13
LE TALENT DES MALEFOY
Scorpius n'était pas sûr d'avoir choisi la bonne attitude avec les néo-mangemorts et il en payait le prix chaque jour. Sa routine paisible (si on pouvait l'appeler comme ça) avait tourné au cauchemar. Dès qu'il avait entendu son nom de famille et sa décision, les néos ne l'avaient plus lâché.
Scorpius s'était vite rendu compte qu'il n'y avait pas qu'Ombrage qui était dans les petits papiers du chef suprême. Même si leurs geôliers restaient des immonde cracmols, les néos avaient appris, comme tous les autres, à survivre quitte à pactiser avec les êtres qu'ils méprisaient autant que les moldus. Conrad était le plus dangereux. La première impression de Scorpius avait été la bonne. Il dégageait la même impression qu'Albus mais animé d'une perversion effrayante. Chaque matin, il avait fait en sorte que ce soit la cellule de Clovis et de Scorpius qui était tirée au sort pour la fouille. Silver prenait un malin plaisir á retourner les matelas, piétiné les dés de Clovis et les fouiller en les palpant allègrement. Clovis était mort de peur á chaque fois que le chef des gardiens pénétrait dans leur cage et Silver jouait avec sa peur. Il balançait sa matraque et feintait de temps en temps, mimant le geste du premier coup, se réjouissant du glapissement de désespoir du pauvre Clovis. Heureusement, Scorpius et Clovis n'avaient rien à cacher et Silver en ressortait plus frustré que jamais.
Une fois sorti dans la fosse, Scorpius devait courir vite pour échapper à l'harcèlement de Conrad et de ses hommes. Ils arrivaient à le bloquer dans un coin pour lui renouveler leur proposition. Ils n'arrivaient pas à concevoir qu'un sang-pur, issu d'une famille de mangemorts, puisse ainsi renier ses origines. Leurs conversations dans des coins obscurs de certains tunnels, se finissaient toujours par quelques coups de poings et une bonne raclée pour Clovis. Parfois Scorpius avait le dessus et réussissait à les faire fuir pour aujourd'hui, et parfois lui et Clovis finissaient en sang sous le regard cruel de Conrad.
Cela ne pouvait plus durer. Les mangemorts avaient raison sur un point: le comportement de Scorpius n'avait aucun sens, surtout après les crimes qu'il avait commis pour se retrouver enfermé à Azkaban. S'il persistait à repousser les néos, il aurait de plus en plus de mal à maintenir sa couverture, même une fois dehors. Est-ce que cela voulait dire qu'il devait quand même les rejoindre. Il espéra, de tout son être, de ne pas y être contraint.
Après la fouille du matin (qui avait encore été faite dans leur cellule avec les compliments de Conrad), le garde-du-corps du crapaud, le costaud Rosier, vint à sa rencontre lorsqu'il se plaça, avec Clovis, dans la file pour recevoir leur nourriture.
—La Mère veut te voir, dit-il à Scorpius.
Rosier lui fit signe de le suivre et Scorpius hésita. Il n'aimait pas l'idée de laisser Clovis seul dans la file. Bien qu'il ait séjourné plus longtemps que lui à Azkaban, ces derniers jours, ils s'étaient fait harceler beaucoup plus par les Néos d'une part et les gardiens de l'autre. Scorpius considérait Clovis comme une sorte de petit frère qu'il devait protéger et il n'aimait pas être séparé de lui. Mais personne ne disait non à la mère, surtout sans alliés de poids derrière soit. Au lieu de suivre son instinct, il écouta sa raison et suivit Rosier jusqu'en début de file.
Tandis qu'ils marchaient vers les premières places, tous les regards envieux étaient rivés sur le jeune blondinet. Scorpius regarda droit devant lui, ignorant les murmures sur son passage ou le regard insistant de Conrad et de ses compagnons attardés. Scorpius et Rosier dépassèrent chaque détenus et le titan, tout en muscles, le laissa aux côtés d'Ombrage qui attendait que la grille s'ouvre pour lui donner le premier repas chaud de la journée.
