Deux mois. Deux mois qu'elle était ici. Et chaque soir, ou ce qui ressemblait au soir, elle s'était habituée à prier. Pourtant, elle n'était pas vraiment croyante. Elle restait constamment dans cette cave, qui n'avait aucune ressource de lumière. Elle aurait pu s'échapper depuis bien longtemps sinon. Apparemment, ces personnes l'avaient beaucoup observé pour connaître son Alter et ses points faibles. Depuis deux mois, elle était dans le noir, suspendue au plafond et subissant milles et une tortures. Elle n'en pouvait plus. Elle ne sentait même plus ses poignets à force que l'apesanteur l'écraser, des bleus et des entailles pleins le corps, les vêtements déchirés, à moitié nue, et plein de sang. Ses cheveux étaient crasseux, et elle se sentait extrêmement sale. Ses bourreaux ne lui avaient laissé aucun répit. Ils l'avaient torturé pendant des heures et des heures sans jamais s'arrêter. Elle avait subi pour des choses qu'elle ne connaissait même pas. Elle s'était faite torturée à cause de sa mère et de ses conneries.

Rui avait eu tout le temps de penser à sa mère, en mal ou en bien. Elle ne pouvait faire que ça pendant les tortures, pour essayer d'en oublier la douleur. Evidemment, sa langue était restée liée étant donné qu'elle ne savait pas qui ils ou ce qu'ils recherchaient, mais à chaque interrogatoire, elle subissait de plus longues et douloureuses blessures. Parfois, ses plaies n'arrivaient même pas à se refermer tant elle avait été blessée. Si elle répondait clairement qu'elle ne savait pas de quoi ils parlaient, elle se ferait tuer à coup sûr. Plusieurs fois, elle s'était demandée où en était les recherches à son sujet. Elle espérait qu'elles avancent et qu'elle puisse sortir rapidement de cet endroit maudit. Elle commençait à être véritablement fatiguée par tout ça…

« Suzuki. »

L'homme aux cheveux couleurs sapins entra dans la pièce. Il s'avança vers l'adolescente qui ne bougeait toujours pas, immobile. Il lui était à présent impossible de bouger avec tout ce qu'elle avait subit jusque-là. Il amena ses mains vers le corps de la captive, et un halo vert entoura ses mains alors qu'il commença à panser les blessures de la noiraude. C'était toujours ainsi. Peu importe à quel point elle se faisait blessée, Xavier, qui possédait un Alter de guérison, se chargeait à chaque fois de venir lui faire récupérer des forces en la guérissant et la nourrissant avant qu'une nouvelle vague torture ne la submerge de nouveau. Elle n'avait pas compris l'intérêt pour lui de faire ça au départ. Elle avait un moment douté de sa loyauté envers ses ravisseurs. Mais elle avait vite compris autre chose : tout ça, c'était faux. C'était une technique psychologique de torture. Il venait la soigner pour la remettre en forme seulement pour pouvoir mieux la mutiler par la suite. Il soignait son âme seulement pour pouvoir mieux la briser de l'intérieur, ainsi, elle n'aurait plus aucun mal à coopérer si sa conscience la quittait.

Rui avait aussi vite compris que ces individus ne possédaient personne ayant hérité d'un Alter de télépathie. Mais dans le cas contraire, celui-ci n'aurait pas pu lire dans son esprit si celle-ci n'était pas consentante. Le principe de la télépathie reposait sur un concept de confiance et de libre arbitre. Si l'esprit sain ne souhaitait pas que l'Alter fasse effet sur sa personne, alors son esprit se fermait, laissant alors aucun autre accès à l'esprit. Et comme ils semblaient très intelligent, malgré leur folie, elle pensait qu'il tenté de détruire sa conscience pour lire ses pensées. Or, ceux-là ne contenaient aucunes informations qui pouvaient les aider.

