20
LE SORCIER ET LE MOLDU
Il était devenu de notoriété publique qu'Albus Potter était monté en grade.
L'appellation n'était pas tout à fait exacte. Le jeune Potter n'avait pas obtenu de promotion, ni plus de gallions. Il n'avait toujours pas le droit d'entrer dans les salles des cerveaux les plus intéressantes. Et pourtant, tout le ministère de la magie chuchotait sur son passage. Sa nomination comme responsable de l'enquête sur la mort du pauvre Markus Lewis, collègue de ce dernier, avait fait le tour des étages. Un brigadier avait sûrement parlé de sa visite dans la maison du vieil Albert à qui voulait l'entendre. Les enfants Potter devaient porter ce lourd poids sur leurs jeunes épaules: quoiqu'ils fassent ou disent, cela finirait toujours par faire les gros titres ou le sujet des ragots.
Albus aurait pu s'en accommoder. Pour dire vrai, il était assez habitué aux regards obliques ou intéressé ainsi que sa comparaison constante avec le si connu père de ce dernier. Là où il eut plus de mal fut le changement d'attitude de ses collègues langues-de-plombs. En effet, ils étaient déjà très méfiants envers le nouveau venu, aussi célèbre qui plus est, dont la légende du papa n'était plus à refaire. Mais maintenant qu'il avait été chargé par Gelbero d'enquêter sur la mort de l'un d'entre-eux, cette méfiance tacite se transforma en mépris éloquent.
Il n'était pas facile de mener une enquête interne et cela, Albus s'en rendit très vite compte. En lui confiant cette mission, Gelbero l'avait en réalité piégé. Même si l'intention était louable et intelligente, Albus prit vite conscience des aspects négatifs d'une telle entreprise. Car les Langues-de-plomb étaient tout sauf idiotes et l'idée d'un meurtrier parmi leur rang avait vite circulé. Cette déduction était logique. Le pauvre Markus était mort de son serment. Or, il était tout à fait possible que ce soit l'un de ses collègues qui lui ait soutiré de précieuses informations sur ses travaux. Qui d'autres seraient intéressés par de tels secrets, sinon? Or, du coup, cette enquête interne prenait, tout à coup, tout son sens; La mission d'Albus n'était pas de débusquer un assassin lointain mais de découvrir un meurtrier froid et calculateur parmi leurs rangs.
Un climat de suspicion régna dans tout le département. Les sourires polis et les poignées de mains se changèrent en regards lourds et en pincements de lèvres. La promesse du silence se renforça chez chacun, optant une discipline de fer et un mutisme d'or. Et le peu de murmures dont se permettaient les langues-de-plombs parlaient tous dans le dos d'Albus, celui qui était chargé de faire tomber l'un d'entre eux.
Albus se retrouva plus seul que jamais. Même s'il donnait l'image d'un jeune homme taiseux et replié sur lui-même, il détestait la solitude. Il ne l'avait que très peu expérimentée. Il était entré dans la vie, entouré d'une fratrie et d'une famille aussi grande que les gnomes dans le jardins de sa grand-mère. Par après, à Poudlard, il s'était fait un ami pour la vie et il ne l'avait jamais quitté jusqu'à son malheureux emprisonnement. Aujourd'hui, Albus était isolé, réellement replié sur lui-même, constamment plongé dans ses pensées et ses inquiétudes. Il s'en faisait beaucoup: pour Scorpius dont il n'avait aucun nouvelle malgré ses nombreuses lettres, pour Rose à qui il n'osait plus parlé, pour son père et sa propre enquête, même pour son grand frère qui avait le même don que Scorpius pour foncer dans les pires situations. Et lorsqu'Albus rentrait seul, dans son vaste appartement londonien, la lumière d'un lampadaire filtrée à travers l'une de ses fenêtres comme seul accueil, il finissait souvent par s'asseoir dans son grand fauteuil, un verre d'alcool dans une main et les larmes qu'il essayaient de ravaler, en vain.
Mais Albus, bien que très peu solitaire, était avant tout consciencieux. Gelbero lui avait donné une mission et il entendait bien la mener à terme. Se concentrer sur cette tâche, lui permettait aussi d'oublier sa peine et son cerveau, bien fait, était en effervescence. Après sa visite illégale dans le cerveau de Merlin (qui ne lui avait rien appris ou très peu de choses), Albus s'était concentré sur les éventuels suspects. Tout comme ses collègues, il était arrivé à la déduction que le meurtrier ou la personne qui avait fait parlé Markus involontairement, devait être l'une des langues-de-plombs. Lewis n'avait aucune famille, isolé comme tous les employés au Département des Mystères. Il ne pouvait pas écarter l'hypothèse d'un collègue jaloux ou ambitieux.
Il imagina, très bien, l'un des travailleurs de la salle qui s'occupait de l'énigme de Merlin, obligé Markus à dévoiler ses secrets. Gelbero lui avait révélé que la Langue-de-plomb avait travaillé sur le cerveau de Merlin pendant plusieurs années. Il avait d'ailleurs collaboré avec plusieurs chercheurs du Saint-Graal dans la grotte de Merlin avant que celle-ci n'explose. Or, la légende racontait que pour entrer dans la partie verrouillée du cerveau de Merlin, il fallait d'abord résoudre l'énigme du Saint-Graal, ce que s'échinaient la masse de sorcier enfermé dans la vaste salle, jour après jour. Et si Markus avait fait équipe avec l'un de ces chercheurs pour résoudre l'énigme? Bien sûr, leur serment les empêchaient de communiquer comme ils le voulaient… Mais s'ils avaient trouvé une parade? Était-ce possible? S'ils s'étaient mis d'accord pour travailler à la solution, chacun de leur côté, ne se communiquant que des informations qui n'étaient pas susceptibles de les condamner à mort? Albus avait du mal à le concevoir. Il avait déjà toutes les peines du monde à discuter tranquillement avec sa famille alors travailler sur un projet commun au Département des Mystère… Pourtant, Gelbero lui avait dit que le département du Saint-Graal et Stuart avaient collaboré dans la Grotte de Merlin. Avaient-ils eu une dérogation spéciale pour travailler ensemble? Albus avait posé la question à son supérieur. Il lui avait répondu par la négative. Les envoyés dans la grotte travaillent de leur côté et lui rapportaient à lui, la Langue-d'or, ce qu'ils avaient découvert. C'était lui qui faisait les liens…
Mais Albus n'arrivait pas à s'enlever de la tête le mystérieux employés jaloux qui découvre (il ne savait comment) que le gros Markus Lewis avait réussi à résoudre l'énigme du Saint-Graal, lui permettant ainsi de pénétrer dans les secrets les mieux gardés du sorcier le plus puissant de tous les temps. Rendu fou par des années de recherches infécondes, ce mystérieux collègues se rend chez Lewis et l'oblige à lui révéler ce qu'il a découvert, ce qui brise son serment et le condamne à une mort lente et douloureuse. Le collègue prend peur et se débarrasse du corps dans un marais. Fin de l'histoire.
