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EXPLICATIONS
Une nouvelle dure journée venait de s'achever au Ministère de la Magie. Rose s'étira sur son siège, elle venait de passer toute une journée dans des copies de registres de moldus, à la recherche de l'inconnu qui s'était fait sauter dans la salle d'interrogatoire des aurors. Cela faisait des semaines qu'elle s'amusait à éplucher les descriptions, les photos immobiles et les dossiers judiciaires qui se ressemblaient tous, munies d'un âge approximatif, d'une description hasardeuse et en lien peut-être avec des stupéfiants.
L'opération était longue et Rose avait l'impression de perdre son temps. Elle aurait voulu demandé l'aide de son frère, qu'il refasse son petit tour pour pénétrer dans les dossiers de la police moldu d'un simple coup de baguette magique mais il était retourné à Poudlard et n'avait pas de temps à perdre avec elle, dans la préparation de ses Aspics. Bon, Rose se fourvoyait quelque peu en disant cela. Hugo n'avait jamais eu besoin de préparation pour n'importe quel examen. Cela n'allait pas commencer avec les Aspics, aussi durs soient-ils. Mais Hugo restait bien à Poudlard et elle se voyait mal rendre visite à son frère pour lui quémander de l'aide. Sa fierté le lui interdisait.
Après une nouvelle journée sans aucun résultat, Rose soupira et décida d'arrêter pour aujourd'hui. Elle était la dernière à quitter le bureau. Déjà, les elfes de Maison commençaient le ménage entre les allées et les fenêtres magiques montraient un paysage de nuit, un petit village en arrière fond, endormis et éteint. Les seules lumières qui restaient étaient sa bougie et la lueur orangée qui filtrait à travers les interstices de la porte du bureau de son oncle. Harry était encore là. Elle ferait peut-être mieux de lui dire bonne nuit avant de partir.
Elle enfila sa veste et s'approcha de la porte du bureau. Au moment où elle leva le poing pour toquer. Elle entendit distinctement la voix de James.
—Je te dis que je n'ai eu aucune nouvelle! s'exclama-t'il à travers le panneau de bois. Il nous a claqué entre les doigts. Tu sais ce que ça veut dire!
—Tu vas trop vite, James! dit la voix de son oncle, quelque peu irritée.
—Ça veut dire que soit il les a rejoint, soit il est mort! Dans les deux cas, on a perdu notre temps.
Rose perçut un choc violent et sursauta en s'empêchant de pousser un petit cri de surprise. Elle entendit ensuite la voix de son oncle, véritablement en colère.
—Tu parles de la vie d'un homme, James. Il est trop tôt pour en arriver à ce genre de conclusions. Il se peut aussi qu'il ait eu des ennuis et qu'il ne peut pas encore nous contacter. Alors je te demande d'attendre encore! C'est clair?!
Harry avait tonné sa dernière question d'une voix forte et autoritaire. Son ton eut fini de convaincre Rose qu'elle n'avait rien à faire là et qu'elle ferait mieux de déguerpir avant qu'on ne remarque qu'elle écoutait à la porte. Elle rassembla ses affaires et quitta le quartier général des aurors en hâte, espérant que son cousin et son oncle ne la surprenne pas en pleine débandade.
Jamais elle n'avait entendu son oncle élever ainsi la voix sur son fils. Il était vraiment en colère et elle ne comprenait pas pourquoi. De qui parlaient-ils? Rose n'en avait aucune idée mais cela avait l'air d'être important et terriblement secret. Assez secret pour qu'ils ne mettent pas leur nièce et cousine dans la confidence, elle qui avait rejoint l'équipe de l'élite des aurors. Ils ne lui faisaient peut-être pas assez confiance. Cela la tourmentait.
Beaucoup de choses la tourmentaient ces derniers temps. Il y avait l'affaire qui n'avait pas d'un pouce. Rose avait beau faire partie de l'élite des aurors, elle n'avait pas vraiment l'impression d'être différente des autres. Elle était devenue l'un des acteurs principaux de l'enquête et les regards que lui lançaient ses collègues, plus âgés, plus expérimentés et pourtant laissés à l'égard, la mettait terriblement mal à l'aise. Tout le monde s'attendait à ce qu'ils réussissent à arrêter ces gars, à rassurer le Ministère et à faire taire les rumeurs d'une prochaine guerre contre les Moldus.
Quand elle rentrait chez elle, ces derniers temps, c'était le principal sujet de conversation. Sa mère devenait de plus en plus taiseuse, soucieuses, les traits tirés et plus pâle que d'habitude. Elle ne racontait rien des sessions extraordinaires du sénat qui étaient de plus en plus rapprochées. Mais elle en revenait toujours terriblement chamboulés et Rose avait, plusieurs fois, surpris ses parents enlacés, sa mère pleurant dans les bras de son père. Sa mère avait peur pour l'avenir et elle se sentait impuissante.
Rose se sentait responsable. Elle faisait partie de l'équipe censé régler le problème, les héros de la justice et ils étaient tout aussi impuissants. Elle aurait aimé aider sa mère, lui rapporter de bonnes nouvelles. Mais elle n'avait plus que des images de morts et de danger qui défilaient dans son esprit.
La nuit, elle faisait souvent le même cauchemar où elle voyait son père se faire tuer dans l'explosion qu'ils avaient réussi à empêcher dans la réalité. Ils avaient eu beaucoup de chance ce soir-là. Cela aurait pu tourner à l'horreur s'ils n'avaient pas agi une seconde plus tôt. Rose était hantée par l'hypothétique version de corps mutilés, de sang, de débris, de fumée et de ce silence de mort face aux yeux vitreux de son père.
Elle n'en avait parlé à personne, même pas à Arthur. Elle s'efforçait de sourire en toute circonstance parce que tous les regards étaient braqués sur elle. Rose ne pouvait se permettre de flancher. Elle était auror. Cette fonction inspirait la force autant mentale que physique, la persévérance, la résilience et surtout le courage. Ces derniers temps, elle se rappelait souvent les conseils du souvenir de Godric Gryffondor. Le courage, c'était allé là où on ne voulait pas aller. Tous les jours, elle avait envie de pleurer comme sa mère lorsqu'elle revenait du Ministère. Tous les jours, elle voulait sentir l'étreinte d'une personne aimée qui l'aurait rassurée en lui disant qu'elle n'était plus obligée de continuer. Tous les jours, elle voulait remonter le temps et redevenir la petite fille heureuse et joyeuse. Mais c'était impossible.
Alors, tous les jours, Rose ravalait ses larmes,. C'était ça, sa vie aujourd'hui. Elle était auror et elle devait se comporter comme tel. Elle pleurait plus tard, de soulagement, lorsqu'elle aurait enfin réussi à coincer ces hommes malfaisants. Elle avait choisi la voix des guerriers. Elle ne pouvait pas flancher maintenant.
Rose avait trouvé le moyen parfait pour se vider la tête de toutes ses peurs et ses angoisses. A chaque fois qu'elle se sentait sur le point de pleurer ou qu'une angoisse sourde montait en elle, Rose précipitait chez Arthur. Et après avoir surpris la conversation animée entre son cousin et son oncle, elle transplana directement chez lui.
Tout le monde était au courant, maintenant, de leur couple. Depuis l'incident avec le suspect qui avait failli coûter la vie de son père et de son oncle, Rose leur avait parlé d'Arthur et de leur relation. Ron s'était réjoui,comme toujours, de la voir heureuse avec un homme aussi courageux qu'un auror. Sa mère, plus raisonnable, lui avait demandé s'ils s'entendaient bien et ce qu'ils envisageaient pour la suite. Rose n'avait pas su répondre à cette question. Elle trouvait risible de s'inquiéter de sa vie amoureuse alors que les temps étaient aussi durs. Mais la question de sa mère avait eu le don de lui faire prendre du recul. Elle s'était alors demandé à quel point Arthur comptait dans sa vie.
