26

LE RAT


Rose était en colère.

Lorsqu'elle était sortie de l'appartement de son cousin, elle avait fusillé du regard les passants. Mais malgré sa fureur, elle sentait qu'elle était sur le point de craquer. Elle ne l'avait plus fait depuis qu'elle avait arrêté Scorpius, ce fameux jour de pluie. Et elle s'en voulut terriblement d'en être tentée alors qu'Albus lui avait hurlé l'innocence de son meilleur ami. Elle se sentit faible d'avoir été ébranlée par de simples mots, surtout pour...ça! Oui, elle était faible et elle maudit la terre entière pour cette faiblesse.

Elle transplana chez Arthur. Elle savait qu'il serait au Ministère et qu'elle avait peu de chance de le croiser. Elle ne voulait pas qu'il la voit comme ça, ni que qui que ce soit l'interroge sur son état. Elle devait gérer ça seule.

Elle ouvrit la porte fébrilement et s'enferma. La pièce était plongée dans la pénombre, les rideaux toujours tirés. Mais Rose était seule. Les larmes perlaient dans ses yeux et elle se convainquit qu'elle était sur le point de pleurer de rage..

Rose poussa un cri. Elle renversa les bibelots sur une étagère du salon. Elle observa les objets se fracasser sur le plancher et constata que cela ne suffisait pas à la calmer. Alors elle se déchaîna.

Tandis qu'elle se saisissait du balai qui traînait dans un coin, les paroles d'Albus tournoyaient dans sa tête. Il n'y avait plus que de la haine dans ses veines et elle la laissa exploser.

James et son oncle s'étaient foutu d'elle en lui proposant ce poste dans la brigade d'élite. Ce n'était que pour Scorpius. Seulement un test pour lui. Rose avait espéré… Elle avait cru que son oncle et son cousin croyait en elle. Mais ils s'en fichaient. Tout ça n'était que des faux-semblants. Une couverture pour faire virer Scorpius à temps, pour le faire paraître pour un sorcier aigri, violent et hors de contrôle. Pour le faire endosser le rôle du méchant alors qu'elle faisait si bien la godiche.

Elle poussa un hurlement de rage en fracassant la vitre du miroir qui lui renvoyait son reflet d'idiote. Les fragments volèrent et elle s'écorcha la tempe. Elle piétina les morceaux brisés. Cela ne suffisait toujours pas.

James l'avait envoyé faire prisonnier Scorpius. Il l'avait fait exprès. Il savait ce qui s'était passé entre eux, elle le lui avait expliqué. Il ne s'était pas demandé, une seconde, quel mal cela lui ferait d'arrêter l'homme qu'elle avait été obligée de quitter. Il l'avait fait parce qu'il avait cru la guérir d'un amour mort depuis longtemps. Mais cet idiot de James ne savait pas. Il ne savait rien de l'amour et Rose avait eu le cœur brisé de devoir poursuivre Scorpius dans les rues de Londres en étant persuadée qu'il était devenu un criminel. Ce salaud l'avait fait exprès.

Elle abattit encore le manche sur une des chaises de la table à manger. Elle y mit plus de force parce qu'elle avait eu confiance en James. Elle se rappela ses mots dans le chalet quand il lui montrait son inquiétude et qu'il lui disait qu'ils étaient alliés. Son manche traversa le siège et elle s'acharna dessus pour l'en déloger. Rose trébucha et tomba en hurlant toujours.

Cela ne suffisait toujours pas.

Scorpius… Scorpius ne lui avait rien dit. Il s'était laissé capturé. Il l'avait serré contre lui, sous la pluie, il l'avait embrassé. Il lui avait dit qu'il était désolé et il était parti. Il ne lui avait rien dit. Il s'était lancé dans cette idiotie de mission. Il l'avait laissé en la laissant croire qu'il était bien ce que tout le monde pensait de lui: un putain de sang-pur qui n'avait aucun respect pour les moldus. Il ne lui avait rien dit. Et elle l'avait haï pour ça.

