Comme Shoto ne montrait que rarement ses émotions, il était facile pour lui de mentir aux autres. Enfin, mentir était un bien grand mot, il n'aimait pas mentir. Non, il préférait dissimuler une part de la vérité. Comme cette fois-là, avec cette fameuse Mari Koriyama. Il l'avait bien rencontré par hasard, en marchant dans les couloirs de Yuei pour rejoindre sa classe, ce jour-là où il était arrivé en retard de quelques minutes. Et elle allait mal, c'était aussi une vérité. Il n'avait juste pas approfondi ses explications. Il n'avait pas expliqué à Rui que son amie s'était effondrée devant lui, il ne lui avait pas non plus dit qu'elle tremblotait de tout son corps lorsqu'il l'avait porté pour se ruer à l'infirmerie, ni qu'elle semblait être en proie à de violentes crises qu'il n'avait su reconnaître. Shoto s'était bien gardé de lui parler de ceci, de peur qu'elle ne finisse par faire une crise d'angoisse alors que son amie avait repris des forces et se portait comme un charme. Mais ce qu'il s'efforçait le plus de cacher était surement les paroles qu'elle avait prononcé lors d'une de ses crises, alors qu'il passait prendre des nouvelles de l'élève qu'il venait d'aider. Elle l'avait regardé droit dans les yeux, ses pupilles brillantes d'une inquiétude et d'une peur si forte dont il ne connaissait toujours pas la source.

« Eloigne… les… »

Le ton suppliant de sa voix l'avait fait frissonner avant qu'elle ne retombe dans l'inconscience sur le lit d'un blanc immaculé. Longuement il s'était repassé ses mots en tête, en boucle, encore et encore. Pourquoi lui aurait-elle dur ces mots ? Alors que les jours suivants elle n'avait pas relancé le sujet, et faisait comme si elle n'avait rien dit d'inquiétant.

« Shoto, tu viens ? »

Relevant la tête, il croisa le regard gris électrisant de Rui, l'attendant hors du bus juste face à lui. Il secoua doucement la tête et la rejoint près de leurs camarades. Le soleil tapait fort dans le ciel, faisant ressentir la chaleur de l'été dans toutes les fibres de son corps si bien qu'il avait l'impression d'avoir un poids sur tout le corps. C'était bientôt les vacances d'été, et pour fêter ça ils avaient réussi à obtenir une de ces rares sorties détentes. Ce jour-là, la classe entière avait été excitée pour une sortie dans le plus grand jardin d'acclimatation du Japon. Il fallait dire que les sorties tranquilles de ce genre étaient rares pour les élèves de la filière héroïque, alors lorsque cela arrivait, ils savaient comment en profiter ! Et pour bien profiter du moment, ils s'étaient tous vêtus de tenues simples d'été, leurs uniformes reposant sagement à l'intérieur de leurs armoires.

Pour l'occasion, le professeur Aizawa leur avait proposer de faire des groupes pour vagabonder dans le parc. Il leur donna tour à tour leur billet d'entrée, les horaires et les lieux de rendez-vous à respecter. En tout bon héros qu'ils étaient tous, ils savaient arriver à l'heure et respecter les consignes de sécurité indiqué et donné. Ce fut donc en toute confiance que le professeur Aizawa avait décidé de les laisser s'amuser entre amis pour la journée, s'étant aussi renseigné sur la sécurité rassurante de l'endroit.

Ce fut vers les coups de neuf heures et demi que leur enseignant les libéra à leur folie. Rui avait proposé au fils du numéro un de passer la journée en sa compagnie, proposition qu'il n'avait pas su refuser. Il était rare qu'il puisse refuser quelque chose à la jeune fille, surtout alors qu'ils n'avaient pas passé du temps ensemble depuis un bon moment. Et puis, il souhaitait laisser son ami Izuku profiter de sa journée avec Uraraka tandis que la jeune lycéenne voulait laisser de l'espace au couple très récent de Mina et Eijiro. Et puis, naturellement, il aurait accepté dans tous les cas : voulant passer la journée avec son amie.