Elle aimait ses regards insistants, emplis d'amour qui la rassurait souvent. Elle aimait son humour guidé et lorsqu'il se comportait en petit garçon quand il avait besoin qu'elle accepte quelque chose de lui. Son air penaud quand il avait besoin de s'excuser. Elle aimait quand il enchantait un torchon pour la faire rire quand elle était plus morose que d'habitude. Elle aimait son rire qui éclatait dans la pièce en faisant tourner tous les regards sur lui, son hilarité irrésistiblement contagieuse.
Aujourd'hui, ils sortaient ensemble depuis un peu plus de six mois. Et pourtant, Rose n'arrivait pas à en être fière ou heureuse. Elle ne manquait pas d'affection ou de confiance. Elle était simplement détachée de tout ça. Rose s'était avant tout rendue compte qu'elle ne s'épanouissait plus dans l'amour mais dans l'action. Elle était angoissée, terrorisée par les événements futurs mais lorsqu'elle essayait de se rassurer, elle ne pensait pas à Arthur ou à qui que ce soit. Elle ne pensait qu'à ce qu'elle avait déjà accompli et à sa force grandissante. Rose avait nourri, peu à peu, un goût pour son indépendance et elle adorait la femme qu'elle était en train de devenir.
Rose n'était plus obnubilée par l'amour. Elle profitait simplement de ses avantages.
Rose entra dans l'appartement et sentit une agréable odeur de nourriture chinoise. Arthur et elle ne cuisinait pas. Rose avait tenté un jour, de préparer un ragoût et Arthur avait dû asperger sa cuisine d'eau pour éteindre l'incendie qui avait commencé à brûler ses placards. Quant à Arthur, il savait faire les omelettes mais au bout de la quinzième boîtes d'œufs jeter à la poubelle, ils décidèrent de commander chez dans un restaurant chinois moldu, au bout de leur rue.
Rose appela Arthur en se débarrassant de ses clés, ses dossiers et sa veste. Arthur était installé dans le salon. Il avait tout préparé pour son arrivée, en bon petit-ami-aimant.
—Tu rentres tard! commenta Arthur depuis le salon.
Elle ne répondit pas. Elle n'avait pas envie de manger. Elle avait une autre idée en tête, un besoin urgent qu'elle devait combler pour l'aider à chasser ses angoisses et continuer à rester forte.
Rose s'approcha silencieusement d'Arthur, toujours en train de préparer leur dîner.
—Tu as trouvé quelque chose?
—Hum…
Elle se colla contre son dos, plaçant ses deux mains sur son torse en s'imprégnant de son odeur. Ses mains le caressent langoureusement en descendant toujours plus bas. Arthur se raidit dans ses bras. Il avait compris où ce qu'elle lui demandait par ses caresses. Il délaissa les plats réchauffés et prit ses poignets en se retournant vers elle.
—Mauvaise journée? devina-t'il d'une voix rauque.
—Hum, hum…, acquiesça-t'elle en faisant la moue.
Il maintenait toujours ses poignets et Rose s'efforçait de s'avancer pour approcher son visage du sien, dans la demande silencieuse d'un baiser passionné.
—Tu sais ce que tu dois faire si tu veux que je m'occupe de toi, dit-il encore.
L'ambiance avait radicalement changé. Il était passé du petit-ami aimant et attentionné à un homme sensuel et dominateur. C'était ce que recherchait Rose. Ce qu'elle adorait le plus chez Arthur. Elle lutta encore un peu, faisant semblant de se débattre pour la faire lâcher. Il maintenait sa prise, serrant un peu plus ses poignets en lui faisant presque mal. Elle ne s'en plaignit pas. C'était ce qu'elle voulait.
—Dis-le! ordonna-t'il.
—Je te veux…, murmura-t'elle.
Aussitôt, Arthur entraîna Rose dans leur chambre. Il la poussa sur le lit, la retourna sur le ventre et s'assit sur ses cuisses. Elle pouvait sentir son érection contre ses fesses et son cœur s'accéléra dans sa poitrine. C'était parfait. C'était tout ce dont elle avait besoin. Il prit ses poignets et étira ses bras jusqu'à la tête de lit. Arthur sortit une de ses cravates dans le tiroir de la commode et attacha Rose par les poignets. Elle tira un peu sur ses liens pour en tester la solidité. Le tissu tint bon et Rose se retrouva bientôt complètement prisonnière de son amant, toujours assis sur elle, la maintenant immobile sous lui.
—Tu rentres tard ces temps-ci, dit-il d'une voix faussement vexée et toujours aussi sensuelle. Tu m'as rendu fou d'inquiétude.
Il tira violemment sur son pantalon et sa culotte, dévoilant sous ses yeux affamés ses fesses. Arthur claqua son postérieur de la main et Rose poussa un gémissement autant de surprise que de plaisir.
—Une jolie femme comme toi dehors… Ça me rend fou, murmura-t'il à son oreille en se penchant près d'elle.
Il en profita pour lui mordiller le lobe et une douce chaleur commença à envahir la jeune femme qui se mit bientôt à haleter.
—C'est pour ça que je t'attache... , dit-il encore. Pour que tu ne puisses plus aller nulle part.
Il fit passer son tee-shirt par-dessus sa tête. Après avoir été attaché, elle se retrouvait maintenant aveuglée, perdue dans le noir avec pour seul point d'ancrage, le touché incandescent d'Arthur sur sa peau. Ses mains glissèrent sur son buste en pétrissant ses seins et ses lèvres léchèrent sa peau. Elle n'avait rien à faire, même pas besoin de bouger. Arthur s'occupait d'elle en la tenant à sa merci. Elle savourait son contact, appréhendant une nouvelle caresse qui commençait à la faire trembler de plaisir.
Lorsqu'elle frotta ses fesses contre son érection, impatiente de le sentir en elle, il la punit par une nouvelle fessée.
—C'est ça que tu veux…? demanda-t'il d'une voix rauque.
Elle perçut les sons de vêtements jetés au sol et sentit soudain le sexe tendu d'Arthur contre sa peau. Rose émit un gémissement. Elle ne désirait qu'une chose: qu'il la prenne maintenant pour qu'elle puisse oublier tout le reste.
—Il faut que tu le dises…
—Mets-la! s'exclama Rose à bout.
Arthur souleva son bassin en la forçant à se mettre sur ses genoux, tout en s'appuyant sur ses coudes. Elle ne voyait toujours rien, le pan de son tee-shirt lui arrivant jusqu'à l'arête du nez. Mais elle savait ce qu'il allait arriver. Sa respiration devenait de plus en plus saccadée tandis qu'il écartait ses cuisses contre lui. Il la pénétra brusquement, l'envahissant tout entière et Rose poussa un petit cri strident.
Toujours attachée, elle se concentra sur les assauts de son petit-ami qui empoignait ses fesses pour la guider d'avant en arrière à une rythme effréné. Rose savait que cela ne durerait pas longtemps. Elle n'avait pas besoin que cela dure toute la nuit. Elle ne voulait qu'une partie de jambes en l'air, brutale et intense dont le plaisir serait aussi rapide que bouleversant. Arthur continuait à la caresser, pétrissant ses seins, effleurant son dos, touchant son propre sexe pour la faire jouir plus rapidement. Rose se convulsa lorsqu'il lui donna une nouvelle fessée et elle s'écroula dans ses draps, en nage, la respiration haletante et avec l'impression que sa peau était en feu. Arthur la détacha aussitôt. Il la retourna doucement en se collant à elle, mêlant leur sueur et leur langue dans un baiser passionné. Il la pénétra encore, une fois, deux fois, puis il s'écroula sur elle dans un râle de plaisir qui fit écho aux tremblements de sa chair qui ne s'étaient toujours pas calmés.
