Résumé : TRAD – Draco a été condamné à vivre dans le monde Moldu. Il s'en sort plutôt bien et travaille désormais comme magicien amateur. Harry doit maintenant aller vérifier s'il n'utilise pas de la vraie magie pour perfectionner ses spectacles.

Commentaires de l'auteur : Cette histoire a été écrite en suivant un prompt sur LJ qui impliquait un Draco vivant comme un Moldu, magicien amateur et manipulateur.

Attention : Il s'agit d'une jolie petite fic mais la relation entre les deux personnages peut être vue comme problématique puisque Harry est Auror et Draco condamné à purger une peine. Pour autant, ils sont tous les deux consentants et c'est pour cette raison qu'il n'y a pas d'avertissement pour abus, mais si ce point vous ennuie, n'hésitez pas à aller lire autre chose.


Et coucou ! Me voici de retour avec une petite trad toute mignonne de la fic éponyme de HowDracoGotHisGrooveBack. Un grand merci pour son aimable autorisation ! Elle traînait depuis un petit moment dans les cartons et j'avais envie de poster une histoire un peu douce et légère alors j'espère qu'elle vous plaira et vous fera passer un bon moment. La version originale est dispo dans mes favoris si vous voulez la lire. Prenez soin de vous !


- Il fait quoi ?!

Harry grimaça lorsque Kingsley se mit à hurler d'une voix outrée, faisant sursauter au passage les malheureux qui se tenaient non loin de lui. L'Auror Abbas bondit en glapissant. Orwell, le hamster du bureau, couina et détala pour aller se réfugier derrière sa pierre à lécher. Un aspirant qui s'apprêtait à lancer un sortilège de Duplication fit un faux mouvement et plusieurs centaines d'affiches se mirent à apparaître les unes après les autres dans le bureau.

Une des affiches atterrit aux pieds de Harry. Elle représentait un chaton qui jouait avec un bout de corde et qui proclamait en grosses lettres joyeuses : « Accrochez-vous ! ».

Et Harry essayait de toutes ses forces. Ça ne marchait absolument pas, mais il essayait. Désespérément.

- Qu'est-ce que vous voulez dire par là, « il fait de la magie » ? gronda Kingsley.

- Je n'ai pas dit qu'il faisait de la magie, corrigea Harry. J'ai dit qu'il était magicien.

La paupière de Kingsley commença à tressauter et Harry recula prudemment d'un pas.

- Ce n'est pas ce que vous pensez, enchaîna-t-il vivement. Il ne lance pas de sorts, il fait juste semblant.

- Bon sang mais pourquoi ?

Kingsley avait l'air parfaitement décontenancé. Retenant un gémissement, Harry pressa deux doigts contre sa tempe pour essayer d'enrayer la migraine qui ne manquait jamais de poindre à chaque fois qu'il était question de Draco Malfoy. L'explication qui allait suivre allait être des plus longues et pas des plus plaisantes.

- C'est assez simple, commença-t-il. Les Moldus sont fascinés par la magie – ou en tout cas, la majorité d'entre eux. Pas la vraie magie, juste l'idée qu'ils s'en font. Ils imaginent des petits trucs simples avec de la fumée, des miroirs, des illusions… Vous voyez le genre. Dans le monde Moldu, il existe des artistes qui montent sur scène pour faire de la magie. On appelle ces Moldus des magiciens, et ils sont payés pour faire des tours que la plupart des Moldus interprètent comme étant de la magie. Mais ce n'est pas le cas. Ce ne sont que des tours.

Il y eut un moment de silence.

- …Je vois, articula finalement Kingsley.

Harry en doutait fortement.

- Donc Malfoy est un magicien ? répéta Kingsley, déterminé, de toute évidence, à comprendre la situation.

- Exactement, confirma Harry.

- Mais c'est également un sorcier.

- Oui.

- Donc Malfoy est un sorcier capable de faire de la magie, et il prétend être un Moldu capable de faire de la magie mais sans en faire réellement.

- Je… soupira Harry, vaincu. Oui.

Kingsley soupira bruyamment et se laissa retomber en arrière dans sa chaise.

- Il y a des moments, déclara-t-il, où je pense à prendre ma retraite. Me retirer dans une petite maison à côté d'un lac, au calme. Avoir un élevage de Croups et réorganiser ma collection de plumes. Puis, continua-t-il en lançant un regard las à Harry, vos prévenus en liberté conditionnelle font des trucs qui n'ont aucun sens et je me retrouve à doubler ma dose de philtres Calmants.

- Ce n'est pas mon prévenu ! protesta Harry, indigné.

La situation de Malfoy était un problème pour le Département de la justice magique tout entier et il n'avait pas l'intention de le prendre à sa charge. Harry n'était intervenu dans cette histoire que sur ordre de Kingsley.

- Je n'y suis pour rien, poursuivit-il, bien décidé à tenir tête au Chef des Aurors. Ce n'est pas moi qui ai décidé de condamner un Sang-Pur à vivre cinq ans dans le monde Moldu. Je fais ce qu'on me dit de faire : je vais voir ce type tous les mois. Et tant qu'il ne détruit pas son micro-ondes ou qu'il ne prend pas le métro londonien d'un bout à l'autre parce que, et je cite, « ça avait l'air marrant, maintenant aide-moi, je crois que je vais vomir», ce n'est pas mon problème !

Kingsley resta bouche bée devant sa tirade furieuse. Harry se renfrogna et rentra la tête dans les épaules. Il n'avait pas eu l'intention de s'emporter mais il perdait tout contrôle dès qu'il s'agissait de Malfoy. En rejoignant le Département de la justice magique, Harry avait sincèrement espérer laisser son passé derrière lui. Pourtant ce dernier s'accrochait fermement à lui et se pavanait à Londres en ce moment-même, sur le point de créer une nouvelle pagaille.

Le problème ne venait pas de la sentence. Malfoy ne méritait certainement pas d'être envoyé à Azkaban et vivre avec des Moldus lui faisait du bien. Ça, Harry en était persuadé. Mais à force de voir son ancien rival si souvent, même si ce n'était en fait que quelques heures par mois, il commençait à réaliser qu'il lui restait encore des choses à régler.

Malfoy provoquait toujours chez lui ce sentiment étrange de frustration mêlée de suspicion et d'envie. Pour ne rien arranger et de façon tout à fait inexpliquée, ce con semblait être encore plus séduisant chaque fois que Harry le revoyait. De toute évidence, les jeans et les chemises aux manches retroussées qu'il portait lui allaient bien mieux que les robes de sorcier traditionnelles. Et l'étincelle, cette flamme étrange qui avait toujours crépité entre eux, était toujours là. Chacun de leurs rendez-vous sans exception se terminait sous un concert de cris ou de railleries qui laissait Harry étourdi et étrangement satisfait…

…jusqu'à ce qu'il rentre chez lui, seul dans son appartement, et qu'il se contente d'une branlette en solitaire.

Il n'y avait jamais de juste milieu avec Malfoy et c'était pour le moins troublant.

- Si ma façon de gérer le cas Malfoy ne vous convient pas, je ne m'opposerais pas à ce que vous le refiliez à quelqu'un d'autre, s'entendit-il articuler.

La petite étincelle de tristesse qu'il ressentit à l'idée de ne plus voir Malfoy ne fit que renforcer sa décision. Ces sentiments n'étaient pas sains… et Malfoy était en liberté conditionnelle. Harry n'avait peut-être que survolé le Code de Conduite du Département mais il était quasiment sûr que ce genre de choses était mal vu.

