5
NUIT GLACIALE
L'atmosphère de la cuisine du chalet était plus tendue que jamais. Tous les candidats étaient rassemblés autour de la longue table de bois et attendaient, encore en vêtements de moldus, l'arrivée de leur instructeur avec leurs résultats. Rose s'était assise le plus loin possible de Scorpius qui s'était laissé tomber sur la chaise en bout de table. Ils ne s'étaient plus adressés un mot après que James ait interrompu leur dispute et avaient rejoint les autres sorciers dans un silence glacial.
Rose n'arrivait même pas à éprouver la moindre culpabilité. Après tout, c'était son excès de colère qui les avait fait échouer si près du but. Mais tout lui indiquait qu'elle avait eu raison de s'emporter de la sorte, même si le premier intéressé ne pouvait pas comprendre ses réactions violents.
Il n'aurait pas dû l'embrasser. C'était la dernière chose qu'elle souhaitait faire avec Scorpius. Dès que ses lèvres touchèrent les siennes, elle retrouva, en un rien de temps, les sensations délicieuses du temps où ils sortaient ensembles. Elle ne voulait plus y penser et avait lutté pendant trois longues années pour que jamais plu elle ne soit tenté de se rapprocher de lui. Même ces derniers jours, à chaque fois qu'il s'approchait d'elle, qu'elle sentait son souffle contre sa peau, elle devait encore se faire violence pour ignorer les délicieux frissons le long de sa colonne. C'était dur, incroyablement difficile et Rose n'en pouvait plus.
En levant la tête, elle croisa le regard d'Arthur qui lui sourit timidement. Cela lui réchauffa le coeur. Ses grands yeux bleus la dévisagèrent avec chaleur et Rose ne put s'empêcher d'en rougir légèrement. Ils ne se parlaient pas mais la jeune femme pouvait sentir un courant passer entre eux. Il réussit l'exploit de la calmer d'un simple regard.
James entra, un parchemin et une plume à la main. Lorsqu'il se présenta à la table, tout le monde se leva aussitôt, excepté Scorpius qui se résigna à les imiter après un long soupir exaspéré. James lâcha le parchemin et sa plume qui restèrent suspendus dans les airs, la pointe de la plume tendue sur le papier, prête à écrire.
—Voici vos résultats, dit James d'une voix autoritaire. Jenkins, Babble et Kovach, vous vous êtes faits repérés seulement dix minutes après le début de l'épreuve. Vos choix vestimentaires étaient plus que douteux. Jenkins… peu de moldus hommes portent des robes à corset et vous avez eu la mauvaise idée de vous regrouper à trois. Vous êtes congédié.
Les nommés baissèrent la tête, masquant leur honte ou leur déception. Rose vit Kovach, une Auror qui avait un don exceptionnel avec la paperasse, serrer les poings en reniflant bruyamment.
—Rufus et Taylor, vous avez tenu une heure. C'est pitoyable mais assez pour que vous restiez. Célina, vingt minutes de plus, la prochaine fois vous éviterez de voler dans les magasins. Angus et Babette, bonne idée le coup du clochard et de son chien.
Rose se tourna vers Babette qui lança un grand sourire à James, très fière. Rose se souvenait du clochard et des deux policiers qui l'avaient épinglés. Elle devina que le sans-abri devait être Angus et donc le chien… Rose comprit que Babette était un animagus. James salua la stratégie en la qualifiant d'ingénieuse et Angus et Babette se lancèrent un regard complice.
—Rose… Très beau camouflage, commença James en se tournant vers elle; Dommage que tu ait changé de stratégie vers la fin.
Le ton mesquin était éloquent. Tous les regards se tournèrent vers Scorpius qui affronta le mépris ou la pitié stoïquement. Rose avait moins de self-control et baissa la tête, déçue et en colère par un échec aussi puéril. Elle était d'autant plus peiné que tous étaient au courant de leur lamentable dispute au milieu des moldus, surtout James, qui avait dû intervenir avant que cela ne dégénère plus longtemps.
—Malefoy…, continua James en traînant chaque syllabe. Vous avez réussi l'épreuve, sans magie, bravo.