Rose serra Arthur contre elle, tentant tous les deux de calmer leurs respirations respectives. C'était toujours ainsi que se finissaient leurs nuits torrides: une partie de jambes en l'air intense puis des heures de câlins. Arthur se redressa sur ses bras pour contempler la femme qu'il aimait. Il la dévora des yeux pour ensuite l'embrasser tendrement.
—Je t'aime, dit-il d'une voix douce qui dénotait de son ton dominateur d'avant.
Rose lui sourit en lui caressant le visage.
—Moi aussi, souffla-t'elle sans vraiment dire les mots qui demeurait toujours difficile à prononcer.
—Épouse-moi...
Rose suspendit son geste sur sa joue. Elle crut avoir mal entendu mais Arthur la regardait soudain avec un tel sérieux qu'elle se dit qu'elle n'avait pas pu imaginer les deux derniers mots. Elle était sous le choc. Elle le fixait avec des yeux ronds ne sachant quoi répondre.
—Qu'est-ce que tu en dis? demanda-t'il encore, le regard plein d'espoir.
Rose réfléchissait à toute allure. Son copain attendait patiemment qu'elle se remette du choc mais l'attente fut plus longue qu'il ne l'aurait pensé et ce silence devenait de plus en plus inquiétant quant à sa future réponse.
Son grand sourire se mit à tomber de plus en plus sur ses lèvres et Rose sentit la panique monter en elle. Elle était trop sous le choc. Elle ne s'y était pas du tout attendue. Comment pouvait-il imaginer qu'elle puisse lui donner une réponse? Il finit par se laisser tomber à côté d'elle en soupirant.
—Je sais que ça ne fait que six mois qu'on sort ensemble… Mais il n'y a pas un instant où je ne t'ai pas aimé. Et je peux comprendre que tu aies des doutes surtout avec ta précédente histoire…, dit-il en se cachant le visage avec son bras.
Il masquait sa honte parce qu'il était sûr maintenant de sa réponse. Rose le contemplait, horrifiée. Elle ne pensait pas dire non mais elle ne se voyait pas dire oui. Tout se bousculait soudain dans sa tête et elle était incapable d'émettre la moindre pensée rationnelle.
—Oublie ce que je t'ai dit…, dit-il en s'asseyant sur le lit et en lui tournant le dos.
—Non, attends! dit-elle d'une voix désespérée.
Elle se redressa et le serra contre elle autant pour le rassurer que pour l'empêcher de la quitter. Rose avait besoin de lui pour ce qu'il lui apportait. Elle ne pouvait envisager une fin triste et brutale, surtout maintenant. Elle embrassa ses épaules en se collant à lui et Arthur poussa un nouveau soupir. Mais il ne bougea pas.
—Ecoute…, dit-elle en essayant de rassembler ses esprits. Je vais y réfléchir, d'accord? Ça m'a surprise, c'est tout. Je n'ai pas dit non…
—Mais tu n'as pas dit oui... , répondit-il d'une voix amère.
Elle lui prit le menton et le força doucement à se tourner vers elle. Elle déposa un baiser sur ses lèvres d'une douceur qui traduisait de toute son affection pour lui.
—Laisse-moi du temps, d'accord? chuchota-t'elle.
Arthur la dévisagea un moment, hésitant. Dans ses yeux, Rose pouvait y voir cette lueur d'inquiétude. Il envisageait le pire et elle l'embrassa encore pour le rassurer. Ils s'embrassèrent encore et encore. Rose l'entraîna, à nouveau, dans le lit, le ramenant à l'étreinte de ses bras et ils refirent l'amour, plus doucement cette fois.
OoO
Rose s'éveilla dans les bras d'Arthur, des heures plus tard. A l'extérieur, par la fenêtre de sa chambre, elle percevait déjà les bruits de la rue sur le point de s'éveiller. Les premiers rayons du soleil levant caressaient son visage et elle devina qu'il devait être très tôt. Elle se dégagea de l'étreinte d'Arthur, en essayant de ne pas le réveiller et enfila un long tee-shirt pour se rendre dans le salon.
Elle ne commençait à travailler que dans trois heures mais elle était incapable de retrouver le sommeil. La demande d'Arthur tournait en boucle dans sa tête et elle la chassait, à chaque fois, incapable de s'y concentrer pour l'instant. Elle agita sa baguette en direction de la cuisine et aussitôt une cafetière vola sur la cuisinière et le feu s'alluma pour faire chauffer l'eau. Elle attendant, Rose se pelotonna dans le canapé, plongée dans ses pensées.
Dehors, Rose perçut l'écho lointain d'un orage. Le ciel s'assombrit par la fenêtre et les premières gouttes de pluies tapissèrent la vitre en ce matin pluvieux. Alors qu'elle se servait une tasse de café en contemplant la vue, elle se dit que le temps était à l'image de son humeur.
—Rose…, appela une voix d'outre-tombe.
La jeune femme se retourna en sursautant. Lorsqu'elle aperçut la forme fantomatique d'un labrador, elle reconnut immédiatement le patronus de son père et se détendit. Le chien flânait dans le salon en s'approchant de Rose qui eut envie de le caresser s'il avait été solide. Mais sa présence l'interpellait. Son père utilisait rarement son patronus pour communiquer avec elle et jamais aussi tôt. D'ordinaire, il lui envoyait un hibou ou se déplaçait directement, trop heureux de voir sa fille. Il devait s'être passé quelque chose de grave et le cœur de Rose se serra dans sa poitrine.
—Papa? Qu'est-ce qui se passe? chuchota-t'elle par peur de réveiller Arthur dans la chambre dont la porte était restée ouverte.
—On a découvert un nouveau cadavre dans les marais, dit le labrador en fixant son regard sur elle. Il faut que tu viennes.
Rose se crispa à l'évocation de la découverte d'un corps. Encore une victime qu'ils n'avaient pas réussi à empêcher.
—C'est James ou Oncle Harry qui t'ont demandé de me prévenir?
—Non, ils ne sont pas encore sur place, répondit le chien. Ils ne devraient plus tarder. Mais je pense que c'est important que tu viennes.
—Pourquoi? demanda Rose en fronçant les sourcils.
—Parce que tu connais la victime…
Rose en eut le souffle coupé. Sous le choc, une petite voix dans sa tête lui souffla le nom de Scorpius. C'était à lui qu'elle avait pensé immédiatement et le ton désolé de son père ne lui inspirait rien de bon. Elle savait que Scorpius était sorti de prison récemment. Il était tout à fait possible qu'il ait rencontré de mauvaises personnes et qu'ils l'aient tué. Son raisonnement était sans fondements, elle le savait, mais son instinct lui hurlait qu'elle n'avait pas totalement tort de le penser..
—Très bien, j'arrive, réussit-elle à lui répondre en essayant de faire le vide dans sa tête. Je dois amener Arthur?
—Comme tu veux. Mais viens vite. Tu pourras peut-être trouver des pistes puisque tu l'as approché d'assez près à Poudlard.
Les battements de son cœur s'accélérèrent. Son père tournait autour de la question qu'elle n'avait pas osé poser de peur qu'il ne lui avoue qu'il s'agit de son ex-petit-ami. Rose opina de la tête, demanda l'adresse exacte et le patronus de son père s'évanouit au milieu du salon.
Une fois seule dans la grande pièce silencieuse, Rose percevait plus que jamais les battements de son cœur, sa respiration profonde mais saccadée par moment, et le flot de pensées noires qui se bousculaient dans sa tête. Elle sonda la porte de la chambre d'Arthur. Celui-ci n'avait rien entendu et ne s'était pas levé pour la rejoindre. Devait-elle le prévenir? Elle hésitait. S'il s'agissait bien du cadavre de Scorpius, qu'elle allait-être sa réaction? Elle n'avait aucune envie qu'Arthur assiste à ses pleurs ou pire encore...à une crise de nerf, surtout pas après sa demande romantique.
