Zelina travaillait depuis huit heures du matin et sa patience commençait à atteindre ses limites. En tant que serveuse, elle avait souvent eu à des clients malpolis, méprisants voir un peu trop proches physiquement. Mais aujourd'hui, elle avait visiblement touché le gros lot en matière de crétin sans cervelle.

Une bande de motard s'étaient arrêtés devant le restaurant El Rey de Mexico dans la matinée. Ils avaient garé leurs grosses Harley sur le parking et étaient entrés pour manger un morceau. Tout aurait pu bien se passer, ils auraient pu simplement manger, payer, laisser un maigre pourboire et repartir, comme le faisaient tous les autres clients.

Cependant, dès qu'ils étaient arrivés, Zelina avait compris qu'elle avait affaire à un authentique bande de connards. La dizaine de bikers étaient entrés dans le restaurent avec arrogance, en parlant fort et en bousculant d'autres clients. Ils s'étaient installés à la plus grande table, avaient commandé plusieurs plats et bouteilles de Tequila, ils s'affairaient maintenant à manger comme des porcs et à boire comme des poivrots.

Les quelques clients arrivés avant les bikers s'étaient empressés de finir leurs assiettes, de payer leur addition et de partir rapidement en oubliant de laisser un pourboire. Préférant ne pas rester trop près de ces gars. Comme si cela ne suffisait pas, les bikers mangeaient salement, reversant de la sauce et de la tequila un peu partout autour de la table en continuant de rire comme des hyènes aux blagues vaseuses qu'ils s'échangeaient.

Le leader du groupe en particulier, un grand chauve que le blason sur son perfecto désignait comme « King Corbin », s'employait à insulter méticuleusement tout ce qui n'étais pas blanc et américain depuis au moins trois générations.

Une remarque sur les « putains d'immigrés » et leur « sales putes de femmes pondeuses de gamins » énerva particulièrement Zelina. Elle s'employa à garder une expression neutre alors qu'elle attendait la nouvelle commande du groupe de bikers, lesquels ne semblaient pas décidés à partir avant un bout de temps.

-Reste calme Zelina, lui chuchota Chavo, le cuistot. Ce n'est pas les premiers clients à se comporter comme ça. Le plus simple est d'attendre qu'ils aient finis leur connerie, encaisser leur fric et prier pour qu'ils aient trouvé la bouffe dégueulasse et ne remettent plus les pieds ici.

-Facile à dire, rétorqua-t-elle entre ses lèvres. Ce n'est pas ton cul qu'ils matent chaque fois qu'il faut leur apporter quelque chose. J'ai l'impression d'être dans une porcherie avec des cochons en rut.

-Tu es une jolie fille Zelina, ce n'est pas la première fois qu'un client se retourne sur ton passage. Du moment que ça ne reste que des regards… Mieux vaut faire comme s'ils n'étaient pas là. Ceci dit, tu as ma parole que s'ils osent poser ne serait-ce qu'un doigt sur toi, Eddie, Andrade, Umberto et moi nous les ferons sortir d'ici façon Latino. Avec du plomb dans les fesses et leurs bouteilles de tequila dans la gorge.

Zelina eût un sourire, le premier de la journée.

Elle ne travaillait au Rey de Mexico, que depuis quelques mois, et pourtant les autres employés la traitait comme un membre de leur propre famille. Andrade et Umberto s'occupaient des cuisines avec Chavo, c'était deux garçons sympas et drôle, si l'on oubliait leurs disputes pour savoir lequel des deux épouserait Zelina, (la réponse étant aucun des deux, ils n'étaient pas son genre)

Eddie, le patron du restaurant et l'oncle de Chavo s'occupait du bar. Il s'employait à préparer une autre bouteille de cocktails pour les bikers qui réclamaient toujours plus d'alcool.

-Merci Chavo, répondit-elle dans un soupir. Il n'y a plus qu'à espérer qu'ils finissent vite, histoire de nettoyer le canapé des bouts de nachos qui commencent à s'incruster dans le cuir.

-Je crois que ça viendra plus vite que prévu, répondit-il avec un air narquois. Eddie est en train de mettre du laxatif dans leur bouteille. Je vais m'assurer que Andrade fasse la même chose avec la prochaine tournée de nachos…

Sur ces paroles, il retourna en cuisine en sifflotant un air mexicain. Zelina regarda Eddie apporter la bouteille aux bikers, un grand sourire débonnaire collé sur le visage. Il ne fallait pas s'y fier, Eddie aurait pu être un très grand acteur.

De l'extérieur, il ressemblait à un patron de restaurant tout ce qu'il y a de plus amical. Mais il ne fallait pas s'y fier, Eddie pouvait avoir l'air inoffensif et se transformer en l'espace d'une fraction de seconde.

Il avait été membre d'un gang quand il était plus jeune. Il gardait sous silence cette période de sa vie, mais ses tatouages et les multiples cicatrices qu'il cachait sous ses tee-shirts parlaient pour lui.

D'après ce qu'avait raconté Chavo à Zelina, Eddie était célèbre dans sa jeunesse pour cambrioler des maisons ou des magasins alors même que les propriétaires était présent. La police avait tenté pendant des années de mettre la main sur lui mais sans succès, les rares fois où ils parvenaient à attraper Eddie, ce dernier avait déjà vendu ses prises et ne craignait donc rien.

Ce fût à la mort d'un de ses amis proches lors d'un règlement de compte qu'il pris la décision de quitter le monde du crime.

Il avait acheté ce restaurant en cash, l'avait nommé d'après le nom de son défunt ami, et comptait passer la fin de ses jours à s'en occuper tout en regardant ses enfants grandir. Mais il n'était pas pour autant devenu inoffensif, Zelina savait que si ces bikers décidaient d'aller trop loin, Eddie n'hésiterait pas à sortir le fusil caché sous le bar pour les faire déguerpir.

Cette pensée ne suffit toutefois pas à la réconforter quand elle vit les hommes se gargariser de tequila de telle manière qu'ils renversèrent la moitié du breuvage sur les canapés de leur table. Zelina savait qu'elle devrait sans doute prendre une bonne demi-heure pour nettoyer ce massacre et cela l'enrageait.

-Putain c'est bon cette merde mexicaine ! hurla un biker alors qu'il venait de finir son verre.

-Ces putains d'immigrés ne sont pas foutu de babiller deux mots d'anglais, mais ils font de la bonne bouffe ! renchérit un autre en pourléchant ses gros doigts noyés de sauce. Ça doit être leur seule bonne qualité, mis à part leurs jolis bouts de femmes.

-C'est sûr que quand ce ne sont pas des gros tas plus laides qu'une vache, les mexicaines sont des jolis petits bouts de viande, déclara un autre, un blondinet que son patch désignait comme « The Showoff, Dolph Ziggler ». Vous connaissez les filles qui travaillent au Stripz Club de la quarante-deuxième avenue ? Ces petites chéries avalent et prennent tout ce que vous leur donnez, elles ont le cul ferme et la langue avide. J'en me suis tapés deux la semaine dernière et ils valaient chaque seconde des deux cents dollars que j'ai dû sortir pour elles.

« Je vais vomir » pensa Zelina.

-Tu as payé deux cents dollars pour des putes mexicaines ? demanda le dénommé Corbin avec un sourire méprisant. Rien que pour avoir le droit d'être dans notre pays, elle devrait sucer nos queues sans rien demander d'autre.

Le groupe explosa dans un concerto de rires gras comme si leur chef venait de dire une blague particulièrement bonne.

Si Zelina avait eu un fusil sous la main à cet instant précis, elle aurait sans doute tiré une balle à l'arrière du crâne des bikers. Sa famille était originaire de Puerto Rico, elle savait ce que c'était que d'être jugée pour ses origines. Les regards mauvais, les insultes à peine voilées, le mépris auquel elle faisait face presque quotidiennement… L'idée que cette bande de petites frappes se permettent de parler ainsi devant Eddie et Chavo la rendait furieuse.

