« Ne t'en fais pas, on va bientôt la retrouver… »
Acquiesçant lentement de la tête aux dires de son ami, Shoto ne répondit pas à celui-ci qui afficha un triste sourire. Il avait du mal à le croire. Oh, oui, ils la retrouveraient, bien sûr. Cela ne pouvait se passer autrement. Mais bientôt à y croire. Et Izuku aussi, à vrai dire.
Voilà un mois que les recherches pour retrouver Rui Suzuki avaient débuté. Et toujours aucunes traces, aucuns témoins, ou peu, en le comptant lui et les amis de la noiraude, ni aucuns indices. L'enquête, bien qu'après un long mois de recherche, ne donnait toujours rien. Et un mois que Shoto se morfondait, culpabilisait pour ne pas avoir réagi assez vite ce jour-là, au parc. Et malgré que ce ne soit pas de sa faute, il n'avait cessé de s'excuser après de Monsieur Suzuki qui vivait les pires moments de sa vie actuellement, malgré que ce dernier ne pensait pas l'ami de sa fille responsable du tout de sa disparition. Mais Monsieur Suzuki était trop gentil, et Shoto l'avait tout de suite compris lors de leur rencontre, au moment de la réunion parents-prof.
Monsieur Aizawa aussi était dans tous ses états. Il était bien plus fatigué que d'habitude, ses poches sous les yeux s'étant agrandies. Ses cours étaient plats, et même lui ne semblait pas totalement apte à donner cours même s'il faisait de son mieux. L'ambiance de la classe était morbide et déprimante, tous bien trop préoccupé par le cas de leur camarade. Ça avait été la panique générale quand Todoroki était revenu vers eux affolé, pour leur raconter ce qu'il venait de se passer sous ses yeux. Leur professeur avait même pensé à porter plainte contre le parc pour négligence à la sécurité des clients. Il a très vite été calmé par les autres professeurs, lui remettant les esprits en place en soulignant le manque évident de preuve contre la société visée.
La police semblait mettre toute son énergie dans ces recherches, mais cela ne suffisait pas à calmer la peur de la 1-A. Ni la culpabilité de Shoto. Tout était allé trop vite. Depuis ce jour-là, il ne se séparait plus des pendentifs que la noiraude avait acheté. Il n'était pas bête, et avait bien deviné que le pendentif d'agate blanche était pour lui. Le violet était la couleur préférée de Rui. Et elle savait qu'il aimait particulièrement le blanc.
Des questions ne cessaient de tourner dans sa tête, rendant impossible le sommeil paisible pour l'apprenti héros. Il ne se reposait plus. Pourquoi avaient-ils capturé Rui ? Qui l'avait fait ? L'Alliance ? C'était possible. Pourquoi ? Peut-être pour menacer All Might ou son père. Mais pourquoi elle ? Mais pourquoi, parmi tous, elle en particulier ? Ils auraient pu prendre n'importe quels citoyens que les héros auraient débarqué. Et qui était cette femme aux cheveux violets ? Une nouvelle vilaine ? Une nouvelle de l'Alliance ? Ou peut-être était-ce une autre organisation ? Comment savaient-ils qu'ils allaient se retrouver là-bas ? Comment avaient-ils pu entrer ?
Toutes ses questions n'arrêtaient pas de tourner en boucle dans son cerveau. Il ne dormait plus, ne mangeait plus ou très peu. Il vivait comme un zombi, ressemblait à un zombi avec sa peau devenu très, même trop, pâle et son regard fatigué marqué par des cernes énormes. Shoto ne vivait plus. Et le sentiment d'inutilité ne cessait de le ronger de l'intérieur. Il suivait l'affaire de Rui de près, Aizawa, connaissant le lien étroit qui unissait ses deux élèves, l'informe de tous les progrès qui survenaient dans l'enquête. Mais rien n'avançait. C'était silence radio. L'adolescent avait même entendu son professeur crier sur des policiers en soulignant leurs incompétences.
Shoto inquiétait tout son entourage. Sa sœur, son frère, ses amis, ses professeurs… Même Monoma n'osait plus les critiquer et ne leur lançait qu'un regard désolé et empli de pitié à présent.
