7
MISSION SECRÈTE
Rose avait la tête ailleurs
La semaine d'épreuves pour rejoindre l'élite des Aurors s'était terminée ce matin et bien que Rose fasse partie des heureux élus, elle n'arrivait pas à se réjouir comme elle le voudrait. Après l'épreuve de l'Imperium, qu'elle avait passé une dans une sorte de cave humide où un homme masqué leur demanda de se combattre l'un l'autre grâce au sortilège impardonnable, ils étaient tous rentrés au chalet pour découvrir Scorpius en train de vider son casier. Rose n'avait pas cherché à lui parler, d'autant plus lorsqu'il rabroua sèchement Babette en claquant la porte du casier. Elle avait remarqué le sang sur sa chemise et la boue dans ses cheveux. Elle ne se souvenait plus de l'avoir vu dans la cave mais il fallait dire que tous avaient l'esprit encore embrumé par la potion de sommeil et l'Imperium. A vrai dire, ils avaient presque tout oublié, comme si quelqu'un les avait oublietté avant de les libérer de la cave. James les avait accueillis avec un sourire, son nez bizarrement en sang, en leur annonçant qu'ils avaient tous réussi haut la main.
Tous sauf Scorpius.
Ce dernier n'avait plus prononcé aucun mot. Il ne leur avait pas dit au revoir, n'avait même pas passé la nuit pour repartir le lendemain. Rose avait désespérément cherché son regard tandis qu'il préparait ses affaires mais il ne s'était pas retourné une seule fois. Il était sorti du chalet, silencieux et avait transplané en laissant derrière lui un parfum de colère, de défaite avec un soupçon de désespoir.
Le reste de la semaine, les cinq finalistes avaient commencé le véritable entraînement. Cours intensifs sur le système policier des moldus, infiltration, détection de suspect, entraînement de combat physique et magique. Rose en était sortie épuisée. Elle appris tout de même à connaître un peu plus ses futurs collègues. En tant qu'Aurors, ils s'étaient croisés de temps en temps dans les bureaux mais sans jamais prendre le temps de faire connaissance. Elle réussit à faire sourire Taylor, le grand garçon maigre si silencieux qu'on en oubliait parfois sa présence. Babette lui révéla, une nuit, qu'elle enviait sa famille et plus spécialement ses liens de parenté avec le grand Harry Potter et son fils, James qu'elle trouvait aussi très séduisant. Angus la faisait beaucoup rire, l'homme toujours souriant, s'était révélé avoir dû se battre longtemps contre l'opinion désastreuse de ses parents moldus pour le monde magique. Arthur restait le même mais Rose remarqua qu'il venait beaucoup plus lui parler depuis le départ de Scorpius.
Ils s'étaient beaucoup rapprochés ces derniers jours, et lorsque leur formation s'acheva enfin et que James leur donna congé, ils décidèrent tous de fêter leur promotion dans un nouveau bar sur le chemin de Traverse.
"La Chouette Blanche" avait une toute autre atmosphère que le Chaudron Baveur. Installé entre le marchand de glace et la célèbre librairie Fleury and Bott, sa clientèle se composait exclusivement de jeunes sorciers en quête d'amusement. Une piste de danse avait été aménagée au centre de la pièce où un vieux tourne-disque jouait les derniers tubes des Quality's Witch. Babette était déjà au milieu de la piste avec Angus qu'elle avait traîné de force au milieu de sorciers du même âge. Taylor restait dans un coin sombre à observer les visiteurs, n'inspirant guère confiance.
Rose, quant à elle, avait commandé une bièraubeurre et la sirotait, d'un air vague, accoudée au bar. Elle ne cessait de s'interroger sur l'échec et le départ de Scorpius. Comment avait-il pu rater cette épreuve? Du temps de Poudlard, Scorpius et Albus s'étaient entraînés pendant des mois à résister à l'Imperium. Cette épreuve aurait dû être un jeu d'enfant pour le jeune prodige. Pourquoi était-il dans un si mauvais état lorsqu'ils s'étaient revus au chalet? Et pourquoi était-il parti aussi en colère?
Il y avait bien une explication, un peu simple mais sûrement vrai. Rose s'était répété, un milliard de fois, les dernières paroles de Scorpius au bord du lac. Il lui avait dit qu'il préférait sa haine à sa pitié. C'était lui qui la détestait, en réalité. Ne lui avait-il pas dit qu'il en pouvait plus de tout cela? Que sa présence était trop dure à supporter? Et s'il s'était tiré une balle dans le pied? S'il avait fait exprès d'échouer? Tout cela pour ne plus jamais la revoir…
Rose observa une jolie fille s'approcher en dansant du mystérieux Taylor. Elle criait pour se faire entendre par-dessus la musique. Les yeux sombres de l'Auror la fixèrent, sans aucune expression. Au bout de quelques phrases hurlées, il se faufila plus loin, laissant la jeune sorcière seule avec sa gêne. Rose sourit dans sa biéraubeurre.
