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UN MOLDU PAS COMME LES AUTRES


Il pleuvait cette nuit-là.

Liam Jones patientait sur la banquette arrière d'une Opel moisie d'une affreuse couleur jaune moutarde. Il avait sorti son mot fléché et butait sur un synonyme de "lâche" en cinq lettres. Ses deux collègues riaient à l'avant, passant le temps en se rappelant des anecdotes sur de vieux dossiers. Cela faisait maintenant trois heures qu'ils étaient assis dans cette voiture miteuse attendant que leur suspect ne daigne à sortir de son appartement pour le prendre en filature.

Liam connaissait très peu ses coéquipiers. Fraîchement nommé inspecteur, il n'avait pas encore gagné le respect de ses collègues plus expérimentés qui voyaient son jeune âge d'un mauvais oeil. Pourtant Liam n'avait reçu aucun soutien extérieur. Il avait passé le concours de la police comme tous les autres, dès sa sortie du lycée. Il avait raflé toutes les récompenses, eut les meilleurs ponts et servi pendant cinq ans dans la police comme simple agent. L'examen pour devenir détective était passé comme une lettre à la poste et avec l'aval de ses anciens supérieurs, il avait pu rejoindre la brigade anti-drogue.

Son rêve était d'entrer à la criminelle. Malheureusement, le chef de sa brigade l'avait pris en grippe à cause de ses coups de sang répétitifs et il l'avait collé en planque avec deux gars à qui il avait à peine parlé. Howard et Dougs avaient le double de son âge, la quarantaine bien tassée. Ils n'avaient jamais eu d'avancement, se contentant de poursuivre des petits dealers à la semaine. Il n'avait pas apprécié l'allure du jeune blanc-bec, la carrure solide due à ses entraînements acharnés, son visage séduisant, ses yeux bleus et sa tignasse brune emmêlée. Il y avait pire, Liam ne parlait presque jamais si ce n'était pour pousser ses crises de colère. Le jeune bleu avait le sang chaud et avait l'horrible défaut d'être toujours persuadé d'avoir raison.

—Et si tu dois choisir entre Scarlett Johansson ou la petite-là…, dit Dougs, les mains sur le volant.

—Je vois pas... , répondit Howard qui écoutait à peine.

Liam soupira. Il délaissa ses mots-fléchés. Il n'arrivait pas à se concentrer de toute façon. Il jeta un coup d'oeil par la vitre mouillée. La rue était déserte. Un lampadaire diffusait une lumière jaune atroce, aussi désagréable que celle de la voiture. Il fixa, pendant une minute, la porte rouge de la maison, au-dessus d'un petit escalier devenu glissant par la pluie. Personne n'était entré ou sorti depuis le début de leur planque.

—Mais si! insista Dougs. Celle qui joue dans le film-là… Avec son arc et où ils doivent s'entretuer…

Dougs parlait avec un fort accent du nord. Liam était prêt à parier qu'il venait droit d'Oban. Que faisait un écossais en plein Londres? Mystère ou peut-être le besoin de recommencer une nouvelle vie un récent divorce, au vue de la trace plus blanche à son annulaire gauche.

—Je peux avoir le dossier? demanda Liam.

Dougs et Howard le regardèrent comme s'ils venaient seulement de se souvenir de sa présence. Howard fouilla dans la boîte à gants surchargée de détritus de fast-food et lui balança le dossier sur les genoux.

—Il est consciencieux, le petit, railla Howard en le désignant du pouce.

—Ah mais tu comprends… Ce cher Jones vient de la haute. Il aime faire ses petits devoirs comme un bon petit écolier.

—Je viens de Peckham, si ça vous intéresse, répondit Liam d'une voix égale.

Un silence gêné suivit cette révélation. Peckham était connu pour être le quartier de Londres avec un taux de criminalité très élevé avec entre-autre le massacre d'une dizaine de personnes dans un bar à l'aide d'une mitraillette. Liam avait grandi dans un petit appartement vétuste entre les cris de la femme du voisin qui se faisait battre quotidiennement et les gangs rassemblés au coin de son immeuble.

