« Oï, la gamine ! C'est quand que tu te réveilles ?! »

Surement pas maintenant, elle pensa immédiatement. Rui était sortie dans les vapes depuis quelques minutes à présent. Elle n'avait pas osé ouvrir les yeux, préférant jouer la sureté. Il ne fallait pas être devin pour comprendre qu'elle venait de se faire kidnapper. Ni qu'elle ne saura surement pas où elle se trouvait. Mais peut-être réussirait-elle à récupérer quelques informations quelconques en prétendant être évanouie.

« Laisse-la. »

Rui ne pouvait pas voir cette personne qui venait d'hausser la voix. Elle pouvait juste entendre le tint bien plus grave que la voix précédente. Elle entendit le grincement d'une porte s'ouvrir, puis des pas qui se faisaient de plus en plus proches d'elle.

« Elle n'est pas morte, au moins ?

-Bien sûr que non ! Vérifie par toi-même ! »

La jeune fille sentit quelqu'un s'approcher d'elle. Son cœur commença à battre violemment dans sa poitrine. Elle tenta de ralentir sa respiration qui s'affolait à vue d'œil. Elle sentit une main l'attraper par les cheveux brutalement pour relever sa tête. Rui essaya de garder un air impassible, de ne pas grimacer sous la douleur de la poigne de son ravisseur. Toujours les yeux fermés, gémissant de discrètement de douleur, elle sentit deux doigts se poser sur son pouls au niveau de son cou. A cet instant, elle se mit à prier fortement n'importe quelle divinité pour que la personne ne sente pas son rythme cardiaque effréné.

« C'est au moins ça, claqua froidement la voix la plus grave.

-J'en ai marre d'attendre ! s'exclama une voix fluette qui s'éleva dans l'air. »

A peine quelques secondes suivirent cette réplique que Rui sentit une main claquer avec force contre sa joue gauche, la faisant ouvrir les yeux de choc et laisser un petit son de douleur s'échapper de sa bouche. La joue brûlante et rouge, l'étudiante tourna lentement sa tête afin que ses yeux ne rencontrent que le plus tard possible ceux de son assaillant. Enfin, assaillante plutôt. Celle-ci possédait des cheveux noir lâchés derrière son dos, un nez petit mais pointu où se tenait des lunettes aux contours blancs juste devant ses yeux. Et ses yeux. Des prunelles opaques, où Rui semblait apercevoir comme un éclat de folie, de démence. Une folie pure qui scintillait comme des flammes ardentes dans son regard fou. Elle ne pouvait pas expliquer comment elle pouvait savoir si cette femme était ou non dérangée psychologiquement. C'était juste son instinct qui le lui disait. Et cette lueur dans ses pupilles.

Complètement paralysée de peur, la noiraude ne silla même pas quand la femme rapprocha son visage du sien, dans un sourire des plus malsain.

« Alors c'est toi la fameuse Rui Suzuki… »

Le sourire de la dame s'agrandit encore plus, la peur de la jeune fille augmentant elle aussi.

« Ecoute petite, tu vas gentiment nous dire où ils se trouvent, d'accord ? Si tu le fais, on ne te fera rien, rien de mal. »

Sous le silence apeuré de l'adolescente, l'adulte fronça les sourcils. Dans un excès de folie pure, la noirâtre administra une deuxième claque à la jeune fille qui résonna dans cette cave bien plus fortement que la précédente.

« Réponds-moi, petite insolente !

-Rita ! »

Cette dernière claqua des doigts et Rui vit du coin de l'œil l'homme à la voix grave se faire propulser contre le mur avec brusquerie. La jeune lycéenne ne tenta pas de cacher sa surprise. L'autre homme présent avec eux dans la pièce observait simplement la scène avec une lueur amusé dans le regard. La fameuse Rita saisit d'une de ses mains le visage de la fille Suzuki et la retourna durement pour qu'elle lui fasse face.

« Ecoute-moi bien, petite salope, on n'a pas que ça à faire alors crache le morceau et dis-nous où ils se trouvent !

