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POUR LE MEILLEUR ET POUR LE PIRE


Scorpius Malefoy ronflait bruyamment. Pendant près de huit heures, la veille, il était resté avachi dans son canapé, devant la télévision du salon, à jouer à la console et à siroter des boissons gazeuses tout en injuriant les autres joueurs à l'écran. Il avait fini par s'endormir, son casque de travers sur la tête et la manette par terre. Son teint d'habitude d'un joli rosé tirait à présent vers une pâleur spectrale. Ses cheveux blonds avaient poussé et il ne s'était pas rasé depuis plusieurs semaines. Il avait enfilé un vieux jogging d'Emma et son tee-shirt présentait des taches suspectes.

La pièce était parsemée de ses vieilles affaires d'écoles et de vieux détritus. Les bouteilles d'alcool vides jonchaient les coins du salon. Des plumes de hibou, des trognons de pomme et de papiers de bonbon étaient répandus à ses pieds. Sur sa table basse, des grimoires s'entassaient pour lui permettre d'y poser ses pieds. Sa valise ouverte traînait près de la télé et tout autour un enchevêtrement de vêtements moldus, robes de sorcier et journaux chiffonnés.

Dans la pièce d'à côté, un réveil retentit que Scorpius n'entendit pas. Guenièvre, encore endormie dans sa cage dorée émit un piaillement de protestation avant de replonger dans un sommeil bien mérité. Scorpius émit un ronflement plus sonore, baragouina des mots intelligibles et se rendormit du sommeil du juste. Il ne remarqua pas la forme blanchâtre qui se matérialisa dans son salon. Un renard flotta dans les airs en observant le jeune sorcier vautré dans son canapé.

—SCORPIUS! tonna le patronus d'une voix puissante et effrayante.

—Qu'est-ce que c'est…, s'exclama Scorpius en se redressant subitement.

Il sursauta en découvrant le patronus de son meilleur ami, installé confortablement au sommet des livres de sorcellerie. Dans la brume de ses pensées, à peine éveillé, il trouva étrange de se faire toiser par un renard à peine plus grand que sa jambe.

—Qu'est-ce qui se passe?! cria Emma en surgissant dans le salon à moitié à poil.

Elle brandissait un sabre laser qu'elle avait rapporté d'une convention de jeux vidéos. Lorsqu'elle remarqua le Patronus d'Albus, elle laissa choire son arme de fortune et se laissa tomber dans un de ses fauteuils en allumant une cigarette.

—Les gars faut que vous arrêtiez ce genre de réveil. J'ai failli chier dans mon froc, dit Emma en crachant sa fumée.

—Désolé, Emma, répondit le renard fantôme. C'est une urgence.

—Je m'y ferais jamais, dit Emma en se levant.

Depuis que Scorpius avait emménagé chez elle (à force d'insistance), le jeune diplômé avait bien été obligé de lui révéler son monde. Emma avait encaissé le choc du monde des sorciers, de la magie, des baguettes et des objets qui volaient à travers la pièce avec flegme et une réserve polie. Elle s'était préparée à beaucoup de phénomènes inattendus mais pas à la dépression de son colocataire sorcier qui durait maintenant près de trois ans.

Elle avait subi en silence et avec beaucoup de compassion les pleurs, les jérémiades sur l'amour et la phase de colère. Mais cela faisait maintenant des mois que Scorpius passait sont temps à flemmarder dans son divan, passant son temps sur des jeux en ligne et vivant à ses crochets. Sa patience avait des limites.

Albus était venu plusieurs fois dans son petit studio et Emma avait été fascinée par ce jeune homme secret, aux abords timides. Lui, aussi, même avec de grands discours, n'avait réussi à faire remonter la pente à son meilleur ami qui se vautrait dans sa tristesse et dépérissait un peu plus chaque jour.

—Tu peux faire du café? dit Scorpius en baillant et en s'étirant. J'ai un donjon à investir ce matin avec ma team

Emma leva les yeux au ciel et si le patronus avait pu avoir des expressions faciales, il ne s'en serait pas privé. Le silence contrit d'Albus était plus qu'éloquent.

—Scorpius, tu as plus d'une heure de retard. Tu as dit que tu serais là pour neuf heures.

—Oui, à propos du mariage…, commença Scorpius en allumant déjà sa console. Je ne vais pas venir finalement…

—Et pourquoi?

—Parce qu'elle sera là…

—Scorpius…, soupira la voix du Patronus.

—Je n'avais pas envie de la voir il y a trois ans, ça n'a pas changé. Tu ne peux pas me demander ça.

Un bruit de vaisselle éclata dans la petite cuisine ouverte en faisant sursauter Scorpius. Il crut entendre le mot 'lâche'.

—Et je dis quoi à Lily? Elle se réjouissait de te voir. Ça fait trois ans, maintenant. Il faut que tu passes à autre chose.

—Oui ben, non. Tu m'excuseras auprès de Lily et Thomas. Je suis désolé mais c'est non.

—Très bien! Je lui dirai que tu préfères jouer aux jeux vidéos plutôt que de venir à son mariage. Elle sera ravie! Je te laisse te débrouiller avec elle quand elle viendra te demander des comptes. Salut!

Le renard disparut comme il était venu et un silence de mort envahit soudain la pièce. Tandis que l'écran affichait les options du jeu, Scorpius avait le regard perdu dans le vide et réfléchissait à toute vitesse.

Depuis que Rose lui avait accordé son dernier baiser dans la Gare de King's Cross, il avait vécu comme un fantôme. Emma l'avait bien sûr accueilli avec chaleur mais il n'avait plus trouvé l'énergie pour quoique ce soit. Il avait bien sûr passé les premiers tests théoriques pour devenir Auror mais n'avait pas continué la formation. Il n'en voyait plus l'intérêt. Scorpius avait tout perdu: sa famille, son avenir, la seule fille qu'il n'avait jamais aimé. Il n'avait plus goût à rien si ce n'était dans des passe-temps futiles.

Il avait rendu plusieurs visites aux Potter en évitant, bien évidemment, de croiser Rose ou James. Albus avait tenté de lui redonner le goût de vivre mais c'était peine perdu. Même les gentillesses de Ginny et de Lily n'avaient pas réussi à le faire sourire. Il se sentait vide et misérable. Hier soir, il avait joué pendant des heures pour s'empêcher de penser au mariage. Il avait dit la vérité à Albus: il n'avait pas la force de croiser Rose qui devait certainement être la plus épanouie du monde, fraîchement engagée chez les Aurors, belle et radieuse dans une robe magnifique… Peut-être même au bras d'un nouveau copain, bien plus beau que lui, bien plus intelligent et qui devait faire des gâteaux comme personne.

C'était stupide, il le savait mais la peur que lui inspirait cette idée, le tétanisait.