Dougs et Howard ne dirent rien pour s'excuser. Ils se contentèrent de l'ignorer pour reprendre leur discussion ce qui arrangea la jeune recrue. Il ouvrit le dossier et le parcourut rapidement des yeux. Le suspect était une femme, vingt-cinq ans, sans attache, avec un casier judiciaire long comme le bras. Elle s'était fait arrêter de nombreuses fois pour détention de stupéfiants et association de malfaiteurs. En gros, c'était une petite dealeuse qui se fournissait dans des réseaux organisés qui lui refourguaient la dernière merde à la mode pour la vendre à des étudiants en manque de sensations.

Depuis de nombreux mois maintenant, plusieurs personnes avaient trouvé la mort après la consommation d'une nouvelle drogue étrange. Ils avaient, à peu près, tous le même âge, la même situation financière et le même profil. Les victimes étaient des jeunes dans la vingtaine, venus s'amuser en ville avec un petit supplément. La majorité en était mort et les rescapés étaient plongés dans un coma profond sur leur lit d'hôpital. Les familles réclamaient justice, le maire paniquait et les supérieurs gueulaient. L'affaire était d'autant plus sensible que plusieurs vidéos étranges circulaient sur Youtube, montrant certaine victime voler soudainement dans les airs ou fracasser des murs à mains nues. Liam les avait toute visionné, persuadé d'un plan marketing osé. Créer le buzz pour créer la demande, c'était osé venant de malfrats mais tout était possible. Ses heures de visionnage avait porté leurs fruits puisqu'il avait débusqué une silhouette féminine commune à toutes les vidéos, celle de leur suspect.

—Qu'est-ce qu'elle fout cette conne? On va pas passé la nuit là! râla Howard en zieutant la fenêtre de la dealeuse.

Liam leva les yeux de son dossier et observa sa fenêtre. Les rideaux étaient tirés mais il y avait de la lumière. D'après le compte-rendu de ses déplacements, elle sortait toujours le même jour, à la même heure pour vendre sa marchandise. L'heure était passée depuis longtemps. Liam comprit qu'elle ne sortirait pas.

Il sortit son arme de son étui et enleva la sécurité d'un geste expert avant d'ouvrir la portière.

—Hey! lança Howard. Qu'est-ce que tu fais?

—Je règle l'affaire.

Il fourra l'arme dans sa poche et releva son col pour se protéger, tant bien que mal, de la pluie. Dougs descendit à son tour pour le rattrapper.

—Tu es fou! Ça fait six mois qu'on la surveille. Tu vas pas tout foutre en l'air!

—Six mois c'est trop long, répondit Liam en marchant résolument vers la porte rouge.

—Oh et puis, fais ce que tu veux! lâcha Dougs en s'arrêtant au milieu du trottoir.

Tandis qu'il entendait la portière claquer dans son dos, Liam gravit les marches et sonna au nom qu'il avait lu dans le dossier.

—Oui? répondit une voix féminine.

—C'est Merlin qui m'envoie, dit Liam.

En interrogeant les amis des victimes, ils avaient découvert que l'un des codes qu'ils devaient fournir était ce nom ridicule de personnage de dessin-animé. Liam attendit une dizaine de secondes avant d'entendre le son caractéristique qui lui signala que la porte d'entrée était ouverte. Il monta les étages à pied, secouant sa veste des gouttes de pluies.

Il arriva sur le palier éclairé par un néon à la lumière tremblotante et sifflante. Les murs étaient sales, le sol couvert de moutons de poussière. Il sortit son portable de sa poche et actionna l'enregistreur. Avec un peu de chance et s'il s'y prenait bien, il pourrait lui faire cracher le nom de ses contacts.

Il marcha plus tranquillement jusqu'au numéro sept. Une musique d'electro vrombissait sous derrière la porte. Liam avisa le judas droit devant lui et toqua plusieurs fois. Il entendit des pas puis une chaîne de verrou glisser dans sa fente. Enfin, la porte s'entrouvrit et il aperçut le corps malingre d'une jeune femme par l'entrebaillement. Son visage apparut enfin. Elle était plutôt belle dans son genre. Ses yeux étaient maquillés de noir, à l'excès et une frange tout aussi sombre lui mangeait tout le front. Ses pupilles étaient dilatées et l'odeur qui émana d'elle indiqua immédiatement à l'inspecteur qu'elle était défoncée.

—Viviane, c'est ça? dit Liam en la dévisageant. Excuse-moi de débarquer sans prévenir mais j'suis à court et des potes à moi m'ont dit que tu pouvais m'aider.