Babette sortit du groupe des danseurs et rejoignit Rose au bar, hors d'haleine, les yeux brillants. Elle était tellement belle et plusieurs sorciers suivirent chacun de ses gestes tandis qu'elle commandait une boisson au barman, un vieux sorcier aux oreilles anormalement grandes d'où s'échappaient des gerbes de poils grisâtres.
—Tu ne viens pas danser? demanda-t'elle à Rose en attendant les boissons.
Depuis quelques jours, la jeune sorcière s'était radoucie en présence de Rose. Ou était-ce Rose qui avait cessé de la voir en tant que rivale.
—Non, ça ira…
—Allez! T'as l'air d'une pauvre fille, toute seule, au bar. Viens avec nous! Angus danse comme un pied, c'est à mourir de rire.
Les deux jeunes femmes se tournèrent vers la piste de danse. Angus, au milieu d'un public féminin, semblait exécuter une sorte de rituel étrange en balançant ses bras comme des moulins à vent. Rose ne put s'empêcher de rire. Angus leva les yeux vers Babette et Rose remarqua le petit sourire au coin de l'Auror pour sa collègue.
—Je crois que tu as une touche, dit Rose à Babette.
—Bof! répondit-elle en prenant son verre. Il est marrant mais pas trop mon genre. J'aurais préféré le beau blond qui est parti.
—Scorpius?
—Oui…, dit Babette avec un sourire rêveur. Lui, il dégageait quelque chose. C'était magnétique! Dommage qu'il ne soit plus là.
Angus lui fit signe de le rejoindre et Babette obéit en poussant une sorte de cri de joie très strident. Rose contempla le fond de son verre. Elle n'était pas d'humeur pour de la biéraubeurre. Il allait lui falloir quelque chose de plus fort pour oublier Scorpius.
Arthur vint la rejoindre pile au moment où elle vida, d'une traite, un verre de Whisky Pur-Feu.
—Qu'est-ce c'est? demanda-t'il en désignant le verre qu'elle venait d'engloutir.
Rose toussa, surprise par sa brusque apparition. Il était très mignon avec ses cheveux noirs qu'il avait lâché, ce soir, et qui encadrait son beau visage et ses incroyables yeux bleus. Il commanda la même chose en se rapprochant de Rose.
—Je t'ai cherché. Je croyais que tu dansais avec Babette et Angus.
—Ce n'est pas mon truc, répondit Rose en buvant encore dans un nouveau verre. Je préfère déguster un bon whisky.
—Tu as bien raison.
Ils trinquèrent et Rose vida encore son verre, d'un geste expert ce qui fit sourire le beau brun. Taylor passa devant eux, comme un fantôme et Arthur le suivit du regard un moment.
—Je pense que ce type est un vampire…, dit-il d'une voix mystérieuse qui sonnait comme une plaisanterie.
—Il pourrait tout aussi bien être un fantôme. Je crois que je n'ai jamais entendu le son de sa voix, rit Rose, se détendant enfin.
—Moi non plus.
Ils rirent et burent. Leurs regards se croisèrent de temps en temps et Rose sentit une douce chaleur l'envahir mais elle n'était pas sûre qu'il s'agisse des effets de l'alcool ou d'autre chose.
—Alors…, continua-t'il. Troupe d'élite, hein? Contente?
—Oui, c'est super, dit Rose sans joie.
Arthur la dévisagea, soudain silencieux et Rose le rassura.
—Non, désolé. C'est juste que… Non, c'est bien. C'est ce que je voulais. Je veux dire, je ne m'attendais pas à ça. Ou enfin, si.
Elle se tut, se rendant compte soudain que ses paroles n'avaient aucun sens. Elle tapa du pied nerveusement, en serrant son verre contre sa poitrine. L'air était étouffant dans ce bar, la musique trop forte. Elle avait l'impression de se ridiculiser devant le beau Arthur et de gâcher un moment qui aurait pu rester joyeux et festif. Malgré ses efforts et l'alcool, Rose n'arrivait pas à se sortir Scorpius de la tête. Elle ne comprenait pas et cela la rendait folle.
—C'est dommage pour Malefoy, dit Arthur comme s'il avait lu dans ses pensées.
Rose ouvrit la bouche pour répondre puis la referma aussitôt. Elle n'avait pas envie de parler de lui avec Arthur. Elle voulait rire plutôt que ressasser un souvenir douloureux.
