Coucou tout le monde !

J'espère que ce chapitre saura combler votre appétit de lecteur.


Chapitre 3


Il faisait plutôt bon en cette journée de novembre. Un beau soleil brillait au milieu d'un ciel bleu l'air sec et frais lui piquait le bout du nez, qu'elle tentait de couvrir un peu de son écharpe.
Hermione essayait de se dépêcher, en retard pour le match de quidditch. Si ça ne tenait qu'à elle, elle serait restée au chaud dans les quartiers des Gryffondors à lire un livre dans un de ces fauteuils bien confortables qu'ils se disputaient tous… Mais étant donné que son meilleur ami, sa meilleure amie et son petit ami jouaient tout trois dans l'équipe, la brunette n'avait pas vraiment le choix.
La jeune femme arriva en bas des gradins au moment où Madame Bibine sifflait le début du match. Hermione jeta un coup d'oeil circulaire autour d'elle, cherchant une place libre parmi la foule dense qui hurlait déjà. Elle finit par se placer sur un siège à l'étroit entre ses condisciples de Gryffondor, mais mieux valait cela qu'aller en terrain adverse chez les Serdaigles qu'ils affrontaient aujourd'hui… Serpentard était inenvisageable dans tous les cas, à la limite elle serait allée du côté des Poufsouffles mais bon… Elle était ici. Hermione se rendit compte que ces pensées inutiles qu'elle s'accordait n'étaient qu'élucubrations dans le but de ne pas suivre ce sûrement passionnant match de quidditch. Elle leva donc les yeux pour suivre le tout, se résignant.
Au bout d'une demie heure de jeu cependant, où Ginny avait marqué au moins neuf ou dix fois, s'attirant les exclamations bonnes ou mauvaises du public, Hermione n'y tint plus et laissa ses yeux vagabonder autour d'elle. Elle faisait pourtant de son mieux, mais vraiment, les cris incessants et les passions trop incontrôlables de presque les trois quart de la population sorcière la dégoûtait plus de ce sport qu'autre chose. Elle aurait peut être pu l'apprécier sinon… si elle n'avait pas eu le vertige.
En face d'elle, il y avait Malfoy, mais celui-ci ne semblait pas réellement concerné lui non plus, les yeux dans le vague… Un peu étrange connaissant le personnage, surtout que lui aussi faisait toujours parti de l'équipe de quidditch de Serpentard. Mais depuis la fin de la guerre, le blond semblait un peu éteins, bien qu'il ait été libéré de toute accusation, avec notamment l'appui d'Harry. Depuis ils ne se chamaillaient plus – c'était à peine s'ils le croisait dans les couloirs. Le personnage intriguait sa curiosité entre lui et Snape, il y avait un tas de questions qui s'imposaient à elle. Et comme Hermione était assez connue pour sa grande curiosité mais aussi son ouverture d'esprit, elle souhaitait juste comprendre les deux hommes. Ils ne semblaient pas faire parti de ces personnes dites « irrécupérables » après tout. D'ailleurs, ses derniers cours de potions lui avaient parut un peu plus agréables, Snape semblant enfin accorder un intérêt à ses potions, bien que minime.
Pensant à son professeur de potions, la surnommée miss-je-sais-tout regarda vers le gradin des enseignants. Celui-ci la surprit alors qu'il lisait tranquillement un livre, l'air de se foutre royalement du match. Il était vrai que les professeurs étaient presque obligés d'assister à ces événements de quidditch, mais de là à se moquer ouvertement des joueurs, comme s'ils étaient indignes d'attention… Mais vu que Serpentard ne jouait pas, et qu'on parlait de Severus Snape, cela n'était pas si surprenant que cela Hermione trouva presque ce culot amusant.
Elle se rendit compte qu'elle souriait lorsqu'une exclamation générale retentit dans le stade. La brunette se détourna donc pour reconcentrer son attention sur le jeu, qui était en fait fini, la tête ravie d'Harry Potter faisant le tour du terrain le vif d'or à la main en étant la preuve.
Ron se dirigea alors vers Hermione, l'ayant apparemment repéré alors qu'elle l'avait à peine regardé. La culpabilité l'envahie. Il se posta juste devant son gradin un immense sourire aux lèvres, le pouce en l'air. Alors que tous les regardaient, elle ne pût que lui sourire en agitant la main, rougissante et gênée de l'attention qu'on leur portait. La Gryffondor fit donc un signe à son petit ami, lui signifiant d'aller se changer et qu'elle l'attendrait à la sortie.