Ils avaient passé la matinée à parcourir les différentes parties du parc, essayer le plus d'attractions que possible. Ils attendaient patiemment dans la file d'attention d'une attraction à sensation quand Rui les vit. Elle n'en cru tout d'abord pas ses yeux. Cela faisait si longtemps qu'elle ne les avait pas vu qu'elle avait du mal à croire en cette chance. Avec son changement de lycée, elle n'avait pas eu autant d'occasion de les voir que ce qu'elle avait espéré en début de son année à Yuei. La dernière fois qu'elle les avait croisés était lors de ses dernières vacances, et encore, car certains étaient partis en voyage lorsqu'elle était là. Cette rencontre, bien que fortuite, égaya encore plus la journée de la jeune Suzuki.

Shoto, qui avait remarqué l'air ravi et plus joyeux de Rui, avait détourner la tête dans la direction que fixait la jeune femme pour apercevoir un groupe de personnes, semblant avoir leurs âges. Il fut alors intrigué par le sourire éclatant qui étira ses lèvres jusqu'à voir une personne du groupe d'en face se tourner vers eux, la mine surprise, avant d'esquisser de grands gestes en leur direction, alertant les autres, et de se ruer vers leur place. Ce fut une surprise pour lui de voir Suzuki et l'inconnu se sauter dans les bras et de se serrer l'un contre l'autre comme si leur vie en dépendait. Par ailleurs, en la voyant si proche de ce gars-là, Shoto ressenti comme un pincement au cœur tandis qu'il observait la scène d'un assez mauvais œil.

« Rui ! s'est exclamé l'inconnu en serrant la jeune fille contre lui.

-Sai, Sai, Sai… ! »

L'euphorie de la jeune fille réchauffait le cœur du jeune Todoroki, malgré ce sentiment d'évincement qui ne lui plaisait en rien. Elle semblait vraiment heureuse de voir cette personne. Vraiment très heureuse.

« Qu'est-ce que vous faites là ?!

-C'est à nous de te poser cette question ! T'es à Yuei jeune fille, qu'est-ce que tu viens faire dans ce parc ? »

Le ton grave que l'adolescent pris amusa la jeune héroïne qui sourit un peu plus au jeune homme avant de lui expliquer sa présence ici.

« Tu m'as manquée Sai…

-Toi aussi Rui Suzuki. »

Toute cette effusion de bons sentiments arracha presque une grimace au Todoroki. Presque, si seulement il n'était pas aussi blasé.

« Et nous alors ? On compte pas pour toi ?

-Hotaru… »

Les yeux brillants, Rui vint enlacer les autres inconnus, s'attardant beaucoup plus sur cette jeune fille aux courts cheveux roux bouclés, un peu plus longs que le carré de la noiraude. Le jeune homme observa tour à tour les nouveaux arrivants. La rouquine semblait faire la même taille que son amie. Elle avait des yeux d'un bleu ciel paisible, presque blanc tant ils étaient clairs, qu'elle avait sur sa personne avant de le saluer respectueusement d'un signe de la tête. Salutation qu'il lui rendit de la même façon.

« Tu nous présente, Rui ? »

Cette proposition fut déclarée à voix haute par le fameux Sai, le brun à la cicatrice sur la joue. Son regard noir croisa le sien et le brun lui lança un sourire amical. Rui s'empressa presque aussitôt de le faire. C'est ainsi qu'il fit la connaissance des amis de la jeune fille. Il fit donc la connaissance de la jeune Hotaru Hoshiya ainsi que de Saito Okita, les plus proches et amis d'enfance de la noirâtre. Il rencontra notamment Sana Tachibana et Mao Cheng, deux autres amis à elle qui complétaient leur groupe.