Il fit trembler ses mains en prenant un air nerveux de drogué en manque. Viviane le détailla de la tête au pied, ouvrant un peu plus sa porte mais pas assez pour qu'il puisse découvrir l'intérieur de l'appartement. Tout comme bon criminel qui se respecte, elle était méfiante. Mais Liam avait l'âge de sa clientèle et avait côtoyé assez de drogués dans sa vie pour les imiter à la perfection.

—Ça fait des heures que personnes ne me répond alors je me suis dis que... je pouvais m'inviter chez toi pour prendre un café sucré…

L'allusion au café tapa dans le mille. Liam avait observé tellement de fois sa mère ouvrir à ses clients lorsqu'ils prononçaient ce code. Le visage fermé et hostile de Viviane se radoucit aussitôt. Liam lut même dans ses yeux une pointe de désir. Elle devait le trouver à son goût ce qui arrangeait ses affaires.

—J'ai pas de café, répondit Viviane d'une voix lasse. Mais j'ai autre chose qui pourrait te surprendre.

—Va pour la surprise, alors, dit Liam avec son plus beau sourire.

Elle lui ouvrit la porte et Liam pénétra dans son appartement. Viviane referma la porte sans pousser le verrou. Elle n'avait qu'une simple nuisette de nuit sur le dos et Liam comprit qu'elle n'avait eu aucune intention de sortir. Elle se dirigea vers la pièce du fond et Liam la suivit en observant chaque recoin.

Le désordre était ambiant. Il y avait des étagères métalliques un peu partout, jonchés de bibelots plus absurdes les uns que les autres. De la vaiselle sale traînait dans l'évier, la télé marchait en sourdine et une lampe grésillait sur une petit table basse.

—Assis-toi, dit-elle en lui désignant un canapé à la propreté douteuse.

Le regard de Liam tomba sur sa table basse vitrée. Il repéra le tabac, le rouleau, l'effriteuse, l'odeur de marijuna, quelques sachets de poudres blanches dans un pot, une petite boîte métallique à côté d'un plateau en plastique recouvert de cendre. Un paquet de chips traînait dans le canapé et la musique hurlait dans des enceintes le morceau suivant.

Liam s'asseya sans hésiter. Il ne supportait pas la crasse mais son visage ne trahit aucun dégoût. Viviane resta debout à le contempler, comme si elle était encore en train de le juger. Liam remarqua les points rouges dans le creux de ses bras et il détourna aussitôt le regard pour se concentrer sur les images qui défilaient sur l'écran devant lui. Viviane sortit de la piéce sans dire un mot. Liam crut, un instant, qu'elle avait comprit mais se rassura en entendant les bruits de vaisselles.

—Ça te dit, un verre? lança Viviane de la cuisine.

—Ouais, fais péter.

L'inspecteur regarda à gauche, à droite. Il ne vit rien de suspect ou quoique ce soit qui ressemblait aux sachets marqués d'une baguette magique qu'ils avaient retrouvé sur les corps des victimes. Viviane revint avec une bouteille à moitié vide et deux verres à l'aspect douteux. Liam ne discuta pas et prit le verre que lui tendit la dealeuse. Elle lui versa une bonne rasade de vodka et il la but à petite gorgée. Viviane vint s'asseoir en face de lui, masquant l'écran de télévision qui était en train de passer un épisode de Bob l'Eponge.

—Tu as de quoi payé? demanda-t'elle avant de boire.

—Combien?

—Cent livres la dose, annonça-t'elle.

—C'est cher…

Viviane se mit à rire. Sa tête partit lentement en arrière et elle réprima un frisson en soupirant.

—C'est cher mais c'est plus puissant que ce que t'as jamais pris. Tu ne regretteras pas un centime. Je te le garantis.

—Je ne demande qu'à voir, dit Liam en buvant encore une gorgée de sa vodka.

La dealeuse posa ses deux pieds contre le rebord de sa table basse. Elle écarta lentement les jambes en faisant glisser la paroie de verre pour dévoiler une cachette secrète sous le miroir. Lorsque Liam baissa les yeux sur son contenu, il trouva enfin ce qu'il était venu chercher: les sachets de cette poudre verte luminescente dans des centaines de petits sachets marqués d'une baguette magique.

