Hey coucou ! Me revoilà !

« - *se tourne vers l'énorme truc qu'elle vient de poster et le regarde de haut en bas* ... Tu devais pas juste être un tout petit OS, toi ?

- Chuuuuut. »

So, have fun pour mon délire né du défi de Voirloup : écrire sur le trouple Luffy, Nami et Sanji.

Et vu que ce truc est monstrueux, je l'ai coupé en deux mais ça n'empêche pas les chapitres d'être hyper longs, désolée pour ça... *se rappelle que ça ne devait être que du cul avec un peu de contexte à la base et pleure*

Bref, rating M pour lemon dans le deuxième chapitre, et je vous souhaite une bonne lecture !


.

Ça lui était tombé sur le coin de la tête sans prévenir, comme une prise de conscience soudaine et inattendue lorsque l'on est en pleine introspection. C'était donc au lendemain de leur effroyable fuite de Whole Cake Island que Nami réalisa l'impensable : elle avait réellement eu peur de perdre Sanji.

Forcément dit comme ça, ça paraissait presque un peu méchant pour le cuisinier. Après tout, ils étaient des compagnons de voyage depuis plus de deux longues années à présent. Ils vivaient ensemble et se supportaient comme une vraie famille vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Et même si leur relation tenait plus de la maîtresse cruelle et de l'esclave éperdu, ils n'en restaient pas moins amis, nakamas même. Et dans un équipage aussi soudé que le leur, ce n'était pas un mot vide de sens.

Donc, quand elle pensait qu'elle avait réellement eu peur de perdre Sanji, elle voulait dire qu'elle avait vraiment, vraiment eu peur qu'il ne revienne pas.

Vraiment peur comme dans « Merde, en fait je crois que je l'apprécie un peu plus que ce que je pensais, cet idiot ».

Et l'acceptation fut violente pour la navigatrice. On parlait tout de même de Sanji : le plus gros pervers de l'histoire qui passait son temps à baver sur toutes les femmes qu'il voyait passer et à se rouler à leurs pieds d'une manière parfois aussi pitoyable que ridicule. Et elle se rappelait très bien qu'une fois, bien avant leur séparation de deux ans, elle s'était promis de ne jamais céder à un tel obsédé, quoi qu'il arriverait.

... Quel échec.

Car elle était bien forcée de constater l'effroyable vérité : depuis Whole Cake Island, ses yeux se perdaient plus facilement sur le corps longiligne du cuisinier. Elle s'était récemment surprise à admirer le bleu de son unique œil visible pendant un repas et elle espérait encore de tout son cœur que personne ne l'avait prise sur le fait. Et depuis qu'elle s'était aperçu de la grâce de ses gestes presque enjôleurs lorsqu'il se pavanait à leurs pieds, à Robin et à elle, elle n'arrivait définitivement plus à s'ôter cette vicieuse petite pensée de la cervelle.

Sanji était sacrément et indéniablement sexy.

Et d'autant plus depuis quelques temps. Elle n'aurait su exactement dire depuis quand, mais elle avait remarqué des changements légers dans l'attitude du cuisinier qui avait un peu plus attiré son attention. Ce n'était vraiment pas grand-chose : un sourire un peu moins admiratif et plus tendre par-ci, un « Nami-swan » oublié pour ne devenir qu'un simple « Nami » par là... Vraiment, rien de bien extraordinaire en soi.

Mais ça suffisait pour donner à Nami cet étrange sentiment que Sanji changeait. Et quelle qu'en soit la raison, elle sentait que ça ne lui plaisait pas.

Car qu'on se le dise : si elle devait lui céder, elle espérait bien garder son esclave attitré. Il deviendrait même son esclave à plein temps, et elle devait bien reconnaître que l'idée la bottait beaucoup trop. Alors, si elle devait lui tomber dans les bras au moment où il se décidait à s'émanciper d'elle, cela tomberait tout de même plutôt mal...

Ce fut donc bien décidée à s'approprier le blond une bonne fois pour toute qu'elle passa la porte de la cuisine cet après-midi-là.

Elle le retrouva sans grande surprise affairé à ses fourneaux et il lui envoya un sourire aussi ravi que transi lorsqu'il la vit.

- Nami-swaaaaaan ! Que me vaut ce plaisir ma douce ?!

- Oh... Rien de bien extraordinaire, sourit-elle à son tour peut-être un peu plus vicieusement que ce qu'elle avait voulu. Je suis simplement passée me prendre un jus de mandarine.

- Bien sûr, je te sers ça tout de suite ma déesse !

- Non non laisse, je vais le faire ! Reste à ta cuisson, ne t'inquiète pas...

Première phase du plan : enclenchée.

Elle passa derrière le bar pour se diriger vers le frigo, prenant grand soin de le frôler légèrement au passage et sortant ses meilleurs atouts de séduction, à savoir : le pas léger et gracieux, les hanches qui remuent un peu trop, un petit coup de revers de main pour repousser ses cheveux en arrière...

Sans oublier le sourire charmeur au passage, évidemment.

Elle ouvrit le frigo et repéra sa bouteille de jus de mandarine à hauteur d'yeux, mais prit grand soin de l'ignorer pour se pencher en avant et faire semblant de fouiller dans les bacs du bas quelques instants.

Nul doute que ce mini short qui mettait si bien ses formes en valeurs devait faire fureur en cet instant. Et vu le silence pesant qui régnait dans la cuisine, elle savait que c'était gagné d'avance.

Sauf que lorsqu'elle se redressa pour se retourner, ce n'était pas, comme elle s'y attendait, un homme complètement K.O. et en pleine hémorragie nasale qu'elle trouva, mais bel et bien un cuisinier calme qui était retourné à sa poêle en l'ignorant complètement.