Rose sut que son cousin n'en pensait pas un mot. Les deux hommes se toisèrent dans une tension étouffante, comme s'ils attendaient que l'un des deux dégaine sa baguette et ne commence un duel.
—Vous êtes cependant rétrogradé à la dernière place du classement.
La plume griffonné en hâte cette sentence et Scorpius se décida enfin à réagir.
—Je peux savoir pourquoi? J'ai terminé deux minutes avant la fin. C'est le meilleur score.
—Non, Mr. Malefoy, le meilleur score revient à Arthur. Nous ne l'avons pas trouvé et nous ne savons toujours pas où il était caché pendant ces trois heures. Bravo.
Arthur fit un petit signe de la main pour signifier que ce n'était rien de bien compliqué et Rose vit les traits de Scorpius se tendre imperceptiblement.
—Ensuite, vous avez triché en m'assommant comme un lâche alors que je venais de vous débusquer. Cela vous rétrograde à la dernière place et estimez-vous heureux que je vous vire pas immédiatement du programme.
Scorpius ouvrit la bouche pour répondre mais se retint. Rose s'en félicita, elle n'avait pas la force d'un autre confrontation entre son ex-copain et son cousin. Elle avait peur que son nom ne ressorte au milieu de la dispute et que ses collègues ne se posent plus de questions gênantes.
James reprit son parchemin et sa plume et les rangea dans son dossier qu'il tenait à la main.
—Vous avez quartier-libre jusqu'à demain. Je vous conseille de vous reposer. Vous pouvez maintenant sortir du châlet pour prendre l'air. Il y a lac charmant qui est très propice au remise en question.
Il foudroya Scorpius du regard qui lui rendit son expression. Les trois exclus sortirent de la pièce à pas lents et Angus les réconforta en essayant de les faire relativiser. Scorpius les suivit, bientôt rejoint par Babette qui se mit à glousser comme une dinde. Tous se retirèrent au compte-goutte et Rose était l'une des dernières à se diriger vers la porte.
—Rose, attend, la retint James.
Elle se retourna et son cousin l'invita à fermer la porte derrière elle. Il prit place à la table et Rose s'assit en face de lui, se demandant ce qu'il allait bien pouvoir lui dire. Sûrement la sermonner encore sur le désastre de ce matin.
—Tu peux m'expliquer ce qu'il s'est passé? demanda-t'il à brûle-pourpoint.
Rose soupira. L'une des qualités ou grand défaut de son cousin, c'est qu'il mettait toujours les pieds dans le plat.
—J'ai vu toute la scène, continua-t'il. C'est toi qui t'es emportée la première. Cet abruti a eu un geste déplacé envers toi?
Rose réfléchit. Elle aurait pu expliquer à son cousin le baiser de Scorpius dans l'escalator. Elle aurait pu même exagérer les choses. James aurait aussitôt pris la mouche et aurait viré Scorpius sur le champs. Il serait tellement facile de s'en débarasser, là, maintenant. Mais ce ne serait pas juste, pour elle et pour lui. Malgré son flegme maniéré, son insolence et ses pitreries, Scorpius était sérieux dans ces épreuves; Il voulait réussir autant que Rose. Elle ne pouvait pas lui priver de cette chance, même si cela lui torturait le coeur et l'esprit.
—Non, répondit Rose d'un air las. C'est ma faute. Je me suis énervée toute seule.
—Pourquoi?
Le tact légendaire de James… Parfois, il lui rappelait son père. Son cousin était souvent à côté de la plaque.
—Tu ne peux pas comprendre, se contenta de dire Rose. C'est compliqué. Ecoute, je sais que j'ai eu tort de m'emporter mais ça ne se reproduira plus.
—Je n'aime pas la manière dont tu te comportes quand il est là, dit James.
—Comment ça?
—Je te connais, cousine, depuis toujours. On a grandi ensemble et mine de rien, entre les personnalités étranges et fantasques de nos frères et soeurs, on fait un peu tache dans cette famille de génies.
—Lily est bien…, tenta Rose en haussant les épaules.
—Lily, c'est Lily. Albus et Hugo sont à part et nous deux partageons une sorte de normalité, tu vois ce que je veux dire?
—On se sert les coudes?