Elle sortit sa baguette et lança plusieurs sort informulé un peu partout. Des verres éclatèrent en mille morceaux, elle fit exploser un coussin qui dispersa ses plumes un peu partout. Cela ne suffisait pas. Pas encore. Encore un peu.

Où était-il à présent? Il s'était lancé dans cette mission suicidaire. Il n'avait aucune idée dans quoi il s'était embarqué. Il n'avait pas conscience du danger. Et Gwen était morte… Si ça compte, il était mort lui aussi. Il le retrouverait des jours plus tard, avec ce même regard de peur dans ses yeux vitreux. Il s'était aventuré là où elle ne pouvait pas venir le chercher. Était-ce cela qu'il désirait au fond? Il voulait approcher la mort comme elle l'avait fait par le passé. Seulement, cette fois-ci, il n'y avait personne pour le rattraper et pour l'empêcher de sombrer.

Rose lâcha sa baguette, vaincue. Ses cris moururent dans sa gorge et un gémissement s'échappa dans un sanglot terrible. La vérité la frappait de plein fouet. Scorpius était seul… Risquant sa vie parce qu'on le lui avait demandé. Parce qu'il avait voulu se sentir utile. Parce qu'elle l'avait quitté sans lui expliquer. Il était seul maintenant, face à un danger dont elle n'avait fait qu'effleurer la surface. Il était tout seul, à présent et elle n'était pas là pour le sauver.

Elle pleura longtemps. Tout resurgit comme la lave d'un volcan. Tout ce qu'elle avait désespérément essayé d'oublier. Tout s'échappa à ses mensonges, à ses illusions pitoyables et elle régurgita tout en déversant toutes les larmes de son corps.

Elle retrouva son calme une bonne heure plus tard. Elle n'avait plus de larmes à laisser couler. Elle se sentait asséchée. Ses yeux étaient rouges, son visage humide et son nez obstrué. Son corps avait cessé de trembler et sa respiration était calme, tout comme son esprit.

Il n'y avait qu'une pensée qui résonnait en elle.

"Si j'étais restée avec Scorpius… jamais il ne serait parti là-bas."

Rose fixait le vide en se répétant cette simple phrase qui avait changé son destin, celui de Scorpius, en les plongeant tous les deux plus loin dans le malheur.

Elle essuya les dernières larmes sur ses joues et reprit sa baguette qu'elle avait laissé tomber au sol.

Reparo…, murmura-t'elle en balayant sa baguette à travers la pièce.

Les plumes volèrent dans les airs pour se remettre à l'intérieur du coussin éventré. Les débris de verres se recollèrent à leur juste place. Les fragments de bois se replacèrent pour reconstruire le meuble, comme si rien ne s'était passé.

Rose inspira profondément. Elle ferait pareil. Rien ne s'était passé… Le passé était le passé. Elle ne pouvait pas le changer. Tout ce qu'elle pouvait faire, c'était continuer à avancer.

OoO

A partir du moment où il sortit de la source, heureux élu d'un nouveau don, Scorpius ne fut plus jamais seul. L'esprit rendu clair par une bain qui avait failli lui coûter la vie, Galaad estima qu'il avait traversé la dernière épreuve pour être estimé digne de confiance. Il lui rappela qu'il pouvait remercier le ciel d'y avoir survécu. Peu de candidats parvenaient à la dernière étape. Scorpius eut une pensée pour Gwen et la remercia, elle, surtout, pour l'aide qu'elle avait pu lui apporter, à son niveau.

Il devait bien avouer que ce petit plongeon avait fait des merveilles sur lui. Scorpius n'avait plus mal nul part, ses blessures étaient toutes guéries et il en percevait à peine les cicatrices. Encore mieux, il sentait une énergie débordante dans son corps et cela le rendait parfois euphorique. Il avait l'impression d'avoir consommé la fameuse poudre mais dans des proportion trop astronomique pour qu'elle ne soit pas dangereuse. Et pourtant, il se sentait bien.