- Mais non, mais non, maugréa Kingsley en balayant sa protestation d'un revers de la main. Je ne remets pas en cause la qualité de votre travail, Harry, en particulier au regard des circonstances. Mais… Pourquoi encouragez-vous Malfoy à suivre ce chemin en particulier ? Beaucoup de choses pourraient mal tourner et…

Harry leva les bras en l'air avec l'impression que sa tête allait exploser.

- Que voulez-vous qu'il fasse d'autre ? Il a été élevé en dépendant quasiment entièrement de la magie. Maintenant qu'il ne peut plus s'en servir, il est complètement perdu ! Il ne comprend pas comment fonctionne l'argent Moldu, comment se servir d'un téléphone ni même – je ne sais pas si vous vous rendez compte – comment remplir un lave-vaisselle. Il se fait virer de chaque emploi que je lui trouve. La dernière fois, il n'a pas tenu une semaine au supermarché. Ce n'était même pas une proposition sérieuse ! Il était… abattu, déprimé de s'être fait virer, alors je lui ai montré quelques tours de cartes pour le dérider, et de fil en aiguille…

Kingsley leva un sourcil et Harry se tut en sentant ses joues se mettre à brûler. Il n'avait pas eu l'intention de révéler à quel point il avait été impliqué dans toute cette histoire. Mais il se souvenait encore de la façon dont le regard de Draco s'était allumé quand il avait battu les cartes. Son cœur se serra à ce souvenir et Harry entreprit résolument de l'ignorer.

- Permettez-moi d'insister, reprit-il fermement, il ne fait de mal à personne. Il a un boulot stable dans lequel il s'épanouit et il porte un regard neuf sur les Moldus. Si je me souviens bien, c'était là tout l'objectif de sa peine. Pourquoi en faire tout un plat ?

- Pourquoi en faire tout un plat, répéta sèchement Kingsley. Dites-moi donc, Harry. Avez-vous rendu sa baguette à Malfoy après la Guerre ?

Harry se tendit.

- C'est un élément d'ordre privé qui n'a rien à voir avec la situation présente, répondit-il, sur la défensive. C'était sa baguette et elle lui revenait, même s'il n'est pas autorisé à s'en servir.

- Mais elle est en sa possession, insista Kingsley. En théorie, il pourrait l'utiliser.

- Il ne…

- Harry, vous venez juste de m'expliquer qu'il fait des tours de magie pour gagner sa vie. Comment pouvez-vous être sûr qu'il n'enrichit pas ses tours avec de la vraie magie ? Un sortilège de temps à autre ? Une incantation discrète pour renforcer l'illusion ?

La mâchoire de Harry se contracta.

- Même si c'était le cas – et ce n'est pas le cas, je peux vous l'assurer – il ne fait de mal à personne.

- Il enfreint la loi ! explosa Kingsley. Pourquoi en faire tout un plat, vous disiez ? Mais parce que Malfoy déroge à un tout petit quelque chose qui s'appelle le Code International du Secret Magique ! S'il monte sur scène pour lancer des sorts devant des centaines de personnes, ne pensez-vous pas que l'on puisse peut-être s'en inquiéter ? Vous n'avez pas oublié que ce garçon est un ancien Mangemort, il a…

- Il avait seize ans ! aboya Harry, finalement à cours de patience. Il a été condamné pour ses actes et il purge sa peine. Donnez-moi un seul prévenu qui ait été aussi exemplaire que Malfoy ! Il fait de son mieux pour s'en sortir et vous êtes hors de vous parce que vous pensez qu'il pourrait violer les termes de sa liberté conditionnelle. Étant l'Auror en charge de son cas, je peux vous assurer que mon prévenu n'a pas…

- Oh, c'est votre prévenu maintenant, on dirait, constata Kingsley d'une voix traînante.

Harry s'interrompit au milieu de sa phrase et lui lança un regard noir.

Kingsley soupira et frotta ses tempes doucement.

- Je ne sais pas quoi vous dire, Harry, souffla-t-il. La loi existe pour nous protéger et pour protéger les Moldus. C'est notre travail de nous assurer que la loi soit suivie, et si Malfoy utilise de la magie, quelque chose qui lui est interdit par les termes de sa liberté conditionnelle…

- Je vous répète que ce n'est pas le cas !

- Et je vous répète que vous n'en savez rien ! cria Kingsley en tapant du poing sur la table. Maintenant, écoutez-moi parce que je ne le répéterais pas ! La prochaine fois que vous verrez Malfoy, vous avez tout intérêt à lui confisquer sa baguette ou c'est moi qui le ferais ! Est-ce que je me suis bien fait comprendre, Auror Potter ?

Harry serrait sa mâchoire si fort qu'il pouvait entendre ses dents grincer.

- Oui monsieur, gronda-t-il.

- Bien. Vous pouvez disposer, conclut Kingsley avec un hochement sec de la tête.

Harry tourna les talons, résistant tant bien que mal à l'envie de claquer la porte derrière lui.

- Harry, encore une minute. J'ai une dernière question.

Harry soupira et se retourna. Kingsley fronçait les sourcils et se frottait le menton. De toute évidence, quelque chose semblait le perturber.

- Comment se fait-il que les Moldus n'aient pas peur de ces magiciens ? demanda-t-il. Puisqu'il s'agit de magie à leurs yeux, pourquoi ne partent-ils pas dans une de leurs fameuses chasses aux sorcières ?

Et Harry sentit sa migraine revenir de plus belle.

- Les Moldus savent que ce n'est pas de la vraie magie. Uniquement des tours de passe-passe et de la mise en scène.

- …Je vois.

Harry soupira avec lassitude.

- Donc les magiciens font semblant de faire de la magie mais tout est bidon, conclut Kingsley.

- C'est ça.

- Et les Moldus savent que tout est bidon mais ils font comme si c'était de la magie.

- C'est ça.

- Donc tout le monde sait que tout est bidon, mais ils paient quand même pour aller voir ça ?

Harry haussa les épaules, désemparé. Kingsley hocha la tête d'un air grave.

- Pas étonnant que Malfoy s'en sorte si bien avec les Moldus, déclara-t-il. Ils sont aussi fous que lui.

Harry tourna les talons et sortit, pas certain de pouvoir articuler un mot de plus.


Tandis que Harry émergeait de la cabine téléphonique au cœur de Londres, il réalisa que finalement, ce n'était pas une mauvaise chose que Kingsley ne sache rien au sujet de la popularité croissante de Malfoy.

Car une chose était sûre, son ancien ennemi s'en sortait plutôt bien.

Il se produisait chaque semaine dans plusieurs salles de spectacle. Ce n'était peut-être pas encore au niveau des grandes salles du West End de Londres mais ça restait impressionnant. On murmurait aussi qu'il était pressenti pour animer une émission hebdomadaire sur une chaîne de télévision locale. Plus récemment, la branche anglaise de Magie Magazine lui avait décerné le titre du « Plus séduisant des nouveaux talents à surveiller » (ce dont il était ravi), tandis que le mensuel Smoke & Mirrors parlait régulièrement de lui comme le « Nouveau Criss Angel » (ce dont il était furieux).

Les publics s'emballaient également sur Internet et pas que pour ses talents d'illusionniste. On pouvait retrouver sur son compte Instagram un nombre effarant de selfies sur lesquels il était le plus souvent torse nu, souriant lascivement à la caméra, en pleine préparation d'un tour de magie ou Dieu seul savait quoi. Harry avait suffisamment examiné les innombrables photos de Malfoy où il arquait ses sourcils, ébouriffait ses cheveux et montrait des clavicules si fines qu'elles devraient être déclarées illégales pour admettre, à contrecœur, qu'il avait du charme. Et il n'était pas le seul à le penser, à en juger par les centaines de messages qui se multipliaient sous ses photos.