-Je… Je ne sais pas de quoi vous parlez… ! »

La lueur de colère se transforma rapidement en haine dans le regard dérangé de Rita alors que Suzuki sentit son souffle se couper subitement. Elle ressentit comme une chose enroulée autour de son cou alors que la noiraude s'était écartée d'elle et la regardait à présent avec toute l'indifférence du monde. Ce n'était pas des doigts, donc pas une personne dont l'Alter était l'invisibilité. Cette chose autour de son cou resserra sa prise, la faisant suffoquer douloureusement. Les yeux de Rui s'écarquillèrent de panique alors que ses pupilles se dilatèrent en une fraction de seconde. Plus aucun courant d'air ne passa dans sa gorge pour rejoindre ses poumons. Elle tenta vainement d'enlever cette chose invisible de son corps, se débattant du mieux qu'elle pouvait. Mais l'oxygène se faisait de plus en plus rares et ses poumons commencèrent à la brûler de l'intérieur. Elle peinait à garder les yeux ouverts, sous le regard d'une folle furieuse, et elle n'allait pas tarder à tomber dans les pommes. Allait-elle réellement mourir… ?

« Ça suffit Rita ! »

Soudainement, l'air pu se retracer un chemin jusqu'à ses poumons qui se gonflèrent de soulagement en aspirant le plus d'oxygène dont ils étaient capables. Toussant bruyamment son supplice, l'adolescente se tint la gorge. Tressautant et tremblante. Terrifiée. Elle avait failli mourir. Elle était passé à deux doigts de la mort. Ne réalisant que lentement les évènements qui venaient de se dérouler, elle ne fit pas attention à la scène qui se jouait devant elle mais écoutait d'une oreille attentive ce qu'il disait entre eux.

« Tu es complètement malade ! Tu l'as déjà tué alors que c'était elle qui les avait cachés, tu penses qu'il va te pardonner de buter la seule personne qui sache peut-être où ils se trouvent ?!

-Comme tu dis, peut-être ! On ne sait même pas si elle le sait ! Mieux vaut la tuer maintenant et continuer que d'attendre sagement qu'elle ne parle ! Vous pensez sérieusement qu'elle va tout nous donner sur un plateau d'argent ?! Cette petite salope a dû éduquer sa fille pour qu'elle se taise ! Mieux vaut faire le travail nous-même en continuant les recherches !

-Rita, claqua la voix rauque sèchement. »

Le ton de cette voix fut si froid et dénué d'humanité qu'elle fit frissonner Rui, toujours à terre et la tête vers le sol.

« Je n'ai déjà pas supporté le fait que tu m'envoies valser à l'autre bout de la pièce comme ça, commença la voix dans une menace à peine dissimulé. Mais en plus de ça, tu ne veux pas suivre ses plans. Que veux-tu qu'on fasse ? Que je lui parle de ta dernière connerie ? Que c'est toi qui l'as tué dans un excès de rage et de folie non contrôlé ? Tu te souviens de la dernière fois qu'il a été en colère ? »

Reprenant légèrement courage, Suzuki osa relever un regard méfiant vers la scène se jouant sous ses yeux. Contre toutes attentes, la femme aux cheveux noires tremblait de tout son corps, les yeux révulsés et des mains tremblantes devant ses lèvres. Une peur immense se reflétait dans ses yeux, se mélangeant à sa folie. Tournant la tête, Rui pu enfin décrire l'homme à la voix la plus rauque. Celui-ci avait des cheveux vert sombre en épis sur le crâne, pas très longs, un regard en amande dont les pupilles étaient, elles, d'une couleur vert émeraude. Son regard noir était planté dans celui opaque de la plus vieille des deux jeunes femmes. Cette dernière s'avança, chancelante, vers son compagnon pour lui prendre le bras alors que ce dernier la regardait avec toute l'indifférence du monde.

« Xavier, Xavier, Xavier… tu ne lui diras rien, hein… ? Tu ne lui diras rien, hein ?! »

Son regard redevint fou, et ledit Xavier se dégagea sèchement de la poigne de la noiraude.