Elle se prépara rapidement en essayant de faire le moins de bruits possibles et lorsqu'elle sortit de l'appartement de son copain, elle transplana avec une pointe de regret de ne pas l'avoir mis au courant.
Rose apparut sur un sentier boueux. La pluie tombait drue, à présent, et ses pieds s'enfonçaient dans dix centimètres de boue, glissant sans arrêt. Elle se sentait un peu mal, encore sous le coup de son manque de sommeil, du choc et de l'appréhension sur ce qu'elle allait découvrir. Il faisait encore sombre à cette heure et le ciel orageux n'arrangeait rien à la visibilité. Au loin, elle vit les lueurs de plusieurs Lumos et s'en servit de guide pour progresser sur le chemin glissant.
Rose arriva enfin au sommet de la butte qui donnait sur les marais. Elle aperçut le rassemblement de sorciers attroupés autour de quelque chose qu'elle devina comme étant le corps sans le discerner encore. Elle n'avait pas encore repérer son père, ni son oncle ou son cousin. Un ruban de police moldu avait été déroulé autour de la scène du crime pour donner l'illusion aux éventuels promeneurs moldus qu'ils s'agissaient bien d'une opération de leur police moldu. Un voile magique avait été placé après le ruban pour masquer robes, uniforme, baguettes et sortilèges. Ainsi les importuns ne dépassaient jamais la limite du ruban pour éviter qu'il ne franchisse la barrière et ne découvre la vérité. C'était le protocole standard en cas de crime découvert avant la police moldu et qui empêchait ainsi de faire appel aux oubliators. Un sorcier de la brigade était posté près du ruban police, habillé comme un agent moldu et qui avait pour mission d'arrêter tout visiteur.
—Vous ne pouvez pas aller plus loin. C'est une scène de crime, répéta-t'il son laïus appris par cœur.
Sous sa casquette et à travers l'obscurité, Rose ne reconnut pas son visage. Il était jeune et avait l'air très alerte comme surexcité par sa toute première mission.
—Je suis Rose Weasley, dit-elle. J'appartiens aux aurors.
Le jeune brigadier se crispa au nom de famille de son chef et ne fit aucun commentaire lorsqu'il la laissa passer. Rose s'accroupit sous le ruban et franchit la barrière.
Il y avait une dizaine de brigadiers postés tout autour de la barrière et qui avait le regard braqué sur la nouvelle venue. Rose devait avoir une allure lamentable. La pluie avait mouillé ses cheveux qui tombaient sur son visage, quelques mèches assombries collées à ses joues rebondies. Elle ne portait pas l'uniforme et tous en conclurent qu'il devait s'agir d'une auror. Les deux services n'étaient pas toujours en bon terme. Même si la politique voulait qu'ils collaborent étroitement entre eux, il n'en demeurait pas moins une certaine rivalité, voire jalousie envers les aurors qui représentaient les véritables héros du Monde Magique.
En levant la tête, Ron aperçut sa fille et s'approcha de Rose, une mine lugubre sur le visage qui inquiétait grandement la jeune femme.
—Tu es venue, c'est bien, dit-il. James et Harry sont en chemin.
—Comment avez-vous fait pour repérer le corps avant la police moldue? demanda Rose qui ne pensait plus qu'à l'enquête pour s'empêcher de penser au pire.
—On avait placé un gars depuis la mort de la Langue-de-plomb. Harry avait le pressentiment que ce n'était pas le premier corps qu'on découvrait dans les marais, ni le dernier. Il avait raison.
Le moment fatidique était arrivé. Le moment de découvrir l'identité de la victime. Rose s'écarta de son père qui n'avait plus dit un mot. Elle se pressa entre les brigadiers agglutinés autour du corps et se retrouva face à lui, contemplant le tissus mortuaire posé avec pudeur sur le cadavre toujours entendu sur la berge. Elle s'accroupit en retenant son souffle. Son esprit imagina déjà des yeux bleus vitreux et une tignasse blonde salies par la boue, les feuilles et brindilles de la forêt.
Rose ferma les yeux une seconde en inspirant profondément. Elle souleva le tissus et son regard resta figé sur le visage qui la contemplait avec une expression de mort et de peur terrifiante.
—C'est Gwen, dit-elle tout haut.
Elle se sentit coupable d'en être rassurée. Ce n'était pas Scorpius sous ce drap mortuaire. C'était Gwen, son ancienne camarade de classe, celle qui avait manipulé Chase pour qu'il la manipule à son tour, celle qui avait agressé Albus et faillit tuer Scorpius. Celle qui était en prison avec lui, ces six derniers mois.
—Je suis désolé, Rose, lui dit son père en posant une main sur son épaule. Tu la connaissais, ça doit te faire un choc.
Rose se redressa rapidement en détournant les yeux du cadavre. Elle était choquée mais elle ne devait pas le montrer, pas devant son père, ni les hommes de la brigade policière qui fixaient le père et la fille avec curiosité. Elle était une professionnel, la mort faisait partie de son métier.
—Elle est morte depuis combien de temps? demanda-t'elle.
—Le médicomage doit arriver pour examiner le corps, répondit Ron un peu surpris.
Il y eut un craquement à quelques mètres de la scène du crime. Ron et Rose se retournèrent pour découvrir les nouveau venus. Harry et James Potter passèrent, à leur tour, le cordon de sécurité et franchirent l'illusion. Les brigadiers cessèrent de bavarder lorsque le père et le fils auror s'approchèrent d'eux. Rose se précipita vers son supérieur et cousin.
—C'est Gwen Harrisson, s'exclama-t'elle, trempée par la pluie. Elle était à Poudlard et elle faisait partie de la bande de Radcliffe pour la source.
—Oui, nous le savons, Rose, dit Harry l'air grave.
—Qui t'a appelé? demanda James, les sourcils froncés.
—C'est moi, répondit Ron sur un ton un peu agressif. Rose connaissait Gwen et elle peut nous renseigner sur elle.
James ne répondit pas. Ron était son oncle et même si sa position d'auror aurait pu lui permettre de rabrouer son oncle, le respect de son aîné l'en empêcha. Harry tempérait les choses avant de s'approcher du cadavre. James demanda des informations au brigadier qui était posté près du marais, ces dernières semaines et Rose pensait à mille choses.
Gwen était en prison avec Scorpius. Elle se souvenait très bien de la durée d'emprisonnements des deux criminels. Il ne restait plus que six mois à faire pour Gwen et Scorpius avait été condamné à six mois à Azkaban. Il était très probable qu'ils se soient croisés là-bas et qu'ils soient sortis ensemble. Ce n'était peut-être qu'une coïncidence mais Rose avait du mal à y croire.
Rose observa son oncle soulever à son tour le drap trempée par la pluie. Il contempla une longue minute le visage de la victime avant de lâcher la bâche. Ensuite, il se frotta l'arête du nez, toujours accroupi, les yeux perdus dans le vide.
—Tu penses à quoi? demanda Ron à son meilleur ami.
—C'est lié, c'est sûr.
—Vous parlez du cadavre de la Langue-de-plomb, de la source ou du trafic? s'énerva Rose qui avait l'impression qu'on ne l'écoutait pas.
Harry se releva sans répondre. Ses traits étaient crispés par la vue d'un énième cadavre mais aussi par quelque chose d'autre que Rose eut plus de mal à identifier tout de suite: de l'inquiétude. James finit par les rejoindre.
—Le brigadier dit qu'il n'a rien vu. Il m'assure qu'il n'a jamais quitté son poste mais il ne va pas dire le contraire.