Mais Albus avait raison sur un point (même s'il ne l'avait pas exprimé clairement): s'il ne venait pas au mariage, Lily le tuerait. Et il savait très bien de quoi était capable la petite rouquine.

Emma s'assit à côté de lui en poussant ses jambes pour lui faire de la place. Elle déposa une tasse de café devant lui. Scorpius était encore plongé dans ses réflexions peu réjouissantes, s'imaginant déjà subir les foudres flamboyantes de la soeur d'Albus.

—Tu vas y aller? demanda Emma en sirotant sa propre tasse.

—Je devrais…

—Je viens avec toi, si tu veux.

—Tu ferais ça? dit Scorpius en se tournant vers Emma.

—Pourquoi pas… Si les moldus sont acceptés bien sûr… Je suis curieuse de voir une famille de sorciers.

Scorpius contempla son amie de la tête aux pieds. Elle était jolie dans son genre. Personne ne la connaissait chez les Potter et les Weasley. S'il l'emmenait avec lui, il pourrait faire croire qu'elle était sa nouvelle petite amie. En donnant le change, il passerait pour un homme remis à neuf, prêt pour l'avenir et sans cette pimbêche de Rose. Et cela passerait d'autant mieux, si Rose était finalement accompagnée de son nouveau jules.

—Tu pourrais te faire passer pour ma copine? lui demanda Scorpius avec réserve.

—Tu veux faire enrager ton ex?

—Ça a des chances de marcher, tu crois?

Emma émit un petit rictus.

—Crois-moi… Ça marche toujours!

Il fallut beaucoup plus de temps que prévu à Scorpius pour se préparer. Une douche n'était pas de trop et il prit le temps de raser sa barbe qui avait pris des libertés folles sur son visage. Il attacha ses cheveux en une demi-queue de cheval et revêtit sa robe de sorcier d'un bleu sombre, réservée pour les grandes occasions. Lorsqu'Emma sortit de sa propre salle de bain, il fut époustouflé. Il connaissait la jeune artiste un peu brute, qui ne se souciait pas de son apparence et qui traînait en sarouel la majeur partie de l'année. Pour l'occasion, elle avait fait un effort. Elle portait une longue robe de soirée d'été, blanche, au décolleté plongeant. Ses longs cheveux bruns étaient ramenés en arrière en un chignon élégant. Elle était maquillée pour une fois et Scorpius ne put s'empêcher de sourire.

—Je déteste ce genre de fringues, lâcha Emma en tirant sa robe sur ses seins. Ça fera son petit effet, tu crois?

—Tu dénotes un peu par rapport à la mode des sorciers mais c'est sûr que cela fera de l'effet!

Emma sourit, charmée. Elle s'approcha de Scorpius et lui prit le bras.

—T'es trop bizarre dans cette tenue. Mais je te préfère comme ça, dit-elle avec un petit rire.

—Tu es prête?

Emma acquiesça nerveusement. Scorpius lui avait parlé du transplanage et de ses effets. Elle ferma les yeux en crispant ses traits. Scorpius l'observa amusé. Il vérifia que sa baguette était bien dans sa poche. Il avait tendance à l'oublier ces derniers temps, trop habitué à vivre comme un moldu. Il se concentra et le jeune faux couple transplana, en une fraction de secondes, au Terrier.

Scorpius et Emma apparurent au milieu du jardin des Weasley. Dès qu'ils posèrent les pieds sur la terre ferme, Emma chancela un peu, le teint verdâtre. Scorpius l'aida à tenir debout en lui expliquant que cela faisait toujours cet effet à ceux qui transplanait pour la première fois.

—Plus jamais! gémit Emma en s'accrochant désespérément au bras de Scorpius.

—Tu verras, la prochaine fois, ça ira mieux.

Scorpius sentit une bouffée de nostalgie l'envahir lorsqu'il vit la maison du Terrier. Il ne l'avait plus vu depuis le Noël de sa dernière année à Poudlard. En contemplant ses toits parsemés un peu partout comme des greffes effectuées à la hâte, il se rendit compte à quel point cette demeure lui avait manqué, bien plus que le manoir familial des Malefoy.

Il sentit Emma se raidir à ses côtés. Ils n'étaient pas seuls dans le jardin. Une foule d'invités se dirigeant lentement vers l'immense chapiteau érigé pour l'occasion dans le vaste jardin des Weasley. Tous les sorciers et sorcières portaient des tenues plus absurdes les unes que les autres pour une moldue. Emma contempla, mi-amusée, mi-horrifiée, la coiffe d'une sorcière sertie d'un grand chat qui dormait, pelotonné entre deux plumes violettes.

—C'est toujours comme ça? demanda Emma dans un murmure.

—Oui et ce n'est pas le plus étrange que j'ai vu.

Ils suivirent la foule jusqu'au chapiteau en se faisant le plus discret possible. Mais si Emma était fascinée par les tenues extravagantes des sorciers, il en allait de même pour sa propre tenue. Plusieurs sorcières suivirent du regard, choquées, se murmurant à l'oreille des critiques sur la tenue de cette jeune fille décidément très bizarre.

A côté du chapiteau blanc, dressé dans le verger, Scorpius aperçut Albus vêtu de sa plus belle robe de sorcier. A sa vue, le coeur de Scorpius se serra et ses mains devinrent moites. Si Albus était là, alors Rose aussi. Il n'allait pas tarder à la voir et cette idée faisait battre son coeur plus vite. De joie ou de peur, il ne savait plus.

Albus tenait, dans ses mains, la liste des invités et des sièges qui leur étaient réservés afin que chacun trouve sa place. Il avait le nez dans son parchemin et devenait de plus en plus agressif lorsqu'un nouveau groupe venait s'annoncer.

—Suivant! dit-il sur un ton sec lorsque Scorpius et Emma s'avancèrent enfin vers lui.

—Mr Malefoy et sa belle colocataire moldue.

Dans un geste vif, Albus releva la tête et un énorme sourire s'épanouit sur son visage en reconnaissant son meilleur ami. Il le serra dans ses bras, ignorant les regards des autres invités.

—Tu es venu, finalement.

—J'ai eu peur de Lily, répondit-il à son oreille.

—Tu as bien fait.

—Euh… je crois qu'on bloque le passage, fit remarquer Emma.

Un groupe de vieux sorciers poussèrent des soupirs bruyants et Albus les fusilla du regard.

—J'en peux plus, c'est comme ça depuis des heures.

—C'est vrai qu'il y a beaucoup de monde…, fit remarquer Scorpius.

—C'est le mariage de la fille du grand Harry Potter! Pas mal de gens se sont incrustés sur la liste. Bon, je vous place à côté de moi. Deuxième rangée sur la gauche. A tout à l'heure.

Emma tira Scorpius à l'intérieur. Celui-ci aurait préféré rester aux côtés de son meilleur ami, un visage bienveillant parmi une foule d'étrangers. Il ne voulait pas pénétrer dans ce chapiteau car il savait qui devait y être, très certainement.