La théorie était plaisante mais comportait beaucoup d'incohérences à commencer par l'impossibilité de la communication. Malgré tout, son hypothèse lui plaisait tellement qu'il se mit à interroger, méthodiquement, l'entièreté des employés du Département des Mystère. Gelbero aima l'idée, lui aussi, et lui donna Pickquery comme assistant. La vieille langue-de-plomb n'apprécie visiblement pas d'être à la botte d'un homme qui avait la moitié de son âge et si peu d'expérience mais il acquiesça à l'ordre de son supérieur et conduisit chaque employé devant Albus, sans émettre le moindre commentaire que ce soit dans son dos ou bien en face.
L'exercice fut long et laborieux. Albus mis plusieurs semaines à interroger chaque langues-de-plomb. Il n'apprit pas grand chose mais eut une idée plus nette des ambiances des différentes salles à travers le témoignage de ses ouvriers. Il se rendit compte que les chercheurs du Saint-Graal étaient tous agités et terriblement nerveux, comme surexcités en permanence. Les brigadiers du temps étaient pédants. Les gardiens des esprits perturbés étaient cernés et morose. Les artistes des tableaux étaient alambiqués. Ceux de la salle de l'espace croyait tout savoir et avait un recul étonnant sur les choses. Les employés de la réserve étaient blasés.
L'entrevue qui marqua le plus fut celle du responsable de la salle des prophéties. Pickquery annonça un certain Boris Kaleo. Albus vit apparaître un sorcier qui approchait la soixantaine. Il avait une longue barbe blanche et des cheveux aussi longs, argentés et brillants. Il portait de petites lunettes carrées et sa robe noire était couverte de poussière. Le vieil homme, contrairement à tous les autres, avait un sourire aux lèvres et était imprégné de l'énergie de son métier, à savoir une aura pleine de mystères.
—Bonjour, Mr. Kaleo, dit Albus en se levant pour le saluer. Excusez-moi de vous déranger pendant vos heures de travail mais j'aurais quelques questions à vous poser.
—Oh! Je sais bien, mon petit, répondit Kaleo en s'asseyant avec peine, les jambes tremblante, sur la petite chaise en face d'Albus. On ne parle plus que de ça, ici.
—Vous vous appelez Boris Kaleo, lut Albus sur son parchemin. Vous travaillez dans la salle des prophéties depuis trente-cinq ans.
—Rigoureusement exact, dit Kaleo en acquiesçant lentement.
Puis, Albus le dévisagea longuement. C'était une habitude qu'il avait prise à force de passer ses entretiens. Il prenait toujours une longue minute pour sonder son interlocuteur, même s'il devait mettre mal à l'aise celui qui le faisait face. Or, pour Kaleo, ce petit exercice intrusif, loin de le troubler, le fit sourire.
—Vous ressemblez à votre père, dit le vieillard en sondant Albus à son tour.
—Vous le connaissez?
—Qui ne le connait pas? rétorqua Kaleo avec un rictus. D'autant plus que ce saligaud a foutu la pagaille dans ma salle quand il avait quinze ans.
Albus ne put s'empêcher de sourire en l'entendant traiter son père de "saligaud". En général, c'étaient plutôt des louanges qu'on rabâchait aux oreilles du fils.
—Connaissiez-vous Markus Lewis? enchaîna directement Albus.
—Pas très bien. Il me saluait, de temps en temps dans les couloirs, mais rien de particulier.
—Il ne vous a jamais parlé?
—Bonjour… Au revoir… Une fois, il m'a annoncé le résultat de la coupe du monde de quidditch. Il était fier, son équipe préférée avait gagné. Sinon, rien d'autres.
Albus opina. Chou blanc, à nouveau. Il raya, de la pointe de sa plume, le nom du vieux Kaleo et le remercia. Il doutait que le vieux prophète (comme on appelait les employés de la salle des Prophéties) ait un quelconque lien avec la mort de Markus Lewis.
—Il a tout de même quelque chose qui me travaille, dit soudain Kaleo alors qu'Albus lui tendait la main pour le saluer.
—Quoi?
Kaleo tapota ses doigts sur la table. Il souriait mais ses yeux avaient une toute autre expression, comme une sorte d'inquiétude.
—Je me souviens de chaque prophétie qui sont passées entre mes vieilles mains ridée, Mr. Potter, dit-il d'une voix douce et calme. Il y a trois ans, j'ai reçu une sphère qui m'a rendu nostalgique. Vous comprenez...revoir le nom de "Potter" une deuxième fois…
Le sang d'Albus se figea dans ses veines. Il avait suspendu son geste et sa main, toujours en l'air, se mit à trembler légèrement. Il dut refermer le poing pour le cacher.
—Rassurez-vous, lui dit le vieil homme en remarquant son drôle d'air. Je ne vais pas vous demander de me la répéter. De toute façon, j'en connais déjà chaque syllabe à force de l'avoir étudiée. Je sais très bien qui l'a proférée, à qui elle a été dite et bien sûr, qui elle concerne.
Albus avala difficilement sa salive. Sa gorge était soudain devenue aussi sèche que de la paille. Ses yeux se fixèrent sur la porte derrière le vieux Kaleo. Il eut soudain peur que Pickquery ne choisisse ce moment pour surgir dans son petit bureau de fortune et n'entendent leur conversation. Comme s'il partageait ses craintes, Kaleo se pencha un peu plus vers Albus.
—Mon serment m'oblige à ne pas vous en dire plus mais je pense qu'un petit conseil de me tuera pas.
—Dites-moi.
Kaleo ne parla pas tout de suite. Il baissa la tête et Albus pensa qu'il cherchait ses mots pour expliquer un sujet délicat, des mots qui ne seraient pas susceptibles de faire rompre son serment et de le tuer. Quand il commença, Albus n'en perdit pas une miette:
—Après l'attaque au Ministère par les mangemorts pour s'emparer de la prophétie que vous connaissez (dit-il pour ne pas appeler clairement celle qui avait bouleversé la vie de son père), après qu'elle soit brisée, j'ai été curieux. A l'époque de sa profération, je n'étais pas encore en service. Mais j'avais les vieilles notes de mon prédécesseur que la Langue-d'Or m'a autorisé à consulter après l'intrusion. Vous ne le savez peut-être pas, Mr. Potter mais beaucoup de prophéties ne se réalisent jamais. Celle de votre père aurait pu rejoindre toutes les autres qui sont tombés en poussière. Seulement, c'est la croyance d'un homme qui l'a activée.
Albus se remémora ce dont lui avait expliqué son père lors de l'une de leur conversation, quand il n'arrivait pas à dormir. Il connaissait la prophétie d'Harry Potter qui le liait, à jamais, à Voldemort.
"Celui qu a le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres approche...il naîtra de ceux qui l'ont par trois fois défié, il sera né lorsque mourra le septième mois...et le Seigneur des Ténèbres le marquera comme son égal mais il aura un pouvoir que le Seigneur des Ténèbres ignore...et l'un devra mourir de la main de l'autre car aucun d'eux ne peut vivre tant que l'autre survit… Celui qui détient le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres sera né lorsque mourra le septième mois…"
Albus la connaissait par cœur. Mais son père lui avait aussi expliqué qu'il n'était pas le seul à remplir les conditions de la prophétie. Albus avait été surpris d'apprendre que son professeur de Botanique aurait très bien pu prendre la place maudite de l'Élu. Celui qui avait scellé le sort de l'identité de celui qui reçut le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres était Voldemort, lui-même. C'était de cela que parlait le vieux Kaleo. En cherchant à l'empêcher, Voldemort l'avait réalisé en tout point.
