21
LA CAGE
Les six mois que durèrent son incarcération à Azkaban furent les mois les plus longs de sa vie. Lorsque Scorpius retrouva l'air frais du monde libre, tout avait changé.
Comme le lui avait promis James et Harry, il sortit en même temps que Gwen. La jeune femme ne s'était posée aucune question sur cette coïncidence ou alors elle n'en montrait rien. Depuis qu'il avait pris le pouvoir dans la prison, elle n'en avait plus jamais posées et cela arrangeait Scorpius dont les pensées s'embrouillaient dans sa tête.
Il avait encore sa mission bien en vue mais ces petits préliminaires dans le milieu carcérale des sorciers l'avaient tellement secoué qu'il appréhendait la suite. Entre la violence, les jeux de pouvoirs, les tueries et la drogue, tout s'était mélangé. Il n'était plus que l'ombre de lui-même et ce qu'il était devenu le terrifiait chaque jour, dans un recoin de son esprit. Il avait gardé une faible lumière, une petite lucarne qui avait la voix de Rose pour ne pas devenir fou mais plus les jours passaient et plus il se transformait, inexorablement. C'était une longue descentes dans les ténèbres qui le happait tout entier.
Scorpius avait changé physiquement. Ses cheveux blonds avaient poussés et il ressemblait de plus en plus à son grand-père. Le régime alimentaire de la prison ainsi que sa prise de drogue quotidienne, l'avait amaigri, faisant ressortir ses pommettes et rendant sa peau plus pâle que jamais. Ses cernes étaient plus marqués, assombrissant son regard devenu plus dur.
Son état psychologique était aussi lamentable que son corps. La drogue l'aida à oublier momentanément ce qu'il avait fait: la mort de Vask était le souvenir le plus douloureux, le sang sur ses mains, la lueur de vie qui s'éteignait dans ses yeux et surtout ce plaisir immense qu'il avait ressenti à avoir le dessus sur son ennemi. Scorpius s'en était voulu, noyant sa culpabilité dans les vapeurs de magie artificielle. Mais à force d'en prendre, elle n'avait plus aucun effet sur lui et il se sentait seulement différent. Il n'arrivait plus à émettre la moindre pensée joyeuse. Tout était devenu terne et vide et seules les activités risquées, les coups du sorts ou les défis, arrivaient à le sortir de sa torpeur morose. Ainsi, il avait passé les quatre mois suivants à défier les gardiens et à baiser Gwen dans leur cellule.
La première chose qu'il fit en transplanant à Londres avec Gwen (à l'aide d'un portoloin fourni par les gardiens), vêtu des mêmes vêtements avec lesquels il était arrivé le premier jour, fut de se rendre dans une librairie pour acheter des cigarettes. Le premier contact avec autres choses que les souterrains d'Azkaban était rude. Il apparut dans une ruelle sombre et fut immédiatement assailli par les bruits de moteurs, de la foule compacte, des lumières vives et du bourdonnement persistant des réverbères. Il n'y avait que l'odeur qui ne le choquait pas. A Azkaban, il avait humé le doux parfum putride des boyaux de la terre où s'amassaient des centaines de détenus chaque jour. La ville de Londres avait des arômes fleuris en comparaison.
Scorpius s'accrocha au regard de Gwen. Elle était aussi désespéré que le jeune homme. Pour sa part, elle avait donné quatre année de sa vie à la prison des sorciers. Le retour à la réalité était d'autant plus pénible et le constat effrayant. Ils n'avaient plus de baguettes et aucun endroit où aller.
—Où est-ce qu'on va? demanda Gwen en dévisageant chaque passant comme un potentiel agresseur.
C'était ça le lègue de la prison: cet état de stress intense qui poussait chacun de ses prisonniers à se tenir sur ses gardes sans jamais faillir. Scorpius était à cran, lui aussi. Il avait cette horrible impression d'être la cible facile d'un agresseur invisible, tapi dans l'ombre. Il n'aimait pas les regards au coin des gens de la rue, ces moldus qui le jugeait de haut parce que son allure faisait peur. Il alluma sa cigarette à l'aide de son briquet tout neuf et aspira longtemps la fumée qui le fit un peu tousser au début. Le goût et l'arôme traversa sa gorge et le détendit immédiatement. Cela ne valait pas les sensations d'une dose de magie mais il fut ravi de retrouver ce petit plaisir qui calma la tempête de questions dans sa tête.
—J'en sais rien…, dit-il en s'appuyant contre un abribus.
Ils étaient déjà au printemps mais un vent frisquet avait fait sortir les manteaux et les écharpes. Le ciel déjà gris, tôt ce matin, s'assombrit de plus en plus, comme l'humeur du jeune homme qui tira encore sur sa cigarette en ignorant le regard courroucé d'une vieille dame et son cabas. Il sentit la première goutte sur le sommet de son crâne et souffla sa fumée.
