Mari était bizarre. Et Rui s'inquiétait pour son amie. Son teint était de plus en plus pâle, elle semblait de plus en plus souvent ailleurs, et ses yeux ne cessaient d'être vitreux et fatigués en sa présence. Et Rui avait peur de comprendre pourquoi elle était si mal ces derniers temps. Elle ne savait pas pourquoi elle semblait si lasse, si fatiguée. Pourquoi son enthousiasme l'avait soudainement quitté. Pourquoi elle était aussi différente.

Ce serait mentir de dire que ce changement soudain d'attitude n'inquiétait pas Rui, et ce serait mentir une fois de plus de dire qu'elle n'était pas effrayée par la perspective que ceci était peut-être de sa faute. Elle n'était pas sans connaître son caractère difficile. Suzuki se savait sans tact, parfois même insultante, fière et peut-être même haineuse. Mais elle faisait de son mieux pour traiter ses amis avec le plus grand des respects, car ils faisaient partis des personnes les plus importantes pour elle. Mais peut-être, que cette fois-ci, elle s'était vraiment mal comportée pour que Mari change subitement. Peut-être qu'elle avait fait quelque chose de travers et que son amie lui en voulait, mais qu'elle était bien trop gentille pour lui reprocher quoique ce soit.

Mais Rui avait beau chercher dans les recoins les plus sombres de sa tête, elle n'arrivait pas à trouver ce qu'elle avait pu bien faire de travers. Elle avait beau se concentrer, elle ne trouvait pas. Elle avait bien tenté d'en parler à la jeune fille aux cheveux d'argent, mais cette dernière se renfermait dès que le sujet s'abordait et s'enfuyait à toutes jambes, loin d'elle. Alors le moral de la noirâtre s'était fait de plus en plus morose au fil du temps. Trois mois que tout cela durait. Et les dernières semaines s'étaient faites d'autant plus dure, Koriyama ayant décidé de soigneusement l'éviter.

Depuis la rentrée, les deux jeunes filles s'éloignaient de plus en plus, ce qui déchirait petit à petit Suzuki. La voir aussi distante blessait la jeune femme, mais elle ne pouvait rien y faire. C'était le choix de Mari si elle voulait rester proche d'elle, Rui savait parfaitement qu'elle ne pouvait pas obliger le contraire. Alors Rui avait laissé faire les choses, pensant que ça s'arrangerait. Mais malheureusement pour elle, les choses n'avaient fait qu'empirer, et aujourd'hui, elles se contentaient simplement de se croiser dans les couloirs et de se saluer.

« Tu as vu Rui ? Ces derniers temps, il y a de plus en plus de disparition d'enfants. Ça devient vraiment inquiétant… »

Rui se pencha pour voir ce que tentait de lui montrer Mina.

Kaoru Fujita, un petit garçon de neuf ans, des cheveux bleus et de grands yeux rouges sanglants. Il avait été porté disparu deux jours auparavant. Quelques jours et quelques mois plutôt, on avait relaté la disparition de la petite Sakura Hajime, de Mizuki Wataru et de Natsu Kiruna. En soit, au bout d'à peine quelques mois, quatre disparitions d'enfants avaient été relaté et dévoilé au grand public, si ce n'est plus. Elle ne savait pas si tout le service de protection avait réellement publié toutes les disparitions survenues ces derniers temps, mais d'après la noirâtre, ils avaient dû garder des affaires sous confidentialité dans le but de ne pas affoler la population et pour que les ravisseurs ne s'enfuient pas plus loin.

« Tu penses qu'ils vont réussir à les arrêter ? »

Il était rare que Mina soit aussi sérieuse. Mais lorsqu'ils s'agissaient d'affaire en cours, la rose ne plaisantait que très rarement sur ce genre de chose.

« Je ne sais pas. Quatre enlèvements en cinq mois quand même. Et aucun indice.

-Hm. Tu penses que ça pourrait être l'Alliance ?

-Il y a peu de chances quand même, ils sont pas très enfants innocents eux mais plus héros directs.

