18
VOL AÉRIEN
En quittant le Terrier, Rose n'avait qu'une seule préoccupation: le fameux hôpital moldu où devait se trouver la femme que son père avait eu tant de mal à trouver. Elle n'en avait parlé à personne, ni à son père, ni à son oncle, ni à James. L'information était inédite, seule elle et Hugo étaient au courant. Elle doutait que les autres aurors, le même dossier en main, n'ait eu l'idée de vérifier du côté des moldus. Ils n'avaient pas la chance d'avoir le cerveau d'un petit génie à leurs côtés, même si ce même génie tapait sur le système de sa grande soeur.
Elle n'en avait parlé qu'à une seule personne. Lorsqu'elle passa la porte de l'appartement d'Arthur à l'aide du double qu'il lui avait fait, elle fut heureuse de le trouver chez lui. Lui-même revenait du réveillon passé chez sa mère et il venait juste de déposer ses affaires sur une des chaises de sa grande table à manger lorsque Rose bondit sur lui.
—Je sais où elle est, dit-elle excitée.
—Attends, de quoi tu parles, demanda Arthur en la prenant par les épaules.
—La femme… Celle que mon père cherchait. Elle est dans un hôpital de moldu. Si on la trouve avant tous les autres…
Arthur lui demanda de se calmer. Il la fit asseoir dans le canapé et écouta son récit. Il était déjà au courant de la décision du comité car Rose lui avait envoyé un hibou après sa discussion avec James mais elle n'avait pas pris le temps de tout lui raconter dans les détails. Elle n'omit aucun détail: l'altercation entre Harry et son père, le dossier posé sur son bureau, les informations laissées par son père, l'idée de son grand-père, la cachette d'Hugo et enfin son piratage dans la réserve d'archives des policiers moldus.
Bien sûr, elle n'avait rien divulgué concernant les sources et la promesse entre elle et son petit frère. Mais cela ne gêna pas son récit. Arthur l'écouta avec attention.
—Donc cette femme se trouverait à l'hôpital Saint-Thomas?
—C'est ce que disait le rapport. Je ne sais pas comment cela se fait que mon père ait pu se tromper. L'ambulance a pu prendre un autre chemin ou le moldu qui l'a renseigné se serait peut-être trompé. Mais elle est là-bas.
—Si elle a consommé cette drogue et si c'est une moldue, elle doit être dans le comas, dit Arthur.
—Mais on connait des sorts pour l'en sortir… Enfin, je ne suis pas médicomage mais on peut tout de même essayer. Au moins, on sait où elle est. On doit en parler à James, dit-elle avec un grand sourire.
Elle se leva, toujours aussi excitée. Elle voulait écrire une lettre à son cousin pour lui annoncer son succès. Avec ce genre de trouvaille, il la féliciterait certainement et elle ne serait plus sur la corde raide. Oncle Harry et son père pourraient même se réconcilier.
—Attends! la retint Arthur par le poignet. Il faut d'abord s'en assurer.
Rose retomba sur le canapé. Le ton d'Arthur ne partageait pas le même enthousiasme que sa petite-amie qui le contempla sans comprendre.
—Comment ça? demanda-t'elle soudain inquiète.
—Imagine que ce soit de nouveau une erreur… Il faut que l'on soit sûr. Il faut aller vérifier.
Il avait raison. Rose ne voulait pas craindre une nouvelle erreur. James ne lui pardonnerait pas un nouvel échec et l'éjecterait immédiatement de la brigade d'élite. Rose se leva pour de bon, décidée sur la marche à suivre. Elle jeta la veste d'Arthur à son propriétaire et enfila la sienne.
—Qu'est-ce que tu fais? demanda Arthur en la regardant s'habiller.
—On y va, répondit-il sur un ton catégorique.
—Là? Maintenant? Il est tard, chérie. Les hôpitaux ne reçoivent plus de visite à cette heure-ci.