... En l'ignorant.

Elle se mit à fulminer : on ignorait pas Nami. Surtout quand on était un abruti pervers du nom de Sanji.

Elle ne se laissa pas abattre pour autant et sortit son plus beau battement de cil pour approcher de lui d'une démarche féline.

- Qu'est-ce que tu nous prépares de bon pour ce soir... ? Susurra-t-elle en prenant grand soin de coller sa poitrine au bras musclé du blond.

Et à sa grande satisfaction, elle le sentit se figer complètement et laisser échapper un sourire aussi béat que crétin.

- Je-je-je-je-je... J'étais parti sur un risotto aux champignons, j'espère que tu aimes ça ma chère Nami-swan !

, elle retrouvait son Sanji.

- Je suis certaine que ça va être délicieux, comme d'habitude...

Lancement de la phase deux de son plan.

Elle lui attrapa délicatement le visage pour le tourner vers elle et lui envoya un regard langoureux.

- Tout est toujours délicieux avec toi, Sanji...

Elle le vit se décomposer sur place, apparemment tiraillé entre l'hébétement complet et un bonheur indescriptible. C'était peut-être même trop simple, mais de toute façon elle n'aimait pas vraiment qu'on lui résiste...

'Pas comme si ça arrivait souvent, en plus.

Elle s'approcha donc un peu plus et ne put réfréner un réflexe de déglutition nerveux : évidemment, ce n'était pas n'importe quel péquenaud qu'elle draguait pour s'envoyer en l'air un coup en mode « bonjour, au revoir », cette fois : c'était Sanji. Un homme qu'elle appréciait réellement, qu'elle côtoyait tous les jours, qui lui avait de nombreuses fois sauver la vie...

Et à cet instant, alors qu'elle était si proche de lui et qu'elle prit grand soin de lui retirer sa cigarette de sa bouche avec toute la grâce du monde, elle réalisait qu'elle avait été bien idiote de ne pas l'avoir fait sien plus tôt.

Et cette idée se confirma lorsqu'elle l'embrassa et qu'il lui répondit après un moment d'hésitation. Leur échange fut aussi doux et délicat que voluptueux et c'était avec un immense sourire satisfait collé au visage qu'elle se recula légèrement pour se plonger dans l'œil azur magnifique.

- J'en étais sûre... Chuchota-t-elle.

- De... De quoi... ? Bafouilla-t-il, le visage complètement rouge et une légère goutte de sang qui commençait à s'échapper d'une de ses narines.

- Je savais que tu étais le genre à embrasser comme un dieu...

Elle ne lui laissa pas le temps d'apprécier le compliment qu'elle fondit de nouveau sur ses lèvres, appréciant leur chaleur et la langue chaude qui peinait à venir s'amuser avec la sienne. Elle se pendit à sa nuque et termina de se laisser complètement aller lorsqu'une main aussi tremblante qu'hésitante se posa sur sa hanche, tandis qu'il était toujours aussi tendu contre elle.

C'était tout de même étrange, elle aurait pensé qu'il serait un peu plus confiant que ça, moins indécis. Pourquoi avait-il autant de mal à se laisser aller ? Il ne croyait quand même pas que c'était un piège ou quelque chose dans le genre ? Elle cédait et s'offrait enfin à lui : ne pouvait-il pas juste se contenter d'apprécier et se laisser aller à son tour ?

Apparemment non, puisqu'il la repoussa doucement quelques instants plus tard.

- Dé-... Na-Nami... Je suis... Je suis désolé, mais...

Elle écarquilla les yeux : vraiment ? Il était réellement en train de la repousser, là ?

Il ne la regardait même pas. Il fixait résolument le sol, comme s'il avait honte d'elle ne savait quoi, les joues toujours aussi rouges que des tomates.

Il sembla chercher ses mots, se mordit finalement la lèvre inférieure et la repoussa encore un peu plus pour s'éloigner d'elle.

- ... Je... Je... Balbutia-t-il encore, semblant complètement perdu.

- ... Je vois.

Elle fulminait.

Elle tourna les talons pour foutre le camp rapidement de cette foutue cuisine sans demander son reste.

Elle n'en revenait pas, il l'avait repoussé. Sanji l'avait repoussé.

Elle fulminait.

Jamais personne n'avait osé la repousser jusqu'ici. Jamais. Et pourtant, le dernier homme sur terre qu'elle en croyait capable venait de le faire.

Son égo en prenait un sacré coup.

.

Au repas ce soir-là, sa colère n'était pas vraiment redescendue. Elle tenta de rester le plus discrète possible, mais elle ne pouvait s'empêcher de jeter des coups d'œil rageur au cuisinier qui était, de son côté, bien plus calme qu'à l'habitude.

Et qui prenait un soin particulier à éviter son regard, bien sûr.

Et cela l'enrageait encore plus. Alors quoi, après l'avoir repoussé, il comptait l'ignorer maintenant ?!

Elle planta sa fourchette furieusement dans la main vicieuse qu'elle avait vu approcher de son assiette du coin de l'œil et un cri de douleur résonna dans la cuisine.

- AÏÏÏÏÏÏÏÏE, Nami t'es pas cooooool ! Pleurnicha Luffy à sa gauche.

- Depuis quand tu essaies de piquer dans MON assiette, toi ?! Cracha-t-elle. Je croyais que tes fractures du crâne t'avaient servies de leçon, depuis le temps !

- Moui, mais t'avais l'air ailleurs alors j'ai voulu en profiter... !