—Avec les prophéties, la meilleure chose à faire, c'est de les ignorer. Il n'y a que lorsqu'on commence à s'y intéresser qu'elles deviennent dangereuses. Surtout si on décide de les empêcher. Votre papa vous en parlerait mieux que moi.
Kaleo se leva enfin de sa chaise, prenant appui sur le dossier et faisant craquer ses os dans un soupir de vieilliesse.
—Et si c'était déjà fait? laissa échapper Albus, emporté par une panique sourde.
—Alors…, dit Kaleo en se tournant vers lui, les yeux emplis d'une certaine pitié, il est déjà trop tard. Vous pouvez être sûr qu'elle se réalisera, mot pour mot.
Et il partit, de son pas lent et sage, laissant Albus seul, avec sa pile de parchemins froissés et son inquiétude.
OoO
Les entretiens n'avaient rien donné.
Gelbero prenait souvent des nouvelles de l'avancement de l'enquête et ponctuait les derniers rapports d'Albus, d'un long soupir qui traduisait son impatience. Albus n'avait rien retiré de ces semaines d'interrogatoires, mis à part le ressentiment de ses collègues, l'avertissement de Kaleo et la jalousie de Pickquery. Lorsqu'il acheva enfin d'auditionner le dernier employé du Département des Mystère, en vain, Albus décida de prendre le problème dans l'autre sens.
Comment faisait-on pour résoudre une enquête avec si peu d'éléments, surtout avec l'obstacle de la promesse du silence? Il ne restait qu'une personne capable de parler sans rompre son serment, mis à part Gelbero qui lui avait déjà tout dit. Il restait la victime. Markus Lewis était sa meilleure piste, son seul indice, celui qui ne pourrait plus ni garder le silence, ni mentir. Le premier mercredi du mois de Février, Albus prit la décision de se rendre chez lui, seul.
La sorcière, à l'accueil, accepta de lui confier le registre du défunt, d'une part à cause de son nom célèbre, d'une autre à cause de ses jolis yeux verts. Albus répondit par un sourire poli en prenant le parchemin de ses mains bien manucurées. Il n'aimait pas les marques d'intérêt des filles à son égard. Il n'y avait jamais été sensible et cela avait tendance à le mettre mal à l'aise, contrairement à Scorpius ou à James.
Le registre comportait les informations les plus pertinentes sur le pauvre Markus Lewis. Son âge, sa taille, son poids, sa baguette (bois d'aubépine et crin de licorne), sa maison à Poudlard (Poufsouffle) et sa seule adresse connue. Markus était un né-moldu. Il y avait une vingtaine d'années de cela, il avait hérité d'un appartement à Londres, légué par sa regrettée mère. Une fois sa lecture achevée, Albus remit le document à la sorcière qui lui lança encore une oeillade et se rendit dans l'aire de transplanage.
En un craquement sec, il apparut dans une petite ruelle de Londres qu'il connaissait bien. Sa robe noire interloqua beaucoup de passants qui se retournèrent sur son passage en pouffant. Il suivit un plan de la ville et trouva rapidement son chemin à pied. Il n'avait jamais aimé se mêler au monde des moldus qu'il trouvait trop bruyant et animé. Il appréciait, plus volontiers, les demeures des sorciers, isolées, sans électricité, point central au milieu d'une vaste nature enchantée. La ville puait le gasoil, les ordures et ne lui inspirait que la violence et l'impatience constante de ses habitants. Il n'avait jamais compris les moldus, ni leur technologie. Pourtant Albus avait appris à se servir d'une téléphone ou allumer une télévision, mais il n'en éprouvait aucun plaisir ni utilité. Il ne partageait pas la passion de son grand-père ou de son meilleur ami pour les prouesses des moldus. Lui, son ambition se plaçait dans les livres de magie et jamais une page jaunie ne l'avait poussé à se presser.
Albus arriva enfin devant la porte du 68 Square Brompton. Enfin, entre le 67 et le 69. Il eut un petit rictus en constatant l'absence du numéro recherché. Il en était de même pour la maison où habitait Teddy, Victoire et leur fille. Le 12 Square Grimmaud avait cette même particularité, celle d'être protégée par des sorts pour éviter les intrusions ou la cacher aux moldus. Lewis était un homme intelligent et prudent. Même si l'appartement était un lègue moldu, il avait apporté un soin particulier à sa demeure pour la rendre cachée. Ces sortilèges marchaient sur un moldus mais pas sur un sorcier et Albus n'eut aucun mal à trouver une parade. Les sorts avaient perdu de leur vigueur après la mort de leur propriétaire. Une fenêtre apparaissait entre les deux maisons comme une anomalie dans une façade construite en symétrie. Albus n'eut qu'à agiter sa baguette pour que le sort cède complètement. Bientôt, la demeure de Markus Stuart apparut entre les deux maisons moldus et Albus monta tranquillement le perron.
Il stoppa sur la poignée. La porte noire était entrouverte. Albus regarda derrière lui, sortit sa baguette et entra silencieusement. Il pénétra dans un hall banal où pendait encore deux vestes moldues sur de vieux crochets. Les chaussures, pleines de poussière, étaient éparpillés sur le carrelage en losange à ses pieds. Il progressa, sur ses gardes. Son instinct lui prévient de l'hypothétique présence de l'assassin de Lewis. Que ferait-il dans ce cas-là? Albus était seul. Il n'avait prévenu personne et n'avait jamais pris goût au risque et au combat.
Le hall menait à un escalier en bois, à un long couloir qui laissait entrapercevoir une petite cuisine et à une entrée ouverte, sur le salon, à sa gauche. Les volets étaient fermés et Albus marmonna un Lumos pour y voir plus clair. Il fit un pas, un autre, en direction du salon et se figea sur place.
Il vit un homme, plongé dans l'obscurité, de dos, tourné vers la table à manger qui était encombrée d'une pile de livres et de carnets. Il feuilletait un cahier, baragouinait quelque chose puis en prenait un autre. Le cœur d'Albus s'accéléra. C'était lui, l'assassin qu'il recherchait depuis des mois!
Il sortit de l'ombre et pointa sa baguette vers lui.
—Arrêtez-vous! tonna-t'il de sa voix la plus assurée.
L'homme se figea. À la lueur de sa baguette, il vit que l'inconnu était habillé comme un moldu: jeans et blouson de cuir.
—Retournez-vous, lentement, ordonna-t'il encore.
Il voulait voir le visage de l'homme qu'il avait recherché depuis si longtemps. Il retint sa respiration tandis que l'inconnu obéissait. Albus s'attendit à voir le visage de l'un de ses collègues à tout moment. Il fut effroyablement déçu en constatant qu'il ne connaissait pas l'homme devant lui.
L'inconnu était jeune, même si un peu plus âgé que lui. Il avait un beau visage s'il faisait abstraction de ses traits tirés par la fatigue et la colère de s'être fait ainsi prendre. Ses cheveux étaient courts, d'un beau brun qui tirait vers le châtain à la lumière, et ses yeux d'un bleu profond. Lorsqu'il vit la baguette d'Albus, ses yeux s'écarquillèrent.
—Qui êtes-vous? demanda Albus.