Subitement agacé, Harry écarta les stupides photos de Malfoy de ses pensées et se dirigea vers une petite salle de spectacle. Il y avait toujours beaucoup de monde le vendredi et il voulait voir Malfoy pour parler de cette histoire de baguette avant que la foule ne commence à entrer.

Et quelque chose lui disait que ça n'allait pas être une partie de plaisir.

Harry soupira et se glissa à travers l'entrée de service pour rejoindre les coulisses. Les gens qui y travaillaient étaient si occupés qu'il passa complètement inaperçu. Heureusement, Malfoy n'avait pas encore atteint un niveau de célébrité suffisant pour avoir à s'inquiéter de fans fous furieux. Arrivé au niveau des loges, il adressa un signe de tête absent à la directrice de la salle, Layla Seaton, auprès de qui Malfoy l'avait présenté comme « un vieux copain d'école » la dernière fois qu'ils s'étaient vus, et continua d'avancer jusqu'à se retrouver face à une porte.

Une porte qui annonçait fièrement : Derek Mason

L'arrivée de Malfoy dans le monde Moldu ne s'était pas faite sans son lot de paperasses, d'autorisations, de certificats de naissance et mille autre choses inutiles. Harry lui avait alors conseillé de prendre un nom anodin, susceptible de ne pas trop attirer l'attention sur lui. Évidemment, il aurait dû se douter que quel que soit le nom qu'il prendrait, Malfoy attirerait toujours l'attention sur lui.

Avec un soupir, il frappa à la porte et l'ouvrit.

Un oiseau fondit en piqué au-dessus de sa tête.

- Salazar, Potter ! Ferme cette fichue porte !

Aimablement, Harry s'exécuta tandis que Malfoy récupérait sa colombe – évidemment – avant de la remettre dans sa cage.

- Du calme, Clarisse, murmura-t-il gentiment. Calme-toi, ma beauté…

Harry se demanda distraitement si tous les magiciens donnaient un nom à leur colombe. Quelque chose lui disait que seul Malfoy se donnait cette peine.

- Tu as une minute ? finit-il par demander lorsqu'il devint évident que Malfoy n'avait aucunement l'intention de s'intéresser à lui.

Malfoy haussa les épaules et se tourna vers le miroir pour replacer ses cheveux habilement mis en forme. Sa tenue était simple, il portait le même jean, la même chemise et les mêmes baskets hors de prix que Harry avait vu une centaine de fois. Apparemment, le style cape, haut de forme et gants blancs n'était plus en vogue aujourd'hui. Non pas que Harry y trouve à se plaindre. Ses yeux s'égarèrent paresseusement sur la courbe de ses fesses et il déglutit en sentant sa bouche s'assécher.

- Pas plus d'une minute, répondit Malfoy en passant de nouveau sa main dans ses cheveux. Le spectacle commence dans un quart d'heure et Layla va me tuer si je ne suis pas prêt cinq minutes avant.

- Oh, soupira Harry, mal à l'aise. Je peux attendre si…

- Potter, assieds-toi, tu me flanques le tournis. Je suis presque prêt.

Harry s'assit donc.

Lorsque Malfoy fut finalement satisfait de son apparence, il abandonna le miroir et se laissa tomber sur une chaise en face de lui. Il sourit et, de nouveau, Harry arrêta de réfléchir à la vue de ses yeux gris et orageux et de ses traits fins. Même son visage avait l'air magique, songea-t-il d'un air absent. Une aura de mystère et de malice semblait flotter autour de lui. Difficile de dire si c'était naturel ou travaillé.

- Alors, finit par dire Malfoy. A quoi dois-je le plaisir d'avoir mon contrôleur judiciaire préféré chez moi ce soir ? Tu es venu m'arrêter, Potter ?

- Bien sûr que non, maugréa Harry.

- Dommage, lâcha Malfoy de sa voix traînante. J'espérais que tu me passerais les menottes cette fois.

Il sourit et agita ses doigts devant le visage de Harry.

- Cependant, je dois te prévenir. Je saurais les enlever.

Harry leva les yeux en l'air.

- Les Aurors n'utilisent pas de menottes et tu le sais très bien, avisa-t-il son prévenu avec toute la désapprobation professionnelle qu'il se devait d'y mettre. Je suis ici pour discuter d'autre chose.

- Je t'écoute.

On y était.

- Tu te souviens quand je t'ai rendu ta baguette ?

Le regard de Malfoy se durcit. Tout son corps se raidit et la douce chaleur qui flottait dans la pièce disparut. Harry eut l'intuition que Malfoy savait pertinemment où il allait en venir et qu'il n'allait pas aimer ça.

- Oui, je crois me souvenir que tu m'as rendu ce qui m'appartenait et que tu n'avais aucunement l'autorisation de conserver, admit Malfoy avec un sourire acide.

- Oui, hé bien… Les choses ont changées.

- Vraiment ?

- Malfoy, s'il te plaît, soupira Harry en frottant ses cheveux d'un geste maladroit. Le Département de la justice magique a… des suspicions quant à ton activité professionnelle. Ils pensent que tu utilises peut-être de la vraie magie pour tes représentations, ce qui, comme tu le sais, violerait le Code Internati…

- Et toi ?

Harry se tut.

- Quoi ?

Malfoy se pencha en avant, le regard intense, perçant.

- Est-ce que tu penses que je lance des sorts pendant mes spectacles ? répéta-t-il, volontairement provocant.

- Je…

La voix de Harry faiblit. Il n'avait plus aucun moyen de s'échapper.

- Je comprendrais que tu le fasses, finit-il par répondre. Tu as eu beaucoup de mal à te faire à cette situation et je sais que ça n'a pas été facile pour toi. Mais tu as réussi à t'en sortir comme un chef. Je suis vraiment fier de toi pour être allé si loin et…

- Fier de moi ? rugit Malfoy.

Il se leva brusquement et Harry eut le sentiment qu'il n'aurait peut-être jamais dû dire ça.

- Tu es fier de moi ? répéta Malfoy, incrédule. Espèce d'arrogant petit… Est-ce que tu as la moindre idée de ce que j'ai pu traverser ? Tout ce que j'ai fait pour m'en sortir ? On m'a jeté dans un monde qu'on m'appris à craindre et à détester, je n'avais rien ni personne sur qui me reposer, j'ai passé des nuits entières à essayer de ne pas craquer… Mais ça en valait largement la peine, puisque le Sauveur est fier de moi !

- Ce n'est pas ce que je voulais dire ! répliqua Harry, frustré et sur la défensive. Tout ce que je voulais… Je m'en fous si tu lances des sorts pendant tes spectacles ! Mais si le Département de la justice magique décide d'enquêter sur toi…

- Ils ne trouveront rien ! siffla Malfoy. Je n'ai pas retouché à cette baguette, pas même une fois ! Je sais ce que cela implique d'enfreindre la loi, Potter. Je ne suis pas un imbécile !

- Alors où est le problème ? demanda Harry. Donne-moi ta baguette et je prouverais à Kingsley qu'il n'a aucun souci à se faire. Rien n'aura changé, bon sang !

Les yeux de Malfoy brillaient dangereusement.

- Si, articula-t-il. C'est important parce qu'après trois ans comme ça, je pensais avoir mérité un peu de confiance. Au moins de ta part ! Merlin, Potter, je pensais que…

Sa phrase resta en suspens quand il se retourna vers le miroir, mais Harry avait compris malgré tout.

Je pensais que nous étions amis.

- Mal… Draco, s'il te plaît, essaya-t-il.

Il tenta sa chance et posa doucement sa main sur l'épaule de Draco. Sans surprise, sa main fut promptement délogée d'un roulement d'épaule.