—Et alors? répliqua Rose. On est des sorciers, non? Et toi, tu es un né-moldu. On arrivera bien à tromper leur sécurité…
—Je pense qu'on ferait mieux d'attendre demain…
Rose saisit Arthur par les épaules, comme il le lui avait fait lorsqu'elle était entrée. Elle plongea son regard dans le sien.
—Mon coeur… Je ne sais pas si tu as bien saisi que d'autres aurors sont sur cette enquête à l'heure qu'il est. Tu veux vraiment que ce soit Angus et Babette qui récoltent toute la gloire? Non! Alors tu te lèves et on y va.
Arthur soupira mais obérit. Rose le contempla, victorieuse mettre sa veste et la suivre vers la sortie.
—D'accord, je te suis. Mais je te préviens, si ça tourne mal… je dirais que c'est ta faute.
—Comme d'habitude! répliqua Rose en claquant la porte derrière elle.
OoO
Même si Rose était parcourue d'un frisson d'excitation à la vue de la bâtisse de béton et de verre qui servait d'hôpital aux moldus, elle ne pouvait nier cette tension sourde qui l'envahissait peu à peu. En tant que né-moldu, Arthur avait beaucoup plus l'habitude des hôpital que Rose. C'était la première fois qu'elle entrait dans ce genre d'administration du monde moldu et l'ambiance était bien différente qu'à Saint-Mangouste.
Elle fut d'abord choquée par les gros camions garé à l'entrée qu'Arthur appelait ambulance. Elle savait bien sûr ce que c'était et à quoi servaient ces véhicules étranges mais en voir un en vrai était impressionnant. Rose n'aimait pas les voitures. Son père en conduisait une à chaque fois qu'il devait les conduire à King's Cross pour prendre le Poudlard Expresse. Sa mère avait d'ailleurs bataillé pour obliger les sorciers à s'ouvrir à ce genre de pratique, prônant l'adaptation plutôt que la fermeture d'esprit. Mais Rose n'avait jamais vraiment apprécié ces engins. Elle les trouvait étroit, sale et puant. Le gaz qui s'en échappait lui piquait toujours les yeux et le cuir à l'intérieur lui donnait envie de vomir; sans parler des virages serrés, du bruit du moteur et du klaxon dans les embouteillages et des chaos de la route qui la faisait bondir de son siège à chaque dos-d'âne. Non, Rose préférait largement les balais ou le transplanage, bien plus pratique et rapide que ces voitures de la mort. Alors imaginer ce genre de machine pour aller sauver quelqu'un en danger de mort… C'était risible. Hugo avait beau dire que les moldus étaient des gens bien plus futés que les sorciers, il y avait tout de même certaines de leurs inventions qui lui échappaient complètement.
Elle s'accrochait au bras d'Arthur tandis qu'ils marchaient vers l'entrée. Sur le parking, Rose remarqua des hommes et des femmes en fauteuils roulants, certains accompagnés d'un médecin revêtu d'une blouse blanche. Elle en vit un tenir un long perchoir où pendait une poche de liquide raccordé au bras d'un patient. Tous ces gens étaient malades et ne bénéficiaient pas des soins des médicomages qui auraient pu guérir leurs blessures en une fraction de seconde, comme pour ce jeune enfant, le pied dans le plâtre. Dès le perron, Rose ressentit une grande tristesse et un malaise face à ces gens malades réduits à l'impuissance. Elle ajouta l'hôpital sur la liste des choses qu'elle n'aimait pas chez les moldus.
Ils passèrent la double porte automatique qui s'ouvrit comme par magie. Rose essaya d'avoir l'air naturelle face au phénomène et réprima un bond de surprise lorsque les portes s'ouvrirent toute seule sur son passage. Arthur lui serrait la main. Il pénétrèrent un grand hall blanc. Il était tard mais une dizaine de personnes le traversaient encore, certains avec cette même blouse blanche, d'autres recouverts d'une sorte de bâche verte, bonnet, masque et gants assortis. Il y avait des chaises un peu plus loin où patientaient des gens mal au point, le regard vitreux. Une boutique cadeau proposait à ses clients d'offrir une carte de bon rétablissement à leur pensionnaire et plusieurs brancards, vides, patientaient près des portes de l'ascenseur. Rose se sentit intimidée.