Elle se pencha en avant en dévoilant son décolleté plongeant qui ne provoqua aucune réaction chez Liam. Elle se saisit délicatement d'un des nombreux sachets et l'agita sous le nez de Liam. Elle ne l'avait même pas ouvert mais déjà, elle se mit à renifler plusieurs fois.

—Comment ça s'appelle? demanda Liam.

—Potter... , dit Viviane en détachant chaque syllabe.

—Potter? Comme un nom de famille. C'est bizarre.

—Tout autant que cette came, chéri.

Elle secoua le sachet puis l'ouvrit doucement.

—Comment ça se prend?

—Il suffit de la respirer. Une petite dose, seulement… Les plus gourmands se retrouvent à l'hosto.

—C'est pas dangereux?

—Seulement si tu ne sais pas te contrôler…

Elle déposa une petite portion de poudre sur le dos de sa main et l'approcha de ses narines. Viviane inspira profondément et laissa sa tête partir en arrière .Liam l'observa dégoûté intérieurement de la laisser faire. Mais lorsqu'elle baissa la tête pour le dévisager, il ne put réprimer un cri de surprise.

Ses yeux étaient devenus vert, un vert surnaturel. Elle lui adressa un sourire mauvais et agita ses doigts vers lui dans une danse du poignet grotesque. Sa voix était devenue caverneuse, profonde et effrayante. Liam hésita à intervenir.

—Maintenant, tu vas me dire ce que tu viens vraiment faire ici et qui t'a donné mon adresse…, ordonna-t'elle de sa voix transformée.

De ses doigts sortirent une sorte d'halu lumineux qui flotta jusqu'à Liam. Il contempla la fumée verte sans comprendre d'où est-ce qu'elle pouvait bien provenir. Le nuage flotta autour de Liam et Viviane le contempla avec ses yeux de fous, attendant visiblement un résultat.

Mais Liam ne ressentait rien. Absolument rien n'avait changé si ce n'était cette fumée verte étrange et les yeux de malachite.

—Je te l'ai dit, répéta Liam en essayant de faire bonne figure. Je viens prendre une dose.

—Menteur! tonna Viviane Je peux le sentir grâce à ça (elle jeta le sachet sur la table et la poudre s'éparpilla sur le miroir). Tu mens! Tu ne devrais pas savoir mentir…

Liam en avait plus qu'assez de cette comédie et elle devenait agressive. De toute façon, il avait enregistré toute la conversation. Il décida d'agir. Il se leva d'un bond et sortit son arme de sa poche pour la braquer sur Viviane qui plongea ses yeux verts surnaturels dans les siens.

—Police! Vous êtes en état d'arrestation! dit-il d'une voix sûre.

Viviane le contempla, avec une expression de folle. Un lourd silence s'installa entre eux où personne ne décidait à bouger. Les premières notes d'un nouveau morceau éclatèrent dans l'appartement et le rythme s'intensifia en même temps que la tension.

D'un simple mouvement des doigts, Viviane fit soulever sa table basse dans les airs et la projeta violemment contre Liam. Abasourdi par le phénomène, Liam ne réagit pas assez vite. Le meuble le percuta de plein fouet et il tomba à la renverse, sous des débris de verres et de bois. Les sachets se répandirent sur la moquette et Viviane se leva du fauteuil pour s'approcher de Liam qui essayait de reprendre ses esprits.

Tandis qui secouait la tête dans tous les sens pour retrouver ses repères, il vit les bris de verre s'élever dans les airs, tout comme la table basse. Viviane levait la main en même temps que ses projectils qui pointèrent tous dans la même direction, celle du Liam, toujours allongé au sol.

Cette fois-ci, il sut réagir. Il braqua son arme droit vers la main de Viviane et tira. La balle traversa sa paume et elle poussa un hurlement de rage avec cette même voix déformée et terrifiante. Les morceaux de verre retombèrent sur le tapis et Liam en profita pour se remettre debout. Sa paupière avait doublé de volume et il avait un goût de sang dans la bouche. Viviane tenait sa main blessée en hurlant toujours, ses cris se mêlant aux vociférations de la musique.

—Pourriture de flic! cracha-t'elle.

—Ne m'oblige pas à te tuer! cria-t'il, encore un peu sonné.