—Vous étiez proches, pas vrai? dit-il encore.
—Pas tant que ça, mentit Rose.
Elle commanda un autre verre.
—Il m'a dit que vous étiez ensemble à Poudlard... , lâcha Arthur.
Rose opina nerveusement de la tête. Elle n'aimait pas cette conversation. Angus leur fit signe de les rejoindre sur la piste et Rose y vit une issue. Elle adressa un pauvre sourire forcé à Arthur et s'avança, un peu trop vite à son goût, au milieu des danseurs. Rose ne savait pas danser mais avec tout l'alcool qu'elle venait d'ingurgiter en si peu de temps, elle se décoinça assez pour se dandiner près de Babette et Angus qui l'encouragèrent à grands cris.
Dès les premiers pas de danse, la tête lui tourna. Elle ne remarqua pas qu'Arthur avait traversé la foule et se tenait près d'elle. Les visages excités et joyeux se mélangèrent en un tourbillon de couleurs. Plus elle bougeait et plus elle se sentait lourde. Elle entendit le rire d'Angus comme de très loin, les cris d'hystérie de Babette et la musique qui cognait dans sa tête. Bientôt, elle ne réfléchit plus aux pas, son corps bougeait pour elle. Après un moment, la chaleur, l'alcool et la fatigue eut raison d'elle et Rose chancela au milieu des danseurs.
Une main secourable la rattrapa et la serra contre un corps musclé. Dans les vapeurs d'alcool, Rose crut à la présence de Scorpius. Lorsqu'elle leva les yeux dans l'espoir de croiser les siens, elle se retint de prononcer son nom en reconnaissant Arthur.
—Ça va? lui dit-il en la maintenant près de lui.
—Oui, ça va! répondit-elle sur un ton sec.
Elle se débattit un peu et il la libéra immédiatement. Rose tenta de faire un pas mais chancela à nouveau. La tête lui tournait beaucoup trop.
—Non, ça va pas! dit Arthur en la rattrapent encore. Allez, viens! On va prendre l'air.
Il la prit par la taille, délicatement et la força doucement à marcher vers la sortie. Rose se laissa faire. Elle voyait trouble de toute façon et aurait été incapable de retrouver la porte toute seule. Arthur se tenait derrière elle, prêt à la rattraper si elle menaçait encore de tomber. Il lui ouvrit la porte, tel un gentleman et l'encouragea à sortir à l'air libre.
—Assis-toi, dit-il en l'aidant.
Il la guida vers les caisses de bois vide de Bièraubeurre et Rose s'effondra dessus, en riant bêtement. Au milieu des vapeurs d'alcool, sa seule pensée lucide fut de se rendre compte qu'elle était saoule. L'air frais lui fit tout de même du bien. La rue du Chemin de Traverse était vide et obscure. Arthur alluma l'extrémité de sa baguette d'un Lumos. A l'intérieur du bar, Rose avait de faibles échos de la fête. Elle n'avait plus aucune envie d'y retourner.
—J'suis désolée…, dit Rose d'une voix pâteuse. Tu peux y retourner si tu veux.
—Je t'avoue que c'est pas vraiment mon truc, non plus.
Rose bascula sur le côté et Arthur se précipita sur elle pour l'empêcher de tomber. Il la maintint contre lui en s'asseyant à côté, sur deux caisses empilées. Rose posa sa tête contre l'épaule d'Arthur. Il sentait bon et elle trouva ça très réconfortant. Sa main lui tenait l'épaule pour la garder droite mais il n'en profitait pas, malgré son état. De l'autre, il gardait sa baguette pour leur produire un peu de lumière.
—Pourquoi tu t'es mis dans cet état? demanda-t'il doucement. C'est à cause de lui?
—Qui? demanda Rose l'esprit embrumé.
—Scorpius.
Rose hésita à parler mais elle n'était plus en mesure de retenir quoique ce soit, et surtout pas sa tristesse.
—Il me déteste…, dit-elle d'une petite voix.
—Et tu t'es consolé avec du Whisky, en conclut Arthur avec un petit sourire. Au fait, tu danses très bien.
—Menteur…, rit Rose.
—D'accord mieux qu'Angus, en tout cas.
Rose pouffa puis ses yeux se fermèrent doucement. Elle était envahie par une torpeur qui la faisait sombrer, malgré le froid, malgré la voix d'Arthur qui se perdait dans le lointain.
—Rose, non! Ne t'endors pas!