—Fais semblant de te sentir mal, lui chuchota Arthur tandis qu'il la guidait vers un grand comptoir.
Rose acquiesça et se laissa un peu plus reposer sur son petit-ami. Il la soutint par le coude, la portant à moitié. Rose fixa son regard sur l'infirmière en charge de l'accueil. Elle était en train de discuter avec un homme qui devait avoir le double de son âge. Il riait bruyamment et la jeune femme souriait poliment, visiblement mal à l'aise.
—Excusez-moi, dit Arthur en se présentant au comptoir. Ma femme attend un enfant et elle a fait une mauvaise chute dans l'escalier.
Rose devint pâle. Plus que de la comédie, elle avait blêmi en entendant Arthur l'appeler sa femme et parler de leur enfant imaginaire. Il aurait pu trouver n'importe quelle autre excuse. Pourquoi avait-il dû choisir celle-là? L'homme fixa Rose, ses lèvres tordues en une mince grimace de dégoût ou de pitié, elle n'aurait su dire. Cependant, en l'observant à son tour, Rose aperçut une arme à feu de moldu accrochée à sa ceinture. Il devait être policier.
—Vous pouvez aller directement au service gynécologique, au troisième étage. Je préviens tout de suite un médecin de votre arrivée, dit l'infirmière sur un ton très professionnel.
Arthur la remercia et Rose ne perdait pas de vue le policier. Sa présence l'interpellait. Il était peut-être là pour la moldue, lui aussi. Pourquoi? Elle n'en savait rien mais la coïncidence la troublait.
—Bon! s'exclama le policier tandis qu'ils se dirigeaient vers les portes de l'ascenseur. Je ferai mieux de rejoindre mon collègue. Elle est planquée où encore notre petite sorcière?
Rose sentit Arthur se raidir. Elle sentit son coeur chuter dans ses entrailles en entendant ce mot. Il était toujours curieux d'entendre les moldus le prononcer, même si le sens n'était pas le même à leur yeux et était plus un sujet de moquerie ou d'histoires abracadabrantes. Rose et Arthur échangèrent un regard. Ils étaient sur la bonne piste, dans le bon hôpital et bientôt ils feraient la connaissance de la jeune Viviane.
Ils entendirent les indications de l'infirmière et Rose se les répéta dans sa tête. Cinquième étage, chambre cinq cents-huit. Le policier la remercia avec un clin d'oeil et s'avança, de son pas traînant et pesant, dans le sillage du couple qui patientait devant les portes de l'ascenseur.
Le groupe attendait en silence, ambiancé par la musique d'attente qui passait dans la salle d'accueil à côté d'eux et les annonces au micro pour appeler un médecin en salle d'opération. Arthur regardait droit devant lui, contemplant son reflet ainsi que celui de Rose et du Policier. Celui-ci les observait aussi. Il se dandinait sur ses talons, les mains sur sa ceinture, fier de sa profession et de l'autorité qu'elle lui donnait. Quant à Rose, elle était tendue. Elle savait qu'ils allaient devoir faire quelque chose pour ce moldu. Ils partaient tous voir la même personne. Les aurors pouvaient difficilement expliquer leur présence dans la chambre de la suspecte, en compagnie d'un policier moldu. Elle serra sa baguette dans sa poche. Elle avait le pressentiment qu'elle allait devoir bientôt s'en servir.
Les portes s'écartèrent enfin et le policier laissa la place au couple. Arthur guida Rose dans la cage d'ascenseur et l'inspecteur sifflota en y entrant à son tour. Les portes se refermèrent avec un petit bruit et le moldu appuya sur le bouton du cinquième étage. Arthur relâcha Rose et passa lentement une main dans son blouson. Il sortit sa baguette et frappa légèrement le policier dans le dos qui se retrouva figer sur place. Rose se redressa immédiatement, alerte.
—On procède comment? lui demanda Arthur en suivant le défilement des numéros des étages.
