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L'UNITE D'ÉLITES DES AURORS
Ce matin-là, Rose se réveilla à cinq heures et demie aussi brusquement et aussi complètement que si quelqu'un lui avait crié dans ses oreilles. Elle avait préparé tout la veille, sa tenue, ses dossiers, tout. Dès que son réveil lui hurla l'heure qu'elle avait enregistrée, elle bondit de son lit pour enfiler ses vêtements avec des gestes fébriles. Rose sortit de sa chambre en silence pour ne pas réveiller le reste de la maison et descendit l'escalier sur la pointe de pied.
Elle croyait que la cuisine serait vide à cette heure-là mais, lorsqu'elle arriva devant la porte, elle entendit de l'autre côté ses parents en train de discuter. En entrant, elle vit sa mère et son père assis autour de la table, devant une tasse de café fumante. Ils portaient, tous les deux, leurs tenues de travail alors que Rose savait très bien qu'ils commençaient leur journée bien plus tard.
Dès qu'il vit sa fille, Ron se leva d'un bond.
—Petit-déjeuner! dit-il en se précipitant vers la cheminée, sa baguette magique à la main. Tu ne peux pas partir au ministère sans manger!
—Bonjour ma chérie, bâilla longuement sa mère.
—Qu'est-ce que tu veux? s'enquit Ron. Du porridge? Des petits pains? Des harengs? Des oeufs au lard? Des toasts?
—Mais qu'est-ce que vous faites debout? demanda Rose, amusée.
Hermione jeta un oeil à son mari qui faisait voler à travers la pièce des poêles vides et des couverts.
—C'est ton père qui a insisté, répondit-elle. Il voulait qu'on soit là pour ton premier jour dans l'équipe d'élite des aurors!
Rose soupira en se laissant tomber sur une chaise. Elle avait eu vingt ans, il y avait de cela deux semaines et son père la considérait encore comme une petite fille sur le point de prendre le Poudlard Express pour la première fois.
—Alors, Rosie? insista Ron. Qu'est-ce qui te ferait envie, ce matin?
—Des toasts, s'il te plaît.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Son père posa devant elle deux toasts recouvert d'une généreuse couche de marmelade. Tandis qu'elle grignotait, Rose s'étonna même qu'il ne les coupe pas lui-même comme quand il le faisait dans son enfance. Elle essaya de manger mais voir ainsi son père faire de sa promotion tout un évènement, la rendait terriblement nerveuse.
—Comment te sens-tu? demanda Hermione en se tournant vers sa fille.
Rose haussa les épaules. Elle aurait préféré de pas parler de cela.
—Tu vas assurer, ma Rosie, comme toujours! assura Ron d'un ton confiant et empli de fierté.
Rose évita ce sujet en consultant sa montre.
—Oh! Il est déjà tard! Je ferais mieux d'y aller.
—Attends, chérie, dit Hermione en se levant à son tour. Je t'accompagne.
Lorsque Rose passa devant son père, celui-ci la prit dans ses bras en la serrant fort comme lui.
—Montre-leur de quoi tu es capable! dit-il.
—Oui, peux me lâcher, s'il te plait?
Hermione se saisit de sa serviette qui attendait dans le hall d'entrée. Elle s'était habillée simplement, presque en moldue et Rose devina qu'elle n'avait aucune réunion importante aujourd'hui. Ron les salua une dernière fois, en agitant sa baguette avec laquelle il était en train de cuisiner et la seconde d'après, mère et fille transplanèrent dans un même "blop".
Hermione et Rose apparurent à l'extrémité du hall gigantesque et somptueux du Ministère dont le parquet de bois foncé avait été ciré à la perfection. Juste à sa droite, les lambris de bois sombre et luisant qui recouvraient le mur, crachaient les employés venus grâce à la poudre de cheminette et qui sortaient tous des cheminées aménagées.
L'obélix des hommages aux héros de la Grande Guerre dominait toute la salle et la foule qui allait et venait comme une immense marée de sorciers, sorcières et autres créatures. D'autres craquement derrières elles, les avertirent des nouveaux arrivants. Hermione tira sa fille par le coude et l'entraîna dans la masse humaine dont les centaines de pas martelaient le plancher ciré dans une cadence rythmée et désordonnée.
Toutes les deux se frayèrent un chemin parmi les autres employés du ministère dont certains portaient des piles de parchemins en équilibre précaire dans leurs bras déjà bien fournis; des gobelins traînant derrière eux une cargaison d'or dans des coffres ensorcelés pour payer leur tous nouveaux impôts, ou des visages maussades se plaignait des nouvelles, les yeux rivés sur la Gazette.