Elle patientait devant la porte des vestiaires, le stade s'étant presque entièrement vidé. Harry était parti depuis longtemps en compagnie de Ginny, le sourire ravie qu'ils affichaient en partant presque contagieux. Lorsque le batteur de l'équipe sortit à son tour, elle se décida à entrer dans ceux-ci car Ron était le dernier. Hermione n'y était jamais venue, et découvrit un petit vestiaire tout simple et chaleureux, des bancs et porte-manteaux le long des murs. Mais elle ne voyait pas le rouquin qu'elle cherchait.

- Ron ? appela-t-elle.

- J'arrive ! répondit-il, la voix un peu étouffée.

Elle remarqua alors un petit espace qui devait laisser place à des douches, vu que Ron en sortit, une serviette autour de la taille. Il avait les cheveux dégoulinants, et la situation ne laissait pas beaucoup place à l'imagination… Ce qui fit d'ailleurs rougir quelque peu le dernier garçon Weasley. Il n'avait jamais été si peu déshabillé devant sa petite amie et cela le gêna autant que ça l'excita… Il se dirigea alors rapidement vers ses affaires, les attrapant à la volée.

- Je reviens tout de suite, je- je vais m'habiller.

Il fila à nouveau vers les douches où Hermione ne pouvait le voir. Celle-ci soupira, un malaise la saisissant de nouveau. Elle sentit son ventre se tordre d'angoisse, alors que face à Ron, contrairement à lui, sa vision ne lui avait juste rien fait… Pourtant elle ne pouvait se plaindre en rien de son physique, il était grand et ses muscles étaient bien développés, lui procurant un charme protecteur, son sourire était adorable, il aurait dû la faire craquer… Ils avaient eu des moments plus intimes, où sentir son torse ferme sous ses mains l'avait fait frémir… Mais plus maintenant.
Elle sentit que les larmes allaient lui monter aux yeux, et elle préféra partir.

- Ron, je… j'avance d'accord ? On se rejoint dans la salle commune ! lui cria-t-elle pour qu'il l'entende.

Hermione ne sut pas si il lui répondit car elle avait déjà filé. Elle remonta très vite le chemin jusqu'au château, passant dans les couloirs à toute vitesse. Elle avait juste besoin de se calmer, de se poser, et tout irait mieux…
Elle s'engouffra dans un passage « presque » secret derrière une tapisserie, vu qu'il était connu de quelques élèves, pour rejoindre plus rapidement la tour des Gryffondors. La brunette laissa échapper un petit cri lorsqu'à un tournant, où elle faillit se prendre un couple de personnes. Qui furent terriblement gênés, remettant prestement leurs vêtements débraillés en place.

- Oh euh, salut Hermione, lui dit Ginny en lui souriant du mieux possible, ça va ?

Elle rit avant de lui répondre, amusée de voir Harry plus qu'embêté alors que la rousse ne semblait pas si dérangée que ça. Cette dernière avait raison après tout, ils ne faisaient que ce qu'un couple était sensé faire ! - Hermione se crispa avec cette pensée.

- Oui oui j'allais juste à la tour !
- Je vois je vois... répondit son amie.

- En tout cas, ne sois pas si embêté Harry, c'en devient comique là !

Elle lui fit un clin d'oeil alors qu'il se tortillait sur place, balançant d'une jambe à l'autre. Il se décontracta alors, prenant Ginny par la taille.

- Tu n'as pas tord !

Ils entendirent des pas derrière eux, et alors apparut Ron. Il sembla sceptique en les voyant tous les trois, dans cet étroit passage.

- Vous faites quoi exactement ? leur demanda-t-il sur un ton suspicieux.

- Petit goûter entre amis, ça se voit pas ? plaisanta Ginny, un grand sourire aux lèvres.

