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LA MAGIE PRIMALE
Scorpius reprit conscience dans l'obscurité la plus totale. Dès son réveil, un lot d'images désagréables assaillit son esprit: l'interrogatoire de Galaad, les aiguilles, la douleur et Gwen.
Gwen…
Scorpius ouvrit grand les yeux dans le noir. Il se sentait fiévreux, avait un horrible goût dans la bouche et ses membres étaient encore secoués par d'infimes tremblements mais il ne pensait qu'à une chose: Gwen.
Gwen était morte.
Non… Il ne pouvait y croire, il ne pouvait donner du sens à ce qu'il avait vu juste avant de perdre conscience dans les ténèbres. Les yeux vitreux de la jeune femme n'était qu'une ruse. Il ne l'avait pas tué. Elle le lui avait fait croire et elle allait marcher vers lui, de son pas feutré, son sourire machiavélique et son déhanché pour le sortir de là, une fois de plus.
—GWEEEEEEEN! hurla-t'il dans le noir.
Seul le silence lui répondit. Scorpius réprima un sanglot. Il avait du mal à se concentrer au milieu de son deuil et de ses pensées confuses. Il passait sans cesse du coq à l'âne, sautant de la tristesse à une hilarité curieuse. Il se demanda si ce n'était pas ça la folie, la rupture avec la réalité et cette incapacité à faire jaillir la raison au milieu de sa panique. Il tâta le sol sous lui. Scorpius était assis, par terre, sur un sol froid et lisse, comme du métal. Il avait froid lui-même mais il suait en même temps. Il tremblait toujours. Qu'est-ce qui était en train de lui arriver?
Il se rendit compte qu'il était assis alors il se mit debout. Un cliquetis étrange l'interpella. Scorpius leva ses poignets et vit des menottes. Les mêmes que celles qu'on lui avait mises pour son procès devant le magenmagot. Il était enchaîné. Il tira sur ses liens. Les chaînes étaient fixées contre la paroi dans son dos. Un mur aussi lisse que le sol, aussi froid que son sang. Il avait toujours envie de vomir. Qu'est-ce qui était en train de se passer? Où était-il?
—Y a quelqu'un? cria-t'il encore dans l'obscurité.
Devant lui, une porte s'ouvrit soudain dans un claquement tonitruant comparé au précédent silence. Une lumière blanche, vive, l'aveugla et il détourna les yeux. Il mit du temps à s'habituer à cette nouvelle clarté et la silhouette noire qui entra, l'aida quelque peu. Il perçut ensuite le bruit des pas du nouveau venu. Et Scorpius le reconnut au seul son lent et réfléchi et patient du bourreau de son amie.
Scorpius ne put s'en empêcher. Il se recroquevilla contre le mur derrière lui. Il avait peur des aiguilles, de ce brasier douloureux qui pouvait l'envahir à nouveau et le consumer dans les tourment de la torture.
—Monsieur Malefoy, dit la voix traînante et distinguée de Galaad. Notre nouvelle recrue...
—Je vous en supplie, ne me faites pas mal, gémit Scorpius en fermant les yeux.
Galaad eut un rire cristallin qui ne rassura pas du tout le jeune homme. Scorpius avait perdu toute combativité. Il était perdu, terrorisé et il avait toujours ces horribles nausées.
—N'ayez aucune crainte, Mr. Malefoy. La violence de notre précédente rencontre était nécessaire mais unique. Je ne compte plus vous torturer. A moins que vous m'y forciez… Mais j'ai hélas, plus tendance à supprimer mes déceptions plutôt qu'à les punir. Un chien désobéissant n'a plus aucune utilité. Il vaut mieux l'euthanasier.
—C'est ce que représentait Gwen pour vous? cracha Scorpius en se réveillant un peu de sa torpeur et de sa terreur. Un cabot bon pour la casse?
—Vous avez tout compris, sourit Galaad.
—Et moi?
—Et vous?
—Qu'est-ce que je fais ici? Enchaîné? dit-il en levant ses poignets qui tintèrent dans un cliquetis métallique. Vous n'avez toujours pas confiance en moi?
—Vous êtes si méfiant, Mr. Malefoy... , s'amusa Galaad. Ne craignez rien. Vous êtes des autres. Mais il s'agit maintenant de vous sevrer.
Les mots pénétrèrent lentement dans l'esprit de Scorpius. Il était bien trop heureux de ne plus attendre le retour des aiguilles et il eut un mal fou à faire taire ses angoisses à ce sujet. Il avait ensuite parlé des menottes… Galaad lui avait assuré qu'il était bien des leurs. Mais il devait être sevrer. Sevrer? Mais de quoi?
La brusque révélation à cette question agit sur lui comme un poignard en plein cœur. Scorpius comprenait enfin son état. Il était en manque. Il ne savait pas depuis combien de temps il était enfermé dans cette pièce, dans le noir. Combien d'heures s'étaient écoulées depuis le cadavre de Gwen et lui hurlant sur son matelas moisi? Combien de jours depuis sa dernière dose?