Elle se précipita sur lui et il tira encore. Il vit alors Viviane dévié la trajectoire de la balle d'un simple mouvement du poignet. Il se serait cru dans un mauvais film de science-fiction, sauf que tout arrivait dans la réalité. Cette fille bizarre avait des pouvoirs, tout comme les victimes dans les vidéos.

En poussant un hurlement de rage, elle fonça sur lui pour le pousser. Ils tombèrent au sol, tous les deux et Liam sentit son arme lui échapper des mains pour se perdre dans les débris de meubles.

—Tu vas le regretter! rugit-elle en appliquant ses mains entourées d'un halo verdâtre sur sa poitrine. MEURS!

Liam sentit les mains de la dealeuse se chauffer comme un métal brûlant. Il craignit le pire mais rien ne se produisit. Il respirait toujours, il souffrait toujours le martyrs et il remarqua l'air étonné de son assaillante.

—Tu n'es pas normal! lâcha-t'elle en contemplant ses mains.

—On me l'a souvent dit.

Il lui donna un violent coup de poing en pleine face et elle tomba en arrière en gémissant. Liam chercha des yeux son armes. Il espéra, de toutes ses forces, que ses collègues aient entendu les coups de feu. Avec un peu de chance, ils débarqueraient en renfort pour maîtriser la forcené.

Liam se remit debout en chancelant un peu. Viviane l'attrapa aux jambes et tira de toutes ses forces, force qui semblait avoir soudain décuplé. Elle le propulsa dans les airs et il heurta brutalement le plafond avant de retomber lourdement au sol. Il en eut le souffle coupé. Viviane ne parlait plus, elle ne faisait que hurler. Elle leva son poing pour le frapper encore et Liam réussit à esquiver le coup en roulant sur lui-même. Il lui envoya un bon coup de pied dans le ventre et elle recula en gémissant.

De ce qu'il avait compris, cette drogue lui donnait des pouvoirs, aussi invraisemblable que cela puisse paraître. Mais ces pouvoirs ne marchaient pas sur lui et il pouvait lui faire mal. Il se releva encore, gémissant et ignorant la douleur lancinante qui semblait émaner de chaque parcelle de sa peau. Viviane le bras pour le frapper encore, toujours entouré de cet halo mystérieux. Il esquiva, para l'autre bras en entendant son poignet se casser puis frappa à son tour avec son bras valide.

Il frappa le plus possible, évitant les coups fatals lancés par Viviane qui commençait à paniquer. Ils reculèrent ainsi dans le salon, Liam frappant dès qu'il le pouvait et Viviane qui semblait devenir de plus en plus folle. Elle commençait à perdre de la vitesse dans ses attaques et Liam comprit que l'effet de la drogue commençait à se dissiper. Il décela, dans ses yeux verts, de la peur. Il frappa encore au ventre et elle recula de trois bons pas.

—C'est finis, annonça-t'il, du sang lui dégoulinant sur son menton.

L'éclat verdâtre dans ses pupilles perdait de sa couleur. Elle se tenait le ventre, sa main rouge de son sang et la peau meurtri par les nombreux coups de Liam. Pour toute réponse, elle poussa un cri de rage qui résonna dans tout l'immeuble. Elle leva ses deux mains devant lui et Liam vit de petites flammes naître dans ses paumes.

Ne réfléchissant plus à rien et saisit par la peur de ce que pouvait produire ces flammes, il fonça droit sur elle. Il l'attrapa par la taille, défonça la porte d'entrée et l'assoma contre le mur du couloir. Mais les flammes étaient déjà parties. Les mains de Viviane crachèrent un brasier digne d'un dragon qui ravagea chaque parcelle de l'appartement. Voyant l'explosion dans son dos et l'appel d'air qu'il avait provoqué en éventrant la porte, il sauta sur le côté avant que les flammes ne lèche les murs autour de la porte.

Il tira Viviane vers lui mais le feu lui avait léché les jambes et il eut du mal à les éteindre avec sa veste. Une fois en sécurité, il prit le poul de la dealeuse et se rassura en le sentant sous ses doigts. Elle était inconsciente et lorsqu'il souleva l'une de ses paupières, Liam vit que ses yeux avaient repris leur couleur naturelle.