—Exactement! C'est vrai qu'on s'est perdu de vue à Poudlard mais on a joué dans la même équipe de Quidditch, on a le même goût du sport et de la compétition. On sait ce que c'est de se battre pour se faire une place, même quand on ne veut pas de nous.
Les paroles de James faisaient échos aux souvenirs de Rose. Elle se rappelait de son mal-être à Poudlard, entouré d'Albus, Scorpius et Hugo, les trois têtes pensantes de l'école de Sorcellerie. Et même lorsqu'elle dût passer ses examens pour devenir Auror, elle avait dû batailler dur pour se sortir de la réputation héroïque de sa famille. James était passé par les mêmes épreuves, il en avait voulu à son père pour cela. Mais il s'en était sorti, plus fort et tout le monde le respectait, à présent.
—Je t'ai vu travailler dur pendant des mois. Tu ne t'es pas laissé faire par les moqueries et la jalousie de certains. J'ai vu la petite fille devenir une femme forte et épanouie.
Rose contempla son cousin, quelque peu étonné par ces éloges. D'ordinaire, il se contentait de grognements pour lui signifier qu'elle faisait bien son boulot. Jamais, auparavant, il ne lui avait signifié aussi clairement à quel point il était fier d'elle.
—C'est pour ça que ça me rend malade de te voir t'aplatir autant devant ce Malefoy.
—Je ne m'aplatis pas, rétorqua Rose. Tu ne sais pas ce qu'il s'est passé entre nous.
—Très bien, admit James. Explique-moi alors.
Il s'était redessé sur sa chaise et avait croisé ses bras sur sa poitrine. Rose fut tentée de tout lui dire, de lui révéler ce lourd secret qui lui brisait le coeur encore aujourd'hui. Mais la promesse qu'elle avait fait à Albus la retenait, encore une fois. Cette fameuse nuit, elle était loin d'imaginer à quel point ce fardeau allait l'étouffer un peu chaque jour. Elle ne pouvait se confier à personne, même pas à sa confidente la plus fidèle. Elle avait dû faire semblant pendant des jours, des mois entiers, à continuer à sourire devant sa famille comme si de rien n'était. Elle ne pouvait plus revenir en arrière.
Rose se leva de sa chaise, fatiguée.
—Je te remercie de ta sollicitude, James. Et tes compliments me vont droit au coeur mais il faut que tu me fasses confiance. C'est vrai que j'ai perdu un peu les pédales aujourd'hui mais je t'assure que ça ne se reproduira plus, d'accord?
Elle fit mine de rejoindre la porte et James la rejoignit en trois enjambées. Il la retint par le bras et Rose put voir dans ses yeux de l'inquiétude.
—Ce mec a toujours eu tout ce qu'il voulait, dit-il une pointe de colère dans la voix. Il n'a jamais rien pris sérieux. Même ce test, c'est un jeu pour lui. Il t'a fait souffrir une fois et il le refera encore.
—C'est moi qui lui a brisé le coeur, répliqua Rose en se dégageant.
James la laissa sortir.
OoO
Scorpius fulminait intérieurement.
Pas pour sa dernière place au classement, pas pour les piques répétées de ce connard de James, pas pour les messages d'Emma sur sa boîte vocale mais bel et bien pour Rose.
Assis sur une souche d'arbre, en face de l'étendue calme et apaisante du lac, il se répétait inlassablement tout ce que Rose lui avait craché à la figure. Bon, d'accord, il l'avait embrassé sans lui demander sa permission. La gifle cuisante qui avait suivi ce baiser résonnait encore à ses oreilles. Ce n'était pas la première fois qu'elle avait cette réaction mais c'était à l'époque de Chase, de ses doutes et de l'amour aveugle qui lui avait fait perdre la tête pendant de longues années.
Là, c'était différent. Scorpius ne comprenait pas. Il avait l'impression d'avoir le mauvais rôle, que c'était lui qui avait fait du mal à Rose et qu'elle lui en voulait pour cela. Or, c'était elle qui l'avait abandonné comme une merde, sans explication, avec cet horrible baiser d'adieux qui n'avait fait que le torturer un peu plus depuis. C'était lui qui aurait dû se mettre en colère et combien il en aurait eu le droit. Rose était la première fille qu'il avait aimé sincèrement et elle avait piétiné ses sentiments; Et maintenant, c'était lui encore qui devait supporter les coups de sang de la jeune femme.