Il lui offrit un sourire rayonnant et elle eut encore plus envie de l'étriper. Si cette face d'idiot s'y mettait aussi, elle allait devoir cramer ce foutu bateau et se barrer de son côté avec tous les trésors qu'il contenait.

Elle revint à sa contemplation rageuse et constata avec une surprise agacée que le blond avait enfin daigné tourner la tête dans sa direction. Leur regard se croisèrent, mais cela ne dura qu'un court instant : il se détourna bien vite pour revenir à Zoro qui l'insultait dans le vide depuis tout à l'heure.

... Elle n'avait pas dit son dernier mot.

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Elle décida donc de revenir à la charge de la plus cruelle des manières quelques jours plus tard.

Comme la fois précédente, elle pénétra dans la cuisine résolument alors qu'elle savait le cuisinier seul. Il sursauta à son entrée et sembla se décomposer en la voyant.

- Na-Nami-swan... Qu'est-ce que...

Elle le vit clairement se figer lorsqu'elle avança vers lui aussi inexpressive que déterminée. Mais elle se contenta de l'ignorer complètement pour atteindre de nouveau le frigo –sans minauderie et geste inutile, cette fois-, pour s'emparer d'une glace à l'eau et tourna les talons sans lui accorder un regard.

Elle prit place à la table à manger gracieusement et avisa son bâtonnet qui avait la forme parfaite pour ce qu'elle voulait faire.

Nami restait inexpressive, mais au fond d'elle, elle jubilait.

Elle déballa la glace et attendit que Sanji ne se tourne de nouveau dans sa direction pour débuter son plan machiavélique. Et dès que ce fut le cas, elle passa à l'attaque.

Sa langue glissa lentement mais sûrement tout le long de la sucrerie avant qu'elle ne la mette en entière dans sa bouche et qu'elle n'entame un langoureux mouvement de succion. Elle la fit ressortir complètement pour mieux l'avaler de nouveau et continua son manège avec application.

Elle fut absolument ravie de constater qu'elle ne laissait pas ce pervers de cuisinier de marbre, puisqu'il avait complètement abandonné sa préparation et restait planté là, les bras ballants et la bouché-bée, le regard rivé sur elle.

Il était tellement hypnotisé et immobile que sa cigarette en glissa de ses lèvres, et il ne le réalisa même pas.

C'était une nouvelle victoire écrasante, mais ce n'était pas comme si elle en avait douté un seul instant.

Néanmoins, elle ne s'attendait sûrement par à ce que Sanji finisse par purement et simplement fuir de la cuisine d'un pas pressé sans lui adresser le moindre mot.

Elle eut tout de même la satisfaction d'apercevoir une bosse au niveau de son entrejambe, mais ça n'empêchait pas que la situation demeurait incompréhensible : si elle lui faisait tant d'effet et qu'il s'était laissé embrasser avec plaisir, qu'est-ce qui pouvait bien empêcher cette tête de cloche de s'abandonner à elle pour de bon ?!

Elle tapa du poing sur la table malgré elle dans une pulsion colérique et sortit de la cuisine à son tour : elle n'abandonnerait pas, bon sang ! On ne la repoussait pas aussi facilement ! Elle voulait Sanji et elle allait l'avoir !

.

Nami n'attendit pas plus longtemps pour retourner le voir. Le soir même, après le repas, elle le coinça de nouveau dans la cuisine alors qu'il terminait son rangement minutieux. Et elle se fit la réflexion qu'il était tout de même simple de le trouver et surtout seul. Elle n'allait pas s'en plaindre : cela arrangeait bien ses affaires.

- Sanji, s'annonça-t-elle cette fois.

Et elle ne le fit pas sursauter. Mais il paraissait encore un peu moins ravi de la voir que les fois précédentes. Si ça, ce n'était pas un monde...

- Je pense qu'il faut qu'on parle, tous les deux... Amorça-t-elle en avançant vers lui les sourcils froncés.

- Euh... Si-si tu veux...

Elle se planta juste devant lui et le toisa quelques instants avant de lui offrir son sourire le plus machiavélique. Sourire qui s'agrandit un peu plus lorsqu'elle le vit déglutir.

- Ça fait donc presque trois ans qu'on se connait toi et moi, rien que ça.

- ... Rien que ça, répéta-t-il, complètement sur la défensive.

- Et oui. Trois ans que tu me colles au train et qu'il ne se passe pas un jour sans que tu ne me complimentes sur n'importe quelle connerie.

Il regarda ailleurs pour la fuir, apparemment légèrement gêné, mais cela ne l'arrêta pas.

- Et je parie qu'il ne se passait pas une seule journée sans que tu ne penses à moi quand tu étais à Momoiro Island, avoue.

- ... Euh... Hm...

- C'est drôle, il y a quelques temps, tu aurais répondu avec un enthousiasme presque vomitif à une question de ce genre... Tu m'expliques ce qui a changé depuis ?

Cette fois, elle le vit clairement se décomposer sur place. Et cela l'agaça encore un peu plus.

- Quoi ? J'ai pris du poids, peut-être ? Je ne suis plus à ton goût ? Tu me préférais avec les cheveux courts ?

- Q-quoi ?! Non ! Non non, c'est pas...

- Alors quoi, Sanji ?! S'énerva-t-elle pour de bon. Qu'est-ce qui peut bien justifier qu'après m'avoir collé aux basques comme une sangsue pendant trois putains d'années, tu me repousses au moment où je décide enfin de t'accorder une chance ?! Tu cherches à m'humilier ou quoi ?!

- Non ! Jamais de la vie ! J'ai bien trop de respect pour toi et tu le sais !

- Si tu me respectes, arrête de me fuir et accepte ce que je te donne, bon sang ! Tu es stupide ou quoi ?!

