16
LE REPAIRE D'HUGO
Rose s'éveilla d'un mauvais rêve, ses yeux noisettes grands ouverts.
Elle ne se souvenait plus exactement de quoi parlait son cauchemar. De vagues brides d'images lui revinrent mais disparurent aussitôt qu'elle prit deux minutes pour y réfléchir. Elle avait rêvé de Scorpius. Elle en était quasi certaine. Rose avait cette sensation familière, un écho de sa présence, même au contour flou. Il était là, dans son rêve et il l'appelait.
Rose secoua la tête pour oublier. Il le fallait. Scorpius n'existait plus à ses yeux. Il l'avait trahi, lui avait menti, l'avait blessé. Il n'était plus que pour elle, un criminel qu'elle avait arrêté un jour de pluie. Et même si elle repensait, de temps à autre, au dernier baiser qu'il lui avait donné, elle chassait bien vite ces pensées en se rappelant son regard lorsqu'il avait jeté des sorts à Arthur dans le métro. L'ancien Scorpius, celui pour qui elle avait eu des sentiments, était mort et le nouveau croupissait à Azkaban.
La chambre était encore plongée dans l'obscurité. Elle distingua, à travers les rideaux de la fenêtre devant elle, la lumière du réverbère qui éclairait les flocons de neige qui tombaient en masse. Elle eut froid soudain et se réchauffa les pieds en les collant contre ceux de l'homme allongé à côté d'elle dans le lit. Arthur émit un grognement dans son sommeil. Il ne supportait pas quand elle faisait ça.
Il se retourna et la serra contre lui. Rose sourit. Depuis leur première nuit ensemble, ils ne s'étaient plus quittés. Ils sortaient ensembles depuis quelques semaines et tout était parfait. Arthur était attentionné, aimant et responsable. Peut-être un peu bougon au réveil mais qui était parfait. En tout cas, cela la changeait de...ses précédentes histoires. Tout était si simple avec Arthur. Leur couple avait été une évidence et elle savourait chaque moment comme une bénédiction tombée du ciel. Tout était parfait, si ce n'était ces cauchemars récurrents qui lui rappelait constamment celui qu'elle avait laissé derrière.
Elle soupira d'aise, se pelotonnant contre la carrure chaude et réconfortante de son petit-ami. Elle ferma les yeux, puis les rouvrit soudain. Avant de se rendormir, son regard avait capté le réveil matin posé sur la table de chevet. Elle avait dû mal voir, ou était simplement encore en train de rêver. Il ne pouvait avoir indiqué…
Rose se leva d'un bond, horrifiée. Ils étaient horriblement en retard. Elle n'avait pas entendue la sonnerie. Arthur non plus. James allait les tuer. Elle secoua la couette sur Arthur.
—Arthur! s'écria-t'elle paniquée. Mon coeur, réveille-toi!
—Qu'est-ce...qui...se...passe, baragouina la voix endormie à ses côtés.
Rose se saisit de son oreiller et le jeta au visage d'Arthur qui daigna enfin à ouvrir les yeux. Lorsqu'elle fut sûr qu'il fut bien réveillé, Rose sortit du lit et fonça dans la salle de bain. Elle ne portait qu'un vieux tee-shirt d'Arthur. Leur nuit avait été agitée et ils s'étaient endormis, pelotonnés l'un contre l'autre, très tard, ce soir-là. Arthur bailla longuement tandis que sa copine s'activait, comme une furie, entre brossage de dents et habillage.
—Pourquoi tu es aussi pressée? demanda Arthur en regardant l'heure sur son réveil. Ce n'est pas la première fois qu'on arrive en retard, si?
—Tu as oublié?! cria Rose de la salle de bain. James voulait absolument nous voir!
—Il voulait te voir, toi, chérie. Je n'ai rien à voir avec ça, dit-il plus bas pour que Rose ne l'entende pas.
—Qu'est-ce que tu as dit?
—Rien, je me recouche.
Il rabattit la couverture sur lui, tourna le dos à la salle de bain et ferma les yeux. Rose revint, les cheveux en pétard, du dentifrice sur ses lèvres, sa chemise à demi-rentrée dans son jeans et sa paire de tennis dans les mains. Elle soupira en voyant la silhouette d'Arthur sous la couette et leva les yeux au ciel. Elle n'avait pas de temps à perdre à le convaincre de se lever. Rose avait déjà une demi-heure de retard et son cousin se montrait de moins en moins patient au fil des semaines. Elle s'assit sur le bord du lit pour enfiler ses chaussures puis sauta sur Arthur en le faisant pousser un cri étouffé.
—J'y vais, mon coeur, dit-elle en l'embrassant sur la joue. N'oublie pas de venir une heure plus tard…
Encore une fois, Arthur se redressa dans son lit, plus alerte cette fois-ci. Rose avait rappelé un sujet sensible entre eux, l'éveillant complètement. Hier encore, ils se disputaient à ce sujet.
—C'est complètement stupide, dit-il d'un ton amer. Tu ne crois pas qu'il serait temps de dire à ta famille qu'on sort ensemble?
—Je te l'ai déjà dit, répondit Rose excédée. Plus tard…
—Quand "plus tard"?
Elle plongea son regard dans le sien, avec un sourire qu'elle voulut attendrissant. Rose posa sa main sur sa joue mal rasée et l'embrassa tendrement. Il était toujours aussi mignon, même lorsqu'il lui faisait ses petites crises. Elle s'attarda, un moment, pour le faire taire, le titillant de sa langue. Lorsque les mains d'Arthur s'attardèrent sur sa nuque, elle se rappela son retard et s'arracha à l'étreinte de son copain.