—Vous m'enlevez les mots de la bouche, répondit l'inconnu.
Sa voix était dure mais Albus la trouva agréable à écouter. L'homme se mit soudain à bouger. Il se pencha sur la table pour saisir un chandelier et Albus réagit au quart de tour.
—Petrificus Totalus! dit-il en agitant sa baguette devant lui.
Comme attendu, l'homme se figea sur place, le chandelier brandi au-dessus de sa tête. Albus soupira en rangeant sa baguette dans sa poche. Le geste désespéré de l'homme lui avait révélé une chose importante. Cet inconnu était un moldu. Aucun sorcier ne se serait précipité sur une arme aussi primaire pour agresser un témoins gênant. Un sorcier aurait plutôt sorti sa baguette et un duel aurait alors commencé. Non, cet homme était un bon vieux moldu, rustique et limité, même si les traits de son visage étaient très agréables à regarder. L'esprit logique d'Albus lui souffla l'interrogation de la présence d'un moldu dans la maison d'un sorcier. Comment avait-il pu passer la barrière magique, aussi faible soit-elle? Pourquoi était-il ici? Etait-il lié à la mort suspecte de Lewis? Mais Albus se laissa séduire par le visage de l'homme qui le sondait encore dans une expression de colère figée. Il s'approcha pour mieux le contempler et sourit brièvement.
—Bouh! s'exclama soudain l'inconnu devant son nez.
Albus sursauta en faisant un bond en arrière. L'homme se précipita sur lui, l'attrapant à la taille en le faisant tomber et Albus l'entraîna dans sa chute. Il s'assit sur lui, le clouant sur place et retenant ses poignets prisonniers de ses propres mains, l'empêchant de reprendre sa baguette.
—Comment? articula Albus, encore sous le choc.
—Eh oui… La magie ne marche pas sur moi. Ça te la coupe, hein?
Il fouilla dans la robe d'Albus et en tira sa baguette qu'il jeta en arrière. Ensuite, il l'empoigna par les pans de son col et le secoua sans ménagement.
—Maintenant, de quel côté tu es…
—Pardon?
—T'es avec les hommes en noirs?
Albus ne comprenait pas. Parlait-il de l'uniforme des Langues-de-plombs? Le regard de l'homme baissa sur sa robe noire et Albus comprit qu'il avait déjà trouvé sa réponse.
—T'es avec Merlin? demanda-t'il encore en le secouant à nouveau.
Albus se sentit démuni. Pris au piège par un simple moldu, il écoutait ses questions sans réellement les comprendre. Il lui parlait de robes noires, de Merlin, tout ce qui faisait écho à sa profession. Mais comment un moldu pouvait-il être au courant? Et quel intérêt pour lui de connaître la réponse à toutes ses questions?
—Tu es de quel côté? s'impatienta l'homme.
—De quel côté, parlez-vous? s'énerva à son tour Albus.
Bien qu'un tantinet violent, ce moldu ne parut pas dangereux aux yeux d'Albus. Même s'il prenait une grosse voix et le secouait comme un prunier, ses yeux bleus étaient gentils. Albus douta que cet homme soit l'assassin de Lewis. Il avait du mal à croire qu'un simple moldu puisse lui soutirer des informations. Mais sa présence n'en restait pas moins curieuse. Et bon sang, la magie ne marchait pas sur lui! Par quel prodige? Et de quoi voulait-il bien parler avec toutes ses questions?
—Merlin ou Harry Potter?
Au nom de son père, Albus blêmit.
—Comment connaissez-vous mon père? demanda-t'il.
—Ton père? Harry Potter est ton père? répéta l'homme. Et ben, tu pourras lui dire qu'il m'a foutu dans une merde noire.
Il le relâcha et Albus se laissa retomber lourdement sur le parquet poussiéreux de Lewis en s'y cognant sa tête. L'homme se redressa en soupirant, terriblement las.
—Donc, tu ne fais pas partie des...méchants, conclut-il en prenant une chaise pour s'asseoir.
—Je ne vois pas du tout ce que vous voulez dire quand vous parlez de "méchant". C'est assez réducteur, non? répliqua Albus en se relevant à son tour.
—Je te parle de gens qui distribuent de la drogue magique qui donne des pouvoirs à des...moldus et qui n'hésite pas à assassiner leurs dealeurs quand ils n'en ont plus besoin.
Albus garda le silence car il ne voulait pas révéler à l'inconnu, qui s'était jeté sur lui tel un sauvage, qu'il n'avait aucune idée de ce dont il parlait. Il se contenta d'acquiescer même si ses paroles le choquèrent grandement.
—Je peux reprendre ma baguette? demanda Albus en levant les mains.
—Vas-y, de toute façon, elle ne marchera pas sur moi.
—Je pourrai vous faire tomber le plafond sur la tête, rétorqua Albus pour le provoquer.
L'homme le toisa de son regard bleu, pénétrant.
—Tu comptes le faire? demanda l'homme avec un sourire.
—On verra.
Albus rajusta le col de sa robe, redressa la monture de ses lunettes et partit chercher sa baguette. Lorsqu'il se baissa pour la ramasser au lieu des détritus et des vieux parchemins qui jonchaient le sol, Albus sentit le regard de l'homme sur lui. Bien que très beau, le jeune sorcier le trouvait impertinent et vulgaire. Il n'appréciait pas qu'il le tutoie, comme s'ils avaient toujours été amis ou qu'il le considérait trop jeune ou trop faible pour être pris au sérieux. Dans les deux cas, Albus se sentait vexé.
—Tu t'appelles comment? demanda Albus en rangeant sa baguette dans sa poche, tout de même à portée de main.
Il avait eu du mal à employer le "tu" avec un parfait étranger mais il ne voulait pas continuer à le vouvoyer, c'était une bien trop grande marque de respect envers un moldu qui n'avait pas hésité à user de violence à son encombre.
—Liam Jones… Je suis inspecteur de police. Tu sais ce que c'est?
—Evidemment que je sais! répliqua Albus, piqué au vif. Et donc, si j'ai bien compris, tu enquêtes sur l'affaire d'un trafic de drogue du côté moldu.
Liam eut un rictus au mot "moldu".
—C'est sûr… Toi, tu es un sorcier. Tu t'appelles comment?
—Albus Potter.
—Bizarre comme nom.
—Je ne l'ai pas choisi.
Albus se tenait à bonne distance du policier, de peur qu'il ne lui tombe dessus à nouveau. Liam le contemplait avec cette même lassitude qui semblait le caractérisé. Albus comprit, très vite, qu'il était à bout.
—Qu'est-ce qu'un policier moldu vient faire dans la maison d'un sorcier? demanda-t'il lentement comme s'il n'était pas certain qu'il le comprenne.
Liam leva les yeux sur lui. Il poussa un soupir et se releva.
—Même si je doute que tu sois avec la bande à Merlin. Je ne te fais pas confiance. Ça fait des semaines que je me fais balader par des sorciers et ils n'ont pas l'air très coopératif avec les...gens normaux. Enfin, du peu que j'en ai vu.
—Je pourrais très bien faire partie de ceux que tu appelles Merlin.
Liam sourit.