Une fois la douleur partie, Xavier se détacha d'un bon mètre de la jeune femme et l'observa simplement. Elle faisait pitié à voir. Son regard, au départ d'un argent pur, était à présent assombrit d'un voile de douleur et de malheur. Les sévices qu'elle avait subi avait briser quelque chose en elle, comme lorsque le nom de sa mère était si soudainement entré dans la conversation. Quelque chose s'était détruit dans sa personne, inévitablement, et Xavier savait qu'elle supporterait ce poids jusqu'à la fin de ses jours, comme la trace d'une vieille cicatrice cicatrisée. Tout ça à cause de sa mère et sa façon de pensée particulière. Xavier était peut-être de l'autre côté, mais contrairement à ses compères il n'avait pas perdu sa présence d'esprit. Et il avait de la peine pour l'adolescente qu'elle était.

Pour la première fois depuis le début de sa captivité, elle vit l'un de ses kidnappeurs s'asseoir en tailleur sur le sol sale en face d'elle. Son ravisseur se contenta de poser son regard vert sur elle. Silencieux. Rui n'esquissa aucun geste, méfiante. Et alors que le silence pesait au-dessus de leur tête, le jeune homme lâcha promptement :

« J'ai connu ta mère. »

Bien qu'elle ne semblât pas réagir à la réplique de Xavier en premier temps, celui-ci ne manqua pas de marquer le raidissement de son corps frêle et fragilisé. Il ne savait pas pourquoi il commençait à lui parler de ça. Ce n'était pas dans son plan. Peut-être parce qu'elle était sa fille. Il n'avait jamais pensé qu'elle serait autant concernée dans cette histoire. Il avait pensée que la fille de sa défunte camarade aurait été suspectée quelques temps par ses confrères, qu'ils auraient fouillé ses affaires pour un quelconque indice. Mais jamais il n'aurait pensé qu'elle serait capturée et torturée dans la cave de leur base. Et tout c'était passé comme ça seulement parce qu'elle était scolarisée à Yuei. Dans la filière héroïque. Tout avait dérapé. Il ferma les yeux un instant et continua sur sa lancée, ce besoin de lui confier des choses que personne ne savait. Parce qu'elle était la fille d'Uta. Sa très chère et tendre amie.

« Elle était… une très bonne amie, énonça-t-il évasivement. Peut-être que pour toi, ta mère est quelqu'un qui t'a pourri la vie. Mais personnellement, je peux t'assurer qu'Uta était une bonne personne.

-Elle n'est qu'une lâche…, baissa la tête Rui pour cacher son désarroi. Une lâche qui m'a abandonnée pour finalement se faire bêtement assassiner par son amant. »

Elle tenta de contrôler les tressaillements dans sa voix, et sa lèvre tremblante sous l'émotion de ses mots. Elle serra la mâchoire. Xavier ne répondit pas à sa réponse. Il pouvait comprendre son point de vue. Cette enfant n'avait vécu que d'un seul côté. Elle n'avait qu'un seul point de vue de la vie des personnes comme sa mère ou comme lui. Celle qui n'avait eu aucun choix à faire. Alors qu'elle avait été baignée dans la lumière depuis son enfance. Il rouvrit les et observa la fille de la défunte. Des cheveux noirs qui reflétait habituellement un bleu nuit brillant, un visage bien ovale aux joues arrondies, des lèvres rosées bien tracées, un nez aminci… Et des yeux en amande gris clair, argentés au contact de la lumière, comme deux lunes transparentes. Cette fille était si facile à lire de l'extérieur, mais accéder à son esprit était une tâche difficile. Même pour lui qui voyait les barrières invisibles qu'elle avait fait apparaître entre elle et ses bourreaux. Le cœur de Xavier fit un bond dans sa poitrine alors que son souffle se coupa en se perdant dans les grandes iris que la jeune fille avait relevées vers lui. Sa gorge se noua et aucun son ne réussi à en sortir pendant un cours laps de temps. Puis finalement, les cordes vocales nouées par une douloureuse et plaisante émotion, il s'exclama d'un timbre de voix enrouée :

« Tu as les yeux de ta mère, Rui. »