Tout à coup, il prit conscience de son état. Il suait abondamment tout en tremblant de froid. Sa respiration était hachée, saccadée. Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine et il ne savait plus émettre la moindre pensée cohérente. Il avait besoin de la poudre. Juste un petit rail d'un petit sachet de poudre magique. Juste une poussière. Juste un souffle…
—Pourquoi? gémit Scorpius qui avait soudain mal sans savoir pourquoi.
—Parce qu'il faut vous purifier avant d'accueillir la vraie magie, dit Galaad avec un ton plein de bonté.
Il caressa les cheveux de Scorpius, trempés de sueur. Ce geste était très paternel et Scorpius réprima un haut-le-coeur.
—Vous en prenez bien vous… Pour faire tous vos trucs de dégénérés, laissa-t'il échapper. Vous pouvez bien m'en donner.
Le sourire compatissant de Galaad se tordit en une grimace. Il eut un regard froid pour Scorpius qui eut soudain peur qu'il ne lui renvoie ses aiguilles. Il regretta d'avoir parlé ainsi. Il pouvait le punir ou pire le tuer. Non, la mort était une douce solution. Au moins, il ne souffrirait plus. Avait-il vraiment envie de mourir? Il ne savait plus faire la différence entre des pensées suicidaires, la souffrance ou le manque. Non, c'était ça. Il avait envie de magie. Il avait besoin de respirer un peu de poudre blanche.
—Sachez Mr. Malefoy que je ne prends aucune drogue pour faire mes "trucs de dégénérés", comme vous dites. Justement, je n'en suis plus un, de dégénéré. J'ai transcendé ma condition en accueillant la vérité en moi.
—Pardon… Je ne vous traiterais plus de dégénéré…, supplia Scorpius avec un regard de fou. Puis-je vous demander un peu de poudre, s'il vous plaît?
Scorpius tentait toute les méthodes pour obtenir ce dont il avait le plus besoin. La politesse lui semblait le meilleur moyen, connaissant le caractère et l'allure de Galaad.
—Vous ne prendrez plus jamais notre produit, répondit malheureusement l'homme distingué sur un ton dur et froid.
—Allez m'en chercher! s'exclama Scorpius abandonnant toute idée de politesse. Qu'est-ce que vous attendez?
Il tirait maintenant sur ses chaînes dans l'espoir illusoire de se libérer avec sa seule force. Mais il n'avait plus de magie en lui et ses efforts étaient vains. Le métal autour de ses poignets meurtrirent sa peau mais cette douleur était dérisoire comparée à son manque.
—Vous perdez votre temps, répondit encore Galaad.
—Il y en a dans l'autre pièce! Juste à côté! Allez-y! Je vous attends.
—Oubliez-ça.
Galaad lui adressa un dernier sourire qu'il tenta de faire paraître avenant. Mais Scorpius n'y perçut que du sadisme et un incroyable sentiment de puissance sur lui.
—Ça vous plaît, hein?! hurla Scorpius tandis que Galaad s'éloignait vers la lumière pour sortir de la pièce. C'est ce que vous vouliez, pas vrai? Vous aimez la souffrance des autres! C'est ce qui vous fait bander!
—Passez une bonne nuit Mr. Malefoy. Et tâchez de survivre à votre sevrage brutal. Cela me désolerait de me débarrasser de votre cadavre dans les marais.
Il lui adressa un signe de la main sans même se retourner, une dernière fois sur lui. Et Scorpius hurla tandis que la porte se refermait avec une lenteur tortueuse. La lumière s'évanouit en même temps que Galaad et Scorpius se retrouva complètement seul, lui face aux ténèbres et à la douleur horrible de sa "purification". Il se mit à haleter.
—Revenez! appela-t'il, désespéré. Je vous demande pardon! Revenez, je vous en supplie! Je ferai tout ce que vous voudrez! MAIS DONNEZ-MOI DE LA MAGIE! Pitié…
Il tira plusieurs fois sur ses chaînes avec, comme seul résultat, sa peau déchirée à la hauteur de ses poignets. Du sang coulait de ses plaies et tachait les maillons métalliques de ses liens. Au bout d'une vingtaine de minutes, la colère et les cris laissèrent la place au désespoir et aux sanglots. Scorpius glissa sur le sol froid et pleura en appelant encore et encore, le nom de Galaad.
OoO
La première heure, Scorpius la passa à tenter de se libérer. Il espéra, dans le maeström de sa folie, qu'il ait encore un résidu de ce que Gwen lui avait donné avant son combat dans l'arène, pour arracher, à mains nues, ses chaînes. Il tira à s'en faire déboîter les bras. Le métal de ses liens lui meurtrit la chaire et ses doigts furent bientôt recouverts de sang.
La deuxième heure, il se mit à hurler, tout seul dans le noir. Il commença par insulter Galaad, Merlin, proférant des blasphèmes qui auraient pu lui coûter la mort. Il éructa toutes les insultes qu'il connaissait, tout le glossaire de ses jurons les plus offensant, son visage devenu rouge, ses veines lui sortant du cou et sa voix résonnant dans sa prison sombre et désespérément silencieuse.
Après la colère, vint le marchandage. Il proposa des alternatives. Une petite dose, même infime en échange de tout et n'importe quoi. Ensuite, vient les suppliques larmoyantes, les chantages, les menaces et finalement le silence.