—Je mettrais ma main à couper que tu n'es pas un gars dangereux. Les hommes de Merlin n'aurait pas hésité à me tuer à la seconde où il m'aurait surpris dans cet appartement. Et tu ne fais pas partie non plus des sorciers que j'ai vu sur les scènes du crime. Tu n'es pas un homme d'action. T'as tout du genre d'un intellectuel.
—Et c'est mal? rétorqua Albus, de nouveau blessé dans son orgueil.
—Non, je préfère, répondit Liam en déstabilisant le jeune sorcier.
Albus brandit, une nouvelle fois, sa baguette sur lui. Même s'il avait raté un sort de première année, même si ce moldu lui certifiait qu'il était insensible à la magie, ce prodige le dépassait et il avait du mal à le croire possible. Même s'il n'en connaissait pas la raison, ce policier pouvait très bien lui mentir, utiliser un "truc" contre lui pour annihiler sa magie. C'était invraisemblable, comme la situation actuelle mais son cerveau peinait à trouver des réponses crédibles.
—Comment connais-tu le monde des sorciers? Que fais-tu ici? Comment connais-tu mon père? Qui est le Merlin dont tu parles? enchaîna Albus à toute vitesse, en devenant de plus en plus agressif au fil de ses questions.
—Moi aussi, j'ai beaucoup de questions à te poser, répondit Liam, nullement impressionné par le bout de bois qu'il tenait dans la main. Je suppose que t'es ici pour chercher quelque chose. Mais si tu n'es pas un homme de Merlin… Qu'est-ce qu'on fait, Monsieur le sorcier? demanda-t'il après un soupir.
Albus se disait la même chose. Que faire? Le Décret sur le Secret Magique était formel, en cas de démonstration de magie devant un moldu, il fallait soit faire appel à des oubliators, soit oublietter le moldu soi-même. Or, il semblait que cet inspecteur soit imperméable à n'importe quel sort. Etait-ce la vérité?
Albus agita sa baguette devant Liam qui le contempla, le regard terriblement las.
—T'es sérieux? Je t'ai dit que ça ne marchait pas sur moi.
—Je me demande bien pourquoi! répondit rageusement Albus en rangeant sa baguette, inutile, dans sa poche.
—Qu'est-ce que tu as essayé de me faire?
Il ne répondit pas. Le moldu n'aurait pas apprécié entendre ses explications sur le sort Endoloris. Albus n'avait pas eu le choix, c'était le seul sort, à ses yeux, qui ne pouvait pas être simulé et trop puissant pour être empêché. Il avait d'abord pensé à l'Avada Kedavra mais sa conscience lui rappelait qu'il n'était pas nécessaire de risquer la mort d'un homme pour prouver une théorie.
—Bon! s'exclama Liam devant le mutisme du sorcier. Je suis au milieu d'une enquête… Et les gars de Merlin ne vont sans doute pas tarder. Alors si tu ne veux rien me dire… Je vais retourner à mes recherches avant qu'ils ne débarquent pour nous tuer.
—Comment sais-tu qu'ils sont en chemin?
—En chemin, ça je ne sais pas. Mais si un pauvre... moldu, c'est ça?...a pu retrouver cette adresse aussi facilement, crois-moi, ils n'auront aucun mal à venir ici.
—Il y a les barrières magiques…, fit remarquer Albus, sceptique.
—Je ne sais pas trop ce que tu entends par "barrières magiques" mais je ne pense pas que tu ais vu ces gars en action. Et même si ce truc magique les bloquent, je doute qu'ils rentrent bien sagement à la maison.
Albus soupira en tournant la tête. Il n'aimait pas cela. Il n'aimait décidément pas avoir le contrôle. Il ne savait rien de cet histoire d'homme de Merlin, de trafic et ne voyait pas le lien avec la mort de Lewis. Et surtout, il ne savait pas quoi faire de ce stupide moldu. Cela l'ennuyait beaucoup. Albus ne savait pas s'il pouvait lui faire confiance, s'il lui mentait depuis le début. Et pourtant, il douta que l'inspecteur Liam Jones soit un manipulateur. Ses expressions étaient trop franches et son attitude beaucoup trop "rentre-dedans" pour cacher un esprit malin et perfide. Oui, au fond de lui, Albus savait qu'il disait la vérité et cela compliquait encore plus la situation.
Car Albus était pressé lui aussi. Il avait aussi une enquête à boucler, une mort suspecte à résoudre, un mystère à percer et un potentiel assassin à arrêter. Et si tout était lié, Lewis, le cerveau de Merlin, ce mystérieux Merlin et la drogue, alors qu'il n'avait le choix.
—Très bien, capitula Albus. On va faire un pacte… (Liam haussa les sourcils à ce mot). Je suis normalement tenu au Secret Magique mais comme tu sembles totalement... immunisé contre la magie… je n'en vois plus l'intérêt. Voilà ce que je te propose. J'accepte de répondre à toute tes questions si tu me dis tout ce que tu sais en retour.
—Tu n'as pas peur que je révèle au monde entier les secrets de la magie? demanda Liam pour le provoquer.
Albus eut un rictus.
—On sait, tous les deux, que personne ne te croira. Je pense même que c'est déjà le cas, je me trompe?
Liam confirma les doutes d'Albus par un silence contrit.
—Très bien, dit-il après un temps de réflexion. Marché conclu. Tout ce que je veux c'est arrêté ce type. Si tu peux m'aider...je ne vais pas cracher dessus. Je n'ai plus personne pour m'épauler de toute façon.
La plainte, pleine de ressentiment, du policier faisait écho à la solitude d'Albus. Il en fut touché, même s'il n'en montra rien devant le moldu. Avec du recul, il se dit que ce n'était pas une mauvaise chose d'accepter un inspecteur à ces côtés. Albus n'avait rien d'un détective et il devait bien admettre qu'il avait beaucoup de mal à mener la mission que lui avait confié Gelbero. Son enquête piétinait comme celle de ce Liam. Il pouvait peut-être lui apporter un angle nouveau à cette affaire. Un obstacle demeurait cependant: Albus restait une langue-de-plomb et même s'il répondait aux questions générales sur le Monde des sorciers, son serment lui interdisait toujours de lui parler du fond du problème. A moins que…
Liam lui tendit la main en signe de paix et de confiance. Albus hésita. Il enfreignait un bon nombres de lois magiques dans cette poignée de main et son père aurait été horrifié qu'il fasse ainsi confiance à un parfait étranger. Mais l'instinct d'Albus ne le trompait pas: cet homme pouvait l'aider et il avait terriblement besoin de réponses. Il serra sa paume et les deux hommes se dévisagèrent longuement.
—On ferait mieux de se dépêcher, lâcha Liam. On parlera plus tard.
—Je suis d'accord.
—Qu'est-ce que tu es venu faire ici? Tu fais partie des sorciers qui sont chargés de tout faire disparaître?
—Je ne peux pas te le dire…, lâcha Albus après avoir réfléchi à la question.
—Mais on vient de…
—Non…, le coupa Albus. C'est pas que je ne veux pas te le dire, c'est juste que je ne le peux pas. Je suis une langue-de-plomb.
—C'est quoi encore? s'énerva Liam qui commençait à perdre patience.
Comment lui expliquer? Même pour un sorcier, le concept de langue-de-plomb était compliqué à saisir. Il devrait forcément parler du département des mystères, ce dont son serment lui interdisait de faire. Albus chercha ses mots.