Shoto les écouta distraitement discuter, en pleines retrouvailles, jusqu'à ce que la file d'attente ne soit plus aussi patiente et les pressa pour avancer. Toute la matinée, les deux amis se retrouvèrent en compagnies des nouveaux arrivés. Exceptionnellement, en raison de problème dans leur lycée, les amis de Rui avaient écopé d'une journée de repos surprise, ce qui les avait plus que ravis étant donné qu'ils possédaient des billets pour ce parc depuis un moment maintenant. Ils n'attendaient que le moment où ils pourraient les utiliser.

Malgré le fait que le jeune Todoroki fut légèrement mécontent de voir des inconnus les rejoindre, il fut également ravi de voir la jeune lycéenne sourire aussi radieusement qu'elle le faisait en compagnie de ses amis les plus proches. Oh, elle n'était pas devenue excentrique et joviale rien qu'à leur simple vue. Elle restait tout de même Rui Suzuki, mais Shoto ne pouvait qu'avouer qu'elle semblait bien plus épanouie en leur compagnie. Et l'apprenti héros ressentait son cœur s'apaiser à la vue de ses sourires enchantés. C'était comme une tendre caresse qui se déposait dans sa poitrine. Il aimait la voir aussi heureuse. C'était une chose suffisante pour lui.

Lorsque l'heure du repas général sonna pour les deux étudiants de Yuei, ceux-ci saluèrent les autres personnes pour retourner aux côtés de leur professeur et de leurs autres compagnons. Ils avaient tous prévu un pique-nique dans les sacs qu'ils avaient amenés avec eux. Installés sur du gazon, Rui et Shoto avaient leur dos collé entre eux. Quelques fois, les mèches noires de la jeune fille lui chatouillaient par moment la nuque. Dans ses moments-là, il avait pour habitude d'appuyer sa tête contre la sienne alors que la jeune femme détourner généralement son crâne pour venir la reposer sur son épaule. Ils étaient tous les deux assis l'un contre l'autre, chacun face à leurs amis. Rui discuta avec Mina tout le long du repas tandis que Shoto se contentait d'écouter ce qu'Izuku avait à lui dire. Celui-ci, par ailleurs, meublait à lui seul toute la conversation jusqu'à la fin du déjeuner, le fils du numéro un s'accomplissant à ouvrir la bouche de temps à autre.

Après le repas, chacun repartit de con côté. Todoroki et la noiraude reprirent leur exploration du parc, se baladant d'activités en activités. Cet après-midi-là, Rui fut plus rayonnante que jamais. Elle fut plus souriante, plus éclatante. Et Shoto ne pouvait que se sentir bien à ses côtés, comme ça. Rien que de voir son visage étincelant suffisait à ce que son cœur tressaute de bien-être et que son corps ne s'embrase chaleureusement. Cela faisait un moment qu'il y songeait déjà. Près d'elle, tout paraissait si simple et si compliqué à la fois. Comme si elle appartenait à un tout autre monde. Lorsqu'il était avec Rui, l'adolescent ne pensait plus à rien d'autre. C'était comme si son esprit se vidait entièrement, il ne pouvait faire attention qu'à elle.

Rui avait réussi, il ne savait comment, à s'encrer au plus profond de son être, d'une manière si subtile et permanente qu'il avait cette impression que son passage dans sa vie serait dès à présent indélébile. Il ne pensait pas ressentir ça pour elle en particulier. Shoto avait toujours su qu'il passerait par beaucoup d'épreuve avant d'être un héros. Mais il n'avait pas pensé une seule seconde que cette épreuve en particulier tomberait sur sa si chère amie. Elle avait seulement su comment le comprendre, comment il fonctionnait. Elle avait juste été là, sans grande prétention, de son air désintéressé, comme toujours. Elle avait juste été elle-même avec lui. Elle lui avait juste plu, telle qu'elle était.