—Qu'est-ce que tu insinues par-là? demanda Ron toujours à cran.
—Rien, trancha Harry. De toute façon, même s'il avait été le plus attentif du monde et il l'a sûrement été (insista-t'il à l'adresse de Ron), il n'aurait rien pu voir. Ces gars sont malins.
—Quels gars? demanda encore Rose qui finit par s'impatienter.
—On pensait que la Langue-de-plomb était un meurtre isolé mais c'est ici qu'ils se débarrassent des morts quand ils ont fini, dit encore Harry tourné vers les marais. L'eau les nettoie et avec un peu de chance, ils disparaissent à jamais.
—Tu veux dire qu'on a eu de la chance d'en retrouver deux?! Qu'il pourrait y en avoir plus, là-dedans? fit Ron quelque peu dégoûté.
—Il n'y a qu'un moyen d'en être sûr.
Harry leva sa baguette vers les marais.
—Evanesco Maxima.
L'eau des marais s'évapora petit à petit. Le spectacle était fascinant comme effrayant car il ne restait plus que la boue, les déchets embourbés dans la masse visqueuse et les secrets terribles qu'ils dissimulaient depuis des années. Rose retint un cri. Un silence horrifié plana dans le groupe des sorciers qui avaient tous le regard rivés sur l'étendue asséchée. On ne percevait plus que le souffle du vent pluvieux et les coups de tonnerre dans le ciel. Face à eux, une trentaine de corps gisaient dans la boue.
Rose n'aurait su dire s'il s'agissait d'hommes ou de femmes, de vieux ou de jeunes. Les marais avaient fait leur travail et ils ne voyaient plus que des masses informes d'où émergeait des bras recroquevillés ou une jambe dans un angle étrange. Un brigadier s'excusa en se précipitant plus loin, le teint verdâtre. Rose vit son cousin serrer les poings tandis que son père se détournaient, plus pâle que d'habitude. Seul, Harry, en première ligne, contemplait le charnier la mine lugubre.
—Il faut les sortir de là, dit-il calmement. Je veux qu'ils soient tous identifiés avant la fin de la journée.
OoO
Il fallut quatre heures aux brigadiers pour sortir les dépouilles du marécage. Le sort d'Harry s'estompa au bout de la cinquième et le marais reprit son allure calme et tranquille. Le temps s'était radouci tandis que les agents disposaient les corps en rang d'oignon sur la berge. Au milieu de tous ses visages inconnus, celui de Gwen fixait le ciel encore nuageux.
Rose était passé de corps en corps, cherchant dans toutes ces expressions de morts, une en particulier, qui aurait pu la troubler. Malgré l'horreur que lui inspirait cette découverte macabre, elle calma ses angoisses en découvrant que Scorpius ne faisait toujours pas partie des victimes. Mais cette constatation la ramenait sans cesse à son idée.
—Je peux te parler? demanda-t'elle à son cousin qui donnait des instructions au photographe, chargé d'immortaliser le portrait des morts.
Elle emmena son cousin à l'égard, à l'orée de la forêt. Le sol était encore spongieux sous leurs talons et Rose frissonnait dans sa simple veste.
—Qu'est-ce qu'il y a? demanda James.
—Je pense que la mort de Gwen est liée à Scorpius.
James se raidit à son nom. Il se redressa lentement et sa bouche se pinça de contrariété.
—Qu'est-ce qui te fait dire ça?
—Il était à Azkaban avec elle. Et je sais qu'ils sont sortis en même temps, il y a quelques jours. Tu trouves pas ça étrange que Gwen soit morte peu de jours après leur libération? Ça ne peut pas être un coïncidence…, s'agita Rose en se frictionnant les bras. On pourrait peut-être l'interroger. On sait qu'il vivait avec Albus avant de passer les essais pour la brigade d'élite. Si ça compte, il y est retourné. C'est la seule adresse sûre pour lui...Il sait sûrement quelque ch...
—Comment sais-tu qu'ils sont sortis le même jour? l'interrompit James.
La question de son cousin désarçonna Rose qui ne sut quoi répondre. Son trouble fut perceptible par son cousin qui la sonda longuement.
—Je...je l'ai lu dans un rapport…, bafouilla-t'elle.
—Ce dossier est classé. Tu n'avais aucune raison de faire du zèle…
La voix de son cousin n'était pas agressive comme à son habitude. Il parlait d'une voix calme, presque chagriné par ce constat. Rose y perçut de la pitié et elle se mit à culpabiliser pour James, pour Arthur et surtout pour elle. Puis la culpabilité laissa sa place à la colère. Elle était furieuse du ton accusateur de son cousin. En quoi était-il mal de faire du zèle. Elle n'avait fait que son boulot en vérifiant ces informations qui étaient maintenant utiles pour l'enquête depuis la découverte du corps de Gwen.
—Tu es encore amoureuse de lui? demanda brusquement James.
Ses mots la frappèrent en plein cœur comme un violent coup de poignard. Elle s'en voulut terriblement de sentir le déchirement au fond de sa poitrine. Mais la découverte des cadavres, celui de Gwen et la peur d'y découvrir le visage de Scorpius avaient remué des choses en elle, des choses qu'elle avait mis des mois à faire taire. Elle les chassa de son esprit. Non, elle n'était plus comme ça. Rose était une auror et elle savait mettre ses émotions de côté.
Elle hésita une seconde puis son visage se ferma.
—Ça n'a rien à voir avec ça! dit-elle sèchement en désignant l'amas de corps près de la berge. Quand vas-tu enfin me prendre au sérieux et ne plus me voir comme une petite amoureuse transie.
—Quand tu arrêteras de me parler de lui…, rétorqua James nullement impressionné.
—Arrête! s'exclama Rose, à bout. Je m'en fiche de lui. Je suis avec Arthur maintenant, rétorqua-t'elle d'une voix décidée.
James poussa un soupir en levant les yeux au ciel ce qui eut le don de la faire sortir de ses gongs.
—C'est du sérieux, James. Je...Je compte l'épouser! Il m'a fait sa demande pas plus tard qu'hier soir !
Son cousin ouvrit de grands yeux. Rose se réjouit de son air choqué. Elle avait réussi à le déstabiliser comme il l'avait fait avec elle. Dans ces affirmations, elle s'était rassurée elle-même, s'imposant cette vérité pour chasser l'image de Scorpius. Elle allait épouser Arthur. Il l'aimait, elle aussi et tout était parfait.
Les épaules de James s'affaissèrent. Il poussa un bref soupir, plus résigné qu'autre chose et posa une main amicale sur son épaule.
—Tant mieux pour toi, Rosie. Si c'est ce qui te rend heureuse. Mais un conseil, lâche l'affaire avec Malefoy.
Il tourna les talons pour rejoindre le groupe des sorciers toujours occupés auprès des corps maculés de boues.
—Et quoi? s'écria Rose dans son dos. Tu ne vas rien faire? Tu t'en fiches?
Pour seule réponse, James agita sa main dans le vide, signifiant qu'il avait mieux à faire que de courir après un ancien détenu repenti. Rose laissa exploser sa rage contre un arbre en le rouant de coups de pieds. A quoi servait-elle si les personnes en qui elle avait le plus confiance ne la prenait pas au sérieux?
La voix de la raison lui conseillait de rejoindre le groupe, d'aider la brigade à identifier les pauvres victimes. Une autre plus forte et animée par sa colère et sa frustration, lui souffla d'agir, même si cela voulait dire défier l'autorité de James. Lorsqu'elle sortit du sous-bois, elle avait pris sa décision.