Scorpius la dominait en taille mais il ne put s'empêcher d'être intimidé par cette affreuse petite bonne femme qui ne le regarda même pas dans les yeux tandis qu'il attendait avec elle. En l'invitant ainsi à la rejoindre, elle lui avait accordé un grand privilège et même s'il savait qu'il avait, devant lui, l'un des pires êtres que la terre des sorciers n'avait jamais porté, il ne pouvait s'empêcher de se sentir flatté. Ombrage tenait encore son matou dans ses bras et le caressait, distraitement, de ses gros doigts boudinés.
—Vous plaisiez-vous ici, très cher? demanda-t'elle de son affreuse voix stridente.
—Si je dois vous répondre franchement, j'aurais préféré être loin d'ici, dit Scorpius.
Ombrage eut un petit rire amusé qui lui donna des frissons dans le dos. Il croisa le regard jaune du chat dans les bras d'Ombrage et il eut l'impression que le félin voulait lui bondir dessus pour lui lacérer le visage.
—Je comprends parfaitement votre désarroi, dit Ombrage. Moi-même ayant été condamnée par erreur, je peux très bien imaginer votre frustration.
—Par erreur? laissa échapper Scorpius.
Le crapaud tourna enfin ses énorme yeux globuleux vers lui.
—Eh oui… J'ai eu beau expliqué au Magenmagot que je n'avais participé au nouveau gouvernement sous l'oppression du mage noir que pour infiltrer ses rangs et aider la résistance… ils ne m'ont pas cru. Mais que voulez-vous… Les héros sont de grands incompris, avec si peu de reconnaissance…
Scorpius pensa qu'elle délirait complètement. Elle était si perverse qu'elle était capable de s'auto-persuader qu'elle avait agi avec toute la barbarie possible pour le bien du plus grand nombre. Il se retint de lui balancer ses quatre vérités et tempéra la colère qui montait en lui. Oser la comparer à lui était la pire des insultes possibles.
—Nous devons tous nous serrer les coudes, continua-t'elle sur un ton léger. Je sais que vous me portez une affection toute particulière. Votre père a dû vous raconter nos nombreuses discussions très constructives lorsque nous nous sommes rencontrés à Poudlard. Et si vous avez hérité de sa vivacité, vous saurez faire la différence entre ceux qui vous veulent du bien et...les autres.
Scorpius jeta un oeil par-dessus son épaule. Conrad s'était détaché un peu de la file et fixait le jeune Malefoy en compagnie du crapaud avec ce même regard calculateur et dangereux.
—Je dois choisir un camp?
—Réfléchissez Mr. Malefoy, dit Ombrage. Je vous offre la protection, des petits plaisirs comme cette place dans la file ou un bon travail. Qui refuserait cela?
—Je veux seulement purger ma peine.
Nouveau rire d'Ombrage. La grille s'ouvrit brusquement et une main en sortie avec une gamelle d'une soupe fumante qu'elle tendit à Ombrage. Elle s'en saisit délicatement avant de faire face à Scorpius. Sa bouche molle souriait mais ses yeux étaient perçants.
—Comme vous voulez, Mr. Malefoy. Mais n'oubliez pas que si vous n'êtes pas avoir moi, vous êtes contre nous. Il n'y a pas de camps neutres à Azkaban.
Elle s'éloigna d'un pas tranquille, son chat sur ses épaules qui ne cessait toujours pas de fixer Scorpius.
L'après-midi était tout aussi éprouvante. Si ce n'était pas Rosier ou Ombrage qui lui rappelait, sans cesse, des engagements qu'il n'avait jamais pris, c'était les Néos qui venaient le harceler. Ils venaient toujours en groupe, sûr de dominer complètement la situation. Parfois, ils se contentaient de parler. Et souvent, lorsque les mots étaient devenus inutiles pour cette troupe d'analphabètes, ils parlaient avec un langage qu'ils connaissaient un peu mieux: la violence et le sang. Les menaces fusaient et Scorpius ne savait plus où donner de la tête.
Lorsqu'enfin la nuit tombait, seul avec ses pensées, bercés par les ronflements discrets de Clovis. Scorpius se creusait la tête pour trouver une solution à sa terrible situation. Il aurait aimé parler à Albus ou à son père. Même James aurait fait l'affaire. Il voulait un conseil de quelqu'un qui pouvait vraiment se vanter d'être son allié. Malheureusement, il était seul, ne pouvant compter que sur lui-même.