Gwen poussa un soupir. Elle avait l'air un peu perdue, emmitouflée dans sa grosse veste d'hiver. Ses grands yeux de chats sondaient la rue en quête d'idée. A force de la côtoyer, Scorpius avait compris certaines choses sur elle. Gwen n'était pas une mauvaise fille. Elle n'avait fait que survivre et encore aujourd'hui, elle se retrouvait pris au piège dans ce réseau étrange. Cela faisait des semaines qu'elle lui promettait de l'y faire entrer mais pour cela, ils devraient attendre la nuit. Or, à cette heure, c'était encore le matin et Scorpius ne s'imaginait pas passer les six prochaines heures à arpenter les rues de Londres, sans argent, ni baguette.
Il pourrait aller chez Emma ou Albus, il pourrait même tenter le manoir de ses parents. Mais il n'en avait aucune envie. Emma et Albus ne l'auraient pas reconnu et Emma aurait pu faire des gaffes devant Gwen. En ce qui concernait Albus, même si Scorpius n'avait aucun doute que son ami avait deviné, depuis bien longtemps, les véritables motivations de son ami, Scorpius n'aurait pas pu supporter son regard inquiet. Albus était son meilleur ami, depuis toujours. Scorpius aurait eu honte de se présenter à lui, ainsi. Il n'était pas encore prêt à lui dévoiler son nouveau visage. Pourtant, il était si près. Il l'imagina dans leur appartement, son long nez fin dans l'un de ses bouquins. Après ces mois passés en prison, il crevait d'envie de revoir son meilleur ami. Mais qu'aurait-il pensé de lui?
C'était quoi le plan de James et Harry, au juste? Ils s'étaient attendu à quoi après que leur jeune poulain ait survécu à Azkaban? Scorpius se maudit en observant sa cendre tomber sur le trottoir déjà obscurci par la pluie qui clapotait sur ses dalles. Il aurait mieux fait de les envoyer se faire foutre, même le grand Harry Potter lorsqu'ils lui avaient proposé cette mission. C'était programmé par le cul (sûrement celui de James) et il était persuadé qu'ils n'avaient aucune idée des abus dans la prison d'Azkaban. Pas étonnant qu'ils se fassent dépasser par les gars au-dessus de Gwen dans le réseau. Ces mecs-là étaient d'une autre trempe, le genre à sortir d'un milieu comme celui d'Azkaban.
—J'ai une idée, dit soudain Gwen. Suis-moi!
Il n'avait aucune autre proposition à lui soumettre et Scorpius se contenta d'écraser son mégot sur sa semelle et de suivre Gwen vers l'entrée du métro le plus proche.
Brinquebalé dans le tuyau de fer, Scorpius eut une curieuse impression. Tout lui paraissait absurde. La dernière fois qu'il avait goûté la liberté, c'était justement en détruisant l'un de ses wagons. Six mois plus tard, ce lointain souvenir lui semblait risible. La peur, l'adrénaline, l'angoisse qu'il avait éprouvé en commettant son crime, étaient si bénignes en comparaison de l'obscurité d'Azkaban. Il avait l'impression de vivre hors du temps, dans une autre dimension. Son œil neuf, façonné par les ténèbres d'Azkaban, lui renvoyait un monde risible et complètement incompréhensible. Il ne comprenait plus rien. Plus rien n'avait de sens et dans ces cas-là, la seule attitude saine était d'en rire.
Scorpius était assis à côté de Gwen. Les moldus les observaient du coin de l'œil, percevant probablement l'aura dangereuse qui émanait de ces deux curieuses personnes. Scorpius fixait un point devant lui, taisant au fond de lui ces terreurs d'être à nouveau dans le monde normal. Il avait envie d'hurler, de frapper n'importe qui autour de lui, de révéler le vrai Scorpius, celui qui s'était révélé capable du pire.
En levant la tête, Scorpius croisa le regard d'un petit garçon, assis à côté de sa mère. Contrairement à elle, le petit n'avait pas peur. Il fixait Scorpius, méfiant et fasciné à la fois. Scorpius s'étonna de son audace puis se prêta au jeu. Il le dévisagea longuement. Dans le regard du garçon, la méfiance se transforma en peur. Ses yeux s'écarquillèrent de plus en plus et Scorpius se demanda s'il n'avait pas deviné toute la noirceur dans son âme. Loin de s'en effrayé, il maintint le contact visuel, se délectant de l'effet qu'il avait sur le petit garçon. Celui-ci était terrorisé, à présent et Scorpius se sentit puissant.
—On descend, lui annonça Gwen en lui tapotant le bras.
Scorpius se leva, adressa un sourire mauvais au garçon puis suivit Gwen pour descendre du wagon.
Gwen le mena devant un immeuble d'un certain standing. Ils franchirent la double-porte de verre et Gwen ouvrit la porte à l'aide d'un trousseau de clé.
—Où 'est-ce qu'on est? demanda Scorpius.
—Chez Radcliffe…
La réponse de Gwen laissa le jeune homme sans voix. Ils pénétrèrent dans l'ascenseur aux parois de miroir et elle appuya sur le bouton du cinquième étage.
—Comment se fait-il que tu ais les clés de chez lui?
—Il me les avait donné pour y passer les étés quand ma mère m'a foutu dehors. C'était un homme bien, quoique tu en dises, ajouta-t'elle en voyant Scorpius ouvrir la bouche pour répliquer.