OoO
Cela faisait des heures qu'Albus s'échinait, en pure perte, sur la devinette que lui avait posé Markus Lewis à travers ses notes. Il avait parcourut tous les livres de sa bibliothèque en quête d'un alphabet similaire à l'écriture retranscrite dans son carnet. Peine perdue… Il n'avait rien trouvé. Cependant, il était trop tôt pour s'avouer vaincu. Albus avait encore beaucoup de ressources. Il pensait aux vieux grimoires de la bibliothèque de Poudlard. Peut-être y avait-il un moyen pour qu'il convainque le professeur McGonagall de le laisser consulter les ouvrages runiques à la réserve… Il y avait aussi la bibliothèque au Département des Mystères ou encore, une voie beaucoup plus facile mais périlleuse, celle de l'examen de la propre bibliothèque de Merlin en personne, condensée dans son cerveau. Il y était parvenu une première fois, mais une deuxième tentative était risquée. D'abord parce qu'il n'avait pas vraiment les compétences pour farfouiller dans un tel cerveau qui devait certainement receler de pièges et d'énigmes. Ensuite, parce que cela paraîtrait louche à ses collègues.
Il ne venait quasiment plus au bureau. Gelbero le faisait mander presque tous les jours pour lui demander les avancements de son enquête et Albus était resté très vague quant à ses récentes découvertes. S'il s'était montré sincère, il aurait dû expliquer son infraction chez Lewis, sa rencontre avec Liam, son effraction au Secret Magique et surtout toutes les informations qu'il avaient communiqué sur son métier à un simple moldu.
Simple… Non, Albus se trompait. Liam Jones était loin d'être "simple". Son talent particulier à ne pas être sensible à la magie le rendait déjà exceptionnel. De plus, il y avait chez le policier un charme attractif. Son intelligence ne cessait de surprendre Albus. Il n'était pas forcément très cultivé ou brillant mais il avait un sens aigu des choses et une approche brutale, très terre-à-terre, de la situation.
Depuis qu'il vivait avec lui, Albus s'était étonné de s'habituer très vite à sa présence. S'il devait se montrer totalement honnête avec lui-même, Liam le rassurait. Il avait connu des mois de solitude et le simple fait de pouvoir parler à quelqu'un sans crainte de se retrouver foudroyer lui faisait énormément du bien. A force de passer leurs journées ensembles, il s'était peu à peu habituer à lui. Il ne s'étonnait plus de le croiser dans son appartement. Il avait sondé ses petites manies, son besoin de remettre chaque chose à sa place et ses questions déstabilisantes qui ramenait Albus à la réalité. Liam avait un côté très protecteur, peut-être dû au fait qu'il était plus, en prenant soin de lui. Il lui faisait à manger, faisait le ménage pendant qu'Albus plongeait dans ses livres et le rassurait à chaque fois qu'il commençait à perdre pied. C'était subtile mais le regard acéré du sorcier remarquait toutes ces petites attentions qui ne le laissait pas indifférent.
Et puis, il y avait autre chose. Un incident qui faisait encore rougir le sorcier lorsqu'il y repensait. Outre les regards appuyés de Liam qui le troublait à chaque fois et ses petits sourires quand Albus avait réussi à l'amuser, il y avait eu ce matin-là. Albus avait passé une nuit complète à étudier l'ouvrage de Perceval Boinfold sur les codes du langages magiques antiques. Liam s'était déjà couché dans la chambre de Scorpius qui était désormais la sienne et Albus ne s'était endormi dans la sienne que des heures plus tard. Lorsqu'il émergea enfin, l'esprit encore embrumé, il s'était rendu automatiquement dans la salle de bain et était tombé nez à nez avec Liam qui venait de sortir de la douche.
Albus s'était alors figé devant le corps nu et encore humide de sa douche du policier. Liam n'avait pas cherché à se cacher. Il n'avait rien dit, observant la réaction du sorcier dont les yeux se promenèrent, sans comprendre, sur ses larges épaules, son torse poilu, ses abdos timides mais bien là et surtout sur…
Il avait déjà vu des corps nus. Il avait un frère et une sœur. Il avait pris d'innombrables bains avec James et Lily lorsqu'ils étaient petites. Il avait même déjà surpris son père en petite tenue lorsqu'il était pressé pour se rendre au travail. Même Scorpius qui était loin d'être pudique, avait traversé leur dortoir complètement à poil lorsqu'il avait oublié de prendre ses affaires pour s'habiller. Mais jamais, au grand jamais, il n'avait réagi comme il l'avait fait, face à la nudité de Liam Jones.
Albus avait rougi comme une gamine et s'était retourné en bredouillant des excuses. Il n'avait pas entendu la réponse de Liam et s'était enfoui dans sa chambre en osant y sortir que des heures plus tard. Il avait ensuite recroisé Liam dans la cuisine, en train de préparer le repas et dès que leurs regards se croisèrent, Albus aperçut son petit sourire au coin qui l'irrita énormément. Liam n'était pas gêné, au contraire, cette situation l'avait amusé.
—Je suis désolé, avait dit Albus en détournant les yeux, vaincu par la gêne.
—Oh! Ce n'est pas grave, avait répondu Liam toujours avec le sourire. On peut dire qu'on est quitte.
—Comment ça?
Liam eut un petit rire en portant les assiettes au salon.
—Je t'ai déjà vu à poil.
—Quand ça? avait demandé Albus, rouge de honte.
—Quand tu dormais. Sans le faire exprès, avait-'il ajouté en voyant la mine déconfite du sorcier. Tu dors souvent complètement nu?
Albus n'avait pas répondu. Il avait sentit le rouge lui monter à nouveau aux joues pour plusieurs raisons, partagé entre la honte, la gêne et troublé par les yeux pétillants et rieurs de Liam. Tout cela voulait certainement révéler quelque chose sur ce que pensait Liam ou sur ce que ressentait Albus. Mais la panique des événements l'empêchait d'être rationnel. Il s'était souvent désolé de ce pitoyable constat: il était un génie quand il s'agissait de décortiquer les comportements des autres, mais quand il s'agissait de lui… Il aurait bien aimé avoir l'avis de Lily. Hélas, cela voulait dire lui révéler la présence de Liam chez lui et cela aurait fait des histoires. Et même si Albus se dépêtrait avec ses émotions, il était, au moins, sûr d'une chose: il ne voulait pas que Liam s'en aille, surtout si cela voulait dire de se retrouver seul à nouveau.
Liam repoussa ses notes et la pile de livres sur sa table. Il était déjà épuisé et il commençait sérieusement à désespérer. En entendant le fatras des livres qui s'échouèrent sur le parquet, Liam sortit de sa petite sieste et sursauta. Il contempla Albus, le front collé à la table, maudissant ces fichues runes mystérieuses, les livres sur le sol et les feuilles éparpillées sur la table.
—Toujours rien? demanda le policier en s'étirant.
Pour toute réponse, Albus poussa un faible grognement qui ressemblait plus à une lamentation. Liam sourit.
—Je vais faire du café, dit-il en se levant. Avant de replonger dans l'histoire tragique de ce cher Merlin.
En passant près d'Albus, il posa sa main distraitement sur son épaule. Ce simple contact qui n'avait duré qu'une seconde, fit tressaillir le jeune sorcier. Liam avait déjà disparu dans la cuisine et pourtant il sentait encore ses doigts pressés contre lui. Qu'est-ce qui était en train de lui arriver?
Avant qu'il ait pu émettre la moindre supposition qui pouvait expliquer son état (un manque évident de sommeil sûrement), on toqua à la porte. Albus se redressa comme un jouet monté sur ressort et Liam sortit de la cuisine, soudain l'air inquiet. Ils fixèrent la porte, puis se dévisagèrent. Les deux hommes pensaient à la même chose. Et si c'était les hommes de Merlin, ceux qui avaient tué la nièce de Lewis? Peut-être les avaient-ils retrouvés et ils allaient maintenant se débarrasser de témoins gênants. Ils n'avaient pas reçu de visites depuis la venue de Liam chez lui et il s'assurait toujours de se rendre au bureau (le minimum possible) pour ne pas éveiller les soupçons. Albus serra sa baguette dans sa poche.