Quelle injustice!
—Salut!
Scorpius tourna la tête. Il avait envie d'être seul et avait dû trouver une excuse pour éloigner Babette et ses yeux de biches. Néanmoins, lorsqu'il découvrit Arthur Swan s'avancer vers sa souche d'arbre, Scorpius n'eut pas le courage de lui demander de partir. L'Auror s'assit à côté de lui et un silence pesant s'installa entre les deux hommes.
—Deux minutes avant la fin, sans magie… C'est impressionnant, lâcha Arthur après un moment.
—Merci…
Scorpius ne dit rien de plus; Il n'avait pas envie de parlé, même à cet Auror fort sympathique. Il ne pouvait pas oublier les échanges de regards entre lui et Rose. Ça aussi, ça le mettait en rage. A la place, il sortit son paquet de cigarette de la poche de son jeans et en alluma une du bout de sa baguette.
—Tu fumes? s'étonna Arthur.
—J'ai essayé d'arrêter, dit Scorpius en soufflant sa fumée par le nez. C'est difficile. T'en veux une?
Il lui tendit son paquet et Arthur déclina poliment.
—Mes parents fumaient. J'ai vu mon père mourir d'un cancer des poumons. Ça m'a dégoûté.
—Désolé…
Scorpius jeta un oeil en biais à Arthur. Il avait beau avoir remarqué l'attirance qu'éprouvait Rose pour le jeune homme, il n'arrivait décidément pas à lui en vouloir. Arthur dégageait quelque chose d'incroyablement gentil, comme s'il était impossible de le détester. Il portait une robe de sorcier sobre, d'une couleur sombre comme ses cheveux. Outre sa profonde gentillesse, Scorpius devait bien admettre qu'il était assez charismatique. Contrairement à lui, il inspirait de la confiance et semblait tout à fait équilibré. Un bien meilleur parti pour Rose.
—T'es un né-moldu, c'est ça? demanda Scorpius.
—Et toi un sorcier de pure souche…
—Merci de n'avoir pas dit "sang-pur", sourit Scorpius.
—Oh tu sais, moi, ces histoires, ça me passe un peu par-dessus la tête. Quand j'suis arrivé à Poudlard, la guerre était finie depuis longtemps. Il n'y a que les vieux de la vieille qui se préoccupent encore de ces histoire de sang.
Scorpius eut un rictus.
—Ou leurs enfants…
Scorpius regarda par-dessus son épaule. Célina et Babette discutaient sur la terrasse du chalet. Il rencontra le regard méprisant de la petite sorcière et Scorpius poussa un soupir.
—Dis, euh…, hésita Arthur. Vous êtes ensembles, toi et Rose?
Scorpius se tourna vers Arthur et l'observa un moment en tirant sur sa cigarette.
—Non, répondit-il simplement.
—Pourtant, vous vous êtes fait passer pour des fiancés dans la librairie.
—Comment tu le sais?
—J'étais le vendeur.
La surprise qui peignit les traits de Scorpius était éloquente et Arthur ne put s'empêcher de s'esclaffer.
—C'était toi "David"?
—Oui…
—Waouh! lâcha Scorpius. T'es un bon, toi.
—Je n'ai aucun mérite. Ma mère tient une librairie. J'y travaillais l'été quand je rentrais de Poudlard. Mais vous aussi, vous étiez convaincant…, ajouta Arthur sur un ton plus sérieux. Surtout avec la dispute qui a suivi.
—Nous aussi on a aucun mérite… On était ensemble à Poudlard, si tu veux tout savoir.
Scorpius jeta rageusement son mégot un peu plus loin.
—Et c'est encore le cas?
—Pourquoi? Elle te plaît? demanda Scorpius en se disant qu'il n'était plus la peine de tourner autour du pot.
