Bonjour à tous(tes),

Je prends le temps de vous avertir que je publierai mes chapitre les mercredi et dimanche. (L'attente était trop longue entre les deux). Désolé de n'avoir pas averti pour le précédent.

J'avertis aussi que ce chapitre que vous vous apprêtez à lire contient une des scènes de violence/torture dont j'avais parlé dans le premier chapitre. Âmes sensibles s'abstenir.

Bonne lecture et merci encore pour votre soutien indéfectible.


6

LA SOIF DE VIVRE


—On ne peut pas le garder! Il faut qu'il dégage! s'exclama James dans le bureau de son père.

Harry observa son fils faire les cents pas dans son bureau. Il agitait les bras, crachait, fulminait en menaçant de prendre le premier objet qu'il lui tomberait sur la main pour le réduire en charpie. James avait un oeil au beurre noir, une lèvre enflée et encore du sang séché à la commissure de sa bouche. Entre deux hurlements, Harry avait compris que le jeune Scorpius s'était rué sur lui après l'épreuve du Patronus et ce dernier n'avait pas eu besoin de magie pour lui régler son compte.

—C'est la deuxième fois qu'il me tape dessus!

—Il a eu tort, c'est vrai. Mais je trouve ça plutôt impressionnant, dit Harry le plus diplomatiquement possible. C'est le genre de profil que nous recherchons. Quelqu'un qui est capable de se défendre sans avoir besoin d'une baguette.

—Se défendre?! rugit James. C'est lui qui m'a attaqué.

Harry soupira. Il connaissait bien les coups de colère de son fils. Déjà petit, il lui arrivait de piquer des crises monstres quand il n'obtenait pas ce qu'il voulait. Devenu adulte, il avait réussi plus ou moins à se contenir mais jamais lorsque son orgueil était atteint. Et Scorpius avait frappé pile à cet endroit.

—Range ta fierté de côté. Scorpius est impulsif, c'est vrai…

—C'est une bête enragé. Je n'ai même pas eu le temps de sortir ma baguette.

Il poussa un petit gémissement de douleur en pressant sa lèvre douloureuse.

—Il a réussi toutes les épreuves pour l'instant.

—Il ne suit aucune règle! cria encore James, hors de lui. J'aurais dû le dégager dès le test à Westford. Si tu m'avais pas dit de…

—On a besoin de lui, insista Harry.

James poussa un soupir, frustré. Il se laissa tomber dans le fauteuil en face du bureau. Fraîchement promu à la tête des Aurors, Harry n'avait pas changé grand chose à la décoration. Son bureau était à son image, désordonné, jonché de dossiers, parchemins et plumes. Plusieurs photos de mages recherchés lançaient des grimaces effrayantes à ceux qui voulaient bien y jeter un oeil. Les bibliothèques qui meublaient la pièce étaient encombrées de livres et de vieux numéros de gazette. L'unique fenêtre magique dévoilait le paysage d'une colline enneigée, saison préférée d'Harry Potter.

—Je sais pas si on fait bien de miser sur lui…, dit James plus calmement. C'est vrai qu'il a un don exceptionnel avec les moldus et qu'il n'a pas froid aux yeux.

—C'est bien de le reconnaître, dit Harry avec un petit sourire.

Il dévisagea son fils par-dessus ses lunettes rondes et James répondit par un grognement. Harry se réjouit intérieurement. Il n'avait pas taquiné son fils depuis longtemps. Pendant des années, son aîné lui avait reproché tous les maux de la tête, sans espoir de trouver un terrain d'entente. Lorsqu'ils se croisaient dans les couloirs, James lui tournait le dos, l'ignorait au mieux. Mais à force de patience et de discussion, ils avaient enfin réussi à trouver un moyen de dialoguer sereinement. James aimait mordre, Harry supportait ses humeurs, sans broncher.

—Qui nous dit qu'il ne nous claquera pas entre les doigts une fois lâché dans la fosse? dit James après un moment. Il n'est pas digne de confiance…

—Qu'est-ce qui te faire dire ça?

—C'est un Malefoy…

—James…

—Je sais ce que tu penses, dit James en se relevant, emporté de nouveau par sa colère. Les gens peuvent changer, c'est ça?

—Non, je pense qu'on ne doit pas juger les gens à cause du nom qu'ils portent, ou de ce qu'on bien pu perpétrer leurs parents. Tu es bien placé pour le comprendre, non?

