était rendu à la ferme où Louis l'attendait. Les deux petits garçons s'étaient tout de suite entendus à merveille. Louis était un garçon de treize ans, un peu plus grand que Will, mince et souple avec des cheveux bruns en queue de cheval, et toujours en train de chanter. C'était un enfant plutôt vif et à la fin de la journée, ils étaient presque comme les meilleurs amis du monde.

La première heure, Will s'était acquitté des tâches qu'il avait promis de faire à la ferme, il n'avait jamais travaillé dans une ferme mais Louis lui avait expliqué ce qu'il devait faire et était resté avec lui, ainsi il avait pu aider la famille de son mieux à diverses tâches. Ensuite, c'était Louis qui avait aidé Will en passant une heure avec lui à s'entraîner au chant. Ça avait été pour Will la meilleure heure de la journée. Louis était naturellement très doué et Will réalisait à son contact que lui-même n'était pas si mauvais en chant non plus, ça n'allait pas forcément être facile mais après quelques entraînements il avait désormais la certitude de pouvoir chanter parfaitement une très belle sérénade à Elizabeth. Penser à elle le motivait énormément, et l'idée de la mère de Louis ne cessait désormais de lui trotter dans la tête : quand il serait grand, il épouserait Elizabeth. Mais pour réussir cela, il fallait tout d'abord réussir la sérénade, pour lui montrer toute son affection et tout ce qu'il était capable de réaliser rien que pour lui faire plaisir.

Alors en rentrant chez lui, Will n'avait plus arrêté de chanter, et c'est finalement le chat qui s'était endormi contre lui qui l'avait décidé à ne reprendre que le lendemain matin et à enfin dormir.

Pendant près d'un mois, Will tous les jours, après avoir fini son travail à la forge, rejoignait Louis pour travailler à la ferme et apprendre à chanter. Les deux garçons étaient devenus presque comme des frères et parfois, ils prenaient même le temps de s'amuser ensemble, Will avait même promis qu'une fois l'anniversaire d'Elizabeth passé, il pourrait apprendre à Louis à se battre comme lui pour savoir se défendre si il en avait besoin un jour… Les deux garçons étaient devenus inséparables et une fois par semaine, les parents de Louis invitaient Will à souper avec eux à la ferme… Les dernières semaines avaient été parmi les meilleures de la vie de Will, il s'était fait un ami, et presque une famille, il apprenait de nouvelles choses et surtout… Il progressait de plus en plus au chant. Désormais il savait chanter juste et s'écouter, et Louis venait de lui proposer de se mettre au travail pour trouver des paroles pour la sérénade. Ainsi, ce serait vraiment les mots de Will, ce serait son cœur qui parlerait à Elizabeth et il était certain que jamais elle ne pourrait recevoir un tel cadeau de personne d'autre…

Will était très fier de cette idée. Alors, dès le lendemain il se remit au travail , et tout en forgeant, il tenta de trouver des mots simples et sincères pour souhaiter à sa douce Elizabeth un merveilleux anniversaire.

Cela faisait deux mois que Will , sans relâche, s'entraînait pour sa belle. Il se sentait désormais prêt pour chanter, et la sérénade était presque prête elle aussi. Même si, tous les jours, il retravaillait les paroles avant d'aller se coucher car ça ne lui convenait jamais . Will avait eu la chance, lorsqu' il était petit et encore avec sa mère dans son village natal, de recevoir une éducation qui lui permettait de savoir écrire et lire, suffisamment pour écrire une chanson à Elizabeth , mais il avait tellement peur que ce ne soit pas assez bien pour une jeune fille de son rang qu'il ne cessait de refaire des passages, de repenser à ce qui pourrait être le plus joli tout en étant le plus élégant possible. Comme Will avait été recueilli par des nobles et soldats après le naufrage et avant de vivre chez Mr Brown, il savait à peu près comment parlaient les nobles, d'une manière très différente des gens du peuple, et c'est pour cela que même s'il avait appris à bien s'exprimer afin de pouvoir un jour livrer les commandes de la forge aux riches acheteurs, il avait peur de ne pas savoir s'exprimer assez bien aux yeux d'Elizabeth . Alors il travaillait et travaillait encore, comme il le faisait toujours pour tout, chaque fois qu'il voulait réussir.