La troisième heure, Scorpius se mit à vomir. Depuis qu'il avait repris conscience, il n'avait cessé de transpirer. Ses vêtements sales et en piteux état étaient maintenant trempés de sueur. Son rythme cardiaque n'avait cessé d'augmenter et il avait l'impression que son cœur allait jaillir de sa poitrine à tout moment, trop épuisé de rester dans ce corps qui n'était décidément pas capable de se calmer. Les nausées étaient encore pire. Il avait lutté pendant longtemps, trop occupé à crier ou à pleurer pour se préoccuper de ses hauts-le-cœurs. Mais lorsqu'il se laissa envahir par un silence de résignation, il n'avait pu les ignorer plus longtemps. Il s'était mis à vomir sans pouvoir s'arrêter. Même alors qu'il n'avait plus rien dans l'estomac, il continuait à avoir des hoquets et il s'effondrait au sol en recrachant un filet de bave et de bile qui menaçait, à chaque fois, de lui faire tourner de l'œil.
La quatrième heure, ce fut la douleur qui le terrassa. Il avait mal, incroyablement mal, dans tout son corps, dans chacun de ses membres. Il crut que Galaad était revenu avec ses aiguilles mais il se rendit bien vite compte que la douleur était intérieur. Le corps réclamait à grand cri ce dont il lui manquait cruellement et le punissait de ne pouvoir combler ce manque. Étendu sur le sol, la joue collée au dalles noir sous lui, il était, de temps en temps, terrassé par un soubresaut qui agitait ses bras et ses jambes en réveillant la douleur, à chaque fois plus intense.
La cinquième heure, il perdit la tête.
Lorsque la douleur le laissa en paix, et qu'il pu enfin ouvrir les yeux, l'obscurité avait été chassée par une lumière douce et chaleureuse. Il n'était plus dans une geôle froide, lugubre, vide et sombre. Scorpius était debout dans la salle commune des préfets-en-chef. Il était de retour à Poudlard, loin de ce taré de Galaad, loin du cadavre de Gwen. Le feu crépitait dans l'âtre. Le tapis était moelleux sous ses pieds; les canapés accueillants et le lieu terriblement familier. Un tourne-disque diffusait une chanson, celle qu'il avait passé pour pousser Rose à se dévergonder, pour lui, seulement pour lui.
—Ça ne va pas Scorpius…, s'éleva une voix dans l'un des canapés.
Scorpius s'approchait doucement. Lorsqu'il leva les mains, il vit encore les chaînes à ses poignets, lui rappelant la situation et la douleur en même temps. Au moins, le décor de Poudlard ne disparut pas avec ses gémissements. Rose était assise dans le canapé, bien droite, dans sa robe de Poudlard. Elle astiquait le manche de son balai avec un soin tout particulier. Sa main passait, dans un geste excessivement lent, le long du manche.
—Tu ne vas pas bien, répéta-t'elle sans se retourner sur lui. Quand vas-tu cesser de te lamenter?
En entendant ces mots, Scorpius se mit à pleurer. Il fut secoué par de profonds sanglots. Il pleurait comme jamais de sa vie il n'avait pleuré, pas même après sa séparation avec Rose.
—J'ai tué…, gémit-'il en essayant toujours de s'approcher d'elle.
—C'est pour ça que tu pleures? demanda Rose en stoppant son geste sur son balai.
Il tira un peu plus sur ses chaînes. Il avait l'impression d'avancer mais sans jamais arriver à destination. Rose déposa son balai sur la table basse et se leva lentement, en lui tournant toujours le dos. La pièce devint de plus en plus obscure, rappelant à Scorpius sa prison actuelle. Le salon privé des préfets semblait se gangrener par les ténèbres et pendant ce temps, Rose se retournait toujours avec cette lenteur qui ne faisait qu'augmenter la souffrance de Scorpius.
Lorsqu'elle fut enfin face à lui, son expression le troubla, lui meurtrit plutôt le cœur qui tambourina avec plus de force dans sa poitrine. Scorpius voulut lever sa main pour la toucher, même du bout des doigts. Mais elle restait hors de portée.
—Tu es réelle? demanda-t'il, les larmes aux yeux.
—Non, répondit-elle froidement.
Elle baissa la tête, un instant. Puis, elle la releva et dévisagea intensément Scorpius. Il aurait aimé que ce soit elle qui s'approche. Que ce soit Rose qui viennent se presser contre lui. Il était sûr que son touché pourrait le guérir.
—Tu es près de la fin, dit-elle encore. C'est bientôt fini. Tu as passé le plus dur.
—Comment peux-tu en être sûr? cria-t'il.
L'obscurité avait eu raison du décor. Poudlard avait disparu et seul demeurait la silhouette terriblement raide de Rose qui restait campé à un bon mètre de Scorpius. Celui-ci tira, de nouveau, sur ses chaînes pour l'approcher. Il y était presque.
—C'est elle qui me l'a dit, dit Rose en regardant derrière lui.
Scorpius se retourna vivement. Il sonda les ombres et contempla le cadavre de Gwen marcher vers lui. Elle semblait vivante excepté son teint blanchâtre, ses yeux vitreux et l'angle étrange de son cou. Dans son sillage, les visages de Clovis, de Vask et de la pauvre créature qu'il avait tué dans l'arène l'observaient, un sourire cruel aux lèvres.