- Je te l'ai dis, ça n'a aucune importance pour moi. Si mon avis compte un tant soit peu, je pense que tu as rempli ta part du marché. Je veux juste… Je ne veux pas que tu aies des problèmes.

- C'est pourquoi tu me reprends ma baguette, conclut Draco.

- Je… oui.

Les mots lui brûlaient la langue, mais ce n'est pas comme s'il avait le choix. Il n'avait aucune envie de faire ça et Draco devait le comprendre.

Évidemment, ce ne fut pas le cas. Quand il se retourna vers Harry, son visage n'affichait plus aucune émotion. Il s'était complètement fermé. Et Harry sentit la désolation lui mordre cruellement le cœur.

- Invoque-la, murmura Draco.

Harry cilla.

- Quoi ?

- Invoque la baguette, Potter, lança Draco d'une voix rageuse. Tu peux faire de la magie, pas moi, tu te souviens ?

Harry eut la présence d'esprit de ne pas répondre à cette question. Il se contenta de sortir sa propre baguette à contrecœur.

- Accio Baguette de Draco, marmonna-t-il.

Une baguette jaillit de la commode et vint se poser dans la paume de sa main dans un claquement cinglant. Harry l'examina, confus. La baguette était en plastique brillant noir. Seule l'extrémité était blanche. Quand il la saisit avec hésitation, il en jaillit une pluie de confettis. Il resta figé, interloqué. Qu'est-ce que…

- C'était une blague de Layla, expliqua Draco. Je l'ai gardé pour le souvenir.

- Où est ta vraie baguette ? demanda Harry.

Draco lui lança un regard mauvais.

- Chez moi. Dans une boîte, fermée à clé et cachée sous mon lit. Je n'ai plus ma baguette sur moi désormais puisque je n'en ai pas besoin et c'est pour ça que tu ne peux pas l'invoquer. Parce qu'elle n'est pas ici !

Oh.

Harry sentit la culpabilité l'envahir brusquement, lourde et oppressante.

- Draco, murmura Harry, je suis désolé. Je…

- J'ai payé mes dettes, le coupa Draco. Je me suis battu et j'ai travaillé plus dur que je ne l'ai jamais fait, et c'est grâce à ça que j'en suis arrivé là. Je pensais que tu le savais. Je pensais que tu l'aurais compris.

- C'est vrai. C'est le cas. J'ai juste…

- De toute évidence, non. Viens chez moi après la représentation et prends cette foutue baguette avec toi. Je n'en ai plus besoin. Et je n'ai certainement plus besoin de toi.

Et avant que Harry ne puisse s'excuser ou répondre, il sortit de la loge d'un pas altier et se dirigea vers la scène.


Il ne lui restait plus qu'à attendre la fin de la représentation. Morose, coupable, Harry s'installa sur un siège au milieu de la salle de spectacle, attendant que « Derek Mason » ne vienne les éblouir de sa magie.

- Il est tellement génial, pépia une petite fille à côté de lui. Je suis sa plus grande fan depuis que j'ai au moins huit ans !

Harry eut un sourire amusé. Elle ne devait pas avoir plus de neuf ou dix ans mais il ne voulait pas risquer d'être impoli en soulignant ce détail.

- Il est très bon, confirma-t-il aimablement.

Elle regardait la scène, les yeux remplis d'excitation.

- Tu penses qu'il voudra bien prendre une photo avec moi ?

Avant qu'il ne puisse répondre, les lumières s'allumèrent sur scène et un tonnerre d'applaudissements retentit. Harry imita la foule d'un geste automatique mais ses pensées étaient toujours dirigées vers l'homme séduisant aux yeux gris qui faisait de la magie à partir de rien et qui enchantait les petites filles.

Il se demanda si Malfoy accepterait de lui reparler un jour.

- Mesdames et Messieurs, je vous demande d'accueillir comme il se doit le maître de la magie lui-même : Derek Mason !

Des cris éclatèrent dans la salle, les applaudissements augmentèrent en intensité et les lumières devinrent encore plus vives.

Draco arriva sur la scène d'un pas nonchalant.

Et le spectacle put commencer.


Harry était fasciné.

Le spectacle était… magique. Parfaitement magique.

Il se mit en place doucement. Avec les lumières douces et la musique calme, une aura de mystère planait dans la salle. Les assistants papillonnaient sur scène comme des étoiles filantes sous les lumières étincelantes. L'ambiance était légère et apaisante et Harry pouvait sentir le public plonger petit à petit dans toute l'étrangeté de ce nouveau monde, le monde de Draco.

Et d'un coup, il se mit en mouvement.

La musique accéléra et un rythme régulier se mit à vibrer dans la salle, les lumières se mirent à scintiller et Draco commença à sortir des cartes de nulle part. Elles apparaissaient dans ses mains comme s'il les avait invoquées, glissaient de ses doigts et se dispersaient à travers le public.

Une des cartes atterrit près de Harry et il la ramassa.

Le Valet de Cœur.

Évidemment.

- Garde-la. Je pense qu'il voulait te la donner, murmura-t-il à la petite fille, souriant quand elle l'accepta avec un cri de joie.

Puis vinrent les anneaux. Harry avait beau se concentrer de toutes ses forces, il pouvait à peine suivre les mouvements de Draco tandis qu'il lançait les anneaux en l'air, les rattrapait, les faisait tourner et tournoyer avant de les relancer en l'air et, le plus naturellement du monde, les enflammer et les rattraper dans une chaîne parfaitement ininterrompue. Quand il les lança de nouveau en l'air et que ces derniers s'ajustèrent de manière à ne plus former qu'un seul cerceau, aussi grand que lui-même, Harry s'avoua vaincu.

Le tour de fumée fut tout simplement incroyable. Des nuages de brume blanche sortirent en volutes de la scène, entourant Draco. Harry fronça les sourcils, gardant un œil attentif à la fine silhouette à demi-cachée. Puis Draco leva les mains et la brume prit de l'épaisseur. Elle se mit à tourbillonner et sembla prendre forme jusqu'à ce qu'elle finisse par presque ressembler à un véritable objet entre ses mains et…

…et Clarisse la colombe apparut, battant des ailes entre les mains de Draco et s'envolant dès qu'il la lâcha.

Les applaudissements qui explosèrent dans la salle étaient si forts qu'ils couvrirent presque la musique. Harry était sidéré. Ce n'était pas la première fois qu'il voyait ce genre de tours. Il savait pertinemment que tout était pensé en amont pour tromper les esprits les plus crédules à l'aide de fumée, de miroirs et de trucs du genre.

Mais même en sachant ça, il fallait énormément de talent pour y arriver. Draco ne se contentait pas de jeter des cartes et des anneaux en l'air, il redéfinissait les frontières du possible, de la créativité, du merveilleux et du vrai talent. Il donnait à son public quelque chose qui allait au-delà du réel, simplement avec ses deux mains.

A sa connaissance, aucun sorcier n'aurait été capable de reproduire ce qu'il voyait ce soir.

Le spectacle entamait à présent sa deuxième partie. Draco se tourna vers son public avec un sourire canaille, le rythme s'accéléra et la scène quitta le bleu doux pour se parer d'un argenté éblouissant.

Les assistants poussèrent une boîte jusqu'au milieu de la scène et, d'un geste élégant, Draco entra dedans.

Harry ne fit même pas semblant de comprendre comment Draco fit ce qu'il fit ensuite. Tout ce dont il était sûr, c'est qu'avec ou sans illusions, ça n'aurait pas dû être possible. De toute évidence, Draco avait réussi à se séparer de son torse et d'une bonne part de ses membres inférieurs. C'était la seule façon d'expliquer qu'il soit parvenu à se tenir à l'intérieur de la boîte, réduite quant à elle à un dixième de sa taille originale.