La décoration , à l'intérieur du chapiteau, lui fit oublier, un court instant, ses angoisses existentielles. Emma leva la tête et poussa une exclamation admirative. Le couple progressait sur un tapis de fleurs qui laissaient échapper un doux parfum enivrant et apaisant. Les rangées de chaises dorées, élégantes et fragiles étaient disposées de chaque côté. Les mâts qui soutenaient la toile étaient entourés de lierres colorés d'un bleu pastel magnifique et plusieurs lucioles voltigeaient un peu partout, donnant à l'endroit une ambiance féérique magnifique. L'autel était une arche de guirlandes de fleurs blanches et ors entrelacées et plusieurs ballons chantonnaient à côté de l'endroit où Lily et Thomas allaient déclarer leur amour à la face du monde.

—SCORPIUS! s'écria une voix qu'il connaissait bien.

Il n'eut pas le temps de dire quoique ce soit, un jet de cheveux roux fonça droit sur lui et sauta dans ses bras. Scorpius en eut le souffle coupé mais il serra la jeune mariée dans ses bras, heureux de la retrouver.

Il ne l'avait plus vu depuis des mois et la petite Lily avait encore grandi. Elle leva vers lui des yeux verts amusés et légèrement embués de larmes.

—Il ne faut pas que je pleure…, gémit-elle en s'essuyant le coin des yeux avec un mouchoir.

—Tu es magnifique, Lily.

Elle portait une robe de soie blanche à bustier, décorée par des petites branches blanches où s'épanouissait, à chaque extrémité, un magnifique bourgeon de rose. De minuscules perles blanches étaient accrochées à sa peau nues et scintillaient à la lueur des lucioles dans le chapiteau. Son voile imposant traînait au sol comme une mer blanche et faisait ressortir ses cheveux roux lisses et brillants. qui lui tombaient dans le dos en de belles boucles.

—Je suis si heureuse que tu sois venu! dit-elle encore d'une voix émue.

Thomas s'approcha à son tour. Il avait fier allure dans sa redingote, les cheveux bruns lissés en arrière. Il portait encore la cicatrice de sa blessure contre le Basilic dans la salle de Gryffondor mais cela lui donnait un petit côté aventurier qui n'était pas dénué de charme. Thomas serra la main de Scorpius avec chaleur et fit un baisemain à Emma qui en rougit.

—Je vous présente, Emma. C'est ma… petite-amie moldue, mentit Scorpius.

—Mes félicitations pour votre mariage, dit-elle un peu gênée.

Lily plaqua ses mains gantées devant sa bouche estomaquée. Elle se mit à sautiller sur place, excitée comme une puce.

—C'est pas vrai! s'exclama-t'elle avec un grand sourire. Albus m'avait dit que tu ne voyais personne ces derniers temps. Je suis si contente! dit-elle d'une voix stridente. Vous êtes très belle!

—Merci, répondit Emma de plus en plus gênée.

—Oui, on habite ensemble maintenant! Peut-être le mariage, bientôt, qui sait…

—N'en fais pas trop! lui chuchota Emma.

—Il faut que j'en parle à Mamie! s'écria Lily en tournant les talons. Elle se faisait beaucoup de soucis pour toi!

Thomas leur baragouina des excuses en expliquant le stress et l'excitation du mariage. Il suivit sa bien aimée en laissant seuls Scorpius et Emma au milieu des invités. Scorpius vint saluer Arthur Weasley qui parla ensuite pendant des heures à Emma de sa passion artistique. Il passa du temps avec Hugo qui s'amusait à faire voler les lucioles sur les invités. Depuis qu'il avait le droit d'utiliser la magie à Poudlard, il ne s'en privait pas. Le petit Hugo avait aussi bien grandi. Il était presque aussi grand que Scorpius et il avait pris de plus en plus les traits de son père. Il se plaignait sans arrêt de sa robe trop apprêtée et de ses cheveux que sa mère avait lissé pour l'occasion et qui lui donnait l'air de travailler au ministère.

—Sympa ta nouvelle copine…, dit-il négligemment de sa voix devenue beaucoup plus grave avec les années.

—Oui, très! dit Scorpius. Ta soeur n'est pas là?

—Elle se prépare encore. C'est elle qui doit prononcer le discours pendant le banquet. C'est la demoiselle d'honneur de Lily.

—Ah, très bien…

Hugo haussa les épaules. Scorpius lui, ne cessait d'observer la foule, à l'affût de la moindre tignasse rousse. Il avait complètement délaissée Emma et prêtait très peu attention aux mains qui se tendaient vers lui et aux questions polies des autres invités dont il oubliait le nom dès qu'il leur était présentés.

Mais lorsque Harry Potter vint à sa rencontre, il oublia Rose et bégaya un salut cordial.

—Scorpius, ravi de te voir! dit Harry avec un sourire.

Ginny était à son bras, aussi belle que sa fille malgré les années. Elle adressa, à Scorpius, un sourire maternel qui l'ému.

—Monsieur, c'est toujours un plaisir, dit-il en lui serrant la main.

Harry garda sa main dans la sienne un peu trop longtemps et prit soudain un air sévère.

—Il faut qu'on parle, tous les deux. Peut-être après la cérémonie.

—Euh… oui, répondit Scorpius qui suait à grosses gouttes. Bien sûr.

—Chéri, laisse-le tranquille, intervint Ginny. C'est la fête aujourd'hui.

—Pas pour tout le monde.

Apparemment, le père n'était pas ravi de marier sa fille. Il relâcha la main de Scorpius qui sentit le début d'une crise d'angoisse poindre à l'horizon. Il voulait certainement lui parler de son examen d'auror abandonné. Il n'avait pas très envie de se faire sermonner par l'Élu, ni de lui fournir la moindre explication qui n'occulterait en rien sa lâcheté de ses dernières années.

—Ah! Tu es là! s'exclama Emma en le rejoignant.

Scorpius y vit une occasion rêvée de briser ce silence gênant.

—Emma, je te présente Harry Potter et sa femme, Ginny. Ce sont les parents d'Albus. Emma est ma petite-amie.

—Enchanté, dit Emma en serrant la main du héros légendaire des sorciers sans se douter une seule seconde de ses exploits. Votre fils est charmant.

Harry eut un petit sourire amusé.

—Vous devez être une moldue.

—Euh… oui, dit Emma un peu désarçonnée. Excusez-moi de m'inviter comme ça au mariage de votre fille…

—Oh non, ne vous excusez pas. Cela fait du bien de rencontrer quelqu'un qui me salue normalement.

Il adressa un dernier sourire à Emma puis se tourna vers Scorpius.

—A tout à l'heure, dit-il sur un ton qui interdisait toute fuite.

—Comment il sait que je suis une moldue? demanda Emma en les regardant s'éloigner.