—Gwen…, murmura Scorpius dans une plainte.
—Si vous ne m'aviez pas blessé à Poudlard, dit-elle durement, si vous m'aviez laissé filer. Si tu n'étais pas venu à Azkaban… C'est de ta faute, Malefoy.
—Non…, répondit-il. Pardon! Pardon! PARDON! hurla-t'il dans le noir.
—Tu te souviens de la salle de bain des préfets…, dit Rose.
Il se délaissa de Gwen pour sonder Rose. Les ténèbres se diluait et il revit soudain le bassin gardé par la sirène de pierre. Rose était soudain nue et elle prit un air triste qui lui fendit le cœur.
—On était tellement heureux…, dit Rose dans un souffle.
—Tu ne peux pas abandonner! rugit une voix à sa droite.
Il fit volte-face à regret, voulant se laisser bercer par le souvenir de la nuit passée avec Rose, peaux contre peaux. Albus marcha résolument vers lui. Il le saisit par les pans de sa chemise et se mit à le secouer comme un prunier.
—Bats-toi! cria-t'il encore. Je t'interdis d'abandonner. Je t'interdis de mourir! Tu ne peux pas m'abandonner!
Albus pleurait.
Scorpius le vit disparaître dans un nuage de cendres comme si c'était lui qui était au bord de la mort. Il poussa une plainte en traversant le voile grisâtre de sa main. Albus disparut. Il tomba à genoux, vaincu.
—C'est de ta faute, murmura-t'il. Tout ça, c'est de ta faute.
Il leva les yeux et Rose se matérialisa devant lui. Elle n'était scandalisée par son ton accusateur, ni en colère. Elle ne chercha pas à se défendre. Elle était simplement triste, seulement triste pour lui.
—C'est toi qui m'a quitté. C'est toi! Seulement toi! Je ne serai pas ici si tu ne m'avais pas quitté. ROSE! hurla-t'il en voulant se précipiter sur elle.
Il tira sur ses chaînes de toutes ses forces. Il était tendu à l'extrême, forçant son corps à s'étirer pour pouvoir toucher la fille qui l'avait brisé. Tout ça était de sa faute. Tout ça, c'était son oeuvre. C'était elle!
—JE T'AIMAIS! cria-t'il encore. Je t'aime…, dit-il d'une voix plus triste. Je t'aime toujours.
Rose le toucha enfin. Elle posa ses mains sur ses joues et plongea son regard dans le sien.
—C'est ça, dit-elle dans un souffle. Ressens ta colère, ta tristesse, ton amour pour moi. Il n'y a que moi, Scorpius. Uniquement moi… Je serai là. Toujours là.
Scorpius passa ses bras autour de sa taille et il poussa un profond gémissement en la sentant enfin contre lui. Il profita de son contact, du touché de sa bouche contre son épaule, du chatouillis de ses cheveux contre sa joue.
—Je t'aime tellement, murmura-t'il serré contre elle, les traits tirés comme si son amour lui faisait mal.
—Je ne suis qu'une hallucination, Scorpius, pleura doucement Rose, en enfouissant son visage contre son torse.
—Non, gémit Scorpius.
—Si… vraiment.
Les ténèbres étaient plus opaques que jamais et il avait l'impression que le corps de Rose devenait plus léger contre lui. Elle commençait à disparaître sous ses doigts.
—Il faut que tu sortes des ténèbres... , lui chuchota le fantôme de Rose.
—Non… Tu partiras encore…, dit Scorpius dans une dernière lamentation. Tu es là…
Il colla son front contre le sien. La musique tournait toujours. Et Rose disparaissait toujours surement. Elle poussa une faible plainte, en pressant ses lèvres contre sa peau.
—Non, je dois rester dans les ténèbres. Mais toi, tu dois remonter. Tu dois te battre pour me retrouver.
Elle déposa un baiser sur ses lèvres et Scorpius ne serrait plus que du vide.
—Je dois partir, lui dit encore le fantôme.
—Non...non, non, non! dit-il en secouant la tête pour rattraper Rose.
—Si…
—Je t'en prie, non! J'ai besoin de toi. Encore un peu...je t'en prie!
—Je serai toujours là. A chacun de tes pas hors de tes ténèbres. Mais il faut que tu fasses le premier.
—Je n'y arriverais pas, pleura-t'il de nouveau.
—Si… Parce que tu es plus fort que tu ne le crois. Maintenant… RÉVEILLE-TOI!
Scorpius ouvrit les yeux. La voix de Rose résonnait encore dans son esprit bien plus clair. En s"éveillant de la sorte, il s'était soudain rendu compte qu'il dormait. Il avait sans doute perdu connaissance. A quel moment? Il l'ignorait. Mais cela n'avait plus d'importance. Il se rassit contre le mur, le cœur battant à un rythme plus régulier et la respiration calme et posée. La douleur avait disparu. Il avait mal partout mais c'était les courbatures après un effort acharné. Contre toute attente, il avait survécu. Maintenant, il ne restait plus qu'à attendre.
Le temps défila, sans réelle consistance. Il ne se posait plus la question, il attendait simplement, le regard braqué dans la direction où était apparu Galaad la première fois.
A la huitième heure, la porte s'ouvrit enfin.