Et le spectacle continua.

Une femme fut sciée en deux avant de retrouver son corps ; un carton occupé par des hommes robustes diminua jusqu'à presque disparaître et retrouva sa taille d'origine, mais sans ses occupants ; on entendit une moto rugir derrière une mince feuille de papier…

Et Harry regardait, fasciné et enchanté.

Puis, quelque chose se nouveau se produisit.

Les lumières baissèrent, la mélodie redevint basse et envoûtante, seulement interrompue par un tapotement régulier.

Le dernier acte. Les yeux de Harry s'agrandirent et il aurait pu jurer que le public tout entier retenait son souffle.

On poussa un réservoir sur la scène, une boîte rectangulaire en verre plaqué de métal, à peine plus grande que Draco lui-même.

Et remplie d'eau à ras-bord.

Non.

Harry sentit son souffle se couper tandis que Draco extirpait une paire de menottes de ses poches. Dans le public, des murmures d'inquiétude se firent entendre, la petite fille poussa un cri avant de plaquer sa main contre sa bouche et Harry serra le poing. Son cœur battait si fort que toute la salle devait l'entendre.

Draco se contenta de sourire et posa un doigt sur ses lèvres pour demander le silence.

Un assistant lui passa les menottes, immobilisant ses mains dans son dos. Puis vinrent les cordes. Avec force gestes et simagrées, les assistants attachèrent Draco jusqu'à ce que ses bras soient quasiment recouverts de bandes de tissu serrées les unes contre les autres, puis tirèrent et appuyèrent sur les liens pour montrer au public qu'ils étaient vrais et ne risquaient pas de se détacher.

Au bout de la corde brillait un crochet en acier.

Les yeux écarquillés par l'horreur, Harry regarda Draco être soulevé en l'air d'un coup sec.

Merlin, non ! Harry se força à ne pas bouger. C'est un numéro, se répéta-t-il. Il sait ce qu'il fait.

Mais si quelque chose se passait mal ?

Il n'avait plus le temps de se lever pour protester. Draco hocha la tête, et avant que quiconque puisse l'en empêcher, il fut plongé la tête la première dans le réservoir. Un couvercle fut posé sur le dessus du réservoir, bloquant ainsi la seule sortie possible.

Draco était dans l'eau, attaché, les mains liées et il ne devait avoir qu'une minute ou deux pour s'échapper.

Harry pouvait à peine regarder mais il ne pouvait pas non plus détourner le regard. Son souffle se bloqua dans sa gorge et son cœur battait contre sa poitrine à lui déchirer la peau.

Draco commença à se tortiller et à s'agiter dans tous les sens, tordant son corps de toutes les manières possibles.

De là où se tenait Harry, la scène était affreusement lente. Les secondes semblaient durer des heures et dans chaque tortillement de Draco, Harry voyait un appel à l'aide, un cri pour qu'on le laisse sortir, qu'on lui donne de l'air avant qu'il ne…

Les cordes se détachèrent et glissèrent doucement jusqu'au fond du réservoir.

Le public poussa des cris d'encouragement. Le soulagement dans la salle était palpable.

Le visage de Draco était tendu par la concentration. Les menottes à ses poignets étaient solides et il était évident qu'elles lui donnaient du fil à retordre. Il se débattait et la frustration commençait à apparaître sur son visage.

De son côté, Harry devait serrer les poings de toutes ses forces pour empêcher sa magie de jaillir. Il était si nerveux qu'il craignait qu'un Maléfice explosif ne finisse par lui échapper et n'aille percuter ce foutu réservoir d'eau.

Une main s'échappa de l'emprise métallisée et la foule rugit son approbation. Puis la seconde suivit. Harry respira pour ce qui lui sembla être la première fois de sa vie. Les menottes chutèrent au fond du réservoir à leur tour et Draco nagea vers la sortie, déverrouilla le couvercle d'un geste sûr et émergea hors de l'eau.

Harry bondit sur ses pieds et se mit à applaudir bruyamment, criant, frappant et hurlant avec le reste du public.

C'était la chose la plus spectaculaire qu'il n'ait jamais vue ! Ou peut-être la seconde. La chose la plus spectaculaire qu'il ait vu ce soir, c'était Draco, sain et sauf, trempé jusqu'aux os, souriant, les yeux brillant de plaisir tandis qu'il s'inclinait dans une dernière révérence et savourait son succès.

Et il méritait ce succès. Il en méritait chaque miette.

Harry sentit sa gorge se serrer au souvenir de leur dispute.

Bien sûr que Draco s'était senti insulté. Harry l'avait rabaissé et à vrai dire, quelle importance si Draco lançait deux ou trois sorts pendant ses spectacles ? Le fait qu'il soit toujours là, si fort, si fier et si farouche dans un monde qu'il avait cherché à fuir, c'était plus magique que tout le reste.

Harry devait lui dire ça, lui montrer qu'il avait compris. Il ignorait juste comment il devait s'y prendre.

Il remarqua à peine que le spectacle n'était pas encore terminé. Ce ne fut que lorsque Draco attrapa un micro qu'il reporta son attention sur lui.

- Ça vous a plu ? lança Draco à la foule.

Une clameur d'approbation lui répondit.

- Merci à tous, vous avez été un public formidable ce soir. Comme à chaque fois, ce fut un plaisir de me produire devant vous, mais il est maintenant temps pour moi de vous dire au revoir et…

Des grognements, des sifflets et des protestations s'élevèrent et Draco eut un rictus moqueur.

- Vous en voulez encore ? J'ai peut-être quelque chose pour vous…

Sa phrase fut accueillie par de nouveaux applaudissements, et de nouveaux cris, et de nouvelles exclamations. Dans un coin de la pièce, des personnes se mirent à scander son nom. Derek, Derek, Derek…

- …mais j'ai besoin d'un volontaire dans cette assemblée.

Oh.

Harry vit sa chance tourner. Si l'univers lui donnait l'occasion de prouver à Draco qu'il le croyait et qu'il était de son côté, alors il se devait de la saisir.

Il bondit sur ses pieds, la main tendue haut dans le ciel…

…comme absolument tous les membres du public à l'intérieur de la salle de spectacle.

- Moi !

- Choisissez-moi !

- Non, moi ! Laissez-moi y aller !

La foule hurlait et les mains se dressaient de plus en plus haut. Tout le monde voulait être choisi.

- Moi ! brailla Harry de toutes ses forces.

Il avait besoin de ça ! Il devait le faire ! Draco devait le choisir, lui !

Et comment pouvait-il le choisir s'il ne le voyait pas ?

- Moi ! hurla Harry en montant sur sa chaise. Draco, choisis-moi ! Choisis-moi, putain !

Il ne comprit jamais comment Draco parvint à le distinguer au milieu d'une foule de centaines de personnes, toutes debout. C'était peut-être un coup de pouce de l'univers. Ou, et c'était sûrement plus probable, peut-être que sa magie s'en était mêlée et avait envoyé une vague d'énergie vers la scène, attirant l'attention de Draco.

Quelle qu'en soit la raison, les yeux gris finirent par se poser sur Harry et s'écarquillèrent, surpris.

- Moi, répéta Harry en priant silencieusement pour que sa voix reste ferme. Je veux le faire. Choisis-moi.

Draco plissa les yeux, méfiant. Harry attendait, le cœur battant.

- Très bien, finit par articuler Draco. Vous, là-bas. Le… Le gars au troisième rang, avec les cheveux décoiffés.

Harry courut presque pour atteindre la scène sous les cris et les applaudissements du public.

Dès qu'il fut à portée de voix, Draco lui attrapa durement l'épaule.