Ron ne chercha pas plus loin, habitué depuis longtemps aux situations étranges. Il s'approcha un peu plus d'eux, prenant lui aussi Hermione par la taille, ce qui la fit rougir. Il lui adressa un petit sourire penaud, pensant sans doute qu'elle était partie tout à l'heure parce qu'affreusement gênée. Elle se força à lui sourire en retour, pourtant dépitée de l'innocence qu'il lui associait. Ils s'étaient beaucoup embrassés, bien que moins ces derniers temps. Quelques fois leurs mains sétaient baladées comme Harry et Ginny ne pouvaient s'empêcher de le faire… Avant que cela s'arrête, peu à peu. Elle par manque d'envie, lui car il pensait qu'elle préférait attendre un peu, la respectant totalement. Et le fait qu'il soit si gentil n'était qu'ajout à la culpabilité de la jeune fille, qui laissait passer le temps en n'osant pas aborder la conversation difficile.

Ils finirent tous par avancer vers leur salle commune, dans une ambiance détendue qui finit par atteindre Hermione, et elle relégua ses mauvaises pensées au lendemain.

La semaine suivante, Hermione se trouvait en cours d'arithmancie, suivit en cette septième - huitième ? - année par trop peu d'élèves selon elle, malgré le fait qu'il y ait deux promotions en une. Son ventre n'allait pas tarder à gargouiller et ce genre de chose l'embêtait plus que de raison, car ça la gênait tellement qu'elle n'arrivait plus à se concentrer sur ses cours. Elle allait pouvoir aller manger juste après, et la brunette se tortillait sur sa chaise pour que le phénomène embêtant se produise au plus tard. En plus, Draco Malfoy se trouvait juste devant elle et il n'hésiterait pas à se foutre de sa tête elle en était persuadée. La Gryffondor appuya alors sur ce satané ventre. Elle savait qu'elle aurait dû penser à prendre une pomme pour son goûter entre les cours !

Et ce qui devait se produire arriva alors que le professeur s'interrompait une seconde, un gargouillement monstre se fit entendre dans la classe, et Hermione fit de son mieux pour ne pas se trahir en faisant genre que non, ce n'était pas elle, mais qui cela pouvait-il être ? … alors que ses joues rosées trahissaient malheureusement la vérité. Luna qui suivait le cours elle-aussi et qui était assise à ses côtés lui envoya un sourire encourageant, et Hermione la regarda, un soupçon de désespoir dans le regard. Heureusement que tous n'avaient pas entendu, mais comme elle le craignait, le blond devant se retourna…

Seulement, il se contenta d'un regard légèrement amusé qui la surprit énormément, et se reconcentra sur les paroles de leur professeur. Hermione resta songeuse, cette attitude qui ne ressemblait pas à Malfoy la laissait vraiment perplexe, et son attitude personnelle aussi elle savait pourtant que depuis le début de l'année scolaire, la fouine n'en était plus vraiment une. Bien que les joûtes entre eux étaient légendes depuis leur arrivée à Poudlard, et qu'elle l'avait énormément détesté pour le mal être qu'il faisait naître en elle au vu de ses origines, Hermione n'avait jamais cherché à le comprendre réellement. Qu'est-ce que ça faisait de naître dans une famille de sang-pur stricts et attachés si forts à de vieilles idées aujourd'hui révolues ? Aujourd'hui, la jeune femme avait grandit et pouvait comprendre que son attitude relevait d'un conditionnement effectué dès son plus jeune âge. Mais s'il parvenait à regretter tout cela, et maintenant libéré de certaines de ces contraintes, cela voulait dire que le personnage avait développé une réelle conscience... et sans doute une réflexion. Hermione savait que Malfoy n'était pas quelqu'un de bête, il savait s'exprimer et rendait de bons devoirs. Alors… peut-être qu'il voulait changer, et oublier son passé. Elle eu l'envie de lui parler, mais si ce projet était envisageable, elle n'avait aucune idée de comment le mettre en place. S'il la refoulait de manière virulente, elle ne pensait pas pouvoir essayer de creuser plus avec lui.

Son ventre la tirailla de nouveau, et la miss-je-sais-tout entoura son corps de ses bras, posant sa tête sur la table, détournée de ses pensées. Elle n'attendait plus que la fin du cours…

Vingt minutes plus tard, elle se trouvait dans la grande salle, mordant allégrement dans une cuisse de poulet. Ron la regardait avec des yeux ronds, surprit que sa petite amie qui utilisait sans exception ses couverts prennent ainsi sa nourriture. Harry, assis en face d'eux, riait en même temps que Ginny. Ils n'avaient jamais vu Hermione aussi affamée, et celle-ci semblait en transe. En fait, elle avait évidemment très faim, mais tentait surtout de ne plus penser à sa gêne. En plus, quand elle était arrivée dans la pièce, un bon poulet avec des pommes de terres bien chaudes et dorées l'attendant, elle n'avait pas pu résister…

- Tu sais Hermione, je crois que tu ne pourras plus jamais me faire de reproche… lui dit le rouquin, un sourire moqueur aux lèvres.