Arthur ne répondit pas. Il se contenta de sourire en sondant l'horizon et cette expression contente irrita Scorpius au plus haut point. Il n'avait pas besoin des lumières d'Albus pour comprendre qu'il en pinçait pour Rose. Il les imagina main dans la main, enlacé aux dînés de famille, Ron Weasley qui tapotait fièrement l'épaule de son beau-fils et Harry Potter qui détaillait, au reste de la famille, les exploits incroyables de son agent.
Scorpius n'attendit pas sa réponse. Il se leva de sa souche et épousseta son jeans pour masquer sa colère le plus possible.
—Elle est toute à toi, lâcha-t'il avant de s'éloigner.
OoO
Rose avait un sommeil agité.
Après sa discussion mouvementé avec son cousin, elle s'était enfermé dans la salle de bain et avait pris un bon bain avant le dîner du soir. Elle avait bien fait attention de se retrouver le moins possible en présence de Scorpius et lorsqu'ils furent réunis autour de la table, elle se plaça à côté d'Arthur et d'Angus qui lui racontèrent de terribles histoires sur leurs missions en commun.
Même si elle voulait le fuir le plus possible, Rose ne pouvait s'empêcher de surveiller Scorpius du coin de l'oeil. Celui-ci n'avait pas à se plaindre. Dès qu'il était rentré au chalet, il avait été alpagué par Babette qui ne l'avait plus quitté d'une semelle. A table, elle touchait, de temps à autre, distraitement son bras, tout en entortillant une mèche de ses cheveux de son doigt. Ses manières dégoûtaient Rose et elle détournait le regard à chaque fois que Scorpius prenait sa voix charmeuse pour répondre à sa toute nouvelle meilleure amie.
Peut-être que James avait raison? Scorpius ne restait, au fond de lui, qu'un vil séducteur qui se moquait de tout. Leur histoire n'avait été qu'une exception et Rose n'était pas sûre qu'il n'aurait pas repris ses bonnes vieilles habitudes au fil des années, s'ils étaient restés ensemble. Au final, elle avait peut-être mis un terme, à temps, à une histoire qui était de toute façon condamnée un jour. Elle s'était peut-être protégée, certes en lui faisant du mal, mais n'était-ce pas lui rendre le mal futur qui lui aurait brisé le coeur un jour.
L'esprit de Rose jonglait entre sa culpabilité et ces douces illusions. Elle était toujours au même point lorsqu'elle enleva sa robe de sorcière et mit son pyjama pour filer au lit.
—Bonne nuit, lui dit Arthur en se mettant au lit à côté d'elle.
Elle lui répondit par un sourire. Certains d'entre eux dormaient déjà. Scorpius lui tournait le dos, face au mur du fond, bien en arrière. Elle savait qu'il ne dormait pas, il n'avait jamais trouvé le sommeil, surtout en état de stress. Il allait sans doute se lever quand tout le monde ronflerait paisiblement pour passer une autre nuit d'insomnie, seul et morose.
Rose secoua la tête. Ce n'était plus son problème. Elle souffla sa bougie, la dernière allumée et se berça un moment avec le hululement d'un hibou, au dehors, avant de sombrer dans le sommeil.
Rose rêva qu'elle se trouvait dans la librairie. Elle portait un tutu rose et Scorpius, déguisé en grenouille, lui expliquait à quel point ce livre de sorcellerie l'aiderait à réussir l'épreuve. Arthur débarquait avec une grande épée qui ressemblait à celle de Gryffondor et tuait Scorpius en déclamant de la poésie. "Il m'a tué à cause de toi!" hurla Scorpius dans son rêve. Rose protesta que tout ça était la faute de James parce qu'il lui avait donné une fausse carte qui ne représentait en fait que le portrait très réussi de son père, avec une énorme bulle au-dessus de sa tête qui disait: "Arthur est mieux!".
Le rêve changea.
Rose se trouvait dans son ancienne chambre de préfet à Poudlard. Albus était assis sur son lit. Ses mains étaient jointes et il avait la tête baissée. Rose ressentit une profonde tristesse, comme si Albus s'était levé pour lui enfoncé un poignard en plein coeur.
—Il faut que tu le quittes…, disait Albus sans oser rencontrer son regard.
—Je ne peux pas…, s'entendit Rose balbutier.