—On pose les questions d'usage, répondit Rose. Si elle fait partie du trafic, elle doit connaître notre monde. Au pire on lui oubliette la tête, ça devrait aller.
—Et après on la laisse dans sa chambre? dit Arthur, sceptique.
—Après on prévient James avec un patronus et on monte la garde. On ne peut pas la laisser nous échapper une nouvelle fois.
Arthur acquiesça sans grand enthousiasme, ce qui agaça Rose. Elle devait bien admettre que son plan n'était pas parfait. Beaucoup de questions et de doutes l'assaillaient soudain comme "Et si d'autres policiers se trouvaient dans la chambre de la Viviane?", "Et si James n'était pas disponible?", "Et si des médecins les trouvaient soudain étranges?". Mais le visage tourmenté de son père lui revint en tête. Elle n'avait plus le temps nécessaire pour prendre du recul et ils devaient agir vite.
Ils entendirent l'explosion lorsque les portes de l'ascenseur s'ouvrirent au cinquième étage. Aussitôt, un bruit strident et répétitif éclata dans le couloir et des torrents d'eau se déversèrent du plafond.
—Qu'est-ce qui se passe? demanda Rose, paniquée.
—C'est l'alarme incendie, expliqua Arthur. Il s'est passé quelque chose.
Ils sortirent de l'ascenseur et marchèrent prudemment dans le couloir. Des patients sortaient des chambres en panique, certains aidés par des infirmières et des médecins en blouse blanche. Le chaos régnait et la peur se lisait sur les traits de chacun d'eux. Rose était trempée, elle n'avait pas encore sortie sa baguette mais son instinct lui hurlait de bien faire attention. Heureusement pour eux, dans ce chaos ambiant, personne ne pensa à leur demander d'expliquer leur présence ici. Un médecin leur hurla de descendre par les escaliers de secours mais il s'encourut avant de les voir lui obéir. Bientôt, ils se retrouvèrent seul, dans le couloir inondé, s'approchant de plus en plus du panache de fumée.
Rose vit d'abord deux corps couchés au sol, parmi le plâtre défoncé et des gravats. L'un des moldus toussa bruyamment et il se redressa à moitié. Rose fixa ensuite son regard sur la haute silhouette qui traversa le panache de fumée blanche. Il sortait de la chambre cinq cents-huit, celle de Viviane. Rose pensa immédiatement à des mangemorts. Son père les avait souvent décrits dans ses récits: des sorciers encapuchonnés, vêtus de longues robes noires, lugubre à souhait. Puis, elle pensa à des détraqueurs. En tout cas, l'homme devant elle dégageait cette même impression de peur sourde et de danger. Rose eut une piqûre de rappel brutale de sa cavalcade dans la forêt interdite, près de la tombe de Dumbledore. Cette brume...ce danger ambiant...la peur qui l'avait saisie face à une menace invisible et puissante. C'était pareil, face à cet homme en noir, au milieu du couloir d'un hôpital moldu.
La jeune femme brandit sa baguette sur l'homme en noir.
—Arrêtez-vous! hurla-t'elle.
L'homme s'enfuit. Rose se mit à courir. Lorsqu'elle passa devant la porte défoncée de Viviane, elle aperçut le cadavre de la jeune femme et son cou tordu. Il était trop tard pour elle. Il ne restait plus que son mystérieux meurtrier et sa seule piste s'encourait déjà dans l'escalier de service.
Rose capta les pas précipités d'Arthur dans son dos. Elle fut soulagée de savoir qu'il la suivait. Elle courut dans le long couloir où avait disparu l'homme en noir. Sa course hasardeuse, la faisait buter sur les murs, glissant sur l'eau à ses pieds dans un clapotis étrange au milieu du cri strident de l'alarme toujours active. Elle passa la porte et entama sa descente dans l'escalier. Elle passa un premier palier à toute vitesse, passant sa tête par-dessus la rambarde pour le repérer. Rose vit un pan de sa robe noire, un étage en dessous. Il n'avait pas transplané, ni ne lui avait encore jeté un sort. Il ne faisait que fuir.
