Coucou tout le monde !

Merci pour vos belles reviews.

J'espère que la suite vous plaira autant qu'à moi ! Bonne lecture !


Le week-end se déroula tranquillement, chacun était occupé par ses devoirs ou activités. Hermione se réfugia à la bibliothèque, ayant une quantité faramineuse de travail, étant donné qu'elle avait gardé un nombre impressionnant de matières, tandis que ses amis s'entraînaient intensivement au quidditch. Harry avait, soit disant, un plan d'attaque à leur présenter pour affronter les Poufsouffles en Janvier. Ils avaient tous levé les yeux au ciel lorsque la brune les avait sermonné, à leur dire qu'ils allaient encore la supplier de copier sur elle. Ce qui n'était pas totalement faux...

Elle décida le dimanche après-midi, se sentant un peu seule, de rendre visite au célèbre garde-chasse de Poudlard. Il fut ravi de la recevoir, lui offrant le thé et ses traditionnels biscuits durs comme du roc, qu'elle refusa poliment.

- Je préfère rester au château pour Noël, lui dit-il de son ton bourru, tu comprends avec Graup... oh j'ai essayé de lui amener un sapin, mais il l'a bizarrement secoué jusqu'à ce qu'il n'ait plus la moindre épine...
- Vraiment étrange... répondit Hermione, un petit sourire au coin des lèvres.
- Au moins, même si cette année vous n'êtes pas là, vous aurez pu profiter des décorations de Poudlard. J'ai fait de mon mieux... pour qu'ils soient tous fiers. Il aurait aimé ça, tu sais, Dumbledore, qu'on continue nos traditions.

Les larmes lui montaient aux yeux, alors qu'il hochait la tête, et elle lui tapota son avant-bras de la taille d'un petit tronc d'arbre.

Plus tard, elle revint au château alors que la nuit était déjà tombée. Le soir d'hiver était glacial, et la jeune fille frissonna, resserrant les pans de sa cape d'hiver contre elle. La lionne se promis de prendre avec elle son flacon pour produire les flammes bleues qui faisaient sa réputation. Elle s'interrompit dans sa progression pour regarder le parc, et le lac qui se glaçait à cette période de l'année. Si la température continuait de chuter, peut-être la surface gèlerait si fort qu'ils pourraient tous alors patiner dessus... L'idée la fit sourire... La dernière fois qu'elle avait enfilé des chaussons de patin, ce devait être l'hiver précédant son entrée à Poudlard...

Soupirant, son souffle visible devant elle, Hermione leva les yeux. On n'apercevait pas le ciel.

- Oh !

Elle eut un cri de surprise, alors qu'une chose froide entrait en contact avec le bout de son nez. La brune constata avec un étonnant ravissement que de petits flocons tombaient doucement, disparaissant en touchant le sol, encore incapable de le recouvrir. Hermione se mit à rire doucement, pour elle.

- La première neige...

Cet indicible réconfort était un petit instant... magique aurait-elle dit. Elle ferma les yeux, et profita de ces petits éclats glacés qui la picotait doucement, par intervalles. Un temps passa, et grelottante, elle se décida à rentrer au chaud.
Passant les grandes portes, elle croisa le professeur Snape. La jeune fille lui adressa son sourire le plus éblouissant, ses yeux miels pétillant de joie, continuant sa route. Ce dernier la suivit du regard, interloqué, alors qu'elle se dirigeait vers sa salle commune, le pas sautillant. L'image de son innocence, de ce sourire lumineux, si pur, le toucha. Sans savoir pourquoi, son vieux cœur desséché s'en trouva apaisé. Un instant... peut-être, mais un instant dont il se souviendrait...

[...]

Le lendemain matin, les élèves de Poudlard se réveillèrent sous un jour particulièrement clair, une clarté qui ne signifiait qu'une chose : la neige. Tout paraissait saupoudré de blanc, tel un petit malin qui se serait amusé et aurait tout recouvert de sucre glace.

Le petit-déjeuner parut alors particulièrement festif, les elfes de maisons ayant envoyé bonne dose de chocolats et de sucreries de noël, les thés fumants de chacun parfumant la grande salle de diverses odeurs alléchantes. Hermione tentait d'expliquer à Neville comment les moldus avaient inventé du chocolat en poudre pour faire du chocolat chaud. Ce dernier semblait fasciné.