Mais, un autre problème se posait à lui. Si désormais il avait bien avancé sur la chanson et sur le chant, il manquait le plus important : la musique. Il fallait faire de la musique pour accompagner les paroles, et il ne savait jouer d'aucun instrument. Il n'en possédait aucun non plus. Il avait tenté d'en acheter un en ville, mais les prix étaient bien trop élevés pour lui et même en travaillant au maximum, il était sûr de ne pas pouvoir économiser suffisamment pour avoir en sa possession un instrument quel qu'il soit dans les délais impartis. Et quand bien même , il ne savait pas en jouer…

Le problème semblait insoluble. Louis non plus ne savait pas jouer d'un instrument, et Will ne connaissait personne qui ne puisse l'aider. Le désespoir commençait à le gagner depuis plusieurs jours, lorsqu'un matin, il eut une idée absolument fantastique. Il partit en courant de la forge, se promettant de revenir finir son travail dès qu'il aurait mis son idée à exécution.

Il avait parfois entendu dire que dans les tavernes, il y avait souvent des musiciens. Il suffisait d'aller voir et de proposer d'en payer un pour l'accompagner lors de la sérénade.

Will arriva ainsi dans la première taverne, où il alla aussitôt demander au premier marin jouant de la musique de bien vouloir l'aider . L'entrevue ne se passa pas comme prévu puisque le marin, ivre et irascible, le sortit de la taverne sans ménagement en rétorquant qu'il avait autre chose à faire qu'à s'occuper d'une sérénade pour un gamin. Will était très vexé, mais déterminé il continua son chemin, persuadé que bientôt il aurait plus de chance . Mais de tavernes en tavernes, il se confronta aux mêmes réactions de la part des musiciens rencontrés, et bientôt, sans espoir il s'arrêta pour s'asseoir dans un coin par terre, les larmes aux yeux. Ainsi, tous ses efforts n'auraient servi à rien. Il ne pourrait jamais offrir ce cadeau à Elizabeth, et il ne pourrait peut-être jamais se marier avec elle. Désespéré, le jeune garçon sanglota et son air si triste attira l'attention d'un brave homme qui passait par là.

En fait, l'homme en question avait entendu le petit garçon dire dans une taverne qu'il cherchait un musicien, et il avait assisté à la réaction fort rude des gens de la taverne qui l'avaient sorti en se moquant de lui. Mais l'homme lui, trouvait que ce jeune garçon méritait un peu plus de considération, et avec sa bonhomie naturelle il vient s'asseoir à côté de lui en disant :

« Faut pas pleurer mon bonhomme ! Moi je joue de la mandoline, et je veux bien t'aider ! »

Will releva les yeux et se retrouva face à un petit homme aux joues rondes, avec une mandoline dans les bras. C'était tellement inespéré que Will resta interdit plusieurs secondes, presque émerveillé comme si le jeune homme était un cadeau du ciel.

« Je m'appelle Scrum, je gagne ma vie en jouant de la musique, même si bientôt je ferai sûrement marin ! Comment t'appelles-tu ? Pourquoi tu cherches un musicien ? »

Scrum était tellement sympathique et avait une telle bonhomie, bien qu'il ne devait guère avoir plus de six ans de plus que Will, que ce dernier se sentit immédiatement en confiance et répondit, oubliant son désespoir et sa tristesse :

« Je m'appelle Will Turner et je cherche un musicien pour jouer de la musique sur la sérénade que j'ai écrite pour ma future fiancée ! »

Scrum sourit largement, presque rêveur aux paroles innocentes du jeune Will :

« Voilà un bien belle idée mon petit ! Moi aussi, j'attends de rencontrer la plus belle des demoiselles pour lui jouer de la mandoline et lui chanter des chansons pour qu'elle veuille bien m'épouser… Mais je ne l'ai pas encore rencontré ! En attendant, je jouerai de la musique pour toi et ta belle ! »

Will était au comble du bonheur. La chance lui souriait et Elizabeth aurait le plus bel anniversaire.

Les jours qui suivirent, Scrum et Will se donnèrent rendez-vous le jour du marché afin de travailler ensemble la chanson, puis chaque semaine , pour s'entraîner avant le grand jour alors que Will continuait à s'entraîner d'arrache-pied avec Louis, qu'il aidait toujours à la ferme en contrepartie.