-C'est vrai… ça m'étonnerait même qu'ils en tuent seulement pour le plaisir. Ils sont plus dans la recherche et la tortures pour des infos sur nous, et la frayeur.

-Les seuls connus pour avoir un penchant pour des enfants sont des vilains indépendants… ou encore de petites organisations pédophiles…

-Même plus que ça, il y en a comme pas reconnus. Je trouve ça tellement bête ! On trouve des preuves contre eux mais sans jamais qu'ils ne soient reconnus comme pédophile… C'est comme les témoignages dans les affaires d'accusation. Peu importe le nombre de témoignages rapporté contre une ou plusieurs personnes en même temps, ils ne font rien sans preuves matérielles. Je trouve ça vraiment idiot. »

La noiraude acquiesça doucement. C'est vrai. Peu importe le nombre de preuves vocales apportées, qu'il y en a une ou vingt, les preuves matérielles compteront beaucoup plus aux yeux de la justice. Peu importe qu'un homme ait pu agresser une femme, ou qu'un meurtrier ait pu tuer quelqu'un, s'ils ne trouvaient rien leur appartenant, leur peine serait beaucoup plus réduite et voir même inexistante. Et avec l'arrivée du gène H de leurs jours, les preuves se faisaient de plus en plus rares. Telle était la justice de leur temps.

D'un geste souple, elle finit par appuyé une main flegmatique contre sa joue, soutenant sa tête. Ses yeux se fermèrent à moitié et elle se perdit une fois de plus dans ses pensées.

« Ils vont le retrouver n'est-ce pas ? Les retrouver. Bien sûr. Bien sûr qu'ils vont les retrouver… »

La voix de Mina s'était faite lointaine, comme si elle demandait cela sans vraiment y croire elle-même. Et pour être honnête, Rui aussi doutait.

« J'en sais rien Mina. J'en sais rien du tout. »

Sur ces paroles, les deux jeunes filles rejoignirent leur cours d'anglais sans trop de hâte, bien qu'un peu plus d'enthousiaste de la part de la rose.

C'était la fin de journée lorsqu'elles se croisèrent dans les couloirs de Yuei. Suzuki retournait à son dortoir avec des livre plein les mains, avide de lecture pour la soirée. Elle marchait le long du couloir, les yeux rivés sur les fenêtres qu'elle dépassait, quand, du coin de l'œil, elle l'avait remarquée droit sur son chemin. Elle aussi retournait dans ses dortoirs, de l'autre côté des siens. Elle fut tout aussi surprise de la croiser mais, au grand étonnement de la jeune Suzuki, elle s'était avancée jusqu'à elle avec un énorme sourire aux lèvres. Arrivée à sa hauteur, son amie, doucement, lui demanda lentement :

« On peut parler ? Ça ne sera pas long, promis… »

Hochant doucement la tête, Rui se fit entraîner dans une cage d'escalier non loin d'elles. Elles s'assirent toutes les deux sur les marches, Mari incitant son amie à faire de même qu'elle. Un lourd silence s'installa entre elles. Ni l'une ni l'autre ne savait par quoi commencer la discussion, pourtant, Mari savait qu'elle serait la première à se lancer. Leur situation était devenue pénible pour toutes les deux, et Koriyama lui devait des explications pour son éloignement depuis la rentrée. Rui attendait des explications, mais les appréhendait de la même façon. Sans s'en rendre compte, elle plissa les lèvres et se mordilla l'intérieur de la joue.

« Désolée. »

Rui avait tourné un visage interloqué vers l'argentée, qui ne fit que fixer le sol d'un regard vide et lointain.

« Je ne voulais pas t'inquiéter, désolée Rui. Mais j'ai eu de gros problème en début d'année, et je ne voulais pas vraiment en parler alors j'ai préféré t'éviter. Désolée. Je ne voulais vraiment pas t'embêter. »

La noirâtre se demanda un instant pourquoi elle avait utilisé un langage aussi soutenu, mais passa outre ce détail, trop heureuse de se rendre compte que rien n'était de sa faute.