—Désolé, il faut vraiment que j'y aille. On se voit plus tard.
Elle lui envoya un baiser avant de refermer la porte. Rose traversa le couloir à grands pas, se saisit de son sac, sa baguette et noua ses cheveux avec un élastique. Elle n'avait pas le temps pour un café, ni d'avaler quoique ce soit. Elle sortit de l'appartement d'Arthur. Tout en marchant dans le couloir, elle tenta d'oublier son puissant sentiment de culpabilité. Plusieurs fois Arthur lui avait demander "Quand?". Quand allait-elle enfin annoncer à sa famille qu'elle passait une grande partie de la semaine dans les bras de son nouveau petit-ami. Il ne comprenait pas son hésitation et elle avait énormément de mal à lui expliquer les vrais raisons de sa réticence. Rose ne voulait pas présenter Arthur à ses parents, à sa famille toute entière, ni l'amener au réveillon de Noël qui approchait car elle avait peur. Une peur sourde de tourner la page. Clamer haut et fort à l'ensemble de ses proches sa relation avec l'auror, revenait à passer à autre chose. Et puis il avait aussi cette peur, cette terreur irrationnelle de se tromper, encore une fois. Elle avait été dupée par Chase et par Scorpius. Elle ne voulait pas réitérer un nouvel échec, pas devant l'ensemble de sa famille qui finirait peut-être par la qualifier de "radar à mauvais garçon". Hugo le faisait déjà bien assez.
Elle chassa ses pensées et arrivée en bout de couloir, elle transplana immédiatement.
En ces périodes de festivités d'hiver, l'ambiance au ministère avait quelque peu changé. De légers flocons d'argent tombaient du plafond pour saupoudrer la foule compacte qui se dirigeait toujours en un flux continu vers les portes d'or. Un choeur d'elfes chantaient les grands classiques de Noël et un énorme sapin de deux mètres décoraient l'entrée du secteur des cheminées, avec ses guirlandes lumineuses et ses étoiles scintillantes, qui de temps en temps volaient dans la pièce, tel des astres filant.
Rose croisa un troll revêtu d'un long manteau en fourrure, portant une pile de cadeaux plus haute que lui. Elle manqua de bousculer un groupe de gobelin en train de marchander avec un sorcier portant une robe émeraude pour une statuette d'êtres de l'eau et continua sa route, d'un pas pressé, en se confondant en excuses inutiles.
Elle était en nage lorsqu'elle pénétra enfin dans la cabine de l'ascenseur. Plusieurs personnes vinrent la rejoindre dans l'espace restreint et la jeune femme se retrouva, bientôt, pousser dans le fond de l'habitacle, entre une petite sorcière ridée, un épais dossier violet sous le bras, et la toge noir et singulière d'une langue-de-plomb. Tout comme ses collègues, Rose avait développé une sorte d'aversion pour ces employés particuliers du ministère. Elle était influencé par ce que disait son père à leur sujet, lorsqu'il râlait dans sa cuisine en préparant le repas. Rose leva les yeux vers le visage de la langue-de-plomb et elle émit un hoquet de surprise. Albus avait le nez plongé dans une pile de parchemins et ne semblait pas avoir remarqué la présence de sa cousine. Ses traits étaient tirés, il avait l'air soucieux et Rose fut tenté de lui dire bonjour, un mot, n'importe quoi. Une seule chose la retenait, cette horrible robe noire, symbole de son nouvel emploi si particulier.
La cage d'ascenseur commença sa longue descente. Rose avait oublié le stress de son retard. Elle ne pensait plus qu'à la présence d'Albus et redoutait le moment où il allait finir par se rendre compte de sa présence. Il ne la remarqua que lorsque la moitié des occupants étaient descendus au compte-goutte. La vieille sorcière l'avait poussé de sa hanche et Rose s'était, quelque peu, vautré sur son cousin qui s'arracha à sa lecture, l'air mécontent.
Lorsqu'il reconnut Rose, son expression changea. Il passa de la surprise à (à son grand désarroi) de la méfiance. Elle lut dans ses yeux son embarras et cela lui fit mal. C'était devenu ainsi avec Albus. Beaucoup s'en plaignait, ses parents les premiers. En devenant une langue-de-plomb, Albus avait fait voeu de silence et ne pouvait ainsi plus communiquer avec ses proches. Rose avait dû mal à l'accepter. Bien sûr, sa nouvelle fonction l'empêchait de parler de ses activités mais rien n'empêchait à ce qu'il prenne des nouvelles de ceux qui l'aimaient. Or, Albus avait, semblait-il, couper tous les ponts, retranchés dans un mutisme mystique qui la mettait profondément mal à l'aise.
—Salut, dit-il tout de même.
—Comment vas-tu? demanda Rose, gênée.
Il ne répondit pas, comme toujours… Pourtant Rose aurait tellement voulu lui parler d'un tas de choses: l'arrestation de Scorpius pour commencer. Elle savait qu'il était au courant. Tout le monde sorcier l'avait appris dans la gazette. Mais il n'était pas venu près d'elle pour en parler, pour se consoler de la perte d'un ami cher, ni pour essayer de comprendre ce qu'il lui avait pris d'agresser trois moldus sans raison. Plus qu'un cousin, c'était son meilleur ami que Rose avait perdu chez les langues-de-plomb et cela ne l'aidait pas à avoir une meilleure image de ce métier étrange.
L'ascenseur arriva à son étage et la voix féminine annonça "Quartier des aurors". Avant de suivre les quelques personnes qui se dirigeaient vers les portes, Rose se tourna une dernière fois vers son cousin.
—Tu viendras au Terrier, pour Noël? Cela ferait plaisir à Mamie.