Il se laissa glisser le long de la portion de mur qui n'avait pas brûlé et contempla le carnage à l'intérieur de l'appartement. Au-dehors, il entendait la sirène des pompiers et celle des renforts. Il gémit en soulevant son poignet brisé, la douleur se mêlant avec toutes les autres. Il n'était plus que bleus, coupures et quelques os cassés. Mais au-delà de la souffrance, cela ne importait peu. Il ne se désola que d'une chose: dans leur lutte, toute la marchandise était partie en fumée.

OoO

Liam contempla l'ambulance démarrer, toutes sirènes hurlantes, avec sa suspecte à bord.

Il était lui-même assis sur le bord d'une autre. Un ambulancier lui appliquait un pansement sur ses nombreuses plaies tandis qu'un autre auscultait son poignet qui avait doublé de volume. Les voisins de l'immeuble étaient sortis dans la rue et regardaient, d'un air apeuré, les flammes qui avait envahi leur habitation. Un énorme camion de pompiers était garé non loin et deux hommes du feu, agitaient leur lance vers la façade inondant l'immeuble de gros jet d'eau. Une épaisse fumée noire se dégageait des fenêtre brisées, se confondant avec le ciel de la nuit. Il y avait trop de bruits et de lumières au goût de Liam. Un sérieux mal de crâne lui vrillait les temps, il avait une affreuse envie de vomir et un goût de cendre dans la bouche.

Dougs et Howard se tenait à ses côtés. Ces deux ballourds n'avaient décidé à agir que lorsqu'ils avaient vu l'explosion, bien au chaud dans leur voiture pourrie. A cette heure, une dizaine de flics quadrillaient le secteur, repoussant les passants et les autres voisins en robe de chambre, venus filmer le drame avec leurs smartphone.

—Tu dis qu'elle a pris cette drogue et qu'elle a fait voler la table…, répéta Dougs sur un ton sceptique.

—Pour la millième fois, oui! Elle me l'a balancé en pleine figure.

—Comme par...magie? tenta Howard avec un petit sourire aux lèvres qu'il peinait à cacher.

Liam en avait plus qu'assez. Il avait beau répéter encore et encore la même chose, ses deux collègues ne le croyaient toujours pas. A vrai dire, il ne pouvait pas vraiment leur en vouloir. Plus il y repensait et plus il se demandait s'il n'avait pas imaginé tout ça. Pourtant les échardes et coupures sur ses bras étaient bien réels.

—Elle a respiré cette drogue...ce Potter. Et ses yeux sont devenus bizarres. Elle agitait ses mains et les objets se mettaient à voler…

—C'était une sorcière en fait, pouffa Dougs qui ne pouvait plus se retenir.

—C'était comme dans les vidéos! s'énerva Liam qui tenta de se lever.

La tête lui tourna aussitôt. Il chancela, quelques minutes, et Dougs le força à se rasseoir.

—Te mets pas dans des états pareils.

—Ouais, t'as juste reçu un solide coup à la tête, marmonna Howard.

Liam le foudroya du regard mais ne trouva rien d'autre à dire pour se défendre. Toutes les preuves avaient disparu dans l'explosion.

Il cligna plusieurs fois des yeux et découvrit soudain un nouveau groupe de personnes franchir le cordon de sécurité. Il trouva cela étrange car il n'avait entendu aucune voiture arriver, ni se garer au milieu des voitures de police, des ambulances et du camion de pompier. Ces personnes étaient d'autant plus bizarres, affublés comme l'as de pique. Aucun ne rachetait l'autre. Il vit un grand gars roux, portant un gilet de mouton, sur une chemise à fleur avec un pantalon à carreau, comme ceux des clowns. Un autre portait un pantalon pattes d'éléphant et un pull tricoté d'une affreuse couleur jaune moutarde. On aurait dit des personnages tirés de différents feuilletons des années septantes qui avaient voyagés dans le temps et débarquer subitement sur la scène de crime.

—Je veux deux brigadiers dans l'appartement! rugit le grand roux. Vous me récupérer tout ce que vous pouvez.

Liam vit deux hommes acquiescer et sortir deux bâtons de leurs poches, de fines baguettes de bois dont l'extrémité s'illumina tout à coup. Liam bondit en arrière en attrapant l'épaule de son collègue pour l'avertir. Le souvenir des prouesses de Viviane était encore très vivace dans son esprit.

—C'est ça! cria-t'il en désignant l'homme roux qui marchait tranquillement vers eux. C'est de la magie!

—Quoi?