Légèrement bousculée de toute part, Rose franchit les portes d'or avec sa mère qui marchait d'un pas assuré. Sur son passage, plusieurs têtes inconnues la saluèrent avec un grand sourire en l'appelant "madame la sénatrice." Rose avait beau travaillé ici depuis presque un an, elle avait dû mal à entendre ce titre quand il s'agissait de sa mère. Rose la suivit de l'autre côté des portes qui menaient au hall plus petit où une vingtaine d'ascenseurs s'alignaient derrière des grilles d'or ouvragées.
Hermione et Rose se mêlèrent au groupe qui attendait devant l'un d'eux. A côté, une petite sorcière qui avait presque perdu tous ses cheveux tenait la Gazette du Sorcier dans sa main et son attaché-caisse dans l'autre.
—Vous avez lu ça? demanda-t'elle à Hermione en lui tendant le journal.
Hermione accepta la Gazette et ses sourcils se froncèrent lorsqu'elle lut le titre de la Une.
—C'est pas vrai, maugréa-t'elle en appuyant rageusement sur le bouton d'appel de l'ascenseur.
Dans un bruit de ferraille, un ascenseur s'arrêta devant eux, la grille dorée coulissa et Hermione entra avec Rose dans la cabine avec la petite sorcière.
—Qu'est-ce qui se passe? demanda Rose.
—La Gazette parle d'une prochaine guerre entre les moldus et les sorciers…
—C'est encore un article écrit par Rita Skeeter.
—Elle est toujours pas à la retraite, depuis le temps? s'énerva Hermione en baissant la tête lorsque des notes de services s'engouffrèrent dans la cabine au premier étage.
Plusieurs autres sorciers et sorcières se pressèrent dans la cabine et saluèrent poliment la sénatrice malgré son expression ronchonne.
—Il va vraiment y avoir une guerre? demanda Rose à mi-voix.
—Non, bien évidemment . Ou du moins, nous ferons tout pour l'empêcher, dit Hermione d'une voix forte pour que tout le monde l'entende.
Puis, elle se pencha vers sa fille pour qu'elle seule puisse entendre:
—Ce qui m'inquiète, murmura Hermione, c'est que le sujet n'a été abordé que lors de notre réunion extraordinaire. Ça ne veut dire qu'une seule chose… Il y a des fuites dans nos services.
La voix féminine annonça:
—Niveau cinq, Département de la coopération magique internationale, Organisation internationale du commerce magique, Bureau international des lois magique, Confédération internationale des sorciers et créatures intelligentes magiques, section britannique, Sénat démocratique magique de Grande-Bretagne.
Les portes s'ouvrirent et Hermione embrassa sa fille en levant un pouce pour la rassurer. Rose contempla sa mère sortir de la cabine et se faire héler par son secrétaire qui avait déjà un dossier entre les mains.
Rose se retrouva bientôt seule dans la cabine, accompagnée seulement par les petits avions en papier violet qui obscurcissaient le plafonnier de l'ascenseur. Elle attendit que la voix féminine annonce le niveau deux pour sortir à son tour. Elle longea un couloir dans lequel des portes s'alignaient de chaque côté. Le long du mur, les fenêtres enchantées montraient un ciel clair et ensoleillé. Rose se dit que ça ne pouvait qu'être un bon présage pour la suite.
Elle tourna le coin d'un autre couloir et franchit une double porte de chêne pour arriver dans la vaste salle, divisée en boxe qui avait été son sanctuaire pendant plusieurs mois. Elle fut accueillie par les rires et les saluts amicaux de ses collègues. Pendant des semaines, elle avait dû batailler pour leur faire oublier qu'elle était la nièce d'Harry Potter. Aujourd'hui, elle se sentait respectée et trouvait enfin ses marques dans ce département quelque peu atypique.
Rose rejoignit son box. Elle avait épinglé des photos de grands noms de la profession qui lui lancèrent des clins d'oeil complice lorsqu'elle s'assit à son bureau. On lui avait déposé sur la pile de parchemins, un énorme dossier bordeaux avec une note de service. Rose le feuilleta sans vraiment s'y intéresser. Si elle s'y prenait bien dans les semaines qui allaient suivre, elle n'aurait plus à se charger de ce genre de petit délit.
Un petit toc-toc la fit lever les yeux des rapports de la Brigade de police magique et de ses rêves de réussite. Elle sourit en croisant le regard d'Arthur Swan.
—Tu es prête? Ils vont bientôt commencer…, dit-il avec un sourire charmant.
—J'arrive.
Arthur était l'un de ses collègues, un jeune auror lui-aussi, peut-être un peu plus âgé mais que Rose trouvait incroyablement séduisant. Il n'était pas vraiment très musclé, ni très grand. Ses cheveux noirs étaient coiffés en catogan comme ceux de son oncle Bill et ses traits, fins et marqués, lui donnait un air mystérieux très plaisant. Rose avait déjà pu feuilleter l'album de famille et de ceux qui avait péri de la main de Voldemort et en voyant Arthur se présenter à elle, le jour de son arrivée, elle n'avait pas pu s'empêcher de le comparer à Sirius Black.