—Désolé, fut sa seule réponse et il en avait vraiment l'air.
Lorsque Rose entra dans les locaux des aurors, elle fut immédiatement assaillie par des hurlements. Elle crut, un instant, que c'était à cause d'elle, que James avait, une nouvelle fois, pété une durite devant son retard. Elle marcha rapidement entre les box et posa son manteau sur sa chaise de bureau. D'un simple coup d'oeil, elle remarqua un nouveau dossier posé dessus, entre sa tasse de café et un paquet de notes de services dont elle ne s'était toujours pas occupé. Angus et Babette se tenaient en retrait, retranché dans le box du premier, zieutant, avec appréhension, le bureau de leur chef, celui de son oncle. Les voix provenaient de là.
—Qu'est-ce qui se passe? demanda Rose en s'approchant d'eux.
—C'est ton père, dit Angus en se tournant vers elle. Il est venu, très tôt ce matin. Ça n'a pas arrêté depuis.
—Ils crient comme ça depuis plus d'une heure…, ajouta Babette en roulant des yeux.
Elle reconnaissant, à présent, la voix caractéristique de son père et celle de son oncle. Cela l'effraya car jamais elle ne les avait entendu s'énerver à ce point. James n'était pas dans les parages. Elle supposa qu'il devait être avec eux, dans le bureau. Peut-être était-ce sur lui qu'ils criaient. Une petite voix peureuse lui souffla qu'ils parlaient peut-être d'elle, sur ses retards à répétition et surtout sur le fiasco de l'arrestation de Scorpius, des mois plus tôt.
Plus que la condamnation de son ex-petit-ami, Rose avait perdu énormément dans cette affaire. Le Ministère n'avait pas apprécié les nombreux dommages collatéraux. Il avait fallu des semaines aux oubliators pour retrouver toutes les victimes moldues du train et de leur faire oublier l'incident, sans parler de la presse moldue, des témoins extérieurs et du contrôle de l'incendie avec les équipes de pompiers moldues. Bref, un beau bordel dont James l'avait rendu responsable. Elle avait été mise au placard en attendant le jugement de la commission de justice. Rose soupçonnait son entrevue avec son cousin pour lui annoncer le verdict. Elle appréhendait grandement et les cris la firent stresser d'autant plus.
Elle joua nerveusement avec ses doigts puis s'assit à son bureau pour faire bonne figure. Elle ne voulait pas être dans le passage de la tête lorsque ce beau petit monde énervé sortira du bureau. Rose ouvrit le dossier devant ses yeux, par réflexe. Il n'était guère épais, quelques feuillets seulement. Elle lut l'entête pour se concentrer sur autre chose que les vociférations de la pièce d'à côté.
Rose parcourut des yeux des rapports interminables, surtout sur des justifications d'échecs de recherches. Elle reconnut la signature de son père à chaque bas de pages et comprit de quoi il s'agissait.
—C'est quoi ça? demanda-t'elle à Babette.
—On l'a tous reçu, dit-elle en reconnaissant la couleur du dossier. C'est James qui l'a distribué.
Ses deux collègues la dévisagèrent curieusement. Ils avaient aussi fait le lien entre la signature et son propre nom. Ron Weasley, chef de la brigade de la police magique avait échoué à retrouver une suspecte, liée de près au réseau de cette drogue mystérieuse. Et ce dossier était la preuve éloquente de ces lamentables échecs.
La porte du bureau du chef des aurors s'ouvrit avec fracas. Le père de Rose sortit en trombe, aussi rouge que ses cheveux, les veines apparentes.
—Reviens ici, Ron! s'écria Harry dans son dos.
—VA TE FAIRE FOUTRE! cria Ron en continuant à lui tourner le dos.
Harry ne chercha pas à le rejoindre ni à le retenir. James apparut dans l'encadrement de la porte, aux côtés de son père. Tous deux observèrent le rouquin en colère traverser, à grandes enjambées, le quartier général des aurors. Ron passa comme une furie et ne reconnut pas sa fille. Rose le suivit et l'arrêta devant les portes de l'ascenseur.
—Papa?
Il se retourna, le visage encore empli d'une colère sourde mais se radoucit immédiatement en voyant sa fille.
—Qu'est-ce qui se passe? demanda-t'elle avec prudence.
—Rien… Tout va bien.
Il appuya sur le bouton d'appel et ronchonna dans sa barbe.
—On a reçu un dossier avec ton nom sur chaque parchemin…, tenta-t'elle encore en appréhendant sa réaction.
Ron soupira.
—Je ne l'ai pas trouvé Rose et Harry me le reproche.
—Tu parles de la suspecte?
—J'aurais dû m'en douter…, dit-il d'une voix amère. Le sénat nous met la pression pour régler l'affaire au plus vite. Mais j'ai tout essayé, dit-il désespéré. J'ai vérifié chaque chambre de ce foutu hôpital. Je n'ai rien trouvé. Cette fille s'est volatilisé.
—Tu penses qu'elle s'est enfouie? demanda Rose.
—J'en doute. Les moldus qui consomme cette drogue en grande quantité, finisse dans le coma. On la peut-être déplacé mais je n'en ai trouvé aucune trace. C'est invraisemblable…
La double porte s'ouvrit avec un grincement. Ron se tourna vers sa fille, un doux sourire aux lèvres mais les yeux encore tristes. Il lui caressa la joue.
—Ne t'inquiète pas ma puce… Tout ira bien.
Les trémolos de sa voix lui indiquèrent le contraire. Le dossier sur son bureau lui indiquait que son père était déchargé de l'enquête, mis à l'écart comme un malpropre parce qu'il avait échoué. C'était sûrement pour cela qu'ils se disputaient. Harry ne pouvait plus le soutenir et Ron se retrouvait face à ses erreurs, seuls.