- N-Nami... Ce n'est pas...

- Et puis merde, tu me fais chier !

Elle agrippa sa cravate de toute sa hargne pour le tirer vers lui et l'embrasser fougueusement. Et exactement comme la première fois, il demeurait raide comme un piquet, à lui répondre avec une hésitation palpable. Elle força la barrière de ses lèvres pour lui rouler une pelle mémorable à laquelle il finit par répondre, passant même ses mains dans son dos pour les rapprocher un peu plus.

Enfin, bon sang... Enfin il arrêtait de jouer aux idiots et il l'acceptait... Enfin, elle avait réussi à obtenir ces lèvres au goût de tabac froid si douces, cette langue talentueuse qu'elle avait hâte de tester, ce corps si musclé et si bien taillé...

Du moins, c'est ce qu'elle crut, réellement. Jusqu'à ce qu'elle ne se fasse violemment repousser encore une fois.

Il la maintenait loin de lui à bout de bras, les mains férocement accrochées à ses fins biceps alors qu'il ne la regardait même pas, fixant un point au sol en se mordant les lèvres d'un air renfrogné.

Quant à Nami, elle avait l'impression que ses yeux allaient sauter de leurs orbites et que sa mâchoire allait se décrocher.

- Nami... Je suis... Je suis vraiment désolé, bordel... Je suis désolé, mais je ne... Je ne peux pas... Je ne peux pas.

Il la lâcha enfin et se passa une main lasse dans les cheveux et elle vit son visage se déformer dans un mélange de colère et de dépit plutôt détonnant.

- Bordel de merde, qu'est-ce que j'ai fait pour avoir un karma aussi pourri... ?! Cracha-t-il avec hargne tandis qu'il lui tournait petit à petit le dos. J'ai toujours attendu ça et il faut que ça tombe maintenant... Pourquoi bon sang...

- Sanji...

Il lui fit de nouveau face pour lui envoyer un regard aussi suppliant qu'attristé.

- Que... Pourquoi tu ne peux pas, si t'en as autant envie que moi ? Je ne comprends rien...

- ... Parce que... Je...

Il soupira lourdement avant de se pincer les lèvres avec fureur et... Un peu de honte, peut-être ?

Oui, c'était définitivement de la honte.

- Parce que je... J'ai déjà quelqu'un.

Ses yeux s'écarquillèrent de nouveau à cette phrase.

- Voilà pourquoi, Nami. Ça n'a absolument rien à voir avec toi, n'aie aucun doute à ce sujet, je t'en supplie...

L'œil bleu était à présent presque implorant et elle sentit de nouveau une fureur sans nom bouillir en elle.

Comment ça, « il avait déjà quelqu'un » ?!

C'était qui, ce foutu « quelqu'un » ?! Qui pouvait bien être encore plus belle et importante qu'elle aux yeux du cuisinier pour qu'il ne la préfère à elle ?! Elle fouilla dans sa mémoire pour trouver rapidement des prétendantes et plusieurs lui vinrent en tête... Et une en particulier.

- C'est Pudding, c'est ça... ? Grinça-t-elle, mauvaise. Je le crois pas Sanji ! Après tout ce qu'elle a fait... !

- Quoi ?! S'étrangla-t-il. N-non ! C'est pas Pudding, pas du tout... !

Ses sourcils se froncèrent un peu plus.

- Ah non... ? Je vois... Dans ce cas-là, c'est cette fameuse Viola ? Vu comme tu n'arrêtais pas d'en parler à Brook quand on a quitté Dressrosa... !

- V-Viola... ? Non, non Nami, ce n'est pas... C'est vraiment nécessaire que tu saches qui c'est ?

Elle plissa le nez, lui envoyant son regard le plus meurtrier.

- Oui, claqua-t-elle en croisant les bras contre sa poitrine dans un signe de fermeté très clair.

Évidemment qu'elle voulait savoir qui lui avait volé sa proie. Et d'autant plus après avoir eu un aperçu si plaisant de ce que cela pouvait donner en goûtant à Sanji : Nami se sentait d'autant plus déçue. Car elle était persuadée qu'elle perdait un coup de choix.

Et pas seulement un simple coup, d'ailleurs. En fait, elle n'en prenait conscience qu'en ce douloureux instant : au-delà d'une vicieuse jalousie, savoir que le cœur du cuisinier était pris lui serrait le sien bien plus fort que ce qu'elle avait pu imaginer...

La catastrophe ne s'étendait pas au point où elle avait carrément développé des sentiments pour lui, tout de même... ? Une attirance, oui complètement, mais des foutus sentiments... ?! Elle supporterait d'autant moins un rejet, en ce cas. Elle se passerait bien d'une fichue peine de cœur, surtout si elle devait supporter l'objet de ses désirs sous son nez sans pouvoir l'approcher chaque jour qui passait...

Mais Sanji ne paraissait pas enclin à lui répondre. La moue contrariée qu'il abordait s'accompagna d'une main nerveuse qu'il se passa sur la nuque, alors qu'il prenait bien soin de fuir son regard.

- Je... Je suis encore une fois désolé Nami, ce n'est absolument pas contre toi... Mais je ne peux pas te le dire.

- ... Pardon ? S'énerva-t-elle encore un peu plus. Et pourquoi tu ne pourrais pas ?!

- Parce que... Parce que je suis un imbécile qui n'assume rien et que je n'assume pas... Ça.

- Quoi ? Qu'est-ce que tu-

- Encore désolé, Nami.

Il ne lui laissa pas le temps de répliquer quoi que ce soit qu'il la dépassa pour s'enfuir vers la porte qui menait au pont.