Celle-ci s'essuya la bouche et les mains dignement.

- Désolée Ron, mais moi je ne mange pas comme ça à chaque repas… et heureusement d'ailleurs, sinon pour qui passerions-nous tous les deux !

Il grommela dans sa barbe, se concentrant sur son assiette.

- ça a été l'arithmancie sinon ? lui demanda Ginny, les bras croisés sous son menton.

Hermione eut un instant les pensées vagabondes, dérivant de ses réflexions sur Malfoy à son manaque d'attention pour le cours.

- Oui oui, soupira la fille aux yeux couleur miel, et vous en divination ?

- ça va bien, tu sais tu aimerais sans doute plus cette année vu qu'on a Firenze…

- Peut-être…

Hermione resta évasive. Rien ne la convaincrait, elle le savait, de reprendre la divination. Elle avait déjà gardé assez de matières comme cela pour ses aspics, et se retrouvait souvent sans ses amis de toujours. Quand elle allait en arithmancie, eux avaient divination heureusement il y avait Luna. Elle avait aussi conservé l'histoire de la magie ("Mais qu'est-ce qui te passe par la tête ?!" s'était insurgé Ron), contrairement à eux trois, mais là par contre, elle se retrouvait un peu seule. Et en Runes, il y avait Ginny donc ça allait très bien. D'ailleurs elles avaient tendance à ne plus trop suivre les cours, Hermione connaissant déjà tout ou presque suite à leurs aventures où elle avait énormément pratiqué, et Ginny l'empêchant de se concentrer bien qu'elle le veuille sur un « cours emmerdant qui ne lui servirait de toute façon à rien ». Et ses conversations étaient plus intéressantes que celles avec les garçons… disons plus croustillantes par moment.

- Je vais chercher de la tarte à la mélasse, vous en voulez ? demanda Hermione aux autres.

- Avec plaisir ! répondit Harry, ne refusant jamais une part de son dessert préféré.

Les deux autres lui répondirent par la négative et elle se leva donc, se dirigeant vers Parvati et Lavande où les desserts se trouvaient. Cette dernière la regarda avec méchanceté, cela étant depuis qu'elle sortait avec Ron. Hermione roula des yeux, tout en se servant de deux parts. L'ex de Ron la regarda avec moquerie, son visage barré de cicatrices, pensant sûrement que les deux parts étaient pour elle. La brunette l'ignora, rendant son sourire à Parvati qui ne prenait pas part aux histoires de sa meilleure amie. Allant pour retourner à sa place, elle croisa son austère professeur de potions.

Comme Lavande précédemment, il sembla surpris de la voir se balader avec deux grosses parts de tarte, un sourcil levé en signe d'étonnement. Ne voulant pas que lui se fourvoie, elle lui dit rapidement :

- La deuxième n'est pas pour moi.

La regardant dans les yeux, impassible mais une lueur amusée dissimulée au fond des yeux, il lui répondit.

- Je n'ai rien dit Miss Granger…

Il passa à côté d'elle, une odeur très masculine venant titiller son odorat. Un mélange de musc et d'herbes fraîches…

Un peu après le repas du soir, Hermione se trouvait à une table dans la tour de Gryffondor, le regard perdue au loin vers l'extérieur. Elle pensait à ses parents. Pour les protéger vu sa place importante dans la lutte contre Voldemort, elle leur avait inventé une vie, autre que la vraie, et ils étaient partis en Australie. A la fin de la guerre, le temps manquant vu l'amoncellement de choses à faire, ils étaient toujours dans ce pays lointain… Elle ne s'inquiétait pas vraiment pour eux, et savait qu'il suffisait de les retrouver pour régler ce problème et que tout redevienne normal. Mais elle devait attendre encore un temps, d'avoir des moments libres pour le faire. Cela lui manquait énormément de ne pas correspondre avec eux, d'échanger des nouvelles, de leur raconter sa vie à l'école des sorciers, de les entendre toujours et encore la féliciter pour ses notes plus qu'excellentes… Elle savait qu'ils étaient biens et en sécurité, mais ils lui manquaient quand même. Et parfois, un petit coup de blues prenait place en son cœur.