Ils entrèrent dans l'appartement spacieux et meublé mais recouvert de poussière. Personne n'y était entré depuis longtemps et Scorpius réalisa qu'il savait exactement depuis quand. Depuis trois ans, depuis la mort de son professeur d'études des moldus dans le puits de la source. Radcliffe ne se privait de rien. Scorpius entra dans un salon aux murs recouverts de livres, un large bureau qui rappelait celui de McGonagall, Scorpius monta sur une estrade et caressa du bout des doigts le piano à queue poussiéreux. La faible lueur du jour filtrait à travers la baie vitrée salie par le temps.
—Je ne savais qu'il était riche, dit Scorpius en s'asseyant sur le siège du piano.
—C'était un professeur d'université, dit Gwen en haussant les épaules. Il m'a aidé plusieurs fois quand j'étais en difficulté.
—Pourquoi enseigné à Poudlard? S'il n'était pas venu enseigné… il ne serait pas mort.
—Tu n'as toujours pas compris…
Gwen s'assit sur le clavier, prenant de la hauteur sur Scorpius qui leva la tête pour la dévisager. Elle avait enlevé sa veste qu'elle avait jeté sur l'un des sofas de cuir. Elle dégagea sa nuque en rabattant ses dreadlocks sur l'une de ses épaules.
—Ce n'était pas une question d'argent. Radcliffe était simplement frustré.
Elle prit la photographie qui trônait sur le piano. Radcliffe était avec des collègues de l'une des universités les plus prestigieuses d'Angleterre.
—Il avait beau être reconnu dans le monde des moldus, tout ça n'est que du vent quand tu connais le monde de la magie… Et chez les sorciers, ce n'était qu'un cracmol. (Elle eut un rictus.) Je n'ai jamais compris pourquoi tout le monde gueulait dès qu'on traitait quelqu'un de sang-de-bourbe… Je trouve que Cracmol est beaucoup plus insultant. Quand tu es un cracmol, tu es moins que rien…
Scorpius baissa la tête.
—Je ne suis qu'un petit sang-pur. Je ne pourrais jamais comprendre un sang-de-bourbe, ni un cracmol…
Gwen lui prit le menton en le forçant à relever la tête pour la regarder.
—Tu as fait un séjour à Azkaban, tu n'as plus de baguette. Tu es maintenant un cracmol, Scorpius Malefoy…
La sentence lui fit plus mal qu'il ne l'aurait cru. Il avait eu, tout de suite, l'envie de protester mais il devait bien admettre qu'elle avait raison.
—Quand il est entré à Poudlard, continua Gwen, Il a espéré que le prestige de l'école rejaillisse sur lui. Mais entre le mépris silencieux des professeurs d'un côté et la pitié chez les autres, il a juste constater qu'il ne pourrait jamais s'élever au-dessus des autres sorciers.
—C'est comme ça qu'il a eu l'idée de faire sauter l'école? répliqua Scorpius avec sarcasme en s'allumant une cigarette. Tout faire sauter parce que personne ne pouvait le comprendre…
Gwen se mit à rire doucement.
—L'idée ne vient pas de lui. Radcliffe a seulement rencontré une personne spéciale… qui partageait ses idées. Quelqu'un qui lui a promis ce qu'il recherchait désespérément.
—De qui tu parles? demanda Scorpius en recrachant sa fumée.
—De Merlin…
Gwen lui vola sa cigarette et aspira longuement la fumée.
—Qui est Merlin?
—Je ne l'ai jamais vu. Seulement quelques personnes on eut le privilège de le rencontrer. Radcliffe était un de ceux-là. Il faisait partie de sa cour. Ils ont tous un nom de code. Je n'en ai vu qu'un. Je vais te le présenter ce soir.
—C'est qui ce gars?
La jeune femme ne répondit pas tout de suite. Elle demeurait silencieuse, le regard perdu dans le vide, sa cigarette se consumant toute seule.
—Je vais être franche avec toi, Scorpius, parce que tu m'as prouvé que tu n'étais pas le petit sang-pur que j'ai connu à Poudlard. Tu ne l'es plus, pas vrai? Tu as changé.
Elle caressa sa joue râpeuse et creusée par les privations.
—Ils sont... , commença-t'elle d'une voix légèrement tremblante. Ce sont des fanatiques. En réalité, ils me font peur. J'ai suivi Radcliffe parce qu'il m'avait aidé et que je devais survivre. Mais ces types te demandent toujours plus.
Elle tira encore sur sa cigarette et la cendre tomba sur le parquet, aux pieds de Scorpius.
—Tu n'es plus obligé de les suivre. Tu as assez payé à Azkaban, dit Scorpius en caressant son bras.
—Si je ne viens pas les voir, c'est eux qui me retrouveront. Crois-moi, ce serait stupide de leur tourner le dos. Et puis, on a besoin de ça…
Elle sortit un petit sachet de poudre blanche. Le paquet était presque épuisé et déjà Scorpius sentait le manque l'envahir. Gwen prit une pincée qu'elle renifla avec avidité avant de tendre ses miettes à Scorpius. Il ne s'en priva pas. Sa dernière dose remontait à la nuit dernière et il avait hâte de retrouver cette puissance qui faisait bouillonner son sang dans ses veines.