Il lui donna des petits coups sur la joue et Rose ouvrit paresseusement les yeux. Arthur se tenait devant elle, sa main sur sa joue. Les petites tapes s'arrêtèrent, Rose était éveillée mais il gardait sa paume glacée contre sa joue. Cela lui faisait du bien. Elle leva les yeux vers lui. Il avait un regard inquiet et des yeux d'un bleu incroyable.
—Tes yeux sont magnifiques, s'entendit-elle dire.
Arthur lui adressa un sourire franc et affectueux.
—Allez-viens, je te raccompagne, dit-il en l'aidant à se remettre debout.
—Non! Surtout pas!
Elle se tenait debout, contre Arthur qui l'empêchait de tanguer. Leurs visages étaient incroyablement proche.
—Je ne peux pas rentrer chez moi, comme ça…, marmonna-t'elle. Mes parents… Je vis chez mes parents… Mon père… Non.
Arthur pouffa de rire et sa main vint caresser ses boucles rousses.
—Très bien. On peut allez chez moi, si tu veux.
Rose plissa les yeux en fronçant le nez. Un lourd silence s'intalla entre les deux Aurors. Ils étaient proches, la poitrine de Rose presque collée contre le torse d'Arthur. Leurs nez se touchant presque. Et malgré l'alcool, Rose savait comment pouvait dégénérer la soirée. Si elle était presque sûre qu'Arthur ne profiterait pas de la situation, Rose ne pouvait décidément pas se faire confiance. Elle était bien trop attirée par le beau brun.
—En tout bien tout honneur, ajouta Arthur interprétant le silence suspicieux de la jeune femme.
—D'accord, répondit Rose comme si cela suffisait à régler le problème.
Arthur transplana en tenant fermement Rose dans ses bras. Le voyage n'eut guère de bienfait sur l'état de la jeune femme qui vomit à ses pieds dès qu'ils apparurent, avec un clac sonore, dans le petit salon d'un appartement. Rose se confondit en excuse pendant de longues minutes, tandis qu'Arthur la rassurait en faisant disparaître la tache sur son tapis d'une formule magique. Il l'installa dans son canapé, l'entoura d'une couverture et lui servit une bonne tasse de thé.
Rose émergeait petit à petit, se rendant compte dans quelle situation, terriblement honteuse, elle s'était encore fourrée. L'appartement était simple, plutôt du genre moldu. Il n'y avait pas de cheminée, très peu de meubles. Seulement une table, deux chaises dans une petite cuisine ouverte. La porte entrouverte, sur sa droite, lui donnait une vue sur une chambre à coucher avec un lit deux places, recouverts de vêtements. Il n'y avait aucune photo, ni décoration et le décor dénotait avec ce qu'elle avait l'habitude de voir dans les grandes maisons de sorciers.
—Désolé, c'est assez spartiate chez moi.
—Non, c'est bien, dit Rose en laissant son regard se poser un peu partout. Tu vis seul?
—Oui, depuis trois ans. Avant, je vivais avec ma mère, au-dessus de notre librairie mais elle n'aimait pas trop que j'utilise la magie à tout bout de champs.
Rose se rappela qu'Arthur venait d'une famille de moldus. Elle avait toujours du mal à se souvenir qu'il existait des sorciers qui n'avait pas baignés constamment dans le monde magique avec les couverts et les marmites qui volaient au-dessus de leurs têtes, les goules dans le grenier ou les horloges qui dévoilait l'emploi du temps des membres de la famille.
—Ça va mieux? demanda-t'il.
Arthur s'assit sur la table bass en face de Rose. Il s'était fait aussi une tasse de thé et la tenait entre ses doigts, attendant que le liquide refroidisse. L'appartement était si silencieux en comparaison de la Chouette Blanche. Rose se sentit gênée.
—Je suis désolée, dit-elle encore. Tu dois me prendre pour une alcoolique qui ne sait même pas tenir ce qu'elle siffle. Pitoyable, non?
—Je comprends, plutôt. Mais tu sais, j'ai eu mes moments de hontes, moi aussi.
Il sirota son thé en prenant son fameux air mystérieux qui rendit le sourire à la sorcière. Ils se dévisagèrent pendant un moment. Même en ayant vomi sur son tapis, il continuait à se montrer gentil envers elle.
—Alors c'est Scorpius, hein? dit Arthur après un moment. Il t'a brisé le coeur?
—Non, c'est moi, en fait. C'est moi qui l'ait quitté.
—Et tu le regrettes?
—Parfois… Mais c'est fini. On ne peut pas être ensemble.
Rose but une gorgée du thé brûlant. Avec la tiédeur de la couverture et le liquide chaud qui envahissait son corps, elle avait l'impression d'être dans un cocon. La voix d'Arthur était douce, apaisante. Elle se sentait en sécurité avec lui.