- Oh non Sanji, tu ne t'en sortiras pas comme ça ! S'étrangla-t-elle en lui courant après.

Elle le rattrapa par le bras mais il s'extirpa de sa prise d'un geste sec, ce qui la surprit encore plus : jamais il n'avait eu de geste de ce genre auprès d'elle jusqu'ici. Elle n'irait pas jusqu'à qualifier ça de « violent », mais on nageait toujours en plein rejet.

Et bordel, qu'est-ce que ça faisait mal.

- S'il te plaît, n'insiste pas, lâcha-t-il sèchement. Je ne te dirai rien, de toute façon. Un jour peut-être... Mais certainement pas aujourd'hui. Pas maintenant.

Et il sortit finalement de la pièce en claquant la porte derrière lui.

.

Les jours suivants avaient un arrière-goût de déprime et de solitude que Nami n'avait pas connu depuis un bon moment. Plus particulièrement depuis qu'une foutue jambe élastique avait détruit Arlong Park... Et elle était certaine d'une chose à ce propos : ça ne lui avait pas du tout manqué.

Cela faisait trois jours et elle avait toujours du mal à avaler la pilule. Sanji l'avait rejeté alors qu'il avait clairement une réelle envie de répondre à sa proposition, tout ça parce qu'il avait trouvé quelqu'un de mieux qu'elle.

Et histoire d'en rajouter encore une couche, cet idiot avait un mal de chien à jouer la comédie devant leurs compagnons. Il essayait, pourtant, mais force était de constater qu'il n'arrivait plus à la regarder dans les yeux, qu'il bégayait comme un adolescent timide à chaque fois qu'il devait lui adresser la parole et qu'il avait clairement perdu son enthousiasme habituel pour la servir et se languir à ses pieds.

Et en fait, il ne se languissait même plus du tout puisqu'il faisait tout pour l'éviter.

Il s'arrangeait pour entrer en contact avec elle le moins possible et essayait comme un beau diable d'esquiver les conversations collectives qui l'auraient inexorablement mené à lui parler, et ce n'était évidemment pas passé inaperçu aux yeux de la plupart de leurs compagnons.

Elle avait eu des regards interrogateurs de la part de Franky et Usopp, des questions plus ou moins directes de Brook et Robin...

Et des observations bien trop poussées de la part de Luffy.

Et ça, ÇA, elle devait bien avouer que c'était le pompon. Parce qu'autant elle comprenait complètement la réaction de tous les autres qui restaient bien gentiment fidèles à eux-mêmes, mais Luffy qui passait ses repas à la regarder de haut en bas avec insistance et qui s'arrêtait même pour la fixer quelques secondes avec un air indéchiffrable collé sur sa tronche d'abruti lorsqu'il la croisait sur le Sunny, on ne pouvait pas décemment dire que c'était canon. C'était même bien trop éloigné de lui.

Et cela la faisait d'autant plus fulminer.

- C'est quoi ton putain de problème, Luffy ?! lui cracha-t-elle cet après-midi-là, alors qu'ils étaient tous les deux sur le pont, elle en train de bronzer tranquillement et lui qui pêchait seul assis non loin sur le bastingage.

Et pêcher ne l'empêchait pas de faire régulièrement des cents quatre-vingt degrés avec son foutu cou élastique pour la zieuter toutes les deux minutes.

- Hein ? J'ai pas de problème, mentit-il allégrement, ce qui provoqua une violente montée de fureur chez la rousse.

- Si tu n'as pas de problème... ARRÊTE DE ME MATER AVEC INSISTANCE, ABRUTI !

- J'te... J'te regarde pas...

Il s'était détourné pour faire sa grimace habituelle du pire menteur de l'univers et le livre qu'elle lui balança dans la tête parti tout seul.

- Tu me soules ! Arrête de me faire chier, je suis déjà assez énervée comme ça !

- Pourquoi t'es énervée ?

- ... 'Pas tes oignons !

Et il la fixa de nouveau. Elle poussa un grognement furibond et décolla de son transat pour partir d'ici vite fait bien fait.

Peut-être faisait-il exprès de la foutre en rogne ? Car en attendant, le temps qu'elle était bouffée par la colère, elle en oubliait sa déception et sa pointe de tristesse... Même si ces deux idiotes d'émotions revenaient au galop dès qu'elle apercevait leur cuisinier.

Et dans tous les cas, Luffy était bien trop stupide pour la manipuler ainsi, même si c'était dans le bon sens. Elle rêvait tellement de leur prochaine escale, bon sang... Elle avait grand besoin de s'aérer la tête en dévalisant tous les magasins qu'elle pourrait trouver. Quoi que la pensée que Sanji la trouverait sûrement très sexy dans telle ou telle tenue ne la quittait jamais vraiment lorsqu'elle faisait du shopping, ces derniers mois...

Elle était vraiment accro, bon sang. Et même si elle n'avait pas obtenu ce qu'elle voulait, savoir qu'elle avait peut-être un peu perdu sa relation étrange avec son faux esclave lui pinçait véritablement le cœur.

Évidemment qu'elle respectait Sanji. Si elle le traitait de cette manière, c'était parce qu'il le voulait bien. Mais c'était plus fort qu'elle : avoir quelqu'un d'aussi dévoué qui disait amen à tous ses caprices lui plaisait beaucoup trop. Elle n'avait pas eu une enfance vraiment facile, après tout. Elle avait toujours dû se battre pour obtenir ce qu'elle voulait, dès son plus jeune âge. Le comportement presque soumis de Sanji envers elle l'avait toujours un peu rassuré, au fond. Parce qu'elle lui regonflait cet égo qu'elle avait parfois l'impression d'avoir complément perdu en lui redonnant confiance en elle. Parce qu'elle savait qu'elle pouvait compter sur lui pour n'importe quelle idiotie comme elle n'avait jamais pu compter sur personne. Parce qu'elle savait qu'il serait toujours là pour elle, qui ne la laisserait jamais tomber.