Il inhala profondément en rejetant la tête en arrière et s'essuya le nez pour n'en perdre aucune particule. Une dizaine de secondes plus tard, il reconnut la sensation familière d'un flux magique qui parcourait chacun de ses membres. Il avait besoin d'évacuer, encore, de prouver qu'il était plus grand, plus fort, plus puissant que n'importe qui. Il devait le prouver à Gwen.
Scorpius attrapa Gwen par la taille et la fit glisser bien en face de lui, ses deux mains posées sur ses hanches, pétrissant sa chair de ses paumes devenues incandescentes. Scorpius posa son front sur son ventre en soupirant longuement. Il sentit ses doigts dans ses cheveux, caressant son cuir chevelu, ses pommettes, ses joues. Ses mains étaient chaudes aussi et les battements du cœur de Scorpius s'accélérèrent. C'était devenu ainsi entre eux deux. A chaque fois qu'ils prenaient cette drogue, à chaque fois qu'ils se retrouvaient seuls, ils ne pouvaient plus s'arrêter, pris d'un désir irrésistible de la posséder. Ce n'était pas une question de sentiments naissant mais plutôt d'un besoin de chair, de posséder et de dominer.
Scorpius se releva, les mains toujours sur ses hanches comme s'il ne pouvait plus les détacher de sa peau. Il la souleva avec sa toute nouvelle puissance, comme si elle ne pesait rien et la posa sur le piano. Il dégagea son visage, lui attrapa la nuque et la força à l'embrasser en pénétrant sa langue dans sa bouche. Elle tenta de reculer. C'était son jeu, Gwen aimait résister, elle adorait le voir se battre contre elle. Gwen lui mordit la lèvre jusqu'au sang et il poussa un petit cri en reprenant sa bouche, un léger filet de sang lui coulant sur le menton.
Gwen passa ses mains sous sa chemise, griffant sa peau de ses longs ongles. Lorsqu'il la relâcha enfin, elle colla sa bouche sur son épaule dénudée et mordit sa chaire avec la même violence que ses lèvres. Scorpius lui écarta les genoux et se colla à son bassin, pressant son érection contre son entrejambe, malaxant ses fesses pour la coller le plus près de lui, peau contre peau. Gwen s'allongea lentement sur le capot du piano. Scorpius releva son tee-shirt en le déchirant presque pour faire jaillir ses seins. Il baissa son pantalon, sa culotte trempée et lécha, avec avidité, l'intérieur de ses cuisses, tout en malaxant l'un de ses seins. Les hanches de Gwen se soulevèrent, sa main rejoignit celle de Scorpius sur son sein, le guidant dans ses caresses. Elle gémissait de plus en plus vite, de plus en plus fort. Lorsque ses jambes se mirent soudain à trembler, Scorpius se redressa en s'essuyant les lèvres. Il pénétra sa fente de deux doigts, se refusant de rompre leur contact. Il déboutonna son pantalon, il était plus tendu que jamais. Les râles étouffés de la jeune femme l'avait rendu fou et l'ivresse de la drogue le changeait en bête sauvage, mué d'un désir impétueux de lui faire mal.
Il la fit glisser sur le clavier. Sa peau était en sueur, son souffle court. Elle dévisagea Scorpius, un faible sourire aux lèvres, le regard provoquant. Elle voulait voir ce qu'il allait faire ensuite, ce dont il était capable. Il la força à se retourner en maintenant ses poignets serrés sur le vernis noir du piano. D'une main, il guida son sexe entre ses cuisses et la pénétra d'un violent coup de rein qui lui fit arracher un cri partagé entre la douleur et le plaisir. Loin de s'en soucier, il continua inlassablement, avec l'énergie décuplée d'un homme drogué. Il ramena Gwen coller à lui, ses doigts sur sa gorge, capturant ses lèvres pour faire taire ses cris pour de pas le faire chavirer trop vite.
Ils continuèrent ainsi longtemps, emportés par le tourbillon de leurs besoins de plaisirs. Après tout, il n'était que le matin encore et ils devaient tuer le temps.
OoO
Lorsque la nuit fut avancée, alors que Gwen et Scorpius, les corps échauffés, se remettaient de leur torpeur après leur journée torride, Gwen guida Scorpius sur le chemin qui devait le mener à Merlin. Dans sa redescende, une seule pensée réconfortait le jeune homme: il était sur le point d'entrer de plein pied dans sa mission d'infiltration. Il avait réussi à gagner la confiance de Gwen et elle allait lui présenter des hommes importants du réseaux. Tout allait commencer ce soir.
Gwen le mena dans une boîte de nuit de Londres dans un quartier reculé du centre-ville et mal fréquenté. Les réverbères clignotaient d'une lueur inquiétante et plusieurs fois Scorpius eut l'impression d'être épié dans l'ombre. Malgré le quartier insalubre, une file imposante patientait devant l'entrée, composé de jeunes moldus vêtus pour leur sortie du soir dans un océan de débauche. L'enseigne de la boîte illuminait le nom "Camelot" et Scorpius pensa que le fameux Merlin avait décidément un délire étrange autour du vieux sorcier.
