Coucou tout le monde !
Voici un chapitre plutôt court, mais important. J'avais la sensation qu'il était parfaitement coupé. Mais vous me direz ce que vous en pensez ? Bonne lecture !


Chapitre 10


Le mercredi matin, Hermione s'éveilla trop tôt à son goût. La nervosité qui l'emparaît à l'idée de la journée à venir faisait fuir le sommeil. Relevant la couette, elle posa ses pieds sur le sol et frissonna. Il était glacé. Jetant un coup d'oeil à l'extérieur, elle soupira en voyant le ciel gris maussade, dévoilé par le jour qui se levait à peine.
La jeune fille se couvrit et enfila ses chaussons, parcourant les couloirs et escaliers sur la pointe des pieds. Fermant délicatement la porte de sa pièce préférée, elle se blottit dans un fauteuil après avoir attrapé un gros livre poussiéreux. Les pages défilaient.

Au château sorcier, le calme était de mise. De rares élèves restaient en compagnie des quelques professeurs qui considéraient l'école comme leur demeure définitive. Snape n'était pas de ceux-là - il fallait dire que juste appartenir à un groupe lui était insupportable. Mais il désertait souvent l'impasse du tisseur lors des vacances exceptées celles d'été. A vrai dire, il n'y était pas retourné depuis la fin de la guerre.
Pris d'une inspiration soudaine en ce début de matinée, il se leva du fauteuil où il se trouvait, ferma l'ouvrage qu'il lisait en cornant la page vulgairement. Il attrapa prestement sa cape, qui vola dans les airs alors qu'il s'en drapait. Sortant de son pas décidé à l'extérieur, Snape marcha jusqu'aux grilles et disparu.
Un "crac" retentit dans l'allée moldue appauvrie, et le professeur de potions entrait chez lui sans plus de cérémonie. Levant sa baguette, il ne prit pas la peine de formuler le sort d'attraction qui lui amena une petite bourse d'apparence inoffensive. L'ouvrant, il la posa sur la vieille table poussiéreuse qui faisait le coin de la pièce. Severus fit alors tournoyer sa baguette, entraînant dans un tourbillon une ribambelle de livres, puis de petits objets qui pour d'autres n'auraient aucune signification, comme les vieux bijoux de sa défunte mère. L'homme n'y tenait pas plus que cela, mais son sens du respect lui imposait d'en prendre soin. Il n'aurait su expliquer pourquoi il faisait cela, pourquoi aujourd'hui, ni quelle était la raison de cette action qui le faisait sortir de son état catatonique. Ce n'était pas comme s'il attendait quelque chose de la vie, si ce n'est attendre la mort en espérant qu'aucune guerre n'éclate plus de son vivant.
Il ferma le sac. Sans un coup d'oeil vers la bâtisse, et ce qui resterait à l'intérieur, il sortit. Plus tard dans la journée, il irait dans le monde sorcier pour la mettre à vendre. Cet argent ne lui servirait sans doute à rien, mais mu par une sensation inexplicable, il le mettrait de côté. L'ancien mangemort ignorerait les regards effrayés ou plein de haine sur son passage. C'était presque comme s'il n'en avait pas conscience, isolé en lui-même. Du moins, par force d'habitude, il ne les voyait plus.

Hermione était perdue dans sa lecture, mais gardait juste une part d'accroche au réel pour noter mentalement les bruits signifiant que les gens se levaient peu à peu. L'énorme ouvrage avait eu l'effet escompté ; elle se sentait apaisée. Sa condition d'humaine se rappelant à elle, la sorcière referma sa lecture et se dirigea vers la cuisine. De bonnes senteurs l'assaillaient déjà. Mrs Weasley tentait vainement d'aider Kreattur aux fourneaux, et Harry s'extasiait en donnant à manger à son filleul, sous l'oeil prudent d'Andromeda. Elle se dirigea vers eux.
- Oh tu tombes bien ! Tiens prend ça, lui dit-il en lui tendant la compote pour bébés, j'en ai plein le visage il faut que je m'essuie.
Ouvrant les yeux de surprise, Hermione se sentit bien incapable. Elle savait comment on faisait les bébés, mais s'en occuper…

- Ne t'en fais pas, c'est plutôt simple. Tends lui simplement la cuillère.
Regardant Andromeda avec appréhension, elle donna le couvert au bambin qui gazouillait. Il l'attrapa avec voracité, ses cheveux passant par plein de couleurs différentes. Prise au jeu de cette adorable créature, elle ne se rendit pas compte tout de suite que Ron s'installait à ses côtés, sur la chaise qu'Harry avait quitté quelques instants avant. Lorsque Hermione se prit des giclées de compote sur le visage, son petit ami se mit à rire et elle porta son attention sur lui. Il se pencha vers elle, et la belle piqua un fard lorsqu'il essuya les dégâts. Cette proximité la mit très mal à l'aise, mais elle tenta de ne rien laisser paraître, le remerciant.

- ça tient toujours pour aujourd'hui ?
Elle hésita.

- Oui, oui ça tient toujours…

- Dans une heure on y va ?

Hermiona aquiesça, songeuse. Ginny entra dans la cuisine qui commençait à être surpeuplée, se joignant à eux. Ne se contentant d'émettre que quelques onomatopés bien placés, n'écoutant pas leur discussion, elle laissa son esprit vagabonder. Comment aller se passer ce tête-à-tête ? Sa culpabilité l'empêchait déjà de se comporter normalement avec Ron. Elle ne voulait pas qu'il passe un mauvais moment… Oui, elle allait essayer d'au moins rendre cette journée belle pour lui.