—Tu as choisi? lui demanda Clovis, un jour, alors qu'ils faisaient la file pour le repas du soir.
—J'aimerais qu'ils me foutent la paix, lâcha Scorpius qui n'avait toujours pas de solution.
—Ils ne te laisseront pas tranquilles. Tu devrais plutôt choisir la Mère. Elle est gentille si tu fais ce qu'elle te demande.
Scorpius eut un rictus méprisant. Il était face à un choix impossible. Soit il servait un crapaud immonde qui avait torturé des élèves à Poudlard ou envoyé des innocents à Azkaban, soit il s'alliait à une bande de mangemorts qui paradaient fièrement, leurs marques des ténèbres tatoués sur le bras. Autant choisir entre la noyade ou la pendaison.
—Pourquoi les néos détestent autant Ombrage? demanda Scorpius en attrapant le bol tiède qu'on lui tendait par la petite ouverture.
—Elle a menti sur son sang, répondit Clovis en baissant la voix. Elle disait partout qu'elle était issue d'une noble famille de sang-pur alors qu'en fait, elle a un frère cracmol et une mère moldue. C'était écrit partout dans la Gazette avant son arrivée ici. Tout le monde est au courant.
Silver surveillait la file dans la fosse. Il détaillait chaque détenu en imaginant lequel lui donnerait le plus de plaisir en abattant sa matraque sur sa chaire gémissante. Scorpius lui jeta discrètement un regard noir. Les fouilles dans leur cellule ne l'avaient toujours pas lassé et il était de plus en plus agressif chaque jour, frustré de n'avoir de raisons pour les frapper.
—Ils se disputent beaucoup de privilèges. Par exemple, certains réseaux de tunnels. Y en a à la Mère et les autres aux Néos. Si tu désobéis, ils te tuent.
—Charmant, grogna Scorpius.
Une fois servis, ils sortirent de la file pour rejoindre leurs cellules. Ils n'aiment pas manger dans la fosse surtout avec les néos et Ombrage qui se le disputaient. Clovis passa près de Silver avec son bol et sa miche de pain.
Il se passa alors quelque chose de très étrange. Le bol de Clovis bondit de sa main et tout son contenu se répandit sur le beau costume serré du chef-suprême. L'épais bouillon tacha sa chemise, son pantalon et s'écoula lentement le long de ses bottes cirées. Il y eut un brusque silence de mort où ils n'entendirent que le tintement du bol sur la pierre noire de la fosse. Tous les détenus et gardiens contemplèrent, choqué, le pauvre Clovis dont les bras s'étaient mis à trembler. Celui-ci n'osait lever les yeux sur Silver, sentant la tempête qui allait suivre. Scorpius aussi était tétanisé. Il n'avait pas rêvé. Le bol s'était échappé des mains de son ami par la magie. Il en était sûr. Lorsqu'il se retourna, il croisa le regard amusé de Conrad et sut immédiatement qu'il était l'auteur de cette catastrophe. Comment? Il n'en avait aucune idée. Mais son regard gourmand ne pouvait mentir.
Silver ne prit pas le temps d'insulter Clovis ou de l'humilier. Il avait accumulé tellement de frustration ces derniers jours, qu'il vit son costume souillé comme le signal pour déclencher toute sa fureur. Il sortit sa matraque et le premier coup dévissa la tête de Clovis en lui faisant cracher du sang. Scorpius était toujours paralysé, son propre bol en main et le visage taché des éclaboussures de sang de Clovis. Son ami tomba à ses pieds et Silver le frappa encore et encore.
Scorpus entendit d'horribles craquements au milieu des gémissements étouffés et des gargouillis horrible qui émanait de sa bouche. En état de choc, Scorpius contempla Clovis qui n'était plus qu'un amas de chaire sanguinolente. A chaque nouveau coup, il était agité d'un soubresaut et un nouveau flot de sang se répandait sous lui. Bientôt, il ne bougea plus lorsque la matraque de Silver s'abattait sur lui et le gardien se lassa, fatigué et en sueur.