—Du calme…, commença le rouquin en s'avançant vers eux en levant ses mains pour montrer qu'il venait en paix. Tout va bien se passer.

—Qui êtes-vous? demanda Dougs en jugeant le nouveau venu d'après sa tenue grotesque.

L'homme roux eut un sourire triste. Au-delà de ses vêtements ridicules, il avait une belle carrure, un long nez, des yeux bleus et le visage couvert de taches de rousseurs. Une barbe de plusieurs jours mangeait sa mâchoire carrée et les rides de son grand front se creusèrent quand son sourire se transforma en grimace.

—Vous posez toujours la même question. Mais ça ne sert à rien que je vous réponde puisque vous allez l'oublier tout de suite après…

—Quoi? répéta bêtement Dougs.

Derrière le rouquin, Liam remarqua les autres nouveau venus en train de rassembler la foule. Ils les encerclaient avec des sourires chaleureux et en leur parlant d'une voix douce comme pour s'adresser à du bétail. Liam était de plus en plus tendu. Même si l'homme aux cheveux roux ne lui semblait pas dangereux, il ne lui inspirait pas confiance et il n'aimait pas son air supérieur.

—Bien, on a entendu sur vos fréquences radios qu'il y avait une femme dans cette appartement qui vendait cette drogue bizarre-là. Vous pouvez me dire où elle se trouve?

—Vous faites partie d'un autre service, c'est ça? demanda Howard en s'énervant.

Il était assez courant que d'autres services de la police viennent piquer une affaire à une autre. La brigade des stupéfiants était d'ailleurs souvent en rivalité avec la criminelle. Mais Liam aurait parié n'importe quoi que l'homme qu'ils avaient sous les yeux n'était pas de la police ou de n'importe quel organisme que ce soit. Même James Bond n'aurait pas osé s'affubler de la sorte.

—En quelque sorte…, répondit-il sur un ton énigmatique.

—C'est toujours pareil, maudit Dougs. C'est nous qui trimons et c'est la crim qui rafle tout.

—Non, non… Rassurez-vous, dit le roux. Je ne compte pas vous voler votre… vous appelez ça comment, vous? Affaire, c'est ça? Je veux simplement savoir où se trouve cette femme. J'ai quelques questions à lui poser.

—Elle est partie en ambulance, il y a cinq minutes, révéla stupidement Dougs.

Liam l'aurait frappé si son poignet n'était pas cassé.

—Parfait! s'exclama le rouquin. Ambulance...c'est la voiture qui vous conduit à...l'hôpital quand vous êtes blessé, j'ai bon?

Liam trouva très étrange la manière qu'il avait de chercher ses mots, comme s'il ne lui était pas familier. Il n'avait pourtant pas d'accent et s'exprimait dans un anglais parfait.

—Une dernière question avant qu'on ne s'occupe de vous…, dit-il encore. Quel hôpital au juste?

Dougs ouvrit la bouche mais Liam l'arrêta en lui donnant un coup de coude.

—Si vous croyez qu'on va vous révéler nos infos comme ça… On ne vous connait pas, dit-il en plongeant son regard dans celui de l'étrange énergumène.

Celui-ci le dévisagea un moment. Un lourd silence s'installa entre les policiers, troublé par les sirènes de polices et le crépitement de l'incendie. Liam n'avait pas encore remarqué que les flammes avaient commencé à diminuer et sans l'aide des pompiers qui avaient rangé leur lance pour rejoindre le troupeau amassé devant ces hommes vêtus étrangement.

L'homme roux poussa un soupir.

—Je n'aime pas en arriver là mais bon…, lâcha-t'il en farfouillant dans sa poche.

Liam eut le réflexe de sortir son arme, craignant que le rouquin ne les agresse en premier mais il se rappela, à regret, qu'il l'avait perdu dans l'appartement en flammes. Ses collègues, avec un sursaut de lucidité, comprirent le même signal et portèrent leurs mains à leurs ceinturons pour se saisir de la leur. L'homme au gilet de mouton fut plus rapide. Au lieu d'un pistolet automatique, il sortit un bâton comme ceux des hommes qui étaient entrés dans l'appartement. Il fit un bref mouvement du poignet et Dougs et Howard se retrouvèrent figés sur place.