Scorpius garda le silence lorsque Galaad traversa la salle pour se planter devant lui. Il n'avait plus peur. Il se sentait seulement vidé. Pourtant, dans ce vide qui pouvait lui paraître effrayant, il se sentait calme aussi et incroyablement réfléchi.
—Tu as survécu, conclut Galaad avec un sourire.
Le jeune homme leva les yeux vers son nouveau maître. Il ne suppliait plus, il attendait toujours parce que c'était la seule chose à faire.
—Bien. Nous pouvons commencer.
OoO
Galaad lui avait demandé de le suivre.
Scorpius avait obéi sans poser de questions. Le maître des lieux l'escorta hors de sa geôle obscure et la lumière de la liberté l'éblouit bien plus que celle de sa sortie d'Azkaban. Il découvrit, avec plus de clarté et de lucidité, les couloirs sinueux et souterrain par delà la porte de sa prison. Tout était vide et silencieux. Il n'y avait qu'un faible bourdonnement qui lui parut assourdissant en comparaison du silence oppressant de ces dernières heures.
L'homme sombre et élégant le conduisit à un nouvel escalier. Scorpius contempla les marches avec une certaine appréhension. Sa dernière descente l'avait conduit à combattre un monstre dans une arène. Galaad n'attendit pas qu'il se décide. Il descendit tranquillement les premières marches. Scorpius se voyait mal rebrousser chemin et puis, de toute façon, pour aller où? Il ne connaissait rien de cet endroit et il ne donnerait pas un motif supplémentaire à Galaad pour le torturer à nouveau ou l'enfermer dans le noir. Faisant taire sa peur, Scorpius le suivit.
Ses pas résonnaient sur le métal des marches de l'escalier. Ils descendaient toujours plus bas, toujours plus profondément. La dernière marche mena à un sol de terre noire et fraîche, piétinée par des semelles de manière répétée. Scorpius avait déjà remarqué ce détail, lors de leur descente. Les parois de la cage d'escalier présentaient des coups de pioches récents. Les hommes de Galaad avaient creusés pendant des mois. Ils avaient creusé comme Chase et ses petits copains à Poudlard.
Alors qu'ils se présentaient sur le pas d'une lourde porte métallique, Scorpius savait où on l'emmenait. Galaad se tourna vers lui, l'air très sérieux.
—Enlève tes chaussures, ordonna-t'il.
Scorpius obéit. Il posa ses vieilles baskets dans le coin de la porte et Galaad fit de même. Il sortit un trousseau de clés de sa poche et un clic discret déverrouilla la porte. En l'ouvrant, Scorpius ressentit aussitôt une énorme pression. Il connaissait bien ce genre d'impression. Il l'avait déjà expérimenté. C'était la même attraction puissante et incompréhensible qui envahissait tout son corps et le revitalisait en profondeur. Une lueur bleuté étrange s'échappa de l'ouverture tandis que Galaad passait la porte.
La porte claqua dans leur dos et le bourdonnement qu'il avait perçut déjà dans les couloirs du dédale, trouva son point d'origine à l'épicentre de la vaste salle creusée artificiellement. Encouragé par Galaad, Scorpius s'avança vers le tourbillon de magma devant lui. Il se trouvait face à une source. Elle était beaucoup plus petite que celle de Poudlard mais assez importante pour qu'il en soit impressionné. De nouveau, Scorpius fut ébahi par ce spectacle aussi beau que terrifiant. De la fumée bleue sortait de la terre et un gargouillis profond émanait des volutes bleues de l'énergie concentrée.
—Tu sais ce que c'est? demanda calmement Galaad et sa voix résonna dans la pièce.
—Non, mentit Scorpius.
—Ne mens pas, tonna Galaad. Ce lieu est sacré.
Galaad se présenta face à la source. Ses doigts caressèrent l'air dans une chorégraphie envoûtante. Les volutes se soumettaient à sa gestuelle et Scorpius comprit qu'il ne faisait qu'un avec cette énergie.
Scorpius remarqua, tout autour de la source, des petits dolmens qui délimitaient le cercle du puits. Ils étaient pas plus haut que le genoux et ne portaient aucune inscription. Certaines pierres étaient blanches, d'autres noires, parsemés à un mètre de distance entre elles.
—Dis-moi ce que c'est…
—Vous avez trouvé une source, dit Scorpius toujours fasciné par la faille à ses pieds.
Galaad eut un rictus.
—Nous ne l'avons pas trouvé, rectifia-t'il. Nous l'avons créé.
L'air surpris de Scorpius l'amusa encore plus.
—La magie que tu as apprise à Poudlard, celle des sorciers actuels est un mensonge. Un complot gigantesque fomenté par des gens avides de pouvoir pour contrôler une masse aux dons exceptionnels. Au commencement, il n'y avait que les sources, la magie primale s'extirpait à des points précis sur la terre. Cette énergie donnait la vie à tout ce que nous connaissons. Les êtres vivants captent cette énergie et ne la rendent qu'au moment de leur mort, dans un équilibre parfait. Puis, vint des êtres capables de recevoir cette énergie en des proportions extraordinaires. Ils savaient la manipuler, la contrôler et laissait échapper ce surplus par des habilités hors du commun.