« Ça va mieux ? lui demanda-t-elle tout naturellement. »

Le regard surpris qu'elle lui lança se transforma bien vite en regard rempli de reconnaissance.

« Oui. Ça va mieux merci. »

Rui ne releva pas le teint inquiétant de son amie, sa peau blanche contrastant avec celle d'un cadavre. Elle ne releva pas non plus les yeux complètement vides de la jeune fille lorsqu'elle ne la regardait pas, ni même l'aura fantomatique qu'elle dégageait ou bien la fatigue assaillante qu'elle semblait supporter depuis un long moment maintenant. Elle fit mine d'ignorer tous ces petits détails, bien trop contente de retrouver son amie après s'être ignorées depuis aussi longtemps. Elles discutèrent quelques minutes de plus avant de se décider à rejoindre leurs chambres respectives. Elles se saluèrent une dernière fois, mais juste avant de se séparer, la silhouette du fils Todoroki apparu en haut des escaliers, attirant le regard des deux jeunes filles sur sa personne. Tout aussi surpris qu'elles de les croiser ici, il jeta un coup d'œil aux deux jeunes filles, s'attardant quelques instants sur l'argentée, avant de rejoindre d'un pas pressé sa camarade de classe.

« Oh, Shoto. Tu vas au dortoir ? »

Ce dernier hocha la tête positivement, dos à l'argentée qui se repositionna et sourit à la vue des deux jeunes gens ensemble. Un sourire vide de sens, qu'ils ne remarquèrent pas.

« Bonjour, Todoroki. Encore merci pour l'autre jour. »

Shoto ne se retourna pas dans un premier temps, ancrant ses pupilles dans celles interrogatives de Rui. Il finit par pivoter dans la direction de la jeune adolescente aux cheveux d'argent, qui le regardait et lui souriait simplement. Il ne fit qu'hocher la tête respectueusement à son encontre, gardant un regard impénétrable. Rui fit valser son regard entre ses deux amis. La tension régnait entre eux, sans qu'elle n'en connaisse la réelle raison. Les deux adolescents ne se lâchaient pas du regard, et la jeune fille ne savait comment interpréter cela. Elle ne savait pas ce qui avait bien pu se passer entre ces deux-là pour que la tension s'élève autant. Ils ne s'étaient jamais rencontrés auparavant, du moins, jusqu'à il y a peu d'après les dires de Mari.

L'atmosphère devenue insupportable, Rui s'avança pour attraper la manche de son compagnon, un geste qui le fit se tourner de nouveau vers elle. Le regard soucieux qu'elle lui lança fronça ses sourcils.

« On y va, s'exprima-t-elle assez bat. On se voir plus tard Mari.

-Bien sûr. A plus tard Rui. »

Sans plus de cérémonie, Rui tourna les talons, entraînant à sa suite le fils d'Endeavor.

« Comment la connais-tu ? »

Suzuki marchait droit devant elle sans dévier son regard. Elle n'aurait pas eu le courage de lui poser cette question en le regardant droit dans les yeux de toutes façons.

« Je suis tombé sur elle, l'autre jour, par hasard. Elle n'avait pas l'air bien alors je l'ai conduite à l'infirmerie. »

Elle comprenait mieux ainsi. Mari avait dû surement lui dire qu'elle la connaissait. Elle serra les livres empruntés à la bibliothèque contre sa poitrine, évitant d'en faire tomber un. Shoto, lui, se laissait entraîner, observant le dos frêle de la jeune fille et plus que perdu dans ses pensées. C'est ainsi qu'ils rejoignirent leur dortoir…


Hello ! Ça va vous ?

Un petit chapitre sur l'avancement de l'amitié entre Rui et Mari. On voit bien qu'elle est froide avec Rui. Des théorie sur son attitude ?

Enfin bon, voilà tout pour aujourd'hui, je pense poster en fin de semaine pour rattraper... Bah tout mon retard ._.'

Bon, sur ce, je vous fait de gros bisous, vous souhaite une bonne rentrée et vous dit à la prochaine !

Bien à vous,
Motaku.