Rose contempla son père, le vague à l'âme. Elle n'aimait pas le voir aussi triste. Il entra dans la cabine et lui fit un dernier sourire qu'il voulut rassurant, en vrain.
Lorsqu'elle regagna le quartier des aurors, James la héla aussitôt. Elle marcha, d'un pas lent, vers le bureau de son cousin, appréhendant la future discussion et en s'inquiétant toujours autant pour le sort de son père.
—Ferme la porte, lui dit James en s'installant à son bureau.
Rose s'exécuta. Beaucoup plus petit que celui de son père, le bureau de James ne contenait qu'une grande bibliothèque, surchargée de dossiers colorés, de trophés de quidditch et d'un unique cadre photo représentant la famille au complet. Rose se souvenait du jour où il avait pris ce cliché. Ils avaient tous été réunis au Terrier pour une grande fête de famille. Elle se vit à douze ans, agitée sa main devant l'objectif, à côté d'Hugo qui boudait parce qu'on l'avait interrompu pendant une partie "décisive" sur l'un de ses jeux. Albus était plus en retrait, comme d'habitude. Il souriait timidement pendant que son frère lui faisait un clé de bras, hilare. Lily avait six ans, dans les bras de son père. Ron enlaçait Hermione qui riait. Tout le monde était heureux.
—On a reçu la décision du comité, annonça James.
—Je m'en doutais, dit Rose en se concentrant sur son cousin.
—Tu n'es pas mise à pied mais tu es sur la corde raide.
—Toutes ces semaines pour m'annoncer ça, soupira Rose.
—Tu les connais… Ils aiment prendre leur temps. Ils ont pris en compte les dégâts occasionné par l'arrestation. Ils en ont conclu qu'il y avait moyen d'agir avec beaucoup plus de discrétion mais beaucoup ont critiqué mon choix d'avoir envoyé deux novices, même s'ils faisaient partie de la brigade d'élite.
—Donc, toi aussi, tu es mis en danger, comprit Rose.
James haussa ses épaules. Il s'en fichait éperdument. Rose admirait ça chez son cousin. Cette facilité à se détacher du jugement des autres.
—Ils étaient à deux doigts de t'éjecter de la brigade. Mon père et moi t'avons défendu. Ils ont fermé les yeux pour cette fois. Mais il va falloir que tu mettes un bon coup de collier si tu ne veux pas qu'on te jette.
—Charmant…, commenta Rose. Et pour Arthur?
Arthur aussi avait été mis en danger par les dégâts de l'arrestation de Scorpius. Mais comme l'auror avait été blessé pendant l'attaque, les membres du comité s'étaient surtout concentrés sur Rose qui avait mis un point final à l'affaire. James haussa un sourcil à l'évocation d'Arthur. Pendant une seconde, elle eut peur qu'il ait deviné, à son ton, la relation qu'elle entretenait avec lui.
—Il est en retard…, dit-il sur un ton énervé qui rassura Rose. Les membres du comité ont été plus cléments vu son expérience. Mais il doit faire attention, comme pour toi.
Rose soupira. Elle n'aimait pas cette ambiance, cette décision. Elle avait eu de la chance mais lorsqu'elle s'était représenté sa carrière d'auror, elle n'avait pas imaginé autant de problèmes et des remontrances dès le début. Tout cela à cause de Scorpius. Rien que d'y penser, elle tremblait encore de rage.
James ne disait plus rien. Il semblait avoir fini. Il s'était déjà replongé dans un dossier et griffonait, à la plume, une note de service. Rose avait toujours la discussion de son père en tête. Elle se dirigeait vers la porte et s'arrêta sur la poignée, prise d'un doute.
—Le dossier que tu as distribué à tout le monde…
—Oui? demanda James.
—Il est pour moi en réalité. Tu veux que je résolve l'affaire.
James ne répondit pas. Il avait toujours les yeux rivés sur sa note de service mais son silence était éloquent. Que cherchait vraiment à faire James avec ce dossier? Est-ce que Oncle Harry était au courant? Etait-ce son idée? Pensait-il qu'en espérant que Rose résolve l'énigme de la dealeuse disparue, elle rachèterait le nom de son père tout en confirmant sa place chez les aurors et la brigade d'élite? En sondant son cousin, Rose se dit que cela pouvait très bien être son genre.
—Si je réussis, dit-elle encore, est-ce que ça ira mieux?
Elle n'en dit pas plus, sous-entendant tous ses espoirs. James leva les yeux sur elle et lui adressa un sourire.
—On verra, se contenta-t'il de répondre.
OoO
Rose était adossé à la fenêtre de la cuisine du Terrier, une tasse de bièraubeurre à la main. Elle contemplait le jardin recouvert d'un manteau blanc et le bonhomme de neige qu'avait façonné ses deux petites cousines, les jumelles de Percy. Les petites filles courraient encore dans la neige, enjambées par enjambées, riant et s'envoyant des projectiles glacées, le rouge aux joues. Rose se sentit nostalgique. Dix ans plus tôt, c'était elle et ses cousins qui s'amusaient ainsi, insouciant de la vie et des épreuves qui les attendraient par après.
Tout comme sa grand-mère, elle avait attendue toute la journée l'arrivée des autres membres de la famille. Rose savait que son Oncle Bill fêterait Noël avec Teddy et Victoire, de leur côté. George était parti voir les parents d'Angelina en Irlande pour leur présenter leur petits fils et Lily avait accompagné Thomas chez ses beaux-parents. Mine de rien, tout le monde commençait à faire sa vie de son côté et les voir ainsi absent, après des années de convivialité familiale, lui serrait le coeur.