Il se sentait aussi incroyablement calme comme si son petit voyage au fond de la source avait calmé toutes ses angoisses. Il n'avait plus en tête que sa mission et cette émotion qu'il conservait au fond de son cœur même si la raison lui avait complètement échappé. C'était de l'espoir. En quoi? Il n'en savait trop rien. Mais il gardait précieusement l'idée qu'un jour quelque chose de beau naîtrait de toute cette merde.

Galaad le présenta aux autres élus de la Magie Primale. Tout comme lui, ils avaient passés les épreuves et avait traversé la mort pour en revenir plus fort. La plupart était soit des sorciers bafoués, des cracmols en quête de pouvoirs ou des moldus illuminés. Scorpius avait fini par comprendre que toute l'organisation, ou du moins le peu qu'il en avait vu, avait aménagé leur quartier sous terre dans un vaste réseau de couloirs et de salles aménagés pour leurs activités clandestines. Il fut présenté au groupe qui le toisa avec méfiance. Il y avait une ambiance particulière parmi eux comme s'ils attendaient tous quelque chose de Galaad. Celui-ci le présenta comme le petit nouveau à surveiller et à entraîner. Ainsi, il passa les premiers jours parmi ces hommes et ces femmes, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il mangeait avec eux, dormait avec eux. On ne le laissait pas seul une seule seconde. Scorpius se demanda s'ils n'agissaient pas ainsi parce que Galaad se méfiait encore de lui. Mais il eut la réponse le lendemain alors qu'il s'entraînait avec un de ses gros bras.

—C'est comme ça pour tout le monde, au début, lui avait expliqué Stanley, un grand gars aux muscles impressionnants et à la mâchoire proéminente. On se surveille chacun parce que ça peut péter à tout moment.

—De quoi tu parles?

—De ta magie!

Le grand Stan lui avait alors expliqué que la magie transmise par la source était la véritable puissance des nouveau sorciers. Qu'elle était unique selon chacun et qu'elle pouvait surgir d'une manière ou d'une autre selon la personnalité de son hôte. Stan lui appris comment la ressentir. Chaque jour, il devait se lever aux aurores pour faire des exercices de méditations et de respirations. Son nouvel ami lui apprenait à sentir cette nouvelle énergie dans son corps et de la faire véhiculer dans chacun de ses membres où bon lui semblait. Ensuite, il apprenait à se battre, à mains nues. Stan avait reçu l'ordre de malmener la nouvelle recrue pour que Scorpius puisse faire surgir sa magie sous le coup de l'adrénaline, de la peur ou par colère. Galaad observait chaque séance d'entrainement en buvant une tasse de thé, assis à une table. Et sous ses yeux attentifs, Stanley démontait Scorpius à l'aide de ses poings.

Le grand gaillard avait trouvé son créneau de pouvoir: une force incroyable. Lorsqu'il lui en fit la démonstration, Stanley expliqua à Scorpius que la magie en lui, grâce aux exercices quotidiens, lui permettaient de développer un don, un sort précis qu'il devrait perfectionner tout au long de sa vie. Celui de Stanley était sa force, celui de Galaad, ses aiguilles meurtrières. Et plus la puissance grandissait dans le corps d'un nouveau sorcier, plus ils pouvaient développer d'autres capacités. Ainsi, les plus proches de Merlin, dont Scorpius ne connaissait que Galaad, étaient capables de pouvoirs bien plus puissants ou diversifiés, comme celui de tuer une personne en posant simplement sa main sur son épaule.

—Et Merlin? avait demandé Scorpius à Stanley alors qu'il le menait en salle de méditation.

—Quoi Merlin?

—De quoi est-il capable?

