« Qu'est-ce que…

-Oh, mais je crois savoir que tu la connais, n'est-ce pas ? fit la femme d'une voix faussement mielleuse. Ah oui ! Vous êtes, hum, amies c'est ça ? Que c'est magnifique ! Que de retrouvailles tout ça, n'est-ce pas ?! »

Rita papillonna des yeux, doucereuse et un énorme sourire au bout des lèvre. Son regard s'écarquilla de folie et, un couteau dans la main, elle vint caresser lentement le visage de la jeune adolescente. Le sang sur le couteau s'étala sur sa joue alors que la lame descendait mollement vers sa gorge. Le sang de Rui ne fit qu'un tour et elle releva la tête avec hargne pour toiser la grande noiraude avec une colère palpable.

« Ne la touchez pas !

-Oh ! C'est qu'elle sort enfin les crocs, la petite ! Rita rit avec excitation. »

Rita s'approcha de l'adolescente attachée au-dessus du sol et s'accroupit à sa taille. Un sourire malsain orna ses lèvres alors qu'elle s'avança à elle jusqu'à pouvoir chuchoter à son oreille :

« Tu sais ce qu'il faut faire pour éviter tout ça… Ça serait dommage qu'il y ait quelques désagréments en plus… n'est-ce pas ? »

Rita se décala, lui souriant de toutes ses dents. Rui était à bout de forces. Elle venait à peine de se faire torturer une énième fois par Rita et Takashi. Xavier, comme à l'accoutumé, était resté en retrait Regardant la scène d'un regard placide. La noiraude ne disait rien. Cet homme était celui qui lui apportait à boire, à manger… Même s'ils ne discutaient pas souvent, ce dernier lui parlait quelques fois de sa mère. Alors avec le temps, et étant la seule personne qui s'occupait de la garder en vie, elle ne pouvait pas réellement lui reprocher quelque chose. Il connaissait sa mère. Mais surtout, elle savait que s'il disparaissait, aucune autre personne ne se chargerait d'elle. Elle serait morte depuis longtemps s'il n'avait pas été là. Car les autres, Suzuki l'avait bien compris, ne lui auraient même pas accordé un regard. Leur folie était beaucoup trop présente pour avoir un esprit sain, et ils n'auraient pas été aussi indulgents et réfléchis que le vert. Rui restait sensée. Elle mourrait si elle le balançait.

« Pourquoi… ? réussit-elle à articuler avec la gorge serrée.

-Oh… Elle me ferait presque pleurer ! ironisa Rita. C'est triste de ne rien comprendre !

-Pour-

-Oh, ne t'inquiètes pas gamine ! Elle ne fait pas ça de son plein gré.

-Que… Qu'est-ce que vous lui avez fait ?! s'écria la noirâtre apeurée. Qu'avez-vous fait ?!

-Du calme, petite, du calme, calma instantanément Takashi non sans un sourire en coin. Nous, on n'a rien fait. »

Le bleuté marcha jusqu'à sa complice et se plaça de l'autre côté de la jeune Koriyama qui ne réagissait pas lorsqu'il posa les mains sur ses épaules. Aucune expression. Aucun mouvement. Elle resta totalement calme, et c'était ce que Rui n'arrivait pas à comprendre. Mari n'était pas comme ça. Elle ne pouvait pas croire que son amie l'ais berné à ce point. Elle ne pouvait pas croire que Mari l'avait trahi. Parce que ce n'était pas elle. Ça ne pouvait pas être elle. Pourquoi vivait-elle tout ça ?

« Xavier ne possède pas qu'un Alter de guérison, annonça la voix de Takashi auquel Rui le regarda avec curiosité et interpellation. Tu n'as toujours pas compris hein ? Xavier est l'une des rares personnes à posséder un Alter de possession. Et devine donc qui en ait le cobaye maintenant ? »

Son regard se porta tout naturellement sur Mari. Sur Mari qui était si fatiguée. Si fatiguée de combattre.

« Elle a été compliquée à contrôler, grimaça Rita. Une vraie petite battante, celle-là !