—Ça lui apprendra, lâcha-t'il entre deux halètements. Ce sale petit pourceau…
Scorpius le dévisagea, sidéré et toujours paralysé. Silver se tourna vers ses collègues et leva ses bras avec sa matraque pour les inviter à saluer son exploit. Scorpius lâcha son bol et s'agenouilla auprès de Clovis. Il leva sa tête tuméfiée et en sang sur ses genoux. Seul un de ses yeux étaient encore ouverts et le contemplaient, une lueur de peur et de désespoir dans l'iris. Les mains de Scorpius tremblaient. Elles étaient couvertes du sang de son ami Le touché visqueux du sang, l'odeur, la peau froide de Clovis… il n'arrivait plus à réfléchir.
Pourquoi avait-il fait cela? Pourquoi Conrad s'en était pris à lui? Il avait la réponse. Conrad voulait l'atteindre lui, à travers Clovis. Celui-ci n'était qu'un pion utilisé pour influencer Scorpius dans son choix. Clovis était du côté d'Ombrage, ils avaient supprimer un intermédiaire gênant de la pire des manières. Ils avaient utiliser la violence et la cruauté de Silver.
La respiration de Clovis était sifflante. Scorpius contemplait ses plaies sans savoir quoi faire pour le soulager ou l'aider. Devant eux, Silver continuait à parader en menaçant les autres détenus en cercle, autour d'eux. La main de Clovis se leva vers Scorpius et il la prit en la serrant de toutes ses forces. Ses doigts, eux aussi recouverts de sang, étaient durs et froids comme la pierre.
—Ça va…, dit-il d'une voix tremblante. C'est rien, ça va aller.
La poitrine de Clovis se soulevait difficilement. La pression de sa main était de plus en plus faible. Lorsqu'il la laissa tomber et que l'oeil de Clovis fixa le vide sans aucun bruit, Scorpius comprit qu'il était parti. Tout s'était passé à une vitesse affolante et Clovis s'était éteint aussi vite, ne laissant que le souvenir de sa peur dans l'air.
Scorpius était pâle, les mains et le visage couvert de sang. Il ne savait plus où regarder mais il se refusait de fixer le corps de Clovis dont il sentait encore le poids sur ses genoux. Son sang s'écoulait toujours et il sentit le liquide chaud sur ses jambes. Personne ne parlait, excepté Silver qui vantait toujours ses exploits.
—Ah! Merde! J'ai du sang partout! se plaignit Silver en frottant sa chemise.
Dwain s'approcha de Scorpius et s'agenouilla près du corps de Clovis. Il lui prit le poul et secoua la tête à la négative.
—Chef, il est mort, annonça-t'il.
Silver poussa un soupir.
—C'est pas grave, dit-il en haussant les épaules. S'il ne peut pas supporter une petite correction, c'est qu'il était trop faible pour survivre.
Dwain regardait Scorpius qui fixait, à présent, Silver, ne perdant pas une miette de ses paroles. La peur et le choc laissaient place à la colère, une rage sourde et meurtrière qui pulsait dans ses veines.
—C'était un criminel, il n'a que ce qu'il mérite, dit encore Silver en s'éloignant.
Scorpius se leva. Il enjambant le corps de son ami et courut vers Silver. Personne n'eut le temps de réagir. Il entendit Dwain pousser un cri dans son dos mais Scorpius ne voyait plus que Silver. Lorsque celui-ci se retourna, attiré par les cris de son collègue, Scorpius leva son poing et frappa, de toutes ses forces, le visage du chef suprême. Celui-ci en lâcha sa matraque et tituba sur le côté. Scorpius ramassa l'arme et frappa, comme Silver l'avait fait à Clovis. Il hurla à chaque coup, animé par la rage et la tristesse. Clovis avait été son seul allié dans cette prison. Depuis son arrivée, il n'avait été témoins que d'horreur sans nom. Il en avait plus qu'assez et Silver allait payer. Le gardien poussait des cris affreux, réduit à une pauvre chose sans défense. Loin d'être rassassié, Scorpius continuait à abattre son arme sur le gros plein de soupe de cracmol, encore et encore. Il n'entendait pas les exclamations des autres détenus, excités par ce soudain revirement. Il n'entendit pas les pas précipités des collègues de Silver qui se pressaient autour d'eux, ni des bruits mats sur la chair, ni de la fatigue de son bras vengeur. Il frappait de plus en plus vite, de plus en plus fort, en hurlant toujours sa rage.