Le grand jour était arrivé. Will s'était vêtu de son costume du dimanche qu'il avait soigneusement lavé, il s'était coiffé et s'était préparé comme pour un grand événement, avec ses maigres moyens. Scrum qui arriva bientôt chez lui, lui assura qu'il était très élégant. Rassuré, Will fit mine d'être sûr de lui et alors que la fin d'après-midi était arrivée, les deux compères partirent en direction du domaine du Gouverneur et donc, d'Elizabeth.

En arrivant devant la grande porte, Will respira profondément et sonna la cloche afin d'avertir les serviteurs de son arrivée. Scrum attendait juste derrière lui, fier avec sa mandoline à la main et son semblant de costume usé qu'il avait enfilé pour paraître plus élégant.

Mais lorsque le serviteur ouvrit la porte, et en entendant Will demander à voir Elizabeth, il fronça un sourcil avec une pointe de mépris .

« Mademoiselle Swann fête aujourd'hui même son anniversaire, et on ne nomme pas une jeune demoiselle de haut rang par son petit nom, nous sommes tous tenus de l'appeler Mademoiselle Swann ! »

Will déglutit en réalisant que son statut ne lui permettait effectivement plus d'appeler son amie par son prénom désormais qu'elle était une jeune fille et plus tout à fait une enfant… Avec une tristesse qu'il dissimula soigneusement , il réitéra sa demande avec politesse :

« Pardonnez-moi monsieur… Puis-je voir Mademoiselle Swann ? Je souhaiterai lui souhaiter son anniversaire et j'ai une surprise pour elle ! »

Mais le serviteur répondit :

« Je suis navré monsieur Turner, vous ne figurez pas parmi les invités de la réception de ce soir donnée pour Mademoiselle ! Je ne peux vous autoriser à entrer. Je pourrai simplement lui transmettre un message de votre part si vous le souhaitez. »

Will sentit son cœur se serrer et ses yeux lui brulèrent. Il s'était fait des illusions. Elizabeth était désormais considérée comme une jeune fille noble qui se devait de rester dans son univers de noble désormais, et la fréquentation de gens du peuple comme lui ne lui serait plus autorisé. Il réalisa qu'en effet, cela faisait déjà plusieurs mois qu'elle n'était pas venu le voir, sans doute de plus en plus occupée par ses leçons de bienséance, de danse, couture et autres activités indispensable pour une jeune femme de son rang. Peut-être l'avait-elle déjà oublié. Lorsque le serviteur referma la porte, Will s'enfuit en courant. Il ne s'était jamais senti aussi humilié de toute sa vie.

Scrum lui courut aussitôt après et le rattrapa :

« Will ! Reprends-toi mon petit ! Tu n'es pas obligé de passer par la porte pour jouer ta sérénade à ton amie ! »

Will le regarda sans comprendre.

Scrum sourit. Il était musicien certes, mais il avait omis de préciser qu'il lui arrivait parfois de commettre quelques menus larcins afin de gagner quelque argent supplémentaire. Il n'était pas spécialement très futé ni même instruit, et même bien moins que Will, mais il était débrouillard.

« Je serai toi, je passerai par les jardins, je me cacherai et lorsque la nuit sera venue, je jouerai la sérénade sous sa fenêtre ! Je crois que c'est comme ça que certains font… »

Will s'illumina. Comment n'y avait-il pas pensé lui-même ! Ainsi, nul besoin d'autorisation ni d'invitation. Et ainsi, si Elizabeth venait voir à la fenêtre et souriait en le voyant, cela voudrait dire qu'elle ne l'avait pas oublié. Cela valait le coup d'attendre la nuit, pour le sourire d'Elizabeth.

Scrum et Will se faufilèrent donc dans les jardins, et se dissimulèrent dans les buissons. Will se souvenait où était située la chambre de la jeune fille, car lorsqu'il avait été récupéré après le naufrage, il avait passé quelques jours chez le gouverneur qui l'avait hébergé avec gentillesse pour faire plaisir à sa fille, avant qu'on ne lui trouve sa nouvelle maison, chez Mr Brown. Will avait donc pu repérer les pièces de la demeure bien qu'il n'ait évidemment jamais eu le droit d'entrer lui-même dans les chambres et les bureaux, à part dans la petite chambre qui lui avait été attribuée.