Quelques fois en cachette, Rose se surprenait à rêvasser à Arthur. Pas comme avec Chase, bien évidemment. Ses folles années de jeunesses illusoires étaient bien derrière elle. Mais d'une manière peut-être un peu plus charnelle, comme si cela ne lui déplairait pas d'avoir le beau brun dans son lit. Résultat, elle bafouilla, de temps à autre, lorsqu'il s'adressait à elle pour un dossier ou pour simplement faire connaissance. Mais à force de discuter, ils étaient devenus amis et Rose avait pu oublier le souvenir douloureux d'un certain Serpentard.
—Il est temps d'y aller, revint Arthur.
Rose lui sourit et se leva enfin. Tout comme elle, Arthur avait reçu la proposition de passer les tests, très spéciaux, pour rejoindre l'unité d'élite des aurors qui s'occuperont de l'affaire des trafics de potions. Oncle Harry avait décidé de réunir des employés jeunes, prometteurs et qui avait un minimum de connaissance sur les technologies moldues. Arthur était un né-moldu et n'avait pas raté une seule mission en deux ans. Il était plus que qualifié pour prendre ce poste.
—Nerveuse? demanda Arthur.
—Plus que jamais.
—Arrête…, dit-il. Tu seras parfaite, comme toujours.
Il lui lança un regard en lui tenant la porte de la salle de réunion qui destabilisa la jeune femme. Elle avait déjà rencontré ce genre de regard, celui qui faisait remuer ses entrailles et qui diffusait une douce chaleur dans tout son corps. Elle détourna les yeux en esquissant un sourire maladroit et entra dans la salle en imaginant comment les choses pourraient tourner entre elle et Arthur.
—Weasley! s'exclama une voix trop bien connue. Comme on se retrouve! Je t'ai manqué?
Rose se tétanisa sur place. Elle dévisagea, bouche bée, Scorpius Malefoy avachi sur l'une des chaises de bureau de la salle, les jambes croisées dont l'une d'elles appuyées sur le rebord de la table. Il ne s'était pas rasé depuis plusieurs jours, sa chemise était froissée et ses yeux cernés. Du typique Scorpius Malefoy! Il semblait de bien meilleure humeur depuis le mariage de Lily.
—Tu le connais? demanda Arthur à Rose qui ne s'était toujours pas décidée à entrer.
—Non...je… Excuse-moi!
Elle bouscula Arthur et s'enfuit dans le couloir. Scorpius s'était levé de sa chaise et franchit la porte à son tour en passant devant un Arthur médusé.
—Petit problème de communication, expliqua Scorpius en lui tapotant la joue.
Arthur contempla la silhouette mal défroissée de Scorpius qui suivait, à la trace, sa collègue dans un manège aussi risible qu'inquiétant. Rose zigzagua entre les box en essayant de semer Scorpius qui accélérait le pas pour la rattraper.
—Weasley… Weasley, appelait-il à mi-voix pour ne pas attirer l'attention plus que de raison. Weasley! cria-t'il un peu plus fort lorsqu'elle continua à l'ignorer.
Rose s'engouffra dans un autre couloir et franchit le seuil des toilettes, dernier rempart à cet idiot insistant. Mais Rose semblait avoir oublié la ténacité de Scorpius Malefoy et elle poussa un petit cri de surprise lorsqu'il pénétra dans la pièce à son tour.
—T'es pas facile à suivre, dit-il en s'appuyant contre la porte, un peu épuisé par ce jeu du chat et de la souris.
—Ce sont les toilettes des filles, Scorpius.
—Je sais mais j'avais besoin de te parler…
—Comme la dernière fois au mariage? demanda Rose sur un ton de reproche.
—Justement, dit-il en s'approchant lentement de la jeune femme qui fit un pas en arrière à chacun des siens. J'aimerais mettre les choses au clair.
Rose se cogna contre la paroi de la première cabine de toilettes. Scorpius était posté juste devant elle, presque collé s'il faisait un pas de plus. Elle aurait difficilement pu s'enfuir.
—Je t'écoute, dit-elle en croisant les bras sur sa poitrine en signe de défense.
Scorpius eut un sourire amusé devant sa réaction. Il passa une main dans ses cheveux, décidément trop longs au goût de Rose. Mais ce simple geste familier eut le don de réveiller des sensations en elle.
—Tout d'abord, je tiens à dire que je ne suis pas là par vengeance ou par désespoir. Je suis là pour le boulot.
—Tu vas passer les essais pour l'unité spécial d'auror? comprit Rose.
—C'est ça.
—Tu n'es même pas auror.
—Je sais mais c'est ton oncle qui me l'a proposé.
