22
GALAAD
Scorpius baignait dans une douce torpeur.
Il savait qu'il était toujours inconscient et cette quiétude était très apaisante. Dans cette douce lueur orangée, il flottait au-dessus de la réalité, laissant derrière lui, le sang, la boue et la douleur.
Cette dernière avait d'ailleurs disparue. Il se sentait incroyablement bien, serein, revitalisé, heureux d'être ainsi dans cet espace d'un autre temps, dans une sorte de bulle qui le maintenait en paix. Hélas, ce bref repos fut de courte durée.
—Réveille-toi! ordonna une voix profonde et grave.
Scorpius n'eut d'autres choix que de lui obéir. Il ouvrit les yeux, prit une grande goulée d'air comme si ses poumons n'avaient plus reçu d'oxygène depuis longtemps, puis il se redressa comme un beau diable, avec la vague de peur, d'angoisse et de mort imminente qui l'assaillirent tout à coup.
Sa respiration était saccadée. Le cœur battant, il regarda tout autour de lui. Il était toujours sous terre et un instant, il crut qu'il était, à nouveau, enfermé dans une prison. Mais il n'y avait pas de barreaux autour de lui, ni de fenêtre. Une ampoule, fixée au plafond éclairait faiblement la petite pièce qui avait tout l'air d'être une sorte de bureau. Scorpius était allongé sur un matelas dont la propreté était quelque peu douteuse. Il y avait une table sur laquelle s'amassait des sachets de poudre, toute remplie, gonflée presque par le surplus. Une telle quantité de drogue à portée de main le fit frissonner. Il avait froid. Il était toujours en manque. Il avait peur.
—Tout va bien, Scorpius, retentit la voix de Gwen.
Elle était là, dans un coin de la pièce, attendant son réveil. Elle s'approcha doucement et s'assit près de lui en lui caressant le torse, sensuellement.
—Je te l'avais promis. Il t'a guéri, dit-elle encore.
Scorpius la dévisagea sans comprendre puis il baissa les yeux sur ses bras. Ils étaient comme neuf. Sa peau était encore pâle comme la mort mais il ne saignait plus. De faibles cicatrices blanches persistaient sur ses avants-bras, dernières traces de la boucherie dans l'arène. En les contemplant, mortifié, il prit soudain conscience de tout ce qui s'était passé dans la cage. Scorpius avait tué, une deuxième fois et cette fois-ci, il avait été en totale possession de ses moyens. Il avait tué un homme de manière violente, brutale, viscérale. Il s'était condamné, une nouvelle fois, à l'horreur.
La nausée le prit et il vomit sur le sol. Gwen lui caressa le dos tandis que son estomac se soulevait dans des hoquets de douleur. Ce geste qu'elle pensait réconfortant, le révulsait encore plus.
—Où est-ce qu'on est? demanda-t'il lorsque ses hauts-le-cœur se calmèrent enfin.
Gwen passa une main au-dessus des vomissures et elles disparurent aussitôt. Elle était encore sous l'effet de la drogue. Elle lui sourit, calme et tendre. Gwen l'avait fait entrer dans son monde et la fille froide et méfiante avait complètement disparue. Scorpius avait fait ses preuves et elle semblait ravie de sa victoire. Il n'eut pas à réfléchir longtemps pour comprendre que l'autre option qui lui restait, était la mort.
—Nous sommes chez Galaad, lui dit-elle en lui caressant ses cheveux blonds.
—Qui est Galaad?
—Moi, émit une voix sur sa droite.
Au son de cette voix, Scorpius fut immédiatement sur ses gardes. Elle n'était pas menaçante, ni horrifiante mais ce ton doux et cinglant à la fois suintant le danger. De l'ombre d'un recoin de la pièce émergea un homme. Il marchait d'un pas tranquille, léger. Il devait avoir la trentaine. Son visage était striée de cicatrices blanchâtres qui dénotaient sur sa peau cuivrée. Galaad avait les yeux et les cheveux d'un noir opaque, sombre comme l'ébène. Sa coiffure soignée ainsi que son costume noir faisait tache dans le lieu lugubre et puant la moisissure. Ses ongles étaient manucurés et ses chaussures vernies. Il faisait propre sur lui et les traits de son visage marqué par une vie beaucoup plus brutale et terrifiante en disait long sur l'homme qui s'approchait vers Scorpius. Galaad était un homme minutieux mais violent, qui n'hésitait pas à tuer s'il le fallait tout en prenant soin de ne pas tacher son costume hors de prix.