—Je ne voudrais pas juger ce pauvre Scorpius…, commença Arthur en fixant sa tasse. Je ne connais pas toute l'histoire mais… Si j'avais été à sa place, je ne t'aurais pas laissé partir.
Rose leva les yeux vers lui, étonnée. Leurs regards se croisèrent et il la dévisagea de ses beaux yeux bleus si profond.
—Je me serais battue pour toi…
Elle écoutait chaque mot, en comprenait le sens mais n'arrivait plus à en saisir toute la portée. Son coeur se mit à battre plus vite dans sa poitrine. Elle ne buvait plus, serrant la anse de sa tasse comme si elle pouvait lui échapper des mains à tout moment.
—...parce que tu en vaux la peine, finit-il d'une voix gênée.
Rose se sentit rougir tout en ne le quittant pas des yeux, comme hypnotisée. Un silence suivit la déclaration de l'Auror qui attendait certainement une réaction de sa part. Rose était incapable de parler, de comprendre ce qui venait de se passer. Au bout d'un moment de silence total, Arthur se pencha en avant et approcha son visage de celui de Rose. Il était tout près et elle savait ce qu'ils s'apprêtait à faire. Alors que leurs lèvres étaient sur le point de se joindre, Rose tourna vivement la tête, quelque peu prise de panique.
—Excuse-moi, dit Arthur plus contrit que jamais. J'ai mal interprété… Je ferais mieux de te laisser te reposer.
Il se leva précipitamment en abandonnant sa tasse sur la table basse, rouge de honte. Rose l'observa faire, mortifiée par son propre geste et la gêne qu'elle avait causé à Arthur. Personne ne lui avait dit quelque chose d'aussi gentil depuis très longtemps. Et elle avait pris peur. Elle avait rejeté l'homme sur lequel elle nourrissait des fantasmes depuis des mois.
Lorsqu'elle ouvrit la bouche dans l'intention de détendre l'atmosphère et de rassurer le jeune homme, Arthur la coupa en lui souhaitant une bonne nuit. Il s'enferma dans sa chambre et Rose s'allongea dans le canapé, le salon plongé dans l'obscurité, maudissant cette soirée désastreuse.
OoO
Scorpius avait rendez-vous.
Après sa petite séance de torture en compagnie de James et de Harry Potter, ce dernier lui avait demandé de les revoir chez James, quelques jours plus tard. Il avait longuement hésité. La dernière épreuve très particulière de cette fameuse nuit, lui avait appris deux choses. La première était qu'en lui proposant de participer à cet examen, Harry Potter n'avait jamais eu l'intention de le faire réussir. Et la deuxième était que tous ces tests n'étaient qu'un moyen de vérifier ses aptitudes en vue d'un projet bien plus secret.
Scorpius avait l'horrible impression d'avoir été manipulé depuis le début et il détestait cela. Il prit trois jours pour se décider à enfin entendre ce qu'ils avaient à lui proposer, estimant qu'il n'avait pas souffert pour rien.
Harry lui avait donné une adresse, en plein centre-ville de Londres. Il transplana dans une rue connue et marcha quelques minutes vers un haut immeuble assez moderne. Lorsqu'il sonna à l'interphone, il grimaça en entendant la voix de James qui l'accueillit avec un grognement.
Il toqua à l'appartement huit A, la dernière porte d'un long couloir aux murs gris et ternes. Cet abruti de James prit un temps incroyablement long avant de lui ouvrir. Ils se toisèrent longuement. Le nez de James était encore un peu enflé tandis que Scorpius avait encore des bleus sur tout le corps. James le fit entrer sans le saluer et il le guida dans une petit pièce exigüe qui lui servait de cuisine. Harry Potter était déjà là, vêtu comme un moldu avec une veste en laine, un pull et un vieux pantalon usé. Lorsqu'il vit Scorpius, il lui adressa un sourire timide. Ce dernier n'oubliait pas que l'élu l'avait regardé se faire torturer à coup d'endoloris sans réagir.
Scorpius n'avait fait aucun effort vestimentaire, même pour un entretien secret avec le chef des Aurors. Il ne s'était pas lavé, pas rasé, ses cheveux gras lui tombaient mollement dans les yeux et il devait passer machinalement une main pour les rabattre en arrière. James ne semblait pas motivé non plus. Vêtu d'un vieux tee-shirt et d'un jeans trop grand, il s'appuya contre son évier en croisant les bras.
—Assis-toi, s'il te plaît, lui demanda Harry.
Il désigna la chaise en face de lui et Scorpius s'y assit, l'air maussade.
—Bon, James t'a expliqué ce que nous faisons en ce moment, non?