Gwen ne prit pas le temps de faire la file. Elle dépassa tout le monde, Scorpius dans son sillage pour se poster devant le videur, un gars imposant et à l'air antipathique qui zieutait toutes les bimbos gloussant à sa droite. Gwen lui chuchota quelque chose à l'oreille et le malabar acquiesça lentement. Il leur libéra le passage sous les exclamations outrés des fêtards remballés.
Dès qu'il passa le rideau noir, Scorpius fut projeté dans un autre monde. Les rayons de lumières fluo l'aveuglèrent pendant une seconde. La salle immense était plongée dans une obscurité épileptique. Tout autour de lui, des hommes et des femmes dansaient, gesticulant dans tous les sens. Scorpius n'arrivait à discerner que des portions de corps éclairés par les rayons de lumière aveuglants. Il capta des expressions de pures extases, des peaux ruisselantes de sueur, des bouches goûtées, des mains qui caressaient l'air dans des gestes aériens, et surtout, le plus effrayant, des pupilles verdâtre qui luisait dans la pénombre. La musique était assourdissante. Des boums en cadence faisait vibrer le sol sous ses pieds. Scorpius eut soudain chaud et il ne savait pas si c'était dû à la température de la pièce ou à l'ambiance échauffée des chairs qui se trémoussait.
Il comprit rapidement qu'ils étaient, pour la plupart, complètement drogué. En habitué, Scorpius repéra rapidement les sachets à la poudre blanche qui passait d'une main à l'autre. Il passa près d'un groupe en train de prendre des rails sur l'une des tables de la boîte, puis cette étrange halo vert qui semblait entourer les consommateurs comme un bouclier.
Alors la magie faisait son effet.
Scorpius vit une femme faire jaillir une nuée de papillons de ses mains qui s'envolèrent dans la pièce en éclatant en poussière dorée à chaque fois qu'ils rencontraient l'un des faisceaux de lumière. Un homme, de son âge à peu près, ralentit le temps autour de lui et plusieurs danseurs se mirent à bouger lentement, figeant leur expression d'extase dans un ballet au ralenti. Un couple changea de sexe en un claquement de doigts et s'isolèrent dans les toilettes du fond.
Entre émerveillement et inquiétude, Scorpius contempla les effets de la drogue avec un recul dû à sa redescende. Ainsi, c'était ce qu'il se passait lorsqu'on donnait la magie aux moldus.
Un garçon, âgé de pas plus de dix-huit ans, poussa un cri d'allégresse dans la salle. Scorpius leva la tête et vit le gamin perché à l'étage supérieur, en équilibre sur la rambarde de fer. Il se jeta dans le vide et se mit à léviter sous les acclamations hystériques de la salle entière. La musique repartit de plus belle et personne ne sembla se soucier de la chute brutale du garçon qui n'avait réussi à voler que pendant une poignée de secondes.
Scorpius fendit la foule pour se précipiter vers lui. Il s'était fracassé sur une table, son corps désarticulé par sa chute. Il n'était pas mort et son visage était toujours détendu par cette profonde extase. Scorpius se pencha sur lui. Ce fut le seul. Les autres dansaient tandis que Gwen se tenait à distance, observant la scène, sans aucune émotion. Scorpius tapota ses joues. Elles étaient glacée. Ses membres qui formaient, à présent, des angles curieux, étaient agités de soubresauts inquiétants. Bientôt, une écume blanche sortit de sa bouche, mélangé au sang qui recrachait à chaque tremblement.
—Reste avec moi, pauvre con! murmura Scorpius en lui tournant le visage pour qu'il n'étouffe pas dans ses vomissures.
—Laisse-le, dit Gwen en le prenant par le bras. Il est foutu.
En effet, à peine avait-elle prononcé la sentence, le jeune garçon rendit l'âme. Devenu soudain bien calme, Scorpius contempla la corps sans vie de ce pauvre type qui n'avait connu l'ivresse de la magie qu'une seconde. Sa curiosité lui avait coûté la vie et tout le monde semblait indifférent à son sort qui les attendait tous.
—Ils vont s'en occuper, le rassura Gwen en le tirant toujours pour qu'il s'éloigne du corps.
—Qui ça "ils"? s'énerva Scorpius.
Gwen n'eut pas besoin de lui répondre. Scorpius vit soudain deux hommes, de la même carrure que le videur, se diriger tranquillement vers le cadavre toujours allongé sur la table. Ils le tirèrent comme un vulgaire sac d'ordure et partirent vers la sortie. Les autres danseurs n'eurent pas un regard pour le garçon qu'ils acclamaient dix minutes plus tôt. Ils continuaient à jouir de leur soirée, trop concentrés sur leurs propres plaisirs pour se soucier d'une victime malchanceuse. Scorpius, lui, eut l'horrible rappel des corps traînés par Silver, le terrible gardien d'Azkaban. Lorsqu'il fixa le visage du jeune homme traîné dans l'obscurité, il crut devenir fou en reconnaissant Clovis, les traits figés dans la même mort horrifiée.
La porte se referma dans un claquement sec. La musique tambourinait en sourdine derrière le panneau de bois constellé de tags grivois. Scorpius posa son front, en sueur, contre la porte, la mâchoire serrée. Gwen était dans son dos, attendant qu'il se décide à la suivre. Elle n'eut aucune parole réconfortante, seulement un silence glaçant qui accentuait les vagues d'angoisses qui assaillaient Scorpius.