Rose dévisagea Scorpius, les traits crispées. Pourquoi Oncle Harry avait-il fait appel à lui? Est-ce qu'il était au courant de leur histoire? Est-ce qu'il savait dans quel état d'angoisse allait-il plonger sa pauvre nièce en les faisant se côtoyer? Si Rose ne connaissait pas son oncle, elle pourrait croire qu'il avait arrangé tout ça pour la blague. C'était presque de la torture.
Pendant que Rose réfléchissait, Scorpius s'était beaucoup trop rapproché.
—Tu vas échouer comme la première fois…, répliqua Rose par pure provocation.
—Peut-être, ma petite Rosie. Mais on ne peut pas le savoir sans avoir essayé, pas vrai?
—C'est tout ce que tu avais à me dire?
Elle était tentée de le repousser en posant sa main sur son torse. Mais ses yeux tombèrent sur le col de sa chemise ouverte et la base de son cou dénudé. Il ne fallait surtout pas qu'elle rougisse maintenant.
—Non, je voulais aussi te dire que c'est bon. Je lâche l'affaire, dit-il sur un ton plus sérieux.
—Comment ça?
—Nous deux...c'était super et je le pense vraiment. Puis, tu m'as largué comme une merde… (Rose ouvrit la bouche pour répliquer mais Scorpius la rassura d'un geste de la main). Non, t'inquiète, c'est bon. Je veux dire, il faut que je passe à autre chose. Je me suis pas mal laissé aller ces derniers temps et ça suffit. Je suis désolé pour le mariage et pour tout le reste. Et je te garantis que ça n'arrivera plus.
—Scorpius…
Rose s'était attendu à tout sauf à ça. Elle dévisagea Scorpius pour savoir s'il plaisantait ou non, s'il bluffait même mais il avait l'air sincère. Terriblement sincère…
—Avant qu'on sorte ensemble, on était pote, non? Enfin, j'aime à le croire. Et si on essayait ça, de nouveau. Toi et moi, juste ami… On éviterait les moments gênants où je deviens désespérément con et où tu te bourres la gueule en faisant des discours bizarres sur l'amour. T'en dis quoi?
Les mots de Scorpius étaient sensés, trop sensés au goût de Rose. Il avait raison et elle était heureuse qu'il puisse la revoir comme une amie surtout avec les jours qui allaient suivre pour réussir les tests de cette formation mystérieuse. Mais Rose ne pouvait s'empêcher de se sentir triste. Au fond, le fait que Scorpius tournait ainsi la page sur leur relation et leur rupture marquait un point final à leur histoire. Et Rose n'était pas sûre d'être prête pour ça.
—Alors?
—Scorpius…, commença Rose en posant ses doigts sur son torse musclé.
—A moins que… tu n'aies changé d'avis? dit-il d'une voix rauque.
La porte des toilettes s'ouvrit soudain et Arthur apparut en son seuil, la main sur la poignée. Scorpius s'écarta aussitôt de Rose, comme pris en faute. Celle-ci ne put retenir ses émotions plus longtemps, son teint prit une belle teinte vermillon.
—Euh… Le chef vient d'arriver. Il ne faut pas être en retard…, annonça Arthur en cherchant ses mots.
Rose s'écarta vivement de Scorpius en le bousculant sur son passage et sortit des toilettes à toutes jambes. Arthur la suivit et elle ne se préoccupa pas de savoir si Scorpius était sur leurs talons.
—C'est ton petit-ami? demanda Arthur en regardant par-dessus son épaule.
—Jamais de la vie! répondit vivement Rose.
—Dans tes rêves, Weasley, répondit la voix traînante de Scorpius dans son dos.
Rose le foudroya du regard en ouvrant la porte de la salle de réunion. Scorpius faillit rentrer dans Arthur qui bouscula en avant Rose qui était restée plantée sur le seuil. Lorsque Scorpius se redressa, fit mine d'ignorer les dizaines d'yeux braqués sur eux et se tourna vers le fameux "chef", il laissa échapper un soupir de mécontentement.
—Eh merde…, lâcha Scorpius.
James Potter contempla ses trois nouvelles recrues avec un mépris éloquent pour leur retard, surtout pour le blondinet qui avait eu l'audace de prononcer une grossièreté devant tout le monde.
—Vous êtes en retard. Regagnez vos places, dit-il d'une voix sifflante.
Le groupe de retardataires obéirent immédiatement. La salle était bondée d'une vingtaine de jeunes recrues La plupart ne dépassait pas la trentaine, tous habillés de l'uniforme des aurors. Il n'y avait que Scorpius qui dénotait parmi eux, vêtu d'un simple jeans, d'une chemise qui aurait besoin d'être repassée et d'un long manteau gris pâle. Les autres auror le suivirent du regard tandis qu'il s'installait en milieu de table vers les trois places restantes, juste à côté de Rose. Celle-ci voulut changer de place immédiatement mais l'expression sévère de James la retint.