—Je suis un...employé du Ministère de la Magie qui s'occupe de... secrets. J'ai fait un serment inviolable. Je ne peux pas en parler.
—Qu'est-ce qui se passe si tu parles quand même? demanda Liam en croisant les bras, de plus en plus sceptique.
—J'en meurs, répondit tranquillement Albus en remontant ses lunettes sur son nez.
—A ce point-là… Ça va bien nous avancer, tout ça, ronchonna-t'il.
Liam retourna à sa fouille initiale des documents sur la table à manger et Albus n'osa plus rien dire. En réalité, il avait peur d'en avoir déjà trop dit. Dans le Monde des Sorciers, il n'avait pas besoin de dire qu'il était une Langue-de-Plomb puisque sa robe noire et sobre parlait d'elle-même. Il releva sa manche et il ne vit que sa peau blanche et lisse sans la moindre trace de brûlure ou de signe qui aurait pu lui signaler une prochaine mort violente.
—Et toi...Qu'est-ce que tu fais ici? demanda Albus en observant Liam secouer les cahiers pour y faire tomber des notes.
En entendant la question d'Albus, Liam se tourna vers le sorcier, soucieux et toujours aussi méfiant. Albus le dévisagea, insensible à sa suspicion. Il lui rappela, d'un simple regard par-dessus ses lunettes rondes, le pacte qu'ils venaient de faire, un peu plus tôt. Si lui ne pouvait pas parler, rien n'empêchait au policier de lui confier ses intentions.
Liam soupira.
—Je suis à la recherche de Merlin, le gars à la tête de tout le réseau. Il a fait tuer une dealeuse du nom de Viviane, à l'hôpital Saint-Thomas.
En écoutant l'inspecteur, Albus était de plus en plus intrigué par le nom qu'il employait pour désigner le chef de ce fameux réseaux. De nouveau, le nom de Merlin semblait au coeur de tout, comme un point central d'où partait une centaine de ramifications. Merlin… la coïncidence était trop heureuse pour n'en être qu'une. Merlin, la grotte de Merlin, le Saint-Graal et maintenant ce réseau…
—On a retrouvé un numéro de téléphone dans les affaires de Viviane, ajouta Liam en vérifiant le dessous de la table à manger pour voir s'il n'y avait rien de sckotché à l'arrière, et cela m'a mené ici.
L'esprit d'Albus marchait à toute vitesse. Un numéro de téléphone… Il se leva et regarda autour de lui. Avec la rencontre de Liam, il avait oublié la véritable raison de sa venue; Il était entré depuis une bonne demi-heure et pourtant, ce n'était que maintenant qu'il prenait le temps d'étudier les lieux.
Le salon était une pièce circulaire. Une table basse, jonchée de parchemins, était entourée de trois canapés en cuir qui sentaient le moisi. Le papier peint de grosses fleurs rouges étaient défraîchis et une vieille bibliothèque, quelque peu branlante, soutenait avec peine les épais volumes entassés pêle-mêle. Une grande cheminée mangeait une bonne partie du mur porteur du salon, dont l'âtre n'avait pas brûlé depuis qui frappa le plus Albus, fut l'écran de télévision posé sur un meuble de bois. En y regardant de plus près, il remarqua aussi les interrupteurs, les plafonniers et lampes basses disposés un peu partout dans la pièce.
Albus s'éloigna de Liam sans un mot, cherchant du regard ce qui avait commencé à l'obnubiler. Liam l'observa faire, intrigué. Il suivit le sorcier dans le salon, puis de retour dans la salle à manger, dans la cuisine et enfin dans le hall, furetant son nez un peu partout.
—Il n'y a que des vieux livres ici, fit remarquer Liam en observant le manège du sorcier.
—Il n'y a rien qui te choque?
Liam haussa les épaules, interdits. Il regarda autour de lui, sans comprendre.
—Tout est normal, dit Liam.
—Justement! C'est normal pour un moldu. Pas pour un sorcier… Même si Lewis était un né-moldu, il n'aurait eu aucun intérêt à avoir une télévision ou même...un téléphone.
En prononçant le nom de son collègue, Albus craignit d'avoir fait une nouvelle gaffe. Il passa une main sur son avant-bras. Toujours aucune brûlure. Et si...
—Le téléphone… C'était un numéro fixe, dit Liam dont le regard s'était soudain éclairé.
Albus ne comprit pas le terme "fixe" mais il chercha avec Liam le téléphone de Markus Lewis. Ils le trouvèrent au bout du couloir, posé sur un guéridon antique. Albus contempla l'appareil comme une machine étrange. Il en connaissait le principe mais avait du mal à en saisir pleinement le fonctionnement. Il ne comprenait d'ailleurs pas la petite lumière rouge qui clignotait à intervalle régulier. Liam le dévisagea puis appuya sur une touche. Aussitôt, une voix s'éleva dans le silence de l'appartement.
—Tonton…, dit la voix féminine. C'est Clarisse… Je suis dans les emmerdes jusqu'au cou. J'ai fait comme tu m'as dit. Mais ils sont de plus en plus oppressants. En plus, j'ai les flics au cul. J'ai peur… Rappelle-moi.
Il eut un bip. Puis, plus rien. Liam se frotta le visage, très concentré.
—C'est la voix de la Viviane… La dealeuse, expliqua-t'il. Elle s'appelait Clarisse. Le type qui habite ici… C'est son oncle. Elle devait garder son numéro sur elle au cas où il lui arriverait quelque chose. Il est impliqué… "J'ai fait comme tu m'as dit", répéta-t'il. Et si c'était Merlin?
—Impossible, laissa échapper Albus, lui aussi en pleine réflexion. Markus Lewis est mort.
Il regretta d'avoir prononcé ses mots à la seconde où ils franchirent ses lèvres. Il fut soudain envahi par une immense angoisse. Là, c'était sûr, il en avait trop dit. La mort de Lewis était centrale dans son enquête. Albus savait qu'il venait de rompre son serment. Sur le point de défaillir de peur, il releva la manche sur son avant-bras. Il ne ressentait aucune douleur, même pas un tressaillement, un soubresaut ou une vague chaleur. Même pas un fourmillement qui lui aurait signalé le commencement du long processus de sa future agonie. Rien.
Il contempla Liam. Celui-ci remarqua son trouble car il le dévisagea longuement, plongeant son regard bleu dans le sien. Et si son insensibilité à la magie empêchait la sentence du serment inviolable? C'était fou. Pourtant, l'idée faisait son chemin dans l'esprit d'Albus. La magie était aussi une question d'intention, de réceptivité. Et si ce moldu extraordinaire, incapable de ressentir la moindre particule d'énergie magique, était capable de créer une sorte de brèche dans son vœu de silence? Liam serait alors la seule personne capable d'entendre ses secrets, le seul à qui il pourrait enfin parler librement. Mais allait-il prendre le risque? Allait-il miser sa vie sur ce périlleux pari?
Tremblant de peur, Albus prit une grande inspiration et risqua sa vie sur ces dernières paroles:
—Je m'appelle Albus Potter, répéta-t'il à Liam. Je suis une Langue-de-plomb et je suis chargé d'enquêter sur la mort de Markus Lewis.