« Fais ton travail, et je saurais garder le silence. »

Sans qu'elle ne comprenne quoique ce soit, l'homme qui était restait en retrait avait fait apparaître des chaînes qu'il avait sortit de son bras pour venir les lui attacher aux poignets. Il l'avait ensuite élevé, son corps pendant au-dessus du sol alors qu'il l'attachait à un énorme tuyau suspendu au plafond. Quand il eu fini de la ligoter, celui-ci ris place devant elle et Rui pu enfin décrire le dernier des ravisseurs. Il avait des cheveux, bleu, qui lui descendait jusqu'aux épaules. Ses yeux, d'un jaune éclatant, étaient écarquillés et il ne cessait de tirer avidement la langue. Il possédait une énorme cicatrice sous son œil gauche, cicatrisé. Ce dernier se pencha pour se mettre bien en face de son visage, comme l'avait fait Rita auparavant, et dit d'une voix doucereuse et menaçante :

« Ecoute, petite. On n'a pas que ça à faire de jouer les baby-sitters. Alors soit tu nous racontes tout, ou sinon soit certaine qu'on te fera vivre le pire cauchemar de ta vie. Mais on ne te tuera pas, ne t'inquiètes pas. »

Comme si cela pouvait la rassurer.

« Alors. Dis-nous. Où. Ils. Sont, articula-t-il en appuyant sur chacun de ses mots.

-Je ne sais pas de quoi vous parlez…

-Quoi ?

-Je ne sais pas… de quoi vous parlez… »

La voix faible et craintive de l'adolescente, ainsi que son silence, ne plurent pas à l'homme qui lui foutu son poing en pleine figure. Le coup fut si fort que Rui saigna en se mordant accidentellement l'intérieur de la joue. Le goût métallique du sang se mêla à sa salive. L'amertume du liquide ne la firent même pas broncher, la douleur du coup bien supérieur à un simple goût de sang. Elle ne savait même pas ce qu'elle faisait là. Elle ne savait même pas ce qu'ils lui voulaient. De quoi est-ce qu'ils lui parlaient donc ? Elle ne comprenait rien à ce qu'il se passait.

« Takashi.

-T'as une meilleure idée pour la faire parler peut-être, Xavier ?

-Si Rita ne l'avait pas agressée comme ça, on aurait pu lui faire croire n'importe quoi qu'elle nous aurait cru, énonça froidement le verdâtre. A présent, c'est sûr qu'elle ne va pas nous répondre abruti. »

Cette énonciation jeta un froid entre les trois kidnappeurs qui se jaugèrent tous du regard.

« Sa putain de mère les a tous cacher, cracha haineusement Rita. Et la connaissant, elle a dû au moins tout balancer à sa bâtarde de fille.

-Ma mère… ?

-Oh, pauvre chou, elle reprend ses esprits ! s'écria la noirâtre avec un grain de folie dans la voix.

-Elle ne doit pas avoir compris ce qu'elle fait là, à cause du choc du réveil et de son enlèvement, Rita.

-C'est génial, génial, génial, génial tout ça ! rigola-t-elle hystériquement. Tu ne sais même pas ce que tu fais-là, fabuleux, fantastique !

-Tu sais qui nous sommes ? demanda le fameux Takashi en un froncement de sourcils.

-Non…, avoua doucement la lycéenne.

-On est des amis de ta salope de mère. Et on veut récupérer ce qu'elle nous a volé.

-Ma… mère… ? »

Les yeux fous de la noiraude se posèrent, une fois de plus, sur sa personne. Seulement, cette fois, Rui ne frissonna pas de terreur. Non. Elle était trop plongée dans ses pensés pour ça. Sa mère ? Rita attrapa le menton de Suzuki pour que ses yeux rencontrent les siens, avant d'articuler avec assidument, un sourire complètement psychopathe scotché aux lèvres :

« Ta chère, chère Maman, Uta Akabane. »

Lorsque le prénom de sa mère sortit de la bouche de la noirâtre, Rui n'en cru tout d'abord pas ses oreilles. Ses yeux s'écarquillèrent soudainement et son souffle se coupa brusquement. Un poids invisible se déposa sur ses épaules qui auraient pu s'affaisser si elles en avaient eu le droit. Et son cœur se serra dans sa poitrine. Uta Akabane. Uta Akabane. C'était le nom de jeune fille de sa mère. Sa défunte mère. Morte. Dans un incendie. Causé par son -putain- d'amant.