Harry faisait référence au nom si célèbre contre lequel James avait dû batailler dur. Longtemps, il avait vécu dans l'ombre des exploits de son père, réduit à tenter désespérément de se hisser à ce sommet. Longtemps James lui en avait voulu, d'essayer de réparer les choses auprès de ses collègues en ne faisant que les empirer.

—Tu as beaucoup plus de choses en commun avec Scorpius, qu'il n'en a avec ton frère. Crois-moi! C'est peut-être pour ça que vous vous entendez si mal.

—Laisse Albus en dehors de ça!

—Tu es trop protecteur, dit encore Harry avec un soupir. Pareil avec Rose.

—Elle est complètement obnubilée par Malefoy.

—Laisse-la faire ses propres choix, d'accord? Elle est beaucoup plus forte que tu ne le crois. D'ailleurs, qu'est-ce que ça a donné avec les Détraqueurs?

James sortit un morceau de parchemin de sa veste et le jeta sur le bureau de son père.

—J'ai dégagé Rufus et Célina. Ils ont été incapables de produire un Patronus corporel. Les autres s'en sont très bien tirés. Le Patronus de Rose était...incroyable.

—Et Scorpius?

—Il ne dormait pas. C'est lui qui a donné l'alerte.

—Très bien. On passe à la prochaine épreuve…

Harry leva les yeux sur son fils. Celui-ci était hésitant.

—Tu es sûr de vouloir en arriver-là?

—Il faut qu'il soit prêt.

—Très bien…

James reprit son parchemin, le fourra dans sa poche et ouvrit la porte du bureau.

—S'il la foire… Je le vire! dit-il avant de disparaître.

OoO

Bien que son cousin lui ait annoncé qu'elle avait réussi l'épreuve des Détraqueurs, Rose n'arrivait pas à vivre cette fameuse nuit comme une victoire. Même si le danger était passé, elle n'arrivait pas à faire taire les horribles voix qui était apparue en même temps que le râle horrible de ces créatures.

Rose avait perdu pied car outre le souvenir douloureux de la demande d'Albus, le dernier jour de sa scolarité à Poudlard, elle avait revu ce vide dans lequel elle avait voulu sombrer. Son corps était encore tremblant de cette horrible acceptation de sa mort imminente. Elle n'avait pas abandonné face à la peur, elle s'était résignée face au vide abyssal qu'elle avait découvert dans son coeur.

Elle n'avait pas été la seule à se retrouver dans un état lamentable. Rose avait retrouvé Célina, la tête dans les toilettes, vomissant tripes et boyaux. A chaque fois que quelqu'un venait la voir pour la réconforter, elle le chassait à grand cris, secouée par des tremblements qu'elle ne contrôlait pas.

Les autres demeuraient silencieux et tout le monde était reparti se coucher après que la dispute entre James et Scorpius se soit calmé. Rose ne l'avait d'ailleurs plus revu après qu'il fut séparé de son cousin par un sort lancé par un Auror qui l'accompagnait. Il avait fuit, tapant dans la porte et disparaissant dans la nuit noire.

Rose n'avait pas trouvé le sommeil. La peur de ce vide et les questions qu'elles se posaient, se bousculaient constamment dans sa tête. Elle avait été la seule à se faire presque embrasser par l'un des Détraqueurs. Ils s'étaient jetés sur elle comme sur une friandise, comme si sa tristesse était la plus attirante de toutes. Etait-ce parce qu'elle était la plus faible? Peut-être… Peut-être que ce dont raffolait le plus les Détraqueurs, ce n'était pas le goût de la vie mais bel et bien celui de la mort.

Scorpius l'avait sauvé. Elle ne pouvait pas le nier. C'était lui qui l'avait aidé à se relever, qui l'avait appelé dans le brouillard blanchâtre de son vide et qui l'avait réveillé. Elle ne savait plus à quoi elle avait pensé pour lancer son Patronus mais il n'avait jamais été aussi éclatant.

Au fil de ses réflexions, le jour s'était levé. Incapable de dormir plus longtemps, Rose s'était levée sans bruit, avait enfilé une veste et était sortie dehors. L'air frais du matin, très différent de celui des Détraqueurs, apaisa son esprit. Elle contempla le ciel s'inonder des couleurs du jour et elle savoura le spectacle, heureuse d'être encore consciente de sa réalité.