« Ces putains de mexicains comme vous dites valent mille fois les petites merdes en perfecto que vous êtes… » pensa-t-elle. « Vous n'êtes qu'une bande de minables qui roulent en Harley pour compenser leur manque de couilles. Si Eddie le voulait, vous sortiriez de ce restaurant dans un sac mortuaire. »

Zelina aurait voulu hurler ces paroles. Mais elle n'était qu'une serveuse d'un mètre cinquante et frôlant à peine les cinquante kilos. Que pouvait-elle faire contre une dizaine de motard tous beaucoup plus grand et plus costaud qu'elle ?

Rien du tout.

Elle ne pouvait qu'attendre que le laxatif dans leur tequila fasse son effet et que ces gars dégagent du restaurant.

Alors qu'elle songeait sérieusement à aller cracher dans le prochain plat de nachos qu'elle devrait leur apporter, la petite cloche située au-dessus de la porte d'entrée sonna.

Un groupe de six hommes entrèrent dans le restaurant, mettant temporairement fin à la discussion des bikers qui se retournèrent en direction des nouveaux arrivants.

Les six hommes étaient tous très différents physiquement mais portaient tous le même tee-shirt noir sur lequel était écrit « école de combat libre, Kurt Angle ».

Il y avait un grand samoan aux épaules larges et tatoués qui soutenait l'un de ses camarades, un brun aux mèches disparates qui semblait marcher difficilement. À ses côtés se tenait un autre grand type dont les longs cheveux noirs étaient attachés en catogan. Deux autres samoans, des jumeaux qui semblaient indifférenciable physiquement, fermaient la marche.

Mais celui qui attira l'attention de Zelina était celui qui marchait en tête du cortège. Il devait bien faire un mètre quatre-vingt, ses cheveux rasés sur les côtés et coiffés à l'iroquoise tombaient le long de sa nuque et il arborait une petite barbe soigneusement taillée.

Il aurait pu ressembler à un de ces hipsters branchés qui fréquentait les clubs du centre-ville s'il n'y avait pas eu autre chose chez lui qui attira l'attention. Des tatouages, des dizaines et des dizaines de tatouages. Ses mains, ses jambes, ses bras, sa gorge, même derrière ses oreilles, il semblait sortir d'un magazine pour tatoueurs.

Zelina aperçut furtivement les mots « Anti-héros » inscrit sur les phalanges de ses deux mains, ainsi qu'un signe mystique discrètement peint derrière son oreille gauche. Quand il arriva face à elle, elle resta un instant bouche bée devant ce colosse tatoué qui semblait si grand et effrayant. Si par hasard elle l'avait croisé dans la rue, Zelina aurait sans doute changée de trottoir.

-Bonjour, dit-il d'une voix calme. Nous sommes six, est-ce que nous pourrions manger un morceau ?

La question ramena Zelina à la réalité.

-Bien sûr… une table pour six … bredouilla-t-elle en tentant de se refaire une contenance, puis avisant le brun toujours agrippé au grand samoan, elle demanda si leur ami avait un problème, car il semblait littéralement se tordre de douleur.

-Le problème, c'est qu'il a joué au malin avec notre coach et qu'il s'est mangé une série de suplex en guise de punition, répondit l'un des deux jumeaux. Pas vrai Dean ?

-Oh la vache… comment le coach Angle peut-être aussi vieux et encore faire des trucs comme ça ? demanda ce dernier en grimaçant de douleur. Je crois qu'il m'a pété le dos, j'ai mal absolument partout…

-S'il t'avait vraiment pété le dos, on serait à l'hosto en ce moment et pas au restaurant, se moqua le grand brun au catogan. Alors arrête tes simagrées qu'on puisse bouffer sans t'entendre te plaindre toutes les trois secondes. Roman t'a presque porté sur tout le trajet, tu ne trouves pas que tu exagères un peu ?

-Ce n'est pas toi qui viens de prendre une branlée par le coach…Pour un fossile, il est encore en pleine forme.

-Peut-être que si tu arrêtais de parler de son âge de cette façon ça n'arriverait pas, rétorqua Seth avec un sourire en coin. Si tu avais gardé ta langue dans ta poche, le coach ne t'aurait pas mis une raclée. Assume ta connerie et avance, on ne va pas te trainer jusqu'à la table.

Dean maugréa un « faux frère » et entreprit de suivre ses camarades alors que Zelina les guidait vers une table à l'opposé de celle de bikers. Ces derniers se reconcentrèrent sur leur nourriture et leurs verres, ignorant avec dédain les nouveaux venus et reprenant leur conversation.

Les six hommes s'installèrent et lurent la carte avec attention en échangeant quelques blagues de bien meilleurs gouts que celles des bikers. Zelina attendit patiemment qu'ils aient choisis sans les presser le moins du monde. De cette façon elle repoussait le moment où elle devrait apporter le plat du groupe de motards, c'était une petite victoire contre eux.

De plus, elle se surprit à regarder discrètement les multiples dessins incrustés sous la peau du grand tatoué. Des visages et des signes épousaient les formes de ses muscles en une élégante peinture vivante. Zelina n'avait jamais été une grande fan de ce genre de style : les tatouages, la coupe de cheveux de viking, le visage fermé d'un croque-mort etc…

Mais cet homme dégageait une aura étrange différente. L'expression « calme comme une bombe » semblait avoir été créé pour lui. À la fois menaçant et terriblement inexpressif. Au milieu de ses camarades, il était le seul à ne parler que très peu et à ne pas rire aux quelques blagues qu'ils échangeaient. Cela ne semblait d'ailleurs pas gêner le moins du monde ses amis, ils continuaient à discuter joyeusement sans tenir compte du mutisme de leur compagnon.

En écoutant le groupe discuter, Zelina put facilement identifier le nom de chacun des membres du groupe. Il y avait bien sûr Dean qui se plaignait de ses douleurs au dos, Seth qui en profitait pour lui lancer quelques piques, Roman le grand samoan et Jimmy et Jey, les deux jumeaux. Quant au mystérieux tatoué que Zelina dévorait du regard depuis quelques minutes, elle n'apprit son nom que lorsque Dean s'adressa à lui pour lui dire de se dépêcher de commander.

-Alors Aleister tu dépêches de commander ? Tu fais attendre la serveuse.

Aleister. Quel nom étrange. Cela sonnait comme le nom d'un personnage de roman de l'époque victorienne, avec une consonnance sombre qui semblait lui convenir tout à fait.

-Ne me presse pas Dean, répondit ce dernier sans quitter la carte des yeux. Tu ne voudrais pas que je te remette le même coup de pied que la dernière fois, non ?

Dean agrippa ses côtes tout en grimaçant à l'évocation de ce souvenir douloureux.

-Mec, tu m'avais démoli avec cette saloperie, j'ai passé deux jours sans pouvoir me lever après ça. Par pitié ne me remet pas la même chose, j'ai cru que ma cage thoracique allait exploser.

-Alors laisse-moi commander tranquillement… Je vais prendre le poulet sauce salsa avec un grand coca light s'il vous plait, dit-il en s'adressant à Zelina avec un sourire poli.

La serveuse lui rendit son sourire et nota fébrilement la commande. Elle allait retourner en cuisine lorsque l'un des motards, le grand chauve, l'apostropha depuis l'autre côté du restaurant.

-Combien de temps on va encore devoir attendre pour nos putains de nachos ?!

Zelina pesta intérieurement, même lorsque qu'elle devait prendre la commande d'autres clients, ces gros porcs continuait à l'emmerder. Elle essaya de garder son visage vide d'expression et répondit d'une voix difficilement calme qu'elle leur apportait leur plat tout de suite.

-Y'a intérêt ! grogna Corbin en retournant à son verre de tequila.

« J'espère que le laxatif dans les nachos va te clouer aux toilettes jusqu'à la fin de la semaine sale con » pensa Zelina.