-Xavier a pris des mois avant de pouvoir enfin pénétrer son esprit. A partir de ce moment-là, tout fut plus simple, ria le bleu. Mais tu sais ce qui est drôle ? »

L'homme eux longs cheveux bleus se rapprocha de la noirâtre, son visage à quelques centimètres du sien. Le souffle de la jeune femme ralentit, alors qu'elle sentit son haleine rebondir sur son visage. Les pupilles de l'homme s'étaient dilatés pour laisser briller un éclat de fierté évident.

« J'ai, dit-il en insistant bien sur ce mot, réussi à inventer un sérum contre les effets de l'Alter de possession. Enfin, pas véritablement mais je ne saurais tarder comment contrer mes ondes d'énergie complexes, mais c'est tout comme, enchaîna-t-il avant de sortir une seringue contenant un liquide violet de sa poche. Sais-tu ce que c'est ? »

Rui hocha négativement la tête, soucieuse. Le liquide violet dans la seringue semblait pâteux, et des bulles remontaient à la surface de cette liqueur.

« Ça, c'est un vaccin. Tu vois, ce vaccin a été développé par moi, afin de pouvoir voir si Xavier a utilisé son Alter sur moi. Il est composé de molécules qui réagissent particulièrement aux ondes de possession de l'Alter de Xavier. Ce qui signifie que nous sommes capables de savoir s'il l'a utilisé sur nous, seulement grâce à une analyse microscopique du sang où on peut voir si ces molécules ont été perturbé ou non. Si elles sont uniformes, tout est normal. Par contre, si elles ont des sortes de trous où déchirures en elles, c'est que l'Alter a été utilisé. Et tu vois, ce vaccin, seuls les gens comme nous le possédons. Qui sait ce qui pourrait se passer s'il arrivait entre les mains de la population. »

Rui ne pouvait pas en croire ses oreilles. Pourquoi ce genre de vaccin n'était apparu nulle part dans les médias ? Pourquoi restait-il caché aux yeux de la population ? Ce n'était pas normal. Aucune recherche n'avait été mentionné pour ce genre de vaccin, et Dieu seul savait que celui-ci pouvait être utile. Comment et pourquoi ce vaccin avait-il été si bien et si longtemps caché ?

« Mais qu'est-ce que vous êtes au juste…, marmonna Rui en se rendant compte du pouvoir que possédait ces personnes.

-Nous ? »

Il se décala et la scruta avec un regard interloqué. Jouait-elle le jeu ? Ou ne savait-elle réellement pas qui ils étaient ? Mais peut-être qu'Himawari ne lui avait jamais parlé de l'organisation, se contentant de lui parler de l'endroit de la cachette tant convoité.

« Nous sommes l'Elite, annonça la voix plate de Xavier. Une organisation secrète, créer par le gouvernement dans le but d'une avancée scientifique sur l'Alter.

-Attends, elle ne savait même pas ça ?! »

La voix de Rita claqua dans l'air, vibrante de colère. Ses yeux lançaient des éclairs de patience atteinte et pointa Rui d'un doigt rageur.

« J'en ai assez de toute cette connerie ! Trois mois ! Trois mois qu'on lui demande gentiment où se trouvent ces foutues papiers, trois mois qu'on se tue à la faire parler ! J'en ai assez ! déclara-t-elle hystérique en faisant glisser sa lame de couteau sous la gorge de son amie. Elle ne sait même pas qui nous sommes ! J'en ai assez ! Alors c'est soit tu parles, soit cette fille y passe ! »

Le regard apeuré de la jeune adolescente fit frissonner de plaisir et de colère l'adulte. Cependant, son ignorance irritée encore plus Rita qui se fit un plaisir de planter sa lame dans la main de l'argentée qui ne cilla même pas, les yeux complètement perdus.

« Répond, petite pute ! »

L'éclat de folie qui brûlait dans les yeux de l'adulte était bien plus accentué que ce que Rui avait l'habitude de voir. Suzuki se pinça les lèvres, le cœur battant la chamade. C'était bien plus intense. Bien plus effrayant.

« Elle ne répond pas, pensa bien de relever Takashi avec amusement.