Près du lac, Rose vit la silhouette de Scorpius, debout, bien droit, comme une statue. Elle hésita à le rejoindre. Comme elle, il avait eu le besoin de sortir de ce chalet étouffant. Il voulait peut-être rester seul et Rose était quasi sûre qu'elle était la dernière personne qu'il voulait voir.

Comme s'il avait senti sa présence, alors qu'elle était sur le point de rentrer, Scorpius se retourna et leurs regards se croisèrent. Il ne l'appela pas, ni ne fit de geste pour l'inviter à le rejoindre mais Rose savait qu'elle pouvait l'approcher sans risque. Une voix, faiblarde et tremblante, lui rappela qu'elle n'avait aucune raison de le suivre. Qu'elle ferait plus de mal qu'autre chose. Mais son instinct était plus fort et elle descendit les marches pour marcher dans l'herbe encore humide de la pluie de cette nuit.

—Merci, dit-elle quand elle fut assez près pour lui parler.

Il lui tournait, à nouveau, le dos. Ses cheveux étaient décidément trop longs mais Rose eut envie de les caresser. Elle se souvenait de chaque caresse, celles d'avant.

—J'y arrive plus, Rose... , dit-il en rompant le silence.

Elle contempla l'eau calme du lac. Ils étaient si proches et pourtant, si loin. Un gouffre énorme les séparait. Rose savait qu'il lui suffirait d'un pas pour le faire disparaître. Elle en avait envie.

—Je pensais que ça irait. J'étais sincère quand je voulais qu'on soit ami. Mais c'est impossible… La nuit dernière en est encore la preuve. Spero Patronum, dit-il en agitant sa baguette.

Une lionne argenté jaillit de sa baguette. Elle se mit à gambader sur la surface du lac pendant un moment, se tourna vers les deux sorciers puis s'évanouit dans la brume du matin.

—C'est à toi que je pense pour la faire apparaître.

Scorpius se retourna pour lui faire face. Il était si grand. Il avait l'air si malheureux. Rose détourna les yeux. Elle ne pouvait pas le regarder. Si elle croisait son regard, c'était fini. Elle vit son bras se soulever légèrement. Il lui présenta sa main dans une invitation muette. Tout était calme, ils n'étaient que tous les deux, loin des autres, des regrets et des promesses. Elle sonda sa paume ouverte. Sans réfléchir, ses propres doigts touchèrent les siens. Elle se mit à caresser doucement sa peau, savourant ce simple contact qui remuait tant de choses en elle. Son pouce passa le long d'une de ses phalanges. Et pendant tout ce temps, Rose garda les yeux baissés.

—Tu te souviens? demanda-t'il dans un murmure. Quand tu m'as demandé de t'apprendre. Et qu'on s'est touché pour la première fois…

—Tu ne m'aimais pas à l'époque…, répondit-elle.

Il leva sa tête doucement et elle ouvrit la bouche tandis qu'il plongeait son regard dans le sien. En contemplant le bleu de ses yeux, le coeur de Rose se mit à chavirer. Des larmes perlèrent et roulèrent lentement, le long de ses joues. Elle s'accrocha à sa chemise, tordit le tissus dans sa main comme pour s'empêcher de continuer à chuter.

Sa respiration s'accéléra. Elle s'accrochait toujours à lui, comme à la vie qu'elle avait failli perdre. Elle en avait assez de lutter, assez de se battre pour une chose qui ne la concernait pas. Elle poussa un gémissement plaintif et le prit dans ses bras en pleurant toutes les larmes de ses regrets.

Il la serra en retour, la soulevant du sol. Elle avait besoin de ça, de sa chaleur, de sa présence. C'était tout ce qu'elle demandait, juste un instant, une pause. Il lui caressa les cheveux, n'osant rien dire mais son visage s'enfuit dans son cou. Ils restèrent enlacés pendant un long moment, presque l'éternité, tous les deux terrifiés à l'idée de relâcher l'autre.

—J'ai eu peur…, chuchota Rose.

—Je n'ai pas cessé d'avoir peur depuis que tu es partie.

Scorpius fut le premier à la relâcher. Rose se laissa glisser au sol, laissant s'estomper les émotions bouleversantes qui l'avaient envahies durant leur étreinte. Elle ne pleurait plus, elle se sentait seulement épuisée. Scorpius et Rose se tenaient encore les mains, dernier lien physique qui les unissait. Ils savaient que s'ils venaient à se lâcher, tout serait fini.