Mais aujourd'hui, elle l'avait, ce sentiment qu'il l'avait laissé tomber.

Et ça lui faisait vraiment mal. De plus en plus mal à mesure que les jours passaient et qu'elle y réfléchissait.

Bon sang, elle était vraiment amoureuse de ce crétin, après tout...

- Hey, Nami.

Elle sursauta : plongée dans ses pensées, elle s'était dirigée à pas lent dans la chambre des filles et n'avait même pas réalisé que son idiot de capitaine l'avait suivi. Elle lui jeta un regard en biais alors qu'elle réalisait qu'il se trouvait dans la pièce. La porte derrière lui n'était pas fermée, mais il se tenait tout de même dans la pièce.

La seule pièce du bateau interdite aux hommes, et encore plus interdite à lui, la catastrophe ambulante.

- Luffy... Tu as deux secondes pour dégager tes foutues sandales d'ici, ou je te jure que...

- 'Faut que j'te parle, la coupa-t-il d'un ton ferme.

Et elle réalisa seulement à cet instant le regard sérieux qu'il arborait. Elle fronça les sourcils : qu'est-ce qu'il pouvait bien lui vouloir ?

Ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'elle le vit fermer la porte derrière lui, et son cerveau hurla au surréalisme.

Sanji qui la repoussait, et maintenant Luffy qui s'enfermait avec elle dans la chambre des filles... ?! Et puis quoi, encore ? Franky qui troque son slip pour un pagne tiens, peut-être ?!

- Ça va ? Finit-il par lui demander doucement en la regardant avec des grands yeux légèrement soucieux. T'as l'air vraiment furax, en ce moment...

- ... Je suppose que c'est gentil de ta part de t'inquiéter pour moi, cher capitaine... Grinça-t-elle les dents serrées. Mais je vais très bien, oui. Tu voulais juste t'enquérir de mon état ? C'est quoi le problème ? Tu as peur que je n'arrive pas à nous emmener à la prochaine île pour que tu puisses la saccager comme tu le souhaites ?!

- Shishishi, nan, j'te fais confiance pour ça ! S'amusa-t-il en croisant les bras derrière sa tête d'un geste nonchalant. Mais ça m'embête si t'es triste. T'es ma nakama, j'veux pas que tu sois triste, Nami.

Elle grimaça : bon d'accord, elle devait bien reconnaître que c'était plutôt mignon, ça...

- ... Merci Luffy, c'est gentil... Marmonna-t-elle, sa colère et son arrogance ayant pris un sacré coup au passage. T'en fais pas, je vais bien...

- T'es sûre ? Insista-t-il avec de grands yeux curieux. Sanji m'a dit qu'il avait l'impression qu'il t'avait vraiment blessé, et ça l'déprime aussi pas mal, tu sais...

Elle se décomposa sur place alors que ses yeux s'agrandirent en louchant sur son capitaine : Sanji lui en avait parlé ?!

Et surtout : à Luffy ?! À ce décérébré complet qui ne devait probablement rien comprendre à quelque chose d'aussi élémentaire que les relations amoureuses ?!

- Que... Pourquoi Sanji t'en a parlé ?! S'étrangla-t-elle.

- J'lui ai demandé pourquoi il tirait cette tronche, alors il m'a expliqué.

Elle se pinça les lèvres : il avait les yeux étrangement sérieux et concernés. C'était donc tout à fait possible qu'il ne comprenne parfaitement les enjeux de ce que la pseudo déclaration de Nami impliquait. Et elle n'était pas certaine qu'elle voulait qu'un de ses nakamas soit au courant de cette situation... Robin encore, pourquoi pas, mais l'une de ces stupides paires de couilles butor qui lui servait de compagnon ?!

Cela intensifiait un peu plus le sentiment d'humiliation qui l'étreignait bien malgré elle depuis son foutu râteau.

- J'dois t'avouer que ça m'a pas beaucoup plu, au début... Continua Luffy en regardant ailleurs, le visage soudainement bien plus fermé. Mais bon, les sentiments ça s'contrôle pas, j'vais quand même pas t'en vouloir ou être jaloux pour ça...

... Qu'est-ce qu'il racontait là, au juste ?

- Et en parlant de sentiment... Bordel, ça m'fait chier d'le reconnaître, mais j'crois vraiment que si j'étais pas là, Sanji se serait jeté dans tes bras sans hésiter, en fait !

Elle cligna frénétiquement des paupières en fixant son capitaine d'un air qui devait être aussi éberlué que stupide. Elle avait l'impression d'avoir mal entendu, ou tout du moins... Mal compris ?

Comment ça, « si je n'étais pas là » ?!

- Du coup... Enfin... Réfléchit Luffy tout haut en se grattant la tête. J'aimerais bien que Sanji soit content, quand même... Et j'ai l'impression qu'il le sera jamais plus vraiment, maintenant qu'il sait qu'il pourrait être avec toi et qu'il peut pas...

- Euh... D'accord... Balbutia-t-elle, incapable de dire autre chose.

- Du coup, j'ai essayé de réfléchir à un truc et j'ai eu une idée marrante ! Mais faudrait qu'tu sois d'accord aussi, forcément...

- Ah-ah oui... Te connaissant, ça doit être une idée incroyablement brillante... Se moqua-t-elle par pur réflexe, mais elle était toujours en réalité complément perdue.