—Stupefix! cria Rose en visant la silhouette en mouvement.
Le sort frappa la barrière des escaliers qui vola en éclat.
—Rose! cria Arthur. On doit rester discret! dit-il en descendant les marches plus vite qu'elle.
Elle ne l'écouta pas et balança deux autres éclairs rouges dans sa direction. Il les esquiva, animé par une vitesse hors du commun. Rose jura entre ses deux et sauta tout un palier pour gagner du temps. Elle ne pouvait pas le laisser filer. Il en était hors de question.
—Rose! Attends! cria Arthur dans son dos.
Elle avait de l'avance et ne voulait pas la gaspiller à attendre. Tout en continuant à descendre, elle eut l'impression que l'homme semblait ralentir. Curieusement, il s'arrêta au dernier palier, face à une fenêtre qui montrait la ville londonienne et ses multiples lumières dans cette profonde nuit d'hiver. Rose se posta face à lui, baguette tendue. Elle entendait les pas d'Arthur dans son dos qui se précipitait à sa rencontre.
—Stupefix! cria encore Rose sans hésitation.
D'un simple geste de la main, l'encapuchonné dévia le sort qui alla toucher le mur d'en face. Rose contempla l'homme en noir, la bouche entrouverte, choquée. Il n'avait pas de baguette en main. Il n'avait pas prononcé de formules. Elle ne savait même pas s'il avait utilisé un Protego. Et il avait dévié son sort avec une facilité et une rapidité déconcertante. Rose eut peur, peur de ce qu'était capable un individu avec de tels pouvoirs.
—Rose! cria encore Arthur.
—Je ne vous laisserai pas partir! lâcha Rose en défiant l'homme en noir.
—Essaie seulement…, dit-il, son visage plongé dans l'ombre de son capuchon.
Arthur venait de rejoindre Rose. À sa vue, l'homme en noir prit de l'élan et se mit à courir, droit vers la fenêtre comme pour un marathon. Rose lui balança une série de sorts qui rebondirent sur lui, sans lui faire le moindre effet. Arthur essaya aussi. Il toucha l'un de ses bras qui se mit à pendre sur son flanc. Mais cela ne l'empêchait pas de courir. Il passa la fenêtre comme dans du beurre, traversant la glace sans la casser. Rose se précipita devant la vitre et vit une forme noire s'envoler dans les nuages, telle une gigantesque chauve-souris. Il n'avait pas de balai et il volait dans les cieux, sans aide, seulement celle de sa curieuse magie. Rose était perplexe et enragée. Il allait leur échapper.
—Le dernier sort que tu lui a lancé…, demanda Rose l'air grave. C'était quoi?
—Un Petrificus Totalus… Pourquoi?
Son esprit marchait à toute vitesse. Tous ses sorts avaient échoués mais il les avait dévié avec sa main. Le dernier avait marché. Pourquoi? Peut-être était-il en train de concentrer sa magie pour voler. Il ne pouvait pas s'apprêter à traverser la vitre et à se protéger. Ses utilisations étaient coups par coups. Elle avait peut-être une chance de le battre si elle gardait ce détail en tête.
—Préviens James et demande une brigade d'oubliators. Il va falloir nettoyer le secteur.
Elle farfouilla dans le sac à perle que lui avait offert sa mère pour sa majorité. Ce sac ne l'avait plus quitté depuis et elle emmenait tout ce dont elle avait besoin pour ses missions, parfois risquées. Ses doigts rencontrèrent des flasques de potions de soins, une tenue de rechange et sa bourse de gallions. Mais surtout, elle frôla le plus important: le manche de son balai, un Brossdur 50.
Elle l'empoigna solidement pour le sortir du sac et passa une jambe par-dessus. D'un coup de talon, elle décolla du sol et prit rapidement de la vitesse, passant par la fenêtre brisée, pour disparaître dans le premier nuage. La nuit était tombée depuis longtemps. Sous elle, les lumières bleues et rouges clignotaient en de minuscules points, des kilomètres en contrebas. L'eau gorgée dans les cumuli mouillèrent un peu plus ses vêtements déjà trempée. Elle frisonna de tout son être, crispant ses doigts sur le manche de son balai de fortune. Cependant, elle se réjouit d'une chose: ils étaient dans les airs et personne ne la battait sur ce terrain-là...si elle arrivait déjà à le retrouver.