Gwen se raidit à son approche. Elle n'osa pas croiser son regard, se contentant de se concentrer sur les cheveux blonds de Scorpius entre ses doigts.
—Je t'ai amené Scorpius Malefoy, dit Gwen en lui tournant le dos. C'est le sang-pur dont je t'ai parlé. Il a remporté l'épreuve de l'arène. Il est digne de la magie.
Elle plongea son regard dans celui de Scorpius. Il sut qu'elle ne pensait pas un mot teinté de fanatisme qu'elle avait sorti. Mais elle n'avait pas le choix. Elle devait jouer le jeu sinon Galaad la tuerait aussi sûrement qu'il avait soigné les blessures de Scorpius. Cet homme dangereux avait droit de vie et de mort sur ses protégés.
Il lui posa une main sur l'épaule et elle tressaillit à son contact. Elle se leva lentement et se plaça à nouveau dans un coin de la pièce, silencieuse et calme. Mais ses lèvres tremblaient encore de peur.
Galaad prit une chaise et la déposa délicatement face à Scorpius qui observa les gestes précis et lents de l'homme en costard noir. Il passa un mouchoir sur le siège pour l'épousseter et s'y asseya en balayant une particule de poussière sur son genoux. Il prit une grande inspiration puis dévisagea Scorpius de ses deux iris noirs.
—Mr. Malefoy…, dit-il calmement. (Le nom de famille de Scorpius était presque chantant dans la bouche de ce curieux personnage). Savez-vous qui je suis?
Scorpius calma la tempête dans sa tête. Il avait commis des atrocités ces dernières heures. Il leur avait prouvé qu'il était capable d'entrer dans leur cercle. Se rappelant des conseils de Gwen, il fit taire sa culpabilité, sa peur de ne pouvoir redevenir lui-même, son angoisse de ne plus revoir ses amis, l'impossibilité pour lui de renouer avec Rose. Il tut son humanité en ne pensant qu'à sa mission, celle qui donnait un sens à tout ce calvaire. Il y était! C'était le moment décisif. Il n'était pas encore face à Merlin mais il était allé là où aucun auror n'aurait osé espérer toucher du doigt. Il faisait face à l'un des hommes de Merlin. Un homme dangereux et vicieux. Il devait être concentré, prudent et malin.
Scorpius tempérisa sa peur et serra les poings pour calmer ses tremblements. Il renifla bruyamment, ignorant le regard de Gwen sur lui.
—Non, dit-il en secouant la tête.
Galaad le fixa, ses fines lèvres se pinçant en une grimace de déception. Il se tourna vers Gwen qui ne réagit pas à son regard incendiaire.
—Tu as fait grande impression dans l'arène, dit-il en le tutoyant soudain, oubliant toute marque de respect.
—C'est votre délire, les arènes de gladiateurs? demanda innocemment Scorpius en sortant son paquet de cigarettes de sa poche.
Lorsqu'il mit sa cigarette entre ses lèvres, Galaad sortit un briquet de sa poche et l'alluma pour lui.
—J'ai un faible pour les paris, avoua Galaad avec un sourire amusé.
Il fit claquer le clapet du briquet dans l'air et le rangea dans sa poche en lissant le tissus.
—Miss Gwen a dû t'expliquer l'ensemble de nos activités…
—Brièvement, répondit Scorpius qui n'osa pas se tourner vers la jeune femme.
—Tu as de la chance, Scorpius. Nous sommes en pleine expansion. Après des années de travail acharné, nous sommes en passe d'envahir le marché des stupéfiants. La police moldue est dépassé, dit-il en balayant l'air de la main. Mais il reste les aurors et la brigade de la police magique. Et ils nous attirent pas mal d'emmerdes.
Son ton avait été pédant, simulant une éducation distinguée. Ses manières n'étaient qu'un jeu, eux aussi, un style qui lui donnait l'image d'un homme privilégié, d'une grande culture et d'un sens aïgu des bonnes manières. Mais sa dernière phrase avait cinglé dans l'air. Sa soudaine vulgarité avait révélé ses véritables origines. Un être grossier, violent et assoiffé de sang.
Scorpius ne savait pas s'il était un moldu ou un sorcier. Ses connaissance du milieu magique troublait le jeune homme qui n'osait rien dire.