—Ça ne te fait rien?! rugit Scorpius en frappant son poing contre la porte noire.
—Quoi? La mort du garçon? demanda-t'elle froidement.
Ce détachement le terrifiait. C'était ça qui l'attendait? Cette déshumanité devant la mort, les drames et la violence. Il ne voulait pas cette vie-là. Il ne l'avait jamais voulu. Il ne voulait pas devenir comme Gwen. Celle-ci s'approcha de Scorpius et le pris dans ses bras. Elle le serra fort dans un geste de tendresse étonnant. Il sentit, à travers cette étreinte, qu'elle n'était pas si insensible que ça.
—Je sais que ça te touche. Tu es comme ça, Scorpius. Tu es quelqu'un de bien. Mais il va falloir que tu taises cette compassion. Il faut que tu apprennes à ne rien ressentir. C'est la seule façon, pour nous, de survivre...
—Où est-ce que tu m'emmènes? demanda-t'il d'une voix tremblante en calmant les battements frénétiques de son cœur.
—En bas.
Elle se retourna et vit l'escalier aux pieds de Gwen. Elle se mit à descendre les marches grinçantes et Scorpius n'eut d'autres choix que de la suivre. Les murs noirs et suintant étaient ponctuées d'halogènes qui bourdonnaient dans les oreilles de Scorpius. Ils descendirent plusieurs étages, s'enfonçant de plus en plus profond dans les ténèbres. Scorpius frissonna, plus d'appréhension que de froid. Il commençait à avoir peur car le bruit de la boîte, synonyme de vie, s'amenuisait de plus en plus, laissant place au silence de mort.
Ils arrivèrent dans l'obscurité la plus totale mais sur la terre ferme. Il faisait froid et Scorpius ne voyait pas à un mètre. Gwen progressait avec l'assurance d'un chat. Elle le guida, lui prenant la main et le pressa d'avancer. Les doigts de Scorpius touchèrent les barreaux métalliques d'une porte et une voix dans sa tête lui hurla de fuir.
—Avance…, lui souffla-t'elle en le poussant dans l'entrée.
Scorpius fit un pas et il entendit soudain le bruit lourd et métallique d'une grille qui s'abat violemment. Lorsqu'il se retourna, il ne vit que le visage fermé et froid de Gwen à travers les barreaux de sa nouvelle prison. Il se maudit pour sa bêtise.
—Tu n'as pas confiance en moi? demanda-t'il à Gwen en s'efforçant de rester calme.
—Moi oui… Mais tu dois les convaincre eux…
Les lumières s'allumèrent, aveuglant momentanément Scorpius. Il était enfermé dans une vaste cage circulaire. Le sol à ses pieds étaient de la terre noire. Tout autour de lui, il discerna des gradins comme ceux qui entouraient le terrain de Quidditch à Poudlard et au fond de la cage, encore tapi dans l'ombre, se tenait un amas de chaire recroquevillée, qui gémissait faiblement.
Scorpius se tourna vers Gwen, soudain affolé.
—Qu'est-ce que ça veut dire? Qu'est-ce qui va se passer?
—Tu vas devoir tuer.
Il attrapa les barreaux, fou de rage. Gwen s'approcha de la grille, nullement impressionnée. Scorpius en profita pour l'attraper par la nuque pour la coller à la grille. Elle le dévisagea avec un sourire de folie, impatiente du futur spectacle.
—Tu m'as piégé! rugit-il.
—Non, je t'ai sauvé…
Elle l'embrassa et lorsqu'elle l'obligea à ouvrir la bouche, il sentit son souffle gorgée de magie. Il ne savait comment mais, par ce baiser, elle lui fit le cadeau d'un peu de pouvoir. Juste assez pour faire ce qu'il avait à faire, ce qu'on attendait de lui. Pas assez pour lui faire perdre conscience et excuser son comportement par les effets de la drogue.
Plusieurs portes s'ouvrirent tout autour des gradins et une foule de gens prirent place, bruyant et excités. Ils poussèrent des acclamations en découvrant la silhouette de Scorpius toujours collé aux barreaux. Le stade se remplissait et Scorpius s'horrifia des visages impatients et en liesse des spectateurs du futur carnage.
—Bienvenue! s'éleva une voix inconnue tout autour de Scorpius. Préparez-vous au choc des titans. D'un côté, un sang de sorcier pur, puissant, contre le champion en titre.
Le champion en question s'éveilla à son évocation. Il se redressa lentement et Scorpius vit sa chair se tendre, se gonflée. La ridicule créature plaintive dans le coin de la cage se métamorphosa en géant sanguinaire. Ses veines étaient gonflées et palpitaient sur sa peau violacée. Il ne parlait pas, n'arrivait pas à produire le moindre son qui avait un sens. Il poussait d'horribles grognements de bêtes enragées, emportés par la puissance du traitement qu'on devait lui administrer en continu. Ses pupilles vertes firent comprendre à Scorpius qu'il s'agissait d'un moldu. Enfin...ce qu'il en restait. L'homme devenu bête, avaient ses membres déformés, grossis et étirés lui donnant des airs de goule bodybuildée. D'un simple regard, Scorpius comprit qu'il ne faisait pas le poids face à cet adversaire.