- Mais alors pourquoi nous n'avons pas ça, alors que ça paraît si simple ? Un peu de poudre, du lait et mmmh... le chocolat c'est bon sous toutes les formes...
- J'approuve ! dit alors Ron.

Il tenta de faire un mince sourire à Hermione, qui lui rendit maladroitement. La situation continuait d'être bien étrange pour eux... Mais cette dispute lui donnait l'impression d'être de retour au temps où ils n'étaient qu'amis... et elle se rendait compte qu'au fond, c'était comme ça qu'elle était le mieux avec le gardien des gryffondors. Encouragé, il se mit à lui parler, et elle tenta au mieux de faire bonne figure.

Il paraît que le temps passe bien plus vite lorsqu'on ne veut pas voir un moment arriver. C'est ce que les deux élèves qui devaient faire leur retenue se disaient, la mine sombre. Ils se dirigèrent en silence vers les cachots après le repas ; la note leur indiquait seulement qu'ils devaient se rendre au bureau de leur profession de potions, rien de plus. Ils prirent soin d'arriver quelques minutes en avance. A l'heure pile, la porte du bureau s'ouvrit. S'avançant dans la pièce, où Snape était en train de finir de rédiger un parchemin, ils attendirent. Une minute passa. Puis une seconde. Ron interrogea Hermione du regard, qui haussa les épaules.

Snape ne se pressait pas de finir d'écrire sa missive. Faire patienter deux idiots debout avait quelque chose de léger. Comme quoi, on avait beau le croire incapable d'humour, il avait sa façon... particulière de s'amuser. Il était juste ainsi. Imaginer que la fin de la guerre l'adoucirait aurait été une idée bien stupide. Un Homme reste un Homme, et de cette façon, il restait qui il était. Cruel, taciturne, sarcastique, solitaire, acerbe... Au moins, il savait que ce qu'on disait de lui avait raison d'être. Et peut-être ce qu'on avait dit de lui avait finit par le rendre comme on le décrivait. Severus ne s'embarrassait pas de phrases compliquées. Lui qui avait crut mourir, qui pensait attendre la fin avec soulagement, avait eut, lorsqu'il était plongé dans les yeux de Harry... les yeux de Lily... peur. L'instinct de survie qui vous dicte que non, vous n'avez pas encore fini. Alors, lorsqu'il s'était réveillé, il avait été en colère. Mais aussi soulagé. Mais dans l'incompréhension. Pourquoi lui ? Toute une existence à servir les autres... et une erreur, L'erreur, qui avait ruiné la seule chance de sa vie d'être heureux, il en était persuadé. Alors reprendre le cours des choses, être professeur jusqu'à la fin, haïr ses élèves comme il l'avait toujours fait... C'était la solution la plus simple. Même s'il ne pouvait plus voir le fils Potter comme avant, même s'il n'avait pas à agir comme un parfait bâtard, c'était comme cela qu'il était fait. Les gens étaient venus à lui, certains l'insultant toujours, d'autres, beaucoup, pour le féliciter de son rôle pendant la guerre. On l'avait même complimenté pour son jeu d'acteur (la baguette qu'il avait alors pointé contre la dite personne avait eu de quoi la faire changer d'avis). Il était important qu'il ne perde pas la face. Et cela commençait sans doute par s'occuper des deux cornichons en face de lui.

Le temps passait, et Hermione ne comprenait pas l'homme en face d'elle. Il s'était interrompu dans son écriture, et regardait dans le vide, visiblement en proie à des réflexions intérieures intenses. Puis d'une façon si soudaine qu'elle sursauta de tout son corps, Snape se leva et vint se tenir devant eux. Il parla de son ton bas, qui nécessitait presque de tendre l'oreille.

- J'espère que vous n'allez pas m'encombrer ce soir de vos enfantillages... Pour m'en assurer, vous allez effectuer des tâches différentes.

Il pivota lentement vers Ron, son visage blafard le regardant avec dédain.

- J'ai une grande possession de différents ingrédients qu'il convient de traiter, sélectionner et classer. Vous iriez sans doute plus vite avec une baguette, mais il me semble que vos mains vous conviendront très bien... Veillez bien à porter des gants, certains de ceux-ci... attaquent cruellement la peau.

Le rouquin, une expression dégoûtée, se dirigea vers la salle de classe attenante au bureau, que lui indiquait l'homme austère d'un bras tendu. Ce dernier reporta alors son attention sur la jeune gryffondor, qui ne pouvait s'empêcher de se sentir toute petite. Son professeur possédait un charisme certain, qui avait le don de l'impressionner au possible...