—C'est Harry Potter. C'est genre...Jésus pour les moldus.

—Il s'est sacrifié pour vos péchés? se moqua Emma, sceptique.

—En quelques sortes…

Scorpius se lança dans un récit condensé des exploits d'Harry Potter contre le plus grand mage noir de l'histoire. Les expressions d'Emma passa de l'incrédulité à l'effarement. Ils furent interrompus par plusieurs autres invités qui vinrent les saluer. George Weasley serra dans ses bras le jeune Malefoy et lui présenta son petit garçon d'un an, prénommé Fred, un beau métisse aux taches de rousseur qui faisait de belles bulles avec sa salive. Il rencontra Teddy Lupin et Victoire qui aidait leur petite fille à marcher le long de l'allée. Molly Weasley poussa des cris d'enthousiasme en voyant Scorpius qu'elle embrassa, tout en le serrant contre sa généreuse poitrine. Elle versa quelques larmes en serrant la main d'Emma, tout en répétant, un milliard de fois, qu'elle était si heureuse de le voir enfin avec quelqu'un.

Ron Weasley fut le seul à ne pas se réjouir de la présence de Scorpius. Il le salua d'un bref signe de tête tout en l'ignorant, tout de suite après, pour prendre son siège. Hermione s'excusa pour lui et serra Scorpius dans ses bras. Celui-ci trouva la mère de Rose particulièrement fatiguée. Elle lui pinça la joue, dans un geste d'affection maternel et rejoignit son mari en le grondant de son attitude.

—Cette famille est immense! dit Emma après avoir serré la main de la femme de Percy Weasley. Ça n'en finit pas.

—Je sais, répondit Scorpius avec un sourire.

Il observait Lily se chamailler avec Bill et Charlie. Fleur avait sa petite-fille dans ses bras et critiquait sa fille pour sa tenue, jugée trop provocante. Molly, coiffée d'un chapeau à cactus, essuyait une tache sur le visage d'une des filles de Percy. Ron discutait avec son père et Ginny qui tenait sur ses genoux son neveu, le fils de George. Harry tapotait l'épaule de Teddy qui riait à gorge déployée à lune des blagues de son parrain tandis qu'Hugo chapardait des gallions dans le sac de sa mère à l'aide de sa baguette.

—Tes parents vont venir? demanda Emma d'une petite voix.

—Non.

Il détourna la tête et rejoignit sa place. Emma ne posa pas plus de questions et s'assit sur la chaise à côté de lui. Elle lui prit la main et la serra dans la sienne.

Les invités allèrent prendre leurs place petit à petit. Albus vint les rejoindre, le teint rougi par l'effort d'avoir dû accueillir autant de monde. Il s'installa à côté de Scorpius et défit son noeud de cravate. Il se pencha vers Scorpius et marmonna:

—J'en peux plus. Plus jamais ça, murmura-t'il. J'ai dû me farcir toute la vie de la grand-mère de Thomas qui souffre de chaleur dû à son grand âge. Il a fallu déplacer plusieurs invités pour trouver une place qui lui convient.

Une atmosphère d'attente fébrile se répandait dans la chaleur du chapiteau, le brouhaha des conversations interrompues de temps à autre par des éclats de rire surexcités. Lily avait disparu du chapiteau et Thomas attendait l'arrivée de son témoin. Scorpius sentit un frisson glacé lui parcourir le corps lorsqu'il vit James Potter courir sur le tapis de fleur et s'excuser auprès de Thomas.

—C'est James son témoins?! murmura Scorpius à l'oreille d'Albus.

—Ils se sont pas mal rapprochés depuis que James à renouer avec la famille.

James Potter était plus petit que son frère mais tout aussi imposant que son père. Sa robe de sorcier laissait deviner une carrure tout en muscles, dû à sa carrière d'auror. Ses cheveux bruns étaient courts et lui tombaient un peu dans les yeux. Il avait les yeux bruns de sa mère et ses traits. Lorsqu'il croisa le regard de Scorpius, ses fines lèvres se pincèrent et il lui tourna royalement le dos.

—Il te déteste, non? demanda Emma dans un murmure.

—Longue histoire...

Le son d'une harpe s'éleva dans le chapiteau et Mr et Mrs Glyver, les parents de Thomas, remontèrent l'allée centrale d'un pas tranquille, souriant et adressant des signes de la main à des membres de la famille. Mrs Glyver portait une robe de satin, couleur lavande, avec un chapeau assorti.

Un instant plus tard, Thomas et James se levèrent, à l'avant, du chapiteau. Thomas avait l'air nerveux mais un sourire béat étirait ses lèvres roses. James lui serra l'épaule comme pour le féliciter ou le rassurer.

L'assistance devint silencieuse lorsque le son de la harpe fut soudain accompagnée par tout un orchestre qui jouait une musique paisible et angélique. Toutes les têtes pivotèrent vers l'entrée du chapiteau. La mariée fit son entrée quelque peu biaisée par son envie irrésistible de saluer tous les invités avant la cérémonie. Mais l'assistance fut tout de même émue de contempler la marche de la belle mariée, au bras de son père qui avait l'air d'avoir avalé un scrutoscope. Derrière eux, Rose et la soeur aînée de Thomas, toutes deux vêtues de robes vertes fougère, fermaient la marche, un bouquet de fleurs à la main.

Le coeur de Scorpius manqua un battement à la vue de la demoiselle d'honneur. Rose était plus belle que jamais. Ses cheveux étaient ramenés en arrière en une demi-queue qui laissait cascader ses boucles rousses dans son dos. Sa robe faisait ressortir sa peau d'ivoire et ses taches de rousseurs au-dessus de son nez mutin. Ses yeux bruns étaient maquillées et sa bouche généreuse était d'un rouge envoûtant. Scorpius aurait aimé détourner le regard mais il était comme hypnotisé. Sa robe mettait en valeur ses courbes qu'il connaissait si bien. Tout le monde souriait à la marié mais Scorpius n'avait d'yeux que pour Rose et une voix dans sa tête lui dit qu'il aurait mieux fait de rester chez lui à jouer sur sa console.

Rose souriait aux invités et leur faisait de petits signes de la main, heureuse. Lorsqu'elle croisa le regard de Scorpius, celui-ci sentit une pierre lui tomber dans l'estomac. La bouche de Rose se tordit en une espèce de sourire bizarre et elle se concentra aussitôt après sur Lily qui arrivait devant l'autel.

—C'est elle? demanda Emma avec un sourire carnassier.

—Oui…

—Pas mal, Malefoy. Je devrais tenter ma chance…

—Tais-toi!

Un vieux sorciers au nez crochu s'avança devant Lily et Thomas qui se dévisageaient, les yeux dans les yeux, émus et heureux. Scorpius entendit Mrs Wealsey se moucher bruyamment au troisième rang. Lily tendit son bouquet à Rose qui alla s'asseoir au premier rang, à côté de James.