—Je sais pas, avait murmuré Stanley. Personne ne l'a jamais vu à part Galaad. On espère seulement devenir aussi fort que lui pour pouvoir avoir cet infime honneur.

Scorpius avait compris aussi pourquoi les sorciers de l'antiquité s'étaient soudain décidé à utiliser une baguette. Même si la magie brute d'une source était très puissante, une fois maîtrisée, la baguette supprimait ce dur travail de discipline et permettait aux sorciers d'utiliser un large éventail de sort, de magie diverse. Comme la baguette captait elle-même l'énergie d'une source (à l'aide de son cœur naturel comme celui d'une créature magique), le sorcier n'avait plus besoin de la capter lui-même en s'allongeant pendant une heure, chaque jour, sur le sol, en se concentrant sur sa respiration ou en procédant à un rite qui permettrait de ne faire qu'un avec l'énergie ambiante.

Tout cela était long, ennuyeux, désespérément sacré pour Scorpius. Il avait cette impression grandissante de faire maintenant partie d'un groupe d'illuminés, persuadés d'obtenir la vérité absolue sur la magie et qu'ils devaient punir le monde pour ne pas les avoir pris au sérieux. Et à peu de choses près, c'était exactement ce que les recrues de l'organisation de Merlin pensaient. Ils étaient méthodique, patients, loyaux, ayant une foi absolue envers leur sauveur et une discipline de fer, et ils étaient persuadés d'oeuvrer pour la justice. Scorpius comprit rapidement qu'ils étaient très dangereux et que le réseau avait pris une telle importance, via ce réseau souterrain, qu'il n'était pas sûr que les aurors ou le Ministère puisse en venir à bout.

A force d'entraînement, de séances de respiration et de coups, Scorpius découvrit enfin sa particularité. Si Stanley était pourvu d'une force extraordinaire, lui réussit à arrêter chacun de ses coups en ne ressentant aucune douleur. Sa peau était devenue imperméable à toutes attaques physiques pour l' fois capable d'utiliser sa magie, Galaad lui demanda de le suivre.

Il le conduisit dans cette même pièce où il l'avait torturé et où il avait achevé la courte vie de Gwen. En revoyant le matelas où il avait subi la pire douleur de sa vie, il repensa à cette horrible nuit et au danger qu'il courait à persister parmi eux. A la différence de tous ces illuminés qui n'espérait qu'une place auprès du grand chef, Scorpius, lui, ne cherchait qu'une chose: sa propre survie. Il savait que s'il faisait la moindre bévue, s'il montrait le moindre signe de trahison, même une infime expression ou sous-entendu, il finirait comme Gwen.

—Assis-toi, lui dit Galaad en lui désignant une chaise.

Scorpius obéit en silence. Il avait appris à parler le moins possible. La surveillance constante dont il faisait l'objet, l'obligeait à se montrer taciturne et renfermée. Il ne se permettait que quelques questions, bien réfléchies, à Stanley qui lui semblait simple d'esprit. Le genre de moldu en quête de puissance, qui avait eu la chance de survivre à la source et qui était maintenant prêt à tous les sacrifices, en suivant désespérément les ordres sans y réfléchir deux minutes. Le genre à accorder sa confiance à n'importe qui.

Galaad pris place à table en face de Scorpius qui l'observa servir le thé avec des manières de dandy qui dénotaient fortement dans ce taudis.

—Alors comme ça, tu es un bouclier humain, dit-il avec un sourire. Tu sais pourquoi tu as développé ce pouvoir?

—Aucune idée, répondit franchement Scorpius.

Galaad lui tendit une tasse pleine et Scorpius l'accepta sans broncher. Il observait le moindre de ses gestes, sur le qui-vive, s'attendant à tout moment à un dérapage qui montrerait la véritable nature sadique de l'homme au complet noir.