Le cerveau de la jeune fille surchauffa. Se questionnant sur sa mère. Qu'est-ce qu'elle venait donc faire dans cette histoire ? Qu'avait-elle fait de si mal ? Qu'avait-elle dont volé ? Sa mère ne volerait jamais ! Elle avait beau être la plus grosse déception dans la vie de Rui, Uta Akabane restait sa mère, et quelque part elle l'aimait encore si fort. Et elle connaissait sa génitrice. Jamais. Jamais elle ne volerait. Sa mère n'était pas ce genre de personne. Et pour voler quoi à ses prétendus amis ? Rui ne comprenait rien à la situation. Elle était complètement perdue.

« Je ne sais pas de quoi vous parlez…, avoua-t-elle à demi-mot toujours sous le choc des révélations.

-Mensonge ! s'exclama immédiatement Rita. Tu mens, tu mens, tu mens ! C'est obligé qu'elle ait dû le dire au moins à toi ! elle la prit par les cheveux et les lui tira violemment. Où. Sont. Ils ?!

-Calme-toi Rita, intervient Takashi.

-Même si je le savais, je ne vous le dirais pas. »

Elle ne savait pas pourquoi, mais sa bouche avait parlé toute seule. Articulant ces mots avec un ton si sérieux que personne ne pouvait douter cette exclamation comme un mensonge. Seulement, Rui ne savait pas elle-même pourquoi elle avait dit ça. Elle n'avait même pas pensé à cette phrase. Elle avait même été beaucoup trop concentrée dans la douleur que subissait ses cheveux et ses questions profondes internes qu'elle n'avait pensé à rien d'autres. Alors pourquoi diable cette phrase était-elle sortie d'entre ses lèvres ?

« Ça… Ça c'est la preuve qu'elle sait ! Elle sait ! s'écria Rita en la relâchant dans un excès de démence violent.

-Ecoute-moi bien, petite, commença le bleuter d'un calme mais non sans menace. Tu vas tout nous dire, ou je peux te jurer que tu subiras les pires douleurs de ta vie.

-Je ne sais rien… »

Et la claque partie toute seule, si violente qu'elle fit pivoter la tête de Rui. Ils perdaient patience, elle le voyait bien. Mais que pouvait-elle bien faire ? Elle n'était au courant de rien. D'absolument rien. Sa mère, elle ne l'avait pas revue depuis sa plus tendre enfance depuis qu'elle était partie avec ce héros de pacotille et qu'elle les avait laissés, elle et son père, sans aucune once de remord à leur égard. Elle le voyait, à leur regard fou et impatient, qu'ils souhaitaient se jeter sur elle comme des fauves. Elle avait compris qu'en semant le doute ainsi, bien qu'inconsciemment, elle les avait obligés à la garder en vie. Car dans le cas contraire, si elle n'avait servi à rien, elle aurait été tuée immédiatement.

Puis Rui comprit brusquement, aux sourires malsains et sans humanité sui étirèrent leurs lèvres, que son cauchemar ne venait que de commencer. Avant d'arriver ici, elle avait passé une si belle journée avec Shoto et ses amis. Et en repensant à eux, dans cet endroit lugubre sans aucune lumière lui permettant de s'enfuir, Rui commença à prier les Dieux pour qu'elle puisse partir d'ici. Sa dernière pensée rationnelle fut pour Shoto. Et elle pria pour qu'il la retrouve vite…


Bonjour !
Eh bien, voilà un chapitre révélation !

Qu'en pensez-vous ? Que dîtes-vous de ces méchants ? Rita ? Xavier ? Takashi ? Sur la mère de Rui ?

Le prochain chapitre sera du point de vue de Shoto ! J'espère que vous avez apprécié ce chapitre, même s'il était peut-être un peu compliqué à lire pour les âmes sensibles.

N'hésitez pas à laisser des coms et des votes, enfin la chanson habituelle quoi :)

Sur ce, je vous fais de gros bisous et vous dis à bientôt !

Bien à vous,
Motaku.