Détournant le regard de la fenêtre, elle reporta son attention sur la lettre qu'elle leur écrivait. Comme de sa faute ils avaient manqué énormément de choses, Hermione avait prit l'habitude de leur écrire tout ce qui se passait d'important et de moins important dans sa vie. Ainsi, ils louperaient moins de choses en revenant à la réalité. La Gryffondor savait qu'ils lui en voudraient, surtout que leur cabinet dentaire avait dû être subitement laissé à l'abandon… Mais elle savait aussi qu'ils comprendraient et lui pardonneraient bien vite. La jeune fille s'était toujours dit qu'elle avait énormément de chance d'avoir de tels parents, gentils, encourageants et compréhensifs. Jamais ils ne l'avaient rejeté pour le fait d'être une sorcière, bien au contraire, elle était leur fierté supplémentaire, et rien n'était plus tendre que leurs étreintes.

Elle finit sa lettre de la semaine et en rédigea une autre à Andromeda Tonks, qui élevait le jeune Teddy. Sa tâche finie, Hermione appela Harry pour qu'il écrive lui aussi sur la lettre. Ce dernier était très impliqué dans la vie de son filleul, souhaitant lui apporter tout ce qu'il fallait pour qu'il vive de la meilleure manière possible l'absence de ses parents – d'ailleurs de ce fait, tous le gâtaient un peu trop. Les relations avec la mère de Tonks étaient parfois quelque peu tendues, car son meilleur ami voulait mettre son grain de sel partout, et Andromeda étant une femme assez indépendante avec sa fierté. Mais leur lien semblait se détendre au fil du temps, les deux trouvant des compromis et une manière de fonctionner, aidés d'Hermione par exemple qui s'impliquait elle aussi dans la vie du petit bonhomme aux cheveux plus souvent bleus que verts.

- Fini ! lui dit Harry, posant sa plume.

Ni une ni deux qu'il retournait déjà vers sa petite amie, l'entourant de ses bras, déposant une myriade de baisers au creux de son cou. Hermione sentit un petit sourire tendre se dessiner sur son visage en les voyant, mais il se changea en un rictus gêné en croisant le regard de Ron qui la fixait, brûlant. Il se leva pour venir la rejoindre, mais paniquant, elle se leva prestement et marmonna en le croisant qu'elle allait envoyer la lettre pour Andromeda à la volière. La Gryffondor étant de dos, elle ne vit pas le regard attristé du rouquin qui serra le poing.

Le couvre-feu étant à 22 heures, il lui restait peu de temps pour aller envoyer son message, mais Hermione ne s'inquiéta pas outre mesure il y avait quand même quelques avantages à être préfète en chef. Elle pourrait facilement prétexter une ronde de surveillance. D'ailleurs sur son chemin, elle croisa un couple de cinquième année dont les tenues débraillées ne laissaient pas trop place à l'imagination. Ils se firent donc dégager prestement, et Hermione soupira de devoir retirer des points et à Gryffondor et à Serdaigle. Son esprit avait déjà oublié son petit ami qu'elle évitait de plus en plus.

Elle passa les portes du château, frissonnant vu le froid et seulement couverte de sa robe de sorcière, malgré que ce soit celle d'hiver. La jeune fille pressa donc le pas, et quelques minutes plus tard, elle arriva enfin à destination. Trouvant une chouette quelconque pas encore endormie, comme elle en avait l'habitude étant donné qu'elle possédait un chat, elle lui attacha la lettre à la patte et la remerciant, la laissa s'envoler. Hermione l'observa jusqu'à ce qu'elle disparaisse au loin, s'accoudant à la fenêtre. La lune se faisait belle ce soir, et observer les étoiles lui était toujours aussi plaisant. Cependant, le froid se rappela à elle, et elle se détourna donc de la vue.

- Miss Granger.

La dénommée sursauta en apercevant son austère professeur qui venait d'arriver. Elle ne distinguait presque que son visage blanc, le reste de son corps se composant uniquement de la couleur noire. Elle aurait très bien pu passer à côté de lui sans le voir.