Rose était assise, pile entre Arthur et Scorpius. Ce dernier détailla le jeune collègue de Rose et se pencha vers elle pendant que James se présentait à la classe.
—Il est plutôt beau gosse…, murmura-t'il avec un sourire. Pile dans ton genre, si je ne me trompe pas.
Rose le fusilla du regard et le ton de James se haussa.
—C'est ce fameux 'mec' que tu vois en ce moment? demanda encore Scorpius.
—Mr Malefoy, s'exclama James avec un ton qui n'annonçait rien de bon. Si ça ne vous intéresse pas, personne ne vous retient.
Il désigna la porte et tous les regards se braquèrent sur Scorpius.
—Je reste, pour le moment, répondit Scorpius avec insolence. Si cela ne vous fait rien, Mr. Potter…
Les lèvres de James se pincèrent comme toujours lorsqu'il était irrité. Mais il ne fit pas d'autres commentaires et continua sa présentation.
—Aurors… et Mr. Malefoy, vous avez été sélectionné pour passer les tests d'une toute nouvelle brigade créée spécialement pour une mission hors norme.
James agita sa baguette et des images se matérialisèrent devant lui, montrant une carte de Londres moldue.
—Certains d'entre vous l'ignore encore mais un traffic de potions sévit dans les rues de Londres en ce moment. Un réseau clandestin, vraisemblablement sorcier, travaille activement à l'élaboration d'un sérum qu'il distribue aux moldus. Ce sérum leur fait développer des compétences magiques encore jamais vues mettant en péril le Code international du Secret Magique. Plus inquiétant encore, ce sérum tue tous les moldus qui en ont ingéré. On déplore, pour le moment, trente-huit victimes, toutes dans votre tranche d'âges.
La carte marquée de point lumineux se changea, d'un coup de baguette, en photos immobiles de cadavres et un lourd silence suivit la découverte de ses images.
—La brigade des Oubliators a fait son possible pour limiter des dégâts mais le Premier Ministre moldu demande réparation. Le Sénat a confié l'affaire aux aurors et exige des résultats. C'est là que vous entrez en scène.
Des murmures s'élevèrent dans la salle. Rose jeta un oeil à Scorpius. Il avait sa tête des grandes réflexions, le genre qui ne présageait rien de bon. Les révélations de James mettait soudain en perspectives les inquiétudes de sa mère. Ainsi, c'était cette affaire qui renforçait les tensions entre moldus et sorciers.
—Vous avez été tous choisis pour vos compétences et vos bons résultats sur le terrain moldu. Cependant, cela ne suffira pas. Nous devons nous préparer au pire avec une menace encore inconnu et seulement cinq d'entres vous seront engagés à la suite des épreuves ciblées que nous avons préparées.
Les murmures se transformèrent en discussion animée. Une excitation ambiante envahit chacun des candidats qui s'imaginaient déjà remportés les épreuves avec brio. Rose dut serrer les poings pour ne pas montrer qu'elle tremblait. Elle aussi voulait réussir à tout prix.
—Vous pouvez refuser, ajouta James. Vous êtes libre de partir, maintenant, si vous ne vous en sentez pas capable (et il regarda longuement Scorpius en prononçant ces mots). Mais si vous acceptez, vous ne devrez parler à qui que ce soit de cette affaire. Pour ceux qui sont partant, je leur demanderai de toucher ce portoloin qui les emmènera dans un lieu secret pour passer les tests.
Il sortit une vieille conserve de son sac et la posa sur son bureau devant tous les candidats. James tapota le détritus du bout de sa baguette magique.
—En touchant ce Portoloin, vous acceptez tous les risques qu'encourt ces tests et je vous préviens, ils ne seront pas faciles, voire même dangereux.
Déjà, plusieurs aurors se levèrent pour rejoindre la table de leur chef. Quelqu'uns, peu nombreux, firent non de la tête et quittèrent la pièce en proclamant qu'ils avaient beaucoup mieux à faire. Rose croisa le regard d'Arthur qui lui sourit, confiant. Ils se levèrent à deux et rejoignirent le petit groupe, pressé autour du Portoloin. Bientôt, il ne resta que Scorpius assis à la table vide, le regard perdu dans le vide.
—Tu hésites, Malefoy? lança James avec un sourire mauvais.
—Pas aujourd'hui.
Il se leva, comme tous les autres et se posta, juste en face de Rose. Ils se dévisagèrent l'un l'autre, sans sourire, sans blague, ni artifice. Elle était tendue, lui aussi. Elle connaissait ses expressions par coeur et elle l'avait vu avoir ce visage lorsqu'ils avaient été sur le point d'être téléporté dans l'une des antichambres, gardiennes de la source.