—Je ne vois pas d'autres solutions…
Albus semblait aussi désespéré que Rose. Il pleurait et Rose était beaucoup trop choquée pour se laisser aller aux larmes, elle aussi.
—On peut...on peut lui expliquer. Il comprendra.
—Tu connais Scorpius… Il ne croit pas à toute ces fadaises. Il t'aime trop pour se montrer raisonnable. Il ne comprendra pas…
—Peut-être qu'il a raison, rugit Rose les larmes aux yeux. Peut-être que ce ne sont que des idioties!
—Et tu serais prête à prendre le risque… Moi pas.
Albus avait relevé la tête...Son regard était dur...Déterminé… Rose était tremblante… Les larmes coulaient le long de ses joues… Elle laissa un horrible sanglot s'échapper de sa gorge… Un cri d'animal à l'agonie… Elle s'assit à côté d'Albus qui lui prit les mains…
—Je sais que ce que je te demande est horrible…
—Je ne peux pas… Albus… Je ne peux pas lui faire ça…
Albus la prit dans ses bras... Rose pleurait...Lui aussi...Il la serrait de toute ses forces dans ses bras…
—Je ne peux pas me résoudre à te perdre…, gémit Albus. On a pas d'autres choix… Il faut que tu le quittes…
Une douleur atroce étreignit la poitrine de Rose. Petit à petit, elle sentait son corps s'engourdir par une espèce de brouillard blanchâtre qui tourbillonnait dans sa tête. Elle avait froid, incroyablement froid. Ses os était glacé. La pâleur de la brume se teintait, de plus en plus, par les ténèbres grandissantes. Il ne fallait qu'un pas pour qu'elle y sombre et ne se laisse mourir.
Rose ouvrit les yeux. Son souffle était glacée, des larmes inondaient son visage. Mais pire encore, une silhouette noire encapuchonnée était penchée sur elle, se confondant avec l'obscurité de la pièce. Un râle lugubre émanait de cette créature immonde. C'était la première fois que Rose en voyait un, hors des manuels de Défense contre les Forces du Mal. Rose était comme paralysée dans le silence glacé de la nuit. La créature leva ses mains décharnées et croûtée vers la cagoule noire qui dissimulait son visage.
Le détraqueur se penchait lentement vers la bouche ouverte de Rose.
OoO
Une fois de plus, Scorpius avait trouvé refuge dans la cuisine. C'était devenu son lieu préféré dans ce cloaque froid et isolé. Plus d'une fois, il avait été tenté de transplaner à Londres pour rejoindre le bar le plus proche en envoyant au diable James, Arthur, Rose et ces stupides épreuves pour rejoindre cette stupide élite d'Auror.
Il n'avait pas sa place ici. Il ne faisait que se torturer chaque jour en ressassant le passé. En acceptant la proposition d'Harry Potter, il avait cru se donner une nouvelle chance, recommencer tout à zéro et repartir sur des bases saines. Au lieu de ça, il passait ses nuits à répéter en boucle ses vieilles peurs, rouvrant de terribles cicatrices en se disant que jamais il ne trouverait la paix, ni le sommeil.
En ouvrant les tiroirs de la cuisine, il avait espéré trouver une bouteille de whisky Pur-Feu pour l'aider à trouver le sommeil, en pure perte; Avec un grognement rageur, il s'était rabattu sur de la bièraubeurre qu'il sirotait de temps en temps en fumant clopes sur clopes, le regard perdu dans le vide.
Pour ne rien arranger à son humeur, il s'était mis à pleuvoir. La tempête agitait les branches de l'arbre près de la fenêtre de la cuisine, en frappant les carreaux à un rythme régulier.
Ce fut un craquement étrange qui l'alerta en premier, sans toutefois le faire lever de sa chaise. La lampe au plafond se mit à clignoter pour enfin s'éteindre pour de bon. Scorpius se trouva plongé dans le noir dans un silence étrange, effrayant. Il n'entendait plus que sa respiration calme et l'écho de la tempête au dehors.
—Lumos…, murmura Scorpius en sortant sa baguette de sa poche.