—Merlin a découvert que chaque particularité se développait selon le profil physique mais parfois psychologique de l'hôte. Ce qui est étrange, continua-t'il en se léchant les doigts, c'est que cela me rappelle beaucoup les baguettes des sorciers.

—Comment cela? demanda Scorpius en buvant une gorgée et en espérant que le thé ne soit pas empoisonné ou qu'il ait pu contenir du veritaserum.

—La baguette choisit son sorcier, comme la magie ici… Elle peut te sembler limitée mais si tu la travailles bien, tu pourras devenir invincible. Imagine avec ton pouvoir de bouclier, tu pourras résister à n'importe quel sort. Bien sûr, tu n'en es pas encore là mais je suis persuadé que tu as beaucoup de potentiels.

—Merci.

Au dehors, dans le couloir, ils perçurent, tout à coup, des hurlements stridents. Scorpius vit, à travers l'embrasure de la porte, une homme malingre, torse nu, se faire traîner par deux gros bras de Galaad. Il hurlait à la mort, suppliant qu'on le laisse en vie. Scorpius resta impassible devant son nouveau maître qui sirotait tranquillement son thé.

—Je t'observe depuis le début et Stanley me rapporte tes progrès, continua-t'il alors que l'écho des hurlements devenait de plus en plus faible. Et maintenant que tu nous as montré de quoi tu étais capable, je pense qu'il est temps de se poser une autre question importante.

—Laquelle? demanda Scorpius qui essayait de calmer les tremblements de ses mains sous la table.

—En quoi tu peux nous être utile…?

Un silence brutal suivit sa question. Les hurlements s'étaient tus, soudain, brutalement. Et Scorpius savait que le pauvre gars, traîné dans le couloir, était mort. Qui était-il? Aucune idée. Et il n'était pas sûr de vouloir le savoir. Il savait seulement qu'il pouvait se retrouver à sa place à tout moment, si justement il ne prouvait pas son utilité.

—Nous allons te mettre dans la surveillance des livraisons de poudre. Tu seras chargé de veiller à la sécurité des laborantins ainsi que des distributeurs. Tu seconderas Stanley pour le moment.

—Ça veut dire que je peux enfin sortir à l'air libre? demanda Scorpius en soutenant le regard de Galaad.

Il lui sourit et Scorpius en eut froid dans le dos.

—Oui, tu as mérité ce privilège, pour l'instant. Tu devras revenir chaque matin pour tes rituels. Si tu n'as pas de logements à l'extérieur, tu es bien sûr le bienvenu parmi peux y aller. Stanley t'expliquera ta première mission.

Scorpius ne demanda pas son reste. Il vida son thé d'une traite et se leva de sa chaise en espérant mettre le plus de distances entre lui et ce fou de Galaad. Cependant, celui-ci le retint au dernier moment, en lui saisissant le poignet. Son contact dégoûta le jeune homme qui contempla, horrifié cette même main qui avait, d'un simple geste, tué Gwen de sang-froid.

—N'oublie pas de revenir chaque matin, le prévint Galaad et ne fais pas de vague. Mais je suis sûr que je m'inquiète pour rien, n'est-ce pas?

—Bien sûr. Vous pouvez compter sur moi, répondit Scorpius mal à l'aise.

—De toute façon, tu sais ce qui t'attend si... tu dérapes.

OoO

Scorpius n'osa sortir que deux semaines plus tard. Il remonta à la surface via le club par lequel il était entré avec Gwen la première fois. Les employés, en train de préparer la salle pour une prochaine nuit de débauches, ne posèrent aucune question. Il savait d'où il venait et qui le laissait sortir. Scorpius voyait dans leurs yeux la même peur qui n'avait jamais cessé de l'envahir depuis qu'il avait foutu les pieds dans cet endroit maudit. Une fois qu'il sortit par la grande porte, il se sentit revivre.