- J'sais pas si c'est brillant, mais bon... Rit-il doucement. On va bien voir !

Et il s'approcha d'elle d'un pas résolu, entrant bien trop vite dans son espace vital. Elle eut un mouvement de recul, mais une main puissante lui attrapa l'arrière de la tête pour la tirer en avant : l'instant d'après, Luffy et elle étaient en train de s'embrasser.

De s'embrasser.

Elle et Luffy.

... LUFFY.

Lorsque son cerveau cessa de buguer, ses lèvres étaient libérées et son capitaine la fixait avec des yeux aussi innocents que curieux.

- ... Alors ?

- ... Alors quoi ? Arriva-t-elle à répondre, mais elle était clairement passée en pilotage automatique.

- Bah, t'as aimé ?

Elle cligna des paupières. Une fois, puis deux.

Puis elle atterrit enfin.

- Luffy, est-ce que tu viens de m'embrasser... ?

- Euh, ouaip.

- ... Est-ce que je devrais te tuer ?

Il éclata de rire à cette question rhétorique et elle sentit la fureur la submerger de nouveau tel tsunami bien trop puissant : l'instant d'après, la tête de son capitaine était profondément incrustée dans le plancher, cinq belles bosses lui recouvrant joliment les cheveux.

Et elle se frottait les yeux pour essayer de comprendre la situation complètement abracadabrante qui était en train de se dérouler.

- ... On va la refaire, d'accord ? Soupira-t-elle lourdement. Pourquoi tu m'as embrassé ?

- Pour savoir si ça te plaisait, répondit-il en se frottant douloureusement le crâne.

- Et pourquoi tu veux savoir ça ?

- Ben, parce que si t'aimais ça, on pourrait être tous les trois ensemble, avec Sanji ! Comme ça, tout le monde serait content !

Elle bugua de nouveau avant de se passer une main épuisée dans ses cheveux.

- ... Parce que, toi et Sanji... Vous êtes... ?

- Ensemble.

Cette fois-ci, c'était son cœur qui allait buguer, si ça continuait.

- ... Il m'a mis un râteau... Parce qu'il sort avec... TOI ?!

- Ouaip.

« Ouaip », qu'il disait.

Elle avait envie de hurler.

- Mais... Comment ?! Pourquoi ? Depuis quand ?! Et dans quel putain d'univers, bordel ?!

- Euh...

- Comment ça peut seulement être possible, Sanji et toi ?! À quel moment ?!

- J'sais pas, moi, lâcha-t-il nonchalamment en haussant les épaules. Je l'aime et il m'aime. Et ça fait pas très longtemps, genre depuis... Bah depuis Big Mom, en fait.

Parfait. Pile le moment où elle avait elle-même réalisé sa propre attirance envers le cuisinier.

Foutu karma à la con.

- Mais... Attends attends attends, Luffy... D'accord, très bien, j'ai bien entendu l'information incongrue de votre soi-disant relation, avec Sanji. Je ne dis pas que je l'accepte, mais je l'ai entendu ! Et donc, toi, tu es réellement venu me voir aujourd'hui pour me proposer... Quoi, d'ailleurs ?! Qu'on se mettre en couple tous les trois ?!

- Bah ouais.

... Elle avait envie de le tuer, vraiment. Mais à la place, elle explosa de rire. C'était nerveux, clairement, et elle se surprenait à avoir envie de pleurer en même temps.

- Et il en pense quoi Sanji, que je me marre encore plus ?! Claqua-t-elle d'une voix étranglée.

- J'lui en ai pas parlé. Il voulait déjà pas que j't'en parle à l'origine.

Bah tiens.

- Qu'on soit bien clairs, Nami, commença-t-il d'un ton bien plus ferme. Si t'es vraiment amoureuse de Sanji, j'te laisse venir avec nous si t'en as envie. J't'aime beaucoup évidemment et en fait j'crois que j'ai compris ce qui plait tellement à Sanji chez toi... Alors, j'me dis pourquoi pas, tu vois.

Elle comprenait mieux l'observation minutieuse qu'elle avait subi ces derniers jours, vu comme ça.

- Mais si tu veux pas d'moi, t'auras pas Sanji non plus ! Et j't'interdis même de l'approcher ! Parce qu'il est à moi, et ça, ça changera pas de sitôt ! Et si j'dois te mettre une raclée parce que tu lui fais du mal, j'le ferai ! J'te préviens !

... Oh.

Ça, c'était déjà beaucoup moins drôle, d'un coup. En fait, ces paroles et la détermination dans les yeux de son capitaine rendaient soudainement toute cette histoire un peu trop réaliste.

Merde, Sanji et Luffy étaient ensemble... Sanji lui avait mis un râteau car il était... Amoureux de Luffy ?!

Elle comprenait soudainement un peu mieux pourquoi il avait dit qu'il « n'assumait pas ». Sanji... Avec un homme.

Même dans ses pires délires, elle ne l'aurait pas imaginé.

Et au-delà de tout ça, au-delà de sa détermination à garder et à protéger son cuisinier, Luffy lui proposait une place auprès de leur couple incongru... ?

Venant de lui, ce n'était pas étonnant. Vraiment. Luffy ne faisait jamais rien comme les autres, après tout. Alors un trouple, est-ce que c'était vraiment si extraordinaire... ?

Par contre, elle avait un doute concernant le blond

- Et Sanji, alors ? Tu ne crois pas qu'il a son mot à dire dans l'histoire ?

Il la regarda droit dans les yeux et sans répondre longuement, trop longuement pour ne pas la mettre mal à l'aise.

- Quoi ? S'impatienta-t-elle. Qu'est-ce que j'ai dit ?