—Nous sommes réunis aujourd'hui pour célébrer l'union de deux jeunes âmes prêtes à se lancer dans la grande aventure qu'est le mariage…, commença le vieux sorcier.

Rose parlait à James et Scorpius n'en perdait pas une miette. Elle se retourna légèrement, à un moment, et leurs regards se croisèrent à nouveau. Les pensées de Scorpius se bousculaient dans sa tête au point de ne plus écouter un mot de la cérémonie. Était-elle gênée? Elle avait rougi là, non? Est-ce qu'elle avait encore des sentiments pour lui? Était-elle fâchée qu'il soit venu? Elle devait bien s'en douter, non? Il n'aurait pas dû choisir cette robe…, ça ne mettait pas ses yeux en valeurs.

—Thomas Brian Glyver, voulez-vous prendre pour épouse Lily Luna Potter?

Au premier rang, Mr. Potter enfuit sa tête sur l'épaule de sa femme qui le consola doucement. Mrs Weasley émit un petit sanglot et Hermione sortit son mouchoir de son sac. Scorpius se tourna vers Albus. Celui-ci restait de marbre mais son teint était plus pâle que d'habitude.

—Je vous déclare donc unis par les liens du mariage.

Le sorcier au nez crochu leva haut sa baguette au-dessus des têtes de Lily et Thomas et une pluie d'étoiles d'argent tomba sur eux, tournoyant autour du jeune couple marié qui s'embrassa sans pudeur. Hugo et son oncle George se levèrent les premiers pour applaudir. Les lucioles au-dessus de leurs têtes se mirent à voltiger avec plus d'énergie et tous les invités se mirent à congratuler Lily et Thomas qui riaient, perdus de bonheur.

OoO

Rose Weasley avait eu besoin de prendre l'air.

Juste une seconde, une fraction de seconde pour calmer la tempête dans son esprit. Alors que le sorcier qui officiait la cérémonie avait agité sa baguette pour déplacer les chaises et changer le décor du chapiteau pour une terrasse de banquet festif, Rose avait remonté l'allée centrale au milieu des invités qui se pressaient à l'avant pour saluer Lily et Thomas. Elle s'était obligée de ne pas jeter un oeil au troisième rang et était sortie, marchant à grandes enjambée vers la grange.

Une fois la porte de la petite cabane fermée, elle poussa un cri. Elle fit les cent pas en évitant de ruiner sa belle robe sur les caisses pleines de boue et de poussière qui encombraient l'endroit.

Scorpius était venu… Alors qu'Albus lui avait assuré qu'il ne viendrait pas. C'était vrai que Lily l'avait invité. Il y avait un risque, un tout petit risque qu'il ne change d'avis et qu'il se décide à venir. Mais Rose s'était rassurée comme elle le pouvait et s'était plutôt concentré sur son discours. Loin de se douter qu'il serait là, à la regarder alors qu'elle remontait l'allée centrale…

Personne ne lui avait rien dit. Elle l'avait découvert, surprise et effrayée. Leurs regards s'étaient croisés. Elle avait bien sûr détourné aussitôt la tête. Mais… elle ne pouvait ignorer le frémissement de ses entrailles lorsqu'elle l'avait revu. Il était toujours aussi beau, aussi… C'était Scorpius. Le Scorpius qu'elle avait pleuré tout l'été et qui hantait encore ses rêves depuis ces dernières années.

Rose secoua la tête. Elle n'allait pas flancher. Pas maintenant! Elle se claqua les joues et se força à fermer son esprit comme on le lui avait appris dans sa formation d'auror. Elle n'était plus la jeune fille de dix-sept ans, fragile et naïve. Elle avait grandi, fait ses preuves. Elle pouvait très bien supporter une journée avec son ex-petit-ami. Tout allait très bien.

Elle lissa sa robe, dégagea ses cheveux de son épaule et vérifia que son décolleté ne tombait pas plus bas. Lorsqu'elle sortit de la grange, une voix traîtresse lui souffla dans un coin de son esprit: "Et c'était qui cette fille, assise à côté de lui?"

Lorsqu'elle réapparut sous l'auvent, Rose se précipita au bar pour commander un verre d'alcool glacé. Elle contempla la décoration ingénieuse de sa tante et de sa grand-mère qui avait choisi chaque demande ou caprice de Lily. Chaque table était recouverte d'une nappe scintillante et de bougies parfumées à la cannelle. Le sol était recouvert d'un tapis de mousse qui imitait à la perfection un ciel nuagé. Une grande statue de glace, représentant un angelot, trônait sur la table principale où Lily et Thomas accueillait les félicitations de leurs invités. Les musiciens choisis par Thomas, postés sur une estrade de bois, avaient commencé à jouer les morceaux préférés de Lily et quelques couples se dandinaient en rythme. Le serveur lui tendit son cocktail et Rose le vida d'une traite.

—Un autre, dit-elle en réparant du bout des doigts les dégât sur son rouge à lèvres.

—Doucement, cousine. Ce n'est pas de la bièraubeurre ce que tu bois.

James s'était approché de son air nonchalant. Il la dominait de toute sa taille comme la plupart des hommes de sa famille. Mais James avait toujours eu une affection particulière pour Rose. Ces deux-là se comprenaient bien et d'autant plus qu'ils travaillaient ensembles maintenant. James commanda une whisky et contempla, amusé, sa cousine vider un autre verre.

—A ce rythme-là, tu finis sous la table avant la première danse.

—Je l'espère, répliqua Rose.

Elle avait repéré Scorpius la magnifique fille qui l'accompagnait dans sa robe étrange. Ils étaient à une table du fond, discutant joyeusement avec oncle George, Albus et Hugo. La fille se tourna un moment vers Rose et lui adressa un clin d'oeil. Rose eut envie de briser son verre dans sa main.

—Ah! dit James en suivant son regard. C'est pour ça.

—Pour ça quoi? demanda Rose sur un ton un peu sec.

—C'est à cause de Malefoy pas vrai? Parait qu'il y a eu un truc entre vous.

La mâchoire de James s'était serrée au nom de famille de Scorpius. Il but une gorgée de son verre en jetant un oeil assassin à la table.

—Qui t'a dit ça?

—Mamie… Je n'arrive pas à comprendre ce qui a bien pu te séduire chez lui.

Rose laissa ses pensées vagabonder un court instant, le regard perdu dans le vide. Elle se rappela les nuits passées dans la chambre de Scorpius, dans ses bras. La salle de bain des préfets… Leurs étreintes dans des coins isolés de Poudlard. Ces moments-là lui semblaient appartenir à un passé très lointain. Elle commanda un autre verre.

—Tu veux que je le jette dehors? demanda James.

—Tu en aurais le droit? dit-elle sur le même ton.