Liam fronça les sourcils, ouvrit la bouche sans savoir quoi répondre. Albus, lui, attendait, le bras raidi d'avance par la douleur transperçante qui aurait déjà dû envahir son bras pour monter jusqu'à son coeur. Mais rien ne se produisit. Alors, il sut, dans un profond soupir de soulagement, que Liam était devenu son meilleur allié.
OoO
Liam était de plus en plus perplexe et en même temps rassuré, sans vraiment savoir comment ni pourquoi. Avoir ce jeune sorcier à ses côtés, lui faisait un bien fou au moral. Après avoir été traité de fous pendant des semaines, la présence d'Albus le réconfortait, le rassurait sur sa santé mentale et il avait enfin le sentiment de n'être pas tout seul face à cette affaire digne d'un casse-tête.
Petit bonus: son nouvel ami était intelligent, aimable et surtout, très mignon. Liam l'avait déjà remarqué quand il avait débarqué dans la salle à manger, sa baguette pointée sur lui. Il était peut-être un peu jeune mais son attitude sèche et froide le vieillissait de quelques années. Son épaisse tignasse noire pointait dans tous les sens. Ses yeux, d'un incroyable vert émeraude, le fixait toujours longuement à travers ses lunettes rondes. Il avait un beau visage et son corps sous sa robe ridicule, laissait présager une silhouette ferme et élancée. Liam avait toujours eu un faible pour les petits intellos et cela expliquait sans doute pourquoi il se sentait aussi à l'aise en sa compagnie ou pourquoi il lui avait fait confiance aussi vite.
Après lui avoir répété son nom, sa professeur et l'objet de son enquête, Albus lui expliqua ses idées. Liam trouvait terrible le sort du pauvre jeune homme, condamné à garder le silence sur ses activités pour le restant de ses jours. Sauf avec lui… Pourquoi? Il n'en savait rien et se savait incapable de se lancer dans des théories. Albus semblait ignorer aussi ce miracle. Et le policier, au plus profond de lui, ne put s'empêcher d'en retirer une certaine fierté, voire de la flatterie. Ainsi, il devenait, aux yeux du jeune Potter, l'unique personne à qui il pouvait enfin se confier.
Une fois sûr qu'il n'y laisserait pas la vie, Albus prit le temps de tout lui dire sur son enquête comme il l'avait fait pour lui. Liam se rendit compte que le sorcier et lui partageaient, à peu de choses près, le même métier. Ce jeune homme enquêtait sur la mort d'un homme, intimement lié, lui aussi, à tout ce qui se rapportait au mythe de Merlin. Ils n'avaient, bien sûr, pas le même Merlin en tête mais la coïncidence les avait mené au même point, leur faisant se rendre compte qu'elle était loin d'en être une.
Albus lui parla de son collègue, l'autre langue-de-plomb (en résumant très vite en quoi consistait cet étrange métier), dont le cadavre avait été retrouvé dans les marais à la sortie de la ville. Il lui expliqua la cause probable de sa mort et ce qu'elle impliquait. Le sorcier avait parlé à quelqu'un de ses découvertes. Ce même sorcier qui avait poussé sa nièce à se mêler au trafic d'une drogue étrange, dirigé par le mystérieux Merlin, objet des précédentes recherches de Lewis. Tout en parlant, ils avaient repris leur fouille et passait à présent, chaque pièce au peigne fin pour trouver d'autres indices.
Les liens étaient faciles à établir mais n'avaient toujours aucun sens, ni pour le policier moldu, ni pour la Langue-de-plomb.
—Tu es sûr que Lewis n'est pas Merlin? demanda Liam après réflexion.
—Markus est mort en novembre. S'il était Merlin, alors qui a envoyé l'homme en noir qui a tué cette pauvre Clarisse? Non, par contre, il est possible que Markus ait parlé à ce fameux Merlin. Par la force ou de plein gré… ça, on ne peut pas le savoir. Le ton de Clarisse suppose qu'ils n'avaient pas le choix. Peut-être s'était-il fait piéger?
—Alors vous avez du soucis à vous faire…, dit Liam en parlant d'expérience. Ça veut surtout dire que Merlin a réussi à placer des hommes à lui ou à les piéger dans votre Ministère. En d'autres termes, vous avez des taupes…
—Comme Radcliffe, murmura Albus en se rongeant l'ongle du pouce.
—Qui est Radcliffe?
—Longue histoire, trancha Albus. Je mets ça sur la liste de nos futures conversations.
Liam sourit à cette idée.
Les deux jeunes gens se mirent en quête d'indices. Chacun prit une pièce. Albus avait expliqué longuement au policier ce qu'il cherchait: une anomalie, de vieilles notes qui parleraient de Merlin, une piste plus approfondie sur ses recherches, tout ce qui pouvait avoir un lien avec la drogue ou le cerveau de Merlin.
Seulement Merlin était omniprésent dans l'appartement de Markus Lewis. Liam le prit même pour un fanatique. En parcourant les livres de sa bibliothèque ou en jetant un œil à ses revues, dvd ou décoration, tout ne parlait que de Merlin. Dans la chambre à coucher du défunt, il vit la collection complète de Chrétien de Troyes sur les légendes arthurienne. Il admira aussi une magnifique gravure représentant la tombe de Merlin, annoté en latin en lettres d'or. Ce Lewis était plus que fan de l'enchanteur, il était obsédé.
En ouvrant le tiroir de sa table de nuit, Liam trouva enfin une anomalie, en tout cas à ses yeux. Il appela Albus qui accourut immédiatement, le souffle court d'avoir grimpé les escaliers en vitesse.
—J'ai trouvé ça, dit le policier en montrant la baguette magique d'aubépine.
Albus s'approcha et prit la baguette entre ses mains.; Il la soupesa et Liam l'observa faire, un sourire amusé figé sur ses lèvres. Il aimait regarder les mains d'Albus: ses doigts étaient longs et sa peau blanchâtre. Il prit soudain la baguette en main et Liam crut, une seconde, qu'il s'apprêtait à lui jeter un sort.
—Prior Incanto, murmura-t'il.
L'extrémité de la baguette s'alluma d'une lueur argentée mais s'éteignit très vite.
—Qu'est-ce que c'est? demanda Liam, quelque peu méfiant.
—Le dernier sort qu'a utilisé Lewis. C'est celui qu'on lance pour entrer dans les cerveaux.
Liam avait encore du mal avec ces différents concepts. Albus lui avait expliqué brièvement qu'un sorcier était capable d'entrer dans la cervelle d'un autre et cette idée l'avait terrifié.
—Donc, la dernière chose qu'il a fait avant de mourir est d'entrer dans le cerveau de Merlin. Ensuite, il est directement rentré chez lui, peut-être en utilisant la poudre de cheminette, sinon la baguette aurait sorti un sort de transplanage.
—Je n'ai rien compris, fit remarquer Liam en se grattant la tête.
Albus ne prit pas le temps de lui expliquer. Son regard allait de la baguette au vide qui lui permettait de réfléchir.
—Il est mort ici, comprit-il.
—Comment le sais-tu?
—Un sorcier ne se sépare jamais de sa baguette. Elle fait partie de nous parce qu'elle nous a choisi. Il a réussi à entrer dans la partie secrète du cerveau de Merlin et ensuite, il est revenu ici pour rencontrer la personne à qui il devait communiquer ces informations.