- Qu'est-ce que tu fiches ? siffla-t-il.

- Je me fais pardonner pour m'être comporté comme un crétin, murmura Harry en retour.

Draco leva les yeux au ciel.

- C'est inutile, Potter. Il n'y a rien de plus à dire.

- Si, j'y tiens. Je tiens à faire ça.

Il attrapa la main de Draco et la pressa furtivement pendant une seconde pour le rassurer.

- Je te fais confiance, Draco. Je n'ai pas peur de mettre ma vie en jeu.

Draco inspira brusquement et il plongea un regard gris et attentif dans le sien. Harry lui rendit son regard, essayant de lui transmettre avec les yeux ce qu'il n'arrivait pas à formuler avec des mots.

Quoi que Draco ait pu comprendre, il ne prononça pas un mot. Mais il hocha la tête d'un air grave, une seule fois, et conduisit Harry jusqu'au centre de la scène avant d'attraper de nouveau le micro.

- Alors, quel est votre nom ? demanda Draco, ses lèvres arquées en un demi-sourire.

Harry retint un rire nerveux.

- Harry, répondit-il docilement.

- Harry, répéta Draco comme s'il n'avait jamais entendu ce nom auparavant.

Il se retourna vers le public.

- Saluons tous Harry pour être arrivé jusqu'ici, voulez-vous ?

La foule obéit et applaudit bruyamment.

- Très bien, Harry. Je vais maintenant vous poser quelques questions. Avant tout, est-ce bien la première fois que nous nous rencontrons ? Peut-être nous sommes-nous déjà croisés dans la rue ?

Harry se retint de rire, peu désireux de déclencher une nouvelle colère chez Draco.

- Je pense que je m'en rappellerais, répondit-il, charmeur.

Draco leva un sourcil mais continua à jouer le jeu.

- Nous ne nous sommes jamais rencontrés, je n'ai donc en aucun cas planifié la suite de ce tour avec vous, n'est-ce pas ? Très bien. Nouvelle question, êtes-vous sensible au mal des transports ? Le mal de l'air, principalement ?

A en juger par les cris de joie qui fusèrent, il devint clair que la foule voyait parfaitement où il voulait en venir.

Harry sourit, l'esprit rempli des matchs de Quidditch où Malfoy et lui s'étaient tournés autour, il y avait de cela une éternité.

- Pas que je puisse dire, finit-il par répondre en haussant les épaules.

- C'est une bonne nouvelle, affirma Draco avec une étincelle dans les yeux. Parce que ce soir, vous allez voler.

Draco lui prit alors le bras et le dirigea jusqu'à l'intérieur d'un cercle.

- Détends-toi, murmura-t-il rapidement à l'oreille de Harry. C'est une illusion d'optique, tu ne bougeras pas. Je t'expliquerais plus tard.

Harry garda ses yeux fermement ancrés sur le public tandis que Draco se retournait vers eux pour leur expliquer ce qu'il s'apprêtait à faire. Il n'entendait que des bribes de son discours, quelque chose à propos du fait de le faire léviter juste avec ses mains en utilisant l'énergie du public, alors si ce dernier pouvait garder le silence pendant cette partie du spectacle, ce serait vraiment super.

- Vous êtes prêts ? lança Draco pour conclure ses explications.

Un murmure d'anticipation traversa la foule mais il n'y a pas plus de bruit. Le public se tut.

- Vous aussi ? lui demanda Draco.

Harry hocha la tête.

Draco lui lança un sourire rapide.

- Très bien, voici ce que je vais vous demander de faire, Harry. Absolument rien. Contentez-vous de vous détendre, gardez vos épaules relâchées et fermez les yeux.

Il lança un regard furtif à Harry.

- Et surtout, ajouta-t-il doucement, faites-moi confiance.

- Aucun problème, murmura Harry en retour.

Puis il ferma les yeux et laissa le champ libre à Draco.

Sans surprise, il ne ressentit rien. Draco l'avait prévenu qu'il ne bougerait même pas. Harry se concentra sur sa respiration et garda les yeux fermement clos. Il pouvait sentir Draco bouger à côté de lui, les bruissements de ses vêtements et ses pas rapides contre le sol de la scène.

La musique retentit de nouveau, d'abord doucement puis elle monta rapidement en puissance. Le tour devait déjà avoir commencé. Le rythme s'accéléra encore davantage.

Harry entendit la foule pousser des cris de surprise. Il y eut une longue seconde de silence, puis la salle explosa en un tonnerre d'applaudissements et de cris, si forts qu'il pouvait les sentir se répercuter contre le sol de la scène. Il sourit intérieurement en les entendant.

Un instant plus tard, une main lui secoua doucement l'épaule. Harry ouvrit les yeux et se retrouva face à Draco.

- Tout va bien ? demanda Draco, les yeux légèrement inquiets.

Harry sourit et hocha la tête.

Draco lui sourit en retour et prit sa main pour le retourner en direction de la foule.

Harry s'inclina, et quand il se redressa, la main toujours coincée dans celle de Draco, son cœur n'avait jamais été aussi léger.


Quelques heures plus tard, Harry transplanait avec Draco dans son appartement. Il retint un ricanement lorsque Draco perdit pied et manqua de trébucher.

- J'avais… oublié à quel point la sensation était déroutante, grommela-t-il en se pliant en deux, les mains fermement ancrées à son estomac.

- Pas facile d'être un Moldu, ironisa Harry.

Draco renifla.

- Surveille tes paroles, Potter. Tu n'aimeras pas ma réponse, je te le garantis.

- Pourquoi, tu as l'intention de me transformer en crapaud ? railla Harry.

Draco le bouscula en guise de réponse et se fit bousculer en retour. Il recommença, Harry aussi, et une chose en entraînant une autre, ils se retrouvèrent sur le vieux canapé décrépi de Draco, grisés par la présence de l'autre.

Harry soupira de satisfaction lorsque les lèvres de Draco entreprirent de tracer un chemin chaud et mouillé le long de son cou. Ses doigts se perdirent dans les cheveux blonds tandis qu'il essayait de rapprocher Draco pour l'embrasser convenablement.

- Viens par ici, murmura-t-il d'une voix caressante.

Et pour une fois, Draco n'y trouva rien à redire.

Leurs lèvres se touchèrent et Harry inspira brusquement, surpris par la soudaine vague de chaleur qui monta entre eux, la pression douce et assurée des lèvres de Draco qui mordillaient, léchaient et jouaient avec la bouche de Harry, la sensation de sa langue qui s'arquait pour venir toucher la sienne…

Harry émit un son étranglé et resserra sa prise contre Draco, laissant ses mains glisser le long de son dos jusqu'au creux de ses reins.

- Tu es magique, murmura-t-il, à moitié pour lui-même.

Il fut surpris d'entendre le rire étouffé de Draco.

- Juste un Moldu, rappela-t-il à Harry en effleurant doucement sa clavicule de ses dents. Rien de plus.

- Tu parles, grogna Harry.

Il se recula un instant pour regarder Draco dans les yeux.

- Tu es spécial, Draco Malfoy, répéta-t-il d'une voix ferme. Et ça n'a rien à voir avec le fait d'avoir ou non une baguette. C'est… toi, tout simplement.

Il avait dû dire quelque chose de bien car Draco plaqua sa bouche contre la sienne pour l'embrasser de nouveau. Harry gémit contre ses lèvres, laissant Draco parcourir son corps de ses mains fines et agiles, effleurant à peine sa peau jusqu'à ce qu'il trouve ce qu'il cherchait.

C'est lorsque la main de Draco descendit et alla se perdre sous la ceinture de son pantalon que Harry finit par comprendre ce qu'il avait l'intention de faire.