Tandis qu'il parlait, Galaad lui fit une démonstration de ses propres pouvoirs. Il fit apparaître une fine aiguille, qui fit tressaillir Scorpius au souvenir de sa torture, la fit voler dans les airs pour la faire ensuite disparaître en un claquement de doigts.
—Ces êtres portent plusieurs noms à travers le globe. Fakir… Chaman… Marabout…. Ici, on les appelait druide.
—Comme l'était Merlin…, commenta Scorpius.
Galaad lui sourit.
—Sais-tu quel est le point commun entre tous ces hommes extraordinaires?
Scorpius secoua lentement la tête, n'osant émettre une mauvaise réponse qui réveillerait les instinct meurtrier de Galaad.
—Ils n'utilisent pas de baguettes.
Galaad arpenta la limite de la fosse, de ses pieds nus qui s'enfonçaient dans la terre fraîchement retournée.
—Les baguettes sont le symbole de votre servitude. Vous en avez oublié la véritable fonction ou son inutilité. Avant, les premiers sorciers s'en servaient comme outil capable de drainer, renforcer ou accentuer la magie d'une source dans leur propre corps, en n'oubliant jamais qu'ils n'en étaient que le véritable hôte. Mais lorsque la science des moldus s'est accélérée, perturbant le réseau des sources magiques, les sorciers ont constaté une baisse de pouvoir qui les a obligés à inventer les baguettes que tu connais maintenant. Ces puissants artefacts les ont remplacés et ce n'est plus la magie emmagasinée dans leur corps qui leur permet de faire des sorts mais ce bout de bois amélioré. Tout a été inversé. "C'est la baguette qui choisit le sorcier…", murmura Galaad. En comprends-tu réellement le sens?
—C'est la baguette qui capte la magie des sources et non le sorcier.
Galaad sourit encore, satisfait.
—La baguette choisit ensuite un sorcier fidèle pour extirper cette magie accumulée. Pourquoi crois-tu que ses fabricants y fourrent des ingrédients tirés de créatures magiques? Ces mêmes créatures qui n'ont pas besoin de baguette pour faire de la magie.
Scorpius ne perdait pas un mot de son laïus. Il ne quittait pas non plus des yeux Galaad. En l'écoutant, sagement, attentif et fermé à toute émotion, il se dit que ce type était fou. Que toutes les personnes qui devaient travailler pour lui, étaient folles. Que le fameux type à la tête de tout ça, le Merlin… était le gars le plus siphonné de tous. Mais il y avait une certaine logique dans ces élucubrations, une sorte de théories plaisantes qui justifiaient leurs actes. Ce qui les rendaient d'autant plus terrifiants.
—Donc c'est ça que vous faites? Vous voulez libérer tous les sorciers du joug des baguettes?
Il repensa à la sienne qu'on avait cassé en deux après sa condamnation. Sa baguette avait été sa fidèle alliée pendant de nombreuses années. Il trouvait stupide de leur reprocher tous les maux de la terre, surtout si c'était pour les qualifier de bouts de bois juste après.
—Il est trop tard pour eux…, répondit Galaad sur un ton faussement désolé. Pour les libérer de leur dépendance aux baguettes, ils devraient tous passer par le rituel de purification que tu as pu expérimenter.
Ce type parlait de sa séance de torture comme d'un rite de purification. Pour Scorpius, c'était clair: Galaad était malade et bon à enfermer.
—Non…, poursuivit-il. C'est trop tard pour le Monde des Sorciers actuels. Et puis, même si ces sorciers et sorcières se convertissaient à l'usage de la magie primale, sans baguette… Il resterait toujours le problème des moldus. Leur technologie interfère avec les sources, diminuant chaque jour un peu plus sa puissance. Bientôt, même avec le concours des baguettes, les sorciers ne seront plus capables de produire la moindre once de magie. Ils faut les arrêter aussi…
—C'est pour ça que vous avez fabriqué cette drogue? osa demander Scorpius après avoir gardé le silence depuis le début.
—Tu vas trop vite, mon ami, se moqua Galaad en rajustant son veston. La drogue permet de tester nos sujets à la captation de la vraie magie. Quand ils respirent cette poudre, c'est comme s'ils prenaient un bon bain dans la source. Le pouvoir est fulgurant mais de courte durée parce qu'ils ne savent pas comment s'en servir, parce qu'ils ne sont pas purs et parce qu'ils n'en sont pas dignes. Je me console en me disant qu'ils ont pu toucher la grâce juste avant de mourir.
—Et ceux qui survivent?
—Ce sont des élus. Toi, moi, tous les autres qui œuvrent pour le grand dessein de Merlin, nous sommes tous des élus dont le corps est devenu apte à recevoir la magie primale qui nous permettra de rétablir l'équilibre du monde.
Il se posta devant Scorpius et mit une main sur son épaule. Ce simple contact, qui se voulait amical, dégoûta le jeune homme au plus profond de lui-même. Cette même main avait tué Gwen en une fraction de secondes. S'il le voulait, il pouvait le faire dormir pour l'éternité.
—Tu as enduré beaucoup de souffrance jusqu'à présent, Scorpius. Mais elles n'étaient pas vaines. Tu t'es purifié non seulement de notre produit mais aussi de la fausse magie que t'as appris le cancer que représente Poudlard.