Avec toute cette agitation, Shota Aizawa se retrouvait très vite épuisé. Déjà le poids de la disparition de son élève pesait sur ses épaules, mais en plus du rejet des parents d'élèves, du stress de l'enquête, et de la peur des étudiants et de leurs parents ne faisait qu'augmenter son taux de fatigue et d'anxiété. L'angoisse le pourchassait. Le corps enseignant entier semblait secoué. Déjà que l'histoire d'enlèvement d'enfants avait été compliqué à gérer pour eux, à présent ils se retrouvaient avec l'enlèvement d'une mineure dans un lieu publique. Et les gros titres des infos n'arrangeaient rien à leurs craintes : « Enlèvement d'une mineure au grand jardin d'acclimatation Asobou : mais que s'est-il passé ? », « Rui Suzuki, les cassettes de son enlèvement disparues ! », « Enseignants insouciants ou sécurité négligente : à qui la faute ? », et encore pleins d'autres. Il fallait dire que le kidnapping d'une élève de Yuei n'était pas passé sourd auprès des rédacteurs qui s'étaient empressés d'écrire sur le sujet, non pas pour prévenir mais bien pour vendre, comme tous bons chroniqueurs.
Assit juste devant son bureau, Shoto observait d'un regard impassible un point invisible sur sa table. Ses camarades le regardaient avec pitié et inquiétude tous deux mélangés. Ils n'étaient pas aussi proches de Rui que pouvait l'être Shoto, alors ils ne pouvaient qu'imaginer le calvaire qu'il devait vivre en ce moment-même.
« Todoroki… »
Il leva à peine le regard vers la jeune Yaoyorozu qui se crispa en constatant le manque de réponse. Momo se sentit mal de le voir ainsi. Elle aimait bien Shoto. Sans que cela ne soit réellement proche de l'amour, mais plus qu'une simple amitié. C'était complexe. Il était encore plus froid qu'à l'accoutumé. Et Dieu seul savait qu'il était devenu beaucoup plus chaleureux depuis l'examen. Ça lui fendait le cœur de le voir ainsi. Aussi froid et distant.
« Todoroki…, répéta-t-elle avec douceur.
-Qu'est-ce qu'il y a ?
-Monsieur Aizawa souhaiterait te parler à la fin du cours. Il veut que tu le rejoignes dans la classe principale.
-Bien. »
Momo comprenait ce que pouvait ressentir le jeune garçon. L'impuissance peignait ses traits. Il était si démuni qu'il en perdait de sa superbe, de ce qui faisait de lui Shoto Todoroki. Elle aussi, aimerait pouvoir aider leur amie. Elle aussi, elle aurait aimé avoir du pouvoir dans cette situation. Mais ils ne le pouvaient pas. Parce qu'ils n'avaient aucune piste, aucun contrôle, aucune force pour lui venir en aide. Parce qu'ils ne savaient rien, et ne pouvaient rien faire qu'attendre. Ce n'était pas la même chose qu'avec Katsuki ou ils savaient où il se trouvait. Ils ne savaient rien. Ils n'étaient que des adolescents. Et aux yeux de la loi, ils étaient impuissants.
Avec un dernier regard attristé en sa direction, la jeune Yaoyorozu tourna les tallons pour rejoindre son pupitre tandis que leur professeur d'anglais entrait dans la classe. Comme à son habitude depuis un mois, Todoroki écrivait son cours dans son cahier comme un automate, n'écoutant pas réellement son prof mais tentant de rester tout de même attentif. Car c'était une des seules choses qui lui permettait de ne pas penser à sa situation.
La sonnerie qui retentit fut comme une douce ironie dans ses oreilles. Le jeune homme rangea sagement ses affaires dans son sac de cours puis parti de la salle sans se retourner. Il erra dans les couloirs dans le but de retrouver son professeur. Alors qu'il s'approchait de sa classe principale, il se fit violemment bousculer au coin des escaliers. En relevant la tête pour voir son assaillant, il fut surpris d'apercevoir la longue chevelure argentée de Mari Koriyama, qui tourna en un mouvement la tête vers lui.
Mari Koriyama. Si Shoto se souvenait bien, l'argentée était une amie proche de Rui. La voir dans ces conditions lui fit bizarre. Car il ne l'avait encore jamais vu en dehors de l'école. C'est-à-dire, au commissariat ou chez les Suzuki. Il y allait souvent, et ne l'y avait encore jamais vu. Mais Shoto était toujours doté de sa conscience et de son esprit de réflexion, donc il pensa que c'était surement normal, qu'elle y allait lorsque lui ne l'était pas.