- Il me semble qu'il est un peu tard pour que vous puissiez vous trouver dehors… susurra-t-il.

Elle ne pouvait voir ses yeux mais imaginait très bien qu'ils devaient pétiller de contentement. Son cerveau réfléchit à toute vitesse.

- Je faisais ma ronde, professeur, mais comme j'avais une lettre à envoyer j'en ai profité pour passer par ici, rien de plus et je m'en vais donc…

Hermione se mit en marche et tenta de passer à côté de lui l'air de rien, mais sans surprise, il la stoppa en tendant le bras devant elle.

- Ne me prenez pas pour un idiot, Miss Granger. Je sais très bien que ce soir n'est pas votre tour de ronde.

Elle répondit du tac au tac. Elle aussi connaissait le planning.

- J'ai échangé avec Susan Bones, elle ne se sentait pas très bien.

Malgré l'obscurité, la jeune fille pût ressentir qu'il la toisait à travers la pénombre, mais rien ne pouvait lui permettre d'interpréter plus le silence de l'homme. Quelques secondes plus tard, Snape reprit la parole :

- Je vois. Attendez-moi, j'ai aussi à envoyer une missive mais vous devez-vous en douter en bonne miss-je-sais-tout...

Elle se mordit la lèvre de frustration mais ne répondit rien. Elle trouvait étrange qu'il n'ait rien dit de plus. Il fit effectivement ce qu'il avait dit, et Hermione se demanda pourquoi il utilisait une des chouettes de l'école, elle savait très bien qu'il possédait la sienne. Une magnifique chevêche d'Athéna, au plumage étrangement sombre. Sans doute que le noir était vraiment sa couleur, s'il avait même choisi son animal pour cela. Comment Hermione avait cette information en tête, elle n'aurait su le dire. Peut-être l'avait-elle aperçu lorsque son regard vagabondait dans la grande salle...

Le directeur de Serpentard se tourna ensuite vers elle, après que la chouette choisie se soit envolée, lui indiquant de passer devant lui.

La brunette s'engouffra dans les escaliers, sentant ses muscles se tendre de savoir que quelqu'un se trouvait derrière elle, et qu'en plus il s'agissait d'un professeur... ce professeur. Arrivée en bas, elle continua sa route sans lui demander son avis. Il ne dit rien et vint marcher à sa hauteur. Hermione ne pût s'empêcher de lui jeter un coup d'oeil, le voyant plus sous la clarté de la lune. Il fixait le château, indifférent. Son nez semblait le précéder, mais en dehors de ça il possédait un charisme certain, et à cette luminosité elle n'était pas gênée par la vision de ses cheveux souvent gras.

- Vous avez fini votre inspection ? lui dit-il d'un ton sec et tranchant.

Sa mâchoire s'était crispée, et il accéléra le pas, se mettant devant elle. La Gryffondor reporta son attention sur ses pieds, honteuse de s'être fait prendre la main dans le sac. Il devait penser qu'elle le regardait avec jugement ou dégoût. Bon il était vrai qu'elle se faisait son avis, mais il n'était pas méchant, elle le trouvait même plutôt objectif !

- Professeur, pourquoi être resté à Poudlard à la fin de la guerre ?

C'était sortit tout seul, une de ses trop nombreuses questions. Il se figea, et elle lui rentra dedans, se frottant le nez devenu douloureux. Effectuant un tour sur lui-même, il la toisa.

- Qu'est-ce qui vous fait penser que vous avez le droit de me poser ce genre de question, Miss ? articula-t-il lentement, le ton acerbe.

- Eh bien je-

- Laissez tomber, je ne veux pas savoir, la coupa-t-il, je suis certain que votre seul intérêt se rapporte à vous amuser toujours plus de moi. Vous et vos amis avez déjà assez dû rire suite à la vision de mes souvenirs alors que je pensais mourir... souffla-t-il, venimeux.

Oh. C'était donc ça qui le gênait tant… Elle comprenait mieux son attitude. Son professeur avait dû se faire tout un tas de films. Hermione le savait apte à juger très rapidement – il suffisait de voir avec quel égard il traitait Harry juste à cause de la ressemblance avec son père.