—C'est pour cela que vous vouliez la détruire…, comprit Scorpius.
—Entre autre…, sourit Galaad. Aujourd'hui, il est temps pour toi d'accueillir la véritable magie.
—Comment?
Galaad le poussa. Ses bras battirent l'air à la recherche de prises ou pour retrouver son équilibre mais Galaad avait frappé au bon endroit et s'était écarté d'un pas pour contempler son nouveau sujet sombrer dans les abysses. Scorpius vit une lueur de plaisir dans son regard. Il aimait voir cet air de désespoir chez ses victimes. Galaad était un sadique reconverti en fanatique pour excuser son comportement. Et il ne fit pas le moindre geste pour aider Scorpius qui plongea, tête la première, dans la faille de la source.
Dans sa chute, il eut une pensée pour Radcliffe qui avait connu le même sort et il fut presque sûr qu'il partagerait son trépas. Après tout, il était sur le point de faire le grand plongeon dans de l'énergie pure. Cette même énergie qui avait la capacité à dissoudre les reliques de la mort. Il allait certainement mourir et ce constat lui apporta autant de joie que de regrets.
Il chuta toujours plus bas, toujours plus lentement. Et puis, au bout d'un certain temps, le haut et le bas finirent pas se confondre. Il n'avait pas mal. A vrai dire, il ne ressentait plus rien. Il pensait toujours, avait toujours conscience de lui-même et ces pensées le rassuraient. Il était toujours lui; meurtri à jamais, mais toujours en vie.
Il sentit son corps se disloquer. L'énergie était trop forte, il baignait dedans et il n'avait pas le contrôle nécessaire pour la plier à sa volonté. Scorpius sombrait toujours plus loin, toujours plus en profondeur et il n'était plus qu'une particule au milieu d'un océan d'énergie pure, autant créatrice que destructrice. Il côtoyait la mort et la vie, étroitement liée et les deux états allaient de l'un à l'autre dans son esprit sans vraiment choisir quelle voie prendre.
Il crut perdre conscience. Mais lorsqu'il ouvrit les yeux, il ne sut plus s'il avait toujours été éveillé où s'il était mort pour renaître enfin. Il était allongé dans du vide, blanc et impersonnel mais si pur. Il était encore habillé mais il ne ressentait plus sa peau, ni le vent, ni le sol, ni son touché. Il était une sorte de fantôme, partagé entre deux états, sans réellement savoir où il avait atterri.
Une douce chaleur l'enveloppait. Il n'avait plus peur. A vrai dire, il ne ressentait plus aucune émotion. Ses angoisses avaient disparues, ses regrets, sa culpabilité. Il n'y avait plus rien. Seulement cette paix puissante qui envahissait chacun de ses pores. C'était ça la mort?
—Salut, s'éleva une voix derrière lui.
Scorpius se retourna vivement, ou crut-il se retourner, car il ne savait plus ce qui était réel ou pas, surtout lorsqu'il reconnut Gwen. Elle avait un doux sourire plaqué sur son visage, enfin dénué de tous malheurs, comme si elle avait été libérée d'un lourd fardeau qu'elle n'avait plus eu la force de supporter.
—Je suis mort, c'est ça? lâcha Scorpius.
—Pas tout à fait, répondit Gwen.
—Cet enfoiré de Galaad, dit-il encore. Il m'a tué en fait… Il sait que je suis un infiltré.
—Non, il ne sait rien, le corrigea-t'elle.
—Comment tu peux le savoir.
Elle eut un petit rire, amusé.
—Moi, je suis morte. Les morts savent tout et ne peuvent pas mentir. Il n'y a aucun intérêt à ce que je te piège maintenant.
—T'es là pourquoi alors?
—Pour te poser une question et te prévenir des conséquences.
Gwen s'approcha de Scorpius et lui prit les mains. Elles étaient chaudes, comme du temps de son vivant. Scorpius aima ce contact. Il ne se souvenait plus de sa mort car tout avait été effacé mais il ressentait, en ce moment même, les douces sensations nostalgiques que lui inspiraient la jeune fille. C'était ça le curieux pouvoir de ce lieu extraordinaire, rien ne persistait plus excepté les sensations pures, et toujours les meilleures.
—Tu as le choix, puisque tu es tombé dans la source sans magie et bien vivant. Soit tu restes ici. Soit tu sors.
—Il se passe quoi si je sors?
Gwen baissa les yeux avec un air curieusement triste.
—Tu sortiras plus fort. Avec une toute nouvelle énergie et un pouvoir incroyable. Mais si tu sors plus fort, c'est pour une bonne raison. Les épreuves ne font que commencer pour toi. Si tu sors, tu connaîtras la mort tout autour de toi.
—Mais je pourrais les arrêter, non?
—Tout dépend de ce que tu veux sauver. Si tu sors, tu seras le spectateur de la destruction du Monde Magique mais tu seras, avant tout, l'acteur indispensable de sa reconstruction.
—Et si je reste?
Gwen le serra dans ses bras, communiquant sa douce chaleur avec la sienne.
—Tu oublieras tout et tes souffrances s'arrêteront. Mais le Monde de la Magie sera condamné aux ténèbres et surtout, tu ne la reverras plus jamais…
—Qui ça?