—Nous recherchons des hommes comme toi ou comme cette charmante Gwen. Des êtres tiraillés entre le monde des sorciers et celui des moldus. Un cracmol en manque de reconnaissance… Une sang-de-bourbe délaissée… Un sang-pur ostracisé… A tous ces hommes et femmes, nous leur proposons une solution. La vérité…
—Et quelle est-elle? demanda Scorpius en tirant sur sa cigarette.
Galaad opina négativement de la tête avec ce même sourire amusé qui donnait froid dans le dos de Scorpius.
—Chaque chose en son temps… Tu as passé une épreuve ce soir… L'arène nous permet de tester les capacités magiques de nos candidats. Vois-tu, il est facile d'utiliser la magie comme ces dégénérés à l'étage au-dessus. Ils s'envolent, changent de sexe, s'amuse à colorer leur peau d'un motif qui leur plaise. Mais la vraie puissance… Elle ne peut émaner qu'en situation de mort imminente. Je dois bien avouer que tu as été grandiose. Ce final... était grandiose.
Il s'abaissa vers Scorpius, soufflant sur sa fumée pour la faire disparaître. Ses yeux noirs étaient animés par une flamme de passion étrange.
—Qu'as-tu ressenti lorsque tu as fracassé le crâne de ce pauvre Peter? lui murmura-t'il.
Scorpius voulut répondre "du dégoût". Mais les mots restèrent bloqués dans sa gorge. Le vrai jeu d'infiltration commençait: il devait mentir et se montrer convainquant. Scorpius tira une nouvelle bouffée, prenant son temps, cherchant ses mots dans une lassitude feinte. Il écrasa sa cigarette sur le sol, entre ses pieds et haussa les épaules.
—Je sais pas… Je me suis juste dit qu'il fallait que je vive et qu'il devait mourir pour ça.
Il n'était pas loin de la vérité. C'était ça le secret pour bien mentir: s'approcher au plus près de la vérité, même si elle lui faisait mal. Galaad sourit encore en se redressant sur sa chaise. Il se tourna ensuite vers Gwen, plus froid et cinglant avec elle.
—Il s'en est sorti comment à Azkaban?
—Il a pris le pouvoir sur Ombrage et les néo-mangemorts, répondit Gwen.
—Bien… bien... , acquiesça Galaad en caressant son sourcil noir de son petit doigt. C'est parfait. Il est clean?
—Il n'a pas de baguette sur lui…
—Tu lui fais confiance donc.
Scorpius trouvait très étrange que Gwen et ce type parlent de lui alors qu'il se trouvait dans la même pièce. Il n'avait aucun contrôle sur la situation et l'expression constante de peur sur le visage de Gwen était loin de le rassurer.
—Je connais les histoires autour de ta famille, dit encore Galaad en se tournant sur Scorpius.
—Comme tout le monde, répliqua Scorpius qui tiqua à l'évocation de sa famille.
—Des sangs-purs au service d'un mage noir. Leur défaite a dû être cuisante. Comment vous en êtes-vous sorti?
—Mon grand-père est en prison, ma grand-mère est à moitié folle, recluse dans une maison minable. Mon père a repris les affaires de la famille, récita Scorpius à toute vitesse.
—Un Malefoy s'en sort toujours…, commenta Galaad avec un sourire.
—Tout dépend du point de vue.
—Je suis d'accord, dit-il.
Galaad leva sa main et Scorpius crut qu'il allait encore chasser sur poussière sur son beau costume. Il avait tort. Le corps de Scorpius fut projeté contre le mur, jambes et bras écartelés. Il ne pouvait plus bouger, avait du mal à respirer, laissé à la merci de ce taré de Galaad qui se leva lentement de son siège avec une précaution absurde. Gwen n'avait pas bougé le petit doigt lorsqu'elle vit son amant malmené ainsi. Scorpius savait que c'était la peur qui la paralysait car elle pouvait très bien être la prochaine sur la liste des tortures de Galaad. C'était lui qui commandait et tout le monde devait se soumettre à sa volonté.
—Comme je te le disais, je connais l'histoire de ta famille et surtout...grâce à Gwen et à notre regretté Radcliffe, je te connais toi. Je sais qui tu avais pour ami, continua Galaad en écartant un peu plus ses membres, arrachant à Scorpius un petit cri de douleur. Je sais où tu passais tes étés et quel était très projets d'avenir.