—Albus! cria la voix de Rose derrière la porte. Ouvre! C'est moi! J'ai besoin de te parler.
Albus reconnut la voix de Rose. Il soupira mais la panique revint aussi vite qu'elle était partie en reconnaissant sa cousine. Liam l'interrogea du regard pour lui demander qui était le nouveau venu. Albus le rassura d'un signe de la main tout en s'approchant de lui. Rose continua à tambouriner sur la porte.
—Je sais que tu es là! cria-t'elle encore.
—Va dans la chambre, murmura-t'il à Albus.
—C'est qui? demanda-t'il.
—C'est ma cousine. Laisse-moi faire et surtout ne te montre pas.
Liam ne demanda pas plus d'explications. Il se faufila dans la chambre de Scorpius le plus silencieusement possible et Albus essaya de calmer les battements de son cœur. La situation était improbable. Il cachait un moldu chez lui et il avait toutes les notes de Lewis éparpillées sur sa table à manger. Il avait perdu l'habitude avec Liam de faire attention à ce qu'il disait. Les tambourinements de Rose sur sa porte lui rappelèrent brutalement son serment. Si elle Liam, elle saurait qu'il avait brisé le Secret Magique et comme elle représentait l'autorité, il ne savait dire comment elle allait réagir. Et les notes d'une Langue-de-plomb la feraient poser des questions auxquelles il ne pourrait répondre sans risquer sa vie.
—ALBUS! cria encore Rose.
Il agita sa baguette au-dessus de la table pour rassembler, en hâte, ses parchemins qui se rangèrent dans un de ses livres. Les bouquins éparpillés sur le sol et la table, reprirent leur juste place dans sa bibliothèque. Le salon rendu impeccable, Albus prit un grande inspiration et se décida enfin à ouvrir à sa cousine.
Lorsqu'il ouvrit, il découvrit Rose, le poing levé, prête à l'abattre sur sa porte. Elle était trempée et avait un regard sombre. Elle semblait en colère et Albus crut, un instant, qu'elle savait tout.
—Salut, dit-il froidement.
Elle ne répondit pas et entra dans le salon en zieutant un peu partout. Son regard se figea sur la veste de Liam qui traînait sur la chaise. Le sang d'Albus se figea dans ses veines et lorsqu'elle se tourna vers lui, elle remarqua immédiatement son visage pâle.
—Il est ici, pas vrai?
—De qui tu parles? mentit Albus dont la panique lui faisait trembler les mains.
—Scorpius!
Albus la dévisagea sans comprendre. Il fronça les sourcils. Il ne s'était pas attendu à cela.
—Bien sûr que non! répondit-il sur un ton agressif.
—Ne me mens pas! Homenum Revelio.
Albus avait contemplé sa cousine lever sa baguette et prononcer le sort. Elle avait agit à toute vitesse et sur le coup de la panique, il avait été tenté de l'en empêcher. Heureusement, rien ne se produisit. Albus se réjouit que Liam soit insensible à la magie et bénit la paresse des sorciers. Rose attendit un moment puis baissa sa baguette vaincue, persuadée qu'il n'y avait personne d'autres dans l'appartement à part elle et son cousin.
Épuisée, elle s'effondra sur une chaise et se prit la tête entre les mains. Albus remarqua soudain sa fatigue et il eut pitié d'elle. Il vint s'asseoir près d'elle et lui caressa le dos pour la réconforter.
—Pourquoi crois-tu qu'il était ici? demanda-t'il d'une voix plus douce.
—On a retrouvé le corps de Gwen ce matin, sans parler de la trentaine de cadavre dans les marais. Gwen est morte, Albus! lui dit-elle en relevant les yeux sur lui. Ils étaient en prison ensemble… Ils sont sortis en même temps. J'ai pensé qu'il avait sans doute un lien avec sa mort.
La main compatissante d'Albus se figea sur son épaule. Ils entendirent le son de la bouilloire sur la cuisinière et Albus se leva de sa chaise, raide comme un piquet.
—C'est impossible, dit-il d'une voix sèche, dit-il en se dirigeant vers la cuisine.
Il coupa le gaz et versa l'eau bouillante dans les deux tasses qu'avaient préparé Liam. Rose le suivit, en tournant le dos à la porte entrouverte de la chambre de Scorpius, là où devait les écouter le policier moldu.
—Si, c'est possible, insista Rose. Ils étaient proches à Poudlard et Gwen a été impliquée dans l'affaire de la source à Poudlard. Elle connaissait Radcliffe, peut-être qu'elle connaissait d'autres gens. Scorpius a rencontré Gwen en prison et elle lui a proposé de les rejoindre.
—Tu dis n'importe quoi! trancha Albus dont la colère montait en lui. Il ne ferait jamais ça.
—Ce n'est plus le même, Albus. Il a agressé des moldus.
Albus leva les yeux au ciel en amenant les tasses remplies au salon. Rose le suivait toujours, essayant de le convaincre.
—Tu n'étais pas là quand il a fait exploser ce train. Moi, j'y étais. Il avait les yeux d'un tueurs.
—Qu'est-ce que tu sais des tueurs, au juste? répliqua Albus d'une voix sèche.
Rose buta sur le ton de son cousin. Elle le contempla sans comprendre.
—Je suis auror. J'ai approché la mort de près. Tu ne peux pas en dire autant.
Albus la dévisagea, les tasses en mains. Il avait toujours beaucoup aimé sa cousine. Il avait envié sa naïveté sur les événements de la vie. Mais sa réplique lui rappelait à quel point elle pouvait être à côté de la plaque. Elle était si sûre de ses affirmations. Albus ne pouvait pas lui expliquer qu'il était en réalité lui-même un tueur, car c'était lui qui avait jeté le sort qui avait fait sombrer Radcliffe dans la source. Il ne pouvait pas lui dire qu'il avait examiner le cadavre de Lewis en supposant les raisons de sa mort, ce sort funeste qu'il pouvait endosser s'il ne faisait pas attention à ses mots. Il devait se taire sur l'arcade de la mort et sur tout le reste. En réalité, elle avait raison. Albus ne pouvait pas en dire autant parce qu'il n'avait simplement pas le droit de parler. Mais il bouillonnant intérieurement de ne pouvoir lui cracher au combien elle avait tort.
—Scorpius est devenu dangereux...pour lui et pour les autres. Il faut l'arrêter! insista-t'elle encore.
—Il n'est pas dangereux.
—Ton amitié t'aveugle.
—Et toi c'est l'amour qui t'aveugle. Alors, FERME-LA! hurla Albus.
Il avait posé les tasses sur la table, si brutalement, que le liquide encore chaud se répandit partout. Rose était choquée et Albus savait pourquoi. Jamais il ne lui avait parlé de la sorte auparavant. Il s'était toujours montré doux et compréhensif. Mais là, c'était trop. Il ne pouvait supporter qu'elle entache ainsi le souvenir qu'il avait de son ami, réveillant toute l'inquiétude que lui inspirait son absence.
—Albus…, bredouilla Rose. Qu'est-ce qui te prend?
—Tu ne comprends rien, cracha-t'il encore, hors de lui. Comme d'habitude! Tu t'es pas dit une seule seconde qu'il était en mission?
—Quoi?
Albus s'assit sur une chaise, les mains rouge de l'eau chaude. Celui lui démangeait affreusement mais il était trop en colère pour se soucier de la douleur. Il se frotta le visage, par-dessous ses lunettes rondes.
—Qu'est-ce que tu veux dire par "mission"? demanda encore Rose, le regard perdu.