-Elle ne sait rien. Je sais qu'elle ne sait rien, enchaîna Rita d'une voix froide. »

Une pression inconnue pesa sur sa gorge. Son souffle se coupa à moitié, rendant sa respiration difficile et saccadée. Ses yeux se plissèrent à la torture quotidienne qu'elle subissait une fois de plus. Puis soudainement, ses yeux s'écarquillèrent quand son regard rencontra celui de sa kidnappeuse. Il était résolu. Déterminé. Et des gouttes d'appréhension firent leur apparition sur le front de Rui. C'était fini. Elle était sûre de mourir aujourd'hui. Brusquement, l'air revint en elle et elle finit par tousser violemment. Quant elle releva la tête, Rita avait un sourire sombre qui étirait ses lèvres. D'un mouvement de tête, elle échangea un regard avec Takashi qui lui dit :

« Pourquoi tu ne laisses pas faire l'autre gamine ? »

Sans même attendre une seconde de plus, Mari bougea d'elle-même jusqu'à sa jeune amie, le visage toujours vide de toutes expressions. Sans âme. Ignorant le regard terrorisé de l'apprentie héroïne, les mains de la jeune Koriyama enserrèrent le cou de la Suzuki. Malgré les gémissements plaintifs et implorants de la jeune femme, la prise sur son coup ne cessait de se renforcer petit à petit. Suzuki peinait de plus en plus à respirer et des larmes commencèrent à lui brûler les yeux. Elle les ferma avec appréhension.

Un tremblement. Puis d'autres. Rui ouvrit les yeux en sentant les mains de son amie trembler contre son cou. Puis ce qu'elle vit en baissant les yeux la fit larmoyer de soulagement. Ses pupilles croisèrent celles gorgées d'eau de l'argenté, ayant récupéré de leur éclat naturel. Les lèvres de Mari tremblèrent difficilement alors qu'un voile assombrit son regard, perdu. La pression sur son cou diminua jusqu'à disparaître complètement. Rui appela son amie de sa voix cassée alors que celle-ci ne reculait pas après pas en se tenant la tête qui bourdonnait. Sous le poids de la douleur de son esprit brisé qui se reconstruisait doucement, ainsi que sous le fardeau de la révélation de ce qu'elle s'apprêtait à commettre sans remord, Mari s'effondra au sol, inconsciente.

Affolée et inquiète par l'état de son amie, Rui cria son nom.

« Elle résiste, dit Xavier en tentant de reprendre le contrôle. »

Mais la colère de Rita était telle qu'une aura noire et terrifiante l'entoura, et de son couteau, avec rage, elle commença doucement à l'enfoncer dans sa chair, arrachant des cris de douleur à l'adolescente enchaînée. Si elle devait mourir aujourd'hui, cela serait dans la douleur la plus insupportable.

Les hurlements pleins de souffrance de Rui remplirent rapidement la pièce toujours aussi sombre. Xavier détournait le regard, comme toujours, avec autant d'impuissance qu'habituellement. Il priait. Il ne pouvait faire que ça. Takashi, lui, observait la scène avec délectation. Rita n'hésitait pas à la blesser mortellement, bien plus qu'à l'accoutumé. Elle lui enfonçait son couteau sur chaque bout de chair qu'elle possédait, évitant son visage. Elle lui avait toujours dit : elle accrocherait sa tête dans sa chambre, et pour ça, il fallait qu'elle soit en bonne état. Elle lui avait tout de même entaillé profondément la joue, et des bleues coloraient quelques parties de son visage et de son corps. Son sang coulait à flot et s'étendait sur le sol dans une énorme flaque écarlate qui s'agrandissait à vue d'œil.

Rui avait perdu trop de sang. Elle avait crié qu'elle en avait perdu sa voix. Elle commençait à fatiguer et ses paupières se faisaient de plus en plus lourdes. Le sommeil la gagnait petit à petit sous les assauts de son bourreau. Puis alors qu'elle pensait qu'elle était trop fatiguée pour lutter, une explosion retentit derrière elle, la lumière du soleil l'aveugla et des bras l'encerclèrent brusquement, protecteurs. Un énorme apaisement remplit chaleureusement la jeune femme. Puis elle s'évanouit.


Hello ! Ça va ?

Et voila un nouveau chapitre, et c'est là que les problèmes vont commencer ! C'est tout !

Bien à vous,
Motaku.