Alors qu'elle allait retourner en cuisine, Aleister attrapa délicatement sa main pour la retenir.

-Ils ne devraient pas vous parler de cette façon, déclara-t-il simplement.

Ses camarades ne disaient plus un mot. Leur attitude décontractée venait de changer du tout au tout et même Dean, qui semblait être le plus bizarre de la bande, avait cessé de se plaindre et de faire des blagues. Les six hommes affichaient un air glacial et sérieux, tout en regardant d'un mauvais œil la table des bikers.

-Ce n'est pas une façon de parler à une dame, ajouta l'un des deux jumeaux.

-Y'a des manières de s'exprimer quand on mange dans un restaurant, continua l'autre jumeau. Roman, est-ce qu'on doit apprendre à ces gars comment parler correctement à une serveuse ?

Le grand samoan fit jouer le doigts de sa main, agitant son énorme bras couvert de tatouages tribaux. L'air dangereusement calme, il observa la table des motards. À ses côtés, Seth et Dean ressemblait à deux chiens de chasses attendant que le sang coule pour se jeter dans un combat.

-Six contre dix… observa Roman avant de s'adresser à ses amis, vous vous sentez capable de les mettre dehors ?

-Même à vingt contre six, on botte le cul de cette bande de crevard, déclara Dean en attrapant discrètement un couteau de table. Je n'aime pas leur attitude…

Zelina sentit son cœur monter dans les tours comme un moteur de voiture de course. Ces six gars semblaient sortir de nulle part et semblaient sur le point de se lancer dans une bagarre de bar simplement parce que des clients s'étaient montrés malpoli envers elle.

De ce qu'elle avait pu observer, la plupart des clients préféraient garder le nez dans leurs assiettes que de se lever pour défendre une simple serveuse. Et aussi ravi qu'elle pouvait l'être de savoir qu'il existait encore des gens capables de lui venir en aide sans même la connaitre, elle ne pouvait pas laisser une bagarre éclater sur son lieu de travail.

Une bagarre étant par nature incontrôlable, Zelina ne pouvait en laisser une éclater dans le restaurant sans craindre de gros dégâts matériels. Même si ces apprentis lutteurs semblaient animés des meilleures intentions, qu'ils fassent sortir les bikers en brisant quelques tables ou vitres seraient plus dommageable qu'efficace. Mieux valait s'en tenir au plan discrètement mis en place par Eddie et Chavo. Le laxatif ne tarderait à pas à faire son effet, les motards mettraient les voiles rapidement alors que leur estomac se transformerait en usine de guerre.

-J'apprécie votre attention, déclara-t-elle calmement. Mais je ne peux pas vous laisser faire ça. Faites comme moi et ignorez-les, ils finiront par partir. Je vous apporte vos plats d'ici une vingtaine de minutes.

Aleister relâcha sa main et hocha la tête, pourtant dans ses yeux comme dans ceux de ses camarades, la lueur de violence contenue brillait encore. Dean n'ayant toujours pas reposé le couteau qu'il avait pris, Zelina se mit à prier pour que rien ne dégénère.

En arrivant à la cuisine, elle vit que Andrade et Humberto avait tout deux délaissé la cuisine pour observer discrètement la scène.

-Qu'est-ce qu'il te voulait cette face de corbeau ? demanda Andrade en dévisageant Aleister d'un air mauvais. Je l'ai vu t'attraper la main, il ne t'a pas fait mal j'espère ? Parce que sinon je vais égorger ce pendejo…

-Je suis avec toi, ajouta Umberto en attrapant un hachoir à viande.

-Arrêtez de faire les cons tous les deux, grogna Chavo en rentrant dans la cuisine. Ces gars voulaient simplement défendre Zelina. Pas de bagarre avec les autres cons non plus, surtout pas avec un hachoir. Vous voulez finir la journée dans une cellule du commissariat ? Non ? Alors arrêtez de faire les braves pour impressionner Zelina et faites le travail pour lequel vous êtes payés.

Les deux cuistots baissèrent les yeux, penauds. Eddie était peut-être le patron, mais en cuisine, c'était Chavo qui dirigeait tout. Ses deux cuistots savaient très bien que c'était une mauvaise idée de le mettre en colère. Ils retournèrent immédiatement à leurs casseroles sans protester.

Chavo accrocha la nouvelle commande sur le tableau de la cuisine. Puis il se tourna vers le grand plat de nachos dégoulinant de sauce destinée au bikers. Il prit une bouteille de tabasco extra-forte dans un des tiroirs et la vida dans son intégralité sur le plat. Avec un sourire mauvais, il tendit le plat à Zelina qui ne pût s'empêcher de rire quand le chef lui glissa à l'oreille : « Avec ça, ces fils de putes vont chier liquide pendant une semaine entière ».

Elle se dirigea vers la table de bikers et remarqua deux choses : Un, Aleister et ses amis ne semblaient toujours sur leurs gardes, ils observaient avec une colère contenue les motards qui continuaient de festoyer bruyamment. Deux, Eddie jouait avec une pièce de monnaie qu'il envoyait en l'air avant de la rattraper. Cela pouvait ne ressembler à rien d'impressionnant, mais Zelina connaissait ce tic chez son patron, c'était le signe que sa patience atteignait ses limites et qu'il se retenait d'exploser.

Consciente de l'atmosphère explosive, Zelina marcha nerveusement vers la table. Elle imagina les prochaines secondes dans sa tête pour se convaincre que rien ne se passerait mal. Une fois le plat posé sur la table, elle souhaiterait un bon appétit aux motards avec son sourire le plus éclatant, puis elle ferait rapidement demi-tour pour retourner aux cuisines.

Rien de plus simple, avec un peu de chance tout se passerait bien et aucune bagarre n'éclaterait dans le restaurant.

Malheureusement le destin choisi d'aller dans une autre direction.

Dès qu'elle s'approcha, les bikers interrompirent leur discussion et la fixèrent du regard alors qu'elle déposait les nachos sur la table. Un mauvais pressentiment grimpa dans la gorge de Zelina. Une sensation d'étouffement qui précède un mauvais moment.

L'instant suivant, elle sentit une main venir s'aplatir avec force contre ses fesses. Les motards éclatèrent d'un rire gras alors qu'elle se tournaitpour apercevoir Ziggler, le motard blondinet, lui sourire sans dégager sa main de ses fesses.

-T'a un joli cul poupée, lança-t-il d'un air enjoué. Tu ne voudrais pas faire un tour avec nous après ton service ?

Zelina resta interdite un instant, choquée parce qu'il venait de se passer. Puis d'un geste rapide, oubliant tout ce qu'elle venait de se promettre, elle attrapa la bouteille de tequila posée devant elle et la fracassa contre le crâne du biker.

Une myriade d'éclats de verres s'envola alors qu'au même instant, sur le crâne du blondinet, se formait une large ligne rouge. Un silence de mort plana sur le restaurant, alors que les motards contemplaient, hagards, leur camarade s'affaisser mollement sur le canapé du restaurant. La serveuse commença à reculer lentement en tenant toujours le tesson de bouteille brisé dans la main. Elle avait reculé jusqu'au bar à petit pas lorsque les bikers semblèrent se rendre compte de la situation.

Le plus proche de Zelina, un grand brun musclé que son blouson désignait comme « Glorious Bobby Roode », se leva en sortant un couteau à cran de sa poche.

-Je vais te crever salope de mexicaine ! hurla-t-il en s'approchant de Zelina.

Seulement, avant d'avoir pu faire plus de deux pas, un couteau de table lui passa à quelques centimètres du visage et alla se planter dans le mur du restaurant, le stoppant net dans son mouvement. De l'autre côté du restaurant, fidèle à ce qu'ils avaient annoncé un peu plus tôt, les six apprentis lutteurs s'étaient levés, prêt à en découdre. Le couteau venait de Dean qui semblait complètement dingue, prêt à sauter sur les bikers pour les mordre comme un chien enragé.