—Il ne m'a rien expliqué du tout!
—Si, en salle de briefing, rugit James. Mais il n'écoute jamais rien!
Scorpius leva les yeux vers lui avec l'envie de lui balancer son poing dans la figure. A voir l'expression de James, lui aussi était partant pour se battre.
—Tu dois bien comprendre, Scorpius que nous t'avons choisi pour…
—Pour mon profil exceptionnel, oui j'ai compris, coupa-t'il avec humeur.
—Non, t'as pas compris, intervint James. C'est pas seulement parce que tu t'entends bien avec les moldus et que tu connais bien leur monde, petit génie.
James s'approcha d'un pas, pas assez pour qu'ils n'en viennent au main. Il le toisa, à nouveau, les mains sur les hanches.
—T'es un fils de mangemorts, pas vrai?
Scorpius serra les poings sur ses cuisses. Il foudroya James du regard. Fils du grand Potter ou pas, il ne faudrait pas longtemps avant qu'il ne lui saute dessus, à nouveau.
—Parle-nous de ton grand-père, Lucius…, continua James sur un ton méprisant.
—Quoi? dit Scorpius quelque peu désarçonné.
—Tu lui rends visite à Azkaban?
—C'est quoi, ça?! s'exclama Scorpius en se levant brusquement de sa chaise.
Il se tourna vers Harry, qui demeurait stoïque sur sa chaise. Scorpius abattit son poing, qui le démangeait, sur la table et se pencha vers le chef des Aurors.
—C'est quoi ces questions? Vous me prenez pour un pro-mangemort? Ce n'est pas moi qui suis allé vous quémander un job...pas comme certain…(Il leva les yeux vers James). C'est vous qui êtes venu me chercher!
—C'est justement pour ça qu'on te veux, dit James dans son coin. Parce que tu ne supportes pas qu'on te traite de Mangemort au point d'en venir aux mains comme le premier moldu violent qui n'écoute que ses deux neurones de bêtises à la moindre allusion à son papy.
Il n'en suffit pas plus à Scorpius pour réagir au quart de tour. Il s'avança rapidement vers James et le saisit par le haut de son tee-shirt.
—Tu veux les voir mes deux neurones de bêtises? écuma-t'il de rage.
—J'ai plutôt une question, dit James peu impressionné. A quel point es-tu barge?
—Quoi?
James le dévisagea de son regard froid et pénétrant. Il ne fit pas un geste pour se défendre et attendit simplement que Scorpius finisse par le lâcher. Celui-ci fixa James, sans comprendre, de plus en plus troublé parce cet échange plus que curieux. Il avait encore cette sensation d'être mis à l'épreuve. Cela l'énervait mais l'intriguait aussi, de plus en plus.
—Tu te souviens d'Erin Morton? dit soudain Harry dans son dos.
Ce nom semblait surgir d'un lointain passé. Scorpius se tourna vers le chef des Aurors, complètement perdu. Sa colère se dégonfla comme un ballon de baudruche.
—Oui, c'était l'élève de Radcliffe. La moldue morte qui nous a permis de démasquer Radcliffe, pourquoi?
Harry sortit un dossier qu'il jeta sur la table, devant Scorpius. Celui-ci s'approcha, se rassit et parcourut les pages du dossier. Il revit la photo que lui avait envoyé Emma, à l'époque, quand ils étudiaient à la bibliothèque de Poudlard. C'était un cliché moldu qui montrait le corps désespérément immobile d'une jeune fille repêché dans la Tamise, gonflée et grise.
—Après ce qu'il vous est arrivé à Poudlard, j'ai demandé à James de mener une enquête sur cette affaire. Nous n'avons rien trouvé sur Radcliffe mais par contre, la piste d'Erin Morton a donné des résultats. Tu sais de quoi elle est morte?
—L'article du journal parlait d'une overdose, si je me souviens bien.
—Exact. Des analyses plus poussées ont révélé qu'elle avait consommé une grande quantité de la même drogue qui est en train de tuer de nombreux moldus à Londres.
—Celle qui leur donne des pouvoirs?
—Tu vois que je lui avais dit…, commenta James.
—Tu vois que j'écoutais, rétorqua Scorpius sur le même ton. Pauvre tache!
—S'il vous plaît! dit Harry pour les calmer. On pense qu'Erin a servi de cobaye à Radcliffe pour l'élaboration de cette drogue.
—Donc Radcliffe serait à la tête du trafic de cette drogue bizarre qui donne des pouvoirs aux moldus pour les tuer tout de suite après?
Scorpius referma le dossier, incapable de contempler plus longtemps le cadavre de cette fille noyée.