- J'ai eu une longue réflexion concernant votre personne, Miss.

Hermione sentit ses yeux s'agrandir, mais tenta de garder la face, curieuse de la suite.

- Par quelques rares moments, vous avez semblé démontrer... une certaine aptitude à pousser vos réflexions plus loin qu'il n'y paraîtrait. J'ai donc décidé de vous donner un devoir à faire. Sa bouche forma un "o" quelques secondes, avant qu'elle ne se dirige elle aussi où le bras de son professeur lui indiquait, à savoir une table installée contre un des murs de son bureau. Se trouvait dessus un parchemin unique, une plume et un encrier. Elle jeta un coup d'œil à Snape, mais celui-ci était déjà en train de continuer ce qu'il faisait lorsqu'elle était entrée. Elle s'installa donc, et regarda avec curiosité l'entête du bout de papier. Il s'agissait en fait d'une question. Une simple question qui la laissa pleine de perplexité.

"Peut-on réellement connaître sans expérimenter ?"

Si la réponse lui parut toute trouvée ("Oui bien sûr qu'on pouvait !"), elle se douta que ce n'était pas si simple en réalité. Sur la table, pas de brouillon mis à disposition, et le parchemin ne lui permettrait de ne rédiger qu'une cinquantaine de centimètres si elle comptait le verso. Hermione se sentit prise d'une vague de panique.

- Monsieur ? risqua-t-elle.

Lui souriait intérieurement.

- Miss ? - Est-ce que je pourrais avoir un peu plus de papier ? Pour...

Il l'interrompit.

- Vous avez tout ce qu'il vous faut à disposition. Soyez... concise.

Elle rougit de frustration. La brune savait qu'il ne servait à rien de discuter. Résignée, elle ramena sa masse capillaire pour en faire un chignon au plus serré pour elle. Il fallait qu'elle réfléchisse... Snape semblait vouloir lui donner une leçon...

Une heure après, le professeur releva la tête, s'interrompant dans sa correction de copies. Quelques A parcouraient les feuilles, beaucoup de D, un très rare O parmi tout le paquet peut-être... Sa notation exigeante n'était plus à prouver. L'excellence, voilà ce qu'il voulait.
Son regard se porta sur Miss Granger. A sa surprise, elle n'était pas en train de gratter ses habituelles pattes de mouche. Son parchemin, autre que sa propre écriture à lui, était vide de toute encre. Ayant visiblement chaud, elle avait découvert sa nuque de l'écharpe rouge et or, que des mèches de cheveux folles venaient chatouiller. Il se laissa à contempler la finesse de ce cou, et ses yeux remontèrent vers son visage qu'il voyait de profil. Elle regardait le mur en marmonnant, suçotant sa plume du bout des lèvres. Severus se sentit satisfait. Visiblement, la jeune fille avait comprit qu'un des buts de l'exercice était de traiter, sélectionner et classer les idées, exactement comme devait le faire Weasley avec des ingrédients. Ses copies avaient beau être pertinentes, elles n'en étaient pas moins un étalage de connaissances parfois indigestes. Il sentait que la gryffondor pouvait faire plus, mais elle devait pour cela apprendre à mettre en avant ce qui valait la peine d'être lu. L'argument qui convaincrait son lecteur, l'exemple ou la méthode qui se démontrerait indiscutable. Le serpentard en lui, plutôt que de lui expliquer, préférait lui faire comprendre cela d'une façon plus subtile. Pourquoi donc ? Il ne savait se l'expliquer. La regardant une nouvelle fois, il se dit que c'était sûrement juste parce qu'elle faisait écho à lui-même lorsqu'il avait son âge. Avoir soif de connaissances était une chose que Severus Snape respectait profondément. C'était un fait pour lequel on l'avait vivement moqué. Sans doute que cela créait une sorte de soutient dont il n'avait pas conscience pour les personnes qui étaient dotées de cette passion... sachant combien les autres, inexplicablement, pouvaient avoir envie de vous mener la vie dure à ce propos.

Las, il se leva et alla dans la salle attenante. Weasley semblait concentré, et presqu'au bout de sa tâche. Le laissant à sa concentration, il décida cependant d'aller perturber celle de la jeune lionne. Il se glissa derrière elle, de son pas de velours. Elle ne se rendit compte de sa présence qu'après un temps, sans doute guidée par cet instinct qui vous alerte, le sixième sens.