Scorpius sentit la peur l'envahir. Il savait… Ce taré savait qu'il avait passé les épreuves chez les aurors. Il se rassura comme il le pouvait en songeant à ce que lui avait dit Harry et James. C'était possible… Il était possible qu'ils le sachent. C'était pour cela qu'il avait dû passer par Azkaban. Il avait dû détruire l'ancienne image de Scorpius, l'ami de la famille Potter et Weasley.
Galaad fit apparaître de fines aiguilles dans les airs et d'un simple claquement de doigts, les aiguillon filèrent se planter dans le corps écartelé de Scorpius. La douleur fut atroce. Pire qu'un Endoloris. Il poussa d'horribles hurlements tandis que les aiguilles s'enfonçaient dans sa chair touchant parfaitement les poings les plus sensibles, ceux qui provoquaient le plus de souffrances. La douleur dura moins d'une minute mais il crut devenir fou pendant ces très longues secondes.
—Je vais t'avouer quelque chose, dit tranquillement Galaad entre les halètements de Scorpius. Ta présence ici nous intrigue… Lorsque Gwen nous a parlé de ta présence à Azkaban, Merlin a eu une idée intéressante. Et si le chef des aurors, le légendaire Harry Potter t'avait viré de chez les aurors pour te coller dans nos pattes? Mais après ce que tu as fait à Azkaban et dans l'arène… J'hésite. Le souci, c'est que je dois être sûr. Tu comprends… Avant de passer devant Merlin, tu dois passer devant moi. Et si… on s'aperçoit que tu travailles, en réalité, pour les aurors, cette erreur me coûtera au mieux ma place. Et je tiens vraiment à mes petits privilèges.
Les aiguilles réapparuent. Scorpius cria avant même qu'elles ne s'enfoncent dans sa chair.
—Est-ce que tu es toujours un auror? demanda Galaad par-dessus les hurlements de Scorpius.
—NON! cria-t'il.
Il ne savait pas comment il avait pu mentir malgré la douleur. Il ne souhaitait qu'une chose: que tout se termine. La souffrance qu'il éprouvait était au-delà de tout ce qu'il avait jamais éprouvé. Des milliers d'Endoloris jeté sur lui donnait la sensation que de minuscules créatures étaient en train de le ronger de l'intérieur. Il ne faisait qu'hurler.
—Est-ce que tu travailles pour Harry Potter? demanda encore Galaad.
Il n'avait pas fait disparaître les aiguilles. Son premier test n'était qu'un avant goût. La deuxième vague dura plus de deux minutes. La troisième encore plus. Chaque pause était pire que la douleur car Scorpius savait ce qui l'attendait à chaque piqûre de ces minuscules aiguilles.
—J'SUIS PAS UN PUTAIN D'AUROR! hurla encore Scorpius.
En réalité, il ne mentait pas. Il n'était pas un auror. Il n'était plus rien. Seulement un homme, sur le point d'être brisé, qui ne désirait qu'une chose: que tout s'arrête enfin.
Galaad le relâcha. Scorpius s'effondra sur le matelas sans trouver la force de se relever. Il tremblait, suffoquait. Sa peau, d'ordinaire pâle, était rouge vif. Il avait peur que cela ne recommence. Des larmes coulaient sur ses joues. Il aurait pu ramper aux pieds de Galaad pour le supplier de ne pas recommencer. Il ne voulait plus jamais ressentir une telle douleur.
—Jures-tu allégeance à Merlin?
—Oui…, lâcha Scorpius, heureux de ne plus être torturé.
—Bien...très bien…
Il marcha tranquillement vers Scorpius, le contempla un moment, avec cet horrible sourire aux lèvres, satisfait. Ensuite, il se tourna lentement vers Gwen qui n'avait pas fait le moindre mouvement aux cris de torture de Scorpius.
—Il reste cependant une chose à régler. Gwen…
La jeune femme ne bougea pas. Scorpius tourna la tête vers elle. Elle fixait un point au sol, les yeux emplis de peur. Il leva pitoyablement le bras vers elle mais son corps ne lui obéissait plus. Il avait besoin de temps pour espérer faire le moindre geste.
—Viens ici! tonna Galaad.
Gwen sursauta. La fille pleine d'assurance, maligne, le chat qui avait donné le change à Ombrage, aux néo-mangemorts, celle qui avait piégé Scorpius, manipulé Chase et vaincu Albus, cette femme forte et intelligente était réduite à l'impuissance d'une simple directive. Elle fit un pas, tremblant, un deuxième et bientôt elle se retrouva devant Galaad, sans oser lever les yeux vers lui.