- Hmm... J'pense que Sanji serait beaucoup trop content de nous avoir tous les deux en même temps. Il fantasme sur toi, cet idiot. En fait, on en a déjà parlé une fois... C'est ça qui m'a donné cette idée.

- ... Vous avez déjà parlé de quoi, au juste ?!

Elle redoutait la réponse.

- De coucher tous les trois ensemble.

Elle avait eu raison de redouter la réponse.

Des images involontaires passèrent derrière ses yeux éberlués alors qu'elle fixait toujours son capitaine : qu'est-ce qu'elle pouvait bien répondre à ça, sérieusement ?

Et puis, une image, une toute petite, minuscule image, poussa toutes les autres avec une force impressionnante pour s'imposer à elle comme une claque dans la gueule : l'image d'elle et Luffy, nus, peut-être même bien emboités ensemble comme il le fallait.

Elle s'était déjà largement imaginée avec Sanji, et elle mentirait si elle disait que les scènes que lui avaient fourni son imagination débordante ne l'avaient pas ravies au plus haut point. Et elle mentirait aussi si elle n'avait jamais pensé une seule fois au corps nu du brun contre le sien également. Évidemment que c'était souvent arrivé, en trois ans de temps. Que cela soit en rêve ou simplement quand elle laissait un peu trop traîner ses yeux sur le torse musclé avec sa cicatrice en forme de croix.

Mais là, il lui proposait de but en blanc. Il lui proposait de se retrouver entre eux deux. Entre lui et Sanji.

Avoir deux hommes rien que pour elle, l'idée était déjà vraiment alléchante. Elle n'avait jamais osé tenter avec des inconnus, malgré son envie. Et là, il ne s'agissait pas d'inconnus, mais d'hommes en qui elle avait une confiance aveugle. D'hommes qui n'oseraient certainement jamais lui faire du mal et qui seraient à son écoute complète, faisant peut-être -sûrement- passer son plaisir avant le leur, de peur de lui faire le moindre mal.

Et deux hommes foutrement sexy, qui plus est.

Bon sang, refuser une telle offre ne ferait-elle pas d'elle la femme la plus idiote du monde ?!

Elle déglutit nerveusement : allait-elle vraiment oser ? Allait-elle véritablement avoir le culot d'accepter de s'incruster dans ce couple incongru ? Elle aurait peut-être le sentiment d'être de trop. Peut-être que leur relation de nakamas rendrait la situation extrêmement dérangeante. Peut-être que cela pourrait briser leur amitié, ou même la relation de Sanji et Luffy...

- ... J'ai l'impression que c'est compliqué dans ta caboche, rit doucement son capitaine en ne la lâchant pas des yeux.

- Je suis juste en train de me dire... Que tu ne réalises peut-être pas tous les enjeux de ce que tu me proposes, Luffy. T'as pensé aux conséquences ?

- Nan. Et on s'en fout : parce que si on essaie pas, on peut jamais savoir.

... Évidemment. Luffy restait Luffy, après tout. Les conséquences ? Est-ce qu'il avait au moins la moindre idée de ce que ça voulait dire ? Foncer tête baissé avait toujours été son crédo, elle était bien placée pour le savoir. Et elle se sentait stupide d'avoir naïvement cru que ça serait différent pour ses relations sociales ou même amoureuses.

Bien sûr que Luffy ne se posait pas de questions aussi futiles que « est-ce que ça va marcher ? » ou encore « et si ça ne marche pas, qu'est-ce qu'on va faire ? ».

Avec lui, ça marchait toujours.

C'était à se demander comment ils avaient bien pu finir ensemble, Sanji et lui...

Nami poussa un long soupir sonore en se passant une main sur le visage, avant de jeter un regard contrit à son capitaine.

... Après tout, qu'est-ce qu'elle risquait, concrètement ? Car si ça matchait, elle gagnait deux beaux gosses absolus et des parties de jambes en l'air du tonnerre quasiment garanties.

Alors, elle décida d'arrêter d'hésiter et attrapa l'idiot en face d'elle pour l'embrasser fougueusement.

Et elle eut envie de le tuer alors qu'il se marrait à moitié en répondant à son baiser.

Mais il embrassait plutôt bien, cette tête à claque. Sa langue habile se mouvait avec la sienne dans une danse harmonieuse qui la fit rapidement monter sur un petit nuage, et elle pensa brièvement que c'était certainement grâce au fait qu'il avait un bon professeur.

Elle avait hâte d'y être, finalement.

Ils se détachèrent l'un de l'autre et ils se fixèrent, front contre front, lui avec un sourire-soleil plus qu'habituel mais non moins attendrissant, elle avec la commissure de ses lèvres qui peinaient à se relever.

- On arrive quand à la prochaine île ? Lui demanda-t-il soudainement.

- Euh... Dans deux jours, si notre poisse légendaire nous lâche la grappe. Pourquoi ?

Il se détacha complètement d'elle pour lui offrir un doux baiser sur le front, et fit demi-tour pour sortir.

- On se donne rendez-vous dans trois jours dans un hôtel qu'on trouvera là-bas, alors ! Ça me laisse le temps d'en parler à Sanji et qu'il accepte l'idée ! Ça t'va ?

Le sourire géant qu'elle se mangea en pleine face la fit légèrement douter sur sa capacité à refuser.

.


[Je ne peux pas 72 : « Je ne peux pas, je suis désolé »]

[Défi couple 414 : Luffy/Sanji]


Oh, quatre milliard de lignes de contexte... !

Hem bref. J'espère que vous appréciez pour le moment. À tout de suite pour la suite et les choses sérieuses... !

Illustration : Pinterest [...] /pin/823525481837166615/