—Tu le sais très bien. Cherche au fond de toi, cette lumière plus éclatante que toutes les autres…
Scorpius contemplait une silhouette féminine allongée dans un grand lit blanc. Son visage mutin était profondément endormi et ses cheveux bouclés s'étalaient sur les draps blancs comme une mer rousse fascinante et envoûtante. Elle était nue. Elle bavait et ronflait faiblement mais il ne put s'empêcher de s'en trouver profondément attendri.
Il s'était approché de ses lèvres et l'avait embrassé tendrement.
—Renvoie-moi là-bas, se décida-t'il en sondant Gwen.
—Tu es sûr? Il faudra assumer les conséquences de ce choix.
Scorpius garda le silence. Il réfléchissait aux deux options. Le souvenir de Rose lui avait communiqué une si grande énergie qui avait été emporté par son élan à l'idée de ne plus connaître ce doux sentiment. Gwen lui avait parfaitement expliqué ce qui allait se passer et lui-même commençait à avoir des images précises de l'avenir. Certaines le terrifiaient et lui donnaient envie de s'effondrer sur le sol, pour pleurer comme un enfant. Mais d'autres lui apportaient tellement de joie qu'il ne pouvait y renoncer en restant dans ce vide.
Il avait envie de l'aider, même si cela voulait dire subir milles souffrances et attendre treize ans.
—Ramène-moi! ordonna-t'il plus sûrement à Gwen, le regard décidé.
—Très bien, si c'est ton choix.
Ils se dévisagèrent intensément. Scorpius prit soudain conscience que c'était lui qui décidait. Gwen n'avait pour seul rôle que de lui poser la question en accord avec l'énergie brute de ce lieu si paisible. Il se rendit aussi compte que si lui pouvait choisir la vie, elle, n'avait que la mort comme ultime choix.
—Et toi? demanda-t'il.
Elle lui sourit en lui caressant la joue.
—Ne t'en fais pas, dit-elle d'une voix douce qu'elle n'avait jamais eu auparavant. Ce n'est qu'un au revoir, Scorpius. N'aie pas pitié des mort. Aie plutôt pitié des vivants.
Cette phrase résonna dans sa tête et dans ce lieu insolite. Elle lui sembla universelle et d'une vérité incontestable. Ce n'était qu'un au revoir. Tôt ou tard, il reviendrait mais pas avant d'avoir accompli tout ce qu'il avait à faire pour voir ce mince espoir, qu'il avait entraperçu dans les abîmes du futur, naître enfin.
OoO
Scorpius était étendu face contre terre. Le sol dur sous lui, le ramena brutalement à la réalité. Il ressentit à nouveau la douleur, le doute, les angoisses. Et la faible brume de quiétude dans son esprit se dissipa lentement mais sûrement, lui faisant tout oublié. Il peina à se redresser, respirant comme un nouveau né. L'air dans ses poumons le fit tousser comme un noyé, sauvé in-extremis de la mort.
Lorsqu'il releva la tête, il se rendit compte qu'il était derrière la source, entre deux petits dolmens d'un blanc immaculé. Il était revenu et Galaad s'approcha de lui à pas lent. Scorpius toussait toujours lorsqu'il l'aida à se relever.
—Tu es vraiment l'un des nôtres, maintenant, lui dit l'homme d'une voix douce.
Scorpius aurait voulu s'extirper de son étreinte mais il était encore trop faible pour cela. Son bain dans la source avait eu plusieurs effets sur lui. Déjà, il ressentait une toute nouvelle énergie, bien différente de celle familière qu'il associait à la magie. Et puis, les voix culpabilisantes, les regrets, la douleur et la voix des morts s'étaient tues. Il avait encore mal mais moins qu'avant et il savait maintenant ce qu'il avait à faire. Il ne savait plus pourquoi. Les raisons évidentes de son retour s'estompaient avec son retour parmi les vivants. Mais il serrait contre son cœur cette joie toujours aussi puissante mais dont l'origine avait disparu de son esprit. Comme les sensations d'un doux rêves dont on avait oublié les images.
Ce qui ne restait plus qu'en lui, c'était sa mission que lui avait donné James et Harry Potter. Celle qui mettrait un terme aux agissement cruels de Galaad et de Merlin. Et pour cela, il allait devoir mentir et faire semblant.
—Qu'as-tu vu là-dedans? lui demanda Galaad quand sa toux se fut calmée.
—Je ne sais plus…, dit-il en évitant son regard, voulant garder au fond de lui cette pureté intacte.
—Comme pour chacun de nous… C'est normal. Tu viens d'accueillir la vraie magie en toi. Nous allons t'apprendre à t'en servir. Prépare-toi à accomplir de grandes choses! se réjouit Galaad.
Scorpius leva enfin son regard sur lui. Il se sentait plus puissant que jamais et il espéra l'être plus que l'homme devant lui. Un jour, il l'arrêterait pour tout le mal qu'il avait osé perpétuer. Il l'arrêterait pour Gwen. Un jour, ce connard le supplierait de le laisser en vie comme Gwen l'avait supplié. Et il espéra de toutes ses forces que même de retour dans le vide, il ne connaîtrait jamais la paix.