C'était encore plus bon que lorsqu'il était sorti d'Azkaban. La sensation de liberté retrouvée fut immense. Enfermé sous terre, sans cesse constamment surveillé et accompagné par l'un des gars de Galaad, il avait eu l'impression d'évoluer en enfer. Une fois enfin seul, il retrouvait enfin ses sensations, son esprit à lui, clair et sans toutes ces fadaises que lui bassinaient Stanley et Galaad sur la véritable magie. C'était dur pour lui de lutter contre ce lavage de cerveau car, là-dedans, il n'avait jamais l'occasion de prendre du recul ou de se poser les bonnes questions. Il avait compris que c'était de cette manière qu'ils tenaient leurs futures victimes: en ne leur laissant jamais le temps de réfléchir deux secondes sur leurs actes.

Une fois seul dans cette ruelle déserte de Londres, il avait l'impression d'être apparu dans le monde des vivants, un autre monde dont il avait perdu totalement la notion du temps où ce qu'il pouvait bien s'y passer. Il eut soudain peur. Peur de se faire suivre par un des hommes de Galaad, peur de se confondre à ce monde qu'il avait été obligé de rejeter en bloc pour se faire accepter dans celui de Merlin. Scorpius n'était plus le même, ni sorcier, ni moldu. Il avait peur de ce qu'il allait devenir, dans cet entrelacement d'identité dont il n'avait plus sa place nulle part.

Il lui restait sa mission, seul point d'ancrage rationnel auquel il s'accrochait de toutes ses forces. Aujourd'hui, enfin libre, il avait l'occasion d'agir. Mais comment?

D'abord, il devait être sûr qu'on ne le suivait pas. Il décida d'une stratégie et commença à marcher dans les rues de Londres. Les premiers pas furent les plus durs.

Il prit les transports en commun en regardant sans cesse derrière lui, à la recherche d'un visage connu. Les moldus le dévisageaient souvent avec soit un air de méfiance, soit de dégoût. Il faut dire qu'il avait une mine lamentable. Il était pâle, ses cheveux étaient aussi longs que ceux de son grand-père et il avait une barbe de plusieurs semaines. Son stress grandissant devait se lire dans ses yeux et il se comportait comme quelqu'un sur le point de vriller à n'importe quel moment. Scorpius changea plusieurs fois de wagons, prit une ligne beaucoup plus longue pour ensuite revenir sur ses pas. Il ne voulait prendre aucun risque car il savait très bien ce qu'il l'attendait si jamais il se faisait prendre. Galaad l'avait suffisamment mis en garde contre cette éventualité.

Lorsqu'il frappa à la porte d'Emma, il fut plus terrorisé que jamais.

—Scorp! s'exclama la jeune femme en lui ouvrant.

Il ne lui laissa pas le temps de poser la moindre question. Il la prit dans ses bras. Emma était le premier visage amical qu'il voyait depuis son arrestation. Elle appartenait à son ancienne vie et le simple fait de la serrer dans ses bras, lui fit un bien fou. Elle le laissa faire mais se raidit à son contact. Elle avait ce don pour deviner ses états d'âmes les plus profond.

—Salut.

—Qu'est-ce qu'il t'est arrivé? s'horrifia-t'-elle en le repoussant légèrement.

—Je peux entrer?

Elle n'hésita pas une seule seconde. Scorpius entra dans son appartement, le même que celui qu'il avait quitté pour rejoindre les aurors. Ce souvenir lui arracha un sourire amer. Il avait l'impression que cela faisait des années qu'il avait quitté la période insouciante de sa jeune vie d'adulte pour plonger dans les ténèbres. Emma le remarqua immédiatement. Son don de voyance, peut-être? Elle n'osait plus le toucher et le dévisageait comme s'il était devenu quelqu'un d'autre. Elle avait raison.