Ses iris roses se plantèrent dans les siens et se dilatèrent à leur rencontre. Sa bouche s'entrouvrit, ses traits se tirèrent dans une moue surprise mêlé à une sorte de… peur ? Il fronça les sourcils en remarquant ses mains resserrer leur prise sur ses livres et cahiers. Il ne manqua pas de remarquer non plus l'air déçue et attristé qui s'exprima sur son visage quelques secondes avant qu'elle ne décide de le quitter presqu'en courant loin de lui.
Il fut intrigué par cette réaction. Méfiant était le mot exact. Personne ne semblait avoir remarquer la scène qui venait de se dérouler sous leurs yeux, et Shoto resta de longues secondes à fixer l'endroit où avait disparu la jeune femme. Attitude étrange, qui laissèrent des questions en suspens dans la tête du jeune Todoroki mais pour l'heure, il devait se rendre voir son professeur. Il repartit sans plus prêter attention à la scène qui venait de se dérouler, mais la garda dans un coin de sa tête.
« Todoroki.
-Bonjour Monsieur. »
Il salua Aizawa d'un mouvement de la tête respectueux. Eraser Head le fit asseoir face à son bureau, et le regarda avec sérieux.
« Ça ne peut plus continuer Todoroki.
-Je ne vois pas de quoi vous parlez.
-Todoroki, il se pinça l'arête du nez d'épuisement. Ecoute, je comprends bien que tu sois inquiet pour Suzuki. Mais cela ne devrait pas t'empêcher de travailler en cours. »
Imperceptiblement, les poings de Shoto se serrèrent avec force. Il ne répondit même pas.
« Ecoute, on ne peut rien faire pour l'instant. Je ne te demande pas de continuer ta vie comme si de rien était, mais tu ne peux rien faire pour elle, tout comme nous tous dans cette école. Alors je te demande de te concentrer sur tes cours pour l'instant. Je te tiendrais au courant de l'avancée, mais il n'y a rien pour l'instant alors travaille en classe. »
Il ne regarda pas son professeur. Il savait que celui-ci avait raison. Mais c'était plus fort que lui. Il ne pouvait pas faire autrement, trop investi, trop concerné. Son enseignant lui parla quelques minutes de plus avant de le relâcher pour qu'il rejoigne son prochain cours, le temps de pause du matin terminé. Il retrouva ses camarades dans une autre classe pour un cours de sciences. Là-bas, Izuku l'attendait, inquiet, et il s'assit face au Todoroki quand ce dernier fini par s'installer.
« Que s'est-il passé avec Monsieur Aizawa ? Ça va ? Tu n'as pas l'air bien… »
Shoto l'observa un instant. Midoriya était très inquiet pour sa personne, et bien que cela puisse lui faire plaisir d'avoir un tel ami, il voulait, parfois, qu'il ne le remarque pas. Surtout dans ses pires moments de faiblesse.
« Ça va. On a parlé… des cours.
-Je vois… »
Le verdâtre sourit doucement, essayant d'être rassurant. Il comprenait que le jeune homme ne veule pas tout lui dire. Ça lui allait, tant que lui se portait bien. Puis Shoto plongea dans ses pensées. Il était inutile dans cette histoire. Malgré son témoignage, rien n'avançait. Il voulait la sauver.
« Ce n'est pas normal… »
Il repensa à sa conversation avec Izuku une semaine plus tôt. Ce dernier lui avait avoué ne pas trouver ça normal que rien n'avance, qu'il n'y ait que des témoignages et aucuns autres indices. Ils avaient discuté un moment de la condition des policiers. Personne ne comprenait pourquoi il n'y avait rien. Surtout avec les unités du gouvernement dans l'affaire, quand les enlèvements avaient pris de l'ampleur. Depuis Suzuki. Il se demanda comment il pouvait être utile.
« Todoroki… »
Ledit Todoroki se retourna vers son interlocutrice. Ashido le regardait avec épuisement, son énergie et sa bonne humeur qui la caractérisait su bien envolés.
« Ashido.