Le pire était l'absence de ceux qui avaient été convié et qui n'avaient pas vraiment d'excuse pour se dérober. Rose songea à Albus. Où était-il ce soir? Dans son appartement, seul… entouré de livres? Elle s'inquiétait pour lui et toute la journée, elle avait espéré le voir apparaître au milieu du jardin aux gnomes marchant, de son pas tranquille, vers la maison de leur enfance. James ne viendrait pas non plus, trop occupé, comme d'habitude. Elle avait été désolée d'apprendre que son père et sa mère ne viendrait pas au Terrier. La dispute entre lui et Oncle Harry ne s'étaient pas tassé et ils se faisaient la tête depuis plusieurs jours, l'un de voulant pas se retrouver dans la même pièce que l'autre. De toute façon, Oncle Harry était bien trop occupé lui aussi. Ses enfants étaient tous en affaire, éparpillés à Londres ou à la campagne, il n'avait pas besoin de s'enfermer au Terrier pour passer un peu de temps avec sa famille. Rose avait cette curieuse impression que tout était en train de se disloquer à petit feu.
Arthur lui manquait aussi. Elle l'avait abandonné hier soir, son sac sur l'épaule avec quelques affaires qu'elle avait laissés traîner chez lui. Il ne lui avait pas fait l'éternel reproche de leur relation clandestine cette fois, ne profitant que des derniers instants avec sa copine. Ils s'étaient embrassés comme si c'était la première fois et Arthur avait retenu sa main, même lorsqu'elle s'était retourné pour partir. Arthur allait fêter Noël avec sa mère, dans son petit studio londonien. Rose imagina, un court instant, sa joie d'être accueillie dans sa propre famille, dans la douce atmosphère du Terrier. Elle culpabilisa.
—Maman…, je mets où la dinde? s'écria Oncle Charlie en entrant dans la cuisine, les bottes boueuses et une énorme dinde dans les bras.
—Oh, sur la table, mon chéri…
Au moins, certains avaient fait l'effort de venir… Charlie s'ébroua comme un chien et frotta sa chevelure rousse, clairsemé de blanc pour faire tomber la neige. Il avait quitté la roumanie pour les vacances de Noël, espérant voir tout le monde. Au final, il n'avait vu que Rose, Hugo (enfermé dans son propre quartier général), son frère Perçy et sa femme, ainsi que leurs adorables petites jumelles. Toujours enthousiaste, Oncle Charly avait soupiré, haussé des épaules et avait plaisanté avec Percy devant la cheminée décorée de chaussettes.
Molly Weasley s'activait aux fourneaux, parlant, de temps en temps, toute seule, agitant sa baguette dans tous les sens en faisant voler plats, soupière, couteaux et aliments. De temps en temps, elle jetait des coups d'oeil à l'immense pendule murale magique représentant chacun des membres de sa famille. Rose soupçonnait qu'elle avait encore l'espoir que certaines aiguilles penchent soudain sur "en route pour le Terrier". Malheureusement pour la vieille grand-mère, elles restaient résolument immobile.
Son grand-père finit d'accrocher les longues guirlandes rouges au plafond à l'aide de sa baguette, Puis, il s'approcha de sa petite-fille à pas lents, soupirant à chaque craquement de son dos. Rose lui sourit. Son visage ridé inspirait toujours autant confiance. Ses cheveux gris étaient bien coiffés et il portait une vieille robe de sorcier plus confortable qu'élégante. Pantoufles au bien, il approcha une chaise, près de Rose pour lui parler à sa guise.
—Comment ça va au travail? lui demanda Arthur d'une voix enjouée.
—Bof, répondit-elle franchement. J'ai des ennuis. Papa aussi.
—Hum, laissa échapper Arthur. Oui, j'ai entendu l'histoire entre ton père et Harry. C'est vraiment dommage, soupira-t'il en secouant la tête.
—C'est tellement stupide qu'ils se fassent encore la tête à leur âge! renchérit Molly en tournant rageusement sa baguette qui failli faire fracasser une marmite avec une assiette.
—Je n'ai pas bien compris pourquoi ils s'en voulait…, ajouta Arthur en rajustant ses lunettes. Tu sais, toi, mon chou?
Molly était trop occupé à ses fourneaux. Elle fit un vague signe de la main pour signifier qu'elle était occupée et Arthur n'insista pas.
—Papa a laissé s'échapper un suspect, dit Rose. On lui avait dit qu'elle avait été envoyé à l'hôpital mais quand il y ait allé. Il n'a trouvé personne. Oncle Harry lui en veut d'avoir échoué. C'était notre seule piste…
Elle n'était pas entrée dans les détails, sachant pertinemment que l'enquête devait rester confidentielle. Mais sans dévoiler des informations importantes, cela lui faisait du bien de se confier à un proche, surtout à son grand-père qui savait se montrer si bienveillant.
—Qui ça? demanda-t'il en fronçant ses épais sourcils blancs.
—Le suspect? demanda Rose sans comprendre.
—Non… Qui lui a dit que ce suspect se trouvait à l'hôpital?
—La police moldue, pourquoi?
—Peut-être que la police a menti.
—Non, ce n'est pas possible, dit Rose. Papa leur jette toujours un sort pour qu'ils lui racontent tout.
—Tu dis n'importe quoi, Arthur! dit Molly excédée.
Son grand-père haussa encore des épaules.
—Moi, en tout cas, ça me fait penser à l'un des épisodes que m'a montré ton frère sur le… Comment ça s'appelle encore? La télémicron?
—Tu parles de la télévision?