—Allez-y! ordonna James et tous touchèrent la boîte de conserve en même temps.
A la seconde où Rose posa son index sur le métal rouillé, elle sentit un crochet invisible la tirer par le nombril. Ils furent emportés dans un tourbillon de couleurs et de décors flous jusqu'à atterrir lourdement sur un plancher bien réel. Une fois l'impression de tournis passer, Rose put prendre conscience du lieux où elle venait d'apparaître.
Ils se trouvaient dans une sorte de dortoir. Plusieurs lits étaient alignés contre les murs avec seulement une petite table de chevet à côté de la table de lit. Rose eut l'impression d'être dans une sorte de chalet. Les murs étaient en bois et il n'y avait aucune fenêtre. Plusieurs casiers étaient rangés contre le mur du fond et Rose reconnut son nom sur l'un d'eux. Lorsqu'elle l'ouvrit, elle découvrit qu'on y avait placé une partie de ses affaires, de quoi tenir quelques jours.
—Où est-ce qu'on est? demanda l'une des candidates en s'approchant d'un des lits.
L'unique porte de la pièce s'ouvrit et Harry Potter fit son entrée, James sur ses talons. Il avait dû transplaner juste après leur départ. A sa vue, certains aurors se figèrent sur place dans un salut un peu étrange. Scorpius fut le seul à s'asseoir sur son lit attitré.
—Bienvenu, dit Harry en dévisageant chacun des quinze candidats qui avait eu le courage de continuer. Je sais que vous avez beaucoup de questions mais soyez confiants, nous avons tout préparé au mieux. Chaque casier renferme un nécessaire de toilettes et quelques vêtements qui devront suffire pour passer la semaine. Vous dormirez tous ici et la salle de bain se trouve…
Il se tourna vers son fils.
—Au deuxième étage, répondit James.
—Oui, voilà. Vous avez aussi une petite cuisine et des toilettes, bien évidemment. Il vous est interdit de sortir pendant la durée des épreuves, sauf si vous échouez, bien sûr… Des questions?
La main de Scorpius se leva.
—En quoi consiste les épreuves? demanda-t'il.
—Vous ne découvrirez bien assez vite, répondit Harry avec un sourire mystérieux. Bien, nous vous laissons vous reposer. Si vous avez le moindre besoin, vous pouvez en faire la requête à James qui se fera un plaisir de vous combler.
Ce dernier leva les yeux au ciel tandis que son père tournait les talons pour transplaner. James se tourna ensuite vers ses recrues et éleva la voix plus que de raison.
—Vous avez quartier libre pour le reste de la journée. Demain, vous devrez vous lever à l'aube pour la première épreuve. Bonne chance! Surtout toi, Malefoy! Tu en auras besoin.
Scorpius salua sa boutade par un index bien placé qui échappa à James lorsqu'il quitta la pièce. La pression se relâcha brusquement parmi les candidats. Beaucoup testèrent leur lit ou fouillèrent dans leur casier pour inspecter les vêtements qu'on leur avait choisi.
—Des méthodes très peu orthodoxe…, confia Angus, un collègue de Rose. Ça fait même un peu peur, tu ne trouves pas?
Angus était un peu plus âgé qu'elle. Petit, presque chauve malgré son jeune âge, il portait une boucle d'oreille en argent à son lobe droit et son sourire était terriblement contagieux. Rose opina distraitement en observant Arthur se diriger droit sur Scorpius.
—Malefoy, c'est ça? dit Arthur en tendant la main à Scorpius. On n'a pas eu vraiment le temps de se présenter. Je m'appelle Arthur Swan.
—Enchanté, répondit Scorpius avec un sourire forcé.
En observant leurs présentations, Rose trouvait très étrange cet échange, presque insolite. Elle ne savait pas pourquoi mais elle avait le curieux pressentiment que tout pouvait déraper à n'importe quel moment.
—Malefoy? dit Célina, une autre collègue auror aux dents de cheval. Comme la grande famille de sorciers?
—De Mangemort, tu veux dire? gloussa Babette en refaisant son lit au carré. Tu es le fils de Drago Malefoy, c'est ça?
Babette se planta devant Scorpius, le toisant de toute sa hauteur. La jeune métisse avait la réputation de désarmer n'importe quel homme d'un simple regard. Elle était très belle avec ses longs cheveux noirs et ses yeux en amandes. D'une certaine manière, elle rappelait à Rose la traîtresse de Gwen, celle avec qui Scorpius avait couché dans la bibliothèque de Poudlard.
—Il m'a rejeté, si ça peut te rassurer…, répondit Scorpius avec un sourire charmeur. Mais si ça te dérange tellement, je peux m'en aller.
Il fit mine de s'en aller et Babette le retint en posant une main fine et manucurée sur son épaule.