Rose contemplait leurs doigts entrelacées, l'esprit désespérément vide. Elle n'osait pas parler. Pourtant elle savait qu'elle le devait. Mais l'idée de prononcer les mêmes mots, encore, ces mots qui lui avaient brisé le coeur à plusieurs reprises… Elle en était incapable.

—Je sais, dit-il.

Rose releva la tête vers lui. Scorpius avait un sourire triste.

—Rien n'a changé, pas vrai? dit-il avec un petit rire qui sonnait faux. Tu n'as pas à le dire. Je te connais…

—Scorpius…

—Je crois qu'au fond, je préfère ta colère à ta pitié.

Il se pencha vers elle. Ses yeux étaient froids. Sa voix était dure, presque méchante.

—Déteste-moi, Rose. S'il te plaît… Déteste-moi de toute tes forces. C'est la seule chose que je peux encore supporter de toi.

Scorpius rompit le lien. Il lui lâcha les mains et lui tourna le dos à nouveau, le regard perdu vers l'horizon.

OoO

—Pour cette troisième épreuve, chacun d'entre vous allez boire cette potion.

James se tenait devant la table de la cuisine. Le nombre de candidat avait encore diminué. Célina et Rufus avaient été remercié. Avant de partir, la jeune sorcière avait lancé un regard noir à son instructeur et avait transplané sans ajouter un mot. Il ne restait plus que Scorpius, Rose, Arthur qui se tenait bien droit, comme un bon petit soldat, Babette beaucoup moins confiante qu'au début, Angus et le taiseux Taylor dont le physique ressemblait plus à un long phasme qu'à un humain.

James désigna du menton les six gobelets devant lui. Un léger panache de fumée blanche s'échappait des verres. Scorpius se pencha pour contempler le liquide ambré qui ne lui inspirait pas confiance.

—Qu'est-ce que c'est? demanda Babette d'une voix mal assurée.

—Vous n'êtes pas obligé de la boire, répondit James. Mais si vous décidez de passer votre tour, alors vous pouvez prendre la porte.

Arthur fut le premier à prendre un des verres. Il avala la potion d'une traite devant tous ses compagnons qui l'observèrent, intrigués. Rose suivit le mouvement, la main un peu tremblante. Elle avait encore les yeux rouges d'avoir pleuré, tôt ce matin et Scorpius la regarda faire en se forçant à ne penser à rien. Les autres finirent tous par obéir. Il ne resta plus que Scorpius, appuyé contre le mur, toisant la dernière potion qui l'attendait sagement sur la table.

—Tu te dégonfles, Malefoy? lâcha James avec son éternel ton méprisant.

Pour toute réponse, Scorpius s'avança vers la table et prit le dernier verre.

—A la tienne! dit-il à James avant de vider cul-sec son gobelet.

Scorpius grimaça. Le goût était répugnant. Il ne reconnut aucune potion qu'il avait pu boire auparavant. Ce n'était pas du veritaserum, ni du polynectar. La potion était plus épaisse qu'il ne l'avait soupçonné et elle laissait un arrière-goût très désagréable en bouche. Est-ce que James aurait eu l'idée lumineuse de tous les empoisonner. Scorpius l'imagina faire apparaître une balance, un chaudron et des ingrédients en leur ordonnant de fabriquer un contre-poison en moins de trois minutes.

Babette fut la première à chanceler. Elle s'effondra sur l'une de chaise, se plaignant d'un mal de tête, puis s'écroula au sol en renversant son verre vide sur le plancher. Aussitôt, les genoux d'Angus le lâchèrent. Rose glissa contre le mur dans un soupir plaintif et Arthur eut juste le temps de tomber sur sa chaise avant que tout l'avant de son corps ne s'affale contre la table.

La tête de Scorpius se mit à tourner. James ne devint plus qu'une masse informe et les couleurs se mélangeaient à toute vitesse. Il l'entendit rire, tandis qu'il perdait l'équilibre sans avoir conscience de tomber. La dernière chose qu'il vit avant de sombrer dans l'inconscience, fut les deux chaussures de James qui s'approchait de lui.

Scorpius fut réveillé par une eau glacée qui lui éclaboussa le visage. Il ouvrit les yeux dans le noir absolu. Sous lui, il sentait de la terre, rendue boueuse, des brindilles, des pierres. Il était encore un peu groggy par les effets de la potion et de réagit pas lorsque deux mains puissantes vinrent le traîner au sol.