Deux bras puissants le tirèrent en arrière en le faisant tomber sur le dos. Il en eut le souffle coupé. Un violent coup de pied lui fit lâcher la matraque et les autres gardiens se mirent à le rouer de coups tandis qu'on relevait le pauvre Silver, le visage en sang. Scorpius encaissa la douleur, il se débattit comme un beau diable, hurlant encore, insultant qui il pouvait, crachait toute sa haine sur Silver.
—Foutez-moi ça au trou! entendit-il.
Deux gardiens le traînèrent de force. Scorpius agitaient ses jambes, essayant de les faire lâcher prise. Il griffait, tordait, crachait mais ils tinrent bon. La dernière chose qu'il vit avant de disparaître dans l'un des boyaux fut le corps de Clovis qui gisait toujours au milieu de la fosse.
On le traîna dans un escalier obscur où il cogna chacune des marches. Ils le traînèrent dans un long couloir froid où une série de grandes portes de métal s'alignaient tout du long. Scorpius cria encore. Il voulait que tout le monde l'entende. Les gardiens le conduisirent devant la dernière cellule et le jetèrent dedans comme un déchet. Ils refermèrent la porte derrière lui et Scorpius se releva péniblement.
La pièce était petite, comme une cagibis. Il n'y avait pas de lit, pas de fenêtre, seulement la pierre froide mouillée et un seau puant. Scorpius était en sang, sa paupière avait triplé de volume et sa lèvre était fendue. En gémissant, il se jeta sur la porte métallique en la tambourinant de ses poings. A chaque fois qu'il essayait de rassembler ses esprits, l'image du corps agonisant de Clovis lui revenait de plein fouet. Ses cris furent soudain ponctués de sanglots qu'il ne pouvait plus réprimer. Il frappait toujours la porte mais moins fort à chaque minutes. Son front couvert de sang collé contre le métal froid. Les larmes suivirent les sanglots, se mêlant à la crasse et au sang qui tachait ses joues.
Il glissa au sol, sa main toujours posée sur le métal en laissant une longue trace rougeâtre dans son sillage.
—Je suis désolé, gémit-il en repensant à Clovis. Il faut...il faut que ça s'arrête.
Il recula mollement au fond de la pièce, tremblant encore, et s'appuya contre la paroi de pierre. Il ramena ses jambes contre sa poitrine et se balança d'avant en arrière en ne sachant sur quelle douleur se concentre, celle physique ou mentale. A chaque fois qu'il repensait à Clovis, ses pleurs redoublaient d'intensité. Il ne comprenait pas ce qui était en train d'arriver. Il était là, dans un endroit clos, sale et humide, couvert de sang, un mélange du sien, de celui de Clovis et de Silver. Il venait de perdre un ami, injustement et rien ni personne ne pouvait changer cela.
—Je veux juste rentrer chez moi, gémit-il en pleurant encore.
—Il est mort, il n'y a rien que tu puisses faire…
Scorpius leva les yeux et se cogna la tête en se redressant trop rapidement. Rose se tenait devant lui, vêtu de l'uniforme de Poudlard, comme dans ses souvenirs les plus heureux avec elle. Il était impossible, pour elle, d'être là, dans cette tenue à lui parler. Scorpius comprit qu'il délirait. Il était en train de devenir fou.
—Tu n'es pas réelle, dit-il. Je ne veux pas te voir.
Rose lui sourit tendrement et s'approcha. Ses cheveux roux étaient lâchés. Elle était belle, comme dans le temps, belle et innocente. Elle s'assit en face de lui et lui caressa la joue. Son expression était incroyablement douce et Scorpius continua à pleurer, à bout.
—C'est trop dur, Rose, murmura-t'il en savourant son contact, même illusoire. C'est en train de me détruire.
—Vivre, c'est souffrir, dit Rose d'une voix tendre.
—Je ne veux plus de cette vie-là. Ce n'est pas juste. Je pensais...je pensais être utile mais je ne suis pas assez fort. Je n'arrive déjà pas à survivre dans cet endroit. Je ne suis pas un gryffondor, je ne suis pas un héros…
A cette cruelle vérité, des sanglots lui échappèrent encore et il fut secoué de tremblements.