—Ce serait un crime de se priver d'un si beau morceau, dit-elle avec un petit rire qui horripila Rose au plus haut point.
—C'est étrange que tu puisses passer ce genre d'épreuve, continua Célina, très peu sensible au charme de Scorpius. Nous sommes tous des aurors…, sauf toi.
—Et alors? demanda Arthur en haussant les épaules.
—Rien… C'est étrange, je trouve. Qui est-ce qui t'a parlé de ces tests? Tu es ami avec James Potter, non?
Scorpius se mit à rire.
—Ça ne risque pas…
—C'est vrai, Célina, dit Arthur. Tout le monde a bien vu à quel point le maître Potter bâchait le pauvre Scorpius. Ça m'étonnerait que ces deux-là soit amis.
—S'il y a quelqu'un de pistonner ici, ce serait plutôt…, ajouta Babette en tournant la tête vers Rose.
Tous les regards se tournèrent vers Rose qui se sentit rougir de colère ou de honte. Elle avait déjà eu ce genre de remarque quand elle était entrée dans le quartier des aurors, lors de son premier jour. Les plus anciens avaient vite passé outre, surtout après l'avoir vu en action. Mais les plus jeunes la titillait encore en rapportant dans son dos qu'elle n'avait dû réussir les examens que grâce à l'influence de son cousin et de son oncle légendaire. Sans parler du poste de Brigadier en Chef de son père et de sa sénatrice de mère…
—Si elle était pistonnée, dit soudain Scorpius en rompant le silence, elle ne serait pas là avec nous à passer les épreuves. Elle serait déjà prise…
Personne ne trouva à redire à cet argument de choc. Rose dévisagea Scorpius qui eut un petit sourire, quelque chose qui oscillait entre la fierté et la tristesse. Il n'était pas obligé de prendre sa défense, surtout après tout le mal qu'elle lui avait fait. Le fait d'avoir pris sa défense était-il le signe qu'il était sincère tout à l'heure? Voulait-il vraiment qu'ils redeviennent de simples amis?
Babette soupira en haussant les épaules et Célina était plus méprisante que jamais. Rose fit un discret signe de tête à Scorpius pour le remercier. Il répondit de même et se dirigea vers la porte d'où était venu Harry Potter.
—Tu t'en vas déjà, Malefoy? demanda Arthur en imitant le ton de James ce qui fit rire les autres candidats.
—Je vais pisser, enfin si vous m'en donner le droit, Mr. Potter…
Les filles gloussèrent et Rose s'allongea dans son lit.
La semaine allait être longue.
OoO
Comme à son habitude, Scorpius ne trouvait pas le sommeil.
Il n'y arrivait déjà pas lorsqu'il était seul dans une chambre, alors avec quatorze autres co-résidents, dont certains ronfleurs, c'était tout bonnement impossible.
Pour son énième insomnie, il avait trouvé refuge dans la cuisine. Il s'était fait une tasse de café, déconseillé dans son état, mais salutaire pour ses nerfs. Tout était tranquille mais il ne supportait pas ce confinement. Bien sûr, il était temporaire mais l'idée de se retrouver une semaine avec son ex, dans un état de stress constant, lui donnait la nausée.
Assis à la grande table desserte du deuxième étage, il repensait à son petit numéro dans les toilettes du quartier général des Aurors. Loin d'être tout à fait sincère, Scorpius avait cherché, avant tout, à temporiser les choses entre eux. Si Rose le voyait comme un ami, elle pourrait baisser sa garde et peut-être lui dire la vérité sur la fin de leur relation.
Une autre voix, plus raisonnable, lui conseillait de réellement lâcher l'affaire. Après tout, trois longues années étaient passées depuis. Il s'était assez laisser bercer par la mélancolie et le mieux à faire était d'enfin accepter la rupture. Après tout, Rose était très bien entourée. D'abord par son cousin très protecteur et ensuite par cet Arthur, très sympathique au demeurant; même si Scorpius avait une envie de lui encastrer la tête dans son casier à chaque fois qu'il souriait à Rose.
Il ne pouvait pas continuer ainsi. Il était adulte, il devait grandir, se montrer raisonnable… Comme cet Arthur…
Et puis, il avait d'autres chats à fouetter. Le rapport de ce connard de James l'avait beaucoup intéressé. Durant les mois qu'il avait passé avec Emma, il n'avait fait que vivre comme un moldu, utilisant très peu la magie, sauf quand sa paresse l'exigeait pour aller chercher une bière au frigo. Il avait bien sûr suivi l'actualité moldu ainsi que les réseaux sociaux dans l'espoir de se changer les idées avec une nouvelle conquête.