Liam ne bougea pas non plus. Pas parce qu'il en était devenu incapable mais par réflexe, suivant le mouvement et voulant, à tout prix, voir où l'homme étrange voulait en venir. Il ne se rappelait que trop bien de son altercation avec Viviane. Et cet homme semblait être pourvu des même pouvoirs magiques que la dealeuse. Il n'avait cependant pas les yeux verts luminescents et Viviane n'avait pas eut besoin de ce bâton bizarre pour lui jeter des sorts mais cette magie lui inspira la peur et le danger. Son instinct lui dicta de se tenir tranquille.

L'homme roux se tourna vers Liam pour lui faire face. Celui-ci ne bougea pas d'un pouce, retenant presque sa respiration pour ne pas se trahir. Il pointa l'extrémité de sa baguette de bois sur ses lèvres.

Revelio, murmura-t'il.

Liam se demanda s'il venait de parler latin. Il ne dit rien, ne réagit pas. Il attendait de voir ce que l'homme allait faire.

—Bien. Tout d'abord désolé pour tout ça… Je n'aime pas ensorceler les moldus mais vous ne m'avez pas vraiment laissé le choix…

Il tiqua au mot "moldu" et comprit qu'il parlait de lui. Derrière le rouquin, ses collègues avaient eux-aussi sorti leurs baguettes et les pointaient sur les gens amassés dans la rue. Un mince filament s'étaient tissés entre l'extrémité de la baguette et le visage des voisins, passants, policiers et pompiers.

—Je vous prie de me dire dans quel hôpital se trouve la marchande de drogue, s'il vous plaît.

Le ton poli de cet homme qui était assez puissant pour immobiliser deux hommes d'un simple coup de poignet, était très déstabilisant pour Liam. Il comprit qu'il pouvait parler et que le mot qu'il avait prononcé plus tôt était pour lui faire dire la vérité, comme lorsque Viviane lui avait demandé qui il était vraiment.

—A l'hôpital Saint-Mary, mentit Liam à toute vitesse, parlant d'une voix égale.

—Merci…

Il pointa à nouveau sa baguette devant Liam.

Oubliettes

Liam vit un mince filament se déployer son visage, celui de ses deux collègues et sur celui des ambulanciers. Les traits de tous les autres se détendirent brusquement. Leurs regards devinrent rêveurs et un fin sourire se dessina sur chacun de leur visage. Le sort agit sur chacun d'eux sauf sur Liam n'osait toujours pas bouger.

—Hey! Les oubliators! cria le rouquin dans son dos, sa baguette toujours pointées sur eux. Vous avez fini de votre côté?

—Oui, cria l'un des autres hommes mal habillé. On leur a mis le scénario de la fuite de gaz.

—Parfait.

Il rangea sa baguette et les deux hommes envoyés dans l'immeuble revinrent, couvert de suie.

—Vous avez trouvé quelque chose?

—Rien, répondit un des hommes. Tout a brûlé.

—Merde. Harry ne va pas être content.

Le rouquin fit signe aux "oubliators" d'approcher. Le petit groupe se rassembla au milieu de la rue. Il y eut une série de bruit de craquement et les hommes étranges disparurent sous les yeux médusés de Liam.

Oubliant sa douleur et son poignet brisé, Liam s'encourut à l'endroit où les inconnus avaient soudainement disparus. Il tâta le bitume, cherchant désespérément une trappe ou n'importe quoi qui aurait expliqué de façon rationnelle ce qu'il avait vu. Mais il ne sentit que l'asphalte mouillée sous ses doigts.

—C'était quoi ça?! hurla-t'il à ses collègues qui discutaient tranquillement avec les ambulanciers.

—Pourquoi tu cries? demanda Dougs en l'observant bizarrement.

Un pompier s'approcha de lui et le prit par les épaules en le forçant à reculer.

—Ne restez pas là, monsieur. Il y a une fuite de gaz, c'est dangereux!

—Laissez-moi! se débattit Liam.

Il leva les yeux vers l'immeuble. Les flammes avaient complètement disparues. Il ne restait que la brique noircie et les carreaux brisés, seul témoignage de ce qu'il avait réellement vécu. Tout le reste avait disparu avec ces hommes venus de nulle part qui avaient emporté avec eux, les souvenirs de tous les témoins rassemblés dans la rue.

Tous sauf pour Liam et il ne savait même pas pourquoi.