Hermione était perdue à son devoir. Voilà enfin quelque chose qui lui stimulait les méninges. Elle avait en elle une envie irrésistible de prouver qu'elle pouvait faire quelque chose d'excellent. Beaucoup d'exemples lui passaient par la tête, et elle tentait de se faire comme une carte mentale, balayant les moins intéressants, hésitants sur les plus extravagants, cherchant les plus pertinents. Son professeur lui avait au final simplement donné une dissertation, qu'il voulait courte, droit au but. Perdue dans sa tâche, elle ne sentit la présence derrière elle que lorsqu'un long frisson lui parcourut l'échine. Utilisant ses sens, elle sentait que son professeur se trouvait derrière elle, son parfum si particulier l'annonçant.

- Un problème, professeur Snape ? demanda-t-elle sans se retourner, la voix toutefois mal assurée.
- Aucun Miss Granger... Je me surprends juste à ne constater aucun mot sur votre feuille. Aurais-je réussi à vous faire perdre vos moyens ?

Sa dernière phrase avait été dite d'une voix doucereuse, et la brune pouvait presque sentir le souffle frôler sa nuque découverte. Elle ne sut pourquoi, mais son corps semblait réagir à la stimulation presque inexistante.

- Monsieur, je pense avoir le but de l'exercice en tête. Je ne cherche qu'à y répondre le plus concisément possible, à votre demande... j'ai besoin d'un peu de concentration, de ce fait.

Elle se retourna alors, plantant son regard dans le sien. S'il fut déstabilisé, il n'en montra rien. Le culot qu'elle avait de le congédier ainsi, par ce sous-entendu, lui plut. Il acquiesça donc du chef et retourna à son bureau, songeur. Elle se concentra de nouveau, toute prise par sa tâche.

Ron, se tenant à l'embrasure de la porte, avait assisté à cet échange incongru. Il avait terminé sa besogne au plus vite, et alors que Snape retournait dans l'autre pièce, le rouquin lui avait emboîté le pas, après avoir jeté son dernier ingrédient dans le bon seau, et fait disparaître ses gants avec un soupir de soulagement. Il avait décidé de garder le silence, et se sentait maintenant gêné, ne sachant dire pourquoi. La scène avait presque un caractère intime. On aurait dit une rixe entre les deux, savamment mesurée. Quand leur professeur retourna à son bureau, Ron lui annonça qu'il avait terminé. L'ancien espion lui dit simplement qu'il pouvait partir, désireux visiblement de retourner à ses réflexions. Ébahi, Ron sortit de la pièce, Hermione ne le regardant même pas, elle aussi très concentrée.

- Eh bah, j'ai rien compris à cette ambiance...

Regardant sa montre, il constata qu'il n'était pas si tard, et que si Harry n'était pas encore occupé avec Ginny, il serait peut-être d'attaque pour une partie de bataille explosive...
Elle bailla excessivement, décrochant sa mâchoire. Relisant son travail, un sentiment de fierté monta en elle. Oui, vraiment, c'était plutôt pas mal du tout. Elle s'était laissé aller dans ses mots, exprimant clairement un point de vu personnel. Il est vrai qu'Hermione avait plutôt tendance, dans ses copies, à adopter un point de vu neutre afin d'être sûre de ne pas froisser son examinateur. Cette légère sensation de liberté et d'insolence avait un caractère nouveau.

La brune s'étira de tout son long, courbaturée, se leva, et vint poser son parchemin sur le bureau qui la séparait de son professeur. Ce dernier se positionna contre le dossier de son fauteuil, ses doigts frôlant sa joue, où une barbe naissante se laissait apercevoir.

- Je lirai cela plus tard. J'espère ne pas m'ennuyer dès les premières lignes...
- Je puis vous assurer que non ! Monsieur, s'empressa-t-elle d'ajouter.

Elle semblait ragaillardi de son oeuvre, et Snape se sentait, il devait l'avouer, plutôt curieux d'en découvrir le contenu. Ils se fixèrent un moment, silencieux. Hermione se sentit un peu rougir sous ce regard perçant.

- Je peux m'en aller, professeur ?