Il avait vu ces vidéos virales sur Youtube de moldu qui se mettaient soudain à traverser les murs ou à voler comme des oiseaux. Mais il avait cru, comme tout le monde, qu'il ne s'agissait que de canulars bien monté. Il était peu probable que les moldus se mettent à douter du caractère fictif des sorciers, sauf s'il commençait à y avoir des morts et c'était justement le cas.
La tranche d'âge des victimes l'interpellaient aussi. Il ne fallait pas être un grand détective pour comprendre le profil des victimes. Scorpius était prêt à parier qu'il devait s'agir de jeunes étudiants, fêtards, qui devaient fréquenter les milieu de divertissement de la nuit. Ce devait être dans les boîtes de nuit ou dans les lieux stratégiques de ventes de stupéfiants classiques que devait s'écouler ce produit particulier. La police moldu aurait certainement déjà enquêté sur les réseaux habituels pour dépister les laboratoires de fabrication et de distribution pour remonter à la source. Mais ça, n'importe quel moldu l'aurait deviné. Pas un sorcier…
Etait-ce pour cela que Harry Potter l'avait approché? Avait-il insisté pour qu'il entre dans l'équipe pour justement éclairer ces zones d'ombres de l'enquête que seul un moldu aurait pu envisager? Ça se tenait…
—Toujours debout? dit la voix de Rose dans son dos.
Scorpius sursauta en manquant de renverser sa tasse de café. Rose s'approcha doucement, emmitouflée dans sa couette, les yeux fatiguées. Scorpius eut soudain l'image de Rose endormie dans ses draps, à Poudlard, la bouche légèrement entrouverte et lui, qui écoutait sa respiration avec un sourire amoureux.
—Tu me connais... , répondit-il en détournant les yeux pour chasser ses souvenirs.
Rose vint s'asseoir en face de Scorpius. Ses cheveux étaient ébouriffés comme la crinière d'un lion et Scorpius ne put s'empêcher de sourire.
—Tu étais sincère quand tu as parlé de devenir ami? demanda Rose d'une voix un peu fatiguée.
Scorpius réfléchit. C'était une bonne question. Il n'avait pas vraiment envie d'y répondre.
—Je crois, oui.
—Ce serait mieux, non? Surtout avec la semaine qui nous attend. Je t'avoue que j'en ai un peu marre de te fuir dans les couloirs ou d'avoir peur que tu me reproches encore notre rupture.
—On est des adultes…, compléta Scorpius.
—Je suis sûre qu'on peut passer au-dessus de ça, non?
Scorpius opina lentement de la tête. Il but une gorgée de son café avec l'envie subite de l'accompagner d'une cigarette.
—Amis? demanda Rose en lui tendant sa main.
Scorpius hésita un bref instant. Serrer cette main avait quelque chose de très solennel. Comme si, tout se terminait entre eux par une poignée de main. Il soupira doucement puis serra la main de Rose.
—Amis!
Un large sourire s'épanouit sur les lèvres de Rose. Son corps se détendit tout à coup, comme si elle était soudain délestée d'un énorme fardeau.
—Tu ne me le diras jamais, pas vrai? dit-il.
—Quoi?
—Les vrais raisons pour lesquelles tu m'as quitté.
—Qui te dit que je ne t'ai pas donné les vrais raisons? répliqua Rose du tac-au-tac.
Les deux jeunes gens se dévisagèrent dans une tension grandissante. Scorpius jouait avec ses tasses entre ses doigts et Rose serra sa couette un peu plus autour d'elle. Scorpius allait utiliser la vieille carte du "Je t'aime à King's Cross" mais se ravisa. Ils pouvaient devenir ami, du moins essayerait-il.
Scorpius émit un petit rictus et détailla les traits de son ex-petite-amie. Elle avait vieilli ou mûri, plus exactement. Ses traits avaient perdu les dernières rondeurs de l'enfance et son regard était plus dur, rien à voir avec celui qu'elle lui avait lancé lorsqu'elle s'apprêtait à sauter de la Tour d'Astronomie. Rose Weasley était devenue une femme. Il devait, de son côté, devenir enfin un homme.
—Tu as changé, dit-il après un long silence.
—Comme tout le monde, non? se détendit Rose.
—Non, c'est flagrant. Ça fait plaisir de te voir si épanouie.
—Merci…
Les joues de Rose rosirent légèrement, au plus grand plaisir de Scorpius. Il l'observa se dépêtrer avec sa gêne, son regard fuir tandis qu'elle essayait de reprendre le contrôle de ses émotions. Elle avait mûri, c'était indéniable mais il y avait des choses qui ne changeait pas.
Rose se leva finalement en marmonnant des excuses, se drapa un peu plus dans sa couverture et lui souhaita la bonne nuit. En l'observant, du coin de l'oeil, descendre l'escalier vers les dortoires, Scorpius se dit que même s'ils avaient parlé d'amitié, son bref rougissement pouvait lui donner un mince espoir.