—Oui! C'est ça, se réjouit Arthur. La...télévision… C'était une histoire de policiers moldus. Ça m'a fait bizarre parce qu'ils bougeaient comme sur nos photos mais sans nous voir. Hugo m'a expliqué mais je ne me souviens plus.
—Tu perds la mémoire, mon pauvre Arthur, l'interrompit Molly. Je te l'ai déjà dit, tu devrais aller voir un médicomage pour ça.
Il leva les yeux aux ciels et ce spectacle amusa Rose. Même après cinquantes ans de mariage, ses grands-parents s'aimaient et se chamaillaient comme au premier jour.
—Bref, continua Arthur. C'était l'histoire d'un policier et il cherchait un suspect, comme dans ton affaire. Sauf qu'il ne le trouvait pas parce que son collègue était un espion… Il lui a donné une mauvaise piste et il enquêtait avec lui pour pouvoir mieux effacer ses traces.
—Tu penses qu'on aurait donné une fausse piste à Papa?
—Peut-être…
Rose réfléchit à la question. L'idée lui parut improbable, voire impossible. Son père était connu pour ses gaffes mais pas au point de rater un sort qu'il avait lancé mille fois sur des moldus inoffensifs. Mais si son grand-père avait raison? Cela voudrait dire que la suspecte aurait très bien pu être emmené dans un autre hôpital. Ou plus simplement, peut-être que le policier interrogé avait cet hôpital en tête et qu'au dernier moment, l'ambulance ait soudain changé d'avis. Comment fonctionnait le système médical des moldus? Rose n'en avait aucune idée. Mais elle connaissait quelqu'un qui savait toutes ces choses.
Elle se jeta au cou de son grand-père, manquant de renverser sa bièraubeurre et lui fit la bise pour le remercier.
Rose trouva son frère, étendu de tout son long sur le grand canapé dans le salon. Il somnolait. Plus il grandissait et plus Hugo perdait en énergie, ne se levant qu'à midi passé et se couchant à des quatre heures du matin. Il était arrivé ce matin, par le Poudlard Expresse, transplanant de la gare, avec ses grosses valises et des poches sous les yeux. Il n'avait pas dormi de la nuit et avait passé cette fraîche matinée à comater dans le salon de ses grands-parents, ne les gratifiant que d'un vague grognement pour les saluer.
Rose secoua son frère pour le réveiller. Ses ronflements se transformèrent en cris étouffés et injures lorsqu'il reconnut sa soeur.
—Hugo! Réveille-toi! J'ai besoin de toi.
—Et moi, j'ai besoin de dormir. Lâche-moi!
Il se retourna dans son sommeil, tournant le dos à sa soeur. Rose soupira, énervée. Hugo avait le don de la sortir de ses gongs. Ce petit crétin ne pensait jamais à lui faire plaisir volontairement.
—Je te file dix gallions pour une demi-heure de ton temps.
Les ronflements exagérés se turent et Rose attendit sa réponse dans un silence pensif.
—Trente et pour dix minutes.
—Vendu!
Il se redressa lentement, le visage fermé et sombre. Il tendit la main vers sa soeur, quémandant son paiement. Rose soupira. Elle sortit sa bourse de sa poche et la lui lança toute entière. Les pièces dorées tintèrent entre ses doigts. Il soupesa sa pochette de cuir. Rose savait qu'elle contenait plus de trente gallions mais ne s'en soucia pas. Elle avait trop besoin de son aide pour faire la fine bouche.
—Très bien, dit-il. Qu'est-ce que tu veux?
—Est-ce que la police moldue font des rapports comme nous? demanda-t'elle. Comme des rapports sur leurs enquêtes.
—Bien évidemment! répondit Hugo choqué qu'elle ignore une information aussi évidente.
Rose ignora le ton condescendant de son frère. Elle en avait l'habitude depuis le temps.
—Où est-ce qu'ils mettent tous leurs rapports? Dans des archives? Une bibliothèque?
—Sur un serveur très protégés de la police d'état. Mais ça dépend de quel commissariat on parle, répondit Hugo d'une voix lasse.
Rose le dévisagea, interdite. Elle n'avait rien compris. Hugo le devina et leva les yeux au ciel, face à l'ignorance navrante de sa grande soeur.
—Et ça se dit l'élite des aurors… Bon, qu'est-ce que tu cherches au juste?
—Il y a deux mois, des policiers moldus ont appréhendé une vendeuse de drogue...
—Une dealeuse, corrigea Hugo.
—Oui… Mais elle en a trop pris et a été envoyée à l'hôpital. Sauf que quand papa y est allé. Elle n'était plus là.
—D'accord…
—Je me demandais… Si les policiers notent des rapports comme nous, ils doivent avoir fait un compte-rendu de l'enquête et peut-être qu'il y aura l'adresse de l'hôpital dans lequel a été envoyé la...dealeuse.
—Tu penses que les policiers moldus ont menti à Papa?
—Ou peut-être qu'elle a été envoyé ailleurs avant qu'il n'arrive sur les lieux. C'est possible. Et ils l'ont peut-être marqué dans leurs rapports.
Hugo se passa une main dans ses épais cheveux roux. Ce geste anodin lui rappela soudain le souvenir vivace de Scorpius. Sous ses airs arrogants, Hugo avait toujours admiré Scorpius. Elle trouva effrayant et amusant qu'il le copie dans ses moindres manies. Il ne lui manquait plus que la clope au bec.
—Bon, suis-moi. On va voir, ça.