-J'aimerais… J'aimerais te parler…, elle observa Izuku. Seule à seul. »
Izuku sembla comprendre et quitta donc sa chaise pour les laisser à deux. Mina s'installa face à lui. Elle n'osa tout d'abord pas le regarder et dit au bout d'un moment :
« Est-ce que… Est-ce que l'enquête avance ? Tu as vu Monsieur Aizawa aujourd'hui, il t'a dit des choses ? »
Il hocha négativement la tête. N'ayant rien avoir avec l'enlèvement, n'étant pas un témoin direct, Mina avait été retiré de l'enquête après un interrogatoire. Ainsi, elle ne pouvait qu'apprendre les nouveautés que de la bouche de Shoto qui n'hésitait jamais à la mettre au courant, comprenant sa position dans l'affaire. Celle-ci se prit la tête entre les mains. Elle se sentait mal. Tout cela n'était en rien normal, tout le monde le pensait. Un mois. Sans aucune, aucune avancée. Elle le savait. La parole ne comptait pas. Et la disparition de ces vidéos de surveillances n'était pas normale.
« Il faut la retrouver… Qui sait ce qu'elle peut vivre en ce moment… ? »
Elle se releva vers lui, le regard à la fois suppliant et déterminé.
« Je suis désolée… Vraiment désolée de te demander ça, en connaissant ta situation… »
Shoto haussa un sourcil, voulant savoir où elle voulait en venir.
« J'ai peut-être… peut-être une solution pour savoir si ces cassettes ont réellement disparus… »
Il allait répliquer quelque chose mais la rose le coupa subitement en continuant :
« Je sais… ce qu'a dit la police… Mais… On va dire que… les enquêtes et moi, ça fait deux. J'ai toujours été assez sceptique quand il s'agissait de disparition, et le temps passé avec Rui n'arrangea pas les choses. On a beaucoup discuté avec elle, de différentes affaires d'enlèvements et autres. Avec elle, on a parlé du cas de Olivia Rickman. Cette enfant qui a été enlevée et est morte, et dont l'enquête s'est retrouvée être bâclée du tout au tout. Elle avait un oncle qui était haut placé dans le top héros allemand. Un oncle qui aurait pu faire avancée l'enquête s'il s'était servi de sa position. Un oncle qui aurait pu sauver sa nièce. »
Shoto écarquilla les yeux, comprenait là où elle voulait en venir et entrouvrit les lèvres de stupeur face à sa demande. Mina plongea un regard implorant dans le sien, et baissa la tête comme une supplication.
« S'il te plaît. Faits en sorte que ton père se procure le dossier de Rui. »
Il ne répondit pas, tout d'abord assourdit par une telle demande. Puis il réfléchit et se dit que tout ça était logique. Son père n'aurait aucun mal à découvrir la vérité grâce à son statut de héros numéro un. Il devrait lourdement insister, et il s'agissait de son père, mais Ashido n'avait pas tort : ils pourraient avancés s'ils avaient toutes les informations, et si elles s'avéraient véridique. Shoto s'avachit sur sa chaise et se mordit la lèvre. Il ne voulait pas demander une telle chose. Déjà, car c'était son géniteur, mais aussi parce qu'il savait que ce genre de chose ne se faisait pas. Mais cette fois, il n'avait pas le choix s'il voulait connaître la vérité. Shoto devait se faire une raison.
Il allait devoir implorer son père pour jouer de sa position, chose qu'il détestait. Mais c'était pour Rui. Alors tout ça en valait la peine.
Hello !
Bon bah un petit chapitre en avance pour marquer ma semaine de vacance. J'ai plus cours pendant une semaine à cause du corona :/
Bon ça m'arrange un peu car je peux écrire mais bon...
Enfin bref, le voilà, le chapitre du PDV de Shoto ! Mon pauvre petit Shoto, il est si désespéré au début... vous en pensez quoi d'ailleurs ? Vous pensez que j'ai assez respecté son caractère ou pas du tout ? J'ai essayé de rester fidèle du mieux que je pouvais !
Enfin, un peu d'avancement. On espère tous qu'il la retrouvera assez vite. Mais bon, advienne que pourra.
Bon, c'est tout ce que j'avais à dire ! Du coup, sur ce, je vous fais de gros bisous et vous dis à bientôt !
Bye bye !
Bien à vous,
Motaku.