Elle fonça droit devant, poussant au maximum son balai, traversant les nuages en se gelant un peu plus à chaque passage. Elle réfléchissait à toute vitesse, tandis que l'air frais du soir lui fouettait le visage. Il s'était envolé depuis cinq minutes peut-être. Allez, dix en comptant large. Il avait pris la direction du nord-est.
Rose stoppa au milieu des cieux opaques. Rose était frigorifiée, de la buée s'échappait de ses lèvres et la pointe de ses cheveux s'étaient mises à geler. Son balai perdait de temps en temps de l'altitude, comme si sa magie s'épuisait. Rose ne pouvait pas vraiment lui en vouloir, le couvercle de poubelle n'avait pas été pensé pour voler. Elle espéra seulement qu'il tiendrait un peu plus longtemps, le temps qu'elle repère sa proie dans la nuit d'encre. Rose sortit sa baguette et en alluma l'extrémité d'un Lumos. De nouveau, elle avait une curieuse sensation. Comme si le danger n'était pas loin… Comme s'il l'attendait en réalité.
Un véritable éclair jaillit d'entre les nuages et manqua de la frapper de plein fouet. Rose eut tout juste le temps de se décaler vers la gauche, tournant son manche de toutes ses forces. Il ne pouvait pas la prendre par surprise dans les airs. Elle avait trop l'habitude du Quidditch. Elle se répéta qu'il n'arriverait pas à la battre sur ce terrain-là. Elle riposta immédiatement, balançant une série de sort dans la direction où l'éclair avait jailli. Rose vit alors la forme sombre et lugubre de l'homme en noir sortir des nuages et flotter narquoisement devant elle.
Cet homme se fichait d'elle. Il aurait eu tout le temps de s'enfuir mais il l'avait attendu, au milieu des nuages. Il l'avait frappé par surprise et maintenant il pavanait devant elle, volant à sa guise dans les airs, sans balai. Il dégageait une telle puissance et une telle dangerosité. Rose n'avait plus peur. Etait-ce de l'inconscience? Ou son caractère gryffondor? Elle avait bien trop froid pour y réfléchir. Elle ne voyait que l'arrogance de son ennemis et sentit la colère l'envahir.
Rose riposta encore et encore, puisant dans ses réserves de magie pour à la fois maintenir son couvercle de poubelle sous la forme d'un balai volant et envoyer de puissants sortilèges à son adversaire. Elle s'était dit qu'il ne pouvait pas voler et se protéger en même temps. Et en effet, l'homme en noir esquiva toutes ses attaques en voltigeant comme un papillon de nuit, entre les jets de lumière.
L'encapuchonné lui balança deux nouveaux éclairs dont l'un d'eux passa tout près de son oreille gauche, avant de reprendre sa folle course. Rose poussa son balai dans son sillage, visant le dos de l'homme volant.
—Stupéfix!
Un éclair rouge jaillit alors de sa baguette et frappa de plein fouet les jambes de l'homme en noir. Il fit une embardée et chuta de quelques mètres dans le vide. Rose le suivit, fonça droit sur lui, baguette toujours tendue, visant son visage toujours caché avec l'espoir de le neutraliser pour de bon.
Rose se trouvait pile au-dessus de l'encapuchonné. Elle fonçait comme un attrapeur sur le point de se saisir du vif d'or. Le vent lui sifflait dans ses oreilles et elle avait du mal à maintenir les yeux ouverts, face contre le vent. Elle ne réagit pas lorsque l'homme tendit sa paume vers Rose. Il avait attendu le moment où elle fut pile dans sa trajectoire pour agir. Le sort frappa le balai de Rose qui s'enflamma aussitôt en perdant toute magie. Rose se mit à tomber dans le vide dans un hurlement de surprise, tandis que l'homme en noir s'immobilisa dans la nuit, flottant au-dessus d'elle, en contemplant sa chute inexorable vers le sol.