Il la surplombait de sa hauteur, l'air menaçant. Mais contre tout ce qu'il attendait, vu l'air surpris qu'il afficha, Hermione lui sourit. Snape se sentit bouillonner, certain qu'elle se moquait de lui mais avant d'avoir pu ajouter quelque chose, elle prit la parole :

- Monsieur… Professeur Snape, débuta-t-elle, un sourire attendri sur les lèvres, vous savez-

Il la coupa.

- Non, je ne sais pas Miss Granger.

Elle ne lui en tint pas rigueur.

- Vous savez, Harry ne nous a rien raconté des souvenirs que vous lui avez confié. Enfin, si, dans les grandes lignes. Je sais que vous vous êtes toujours sacrifié pour nous, et surtout pour Harry, malgré ce que j'ai entendu de votre rancoeur à l'égard de son père. Je sais aussi que vous méritez une grande reconnaissance de tous j'essaie de vous montrer, professeur, que c'est ce que personnellement j'éprouve à votre égard. Je pense même que nous vous l'avons bien prouvé, et cela publiquement. Je ne sais rien de plus concernant vos souvenirs, Harry nous a bien dit qu'il avait vu des choses très… personnelles, et qu'il ne serait pas correct de nous les faire partager. Ne vous fiez pas à vos jugements professeurs, je suis persuadée que vous savez comment est réellement notre héros national. Et votre attitude que vous gardez telle quelle… Alors que vous avez la possibilité de repartir de zéro. Il serait temps de se rendre compte que cela est un peu ridicule. Vous êtes un homme intelligent après tout.

Elle arriva au bout de sa tirade, et Snape remarqua avant que tout ce discours ne parvienne complètement à son cerveau, que, malgré l'obscurité, les yeux de ce petit bout de femme brillaient d'un feu ardent. Elle était entièrement convaincu de ses paroles, elle semblait avoir vraiment foi en lui. Et cela réussi à toucher de manière sincère son cœur plutôt asséché par son existence. Il regarda au fond de ses yeux, de son âme sans s'en rendre compte, comme si le jour était là, indifférent à cette sombre ambiance qui était son amie depuis si longtemps. Hermione sentit se sentit un instant défaillir sous l'intensité de ce regard qu'il lui lançait. Elle reprit son souffle qu'elle ne se souvenait pas avoir bloqué.

- Miss Granger…

Severus Snape avait chuchoté de sa voix grave, créant une certaine promiscuité entre leurs deux corps, la Gryffondor ne se rendant pas compte qu'elle s'était tendue vers lui.

- Je vous demande pardon ? dit-il d'une voix cassante.

Ce rapprochement discret se brisa instantanément, cassé par le ton sec employé par le professeur Snape. Hermione put sentir ses yeux s'agrandir de surprise.

- Il me semble, Miss Granger, que cette manière de parler ne sied guère à une élève s'adressant à un de ses professeurs.

Snape se sentit ridicule de s'être un instant laissé aller à cette aura d'apaisement qui émanait de la jeune femme en face de lui. Il tendit ses muscles, se retenant de lâcher un commentaire blessant. D'où osait-elle lui parler ainsi, et le juger en plus de cela ? Ses yeux la fixait durement, et Hermione se demandait où était passée l'intensité précédemment ressentie face à cet homme qui maintenant tenait de l'intimider.

- Je vous prierais donc, continua-t-il, de garder vos jugements ridicules pour vous. Car s'ils le sont fortement, vous l'êtes d'autant plus à penser que je me comporte ainsi tel un homme piégé dans son passé.

« C'est pourtant vrai Severus… » lui susurra une petit voix dans sa tête. « Tais-toi ! » ordonna-t-il.

- Professeur, je disais ça pour… apaiser les tensions en quelque sorte ? Ne le prenez pas mal je vous en prie !

Hermione se sentit décontenancée de l'attitude de celui qui se trouvait en face d'elle. Il changeait de facette en deux secondes ! Une pensée parasite lui souffla qu'il était peut être bipolaire... elle l'écarta rapidement en constatant que l'homme aux cheveux noirs s'était détourné d'elle pour rejoindre le château. Ils étaient effectivement toujours à l'extérieur. Elle le rattrapa donc au plus vite qu'elle put, les longues jambes de cet homme rendant la tâche difficile.

- Professeur ! Attendez ! le héla-t-elle.