Ce fut lorsqu'on le releva de force qu'il commença à se débattre. Un autre homme, le visage masqué vint au secour du premier pour le maintenir. Il le poussèrent contre une chaise métalisée et attachèrent ses mains et ses pieds pour qu'il ne puisse plus bouger. Scorpius reprenait peu à peu ses esprits. Ses cheveux mouillés lui tombaient dans les yeux. La panique le rendait plus alerte. Il se débattit encore contre ses liens et deux mains le maintenèrent par les épaules pour qu'il ne tombe pas à terre.

Lumos!

Scorpius reconnut immédiatement la voix de James. La faible lueur dévoila, à ses yeux, un espace clos, sans fenêtre, sans rien mis à part la chaise sur laquelle il avait été fait prisonnier. Une odeur de moisi le prenait à la gorge. Il se souvint de la potion, de l'épreuve et se rassura. Toute cette mise en scène grossière n'était qu'un test. Mais pour tester quoi?

—Dis-nous tout ce que tu sais sur le monde des sorciers…, dit James d'une voix menaçante.

Le prisonnier explosa de rire.

—C'est tout ce que vous avez trouvé les gars? rit Scorpius. C'est ridicule…

James marchait à pas lent autour de Scorpius. Deux gorilles se tenaient en retrait, prêts à intervenir. L'instructeur sortit la baguette de Scorpius de sa poche et le rire de ce dernier s'interrompit immédiatement.

—Qui t'as donné ça? demanda encore James.

Il la tenait entre ses deux mains et la pliait légèrement comme s'il était sur le point de la casser. Scorpius le regarda faire, en se demandant s'il le détestait assez pour aller au bout de son geste.

—Je t'ai posé une question. Elle est simple, Malefoy mais si tu ne me réponds pas ça va saigner.

—Qu'est-ce que tu vas faire? répondit Scorpius, peu impressionné. Tu vas me jeter un endoloris?

Un des autres hommes, le visage caché sous un cache-nez s'avança soudain vers Scorpius. Il lui envoya un coup de poing, sûr, direct, en pleine mâchoire. Le visage de Scorpius partit sur le côté, peu préparé à recevoir des coups physiques. Lorsqu'il se redressa, un filet de sang coulait à la commissure de ses lèvres. Il n'avait pas crié et il ne se plaignit pas lorsqu'il croisa le regard mauvais de James.

—Qu'est-ce que c'est? demanda James en tendant la baguette de Scorpius.

—Un bâton…, répondit-il. Pour te le foutre dans le cul!

Scorpius ferma les yeux dans l'attente d'un nouveau coup mais il ne vint jamais. James continua sa procession, ressemblant à un lion en cage, et vint s'agenouiller près de Scorpius. S'il faisait un pas de plus, il pourrait lui donner un coup de boule.

—C'est une arme, pas vrai? dit James en montrant toujours la baguette. Dis-moi comment ça marche.

—Tu dois l'astiquer, comme l'asticot qui doit te servir de verge, répondit Scorpius avec un sourire.

James ne broncha pas. Il renifla et pinça ses lèvres comme à son habitude quand il essayait de contenir sa colère.

—Tu sais, j'étais contre cette épreuve, au début. Mais avec toi, je crois que je vais y prendre beaucoup de plaisir.

La gifle partir juste après la fin de sa phrase. James frappa pile à l'endroit où son collègue avait abattu son poing juste avant.

—T'as jamais su te battre, James, ricanna Scorpius. Tu frappes comme un sorcier.

—Pourquoi t'as foiré tes premiers essais pour devenir Auror? C'était trop dur pour toi? Ou est-ce que t'as eu les foins, mangemort…?

A ce mot, Scorpius s'agita sur sa chaise. Il essaya de se défaire des cordes qui entravaient ses poignets. Les noeuds étaient solides. Il se débattit encore un moment devant James qui savourait le spectacle.

—C'est ça le but de l'épreuve? s'exclama Scorpius. Me forcer à parler? T'arriveras pas à me faire craquer.

James fit un signe de tête au gars musclé et il frappa Scorpius avant même qu'il ne présage le coup. Il fut si violent qu'il tomba de la chaise et s'effondra sur le sol, les mains attachées dans le dos. Il poussa un cri de douleur en goûtant son propre sang dans sa bouche. Face contre terre, il regarda James lui tourner autour comme un prédateur.