Il eut du mal à se mettre debout, encore à moitié endormi. De nouveau, Rose fut impressionnée par sa taille. Il était aussi grand que leur père et dépassait sa soeur d'une bonne tête. De son pas lourd et traînant, il se dirigea vers les portes-manteaux, sa baguette dans sa poche arrière. Rose l'imita en se revêtant de son épaisse veste d'hiver. Ils sortirent dans le froid et Hugo se dirigea vers la grange.
En entrant dans cette vieille bâtisse familière, Rose eut soudain des brides d'images d'elle, enlacée dans les bras de Scorpius alors que leur histoire ne faisait que commencer. Elle s'en voulait toujours d'y repenser avec une pointe de nostalgie. Elle ressentait de la colère envers elle pour sa crédulité et pour Arthur qui ne l'avait jamais trahie. Hugo sortit sa baguette pour éclairer les lieux assombri par le givre sur les carreaux. Il fit quelques pas, au milieu de vieux cartons et meubles défraîchi, recouverts de toiles d'araignées. Puis, il fit un mouvement du poignet et une trappe apparut soudain sur le sol.
—Qu'est-ce que c'est? demanda Rose, incrédule.
—Notre planque secrète, à grand-père et à moi. On l'a aménagé quand j'avais onze ans.
—J'en savais rien…
—Ben, c'était secret. C'est un peu le principe.
Il leva la trappe dans un grincement strident et éclaira, du bout de sa baguette, l'escalier de bois. Il y descendit et Rose le suivit, curieuse. Elle sauta la dernière marche branlante et Hugo tira sur une cordelette qui pendait au plafond. Ce geste eut pour effet de refermer la trappe au-dessus de leur tête et d'allumer une série d'ampoule accrochée un peu partout au plafond. Un vrombissement étrange retentit soudain dans la pièce exigüe et Rose cligna des yeux sous l'éclairage soudain et aveuglant.
Le sol était jonché de coussins moelleux. Il y avait un énorme canapé, un peu déparaillé dans un coin, en face d'un immense écran de télévision qui flottait paresseusement dans les airs, raccordé à une série de câbles qui serpentaient à leurs pieds. Sur la table basse était posé trois appareils étranges, eux aussi munis de câbles directs, colorés et branchés à la télévision. Rose découvrit encore une immense bibliothèque qui ne contenait que des ouvrages moldus allant d'un livre au titre inconnu à toute une collection de bande-dessinée. D'énormes coffrets étranges aux images immobiles fixaient Rose de leur regard statique. Mais le plus choquant était le grand bureau dans le fond de la pièce. Un large fauteuil cachait les trois grands écrans noirs au-dessus de claviers, de souris, de manettes de jeux et autres appareils étranges qui étaient la passion de leur grand-père.
Hugo appuya sur un cube noire et le vrombissement devint plus bruyant.
—Ça marche à l'électricité? demanda Rose, choquée.
—En partie, répondit Hugo avec un grand sourire. Tout le réseau que tu vois sous tes pieds ne distribue pas de l'électricité mais de l'énergie magique. On a dû modifier tous les appareils moldus pour qu'ils puissent encaisser une autre source d'énergie. La vieille voiture de grand-père nous a servi de référent.
—Mais... , bredouilla Rose ébahie. Comment…?
—De l'audace, du boulot et un petit coup de pouce…, répondit Hugo sur un ton malicieux.
Il enleva son manteau et s'installa dans son fauteuil. Ses doigts pianotèrent sur les claviers et une séries de fenêtres s'ouvrirent sur les différents écrans qui s'étaient soudain animés. Rose l'observa, encore sous le choc. Tout cela la dépassait.
—Qu'est-ce que tu veux dire par "coup de pouce"? Tu n'as quand même pas utiliser de la magie noire…
Hugo éclata de rire.
—La magie noire, c'est juste un mot pour décrire les intentions de son utilisateur. Moi, je te parle de point d'origine.
—Comment ça?
—Pour alimenter tous ses appareils, on avait besoin d'une grande quantité d'énergie. On a essayé de pirater le réseau électrique des moldus mais la ligne à haute tension la plus proche est à des kilomètres d'ici. Par contre… Ici, on ne manque pas de magie. Tu sais pourquoi?
Hugo se tourna vers sa soeur, les yeux pétillants d'excitation. C'était ça qui réussissait toujours par l'éveiller complètement, la perspective d'une grande découverte.
—On a trouvé une source…
—Quoi? s'exclama Rose.
—Pas une aussi puissante que Poudlard, bien sûr. Mais assez grande pour alimenter mon petit repère et la maison de mamie et papy. C'est d'ailleurs ça qui m'a fait poser l'hypothèse d'une source à Poudlard. Je serai pas étonné que chaque grande ville ou maison de sang-pur de sorcier aient une source à leur base.
—Un réseau connecté, murmura Rose qui comprenait soudain.
—Avec des points centrales. Certains plus grands que d'autres. Ce qui me manque encore, c'est le point d'origine. C'est sur quoi je bosse en ce moment. Si je cartographie tout le territoire, je vais bien finir par remonter tous les embranchements et trouver le source primale!
Le coeur de Rose chuta dans ses entrailles. Elle contempla son frère avec un affreux doute en tête.
—Hugo…, dit-elle très lentement. Ne me dis pas que tu as utilisé ce qu'on a vu dans la salle…
Les doigts de son frère se suspendirent au-dessus de son clavier. Il fit tourner son fauteuil vers sa soeur, lentement. Rose n'eut pas besoin qu'il en ajoute plus. Elle voyait à son expression qu'elle avait vu juste. Il s'était servi de la carte dans la l'antichambre de la source de Poudlard comme point de repère à sa propre cartographie des sources d'Angleterre. Il ne pouvait pas… Il avait promis de garder le secret.