—Tu ne sais pas ce que c'est un héros, dit encore Rose.
Elle lui prit le visage entre ses mains et plongea son regard dans le sien.
—Ecoute-moi, chuchota-t'elle. Tu es en train de plonger...plonger dans tes ténèbres. C'est le seul chemin pour gagner.
Elle lui caressa les cheveux et Scorpius lui vit des larmes perler dans ses yeux noisettes.
— Et un jour, quand tout sera fini, quand tu devras retrouver ton chemin, il faudra que tu te souviennes ce que c'est que d'être bon, ce que c'est que d'aimer.
Le fantôme de Rose se releva lentement. Scorpius la contempla, belle et en pleurs. Il ne tremblait plus mais se sentait horriblement vide et l'odeur du sang lui donnait la nausée.
—Ce jour arrivera… mais pas aujourd'hui, pas encore.
Et elle disparut.
Scorpius fixa le vide devant lui. Le silence soudain était oppressant. Il avait mal à la tête, un goût métallique dans la bouche et les articulations douloureuse. Chaque parcelle de sa peau n'était que douleur et il venait d'entendre les conseils mystiques d'un fantôme de son esprit. Il se mit à rire, un fou rire incontrôlable qui témoignait de toute sa folie.
—Vas chier, Rose Weasley! cria-t'il dans le vide.
—Hey! Le nouveau! s'écria une voix. Tu peux te taire? Il y en a qui essaie de dormir ici.
Scorpius tourna la tête de tous les côtés. Il imagina le fantôme d'Albus ou même de James venus le tourmenter après celui de Rose mais il n'y avait personne, pas même le début d'une hallucination. La voix provenait du mur d'à côté, celui qui le séparait de la cellule voisine. Scorpius se remit debout, gémissant à chacun de ses gestes.
—Y a quelqu'un? Vous m'entendez?
—Oui, je t'entends très bien, pas la peine de hurler, dit encore la voix.
Scorpius boitilla jusqu'à la paroi de pierre et se laissa tomber tout près.
—Qui êtes-vous? demanda-t'il sur la défensive.
Il y eut un long silence puis une réponse hésitante:
—Je m'appelle Lucius Malefoy. Et toi?
Le choc de la révélation laissa Scorpius sans voix. Il n'avait pas reconnu sa voix. Comment l'aurait-il pu de toute façon. Il n'avait jamais vu son grand-père et son père en parlait très peu, taisant le plus possible ses terribles méfaits. Séparés d'une paroi de pierre, Scorpius avait devant lui la personne responsable de toutes les moqueries qu'il avait subi durant toute sa scolarité à Poudlard. Lui non plus ne pouvait pas le reconnaître, il ne l'avait pas vu grandir. Il avait passé le reste de sa vie dans cette cellule minuscule.
—Tu as perdu ta langue? ironisa Lucius sur un ton cynique et pincé.
—Je suis Scorpius Malefoy, répondit-il. Je suis votre petit-fils.
OoO
Scorpius s'éveilla d'un horrible cauchemar, en sueur, la respiration haletante.
Il mit plusieurs minutes à se souvenir d'où il se trouvait. Lorsqu'il contempla la porte métallisée, les coins vides de sa cellule minuscule et l'obscurité de son nouvel habitacle, il comprit qu'il n'était pas vraiment sorti de son rêve et que la réalité était bien pire.
Il avait revu Clovis, vivant, se tenant devant lui, du sang sur ses mains. Il lui avait demandé pourquoi il n'avait rien fait alors qu'il se faisait tabasser à mort par le chef suprême. Scorpius avait encore pleuré. Il avait plongé vers lui pour le soutenir, pour faire qu'il se tienne encore debout même si la vie s'échappait de son corps beaucoup trop fragile pour tant d'horreurs.
Il n'avait rien pu faire, encore une fois. Et le rêve se répéta pendant dans des heures, avec toujours, le même dénouement à la fin.