- Attends… commença-t-il.

Draco plissa le nez d'un air narquois.

- Je sais ce que tu t'apprêtes à dire, alors laisse-moi le reformuler pour toi, tu veux bien ? Oui, tu es un Auror. Oui, je purge une peine. Non, tu n'es pas en train de profiter de moi. Oui, j'en ai envie. Non, on ne s'arrêtera pas.

Harry cligna des yeux.

- Ok. Très bien, alors.

Draco sourit et se remit au travail. Les protestations de Harry, particulièrement tièdes et peu convaincantes, finirent par mourir lorsque ses vêtements se mirent à voler à travers la pièce. Le regard de Draco était sombre et affamé, ses mains s'approchaient de ses hanches. L'espace d'un instant, sa langue s'échappa pour venir lécher ses lèvres, puis…

- Oh mon Dieu ! s'étrangla Harry en relevant mécaniquement les hanches.

Son geste ne parut pas déranger Draco. Il sentit les yeux gris se relever vers lui pour lui lancer un regard faussement timide, les joues creusées, sa langue caressant doucement le gland de Harry, en ondulant et sans jamais le quitter du regard, et par Merlin, mais comment est-ce qu'il faisait ça ?

- Draco, hoqueta Harry.

Les mains plongées dans les cheveux de Draco, il essaya de le repousser doucement. Ce fut peine perdue. De toute évidence, Draco passait un très bon moment et il n'avait aucunement l'intention de s'arrêter. Se rapprochant de Harry, il se mit à ronronner doucement, envoyant des décharges de plaisir dans le corps de Harry, le prenant toujours plus profondément dans sa gorge. Un instant plus tard, les petits coups de langue timides étaient de retour. Harry allait devenir fou.

Sa prise sur les cheveux de Draco se resserra et il redressa de nouveau les hanches sans se soucier du grognement ennuyé que ses mouvements suscitèrent.

- S'il te plaît, murmura-t-il. S'il te plaît, Draco…

Draco daigna finalement accéder à sa requête. Ses yeux brillant d'une lueur narquoise, il baissa la tête et avala Harry dans toute sa longueur d'un seul mouvement fluide.

A ce moment précis, le monde de Harry convergea vers un seul point, vers la sensation merveilleuse d'une bouche chaude et étroite sur lui, semblant partout à la fois et l'emmenant lentement vers le point de non-retour. C'était chaud, mouillé, étroit, merveilleux, et il n'y avait aucune chance qu'il ne puisse tenir plus longtemps.

- Dra… Draco, je v… Oh Merlin, je…

Sur ce seul avertissement, la gorge de Draco se resserra autour de lui et Harry vint dans un cri étouffé, tremblant et se cambrant tandis que Draco continuait de l'avaler.

La vision légèrement brumeuse, Harry cligna des yeux d'un air confus, essayant de reprendre vaguement pied dans ce monde nouveau où Draco Malfoy, rien de moins, venait de le sucer. Un Draco Malfoy qui semblait incroyablement satisfait de lui-même tandis qu'il s'avançait vers le corps de Harry pour lui voler un baiser.

Harry répondit à son baiser avec un grognement. Il voulait plus, encore plus. Il s'assit et attira Draco vers lui jusqu'à l'installer sur ses hanches. Son pantalon était dégrafé et, coup de pouce du destin à la fois fort pratique et incroyablement excitant, il ne portait rien en-dessous. Harry sentit une nette bouffée de désir l'envahir tandis qu'il enroulait sa main autour de la queue fine de Draco. Dure et douce contre sa peau. Il la fit glisser doucement contre sa paume. C'était parfait.

Draco rejeta la tête en arrière et mordit violemment sa lèvre inférieure pour étouffer un gémissement sourd. Harry gronda et accéléra son rythme, branlant Draco durement et rapidement, déterminé à lui faire perdre son sang-froid. Il voulait fissurer son masque, il voulait entendre ses cris de plaisir s'échapper de ses foutues lèvres, il…

Draco se cambra à s'en casser le dos et dans un cri grave, ses ongles fermement enfoncés dans les épaules de Harry, il jouit entre eux. Harry continua de bouger doucement son poignet et Draco haleta, les yeux grands ouverts, embrumés par le plaisir et fixés sur Harry comme s'il ne réalisait pas ce qu'il venait de se passer.

Alors Harry l'embrassa, longuement, doucement, profondément, attirant Draco pour le garder contre lui. Tâtonnant pour trouver sa baguette, il lança un Sort de Nettoyage rapide, un peu perdu entre les baisers paresseux et les doux mouvements de Draco. Soupirant de plaisir, il glissa sa main dans les cheveux blonds, le corps envahi par l'affection et l'épuisement.

- Parfait, décida-t-il entre deux baisers.

Draco rit doucement et se rapprocha de lui, un air ravi et épuisé sur le visage. Ses yeux étaient doux et il sourit lorsque Harry le caressa doucement.

- Merci pour la motion de confiance, murmura-t-il après un moment.

Harry embrassa ses cheveux.

- Tu as ma confiance depuis longtemps, répondit-il paisiblement. Oublions cette histoire, ok ? Je vais arranger les choses avec Kingsley. Tu garderas ta baguette.

Draco se retourna vers lui, pensif. Lorsqu'il se leva brusquement et s'éloigna, Harry ne le retint pas. Draco avait sûrement besoin de temps pour appréhender ce qu'il venait de se passer.

Il fronça les sourcils, surpris, en voyant Draco revenir dans la chambre, sa baguette dans les mains.

- Tiens, dit-il en la tendant à Harry.

Puis, voyant que Harry ne bougeait pas, il insista :

- Prends-là. Je te l'ai dit, je n'en ai pas besoin.

- Draco…

- C'est seulement pour deux ans, Harry, continua Draco. Prends-là, c'est important. Elle sera en sécurité avec toi.

Harry accepta la baguette avec réticence.

- C'est juste que… Je n'aime pas l'idée de te savoir ici sans elle, avoua-t-il. Je ne veux pas que tu aies l'impression… qu'il te manque quelque chose.

Draco sourit.

- Ce ne sera pas le cas, répondit-il d'un air badin. Je suis deux fois plus puissant que je ne l'ai jamais été et je n'ai pas besoin d'une baguette pour le prouver. Prends-là. Montre à Shacklebolt qu'il n'a pas de raison de s'en faire. Et quand le temps sera venu, je compte sur toi pour me la rendre.

Il n'y avait plus rien à ajouter.

Harry rangea la baguette minutieusement.

- Tu peux compter sur moi, assura-t-il, en essayant de mettre toute sa sincérité et toute sa confiance dans ces mots.

Et quand Draco lui sourit et l'embrassa de nouveau, il sut qu'il avait réussi.


Le jour suivant, Harry se retrouva de nouveau dans le bureau du Chef des Aurors, essayant de ne pas se tortiller face au regard implacable de Kingsley.

- Vraiment, articula Kingsley d'un air dubitatif. Pas de magie, sous aucune forme ?

- Aucune, confirma Harry. Je suis resté pendant toute la durée du spectacle. Il s'est entraîné. Il est juste… bon.

- Et je suppose que cette enquête fut… impartiale ? poursuivit Kingsley.

Harry leva les sourcils.

- Vous êtes libres d'envoyer un autre Auror pour aller vérifier, lança-t-il sèchement. Vous ne trouverez rien de plus.

Kingsley soutint son regard. Harry refusait d'être le premier à baisser les yeux. Lorsque Kingsley soupira et se laissa aller en arrière contre le dossier de sa chaise, il sut qu'il avait gagné.