La sensation de chute libre… Rose ne l'avait expérimentée que très peu de fois lors de ses match de quidditch. Mais celle-ci fut la pire. Elle chutait longtemps, des centaines de mètres au-dessus de la ville de Londres avalés en une foulée de seconde dans un mugissement qui s'éteignait peu à peu. Rose tenait toujours serrée dans sa main sa baguette sans avoir la force de s'en servir. Un torrent de pensées l'assaillait teintées de peur, de regrets et de solutions insensées.
La seule chose qui était plus fort que la terreur de l'atterrissage était son refus d'en finir ainsi. Même si ce sort lui rappelait cruellement ses envies de mort à Poudlard, perchée en haut de la tour d'astronomie, elle se souvenait aussi du cri qui l'avait réveillé de sa torpeur. Scorpius lui avait hurlé de ne pas sauter. Sa raison lui hurlait, à présent, de ne pas se résigner. C'était à son tour de crier, d'appeler. Elle devait se souvenir qu'elle devait à tout prix gagner.
—RAYMAR! hurla-t'elle dans le vent en brandissant sa baguette.
Son appel avait été suppliant, désespéré mais tonitruant. Il eut un flash de lumière et un rugissement lointain éclata dans le ciel. Rose aperçut un écran orangée voler vers elle à toute vitesse. Elle battit l'air des bras, se positionna pour faire face à la ville illuminée qui allait bientôt accueillir sa chute et elle bloqua sa respiration. Son griffon apparut soudain sous elle et elle n'eut qu'à tendre la main pour s'agripper à sa toison. Elle se tira sur son dos et se logea contre lui, retrouvant ses anciens réflexes lorsqu'elle le chevauchait à Poudlard. Les battements frénétiques de son coeur se calmèrent et elle prit une grande inspiration. Raymar piquait toujours entre les buildings. Rose le guida, zigzaguant avec grâce entre les immeubles plongés dans l'obscurité. Elle prit ensuite de la hauteur et fit face à l'homme en noir qui l'attendait toujours.
Rose flatta l'encolure de son animal qui fixait la silhouette sombre flottante avec un feulement menaçant. Dès qu'elle fut en contact avec son griffon, tout le corps de Rose se réchauffa. Elle passa une main dans sa crinière et se sentit revivre. Le maître et le griffon partageaient bien plus qu'une amitié, c'était un lien indéfectible, une union magique puissante où l'un puisait dans l'autre ce dont il avait besoin. Le courage de Rose faisait écho à la force du griffon et tous les deux se placèrent face à l'homme en noir. Rose dévisagea l'ombre de son visage, le regard dur et l'envie d'en découdre.
—Tu ne t'attendais pas à ça! cria Rose à l'adresse de son ennemi sans savoir s'il pouvait l'entendre dans le souffle du vent.
Les ailes de Raymar fouettaient l'air froid de la nuit. Rose et son animal ne faisait qu'un, menaçants et prêt à riposter au moindre geste de l'homme en noir. Il n'attendit qu'une seconde avant de lui balancer plusieurs éclairs. Raymar les absorba tous. Créature du feu et de la foudre, les griffons ne craignaient ni l'un, ni l'autre.
—Je suis l'héritière de Gryffondor, cria-t'elle encore dans l'obscurité soudaine après l'orage déclenché par l'ennemi. Rends-toi!
Raymar ouvrit grand sa gueule comme pour rugir mais à la place du cri du lion ailé, un torrent de flammes s'échappa de sa mâchoire gigantesque. Une lueur menaçante envahit les cieux et le torrent de flammes illumina la robe de l'encapuchonné avant qu'elle ne le frappe de plein fouet. L'homme s'envola, happé par les flammes, fuyant comme le vent pour éteindre les braises et échapper au lion et à sa maîtresse. Son arrogance l'avait poussé à l'attendre à chaque fois qu'elle était en difficulté, Rose allait lui faire regretter amèrement son erreur.