Il avait perdu le compte des heures ou des jours en isolation. Après son réveil, dans les hurlements de peur et de regrets, il se trouvait, tout à coup, plongé dans le silence. Il n'entendait que le ressac des vagues à l'extérieur. Son voisin, après la nouvelle qu'il lui avait balancé sans ménagement, n'avait plus prononcé un mot et Rose n'était plus réapparu pour… pour quoi au juste? L'encourager? Son apparition n'avait fait que lui rappeler à quel point il était seul dans ce trou à rat. Seul et blessé.
Il était couvert de bleus, de la tête au pied. Depuis son enfermement, il traînait une affreuse migraine. Du sang avait séché dans ses cheveux blonds crasseux et chaque mouvement lui arrachait une plainte de douleur. Mais, curieusement, il se sentait mieux, comme si une bonne nuit de sommeil l'avait réparé en profondeur, ou du moins, l'avait sauvé d'une mort imminente. La mort était trop douce pour lui. Il lui fallait souffrir encore. Ce n'était pas ce que lui avait dit Rose dans son trip? Il allait plonger un peu plus dans les ténèbres jusqu'à la limite de la folie, sans grand espoir de remonter à la lumière. James l'avait préparé à la torture mais jamais il n'aurait imaginé devoir affronter pareille situation. Personne n'aurait pu le prévoir.
Il attendit, assis contre le mur, fixant celui d'en face d'où avait émané la voix de son grand-père. Il ne disait toujours rien. Une trappe s'ouvrit sous la porte et une gamelle de porridge glissa vers lui. Scorpius n'avait pas faim.
—Vous êtes là? demanda-t'il dans le vide.
Nouveau silence mais Scorpius était quasi sûr qu'il l'avait entendu. Il avait dû recevoir sa pitance comme lui.
—Je sais que vous m'entendez…, dit-il encore.
—Qu'est-ce que tu fais là? demanda la voix de Lucius, teintée de colère.
Scorpius eut un sourire amer. Lui qui avait longtemps maudit le nom des Malefoy, il se retrouvait à quémander un peu d'attention à son grand-père, ancien mangemort, enfermé à vie dans cet enfer. La joie qu'il avait ressenti lorsqu'il lui avait répondu le fit rire. Mais il avait besoin de parler à quelqu'un. N'importe qui, même à quelqu'un qu'il méprisait depuis toujours.
—En isolation ou à Azkaban?
Nouveau silence. Scorpius se leva péniblement, gémissant à chaque effort. Puis, il se laissa glisser sur le mur qui le séparait de la cellule de Lucius, pour mieux l'entendre.
—J'ai agressé trois moldus et fait exploser un métro, dit-il d'une voix égale. On m'a condamné à six mois de prison. Et ici… J'ai tabassé Silver parce qu'il a tué un de mes amis (sa voix se brisa). Il est mort dans mes bras.
Scorpius renifla et appuya sa tête contre ses genoux pour calmer sa tristesse. Le dire à haute voix s'était avéré bien plus dur qu'il ne l'avait imaginé. Cela rendait tout cela bien réel.
—Je croyais que tu adorais les moldus, dit encore la voix de Lucius.
—Comment savez-vous ça? s'étonna Scorpius en relevant la tête.
—C'est ton père qui me l'a écrit. On reçoit des lettres de temps en temps, quand Silver est dans ses bons jours.
—Papa parle de moi?
—A chaque fois… Il me raconte tes exploits au quidditch. Tous tes points gagnés à l'école. A quel point tu es intelligent, beaucoup plus que lui. Et à quel point tu le rends fier.
Sa voix s'étrangla pour ses derniers mots, vaincu par l'émotion. Scorpius avait la gorge noué lui aussi. Il était loin de se douter de tout ce que pensait son père de lui. Il avait toujours cru qu'il n'était qu'une source d'inquiétudes et de honte pour son paternel. Le souvenir de leur dernière rencontre le brisa un peu plus. Les pleurs de son père avait été sincère.
—Il a été un meilleur père pour toi que je ne l'ai jamais été…
Scorpius ne pouvait pas lui donner tort. Cependant, une petite voix dans sa tête lui rappelait les paroles de Mr. Potter. "Ce que j'ai toujours admiré chez les Malefoy, c'est l'amour qui unissait tous ses membres."
—Vous aimez votre fils... et votre femme. Vous avez fait ce que vous pensiez juste pour aider votre famille, lâcha Scorpius.
Lucius poussa un soupir.