Aleister et ses amis se positionnèrent de façon à former un mur protecteur entre la serveuse et le groupe de biker. Le grand lutteur tatoué plaça son large dos en écran devant Zelina. Elle se sentit immédiatement minuscule, ainsi placé, Aleister lui semblait deux fois plus grand qu'elle.

-Vous venez de faire le geste de trop, annonça Roman en avançant d'un pas. Maintenant soit vous prenez vos motos de merdes et vous rentrez chez vous, soit vous repartez dans une demi-douzaine d'ambulances.

-Tu sors d'où gros con pour nous parler comme ça ? répliqua Corbin en levant son couteau. Vous voulez jouer aux héros ? On n'est pas dans un film de Chuck Norris, on est presque deux fois plus nombreux que vous et on est armés ! C'est vous qui allez sortir d'ici en ambulance, si ce n'est pas directement dans un des sacs de la morgue !

Ses camarades acquiescèrent et se préparèrent au combat. Aleister et ses camarades se mirent en garde, visiblement prêt à découdre et peu intimidé par les lames acérées. Chaque camp de se regardait en chien de faïence, attendant le moment imminant où ils se jetteraient les uns sur les autres.

Le son d'une cartouche de calibre douze s'enclenchant dans la chambre de son canon brisa la tension du moment et fit se retourner les deux camps dans la direction du bar. Là, se tenait Eddie, un fusil à pompe entre les mains et le visage rouge et stridé de veines marquant sa colère difficilement contenue.

-On arrêtes les conneries amigos, déclara-t-il d'une voix calme qui pourtant tremblait légèrement sous l'effet de la rage. Personne ne va tuer qui que ce soit dans mon restaurant. Pas temps qu'il me restera un souffle d'air et une bonne réserve de munition.

D'aussi loin qu'elle se souvienne, c'était la première fois pour Zelina qu'Eddie semblait aussi énervé. Son visage était agité par des sursauts nerveux mais ses mains tenaient son fusil d'une main sûre alors qu'il tenait en joue les bikers.

« Pourquoi est-ce qu'ils font ça pour moi ? » se demanda-t-elle effrayée et stupéfaite à l'idée que son patron soit prêt à abattre des hommes pour lui avoir mis une main au cul.

-Tu ne devrais pas jouer avec ça, l'ancêtre, crâna Roode d'un air bravache. C'est dangereux tu sais les fusils ? Pose ça, tu vas te blesser.

- Je vais surtout faire éclater ta sale gueule d'un tir dans ta tête puis j'alignerais tes copains pour retapisser mon restaurant avec leurs putains de cervelles Hijo de puta ! répondit le latino en visant la tête du biker.

Roode recula, comprenant que Eddie n'hésiterait pas à mettre sa menace à exécution. Tous les bikers semblèrent le comprendre et leur colère se transforma en peur. Eux qui pensaient pouvoir tout se permettre se retrouvaient face à un mexicain enragé et armé qui semblait prêt à leur garnir la tête de plomb.

-Vous venez dans mon restaurant, continua Eddie d'une voix qui commençait à monter de colère, vous vous comportez comme des porcs, vous crachez dans la nourriture qu'on vous sert, vous renversez l'alcool qu'on vous verse et vous insultez ceux qui travaillent ici… Tout ça j'aurais pu laisser passer… Mais votre pote vient de foutre sa main au cul d'une serveuse qui bosse pour moi et que je considère comme ma propre fille. Alors vous n'allez pas vous en sortir avec quelques excuses bafouillées.

Il fit une pause en contemplant les motards qui semblaient comprendre qu'ils avaient fait une gigantesque erreur. Aleister et ses amis suivaient la conversation en se tenant loin de la ligne de mire d'Eddie. Même s'il était clair que ses menaces étaient dirigées vers les motards, les apprentis lutteur s'assurèrent de ne pas rester près de lui.

-Maintenant, reprit-il plus doucement, on va régler cette affaire à l'ancienne… Je vais vous expliquer ce qui va se passer. D'abord, vous allez me faire le plaisir de poser vos couteaux sur la table. Le premier qui tente un coup en traitre n'aura pas le temps de le regretter.

Les motards regardèrent leur leader qui commençait à suer à grosses gouttes. Corbin hocha la tête pour leur dire d'obtempérer. Les bikers posèrent leurs lames dans un concert de cliquetis métallique, puis se retournèrent vers Eddie qui les tenaient toujours en joue.

-Maintenant, continua ce dernier avec toujours une certaine retenue dans la voix, vu que vous avez l'air d'avoir envie de vous battre, je vais vous en donner l'occasion. Voilà ce qui va se passer : vous allez sortir dehors, lentement en file indienne. Le premier qui tentera quoique ce soit sera le premier à mourir. Ensuite… on se fera une bonne bagarre à l'ancienne. Pas de coup fourré, juste vingt gars qui se foutent sur la gueule. Dites les jeunes, vous êtes avec nous sur cette petite festivité ?

Il s'était adressé aux groupes des lutteurs pour sa dernière phrase. Les six combattants se questionnèrent des yeux pendant un court instant, puis jaugèrent le groupe de bikers qui s'agitait après les dernières paroles du barman.

Toujours à demi-cachée derrière le dos d'Aleister, Zelina observait la scène sans un mot. Avait-elle bien entendu ? Eddie proposait un combat pour régler cette histoire ? Il venait même de proposer aux lutteurs de l'aider dans cette tâche. Ce n'était absolument pas ce qu'elle aurait pensé vivre en se levant le matin même. Ce n'était absolument pas ce qu'elle aurait pensé vivre un jour.

-Jimmy, Jey vous êtes avec nous ? Demanda Roman aux jumeaux.

-Bien sûr cuz, répondit le premier. On va botter du cul de biker façon samoane !

-Notre paternel ne nous dira rien si c'est pour défendre une gentille serveuse, continua le deuxième d'un air détendu. Papa Rikishi n'aime pas qu'on se mette dans les ennuis comme lui quand il était jeune. Mais vu les circonstances on s'en tirera avec une tape sur l'épaule et un regard noir.

-On est avec vous, résuma simplement Aleister en faisant craquer ses phalanges.

Eddie eût un petit sourire qui mit encore plus mal à l'aise le groupe de motards. Le patron hurla en espagnol quelques mots et quelques instants plus tard, Chavo, Andrade et Umberto. Il leur dit quelques mots que Zelina comprit grossièrement, sa maitrise de l'espagnol restait assez mauvaise. Mais elle comprit, en voyant les trois cuistots enlever leurs tabliers et regarder les bikers d'un air proprement enragé, que l'affrontement était inévitable.

Chavo alla ouvrir la porte et Eddie fit un petit signe de la tête pour faire comprendre aux bikers qu'il était temps d'y aller. Ceux-ci récupérèrent Ziggler, qui était toujours dans les vapes et sortirent en veillant à ne pas énerver Eddie qui les menaçait toujours avec son fusil. Le groupe d'Aleister les suivirent, accompagné par Andrade et Umberto. Eddie sauta par-dessus le bar, arme en main et posa une main paternelle sur l'épaule de Zelina.

-Attends à l'intérieur, lui ordonna-t-il, ce sera vite fait. Je te promets qu'il n'arrivera rien de malheureux, on va simplement régler cette histoire mano a mano.

Zelina aurait aimé lui dire qu'il ne devrait pas se battre, c'était trop dangereux, mais elle n'arriva pas articuler un seul mot. Elle se contenta de regarder partir Eddie d'un pas nonchalant. La porte du restaurant se referma et la serveuse se rua vers la fenêtre la plus proche pour y observer l'action.

Les deux camps se faisait face, formant deux lignes de combattants en travers du parking du restaurant. Avec Ziggler toujours à terre, il ne restait que neuf des motards pour affronter les six lutteurs et les quatre employés du restaurant.