C'était à la fois curieux et étrange pour celui-ci. C'était les premiers émois, les premiers sentiments de l'adolescence. Et Shoto ne s'était pas préparé à ça. A tout ça. Alors ça lui semblait bizarre. Mais lorsqu'elle lui souriait, aussi heureuse et pleine de vie, il ne se posait plus de questions. Il ne savait pas comment il en était arrivé là. Simplement, il s'en fichait un peu à présent. C'était devenu comme une habitude tout ça. C'était devenu si naturel, que ça semblait avoir toujours fait partie de sa vie. Elle lui avait juste plu. Depuis le début.

« T'es sûre que tu ne veux pas un souvenir toi aussi ? »

Ses yeux vairons se posèrent sur la silhouette de Rui, dos à lui, qui observait différents objets dans la vitrine de ce petit magasin de souvenirs. Il lui affirma que non avant qu'elle ne l'entraîne à sa suite à l'intérieur de la bâtisse. Ils parcoururent un court instant les rayons du petit magasin avant que la jeune héroïne ne trouve ce qui lui fallait ; un simple pendentif avec, à son bout, une agate violette. Il lui déclara qu'il l'attendrait à la sortie pendant qu'elle finissait ses achats, déclaration à laquelle elle acquiesça en partant vers les caisses. Une fois dehors, le fils d'Endeavor n'attendit pas longtemps avant qu'elle ne le rejoigne, un petit sourire accompagnant ses pas. Il releva un sourcil, auquel elle répondit par un simple haussement des épaules à peine perceptible.

Se devant de retourner auprès de leur professeur vers les coups de dix-sept heures et demi, les deux élèves de la A-1 rejoignirent, deux heures avant leur départ, les amis de la noiraude pour que la jeune femme puisse s'amuser en compagnie de ses amis proches. Même si Shoto aurait bien voulue terminer la journée en sa simple compagnie, il ne pouvait que se réjouir de ressentir, lui aussi, le bonheur de la jeune fille tant il était grand.

En fin de journée, lorsqu'il fut temps de rentrer pour les deux élèves, ils marchèrent un moment jusqu'à ce que l'heure des aux revoir sonna. Debout devant les deux étudiants, les amis de la jeune fille les saluèrent chaleureusement, certains la prenant dans leurs bras, mécontents de la voir partir.

« Lâche-moi, Sana…, déclara Rui d'une voix blasée.

-Non, je veux pas ! Je veux que tu restes avec nous ! »

La voix capricieuse et enfantine de sa compère amusé les spectateurs du spectacle, Todoroki y compris. Après les dernières salutations, le jeune homme posa une main sur l'épaule de sa camarade pour retourner auprès des autres élèves de leur classe. Elle esquissa un dernier geste de la main en leur direction, et alors qu'ils s'apprêtaient à partir, une femme encapuchonnée saisit violemment le poignet de Suzuki et l'assomma d'un coup sur la nuque, la faisant tomber raide dans ses bras à elle. Sous les yeux écarquillés de Shoto, Rui et cette dame disparurent soudainement, en un clignement d'yeux, ne laissant derrière elles que deux pendentifs d'agate violette et blanche.

Rui venait tout juste d'être enlevée, sous le regard ébahi et médusé de tous ses amis.


Et voilà comme promis le 17ème chapitre !
Ça va sinon ?

Et ouais : un KIDNAPPING !
Enfin les choses commencent à devenir graaaaave sérieuse. Donc pour tout ceux qui sont arrivés jusque la sans se lasser, merci et félicitations ! Depuis le temps que je dis que ça allait devenir sérieux, c'est enfin arrivé !

J'ai eu BEAUCOUP de facilité à écrire ce chapitre. En fait, j'ai beaucoup de facilité lorsque ça concerne des genre de scènes d'action et de ressenti profond.

Enfin bref, tout ça pour dire, j'espère que vous avez apprécié lire le commencement du suspens. N'hésitez pas à laissez des com pour me donner vos impressions et à voter !

Sur ce, je vous fais de gros bisous et vous dit à bientôt !

Bien à vous,
Motaku.