- Quoi qu'il en soit, je souhaite que vous confisquiez sa baguette, dit-il fermement. Si Malfoy n'en a pas besoin, il ne devrait pas avoir de problème à…

Harry déposa la baguette sur le bureau. Kingsley se tut instantanément.

- Il me l'a donné de lui-même, souligna-t-il froidement. Comme je le disais, il n'en a pas besoin. Plus maintenant.

Kingsley semblait vouloir rajouter quelque chose, mais il finit par hocher la tête brusquement.

- Vous pourrez la rendre à Malfoy en main propre une fois que sa peine aura été purgée.

Harry acquiesça et se releva pour quitter la pièce.

- Harry.

Il fit volte-face, le regard interrogateur. Face à lui, Kingsley le regardait fixement.

- Malfoy a fait des progrès incroyables, admit-il prudemment. S'il continue en ce sens, le Magenmagot sera peut-être même enclin à réduire sa sentence. Ce serait… dommage que tous ces efforts soient réduits à néant à cause de complications. En particulier si ces complications devaient révéler un conflit d'intérêts professionnels et… personnels entre un Auror et un prévenu.

Harry garda un visage neutre. Il n'était pas sûr de savoir si Kingsley était en train de le prévenir ou de le menacer.

- J'ignore de quoi vous voulez parler, finit-il par répondre.

Kingsley hocha la tête sévèrement.

- Alors veillez à ce que ce soit le cas pour tout le monde, répliqua-t-il avant de refermer le dossier. Vous pouvez disposer, Auror Potter.

Harry poussa un soupir de soulagement et sortit de la pièce, en direction de son bureau.

A peine entré, il ferma la porte derrière lui, lança un sortilège pour verrouiller la porte et s'assit devant son bureau. Son tiroir tremblota légèrement lorsqu'il l'ouvrit et glissa la baguette de Draco à l'intérieur. Voilà. Ici, elle serait en sécurité jusqu'à ce qu'il puisse la lui rendre. Harry acquiesça en silence, ferma et verrouilla le tiroir, puis se leva pour aller prendre son manteau.

Un paquet de cartes tomba de sa poche et atterrit sur le sol.

Harry fronça les sourcils en le ramassant. Qu'est-ce que ça fichait là ? Est-ce qu'il avait mis un paquet de cartes dans sa poche sans y penser ? Non, bien sûr que non. Mais alors ?… Le front plissé, Harry se creusa la tête, essayant de comprendre comment il avait pu récupérer un paquet de cartes sans s'en rendre compte. Il n'avait même pas eu le temps de passer chez lui. Il s'était réveillé chez Draco et n'avait pas eu le temps de se changer, alors il avait simplement attrapé son manteau et…

Une petite minute.

Harry regarda fixement les cartes, un peu réticent à l'idée d'ouvrir le paquet.

…Si Draco l'avait glissé dans sa poche, c'était sans doute pour lui faire passer un message, pas vrai ? Il y avait quelque chose que Harry devait savoir.

Bon.

Harry jeta un regard furtif autour de lui et ouvrit lentement le paquet pour en sortir les cartes.

Vierges.

Toutes les cartes étaient vierges.

- Qu'est-ce…

Harry fronça les sourcils et choisit une carte avec précaution. Il la tourna, la retourna… mais rien ne changea. Ce n'était qu'une simple carte blanche. Qu'est-ce que…

De l'encre se mit à couler aux coins de la carte. Toujours perplexe et maintenant légèrement inquiet, Harry regarda la carte se métamorphoser tandis que l'encre commençait à former de petits gribouillis. D'abord incohérents, les gribouillis se regroupèrent les uns avec les autres. Une phrase finit par apparaître sur la surface blanche.

Choisis une carte.

De la magie.

Le souffle court, Harry regarda la carte qui n'était plus vierge. Le message était clair et parfaitement compréhensible. Il l'avait vu apparaître de ses propres yeux.

Le paquet de cartes était ensorcelé.

Mais comment ? Draco lui avait donné sa baguette ! Et ce sortilège n'était pas un sortilège classique… Il lui fallait certainement plus de quelques secondes pour le lancer.

Sans quitter la carte des yeux, Harry supposa qu'il devait essayer de comprendre.

Alors il fit ce qu'on lui demandait et, après un bref moment d'hésitation, il choisit une autre carte.

Vierge.

Puis d'autres mots apparurent, plus rapidement cette fois-ci.

Tu te souviens quand je t'ai dit que je n'avais plus besoin de ma baguette ? C'était la vérité. Choisis une autre carte.

Les mains tremblantes, Harry obéit.

Je dois avouer que je n'ai pas été complètement honnête quand je t'ai dit que je ne faisais plus de magie. Je n'étais pas sûr de pouvoir te faire confiance. Jusqu'à la nuit dernière. Choisis une autre carte.

Une de plus, pensa Harry distraitement en attrapant une nouvelle carte.

C'est le cas, à présent. Choisis-en une autre.

Il s'exécuta.

Sache que je ne t'ai pas menti. Je n'utilise ceci que pour les urgences. Choisis-en une autre. C'est la dernière, promis.

Harry prit une dernière carte.

D'accord, ce n'est pas que pour les urgences. Ce n'est pas si facile de faire apparaître une colombe à partir de rien. Bats le paquet de cartes, Potter. Tu sais que tu as envie de le faire.

Harry récupéra toutes les cartes et mélangea le paquet encore, et encore, et encore. Les cartes jaillirent hors de ses mains comme si elles prenaient vie et se mirent à tournoyer rapidement autour de son bureau. Harry inspira quand elles commencèrent à tourner autour de lui, bougeant de plus en plus rapidement et en formant des mouvements de plus en plus élaborés.

Et comme ça, juste comme ça, il comprit.

De la magie sans baguette. Draco était capable de faire de la magie sans baguette.

Il n'y connaissait pas grand chose mais Hermione s'était beaucoup intéressée à ce sujet pendant un moment. D'après elle, seuls les sorciers dotés d'une force intérieure exceptionnellement puissante et d'une grande habileté magique pouvaient être capable de lancer des sorts sans utiliser de baguette. Une telle prouesse demandait de grandes compétences et surtout un talent inné.

Évidemment.

Harry éclata de rire. Il rit à voix haute, toujours entouré du paquet de cartes qui tournoyait et tourbillonnait dans son bureau. Draco lui avait dit la vérité !

Je suis deux fois plus puissant que je ne l'ai jamais été et je n'ai pas besoin d'une baguette pour le prouver.

- Incroyable, souffla Harry, tiraillé entre l'amusement et l'exaspération.

Une des cartes quitta le reste du paquet et voleta jusqu'à lui. Elle planait dans les airs, tournoyant avec insistance jusqu'à ce qu'il se décide à l'attraper. Il la retourna.

Le Valet de Cœur.

Devant ses yeux, l'encre se mélangea et s'estompa, modifiant l'image sur la carte jusqu'à laisser apparaître le beau visage de Draco. Souriant malicieusement devant le visage de Harry, il porta un doigt à ses lèvres.

Ce sourire. Harry sut qu'il était coincé.

- Espèce de petit con, murmura-t-il avec affection. Ne t'inquiète pas. Tes secrets sont en sécurité avec moi.

Draco lui lança un clin d'œil et Harry rangea la carte dans la pochette près de son cœur. C'était un privilège assez étrange de recevoir une telle révélation, une telle preuve de confiance. Le chemin pour y arriver n'avait pas été de tout repos, mais Harry réalisa que cette fois, Draco lui avait enfin accordé sa confiance.

Le magicien lui avait révélé tous ses secrets.

Et Harry en était convaincu, c'était un véritable honneur.


Merci d'avoir lu jusque là, vous êtes bien les meilleurs ! A tout vite pour la prochaine !