—J'ai essayé et j'ai échoué… Je me retrouve enfermé dans ces enfers pour le restant de mes jours.
—On est deux.
—Je le mérite, Scorpius, dit Lucius d'une voix dur. Je paie pour mes choix. Ce que je regrette, ce sont les répercussions sur ma famille. Et savoir que tu es enfermé ici, c'est la pire chose qui pouvait arriver à notre famille.
C'était comme si Scorpius venait de recevoir un poignard en plein coeur.
—Je pensais que tu aurais retenu de nos erreurs, continua Lucius sur un ton acerbe. J'avais de l'espoir lorsque je lisais les lettres de ton père. Tu étais un nouveau tournant pour notre famille. Et qu'est-ce que j'apprends? Tu te fais emprisonner pour avoir maltraité physiquement de pauvres moldus sans défense. Même à notre niveau, c'est d'un grossier…
La douleur se transformait en rage. Comment osait-il le juger? Lui, qui avait pactisé avec le pire mage noir de tous les temps… Qui avait participé à la Grande Guerre et n'avait de cesse de mettre des bâtons dans les roues d'Harry Potter.
C'était si injuste… Scorpius n'avait agi de la sorte que parce qu'on le lui avait demandé, pour une mission bien plus importante. Parce qu'on avait eu besoin de lui. Lui, n'avait pas hésité à affronter le danger. Il n'avait pas fuit comme son grand-père.
—Si j'ai fait ça, c'était pour protéger des gens! cria-t'il, énervé. Je l'ai fait pour les autres par pour ma petite personne, comme vous! Je ne suis pas une brute!
—Ah oui? Et comment es-tu arrivé dans cette cellule, au juste? Par les poings, si je ne m'abuse. Et ce n'est pas la première fois…
Il avait raison. Les jointures tuméfiées de Malefoy en étaient la preuve. Il n'avait fait que se battre continuellement. Même pas avec sa baguette… Il se rappelait ses bagarres avec Chase, ses luttes dans des bars mal famés, ses empoignades avec quiconque osait se moquer de lui ou encore la violence qui avait montré face à Silver.
—Un Malefoy ne se comporte pas ainsi.
—Et comment doit se comporter un Malefoy, au juste? ricanna Scorpius.
—Nous n'attaquons jamais frontalement, expliqua Lucius. Notre famille a toujours agi dans l'ombre, en courtisant et en manipulant les autres.
—Je ne suis pas un manipulateur.
—Et cela t'a réussi… Nous étions l'une des familles les plus riches d'Angleterre et même avant le Décret sur le Secret Magique, nous faisions partie de la noblesse des moldues. Comment crois-tu que nous en sommes arrivés là? Au sommet du pouvoir et de la richesse? En cernant les faiblesses des autres, en les séduisant et en les utilisant à bon escient. Si tu veux survivre, Scorpius, il va falloir que tu te comportes comme un véritable Malefoy. Car crois-moi, tu as ça dans le sang…
"Plonger dans les ténèbres"... Peut-être que Rose parlait de ça? Après tout, sa mission d'infiltration consistait à tromper, à séduire et à manipuler. On l'avait choisi pour ça, parce que les Potter savaient qu'il avait ça dans le sang.
Les heures qui suivirent, Scorpius se mit à réfléchir à sa situation. Il était entré à Azkaban pour une seule raison: trouver Gwen Rickman. Il avait échoué lamentablement. Non seulement, il s'était mis à dos l'un des gangs de la prison mais il avait tabassé Silver ce qui l'avait conduit au trou. Il avait perdu un ami et était maintenant réduit à l'état une pauvre bête enragée, cloîtré dans sa niche pour le calmer.
Son grand-père avait raison. Il était un Malefoy, du moins toute la prison le croyait et le prenait pour l'un de ces sorciers fier de son sang, capable de tromper le ministère comme bon lui semblait. Il avait une image à respecter, à créer pour ces attardés. Il allait devoir devenir quelqu'un d'autre s'il voulait réussir sa mission ou seulement survivre à Azkaban.
"Plonger dans les ténèbres"... Il allait devoir tuer l'ancien Scorpius. De toute façon, il était mort avec Clovis. Il allait renaître, tel que la prison l'avait fait et il allait se venger.