Certains disaient que les yeux étaient le reflet de l'âme. Xavier pensa qu'ils n'avaient plus raison que dans son cas. Dans le regard, auparavant détruit, de Rui brilla cette lueur de surprise mêlée à l'attention. Suzuki avait toujours su que ses yeux lui étaient venus de sa génitrice. Elle ne possédait pas les yeux tirés vers le bas de son père, ni n'avait hérité de ses pupilles brunes où pouvaient scintiller quelques pépites d'or au soleil. Non. Ses yeux lui venaient de sa mère. Elle n'avait jamais vraiment prêté attention à ceci. Mais ces éclats d'émotion dans les prunelles émeraudes de son tortionnaire la firent taire et l'abasourdirent. Ces sentiments. Elle les avait tant de fois vu dans son miroir. Tant de fois observée dans sa chambre, à Yuei. Ils étaient les sentiments qui l'accompagnaient quotidiennement depuis le Noël dernier. Ce n'était rien de plus que le malheur et l'abandon, la tristesse et la solitude. Et cette constatation la prit aux tripes. Ces éclats qui scintillaient dans son regard… c'étaient les mêmes qui brillaient dans le sien lorsqu'elle se regardait dans le miroir de sa chambre. Les mêmes qui étaient apparues en elle à la mort de Riku.

Jamais il n'aurait pu deviner la douleur qu'il ressentait en se confrontant à la fille d'Uta. Jamais il n'aurait douté souffrir autant en rencontrant la route de sa fille. Jamais il n'aurait espéré être si soulagé en croisant de nouveau le regard si brillant de sa bien-aimée. A cet instant, alors qu'ils brillaient tous deux de curiosité, il n'aurait jamais pensé être aussi heureux que de revoir de nouveau la femme qu'il avait tant aimé dans le regard de son héritière. Se sentant déchanté, il baissa la tête qu'il cacha de ses mains.

« J'ai aimé ta mère. Et je l'aime encore… après tout ce temps. »

Les lèvres entrouvertes de stupeur, Rui se combla à relâcher un soupire surpris. Tout ce qu'il lui disait-là était tellement personnellement, et surement tout aussi secret. Alors elle ne comprenait pas pourquoi il prenait le risque de se mettre en danger à se confier à elle. Mais Xavier était sûr et certain que ses paroles n'atteindraient jamais des oreilles trop curieuses et malfaisantes.

« Tu lui ressembles, il dit avec douceur en se remémorant l'amour de sa vie. Elle était aussi détachée que toi par la société. Elle était aussi curieuse que toi dans ses matières préférées. Elle était néanmoins, pleine de vie, rayonnante et souriante. Elle aimait la vie, était magnifique et resplendissante. Elle était vraiment… la femme de ma vie. Celle qui comblait ce vide en moi, celle qui pansait mes plaies et qui me soutenait de toutes ses forces. Tu lui ressembles. Tu lui ressembles tellement… »

Muette, elle ne détacha pas son regard de la silhouette recroquevillée du jeune homme devant sa personne. Mais alors qu'elle allait avancée quelque chose, il releva la tête, avec un doux et triste sourire étirant ses lèvres, le regard torturé.

« Mais tu n'es pas elle. Peu importe à quel point tu lui ressembles… Tu n'en sais pas autant qu'elle. Tu ne sais rien de la vérité. »


Mon Dieu, mais qui est donc Xavier ?!

Je fais du théâtre (nan c pa vré), sinon ça va vous ?

Sooooo, voilà un chapitre avec le PDV de Rui. La pauvre, je vais lui en faire baver à celle-là : '(
Bon, ça sera pas la seule révélation qu'il va y avoir ! Nous sommes encore un peu loin de la fin, mais bon. Que pensez vous de Xavier a présent ? Comment le voyez vous ? Est ce que j'arrive a bien transmettre le point de vue de Rui sur le monde jusque la ? Est ce que vous la comprenez un peu ?

Sur ce, je vous fais de gros bisous et vous dit à demain ! Bye !

Bien à vous,
Motaku.