—Ma chère Gwen, murmura Galaad en lui caressant les cheveux comme pour un petit animal docile. Tu nous as causé beaucoup de soucis.
D'une simple pression de la paume de sa main sur son épaule, il l'obligea à se mettre à genoux. Gwen qui avait compris ce qui l'attendait, s'était mise à pleurer.
—Nous t'avions confié une mission à Poudlard…
—Je l'ai mené à bien, se défendit Gwen d'une voix suppliante, les joues inondées de larmes.
—La source est intacte, Radcliffe est mort et tu n'as pas rapporté le souvenir de Godric.
—Ce n'est pas ma faute, gémit Gwen. Je n'étais pas digne de Gryffondor. Radcliffe croyait…
—Radcliffe a au moins payé son échec de la mort. Lui, savait qu'il ne pourrait revenir les mains vides. Nous lui avions d'ailleurs confiés le pouvoir de la baguette de Sureau pour mener à bien son projet. Ce petit cancrelat arrogant a cru en être digne. Il était, au final, comme les autres...un esclave de la fausse magie.
Sa main était toujours sur son épaule et Gwen tremblait de tous ses membres. Galaad parlait lentement, prenant son temps. Sa voix était douce, presque compatissante, comme s'il expliquait une chose compliqué à un être sous-développé. Il caressait toujours les cheveux de Gwen prenant plaisir à passer ses doigts, longs et fins, entre ses dreadlocks.
—S'il n'y avait eu que ça…, reprit Galaad. Ton séjour à Azkaban aurait pu racheter tes erreurs. Mais tu nous as amenés le jeune Malefoy ici. Tu lui as parlé de nos activités à un homme aussi suspect. Tu as fait preuve d'une bêtise navrante qui aurait pu tous nous mettre en danger.
Gwen leva enfin la tête vers Galaad. Elle avait peur, terrifiée par sa mort imminente. Ses lèvres tremblaient tandis qu'elle lui adressait ses dernières paroles de condamnée.
—Je suis désolée…
Galaad la frappa d'un simple coup qui avait des airs de caresses. Scorpius ne comprit pas ce qu'avait fait l'autre fou. Il l'avait simplement touché et toute vie s'était alors échappé de son corps. Le regard horrifié de Gwen se vida de toute substance. Sa peau prit une pâleur spectrale et ses bras se relâchèrent soudain. Le reste du corps suivit bientôt et Gwen s'effondra sur elle-même comme une marionnette détachée de ses fils.
Gwen Rickman venait de mourir devant les yeux de Scorpius, toujours paralysé sur son matelas.
Scorpius hurla. Pas de douleur physique cette fois, mais de tristesse. Gwen avait été sa seule alliée dans cette aventure de plus en plus désastreuse. Elle l'avait sauvé à Azkaban, elle s'était ouverte à lui. Ce n'était pas son amie mais pendant ces six mois, elle n'était plus une ennemie. Scorpius hurlait toujours, tendant le bras pour la toucher, ne réalisant toujours pas ce qui venait de se produire. Une pensée irrationnelle lui criait que s'il pouvait la toucher, elle serait sauvé. Alors, elle se relèverait d'un bond et elle frapperait Galaad avec toute la fougue qui la caractérise.
Hélas, Scorpius était encore trop faible. Ses doigts n'attrapaient que du vide et le corps froid et figé de Gwen ne bougeait plus.
—Non…, gémit Scorpius. Non...non… Pourquoi?
Galaad ne répondit pas. Il n'eut aucun regard sur sa victime. Il se contenta de lisser son veston en ramenant ses épais cheveux noirs en arrière. Pas une émotion, pas un regret. Galaad était un monstre, un véritable monstre qui créait ses propres ténèbres.
—Tu peux la pleurer, dit-il sur un ton calme. Mais n'y passe pas trop de temps. Les déchets ne méritent pas notre compassion.
Il se tourna vers Scorpius qui était toujours avachi sur le matelas puant, le visage inondé de larmes.
—Que cette mort te serve de leçon. Tu vas recevoir la vérité, un cadeau exceptionnel du grand Merlin. Montre-toi digne de cet honneur sinon tu subiras le même sort, prévint-il en désignant le cadavre de Gwen. A partir de maintenant, tu prends sa place.
Scorpius gémit encore, bloqué sur le regard fixe et sans vie de sa dernière alliée. Mis à part ses pleurs, il ne perçut que le claquement des talons de Galaad sur le sol et du claquement tranquille de la porte comme seule cadeau de bienvenue.