James haussa les épaules pour lui signifier que s'il le fallait, il le ferait. L'idée était tentante et cela règlerait tous ses problèmes. Mais Lily ne lui pardonnerait jamais un scandale à son mariage. Elle secoua la tête pour chasser ses idées.

—Ça ira…, dit Rose surtout pour elle-même.

—Tu as parlé à Papa? demanda soudain James.

—Pourquoi?

James eut un sourire énigmatique.

—Il a un projet. Tu sais que le ministère met la pression sur les aurors pour coincer le trafic de potions contre les moldus? Il veut monter une équipe d'élite qui se consacrerait entièrement à l'affaire et il a pensé à toi pour passer les épreuves de cette toute nouvelle branche d'aurors.

—Des épreuves?

—Une sorte de mise à l'essai…, précisa James en faisant tourner le liquide dans son verre. Vu la nature particulière de l'affaire, il faut des compétences particulières. Mais il a tout de même pensé à toi. Réfléchis bien.

James lui adressa un clin d'oeil avant de se diriger vers un groupe de jeunes filles qui se mirent à roucouler à son approche. L'alcool commençait à monter à la tête de la rouquine dont les pensées allaient de la proposition de James à la présence de Scorpius. Empoignant son verre à plein main, Rose chancela quelque peu en s'avançant, le plus stoïquement possible, vers la table de Scorpius.

Elle ignorait quelle bêtise ou courage dirigeait ses pas vers le petit groupe. Lorsqu'elle fut assez proche, oncle George fut le premier à la remarquer et il l'invita à les rejoindre. Rose but encore une gorgée de son verre et évita soigneusement le regard de Scorpius tandis qu'elle se postait derrière la chaise de son oncle.

—Emma nous racontait justement une histoire à mourir de rire sur son école de moldu. Tu veux l'entendre?

—Non ça ira! répondit-elle sur un ton pincé.

—Rose, dit Scorpius.

—Scorpius…

Un silence gêné suivit ces salutations glaciales. Oncle George fit semblant d'apercevoir un vieil ami et s'excusa auprès d'Emma avant de se lever de sa chaise, emmenant son fils loin de ces histoires de couples compliquées. Albus demeurait taiseux, comme à son habitude quand il était gêné et Hugo avait soudain levé les yeux de sa console magique pour ne pas perdre une miette du spectacle.

—Je te présente Emma, dit enfin Scorpius. Ma petite-amie…, insista-t'il bien sur ces deux derniers mots.

Rose faillit en lâcher son verre. Elle y avait pensé mais l'entendre aussi frontalement de la bouche du principal intéressé lui avait fait l'effet d'une douche froide. Elle acquiesça lentement en sentant la douce torpeur de l'alcool dans son sang se transformer lentement en crise d'angoisse. Emma se leva de sa chaise et tendit la main à Rose en lui adressant un sourire radieux qui désarçonna quelque peu la jeune femme.

—Ravie de vous rencontrer, enfin, dit-elle d'une voix chaude.

—Ah… De même, mentit Rose en lui tendant une main moite.

Le sourire d'Emma devint insistant et Scorpius dut lui tirer le bras pour la faire se rasseoir.

—Je suis désolé si ma venue vous gêne, dit Emma qui paraissait sincère. C'est Scorpius qui a insisté. Mais si vous voulez tout savoir, on est plus une sorte de couple libre que réellement...Aie!

Emma foudroya du regard Scorpius qui lui rendit la pareille. Hugo eut envie de rire tandis qu'Albus se réfugiait dans son verre.

—Non, non…, s'entendit dire Rose d'une voix pâteuse. Ce n'est pas grave, je… C'est du passé, tout ça! dit-elle avec un sourire forcé. Je veux dire, c'est bien que tu sois en couple maintenant… C'est...très bien… Moi aussi, d'ailleurs, je...je vois quelqu'un.

—Qui? demanda Hugo, sceptique. Tu passes tes journées soit au ministère, soit dans ta chambre à…

—La ferme! s'exclama Rose.

—Rose, je crois qu'on t'appelle, intervint Albus.

Il désigna quelqu'un dans son dos. Rose se retourna un peu vite et manqua de se vautrer sur la table. Elle reprit son équilibre et découvrit les grandes signes de Lily. Le discours… Elle avait complètement oublié qu'elle devait prononcer le discours du témoins.

—Veuillez m'excusez, dit-elle en se tournant vers la table. Je dois… faire quelque chose.

Un couvert tinta sur un verre et son père annonça son discours imminent. Rose se posta à côté de la table des mariés. Lily la contemplait, radieuse, le sourire aux lèvres. Rose se força à chasser toutes pensées de sa tête et de ne plus se concentrer que sur le bonheur de sa cousine. Elle lui sourit pour la rassurer et rassembla ses idées pour se souvenir de ce qu'elle avait préparé.

—Bonsoir…, commença Rose d'une voix mal assurée.

Tout le monde avait le regard fixé sur elle dont toute sa famille et Rose n'avait qu'une seule envie, filer à l'anglaise et se réfugier au Terrier avec une part de gâteau.

—Bonsoir, répéta-t'elle en scrutant le fond de son verre pour trouver de l'inspiration.

Lorsqu'elle leva les yeux, elle croisa ceux de Scorpius qui la fixait avec une expression extrêmement neutre.

—Je me souviens la première fois que Lily m'a parlé de Thomas. Vous la connaissez, elle était surexcitée comme d'habitude… (les invités se mirent à rire) et m'a raconté en long, en large et en travers ce qu'elle aimait le plus chez ce petit gringalet boutonneux.

Au fond de la pièce, quelqu'un éclata de rire. Mrs et Mr. Glyver se jetèrent un regard outré et Ron murmura quelque chose à l'oreille de sa femme.

—Elle m'a dit… qu'elle avait su, dès le début qu'ils étaient fait l'un pour l'autre. (Un soupir attendri collectif monta dans la foule des sorcières et sorciers). Et c'est un miracle de trouver son âme soeur aussi vite et au premier coup d'oeil. Beaucoup n'ont pas cette chance.

Le regard de Rose traîna sur la table de Scorpius. Elle se mit à le dévisager en sentant brusquement une terrible tristesse l'envahir.

—Mais bon! se reprit Rose en refoulant les larmes qu'elle espérait faire paraître comme des larmes de joie. Ce n'est pas le cas de Lily et Thomas qui ne se sont plus quittés depuis et qui aujourd'hui nous prouvent à tous que l'amour est possible.

Il y eut un murmure perplexe dans l'assistance et Rose l'ignora en levant son verre.

—A Lily et Thomas! cria-t'elle un peu trop fort.

Elle vida d'une traite son verre sous les applaudissements polis et prise d'un élan incontrôlé, le jeta au sol, près des pieds de la belle-mère de sa cousine. Celle-ci poussa un hurlement strident sous l'impact des éclats de verre près de ses orteils délicats.