—Tu m'avais juré…
—Je ne l'ai dit à personne et je ne publierai pas mes recherches, dit-il sur un ton catégorique. Mais Rose… Tu n'as pas l'air de comprendre l'importance d'une telle découverte.
—On s'était juré à Poudlard qu'on oublierait cette histoire, lui rappela Rose. Et après l'explosion de la grotte de Merlin… tu m'avais promis que tu n'utiliserais pas ce que tu sais…
—Mais Rose…, se plaignit Hugo comme s'il retrouvait ses cinq ans.
—C'est trop dangereux! Personne ne doit savoir, c'est clair! D'ailleurs, tu vas me faire le plaisir d'effacer toutes tes recherches…
Elle avait pris le ton de leur mère et les yeux d'Hugo s'agrandirent plus par réflexe que par véritable peur. Il ne bougea pas, faisant la moue. Il avait beau avoir l'air d'un adulte, il n'avait rien perdu de son immaturité. Devant son mutisme et son inaction, Rose décida de prendre les choses en mains. Elle repoussa Hugo et se mit à marteler les touches sans réellement savoir ce qu'elle faisait. Le but n'était pas d'effacer elle-même les données mais d'au moins mettre le plus de pagaille dans ses affaires. Elle se revoyait, dix ans plus tôt, saccageant ses châteaux de cartes explosives lorsqu'il lui balançait une nouvelle vacherie.
Hugo poussa un cri étranglé en la voyant abattre ses gros poings sur ses précieuses touches et devant les fenêtres devenues folles sur son écran. Il tenta de l'écarter mais Rose était plus fort que lui et il finit par se résigner.
—D'accord! s'écria-t'il. D'accord, je l'efface.
—Montre-moi.
Il bougonna en reprenant sa souris. Il ferma une série d'onglet qui avait envahi son bureau numérique et cliqua sur un dossier intitulé "Cartographie, Sources". Il tira le dossier et le relâcha sur une petite corbeille.
—Voilà! dit-il. Contente?
—C'est détruit? demanda Rose soupçonneuse.
—Tu vois bien la poubelle…
Elle contempla la petite icône qui contenait maintenant une petite boulette de papier, sans savoir exactement comment un tel prodige était possible. Elle ne comprenait rien mais se refusait à exprimer ses doutes et son ignorance dans ce domaine à son abruti de petit frère. Il attendit, comme s'il était sûr que Rose trouverait à redire à son geste. Mais elle ne dit rien. La poubelle la rassurait même si elle n'en comprenait pas le véritable sens.
—Bon, maintenant aide-moi pour ce que je t'ai demandé.
—Le mot magique? demanda Hugo, un peu bougon.
—Magne-toi ou je te frappe! répondit Rose du tac-au-tac. Je t'ai filé trente gallions. Et arrête de faire l'enfant.
Hugo soupira. Puis, en agitant ses doigts au-dessus de son clavier, il devint soudain très sérieux. Ses yeux verts étaient fixés sur ses écrans, allant de l'un à l'autre à une vitesse folle. Son visage, d'ordinaire rieur et malicieux, était devenu froid et concentré. Rose étudia le défilement d'images, de pages, d'inscriptions étranges mais tout allait trop vite. Elle ne comprenait décidément rien et cela l'ennuyait un peu de ne pas pouvoir suivre les actions effrénées de son frère.
—Qu'est-ce que tu fais? demanda-t'elle timidement.
—Je suis en train de pirater le système de sécurité de la police londonienne.
—Pirater? répéta Rose en imaginant des corsaires sur un bateau en pleine mer.
—Imagine chaque moldu avec, dans sa poche, un autre monde. Tous ces petits mondes sont tous connectés.
—Comme la source?
—Oui voilà, sauf que la magie des sources est remplacée par l'information. Les moldus sont les pires pour l'intimité. Ils n'hésitent pas à balancer toute leur vie sur un réseau ouvert et pas si bien protégé que cela. Donc tous ces petits univers sont connectés et normalement protégés par des barrières. Sauf que certaines informations sont plus précieuses que d'autres et certaines barrières plus compliquées à passer. Par exemple, les informations que contient le système d'exploitations de la police moldue, sont plus importantes que le compte instagram d'une ado de seize ans.
—Instaquoi?
—Laisse tomber…
Il donna un coup de baguette à son écran et les images se mirent à trembler. Lorsque tout se stabilisa, Hugo poussa un soupir de soulagement.
—Ça y est, j'y suis. Qu'est-ce que tu veux savoir?
—Cherche un rapport dans la nuit du neuf novembre.
Elle lui donna l'adresse, quelques éléments précis de l'enquête et Hugo tapa chaque mot dans une barre ponctuée d'une petite loupe de détective.
—C'est bon, je l'ai. Viviane Rogers. Arrêtée par un certain Liam Jones… Inspecteur. Pour attaque sur agent en exercice de ses fonctions… Possession et vente de la nouvelle drogue en vogue du moment… la Potter…
—La quoi?
Hugo lui indiqua la ligne où il venait de lire ces mots. Elle relut plusieurs fois, croyant rêvé. Mais non, il était bien marqué Potter.
—Qu'est-ce que ça veut dire… ? souffla Rose, perdue.
—Ces mecs se moquent de vous, comprit Hugo. Ce sont des sorciers qui ont fabriqué cette drogue. Y a que pour nous que ça veut dire quelque chose.
—Harry Potter est le sorcier le plus connu dans le monde magique…C'est un message. Presque une mise en garde, dit Rose, perdue dans ses pensées. Et pour l'hôpital? C'est Saint-Mary?
Hugo parcourut le rectangle de texte et répondit par la négative.
—C'est écrit… Saint-Thomas.