La nuit tomba lentement, les heures s'égrenant lentement pour Will qui était de plus en plus impatient. De là où ils étaient, ils pouvaient voir les invités arriver, et au bout de plusieurs heures, repartir. Lorsqu'il fut certain qu'ils étaient tous partis, Will trépigna d'impatience. L'heure de son cadeau était enfin presque arrivée.

Et comme il l'avait espéré, bientôt la chambre d'Elizabeth s'éclaira, et bientôt, s'éteignit. Cela signifiait que la jeune fille était seule et venait de se coucher.

C'était le bon moment.

Les deux garçons sortirent de leur buisson pour aller se placer le plus près possible de la fenêtre d'Elizabeth, et bien que Will sentait un nœud à son estomac, il décida d'être courageux pour sa belle et commença à chanter. Il s'appliquait énormément, refaisant consciencieusement tout ce qu'il avait appris depuis trois mois, repensant à tout ce que Louis lui avait dit, il ne voulait surtout pas le décevoir, ni lui, ni ses parents, ni Scrum… Et surtout pas Elizabeth.

La mandoline de Scrum jouait la musique sur les paroles que Will avait écrite pour Elizabeth, et il attendait avec angoisse de savoir si elle allait enfin apparaître à la fenêtre.

Et elle apparut. Encore bien réveillée, en robe de chambre épaisse qu'elle avait dû enfiler en toute hâte pour dissimuler sa longue chemise de nuit, et un chignon défait dans les cheveux , elle apparut dans l'encadrement de la fenêtre, un sourire surpris mais soudainement illuminé en découvrant la scène adorable qui se déroulait sous sa fenêtre. Will sentit son cœur bondir dans sa poitrine et toute son angoisse disparut. Elle ne l'avait pas oublié, et elle était en train de sourire . Il n'y avait pas meilleurs remerciements pour lui, et il continua sa chanson avec plus de ferveur, veillant en même temps à ne pas crier pour ne pas alerter les autres personnes vivants au domaine, et il se laissa porter par la douce musique jouée par Scrum.

Elizabeth eut l'air de réaliser l'effort fait par Will pour elle, car elle sembla touchée et finit par ouvrir prudemment la fenêtre pour mieux écouter. A la fin de la chanson, elle souriait franchement, et lorsque Will lui dit doucement « Bon anniversaire, mademoiselle Swann ! » elle fit une de ses petites moues irrésistibles en remerciant néanmoins avec un immense sourire. Elle ne pouvait pas parler depuis l'étage, au risque d'être entendue et Will ne pouvait pas rester au risque d'être découvert. Ils le savaient tout deux, mais leur visage éclairé par la lune parlaient pour eux. Ils étaient heureux à cet instant, et leur amitié était plus forte que jamais. Peu importait leur différence sociale. Peu importait qu'elle soit une jeune noble et lui un petit forgeron, à cet instant, il était celui qui lui avait fait le plus joli cadeau de la journée , et elle était celle qui le recevait. Ils n'étaient en cet instant d'insouciance que de jeunes gens, encore presque enfants, qui s'adoraient.

Avant qu'il ne reparte, Will sentit une feuille de papier lui tomber aux pieds, et alors qu'il releva la tête, Elizabeth lui fit un petit signe rieur avant de refermer sans bruit sa fenêtre.

Sur le papier était écrit :

« Et c'est Elizabeth, Will… Pas Mademoiselle Swann. »

Will sourit et fourra le papier dans sa poche, heureux de cette réaction mais bien décidé à continuer à l'appeler Mlle Swann pour bien montrer qu'il la respectait et qu'il valait aussi bien que les jeunes gens de la noblesse.

Scrum et Will repartirent rapidement vers la ville, loin du domaine et des riches quartiers.

Scrum tapa sur l'épaule de Will avec enthousiasme :

« Je te souhaite bon courage mon garçon ! Je te souhaite d'épouser un jour ton amie Elizabeth… »

Will sourit rêveusement. Ils avaient encore de longues années devant eux avant cela, mais ce soir, il avait acquit la certitude au fond de son cœur, que malgré leur différence, ils seraient toujours réunis. Et il avait aussi acquis la certitude, malgré son jeune âge, que son cœur appartiendrait toujours à Elizabeth.