—Pardon! s'exclama Rose, choquée par son propre geste.

—Très bien! intervint James en écartant Rose du devant de la scène. Je crois qu'il est temps pour le jeune couple d'entamer leur première danse. Musique, s'il vous plaît.

L'orchestre commença à jouer. Lily et Thomas s'avancèrent sur la piste et ouvrirent le bal sous les applaudissements. Lily jeta un oeil inquiet à Rose et celle-ci eut une envie soudaine de se cacher sous une table.

Au bout d'un moment, Oncle Harry entraîna Mrs. Glyver, suivi par Tante Ginny et le père de Thomas. D'autres sorciers et sorcières les imitèrent. Rose observa ses parents danser au milieu de la piste et Oncle George tenter d'apprendre une danse excentrique à Teddy.

La foule des danseurs grandissaient au fil des morceaux. Rose se tenait résolument à l'écart, repassant dans sa tête son lamentable discours. Elle but une autre gorgée d'un verre que lui tendit un serveur, maudissant son impulsivité.

Alors qu'elle contemplait James et Lily danser tous les deux, Rose sentit une main se refermer sur son bras. Elle leva les yeux et manqua de s'étrangler en voyant Scorpius, si près d'elle qu'il aurait pu lui voler un baiser.

—Tu veux danser? demanda-t'il d'un ton traînant.

—Non! s'entendit-elle dire. Ce...ce serait bizarre, se corrigea-t'elle aussitôt. Tu es accompagnée.

Scorpius haussa un sourcil, quelque peu surpris puis désigna la piste de danse du menton. Emma dansait avec Albus. Lorsque son cousin la fit tournoyer près de Rose, elle lui lança un sourire charmeur.

Scorpius lui présenta sa main, accompagnée d'une courbette ridicule. Rose ne trouva pas d'autre idée pour le repousser. Elle accepta à contre-coeur et le jeune homme l'entraîna au milieu des danseurs, le coeur battant.

Rose croisa le regard de ses parents, celui de son Oncle et de Lily. Tous les membres de sa famille au courant de leur histoire, les regardaient. James fit une grimace et s'éloigna en faisant tournoyer Lily. Rose s'efforçait de sourire mais son esprit galopait à toute allure. Elle savait qu'elle n'aurait jamais dû accepter aussi facilement de danser avec lui. Mais pouvait-elle réellement le fuir toute sa vie?

Un nouveau morceau commença et Scorpius plaça une main dans le bas de son dos qui la fit frémir. Elle posa sa main sur son épaule et aussitôt, ses doigts se souvinrent de ses caresses. Elle connaissait son corps, même après des années. Le toucher, à nouveau, réveillait en elle des émotions qu'elle s'était efforcé de contenir. Rose suivit ses pas, raide et droite comme un piquet, prenant soin de ne pas le toucher plus que nécessaire, le regard fixé par-dessus son épaule.

Mais même ainsi, elle sentait le contact de ses doigts contre les siens. Elle humait son odeur qui n'avait guère changé et qui hantait encore ses rêves. Alors qu'elle cherchait désespérément une issue pour suivre, Scorpius, lui, gardait les yeux fixés sur elle, sa bouche étirée en un demi-sourire.

—Beau discours, dit-il en se penchant pour murmurer à son oreille.

La chaleur de son souffle sur sa peau et la quantité d'alcool qu'elle avait ingéré en très peu de temps, lui firent tourner la tête.

—Merci, répondit-elle avec raideur sans chercher à encourager la conversation.

Du coin de l'oeil, elle vit son visage redevenir sérieux.

—Tu parlais de nous, pas vrai? Quand tu disais que certains n'ont pas de chance en amour…

Rose ne répondit pas. Elle s'efforça àse concentrer sur la luciole qui voletait près de la scène des musiciens, et non pas sur la voix grave de Scorpius.

—Je trouve ça ironique, venant de toi, continua-t'il.

—Ironique?

—Oui, en sachant que c'est toi qui m'a quitté. De la pire des manières qui plus est…

Ils avaient arrêté de danser et Rose ne pouvait plus ignorer son regard. Ils se dévisagèrent longuement. Rose contempla dans ses yeux, toute la tristesse qu'il contenait depuis des années, depuis ce fameux jour où elle lui avait enfin dit "je t'aime". Elle ouvrit la bouche pour parler mais la referma bien vite.

Elle ne pouvait pas lui dire. Elle avait promis.

Rose détourna les yeux et fit mine de partir. Le morceau était fini et les danseurs applaudissaient. Elle n'avait plus aucune raison de rester auprès de lui. Mais Scorpius la retint dans ses bras. Il prit son menton entre son pouce et son index et la força à tourner la tête et à la regarder.

—Laisse-moi, dit-elle d'un voix mal assurée.

Elle l'imagina, un instant, la serrer contre lui, lui caresser les cheveux en lui chuchotant des mots d'amour puis l'embrasser comme il le faisait avant… Avant qu'elle ne lui brise le coeur. Sans le vouloir elle tendit le cou et entrouvrit les lèvres comme si tout son corps le suppliait de l'embrasser. Scorpius avança légèrement son visage.

OoO

Scorpius ne se contenait plus.

Il s'était promis de se contenter de demander (encore une fois) une explication claire et brève à Rose en l'invitant à danser. En réalité, il y avait été poussé par un besoin primale, une sorte de manque à combler, comme s'il buvait enfin après une traversée du désert particulièrement éprouvante.

Il l'avait vu rougir, tressaillir sous ses doigts. Son corps réagissait comme par le passé. Il reconnaissait tous ses tics, ses habitudes, ses manies. Tandis qu'ils dansaient, il avait été envoûté par son parfum fleuri et l'étoffe de sa robe sous ses doigts, dangereusement proche de ses fesses avec lesquelles il avait pris tant de plaisir.

Il voulait des explications. Il les aurait! A moins qu'il ne succombe aux lèvres tendues de Rose et à son regard suppliant.

Scorpius était faible. Il n'avait pas pu résister.

Avant qu'ils n'aient pu partager ce baiser, une main ferme se referma sur le bras de Scorpius. James fit légèrement reculer sa cousine tout en resserrant sa poigne autour du poignet de Scorpius.

—Ça te dérange si je te l'emprunte pour une danse? dit James sur un ton rieur qui n'allait pas du tout avec son expression meurtrière.

Scorpius n'eut pas le temps de répondre, James se pencha vers lui et lui souffla à l'oreille:

—Je ne veux pas faire d'esclandre au mariage de ma soeur et toi non plus, je suppose. Alors, barre-toi de là, sans faire d'histoire, ou je te transforme en fouine devant tout le monde.

—J'aimerais bien voir ça, maugréa Scorpius entre ses dents.

—Tu veux prendre le risque?