—Mais Radcliffe est mort. Et bien mort! Je l'ai vu mourir de mes propres yeux.
—Et pourtant la drogue circule encore. Albus l'avait compris. Radcliffe n'est qu'un pion dans une organisation bien plus importante. Ça veut dire que la drogue, les moldus, le réseau, tout le bazar est lié à Radcliffe et à la source de Poudlard.
—Mais t'as tué la seule personne qui aurait pu nous renseigner, lâcha James sur un ton méprisant.
—Sauf qu'il reste une personne connue qui a aidé Radcliffe a atteindre la source, ajouta Harry.
—Gwen, comprit Scorpius.
Harry acquiesça.
—A l'époque, nous avons essayé de la faire parler mais elle a refusé de collaborer. Elle a été envoyé à Azkaban pour y purger une peine de quatre ans; Il lui reste un peu moins d'un an à faire.
Scorpius dévisagea Harry longuement. Il comprenait le raisonnement, le déroulé de l'enquête, les conclusions. Il comprenait chaque mot sauf la raison de son utilité au milieu de tout ça. Pourquoi l'Elu avait-il autant besoin de lui?
—Très bien… Très bien, répéta Scorpius. Et en quoi ça me concerne aujourd'hui?
—T'es l'héritier Malefoy, issu d'une famille entachée par la honte d'avoir servi le pire Mage Noir de tous les temps. Tout le monde déteste ta famille. Tout le monde te rejetait à l'école à cause de ce nom, cracha James. T'as autant de valeur pour le monde des sorciers qu'un scroutt à pétard. C'est pour ça que tu te plais autant chez les moldus, pas vrai? Ce sont les seuls qui t'acceptent encore.
—Surtout les hipsters, si tu veux tout savoir, répondit Scorpius du tac-au-tac.
Il avait joué la carte de l'attitude blasée après son coup de sang mais les paroles de James avait touché un point sensible. Mais il préférait encore mille endoloris que de devoir l'admettre.
—Que des salauds de sangs-purs dans ton arbre généalogique dont une bonne partie soit tué pendant la Grande Guerre, soit à Azkaban. Et toi, tu maîtrises la technologie moldue mieux que n'importe lequel d'entre eux.
James s'approcha de la table et se pencha vers Scorpius, le dominant de toute sa taille.
—T'es un sorcier ou un moldu? Peut-être que tu voudrais en devenir un, au fond? D'enfin trouver ta place… En attendant t'enfiles les deux rôles comme un déguisement. T'es une sorte de caméléon en fait. Le genre capable de jouer double-jeu.
—Et toi, quand est-ce que tu te décides à devenir un vrai sorcier? siffla Scorpius en levant les yeux vers lui. Pour l'instant, j'ai pas vu beaucoup de magie chez toi.
La colère montait de plus en plus. Et James semblait le provoquer exprès.
—C'est ça qui est étrange, avec toi Scorpius. T'as plus de magie que tu ne mérites, le genre premier de la classe sans se forcer. Et toi, tu postules pour devenir Auror. T'espérais quoi en venant passer les épreuves? Racheter le nom de ta famille?
Scorpius inspira et expira pour ne pas perdre pied. Pourquoi cela le touchait autant? James avait les mots pour remuer ce qu'il y avait de plus terrible en lui.
—Un jour, dit-il le plus calmement possible en se tournant vers Harry, vous m'avez dit que sans l'aide de ma famille vous n'auriez jamais pu remporter la Guerre. Et quand vous m'avez proposé de devenir Auror, j'ai eu l'impression d'être enfin utile. C'est pour ça que je suis là, dit-il encore. Pour être utile.
James se redressa et n'ajouta plus un mot. Il s'assit à la table à côté de son père. Harry et James se dévisagèrent un instant puis le fils acquiesça.
—Je vais te poser une question importante, Scorpius. Est-ce que tu veux te montrer utile pour les Aurors ou pour défendre les plus faibles?
—Je croyais que c'était la même chose.
Harry eut un petit rire triste.
—Tu sais pourquoi ont été créés les Aurors? Pour poursuivre et arrêter les Mages Noirs. Depuis Grindelwald et Voldemort, ils ne courent pas les rues. Nous ne faisons que soutenir la Brigade Policière lorsqu'elle en a besoin, et encore. Aujourd'hui, nous faisons face à une affaire sans précédent, lié de très près au monde moldus. Et la plupart de nos agents sont soit dépassés par la frontière entre nos deux mondes, soit ralentis par les politiques qui veulent à tout prix maintenir le Code International du Secret Magique…
—Ou d'autres incapables de maîtriser leurs émotions et qui éclatent la tronche de leur instructeur, dit James avec un rictus.