La voix annonça quelque chose, masquée en partie par les vociférations de la foule en délire et par les cris stridents de la créature qui s'apprêtait à le chasser. Un gong retentit et la bête humaine se précipita sur Scorpius, toutes griffes dehors.
Les premiers coups pleuvèrent, ses ongles démesurément grands griffant chaque centimètre de peau accessible. Mais Scorpius ne ressentit aucune douleur. La magie faisait son effet. Il sentit le liquide chaud de son sang couler de chacune de ses blessures mais il n'avait pas mal. Il saisit le poing de la créature et serra, comme il l'avait fait à Vask. Mais aussitôt, le souvenir de sa mort le prit et il eut peur. Il ne voulait pas tuer cette créature même si son crime pouvait abréger ses souffrances.
Profitant de son hésitation, l'homme lui envoya un violent coup de pied dans le ventre qui le fit décoller du sol. Son dos frappa les barreaux de la cage et Scorpius poussa un cri de douleur déchirant avant de s'effondrer sur la terre battue, un goût de sang dans la bouche. La bête courut vers lui encore, l'écume aux lèvres, déchiré par un cri de rage. Scorpius le maintint à distance en le retenant par ses pieds, saisissant ses poignets mués d'une force surhumaine. Mais lui aussi avait un peu de magie et il le repoussa en puisant au plus profond de lui. Dans un cri de désespoir, il expulsa son assaillant en l'envoyant à l'autre bout de la cage provoquant la huées des spectateurs.
Il ne voulait plus tuer. Il se répétait cette conviction tout en reprenant contenance. La panique d'une mort imminente mélangée à sa culpabilité le paralysait sur place. Au plus profond de son être, Scorpius n'était pas un meurtrier. Il voulait s'en persuader. La mort de Vask avait meurtri son âme et il n'était pas sûr d'en sortir indemne d'un second carnage. Il comprit alors toute l'horreur de cette épreuve de force. Il testait ses propres ténèbres. Les hommes de Merlin devaient être capable d'ôter une vie avec l'insouciance d'un enfant. Harry et James lui avait demandé de faire partie d'une bande de psychopathe dopé. Il ne pouvait pas! Il ne voulait pas!
Les paroles de Gwen résonnait en lui. Faire taire son humanité… Fermer son cœur. Se laisser envahir par les ténèbres. Non, il ne pouvait pas car même si les ténèbres était puissantes, elle le piégeait aussi sûrement que cette cage. Et il n'était pas sûr d'être capable de s'en sortir. C'était comme pour chasser un détraqueur. Ses ténèbres pouvaient se personnifier en cette créature qui aspirait son âme d'un simple baiser. Quel était le meilleur moyen de s'en défier? Les souvenirs heureux… Il pensa immédiatement à Rose… Non, s'il tuait encore une fois, il ne pourrait plus jamais revoir Rose... Il deviendrait ce pourquoi elle l'avait arrêté, lui promettant sa haine éternelle. Même pire… Le souvenir de Rose le tourmentait. Il la fit taire immédiatement. Non, il ne penserait pas à Rose pour rétablir sa lumière. Il n'en avait plus le droit. Pas elle… Une autre lumière…Un souvenir éclatant.
Albus…
Sa culpabilité lui souffla qu'il ne pourrait jamais plus le comprendre après ses crimes. Mais elle avait tort, il le savait. S'il ne pouvait pas penser à Rose, il lui restait toujours Albus.
"Tu n'avais pas le choix! lui souffla la voix d'Albus dans sa tête. Tu dois vivre pour qu'on puisse se revoir."
"Je vais devoir le tuer…" se dit Scorpius.
"C'est un jeu…, c'est un duel. Gagne ou sinon tu mourras et je t'interdis de mourir avant moi!"
Scorpius devait agir vite. Il ne savait pas quand se tarirait la magie dans son sang. Il tendit les bras dans la directeur de la créature qui commençait à se relever. D'un mouvement subtil de ses doigts, il fit jaillir la terre qui engloutit la bête dans un déluge de boue noire. La bête se débattit puis disparut sous le sol sous les exclamations choquées ou admiratives de la foule. Un silence pesant tomba en même temps que les derniers grains de terre qui lissèrent le sol en engloutissant totalement son adversaire.
Scorpius relâcha la pression de ses doigts. Il laissa tomber ses bras avec un profond soupir de soulagement. Il était en nage et en sang et le calme soudain des gradins avaient quelque chose d'apaisant.
La paix fut de courte durée. L'homme enragé bondit de la terre vers Scorpius dans un geyser de boue et de gravier. Scorpius n'entendit pas les hurlements de la foule il se protégea de ses bras et la mâchoire béante de la créature humaine se referma sur ses avant-bras dans un bruit d'os cassés sinistres. Scorpius hurla sa douleur. Il se débattit de toutes ses forces mais rien n'y fit. La bête tenait toujours et une mare de sang éclaboussa le sol. Scorpius ne savait plus si c'était le sien ou celle de son adversaire mais il comprit, très vite, que s'il ne réagissait pas très vite, il allait mourir dans cette arène.