Scorpius se leva lentement en tenant sa baguette serrée dans sa main. Scorpius avait une étrange sensation. Un horrible frisson avait parcouru tout son corps comme si on l'avait brusquement plongé dans une eau glacé. Tout semblait avoir changé. L'atmosphère douce et somnolente de la nuit était devenue sombre et glaciale. Le vent s'était tu. Il n'entendait plus aucun bruit, même pas celui de la faune au-dehors.
Il restait parfaitement immobile, tournant les yeux à droite et à gauche, en alerte. Le froid était si intense qu'il tremblait de tous ses membres. Il avait la chair de poule et ses cheveux s'étaient hérissés sur sa nuque.
Les carreaux de la fenêtre s'était recouvert de givre et le froid progressait vite. Le souffle régulier de Scorpius sortait en buée et lorsqu'il baissa les yeux sur sa tasse de bièraubeurre à peine entamée, il découvrit que le liquide avait gelé.
Scorpius comprit immédiatement. Il sortit en trombe de la cuisine et dévala les marches, en sautant les dernières, pour atterrir sur le seuil du dortoir. La scène, devant lui, le glaça d'effroi.
Il vit cinq hautes silhouettes dans l'obscurité de la chambre, toute encapuchonnée, vêtue de haillons. Un râle lugubre qui lui glaça le sang, ponctuait les respirations endormies des sorciers, encore allongés dans leurs lits. Scorpius n'avait jamais vu de détraqueurs auparavant. Il connaissait les histoires à leur sujet, leur pouvoir et leur baiser terrifiant. Mais aucun livre, aucun cours n'avaient pu le préparer à la terreur que lui inspirait ces créatures terrifiantes.
Il vit l'une des silhouettes noires, penchée sur le lit de Rose et la peur grandit dans son coeur.
—ROSE! cria-t'il sans réfléchir.
Deux détraqueurs, attirés par son cri, glissèrent doucement vers lui, comme suspendus au-dessus du sol, sans qu'on puisse voir ni pieds ni visage sous leurs longues robes. A mesure qu'elle avançait, les créatures semblait aspirer toute étincelle de vie. Fort heureusement, son cri d'alerte permis aux dormeurs de s'éveiller.
—Des détraqueurs! hurla la voix d'Arthur dans l'obscurité.
Scorpius n'était concentré que sur la peur de perdre Rose et sur les deux silhouettes obscures qui s'avançaient toujours vers lui. Il avait appris à les combattre, en théorie.
—Spero Patronum!
Un filet de vapeur argentée jaillit à l'extrémité de sa baguette. Les Détraqueurs ralentirent mais le sortilège ne fonctionna pas. Scorpius sentait son souffle se figer dans sa poitrine. Sa peur pour Rose et l'abîme de ses plus noires pensées tourbillonnaient dans son esprit. Il n'arrivait plus à penser à autre chose. Il ne pouvait plus faire le moindre mouvement. Son bras était figé, tendu en avant, pointant désespérément sa baguette sur les Détraqueurs qui s'avançaient toujours vers lui.
"Concentre-toi…" s'obligea-t'il à penser, bravant le brouillard de son esprit.
Deux mains grisâtres, visqueuses, couvertes de croûtes glissèrent entre les plis de la robe et se tendirent vers Scorpius. Un crépitement semblable à une chute d'eau retentit à ses oreilles.
—Spero Patronum!
Sa propre voix lui parut faible et lointaine, couverte par celle de son père qui le fichait dehors, Rose qui le quittait après son premier "je t'aime"... Un mince filet de fumée argentée, plus mince que le précédent, s'échappa de sa baguette.
"Pense...pense à quelque chose d'heureux…"
Rose était en danger. Rose avait besoin de lui. Rose lui disait qu'elle avait quitté Chase. Rose le rejoignait dans sa chambre. Rose lui souriait. Rose lui disait qu'elle l'aimait.
—SPERO PATRONUM!
Cette fois, une immense lionne argenté jaillit de la baguette magique. Le fauve bondit sur les deux Détraqueurs, toutes griffes dehors et lacèrèrent les robes noires des créatures. Les Détraqueurs furent aussitôt rejetés en arrière, aussi dénués de pesanteur que l'obscurité elle-même. Ils s'envolèrent en arrière, reculant toujours plus. Scorpius dirigea son patronus vers le lit de Rose dont la créature avait saisi les poignets de la jeune femme en les écartant lentement.