Plus tard, Hermione se dit que c'était plutôt Ron qui tentait de lui faire passer un bon moment. Il avait fait toute la discussion, ne s'était pas formalisé lorsqu'elle ne répondait presque pas. Les deux avaient tout de même passé un instant plein de joie lorsqu'ils avaient patiné sur la piste artificielle, même si la Gryffondor avait plus passé son temps sur ses fesses qu'autre chose. Le sport n'était vraiment pas sa tasse de thé. Mais elle préférait encore les patins aux balais. Ron lui tendit encore une fois sa main pour l'aider à se relever, d'une patience qui la surprenait. Il faut dire que le jeune homme avait bien évolué.
- On va manger quelque chose ? proposa-t-il.
- Avec plaisir, soupira-t-elle, tout de même soulagée de ne pas pousser son exploit sportif.

Installés à une table de fast-food, Hermione regardait Ron s'empiffrer. Son appétit faisait tout de même plaisir à voir. Ils avaient opté pour un repas rapide mais tout sauf sain. Après la cuisine fastueuse de Kreattur, ça faisait du bien. Ils avaient échangé quelques banalités, et le silence, s'il n'était pas gênant, était plutôt révélateur. La jeune fille s'ennuyait. Et cette dernière était persuadé que Ron aussi. Ils n'avaient pas de passion commune… et elle avait terriblement besoin d'être stimulée.
La tête penchée dans sa main, elle ne se rendait pas compte qu'elle fixait son ami avec intensité. Celui-ci le remarqua.
- A quoi tu penses ?
- Rien de spécial… se déroba-t-elle.
Trempant une frite dans la sauce avant de l'avaler, le roux prit le temps de réfléchir lui aussi. Il se disait que son attitude était une réaction à la guerre, aux malheurs vécus. Il voulait être patient pour elle, car son amour pour la jeune fille lui suffisait. Et Hermione avait tendance à tout intellectualiser… mais parfois, il était fatigué.

Ils rentraient tous deux en silence, ce dernier étant lourd et pesant à présent. Elle croisa le regard de Ron, et il lui sourit, sourire qu'elle tenta de lui renvoyer piteusement. Alors il tenta de lui prendre la main. Mais son corps parla pour elle. L'image extérieure qu'ils renvoyaient devait ressembler à un tableau, tant ils étaient figés. Ron, la main tendue, l'air blessé. Elle, poings fermés strictement le long de son corps. Ils se regardaient comme s'ils ne s'étaient pas vus depuis des mois. Des passants se plaignaient alors qu'ils occupaient la rue. Hermione n'avait pas prévu sa propre réaction. Mais celle que le roux eut ensuite lui parut légitime.

- C'est quoi le problème Hermione ? Bordel !
Cette vulgarité le caractérisait bien. Elle resta silencieuse.

- Je ne comprends pas ce que je fais mal. J'ai essayé de te laisser du temps, de l'espace, mais tu sembles toujours ailleurs. Tu fuis.
La sorcière écarquilla les yeux, se rendant bien compte qu'elle ne l'avait jamais trompé. Elle l'avait fait souffrir même.
- Je suis désolée…

Elle n'avait trouvé que cela à dire. C'était bien maigre. Elle se sentait au bord du gouffre, mais le moment n'était pas le bon. C'était noël, les fêtes, et Ron ne méritait pas de souffrir quand même. Mais y'avait-il réellement un bon moment pour ce genre de chose ?
- Je dois faire quoi Hermione ?
Sa voix se brisa.
- Tu… tu ne peux rien. Ce n'est pas toi, Ron…
- Quoi, tu me sors le fameux "ce n'est pas toi, c'est moi ?", répondit-il en élevant la voix, mais pour quel demeuré tu me prends ? Tu peux me dire les choses, je suis prêt à tout entendre !
- Mais il y a des choses qu'il vaut mieux parfois prendre le temps de dire !
Mince, voilà qu'elle haussait le ton. ça avait toujours été leur gros défaut. Une fois que l'un démarrait, l'autre suivait bêtement.
- Mais me dire quoi putain ? Tu me rends fou !

Il s'en alla d'un pas si vif, et elle dut prendre quelques secondes pour comprendre qu'elle devait activer ses jambes pour le suivre.

- Ron ! Ron, attends !
Mais il ne l'écoutait pas. Se mettant à courir, zigzagant dans la foule, elle finit par le rattraper en agrippant l'arrière de son manteau. Il se retourna vivement vers elle, furieux. Sa mâchoire était si contractée qu'elle se dit qu'il devait en souffrir. Elle était bien plus petite que lui, mais elle tenta d'approcher sa main de son visage. Et le masque que le roux tentait de garder en place s'effondra, révélant sur ses traits la douleur ressentie.
Hermione sentit les larmes couler le long de ses joues. Elle pleurait d'avoir été si égoïste. Ils se regardèrent, et les mots ne furent alors plus nécessaires. Il avait compris, et tous deux savaient que ce moment marquait leur fin. La fin de leur parcours comme partenaires. Ron prit alors doucement sa main, et cette fois, elle le laissa faire. Il la baisa, d'une infinie tendresse. Et il la lui rendit.
"Je t'ai sincèrement aimé…"
Elle ferma les yeux. Quand elle les rouvrit, il était parti.