Il avait peur soudain. Il craignait qu'elle ne le rejette. Il ne voulait pas qu'elle lui parle de ce qu'il avait enduré. La dernière chose qu'il voulait, c'était qu'elle se mette à le considérer comme un monstre. Il allait devoir fermer son coeur pour ne pas en être blessé. Cet exercice était devenu facile pour lui. Ces derniers mois, il était devenu expert dans l'art de faire semblant.

—Scorpius…, murmura-t'elle. Qu'est-ce que tu es devenu?

—J'ai besoin de ton téléphone. Tu veux bien m'aider?

—Tu es en danger? comprit-elle.

—Ton téléphone, s'il te plait…

Elle fouilla dans son jeans et le lui tendit. Lorsqu'il toucha sa main pour prendre l'appareil, Emma tressaillit à son contact. Il vit ses yeux s'écarquiller et son visage devenir blême.

—J'ai besoin d'un verre, gémit-elle.

Il la regarda se diriger vers la cuisine, troublée et aussi pâle que la mort. Il s'en voulut de l'avoir mêlé à son état. Elle avait dû voir quelque chose à son contact et même si elle n'en avait discerné que de fugaces images, cela avait suffit à la plonger dans un profond désarroi.

Scorpius composa le numéro qu'il avait appris par cœur avant son emprisonnement à Azkaban. Il écouta les tonalités en sentant son cœur s'accélérer dans sa poitrine. Au bout de la cinquième, quelqu'un décrocha.

—Oui? demanda la voix de James.

—C'est moi, dit simplement Scorpius.

Il eut un silence et Scorpius crut qu'il allait raccrocher.

—On s'est demandé si tu ne t'étais pas fait tuer.

—C'est ta manière à toi, de me dire que tu t'es fait du souci?

—Tu es en sécurité?

—Je suis chez une amie moldue et je n'ai pas été suivi.

—Très bien. Donne-moi l'adresse. J'arrive immédiatement.

James raccrocha tout de suite après. Scorpius ne put s'empêcher de se sentir rassuré. Il ne l'avait pas oublié. Il allait venir. Même s'il nourrissait une haine farouche pour ce connard de James, il était la seule personne au courant de qui il était vraiment et cela lui donnait une bouffée d'espoir extraordinaire. Il avait dit qu'il arrivait. Il n'avait plus qu'à l'attendre.

Scorpius s'effondra sur son ancien canapé. Emma était toujours dans la cuisine. Il supposa qu'elle ne voulait plus se trouver en sa présence, enfin en la présence de cet homme qui n'avait plus rien en commun avec son vieil ami. Il vit le paquet de cigarettes d'Emma posé négligemment sur sa table basse. Cela faisait des mois qu'il n'avait plus fumé. Il s'en saisit et tira sa première bouffée avec un plaisir cruel. Ce simple geste lui rappela l'ancien Scorpius.

—Au moins, ça..., ça n'a pas changé, dit Emma en s'approchant.

Elle lui tendit un verre de vodka et s'assit en face de lui. Elle le fixait avec cette même inquiétude dans le regard que quand elle lui avait ouvert. Mais il y avait plus maintenant, de la peur. Scorpius fuma encore et vida son verre d'une traite.

—Un homme va passer, dit-il en soufflant sa fumée. Ça ne te dérange pas?

—Un ennemi ou un ami? demanda-t'elle à cran.

—Un ami…, je crois. Tu l'as vu au mariage. C'est James, le frère d'Albus.

—Pourquoi tu n'appelles pas Albus?

Rien qu'à prononcer son nom, Scorpius eut une boule dans la gorge. Il n'avait plus revu son meilleur ami depuis leur emménagement. Il n'avait rien dit à Albus. Il ne l'avait pas prévenu de son départ, ne l'avait pas contacté une fois qu'il fut arrêté pour être envoyé à Azkaban et lorsqu'il fut libérer, il ne chercha même pas à le voir. Albus n'était pas idiot et il avait dû se dire qu'il l'avait abandonné. Il n'avait pas la force de le revoir en sachant tout ce qu'il avait fait, même pour survivre. Scorpius secoua la tête en évitant le regard d'Emma.