Les deux partis s'invectivaient, sans les entendre, Zelina voyait leurs lèvres bouger pour former ce qui semblait être des insultes peu raffinées.

Dean avait l'air d'être au milieu d'une fête foraine, il souriait et sautillait sur place avec un air fou. À ses côtés, Seth et Roman échangeaient quelques mots discrètement, sans doute pour préparer une stratégie. Aleister, lui, était aux côtés de Umberto de d'Andrade. Les deux cuistots insultaient visiblement les bikers qui le leur rendait bien. Aleister restait silencieux, immobile comme une manquante statue vivante. Ses yeux vides d'émotion scrutaient ses adversaires sans trahir la moindre pensée.

Encore une fois Zelina se sentait étrange en le regardant. Elle le trouvait à la fois effrayant et rassurant. Il ressemblait à un soldat dans sa façon d'agir, son assurance semblait dangereuse, comme s'il savait que personne ne pourrait l'arrêter après que la bagarre ait commencé. Mais au milieu de cette carapace d'acier qu'il semblait projeter, Zelina avait cru déceler quelques ouvertures.

Quand il l'avait prise par la main, quand il s'était placé devant elle pour la protéger, elle avait senti un changement d'attitude. Il était devenu protecteur envers elle sans pourtant la connaitre outre mesure.

Sur le parking, la bataille restait imminente. Cependant le fusil d'Eddie empêchait toujours les bikers de se lancer à l'assaut. Zelina eût un moment l'espoir que les choses allaient se calmer d'elles-mêmes. Que les bikers prendraient peur et partiraient en trombe sur leurs motos…

Mais ce mince espoir se brisa quelques secondes plus tard quand elle vit Eddie tendre son fusil à Chavo.

-Si un seul de ces pendejos tente de faire un coup fourré, loge-lui une balle dans le ventre, ordonna Eddie à son neveu qui acquiesça sans un mot.

Avec horreur, Zelina vit Eddie sourire et se ruer vers Corbin. Il le percuta dans l'estomac à la manière d'un joueur de football américain, les envoyant tous les deux sur le béton du parking. Puis, sans perdre une seconde, le latino se mit à le rouer de coups sans lui laisser le temps de récupérer.

La guerre était déclarée.

Les deux camps se jetèrent l'un sur l'autre dans une grande mêlée ouverte.

La serveuse vit Aleister envoyer plusieurs coups de poings violents au visage de son adversaire sans que ce dernier ne puisse se défendre correctement.

Andrade et Umberto s'étaient jetés à la suite d'Eddie pour aller percuter les deux bikers les plus proches d'Eddie et Corbin, les empêchant d'aller soutenir leur leader.

Roman assomma Roode d'un seul coup de poing sauté et alla immédiatement aider Seth qui faisait face à un motard aux épaules de taureaux.

Dean avait roulé au sol avec son vis-à-vis, il entreprit de mordre l'oreille de son adversaire qui hurlait d'une voix très aigüe en essayant de se dégager du lunatique.

Jimmy et Jey avaient frappé leurs adversaires avec un double coup de pied au visage synchronisé et entreprenait de les achever au sol en les frappant méthodiquement.

Le combat ne dura pas plus d'une ou deux minutes. Les six lutteurs et le personnel du restaurant avaient eu le dessus à chaque instant. Ce fût une raclée pour les motards, qui finirent tous au sol, gémissant de douleur alors que leur sang coulait contre le béton.

Incapable d'attendre plus, Zelina se rua dehors pour s'assurer qu'aucun des autres combattants n'ait été blessé. Elle vit en arrivant sur le parking, son patron se tenir au-dessus de Corbin qui semblait complètement sonné.

-Zelina, tu devrais rester à l'intérieur, dit Andrade en s'approchant d'elle.

Mais avant que la serveuse n'ait pu rétorquer qu'il n'y avait plus aucun danger, le déclic métallique d'un pistolet qu'on arme lui glaça le sang.

Ziggler venait de se réveiller, il pointait son arme dans la direction de Zelina.

En un instant, Zelina compris que si les autres bikers s'étaient débarrassés de leurs armes sous la menace d'Eddie, le blondinet qu'elle avait assommé avait sans doute conservé la sienne quand il était étourdi.

-Je… vais… te crever salope, éructa-il, la haine lui déformant la mâchoire.

Lentement, très lentement, Zelina vis le canon de l'arme se stabiliser vers elle. Du coin de l'œil, elle vit le visage horrifié d'Andrade qui se précipitait sur elle, sans doute pour faire rempart de son corps. Mais il était loin, beaucoup trop pour couvrir la distance qui les séparait. Son oreille capta un juron prononcé en espagnol, provenant sans doute de Chavo.

« Alors c'est comme ça que tout fini ? » se demanda-t-elle.

Toutes ses sensations semblaient anesthésiées. Son cerveau semblait avoir bloqué le temps comme pour lui laisser le temps de faire une dernière prière. Elle pensa à sa famille, aux larmes que verserait sans doute sa mère en apprenant sa mort, à ses amis qui viendrait se recueillir sur sa tombe.

« Comme la vie est étrange. » pensa-t-elle en fermant les yeux en attente de l'impact. Elle était résolue à attendre la fin avec dignité. Puisque que c'est ainsi que tout devait finir, alors autant y faire face. Plus le temps de pleurer, plus le temps de supplier, elle ne pouvait qu'attendre qu'une balle vienne faucher sa vie.

Mais la détonation ne vient jamais.

Surprise, Zelina ouvrit les yeux pour voir le pistolet s'envoler en l'air, loin des mains de Ziggler. Dans un mouvement parfait, Aleister avait expulsé l'arme des mains du biker avec un coup de pied retourné. Le blond contempla un instant son arme s'éloigner de lui, puis baissa la tête juste à temps pour voir arriver vers son nez un énorme coup de genou.

L'impact fût sinistre, le choc brisant complètement l'arête du nez. Le sang jaillit à flot alors que le biker s'écroulait au sol. Sans un regard pour le vaincu, Aleister se détourna et se dirigea vers Zelina.

-Vous allez bien ? lui demanda-t-il de sa voix lugubre.

La serveuse sentit son calme fondre comme neige au soleil. Sa respiration s'accéléra brutalement alors que la réalité la rattrapait. Elle inspira de grandes bouffées d'air alors qu'elle se rendait enfin véritablement compte qu'elle venait d'échapper à la mort.

Ses jambes décidèrent de ne plus la soutenir et Andrade dû la rattraper pour qu'elle ne s'écroule pas au sol. Plusieurs larmes vinrent perler sur ses joues alors que le choc s'imposait complètement à son cerveau.

Aleister s'agenouilla près d'elle et pris sa main dans la sienne pour la calmer.

-Tout va bien, souffla-t-il. Vous allez bien, vous êtes en sécurité, il ne vous arrivera rien.

-Il a raison Zelina, enchaina Andrade qui la tenait toujours par les épaules. Tout va bien, personne ne te fera de mal.

Les autres lutteurs ainsi que Umberto vinèrent s'agenouiller à leurs tours, lui prodiguant des mots de réconforts. Après un peu de temps, Zelina sentit sa respiration se calmer et sa panique progressivement disparaitre.

-Joli coup de pied hombre, dit Umberto à l'attention d'Aleister.

Ce dernier hocha simplement la tête et se tourna vers les bikers avec un regard mauvais.

Eddie était encore à califourchon sur Corbin et il observait la scène en silence. Zelina vit briller du coin de l'œil le tranchant d'une lame de couteau qu'Eddie avait tiré de son pantalon. Elle comprit alors que si Aleister n'avait pas désarmé le biker, Eddie l'aurait tué avant qu'il ne puisse presser la détente.

-Une chance pour toi et tes amis que la jeune fille n'ait rien, déclara calmement Eddie à l'attention du chef des bikers. Sinon, j'aurais tranché la gorge de chacun d'entre vous avant de vous balancer dans le fleuve.