Avisant l'heure tardive, l'ancien espion se dit qu'il était même grand temps qu'elle parte. Vu les journées que la gryffondor pouvaient avoir, il espérait qu'elle ne s'endormirait pas en classe, ou il se ferait taper sur les doigts par la directrice. La congédiant, il se leva pour aller fermer la porte derrière elle alors qu'elle s'emmitouflait de nouveau dans la longue écharpe. La brune allait sortir lorsque quelque chose en elle la retint. Elle regarda le professeur Snape, observant une demie-seconde ce visage aux traits tirés. Il était encore jeune, mais les épreuves vécues avaient laissé des traces.

- Merci professeur... pour ce devoir.

La jeune fille s'enfuit vers sa salle commune, ne cherchant pas sa réponse. L'homme austère qui restait fut décontenancé. Décidément, en quelques temps seulement, la gryffondor avait réussi à éveiller son intérêt sélectif. Il attendit de voir un pan de sa cape disparaître au bout du couloir pour fermer la porte.

Hermione arriva sans encombre à sa salle commune, vide, le feu de la cheminée éteint. Elle se fit discrète en se glissant sous ses couettes. Un grand apaisement la parcourait, une sensation telle qu'elle n'en avait pas éprouvé depuis des semaines, sans qu'elle ne sache dire pourquoi. Elle s'endormit presque aussi tôt que sa tête eut touché son oreiller.

Sachant que le sommeil le fuyait toujours, étant un grand insomniaque, Severus, lui, prit le temps de saisir la copie de son élève pour la lire. Ce qu'il y trouva le surprit plus qu'il ne s'y attendait. Elle introduisait son propos en commençant par un paragraphe tentant de définir la connaissance. Avançant dans sa lecture, il faillit bondir de son siège alors qu'elle entamait tout un argumentaire ayant pour exemple la sexualité : "De certains domaines il est bien difficile d'expliquer la connaissance. Peut-elle être absolue ? La sexualité est un bon exemple que nous allons prendre."

Elle continuait son texte sans s'embarrasser d'aucune gêne : "Peut-on dire qu'on connaît vraiment tout de celle-ci, si notre genre et nos attributs innés ne nous permettent pas d'expérimenter la totalité de ce que les corps ont à s'offrir ? Une personne aux attributs masculins ne pourra jamais connaître la volupté de posséder un organe uniquement dédié aux vibrations du plaisir. Il peut toutefois en avoir une bonne connaissance, en étudiant son schéma, en le touchant chez une partenaire. Mais la sensation qui accompagne la stimulation de cette chair aux nerfs si sensibles lui restera toujours interdite."

Severus fit une pause dans sa lecture, n'en revenant pas de ce qu'il lisait là. Des questions qu'il n'aurait jamais dû se poser sur son élève lui vinrent en tête. Savait-elle comment faire trembler son propre corps pour affirmer de telles choses avec une telle détermination ?

Se reprenant, dégoûté de lui-même, il continua sa lecture. Même si son propos tendancieux le perturbait, elle l'amenait d'une manière scientifique, quoi que la prose utilisée soit un peu trop expansive. Elle avait ensuite enchaîné sur des choses qu'on pouvait connaître sans réellement l'expérimenter ("sauter du haut d'un immeuble de vingt mètres de haut s'accompagnera forcément d'une chute mortelle, voilà un exemple appuyant le propos, qui ne serait contredit par personne, nous pouvons l'affirmer"), et autres arguments pertinents et très bien dosés.
Snape fit une chose qui ne lui était sans doute pas beaucoup arrivé dans sa carrière : il relut pour son plaisir la copie de son élève. Enfin, se saisissant de son encre rouge, il traça un "O" pour Optimal avec soin, ajoutant un commentaire personnel, qui pour une fois ne donnerait pas à son élève l'envie de s'enterrer dans un trou.

Cette nuit-là, si la nuit de la Gryffondor fut apaisée, celle du professeur fut agitée, mais très inhabituellement. Étrangement, il réussit à trouver le sommeil. Un sommeil qui le fuyait pourtant depuis de longues années. Un sommeil emplit de rêves. Il y débattait avec un esprit vif et perspicace, dans une discussion animée, de celle qu'il avait si peu dans sa vie désormais morne. L'espionnage, où il risquait sa vie à chaque instant, avait eu au moins le mérite d'être palpitant. Et tout aussi étrangement, l'esprit prenait vaguement la forme d'un petit bout de femme, aux cheveux d'un volume étonnant, encadrant un visage fin aux yeux pétillants de vie.

Lorsque Severus s'éveilla aux aurores le lendemain, il n'avait plus aucun souvenir de ce qu'il avait rêvé.