—Attends, le calma Liam en constatant son expression excitée et son regard fébrile. Tu vas un peu trop vite en besogne, je trouve. On est encore sûr de ri…
—D'accord, l'interrompit Albus irrité. Alors tu m'expliques comment son meurtrier devine qu'il a réussi à percer le plus grand mystère de Merlin et d'arriver dans son appartement pile au moment où il rentre…
—Comment tu peux être certain qu'il est mort aussitôt qu'il a visité le...le machin de Merlin…?
—Parce que c'est le dernier sort qu'il a utilisé, répéta Albus avec le ton d'un instituteur de primaire face à un élève particulièrement attardé.
—Je ne sais pas… Il vivait un peu comme une personne normale, fit remarquer Liam, sceptique. Il a très bien pu ranger sa... baguette et faire autre chose.
Albus chassa son commentaire d'une grimace de mépris avant de lever les yeux aux ciels. Liam le trouva présomptueux, arrogant même. Ce petit freluquet l'irritait avec ses grands airs de "Monsieur-je-sais-tout-mieux-que-tout-le-monde".
—Lewis avait une mission, chuchota Albus en faisant les cents pas dans la chambre à coucher. Il devait savoir ce que contenait la partie cachée du cerveau de Merlin. On le lui avait demandé. Peut-être le faisait-on chanter… L'Imperium? Non, ça ne marche pas contre le serment… Il a été obligé par un autre moyen. Ou simplement était-il un traître...comme Radcliffe… C'était un Poufsouffle… Un incompris… Un solitaire… Mis à part sa nièce… Sa nièce… Clarisse… Viviane… Et si elle s'était retrouvé mêlé à tout ça… Forcée… Prise au piège… Et lui…, sa seule famille… Il n'avait pas le choix… Il a parlé… même si ça devait lui coûter la vie… Il a révélé ce qu'il avait découvert dans le cerveau de Merlin...à... Merlin?
—Tu vas trop vite! l'arrêta Liam.
L'inspecteur avait essayé de suivre le flot intarissable de ses pensées. Tâche impossible, le jeune sorcier était comme une pile électrique, infatigable dans ses réflexions. Pris de vertiges, Liam l'avait saisi par les épaules pour faire arrêter sa ronde sur le tapis. Albus s'était éveillé de sa transe et dévisageait le policier de ses grands yeux verts. Liam le contempla à son tour. Il avait l'air perdu, comme arraché à un rêve particulièrement profond. Liam eut l'impression de se brûler les doigts sur sa robe noire et il le relâcha immédiatement, rompant leur échange silencieux, terriblement gêné. Albus se racla la gorge.
—Je pense que Lewis a été obligé d'ouvrir la porte du cerveau de Merlin et de fournir sa découverte au commanditaire, ce qui a causé sa mort.
—Le commanditaire, ce serait… Merlin?
—Peut-être. En tout cas, il n'y a que deux choses qui aurait pu pousser une langue-de-plomb à sacrifier sa vie en parlant. La bêtise ou l'amour. Je penche pour la deuxième solution pour Lewis. Reste à savoir si c'est par allégeance envers ce fameux Merlin ou pour espérer sauver sa nièce.
Albus s'effondra sur l'édredon du lit de Lewis. Il avait l'air épuisé. Il retira ses lunettes pour se frotter les yeux en poussant de profonds soupirs.
—Le plus important, c'est de savoir ce qu'il a découvert dans le cerveau de Merlin. Pour savoir quel secret il a pu communiquer à l'ennemi au point de provoquer sa mort. J'ai parcouru ses cahiers et ses livres, en bas. Je n'ai rien trouvé. Bien sûr, je ne m'attendais pas à tomber sur un récit complet de sa visite dans le Saint-Graal. Mais, au moins, la solution pour ouvrir la porte…
—Ce genre de secrets, ça se cache, pensa Liam tout haut. Surtout s'il se sentait en danger…
Ils fouillèrent, une deuxième fois, l'entièreté de l'appartement. Liam passa au peigne fin les toilettes, la salle de bain et l'armoire à pharmacie, retourna chaque cadre, tâta tous les fonds de tiroirs pour y déceler un double. Il ouvrit chaque livre pour espérer en découvrir un creux. Albus sortit sa baguette et marmonna plusieurs formules, incompréhensibles pour Liam afin de déceler une magie suspecte, un leurre ou un objet rendu invisible. Mais Liam ne croyait pas à ce genre de stratagème. En écoutant Albus parler de son collègue, le policier s'était fait une petite idée sur le profil de la langue-de-plomb. Un homme intelligent, plus entouré par des sorciers que par des moldus et pourtant...tout son appartement suintait la normalité.
Lorsqu'il replaça le dernier livre dans sa vieille bibliothèque poussiéreuse, son regard tomba, une nouvelle fois, sur la pile de dvds, posé près du meuble de la télévision. Qui avait encore des dvds…? Il jeta un œil dans le meuble en ouvrant les volets. Il ne vit rien mis à part des moutons de poussière et des toiles d'araignées. Il remarqua l'anomalie immédiatement, le seul indice que seul un moldu serait capable de voir. Ce cher Lewis avait une collection impressionnante de Dvd mais aucun lecteur...Il ouvrit le premier boîtier et découvrit un petit paquet de parchemins pliés en quatre. Toutes les autres boîtes contenaient la même chose. Bientôt, les deux hommes réunirent une pile de parchemins chiffonnés, tous griffonnés sur les deux faces.
—Ce sont les recherches de de Lewis sur le cerveau de Merlin. C'est inespéré…, lâcha Albus admiratif.
—On ferait mieux de partir, dit Liam.
—Pourquoi?
—On est resté beaucoup trop longtemps...On pourrait bien avoir bientôt de la visite. Je propose qu'on embarque tout ça et qu'on dégage d'ici.
Albus se tourna vers lui.
—Pour aller où? demanda-t'il méfiant.
—Je ne sais pas, chez toi? proposa Liam innocemment.
—Pourquoi tu continuerais à m'aider? Tu vois bien que cette affaire te dépasse!
Le ton supérieur du petit sorcier l'avait offusqué. Liam ne fit aucune remarque sur son ton pédant. Pourtant, la question d'Albus était pertinente. Il avait raison, tout cela le dépassait complètement. Entre les langues-de-plombs, les cerveaux, Merlin et les baguettes, son esprit était déjà lessivé, sans même avoir pris le temps d'y réfléchir deux minutes. Mais Liam s'était aussi rendu compte d'une chose: il ne pouvait plus faire marche arrière, même s'il le voulait. Par malchance, il avait découvert tout un monde caché et avait plongé dedans, à pieds joints, se mettant tout le monde à dos. Son entêtement à découvrir la vérité l'avait lié à jamais au monde des sorciers et il savait, au fond de lui, qu'il devrait mener cette quête jusqu'au bout.
—Parce que je veux arrêter le salaud qui a gâché ma vie...
Ils se dévisagèrent leva le menton, comme s'il maîtrisait totalement la situation et qu'il lui faisait une fleur de lui accorder cette faveur. Il acquiesça sans ajouter quoique ce soit. Le sorcier et le moldu quittèrent, ensembles, la maison de Markus Lewis.