—Je ne sais pas si je dois le dire. Mais tu n'as pas trouvé étrange que Scorpius se comporte en criminel juste après avoir passé les essais pour cette stupide "brigade d'élite"?
—Stupide?! s'énerva Rose.
—Oui, stupide! répéta Albus en haussant le ton. Ouvre les yeux, Rose! Ce n'était qu'un leurre pour tester les compétences de Scorpius. Mon père et mon frère ne voulaient qu'une chose, enrôler Scorpius pour une mission d'infiltration.
—Mais non… C'est…., bredouilla Rose.
—Curieuse cette coïncidence d'emprisonnement à Azkaban avec une peine qui correspond parfaitement au reste de la peine de Gwen! Scorpius s'est fait capturer exprès. S'il avait vraiment voulu s'enfuir, il n'aurait eu aucun mal à vous semer. Cette attaque dans le métro, c'était brouillon, exagérément visible. Tout ce qu'il voulait, c'était qu'on le capture pour qu'il se fasse juger et envoyer à Azkaban. Parce que sa vraie mission, c'était d'approcher Gwen pour qu'elle le fasse entrer dans l'organisation qui avait fomenté le plan de la destruction de la source de Poudlard. Et si Gwen est morte, là maintenant, c'est que Scorpius a de gros ennuis. Parce que je te le dis et te le répète, à moi qui ne suis apparemment aveuglé que par l'amitié, Scorpius n'est pas un tueur et il ne le sera jamais!
Rose l'avait écouté lui hurler dessus, devenant un peu plus pâle à chacune de ses phrase. Lorsque Albus se tut, elle s'effondra sur une chaise, les lèvres tremblantes. Mais la colère d'Albus n'était toujours pas redescendue.
—Je ne t'en veux pas de ne pas l'avoir compris. Je t'en veux d'avoir seulement cru possible que Scorpius s'en prenne gratuitement à des moldus. Toi, qui a été la plus proche de lui. Toi, la seule personne qu'il ait jamais aimé à ce point. La vérité c'est que tu ne le connais pas du tout.
Il avait exagéré mais c'était toute sa frustration des derniers mois qui parlaient. Il n'était pas seulement en colère contre Rose, il était aussi furieux contre Scorpius. Il l'avait abandonné pour partir risquer sa vie et au nom de quoi au juste? La justice? Scorpius ne lui donnait plus de signes de vie et cette voix, au fond de lui, qui lui soufflait la mort hypothétique de son meilleur ami, transformait son inquiétude en rage. Rage qu'il défoulait, à présent, sur Rose. La jeune femme avait baissé les yeux. Albus crut qu'elle allait se mettre à pleurer mais lorsqu'elle releva la tête vers lui, son regard était froid et empli de reproches.
—Si je ne le connais pas, c'est à cause de toi!
Albus savait très bien de quoi elle parlait. Elle faisait référence à leur fameuse discussion avant leur départ de Poudlard. Cette fameuse nuit qui avait mis un terme à leur relation. Rose n'attendit pas qu'il s'explique. Elle se leva de la chaise, furieuse contre son cousin et claque la porte derrière elle.
Albus se retrouva seul dans le salon. Sa colère était encore entière et il avait envie d'hurler de rage. Il se releva lentement, essayant de ravaler sa fureur. Mais les battements virulents de son cœur dans sa poitrine, son sang battant ses tempes et l'écho des reproches de Rose lui rappelèrent les avertissements de la Langue-des-plombs qui s'occupaient des prophéties, achevèrent de le rendre fou. Il se saisit des deux tasses et les jetèrent au sol dans un bruit d'éclatement strident. Il poussa son cri de rage en essayant de faire taire les pensées qui jonglaient dans sa tête.
C'est ta faute si Scorpius s'est mis en danger. S'il était resté avec Rose, il n'aurait pas décidé de jouer les héros.
C'est ta faute si Rose doit faire taire un amour qui ne s'est jamais éteint. Parce qu'elle aime Scorpius et c'est toi qui l'a poussé à se rendre malheureuse et a brisé le coeur de ton meilleur ami.
C'est de ta faute si tout finira mal car tu le sais maintenant, tu ne pourras jamais empêcher la prophétie de s'exécuter. Il est trop tard, mon vieux et la seule chose qui te reste à faire, c'est de contempler la mort des gens que tu aimes.
Parce que tu l'as découvert en devenant une Langue-de-plomb, ta vie sera semée de mort parce que tu ne fais qu'un avec elle.
Tu es maudit!
—Non! hurla-t'il en se prenant la tête entre les mains. Non! Non! Non!
—Albus! appela Liam. ALBUS! Calme-toi!
Les bras du policier le serrèrent contre lui. Après la dispute avec Rose, il avait presque oublié qu'il cachait un moldu clandestin dans son appartement. Il tenta de se débattre un peu comme il le faisait avec ses pensées mais Liam ne se découragea pas. Il était beaucoup plus fort qu'Albus et il n'eut aucun mal à le faire prisonnier de ses bras. Il le serra fort et Albus prit consciente de son corps collé contre le sien, de ses mains dans son dos et de son visage tout près de son oreille.
—Tout va bien…, lui murmura-t'il. Ce n'est rien. Tu ne dois pas avoir peur. Je suis là.
Ses mots provoquèrent une chose étrange chez Albus. Ses pensées négatives éclatèrent comme des bulles de savon. Il sentit un fourmillement dans le fond de ses entrailles et il ne captait plus que la voix douce et rassurante de l'homme qui le serrait contre lui. Albus se laissa bercer par cette paix soudaine et inattendue. Au lieu de s'effrayer du contact du policier, il savoura cette étreinte qui avait le don de le réconforter. Finalement, il s'accrocha à ses épaules et enfouit son visage dans ses vêtements. Il percevait son odeur musqué et sentait la ligne de ses muscles sous sa chemise.
OoO
Liam attendit patiemment que la respiration d'Albus soit plus régulière. Puis, il repoussa légèrement le jeune homme pour contempler son visage. Il s'était attendu à des larmes mais Albus n'était pas de ce genre là. Il n'y avait qu'un calme peint sur ses traits, le genre de paix après une tempête. Liam fut tenté de lui caresser les cheveux. La situation était ambiguë: il tenait un beau jeune homme dans ses bras qui le contemplait avec un regard qui aurait fait craquer n'importe qui. Albus avec des yeux verts magnifiques et Liam aimait beaucoup se perdre dedans. Mais Albus était jeune aussi et incroyablement inexpérimenté. Il avait beau révélé une intelligence hors du commun, il était aussi naïf qu'un enfant quand il s'agissait de sentiments, d'amour, de désirs ou de sexe. Liam avait bien relevé les questions du sorcier sur l'homosexualité mais il n'était pas sûr qu'il le soit réellement.
Au milieu de tous ces doutes, Liam sentait son propre désir monter en lui. Ils étaient enlacés, leurs visages si proche qu'il pouvait compter chacun de ses cils. Et il sentait une chaleur familière et envoûtante pulsée dans ses veines. S'il écoutait son instinct, il lui volerait un baiser, un seul, histoire d'y goûter. S'il n'éprouvait rien pour ce jeune freluquet de sorcier, il l'aurait peut-être tenté. Mais Liam aimait bien Albus et la voix de la raison l'emporta sur tout le reste.
Il relâcha Albus et détourna les yeux pour s'enlever l'image des yeux brillants du sorcier. Albus se détourna aussi en lissant ses cheveux et en toussotant pour chasser ce silence pesant.
—Merci, finit-il par dire après un moment.
—Y a pas de quoi, répondit Liam en ramassant les débris de porcelaine sur le plancher. Tu as envie de me parler de ce qui s'est passé?
—Un autre jour…
Et Albus marcha, d'un pas lent et fatigué, vers sa chambre. Il s'y enferma pendant trois longues heures.