Le biker semblait encore étourdis par les coups de poings du mexicain, il observait avec une certaine crainte la lame de couteau. Les menaces d'Eddie n'étaient pas lancées en l'air, si Ziggler avait réussi son coup, Eddie aurait transformé tous les motards en nourriture pour poisson.

-Maintenant… continua lentement le latino, je vais t'expliquer une chose ou deux.

Il se pencha et murmura quelques mots à l'oreille de Corbin que Zelina ne pût entendre. Mais lorsqu'il eût fini, ce n'était plus la peur qu'on pouvait lire dans les yeux du biker, c'était une terreur pure semblable à celle qui s'empare d'un homme lorsqu'il comprend que sa vie ne tient qu'à un fil.

-Je ne savais pas… bafouilla-t-il en tremblant comme une feuille. Je vous promets qu'on refoutra plus les pieds dans le coin. Vous avez ma parole, on va se tenir à carreau !

-Y'a intérêt, grogna Eddie en se relevant. Maintenant, foutez le camp d'ici !

Avec difficulté mais empressement, Corbin se releva.

-On fout le camp les gars ! hurla-t-il d'une voix cassée. On dégage d'ici ! Relevez Dolph et montez sur vos motos, on ne doit pas rester une minute de plus ici !

La panique de leur chef sembla motiver les bikers qui se relevèrent en titubant pour se diriger vers leurs motos. Moins d'une trentaine de secondes plus tard, un cortège incertain de Harley-Davidson prit la route dans un concert de pétardements. Presque aucun des bikers ne semblait conduire droit mais ils disparurent rapidement sans se retourner.

-Je ne sais pas ce que vous leurs avait dit, souffla Dean à l'adresse de Eddie, mais ça devait être sacrément flippant pour qu'ils décampent aussi vite.

Le latino eu un sourire malicieux. Il semblait être redevenu ce patron de restaurant et débonnaire et inoffensif alors qu'il venait de corriger un biker bien plus grand que lui.

-Désolé Eddie, déclara platement Chavo, je n'avais pas pensé que ce gars pouvait avoir une arme sur lui. Zelina à faillit y rester par ma faute…

-Ne t'en fais pas Chavito, je n'y avais pas pensé non plus.

-C'est de ma faute… murmura tristement Zelina. Si je ne l'avais pas frappé avec cette bouteille, rien de tout cela ne serait arriver.

Les larmes de la serveuse ne s'étaient pas taries, elles coulaient désormais en long sanglots, souillant son maquillage et laissant de longues trainées de mascara sur ses joues.

Aleister, qui n'avait pas lâché sa main, secoua doucement la tête.

-Vous n'avez pas à vous excuser. Ce qu'il vous a fait était intolérable, si vous ne l'aviez pas fait, je m'en serais chargé. Tout va bien maintenant. Il s'est passé beaucoup de choses en très peu de temps, pleurez tant que vous voulez mais gardez en tête que tout va bien maintenant. Ces gars-là ne reviendront pas, vous êtes en sécurité.

Ses mots semblèrent calmer Zelina. Petit à petit, elle parvient à réduire ses larmes. Autour d'elle, les lutteurs comme les employés du restaurant lui murmurait des mots réconfortants. Après quelques minutes, elle put enfin se relever. Aleister lâcha finalement sa main, ce qu'elle regretta légèrement. Elle aurait aimé que cette grande main tatouée continue d'enserrer la sienne.

-On vous doit une fière chandelle amigos, dit Eddie en s'adressant aux lutteurs. Vous êtes des bons gars, si jamais je dois expulser d'autres clients comme ça, je n'hésiterais pas à vous appeler.

-Sans vouloir paraitre malpoli, je pense qu'on déclinera, dit Seth en passant une main dans ses cheveux. Si jamais notre coach apprends qu'on s'est battus hors du club, il va nous passer un sacré savon.

-Il va nous trucider, approuva Roman avec une grimace. Lui qui nous répète sans cesse qu'un professionnel doit savoir se contrôler… Je n'ose même pas imaginer ce qu'il nous ferait s'il apprenait que cette bagarre a eu lieu.

Eddie eût un petit sourire.

-Si vous dites à Kurt que c'était pour aider Eddie Guerrero et la serveuse qui travaille pour lui, je pense qu'il vous laissera tranquille.

Les six lutteurs le regardèrent avec des yeux ronds.

-Vous connaissez le vieux ? demanda Dean.

-Disons qu'on s'est croisé dans notre jeunesse. Répondit Eddie en restant évasif. Il boit toujours autant de lait ?

- Trois litres par jour ! s'exclamèrent en chœur Jimmy et Jey.

Après avoir été témoin d'une bagarre violente et avoir manqué d'être tuée par une balle, Zelina ne pût s'empêcher de rire devant la synchronicité des jumeaux samoans. L'ambiance pesante était retombée, pour laisser place à une certaine fraternité entre les lutteurs et le personnel du restaurant.

-Le moins que je puisse faire, c'est de vous offrir le repas et une bonne bouteille, déclara joyeusement Eddie. Allez ! Tout le monde à l'intérieur, Andrade et Umberto, vous retournez derrière les fourneaux et vous nous préparez un festin ! Je ferme le restaurant pour aujourd'hui, on va célébrer cette bagarre comme il faut. Dio mio…J'ai l'impression d'être revenu à mes vingt ans !

-Un resto gratuit ? C'est la meilleure journée du monde ! s'écria Dean qui semblait excité comme un gamin.

Le petit groupe retourna à l'intérieur et Eddie retourna la pancarte de la porte d'entrée. Il alla chercher quelques bouteilles pendant que Chavo rangeait le fusil derrière le comptoir. Zelina, elle se dirigea vers la table désertée par les bikers avec la ferme intention de nettoyer le cataclysme ménager qu'ils y avaient laissé.

-Laisse ça Zelina, lui dit Chavo alors qu'elle commençait à débarrasser les plats, je vais me charger de ça. Tu as eu assez d'émotions pour aujourd'hui, va plutôt t'assoir avec nos invités et détends-toi.

La serveuse voulut protester, mais Chavo s'était déjà emparé d'une éponge et d'une serpillère pour faire son travail. En passant, il lui murmura quelques mots à l'oreille.

-Tu devrais en profiter pour discuter avec le grand tatoué, je crois qu'il t'aime bien et que tu commences à bien l'aimer aussi.

Zelina rougit violement mais n'osa pas répondre au cuistot qui commença à nettoyer en sifflotant. Elle alla aux toilettes pour enlever rapidement les traces de son maquillage qui avait coulé et tenta de se refaire une beauté en vitesse.

Quand elle revient, les six lutteurs étaient attablés avec Eddie et ils discutaient tous joyeusement. En la voyant arriver, Eddie se décala légèrement pour l'inciter à s'assoir près D'Aleister qui se trouvait en bout de table.

La serveuse avait envie de râler en voyant son patron agir comme un père de famille qui tente d'aider sa fille avec un rencard. Mais après tout, ce n'étais pas si mal de finir cette journée à côté d'un grand tatoué musclé.

-Vous allez mieux ? s'enquit immédiatement Aleister d'un ton toujours très poli.

-Oui, merci, répondit Zelina en contrôlant sa voix pour qu'elle ne monte pas dans les aigus. Mais est-ce qu'on peut arrêter de se vouvoyer ? Je m'appelle Zelina, Zelina Vega.

-Pas de soucis, répondit-il, Aleister, Aleister Black.

-Bond, James Bond, ajouta Dean d'un air tout à fait sérieux qui ne lui allait pas du tout.

La tablée éclata de rire et le lunatique récolta une petite tape affectueuse derrière la tête de la part de son camarade Seth.

Les discutions continuèrent de bon train pendant que Umberto et Andrade mijotaient plusieurs plats dont l'odeur délicieuse parvenait jusqu'à la salle du restaurant. Les six lutteurs semblaient s'entendre à merveille avec Eddie qui leur servait verre sur verre en riant. Dean demanda poliment s'il était possible de fumer dans le restaurant et le parton l'autorisa à allumer sa cigarette à titre exceptionnel.