—Tu te crois plus malin que tout le monde, sale Mangemort. Mais tout se retourne contre toi, maintenant.

Scorpius cracha un mollard sanguinolent.

—Tu crois vraiment que tu me fais peur…, lâcha-t'il d'une voix étranglée.

James sortit soudain sa propre baguette et la pointa sur Scorpius.

Endoloris!

Une douleur atroce envahit chaque parcelle de sa peau. Il avait l'impression que James l'avait jeté dans de la lave. Son corps tout entier était poignardé par une centaine de lame chauffé à blanc. Paralysé par les cordes et la souffrance, Scorpius se débattait comme un poisson hors de l'eau, tétanisé par la douleur, s'arquant, se pliant, sans aucun espoir de soulagement. Il poussa un râle déchirant et l'un des gardes fit un pas comme pour arrêter ce supplice.

James leva sa baguette et la douleur disparut immédiatement. Scorpius tremblait encore, haletant, en sueur et terrifié à l'idée que cela recommence. Il n'aurait jamais cru que James ait le cran de le torturer de la sorte. Il venait de lui jeter un sortilège impardonnable. Même pour une épreuve, c'était de la folie.

—James…, appela l'un des gardes.

—Quoi? grogna-t'il. Tu as un problème, Zach?

James et son collègue se toisaient, tournant le dos à Scorpius toujours étalé au sol. Celui-ci en profita pour se relever, difficilement, gémissant, crachant du sang mais encore vivant. Si James voulait jouer à ce petit jeu, ils seraient deux.

Le prénommé Zach opina de la tête, sans grande réelle conviction.

—Alors, fous le camp! hurla James, hors de lui. Je n'ai plus besoin de toi.

Scorpius était sur ses deux pieds, dans l'obscurité. Zach dévisagea l'Auror puis sortit d'un pas lent. Scorpius se dit qu'il avait de la chance, c'était celui qui frappait le plus fort. Il fonça sur James avec l'espoir de le désarçonner mais ses gestes étaient encore trop lent. James fut plus rapide, il pointa sa baguette sur lui.

Immobilis!

Au son de la formule, Scorpius ne put faire le moindre mouvement. Il était complètement paralysé, pencher en avant, les mains toujours attachées dans le dos. Du sang dégoulinait de son menton.

—Est-ce que tu croyais qu'on allait te ménager parce que tu es de sang-pur? cracha James en s'approchant encore.

—Va te faire foutre! éructa Scorpius, incapable de bouger.

Endoloris!

Le sortilège était pire lorsqu'on était paralysé. Le seul mouvement qu'il pouvait se permettre était de rejeter la tête en arrière. Son teint devint rouge et ses veines ressortirent de son cou. Il poussa un horrible hurlement en ayant l'impression que sa chair se décomposait dans une douleur atroce. Quelque chose semblait déchiqueter son corps de l'intérieur sans qu'il puisse faire quoique ce soit pour l'en empêcher. La douleur dura plus longtemps que la première fois et lorsque James l'arrêta enfin, Scorpius tomba au sol comme un pantin désarticulé.

—Qui sont les Aurors? demanda James sans se soucier des gémissements de Scorpius à ses pieds. Quelles sont leurs missions? Qui est votre chef?

—Je dirais rien…, gémit-il en se remettant sur le dos.

—Très bien… Si tu ne veux pas parler avec la douleur peut-être que celle d'un de tes proches te fera réagir…

Un horrible cri retentit de l'autre côté du mur. Scorpius reconnaîtrait cette voix entre mille. Rose hurlait de douleur. Ils étaient en train de lui faire subir le même sort.

—Tu entends ça? Ta précieuse Rosie souffre, Mangemort.

—C'est ta cousine, espèce d'enfoiré! cracha Scorpius en se mettant à genoux.

—Si tu parles, elle ne souffrira plus.

—C'est toi qui va souffrir, connard!

Scorpius s'était relevé. Les cris de Rose dans les oreilles, il ne pouvait plus réfléchir à rien d'autre qu'à la douleur qu'elle pouvait éprouver. Il fonça droit sur James et cette fois-ci, il n'eut pas le temps de riposter. Scorpius le poussa violemment en arrière et ils tombèrent tous les deux au sol. Lorsqu'il se releva, il écrasa sa main du pied, sentant les doigts du sorcier se briser sous son talon.