La bête le fit tournoyer à la seule force de ses mâchoires et le relâcha pour le faire voler à l'autre bout de la cage. La foule acclama l'exploit de leur champion. Scorpius n'entendait plus rien. Il ne percevait qu'un bourdonnement de plus en plus fort dans ses oreilles. Il tenta une première fois de se relever, la deuxième fut la bonne. Ses bras refusaient de lui obéir. Il n'osa pas baisser les yeux sur ses plaies ou sur les lambeaux de chair sanguinolentes que lui avait arraché l'homme devenu fou par la magie. Scorpius se tint sur ses pieds. Il releva la tête, se concentrant sur les dernières forces magiques qui demeuraient en lui. Il les concentra dans ses bras et réussit à les relever.
Il toisa la bête, face à lui, et poussa un cri pour l'appeler. Il n'avait plus peur. Il voulait seulement en finir. Si c'était ce qu'on attendait de lui, il allait leur donner le meilleur spectacle que cette bande de dégénérés n'avaient jamais vu. La bête, attiré par le long hurlement de Scorpius, sauta sur lui. Scorpius était prêt. Il frappa, une fois, deux fois, lui brisa un genoux, meurtri sa chair gonflée, se délecta du craquement de ses os sous ses poings. Ils s'acharnèrent ainsi, dans cette lutte de force brute.
Puis, Scorpius sauta en arrière et d'un simple claquement de doigt, ramena les ténèbres dans la cage. Les cris d'extases se muèrent en plaintes choquées. Plongé dans l'obscurité, Scorpius sentit ses forces lui revenir. C'était une sensation curieuse. Il se sentait plus à l'aise dans les ténèbres. Elles lui appartenaient désormais.
Il vit la bête gesticuler dans tous les sens, allant dans un sens puis dans un autre. Il le cherchait sans le trouver. Scorpius prit conscience que cette pauvre créature n'était pas un animal, un prédateur l'aurait repéré à l'odeur et au bruit. Ce pauvre être n'était qu'un homme, rendu aveugle par sa magie. C'était lui qui n'avait aucune chance face à lui, face à ses ténèbres qui avaient finit par l'engloutir.
Scorpius frappa. Ivre d'une puissance qu'il avait fini par accepter, il empoigna la bête à la gorge et serra. Il perçut le gargouillis faiblard du moldu sous ses doigts et Scorpius le frappa au visage. Tandis qu'il volait dans les airs, Scorpius décida de rallumer les lumières. La foule observa avec des cris d'acclamations, le corps déformé du champion qui s'abattit lourdement dans la poussière.
Scorpius n'en avait pas fini. Il l'attira à lui et le moldu glissa sur le sol, droit vers Scorpius, comme s'il lui avait lancé un Accio. La créature, désespérée, enfonçait ses ongles dans la terre, creusant de profonds sillons d'agonie dans son sillage. Une fois à ses pieds, Scorpius le souleva de terre et tous les gradins retinrent leur souffle. Il tordit le corps de la créature dans un craquement terrifiant qui fit taire la foule, trop impressionnée.
Les bras de Scorpius le lâchèrent lorsqu'il relâcha son adversaire qui s'effondra au sol dans un dernier râle. Mais Scorpius n'en avait toujours pas fini. Ses bras ne lui obéissaient plus mais il se tenait encore sur ses jambes. Il tapa du talon le crâne gonflé du moldu, encore et encore, dans un silence effrayé. Les spectateurs contemplaient Scorpius hurler sa rage contre la carcasse sans vie de l'ancien champion. Il s'acharna jusqu'à ce qu'il entende un autre craquement et que la fatigue le prenne subitement.
La magie quitta son corps et il s'effondra à son tour, à côté du second cadavre de la journée. Son esprit était brumeux et il ne pensait pas à l'horreur de ses actes. Il n'avait qu'une simple pensée, celle de sa victoire qui lui arracha un sourire de triomphe.
La foule éclata en délire tout autour de lui. Il l'encourageait à se relever mais Scorpius n'en avait plus la force. Il entendit quelques brides de mots émis par la voix mystérieuse puis le bruit sec et métallique de la grille qui se relève.
—Scorpius! cria la voix de Gwen en se précipitant sur lui. Tu as réussi! Tu as gagné.
Il sentit ses paumes glacées lui caresser ses joues et pensa que c'était un signe encourageant. Il était en très mauvais état mais encore en vie. Gwen l'aida à se relever, supportant tout son poids. Elle le porta difficilement jusqu'à l'extérieur de l'arène où Scorpius ne se soucia guère de conclure le spectacle d'un salut légendaire.
Ils entrèrent, de nouveau, dans les ombres. Scorpius perdait connaissance par intermittence, uniquement réveillé par les éclats de voix de Gwen. Il se sentait extrêmement faible et la douleur de ses bras devenaient de plus en plus lancinante.
—Je vais mourir, gémit-il sur le dos de Gwen.
—Tiens le coup, répondit-elle. Tu as fait le plus dur. Je t'emmène chez Galaad. Il va te soigner, je te le promets…
Scorpius sombra encore dans les ténèbres, emporté par l'écho lointain du nom de Galaad qui ne lui inspirait rien de bon.