Pendant ce temps, Zelina restait près d'Aleister dont la langue commençait à se délier progressivement. Derrière la façade menaçante du grand combattant tatoué, la serveuse vit apparaitre une facette plus enjouée de cet homme qu'elle ne connaissait que depuis peu. Elle se sentait encore intimidé par lui, pourtant elle avait envie de mieux le connaitre. De voir plus loin que la première impression.

Cependant, une question lui restait en tête, une question relative à l'incident qui avait éclaté un peu plus tôt.

Au début ce n'était qu'une petite pensée, mais cette question commença à la dévorer, et il lui sembla qu'elle devait la poser. Rien que pour avoir l'esprit tranquille.

-Dites, commença-t-elle en s'adressant à tous les lutteurs, je voudrais savoir quelque chose. Quand vous êtes intervenus tout à l'heure, quand le blond m'a foutu sa main aux fesses… Pourquoi est-ce que ça avait l'air de vous mettre en rogne à ce point ? Je veux dire, des serveuses qui ont des clients pervers, ce n'est pas rare. Mais vous vous êtes tous levés pour me défendre, pourquoi ?

Aussitôt Aleister, Dean, Roman et Seth se rembrunirent, mal à l'aise. Jimmy et Jey eux semblèrent perplexe, comme s'ils ignoraient quelque chose que les autres partageaient en secret.

-C'était juste pour te défendre, déclara Jey sans ombrage. Je veux dire, ce n'est pas parce que ça arrive parfois qu'on doit forcément laisser faire et fermer les yeux.

-Exactement, enchaina son frère. Je ne pense pas qu'on imaginait devoir en venir aux mains, mais c'était ce qu'on devait faire, pas vrai les gars ?

Les autres restèrent silencieux. Comme s'ils hésitaient à partager ce qu'ils savaient.

-C'est plus compliqué que ça en fait, finit par dire Roman. C'est une histoire qui remonte à avant que vous deux ne soyez arrivés au club.

-Y'avait un gars que vous n'avez pas connu qui s'entrainait avec nous à l'époque, continua Seth. Phil, on le surnommait C.M Punk. C'était un bon gars, un peu arrogant sur les bords mais pas méchant. Sa copine, AJ Lee venait souvent aux entrainements, pour l'encourager.

-Elle te ressemblait beaucoup Zelina, ajouta Dean d'un air lugubre. Physiquement je veux dire, portoricaine, de petite taille avec des longs cheveux noirs. C'était une vraie boule d'énergie, elle était un peu folle sur les bords mais jamais dans le mauvais sens du terme. Elle et Phil était deux tourtereaux, toujours à s'embrasser et à se dire des niaiseries, à filer le grand amour. Le coach Angle la laissait venir aux cours parce qu'il disait qu'elle et Punk lui rappelait sa jeunesse, quand il avait rencontré sa femme.

Il y eût un nouveau silence. Eddie, Zelina, Jey et Jimmy écoutaient avec attention car ils voyaient dans les yeux des conteurs une tristesse mal contenue. Un ensemble de colère et de remord qui laissait présager de la mauvaise fin de cette histoire.

-Et alors ? fini par demander Zelina.

Aleister prit une grande inspiration. Comme si les mots qu'il s'apprêtait à prononcer était coincé en travers de sa gorge.

-AJ travaillait comme serveuse dans un resto, pas loin du club, expliqua-t-il lentement, un air morbide dans les yeux. Un soir, alors que Phil passait la chercher après son service, il y a eu… un problème.

Il s'interrompit et Zelina vit ses mains se contracter, blanchissant ses phalanges et tendant les tatouages incrustés dans sa peau.

-Des clients du restaurants, des joueurs de football américain, avait passé la soirée à emmerder AJ, ils étaient bourrés et ne se contrôlaient pas. L'un d'eux avait essayé de lui tripoter la poitrine, alors elle lui avait renversé sa bière sur la tête. AJ était comme ça, elle ne se laissait pas marcher sur les pieds. Ils se sont énervés et la sécurité a dû les expulser. Mais quand AJ a fini son service, ils l'attendaient dehors…

Phil a essayé de s'interposé, bien sûr, mais ils étaient quatre contre un. Il l'on roué de coups et ont forcé AJ à regarder. Elle les suppliait d'arrêter mais ils ont continué et ont commencé à la déshabiller tout en frappant Phil… Une habitante du quartier a entendu les cris et a prévenu la police, mais quand ils sont arrivés… Phil était inconscient, il avait perdu beaucoup de sang… Ils lui avaient brisé trois côtes, la mâchoire et la clavicule. AJ était en état de choc, elle pleurait toutes les larmes de son corps. Les pompiers sont arrivés et les ont amenés d'urgence à l'hôpital…

Aleister s'arrêta, la mâchoire contractée à s'en faire éclater les dents.

Le silence qui régnait sur le restaurant était pesant. Lourd comme une enclume et sinistre comme une guillotine. Dean, Seth et Roman portaient dans leurs yeux la même tristesse et la même rage que celle qui animait Aleister. Ni Eddie, ni Zelina n'osait prononcer un mot. Finalement, ce furent les deux jumeaux qui mirent fin au lugubre silence.

-Et alors ? demandèrent-ils d'une même voix.

-Alors Phil est resté dans le coma pendant deux semaines, expliqua Dean, épargnant à Aleister la peine de raconter la suite de la triste histoire. AJ n'a pas quitté son chevet jusqu'à ce qu'il reprenne conscience.

-Elle ne bougeait plus, ajouta Roman, les mains rendues tremblantes par l'émotion. Elle ne parlait pas, ne réagissait à rien… Elle passait sa journée à regarder Phil, en attendant son réveil jusqu'à ce qu'elle s'écroule de fatigue.

-Il a fallu lui mettre une perfusion pour l'alimenter, se rappela Seth. C'était devenu une coquille vide, sans âme, sans aucune émotion. On est allé les voir tous les jours et chaque fois c'était le même tableau immobile… Si Phil y était resté…

Il n'acheva pas sa phrase, laissant le silence parler pour lui.

-Mais… Il s'en est sorti pas vrai ? osa demander Zelina d'une petite voix.

-Oui… en quelque sorte. Répondit Dean l'air toujours lugubre. Il s'est réveillé après deux semaines de coma mais il y avait des… séquelles. Quand il a repris conscience, il n'arrivait même pas à articuler correctement, ses phrases n'avaient aucun sens et il confondait certains mots avec d'autres.

-Les docteurs ont dit qu'il avait des dommages au cerveau, ajouta Roman. Qu'il lui faudrait plusieurs mois voire des années de rééducation pour pouvoir à nouveau parler normalement. AJ était folle de joie quand il s'est réveillé. Mais quand elle a vu que Phil n'arrivait même plus à prononcer son nom correctement… cette joie à disparue.

-Elle et Phil sont rentrés à Chicago, chez les parents de Phil pour qu'il suive sa rééducation, dit Seth. On n'a même pas eu le temps de leur dire au revoir qu'ils étaient déjà dans un avion en direction de L'Illinois.

-C'est pour ça qu'on est intervenu, conclu Aleister d'une voix grave mais tremblante. On ne voulait pas revivre quelque chose comme ça, pas si on pouvait l'empêcher.

Le silence revient dans le restaurant. Eddie secoua la tête et avala une grande gorgée de tequila comme pour faire passer cette triste histoire, bloquée dans sa gorge. Jey et Jimmy regardait obstinément leurs bières sans oser lever la tête. Roman, Seth, Dean et Aleister gardait le silence, comme si raconter cette histoire les avait vidés de leur énergie.