L'autre Auror ne réagit pas, se contentant d'observer la scène comme il l'avait fait depuis le début. Mais Scorpius ne se souciait pas de lui. Il ne pensait qu'à sauver Rose. Lorsqu'il fit mine de sortir de la pièce, James saisit l'une de ses jambes, de sa main valide. Scorpius perdit l'équilibre et s'effondra en avant, le menton frappant brutalement la terre battue. Il fut sonné par le choc et James rampa sur lui, s'asseyant à califourchon sur lui pour le maintenir immobile.

Scorpius se redressa brusquement et donna un coup de boule bien placé à James dont le nez émit un craquement sinistre. Scorpius inversa les rôles en basculant sur le côté, les mains toujours attachées dans le dos. Il se remit debout et se mit à donner des coups de pieds à James qui se tortilla au sol, poussant des cris de douleurs à chaque fois.

James ne se laissa pas faire pour autant. Il frappa à son tour, se relevant malgré tout. Scorpius cracha encore du sang tandis qu'un flot continu coulait du nez de James. Ils se scrutèrent l'un l'autre, un mètre de distance les séparant, se préparant à la prochaine attaque.

—Tu finis jamais ce que tu entreprends! cracha James d'un ton méprisant.

Il avait ramassé sa baguette de sa main gauche et la pointait sur Scorpius. Celui-ci tremblait, de rage, de peur de subir encore un endoloris mais surtout de vie. Il n'avait pas de temps à perdre avec ce connard de James. Rose hurlait toujours dans l'autre pièce.

—Tu ne deviendras jamais un Auror, dit encore James, le bras tendu.

—J'en ai rien à foutre!

Scorpius poussa James, de toutes ses forces contre le mur. Le choc lui fit lâcher sa baguette et l'arrière de son crâne cogna violemment les panneaux de bois. James s'effondra au sol et ne bougea plus. Le souffle court, Scorpius se tourna sur le dernier occupant de la pièce. Le sorcier masqué ne bougeait toujours pas. Il restait parfaitement immobile, appuyé contre le mur, observant la scène en silence. Scorpius cracha un glaire de sang dans sa direction et fonça vers la porte.

Dès qu'il franchit le seuil, les cris de Rose disparurent comme ils étaient venus. Scorpius déboula, les yeux d'un fous, dans une pièce vide. Il n'y avait pas de chaise, pas de sang, pas de garde et pas de Rose. Uniquement la terre battue et un silence de mort.

—Elle n'est pas ici, dit une voix dans son dos.

Scorpius fit volte-face, choqué. Harry Potter sortit de l'ombre, tranquillement comme s'il venait de prendre le thé. Le jeune élève était couvert de sang, de boue et de larmes. Dans son esprit encore anesthésié par la douleur, il comprit que le sorcier silencieux était le grand Harry Potter qui l'avait vu se faire torturer tout du long. Celui-ci agita sa baguette vers les poignets de Scorpius et les cordes disparurent.

—Vous…, articula Scorpius avec peine.

—Elle n'a jamais été là. Les cris n'étaient qu'une illusion.

—La douleur aussi? cria Scorpius avec sarcasme.

James gémit derrière eux. Il se remit sur pied, péniblement et s'approcha de son père. Dans la lumière éblouissante de la nouvelle pièce, Scorpius pouvait voir à quel point James en avait pris pour son grade. Harry soigna sa main d'une formule et son fils redressa son nez dans un autre craquement sinistre. L'élu tendit à Scorpius sa baguette qu'il tint gardée dans sa main, prêt à s'en servir. Il n'avait pas encore tout compris et son instinct de survie lui hurlait de rester sur ses gardes.

—Nous devions nous assurer que tu avais la force physique et mentale pour supporter ce genre d'interrogatoire.

—Ah, oui? Vous allez me faire croire que cet enfoiré s'est acharné sur tous les autres autant que moi?!

Il criait toujours mais il était incapable de parler autrement. C'était ça ou les larmes.

—Tu as été le seul à subir ce genre d'épreuve, dit James avec une voix nasillarde.

—Quoi?

—Les autres ont dû simplement résister à un imperium, expliqua Harry.

C'en était trop pour Scorpius. Ses jambes le lâchèrent et il tomba à genoux face au chef des Aurors et à son bourreau. Il partit dans un rire de fou qui oscillait, de temps en temps, avec une crise de larmes.

—Pourquoi? gémit Scorpius. Pourquoi, moi?

—Parce que nous avons une mission pour toi.