Scorpius se tourna vers lui, sur le point d'exploser.
—Pourquoi t'es là, en fait? Pourquoi tu me parles? Depuis tout à l'heure, tu ne fais que me descendre. T'as pas arrêté pendant les épreuves, et ici aussi, maintenant, dans ta cuisine. Non, en fait, c'est depuis Poudlard que tu me casses les noix.
—Qu'est-ce qu'il y a? On a le coeur trop sensible, Mangemort?
Le poing de Scorpius frappa la table dans un bruit sourd. Il se tourna vers Harry, le teint blême et le regard d'un tueur.
—Je pense qu'on a assez tourné autour du pot. Alors, Mr. Potter, avec tout le respect que je vous dois, qu'est-ce que vous attendez de moi?
—Hey, Malefoy, répondit James en se mettant en colère à son tour. C'est pas à lui que tu dois t'adresser, c'est à moi. Que tu le veuilles ou non, je sais ce que tu es et ce que tu n'es pas! T'es ni un sorcier, ni un moldu et t'es surtout pas un Auror. T'es le mec qui a toutes les raisons d'en vouloir à la Terre entière, comme les enfoirés qui vendent cette daube!
Il n'en fallut pas plus pour Scorpius pour comprendre. Il contempla James et Harry qui le dévisageait d'un air grave.
—Vous voulez que je m'infiltre dans le réseau, c'est ça? dit-il dans un souffle.
—Bien deviné, petit tête, se moqua James.
—Tes parents ont coupé les ponts n'est-ce-pas? demanda Harry.
—Oui.
Scorpius savait pourquoi Harry avait posé cette question. Il voulait le savoir sans attache. C'était une des conditions pour endosser le rôle du méchant: n'avoir plus rien à perdre. C'est une mission dangereuse, très dangereuse, du genre qui pouvait vous faire revenir entre quatre planches. C'était pour ça les épreuves et même la séance de torture. C'était pour voir s'il avait le cran de tenir face à la méfiance, aux mensonges et à la violence. C'était ça la vrai brigade d'élite des Aurors, engagé pour cette mission: juste un moyen de tester la seule personne au profil parfait pour infiltrer un réseau clandestin et mystérieux qui tuait les moldus en masse. Le genre de réseau qui était aussi lié à Radcliffe, à un cracmol capable de maîtriser la baguette de Sureau avec des pouvoirs extraordinaires et à la source de Poudlard capable de détruire les Reliques de la Mort.
—Qu'est-ce que je dois faire? demanda Scorpius après un moment de réflexion.
—Le premier objectif est que tu entres dans le réseau. Le seul contact que nous avons sous la main, c'est Gwen Rickman. Il va falloir que tu entres à Azkaban pour ça. Et pour être convainquant, tu vas devoir te faire condamner pour un crime. On a pensé à un acte anti-moldu avec une légère entorse au Code International du Secret Magique…
—Vu ta famille…, ajouta James qui avait replié ses bras sur sa poitrine.
—Tu seras condamné pour une peine de six mois, qui coïncide avec la libération de Gwen. Ça te permettra aussi de la mettre en confiance pour qu'elle accepte de te présenter au commanditaire de l'attaque de Poudlard.
—C'est l'occasion pour toi de te montrer utile…, lâcha James.
Il n'arrivait même plus à s'énerver aux piques de James. Le mot Azkaban résonnait dans son esprit. Il prenait soudain conscience de tout ce qu'on lui demandait de faire. C'était plus ce qu'un sorcier pouvait supporter.
—Si tu acceptes, personne ne saura jamais la vérité mis à part moi et James. Une fois à l'extérieur, ton unique contact sera James.
—James? Vraiment? demanda Scorpius sceptique.
—C'est comme ça, Mangemort! s'énerva James. Que tu le veuilles ou non, je serai le seul qui sauras qui tu es vraiment. Ça fait de moi ton nouveau meilleur ami!
Scorpius dévisagea James, ce même salaud qui lui avait balancé plusieurs endoloris, entraînement ou pas. Le même jeune freluquet qui le houspillait dans les couloirs de Poudlard à cause de son nom. Rien que l'idée de cette collaboration étroite avec James Potter, lui donnait assez de raisons pour décliner la mission.
—On a besoin de toi, Scorpius, répéta Harry sentant son hésitation.
Le chef des Aurors lui tendit une main. Scorpius la fixa longuement. Il savait que s'il la serrait, il acceptait tous les risques et toutes les conséquences.
—Tu te dégonfles, Malefoy? demanda James avec un sourire.
—Jamais devant toi, répondit ce dernier.
Il scella son sort d'une poignée de main.