Elle savait qu'elle risquait la retenue à force, mais elle était bien décidée à montrer à son professeur que ses arguments étaient justes, et même, qu'ils étaient là pour l'aider ! Hermione parvint à le rattraper juste avant qu'il ne file par l'escalier menant aux cachots, alors qu'il lui lançait un regard dédaigneux, attendant visiblement qu'elle s'exprime. Elle reprit difficilement son souffle.

- Professeur, c'est vous même qui m'avait parlé du fait que vous pensiez qu'on se moquait de vous… Je veux vous démontrer que non. Je pense que tout cela peut devenir mieux, pour nous, pour vous. Laissez-nous une chance, laissez-moi une chance. Votre estime compte pour moi ! J'admire réellement... votre courage... et vos capacités.

Elle avait terminé sa tirade en laissant sa voix mourrir au loin, gênée de l'honnêteté de ses propres paroles. Ses yeux commençaient même à s'humidifier, constata Severus, mortifié d'imaginer qu'elle puisse se mettre à pleurer. Il se sentit un peu gêné de son insistance et de recevoir tant de compliments en une seule soirée – on était pas au temps de Noël que diable !

- Maintenant professeur que je vous ai dit tout cela, reprit la Gryffondor, courageusement, je me sens affreusement gênée car je me trouve moi même insistante, mais je suis apparemment aussi tête de mule que vous. Je vais donc aller me cacher dans mon lit, mais je resterai fière de moi de vous avoir ouvert les yeux.

- Mais qui a dit que !-

Il s'interrompit, constatant que son interlocutrice s'était déjà éloignée vers l'escalier qu'elle devait emprunter. C'est alors que Susan Bones apparut.

Hermione lança un regard craintif en arrière, croisant le regard d'un Snape qui au final s'amusa de la situation, levant un sourcil sarcastique. Elle accéléra donc sa montée de marche, pressée de revenir à la tour de Gryffondor.

Arrivée à bon port, elle croisa Ron qui s'inquiétait fortement qu'elle ait prit autant de temps.

- J'ai demandé à Harry de consulter la carte… Tu as eu un soucis avec Snape ? l'interrogea-t-il.

- Non pas vraiment Ron, disons plutôt une discussion post-guerre… enfin un semblant de discussion.

- Hum ouais, j'ai un peu de mal à imaginer le truc tu vois…

- Oui ça se comprends… Je suis moi-même un peu surprise. En fait il n'est pas si méchant que ça, je pense juste qu'il a été trop blessé par les gens…

Ron se frotta le dessous du menton, sceptique.

- Ben je sais pas… J'ai encore trop en tête tout ce que ce bâtard des cachots nous a fait tu vois.

Hermione lui donna une tape sur le bras, les sourcils froncés suite à l'appellation, mais Ron lui retint le bras et déposa un baiser sur ses lèvres, la ramenant contre lui. À contre cœur, Hermione se laissa faire, et son petit-ami sembla ravi qu'ils s'embrassent enfin.

Il laissa courir ses mains sur ses hanches, et malgré tout, Hermione finit par trouver leurs baisers agréables, elle n'avait pas à se plaindre de comment Ron embrassait. Elle réussit même à se laisser aller, et leur étreinte dura de longues minutes. Ron finit par poser son front contre le sien, ravi, son sourire lui mangeant le visage. Hermione ressentit un pincement au cœur peut-être qu'en fin de compte, ce malaise était juste passager ? Peut-être qu'au final, Ron était vraiment le bon ?

Ils se quittèrent quelques minutes plus tard, et Hermione se retrouva dans le dortoir en compagnie de Lavande et Ginny, qui étaient déjà couchées. Parvati lisait un peu dans son coin, et elle lui adressa un sourire. Hermione se changea le plus silencieusement possible, passant par la salle de bain. Elle soupira en se glissant sous ses couvertures, Parvati éteignant la lumière. Elle possédait une chambre privée par son statut, mais elle avait du mal à dormir seule dans une pièce, et ses camarades de chambre lui apportait un grand réconfort et puis Ginny et elle pouvaient passer des heures à bavarder le soir, la tête sur l'oreiller.

Ses paupières devinrent lourdes, et le sommeil gagna la jeune fille. Mais en s'endormant, elle ne put s'empêcher de penser à son estimé professeur, qui restait une énigme pour elle. Il était comme un défi à ses yeux. Et Hermione adorait les défis.