Toujours sur le dos de Raymar, Rose vola dans son sillage, bravant les flammes et la fumée qui glissaient sur le pelage de son animal comme l'eau de pluie. Accrochée à sa crinière, elle poussait son griffon au maximum de sa capacité de vol. Ils s'étaient entrainés un nombre incalculable d'heures à Poudlard et par après. Elle connaissait chaque sursaut sous ses cuisses, chaque ronronnement, ou chacun de ses cris. Elle savait aussi ce dont était capable son griffon et la puissance qui l'habitait. L'homme en noir n'avait aucune chance.
Raymar lui cracha encore un geyser de flammes qui inonda le ciel dans une déflagration puissante. L'homme prit de la hauteur pour échapper au brasier créé par le griffon. Il s'envola toujours plus haut et Rose le suivit.
Toujours poursuivi par les flammes de Raymar, l'homme en noir se mit à descendre, brutalement, en piqué. Rose mena son griffon dans son sillage, interpellé par ce brusque changement de trajectoir. Il essayait de l'avoir, encore une fois. Mais cette fois-ci, elle l'aurait à son propre jeu.
—On va lui jouer notre tour favori, dit-'elle à l'oreille de son lion.
Elle battit ses genoux sur le flanc de Raymar qui accéléra sa descente tout en poussant un rugissement terrifiant dans le dos de l'encapuchonné. Celui-ci descendait toujours plus bas, sa robe noire brûlée de moitié, son capuchon rabattu en arrière dévoilant une chevelure argentée. Ils tombaient tous, aidés par le vent et l'air glacé de l'hiver. Rose poussait Raymar droit sur lui, confiante, attendant le bon moment. Elle sentit son lion se raidir sous elle. Il se préparait.
L'homme en noir se retourna soudain et Rose y vit le moment qu'elle attendait. Il s'était retourné pour la frapper, comme pour son balai. Cette fois-ci, il ne gagnerait pas.
—Maintenant! cria-t'elle.
Raymar transplana. Le lion géant et Ros apparurent derrière l'homme qui eut juste le temps de tourner la tête pour voir les énormes mâchoires du griffon se refermer autour de sa taille. Raymar battit frénétiquement ses ailes et prit de la hauteur L'homme entre les mâchoires du griffon se tortilla comme un verre, criant et hurlant. Rose encouragea son griffon à prendre de la vitesse et ils transplanèrent de nouveau.
Le seul endroit qui lui vint à l'esprit pour guider Raymar fut le quartier général des aurors. L'énorme griffon apparut au milieu des box et des bureau, provoquant le chaos derrière lui. Le souffle de son apparition fit voler les chaises, les parchemins et le mobilier. Rose perçut plusieurs cris, vit des baguettes brandies. Raymar cracha l'homme qu'il tenait dans sa gueule. Il avait prit soin de ne pas le blesser, le ramenant vivant à sa maîtresse comme un matou rapportant une souris vivante à sa maîtresse. Lorsque l'encapuchonnée fit mine de se redresser, il posa son énorme patte sur son ventre et un long feulement menaçant émana de ses babines retroussées.
Rose contempla le massacre. Au moins, se dit-elle, ils étaient en lieu sûr, à l'abri des regards indiscrets des moldus. Harry Potter sortit de son bureau en rajustant ses lunettes sur son nez. James était déjà parti pour l'hôpital moldu, rejoindre Arthur qui avait demandé du renfort. Le chef des aurors fut ébahi à la vue du griffon, de sa nièce couverte de poussière, les cheveux en pagaille et l'homme aux allures de mangemorts, sous la patte de la créature légendaire.
Rose se redressa en poussant un long soupir.
—Je fais peut-être beaucoup d'erreurs, lâcha-t'elle avec un demi sourire. Mais quand je poursuis quelqu'un, faut bien reconnaître que je l'attrape toujours.
Sur ce, elle flatta le flanc de son griffon qui se mit à ronronner doucement sous ses doigts.