—BOUFFE-LE! hurla Scorpius.
Comme pour les autres, la lionne sauta sur ses proie et planta ses crocs dans la créature en lacérant ses membres décharnées. Celle-ci vola en arrière dans un bruit strident. Scorpius se précipita sur Rose qui se jeta dans ses bras, choquée.
—Je...je suis désolée…, gémit Rose en s'accrochant à son cou.
—C'est pas le moment de flancher!
Il aida Rose à se remettre sur pied et rejoignit le reste des sorciers qui s'était amassé au centre de la pièce, face au cinq Détraqueurs. Babette s'était transformé en chien et aboyait violemment sur les créatures plongées dans l'obscurité. Scorpius tenait encore Rose dans ses bras, l'aidant à les rejoindre en espérant qu'elle ne tombe pas dans les pommes.
—Il faut qu'on combine nos forces, lui cria Arthur.
Les huits sorciers levèrent leurs baguettes vers les silhouettes sombres qui glissaient encore vers eux, formant un mur solide. Rose brandit faiblement sa baguette. Scorpius la soutenait toujours.
—Pense à un souvenir heureux! lui souffla Scorpius en se concentrant.
—Tout le monde pense à un souvenir heureux! cria Arthur.
Plusieurs Spero Patronum scandèrent parmis les sorciers. Scorpius se concentra sur le corps froid de Rose pressé contre sa poitrine et s'imagina la serrer ainsi pour le restant de sa vie. Aussitôt, la lionne argenté refit surface. Un ours, un cheval et un rat rejoignirent son Patronus et foncèrent vers les Détraqueurs.
—Allez, Rose…, l'encouragea Scorpius. Bats-toi!
—Spero Patronum! se réveilla-t'elle soudain.
Un énorme griffon qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à Raymar, se matérialisa devant Rose. Il occulta complètement les autres Patronus, beaucoup plus petit que la gigantesque créature légendaire. Le griffon vola au milieu des Détraqueurs et les chassa d'un coup de griffes. La porte d'entrée s'ouvrit en grand et les créatures de la nuit s'enfuirent dans un râle sinistre, telles de chauve-souris, vaincues. Le danger écarté, les Patronus se volatilisèrent dans une brume argentée.
Les lumières se rallumèrent aussitôt. Une brise tiède balaya l'atmosphère froide du chalet. Les bruits de la nuit revinrent et Rose s'écroula sur le parquet en nage. Scorpius était hors d'haleine. Babette reprit forme humaine et Arthur dut s'asseoir sur le lit pour reprendre ses esprit, sa baguette encore serrée dans sa main. Les autres étaient blêmes et certains étaient trempés de sueur. Célina avait le teint verdâtre et semblait sur le point de vomir à tout moment.
Un claquement de main brisa le silence mortifié des candidats. James entra le sourire aux lèvres. Sa tenue impeccable et son teint rosé, dénotait avec l'allure bancale de ses recrues.
—Bravo, s'exclama James en leur faisant face. Vous venez de passer la deuxième épreuve.
Rose poussa un gémissement inquiétant, en s'allongeant sur le sol, vidée. Arthur eut un petit rire nerveux. Scorpius dévisage James, comme paralysé.
—Depuis la fin de la Guerre, le Ministère a coupé tout contact avec les créatures des ténèbres, telles que les Détraqueurs. Il est peu courant d'en croiser de nos jours et notre élite spéciale devait être préparée à cette éventualité. En affrontant les Détraqueurs, vous deviez faire preuve de courage et de détermination. C'est ce que nous avons voulu tester.
Un lourd silence suivit les explications de James. Babette, hors d'haleine, se contenta d'acquiescer. Célina courut aux toilettes pour vomir et Angus se laissa glisser le long du mur, pâle comme un linge. Il n'y avait que Scorpius qui se tenait encore debout, animé par la rage. Il fut le seul à pouvoir encore bouger et il s'approcha, à pas rapide, vers son instructeur.
—ESPECE D'ENFOIRE! s'écria-t'il en levant le poing.
Et il se jeta sur James.