Scorpius croisa le regard de Rose, estomaquée, celui de Lily soucieuse et de tous les autres invités. Il n'avait pas le choix. Il acquiesça, sans faire d'histoire et James le libéra. Tandis qu'il invita sa cousine à danser, Scorpius quitta la piste de danse, le sang battant dans ses tympans. Il ignora l'appel d'Emma et d'Albus et sortit de l'auvent d'un pas précipité.

Il n'eut pas à marcher longtemps pour se trouver un coin tranquille. Tous les invités étaient soit dans le verger, soit sur la piste de danse et congratulaient les jeunes mariés qui devaient couper le gâteau. Scorpius se dirigea à l'arrière de la maison et se mit à donner des coups de pieds rageur dans la réserve de bois des Weasley.

Les menaces de James résonnaient encore dans son esprit, faisant grandir la colère qui lui vrillait les nerfs. Il poussa un cri de rage en abattant son poing contre le mur de brique de la maison et se laissa tomber, lourdement au milieu des bûches.

Des mèches blondes s'étaient échappées de son élastique dans sa crise contre les pauvres bûches et lui tombaient à présent dans les yeux. Il souffla dessus en essayant de se calmer. Tout en repensant à ce qu'il avait dit à Rose, la tristesse qui s'était senti dans sa voix, il fouilla dans sa poche et en sortit le paquet de cigarettes d'Emma. Il contempla sa clope en représentant tous ces derniers échecs et n'hésita qu'une seconde avant de l'allumer.

La première bouffée lui donna le tournis.

—Je t'avais dit d'arrêter…, s'éleva une voix masculine sur sa gauche.

Scorpius bondit sur ses pieds. Il reconnut immédiatement Harry qui s'approcha de lui, d'un pas lent, un sourire amusé aux lèvres. Scorpius contempla sa cigarette entre les doigts. Il fut tenté de la jeter mais il se contenta de tirer une autre latte.

—J'ai essayé, répondit-il un peu gêné.

—Excuse-moi pour mon fils, dit Harry un peu plus sérieux.

—Vous avez entendu?

Harry fit la moue en lâchant un petit soupir.

—Disons que je le connais bien. Pas besoin d'entendre les mots pour comprendre les réactions, dit-il en désignant les piles de bûches qui s'étaient effondrées dans la pelouse après le moment défouloir de Scorpius.

Scorpius n'osa pas lever les yeux vers le chef des aurors. Il opina, blasé, se souvenant brusquement de la colère qui l'avait emporté.

—Je voulais te parler d'autre chose, commença Harry.

—Je vous arrête tout de suite. Je sais que vous allez me parler des aurors… Je suis désolé mais je n'ai pas trop la tête à ça.

—C'est dommage, dit Harry. Tu avais l'étoffe d'un grand auror.

Le compliment alla droit au coeur de Scorpius. Il fit semblant que cela ne le touchait pas. Il prit une autre bouffée de sa cigarette en observant le sorcier.

—Vous le pensez vraiment?

—Je ne serais pas là sinon… Je le crois tellement que je viens te proposer un projet.

—Quel projet?

—Une formation accélérée pour devenir une sorte d'auror d'élite. J'ai besoin d'hommes et de femmes capables de se fondre chez les moldus et qui n'ont pas peur du danger. Ce serait pile dans tes cordes.

Scorpius garda le silence. Sa cigarette se consumait toute seule, entre ses doigts. Harry croisa les bras sur sa poitrine, attendant la réponse du jeune sorcier. Scorpius se dit qu'il aurait tort de refuser. Qu'il serait complètement fou de dire non au grand Harry Potter. Il lui laissait une deuxième chance. Aucun sorcier sain d'esprit n'aurait refuser une offre pareille.

—Vous m'engageriez alors que je suis pas auror? demanda Scorpius après un moment.

—Si tu réussis les tests, convint Harry.

—Alors que j'ai raté ceux de la formation de base…

—Ôtes-moi d'un doutes… Tu l'as fait exprès, non?

Le silence de Scorpius fut plus éloquent que n'importe quel mot. Harry lui adressa un sourire confiant.

—Réfléchis… et donne-moi ta réponse quand tu seras prêt, dit-il en se retournant.

—Et si je ne l'était jamais…?

Harry leva les mains en signe d'impuissance et disparut pour rejoindre la fête. Scorpius s'alluma une deuxième cigarette.

Plus tard, Scorpius s'assit sur un banc près d'un petit étang, non loin du Terrier mais assez loin de la fête dont la musique s'entendait encore. Il avait grillé chaque cigarette du paquet d'Emma (qui allait certainement piquer une crise) et aucunes d'entre elles n'avaient réussi à le calmer.

Lorsque la nuit tomba, Albus vint le rejoindre. Il s'assit à côté de son ami qui n'eut même pas besoin de lever les yeux pour le reconnaître. Albus poussa un profond soupir en prenant place sur le petit banc recouvert de fleurs pour l'occasion.

—Ton plan de rendre Rose jalouse…, dit Albus sans préambule. Foutu!

—Comment ça? demanda Scorpius en se redressant.

—Emma a dragué une des cousines de Thomas. T'es grillé, mon pote.

Il retira ses lunettes pour les essuyer sur sa robe. Albus s'était coupé les cheveux, il y avait de cela quelque mois. Cette nouvelle coiffure le rajeunissait de quelques années mais lui donnait un certain charme, celui de son père peut-être.

—Au moins, elle s'amuse, répondit Scorpius en haussant les épaules.

Il croisa les jambes tout en les gardant tendue et croisa ses bras sur sa poitrine. La journée avait été longue et ce petit tête-à-tête avec son ami lui faisait du bien. C'était de cela qu'il avait toujours eu besoin, en réalité. Albus lui avait manqué.

—Désolé pour mon frère, dit ce dernier en sondant la surface de l'étang qui s'obscurcissait avec le jour.

—On ne choisit pas sa famille. C'est pas moi qui vait te le reprocher.

—Et désolé de t'avoir mis la pression pour assister au mariage.

—Je devais le faire pour Lily.

—Désolé pour Rose.

—Ce n'est pas ta faute…

Albus renifla et un lourd silence s'installa entre les deux amis. Scorpius songeait à son histoire avec Rose, à ses regrets. Il était peut-être temps de passer à autre chose.

—Ton père m'a fait une proposition de boulot, annonça Scorpius l'air de rien.

—C'est bien ça.

—Ouais… Je vais accepter. Il est temps que je me bouge le cul et que je dégage de chez Emma. Elle a déjà fait beaucoup pour moi et je sens bien que je la rends folle.

Albus ramassa un caillou à ses pieds et le lança dans l'étang. Aussitôt, une série de ronds d'eau perturbèrent la surface lisse et calme de la mare.

—Je t'ai dit que je montais à Londres? Je compte devenir une Langue-de-plomb. Je cherche un coloc de toute urgence.