Zelina, ne savait pas quoi dire ou faire. Difficile d'imaginer à quel point cela avait dû être durs pour eux. Voir un de leur amis finir dans le coma puis partir loin d'eux sans même pouvoir lui dire au revoir… Elle pensa à cette AJ, cette fille qu'elle n'avait jamais rencontrée mais qui lui ressemblait tant. Zelina s'imagina à sa place : attaquée, humiliée et meurtrie par une bande d'imbéciles alcoolisés.

Elle repensa à l'instant où Ziggler l'avait mise en joue, elle se souvient de la peur qu'elle avait ressentie. Si jamais Aleister et ses amis n'étaient pas intervenu, elle aurait peut-être été attaquée le soir même par ces bikers, à la sortie de son service. Rien que l'idée la faisait frissonner d'horreur.

Mue par un instinct inconnu, elle posa sa main sur le bras tatoué d'Aleister. Il la regarda, surpris puis ému par l'attention et la remercia d'un petit signe de tête.

-On arrive au mauvais moment ? demanda Humberto qui venait de sortir de la cuisine avec deux plats de nourriture fumante entre les mains.

Lui et Andrade n'avait rien entendu de la conversation, trop occupée derrière les fourneaux. Ils attendaient devant la table, plats en main, inconscients ce que venait de leur révéler les lutteurs.

-Il n'y a jamais de mauvais moments pour de nachos ! s'écria Dean avec joie. Bon dieu je pourrais avaler un éléphant ! Pas vous les gars ?

Sa petite blague eût l'effet escompté et toute la tablée se détendit. La main de Zelina quitta avec regret le bras d'Aleister alors que les deux cuistots servaient leurs invités.

La serveuse comprit qu'elle éprouvait une attirance grandissante pour ce grand costaud à la peau peinte. Pas seulement parce qu'il l'avait sauvé d'une potentielle balle au cours de l'après-midi, mais aussi parce qu'elle commençait à discerner, derrière la façade menaçante et renfrogné, les contours d'un homme au grand cœur et prêt à aller au bout de ses convictions.

De tous les hommes que Zelina avait pu rencontrer, il semblait qu'Aleister possédait ce elle-ne-savait quoi qui le rendait unique.

La serveuse repensa aux garçons qui l'avait draguées quand elle était au lycée, aux hommes qui avait tenté d'attirer son attention depuis qu'elle travaillait au restaurant, tous semblaient correspondre à divers stéréotypes sans jamais avoir grand-chose d'original.

Aucun ne lui avait semblé aussi singulier et intriguant qu'Aleister. Il était comme un livre ancien et unique, découvert dans un recoin caché d'une gigantesque bibliothèque. Rare, précieux, provoquant une brusque poussée de curiosité lorsqu'on le remarquait.

Zelina continua de penser sans parler alors qu'autour d'elle les discutions reprenaient sans qu'elle y prête vraiment attention. L'ambiance était redevenue celle d'une célébration mais la serveuse restait dans sa bulle de penser, agissant par réflexe sans pour autant que le grand brun assit à côté d'elle ne quitte ses pensées.

Vers 16h, les lutteurs commencèrent à partir après avoir bu joyeusement et mangé comme un régiment, faisant honneur à la cuisine d'Andrade et d'Umberto. Eddie les remercia encore pour ce qu'ils avaient fait et leur promis qu'ils auraient toujours une table de libre dès qu'il leur prendrait l'envie de venir manger au El Rey de Mexico.

Les lutteurs assurèrent à Eddie que tout le plaisir avait été pour eux et rassemblèrent leurs affaires pour partir.

Zelina les regarda partir avec une pointe de tristesse. Aleister lui adressa un petit sourire amical avant de passer la porte qui fit soupirer mélancoliquement la serveuse. Bien sûr que ce n'était pas la dernière fois qu'elle reverrait ce groupe atypique, mais elle aurait aimé parler plus avec Aleister, en savoir plus sur sa vie et ses goûts mais elle était restée complètement silencieuse pendant une grande partie des conversations.

« Tu pourras toujours lui proposer un verre la prochaine fois » se dit-elle en commençant à plier la table.

-Tu vas bien Zelina ? viens s'enquérir Eddie qui avait remarqué son air triste. C'était une sacrée journée, si tu veux rentrer chez toi pour te reposer, on se chargera du reste.

-Non c'est bon Eddie, répondit-elle laconiquement.

-C'est ce grand gars avec les tatouages qui te reste en tête pas vrai ? rit son patron.

Zelina hésita avant de répondre.

D'ordinaire quand Eddie faisait des blagues sur un client qui aurait supposément attiré son attention, cela l'énervait. Elle avait parfois l'impression qu'Eddie se comportait comme un père de famille qui asticote sa fille au sujet des garçons. Mais cette fois, il semblait qu'il avait visé juste.

-Un peu, avoua-t-elle. C'est étrange, je ne le connais que depuis quelques heures et je le trouve… intéressant. Mais j'ai un peu peur que ce soit les émotions de la journée qui parle pour moi. Je veux dire… j'ai peur que ce que je commence à ressentir pour lui soit dû au fait qu'il m'ait sauvé la peau… Pourtant j'ai une impression au cœur, un petit quelque chose qui me dit d'essayer de le revoir…

Eddie hocha doucement la tête.

-C'est sûr que ce n'est pas tous les jours que ça arrive de croiser quelqu'un comme lui et ses copains, surtout dans ces circonstances. Mais ne t'en fais pas, tu as tout le temps du monde pour le revoir et pour comprendre ce qui se passe entre vous deux.

Zelina eut un petit sourire.

-Oui c'est vrai. Pas besoin de se presser, dit-elle en finissant de plier la table du restaurant.

Une chaleur douce grimpait dans la poitrine de Zelina, celle de la douce rêverie des moments à venir. Peut-être qu'Aleister viendrait demain et qu'ils pourraient discuter quelques instants. Peut-être qu'il lui proposerait de sortir un soir, pour un aller voir un film ou prendre un verre. Peut-être qu'elle en apprendrait plus sur lui, peut-être qu'elle découvrirait un peu mieux qui était l'homme derrière la façade de tatouages.

-Au fait Zelina, continua Eddie en la coupant dans ses pensées.

-Oui ? demanda-t-elle avec appréhension alors qu'elle voyait se dessiner un air espiègle sur le visage de son patron. Un air qui était généralement annonciateur de problèmes.

-J'ai donné ton numéro à ce gars avant qu'il parte, tu devrais vérifier ton téléphone.

Zelina rougit violemment, suffoquée qu'Eddie ait osé donner son numéro à Aleister, elle chercha une insulte à lui lancer mais son téléphone vibra dans sa poche avant qu'elle n'ait trouvé un juron suffisamment grossier à lancer à son patron.

Un texto envoyé depuis un numéro inconnu s'afficha sur son écran, et elle pût lire ces quelques mots :

« Ton patron m'a donné ton numéro, j'espère que ça ne te dérange pas trop ? Ce fût un plaisir de te rencontrer, et je voulais te demander si par hasard tu étais libre vendredi soir pour aller au cinéma. Aleister ».

Le sourire de Zelina s'élargit jusqu'à ses oreilles alors qu'elle lisait et relisait ce simple message.

Cette journée avait sans doute été la plus atypique et la plus effrayante qu'elle ait jamais vécue, mais elle se terminait bien mieux que de la façon dont elle avait commencé. Elle retourna en cuisine sous le regard paternaliste d'Eddie, en sifflotant joyeusement.

Merci à vous de m'avoir lu, j'espère que cet OS vous aura plu. N'hésitez pas à laisser une review pour me dire ce que vous en avez pensé, j'espère que vous aurez passer un bon moment. Je me suis beaucoup amusé avec cette histoire, j'avais envie de voir Zelina, Aleister, le Shield, les Usos et même ce bon vieil Eddie Guerrero dans une fic française, vu que ce ne sont pas forcément les superstars sur lesquels la plupart des gens écrivent.

Encore merci de m'avoir lu et comme disait Mick Foley : Have a Nice Day !