—Scorpius…, appela Emma d'une voix douce. Je vois bien qu'il s'est passé quelque chose de terrible. Tu as envie d'en parler?

—Non, répondit-il un peu trop sèchement.

—Tu peux en parler?

—Non plus.

Emma se mordit la lèvre puis, à bout de nerf, prit une cigarette à son tour. Elle l'alluma et en tira une bouffée, le regard perdu dans le vide.

—Ecoute, j'ai vu...des choses. Et ça ne me plaît pas du tout.

—Laisse tomber, Emma. Je vais bien, d'accord?!

—Non tu ne vas pas bien. La dernière fois que je t'ai vu, tu partais pour un boulot. T'étais pas le plus heureux des hommes mais tu étais encore…

La fin de sa phrase mourut au fond de sa gorge lorsqu'elle croisa le regard dur et froid de son ami.

—Sain d'esprit? finit-il à sa place.

—J'allais dire… vivant.

Les deux amis se dévisagèrent longuement. Scorpius avait compris ce qu'elle insinuait. Emma avait perçu ses ténèbres et elle savait que le Scorpius qu'elle avait connu chez elle, en tant que colocataire était mort. Il n'en était même pas triste. Il ne se désola pas de ses yeux larmoyants, ni de ses lèvres qui tremblaient. Elle ne pouvait rien faire pour lui et elle commençait doucement à se résigner à la disparition du jeune sorcier qu'elle avait toujours connu.

Un coup sourd à la porte la fit sursauter. Scorpius ne bougea pas. Emma posa son verre et sa cigarette, encore fumante, dans son cendrier. Elle se dirigea vers la porte en se saisissant de sa veste au passage.

—Je vais te laisser seul avec ton...ami, dit-elle. Je serais de retour dans quelques heures.

—Rassure-toi, dit Scorpius en ne prenant pas la peine de se retourner. Je ne serai plus là à ton retour.

Emma baissa la tête pour cacher ses larmes. Elle ouvrit enfin la porte et salua brièvement James qui l'observa s'enfuir dans le couloir.

—Tu fais fuir les filles, maintenant? lança James en refermant la porte. Première nouvelle…

Il s'interrompit lorsqu'il s'avança dans le salon pour se poster devant Scorpius. James avait croisé son regard et il en fut choqué. La dernière fois qu'il avait vu Scorpius, c'était dans son appartement lorsque lui et son père lui avaient proposé cette mission d'infiltration. Le Scorpius avachi dans le canapé, le visage brouillé par l'épaisse fumée de sa cigarette n'était plus le jeune homme qu'il aimait taquiné par rancœur. James en fut presque intimidé.

Il détourna le regard pour reprendre contenance. Puis, il s'installa en face de lui, à la même place qu'Emma, alors qu'elle essayait désespérément de le faire parler.

—Tu en as mis du temps pour nous contacter…, décida-t'il de dire pour commencer.

—Désolé, j'ai été pas mal occupé, répondit Scorpius avec sarcasme. Tu dois bien te dire que je ne pouvais pas faire autrement. Je n'étais jamais seul.

Il écrasa la fin de sa cigarette dans le cendrier et se resservit un verre. Emma avait laissé la bouteille sur la table basse.

—On a retrouvé le corps de Gwen, annonça James.

Scorpius suspendit son geste en tenant la bouteille au-dessus de son verre. Après une minute, il se versa plus de vodka.

—Ainsi qu'une trentaine de cadavres dans les marais..., continua James. Tu peux m'expliquer?

—Ce sont ceux qui ont échoué aux tests, dit Scorpius en portant son verre à ses lèvres.

—Mais encore?

—Ils cherchent à enrôler dans les deux camps, expliqua Scorpius. Pour les sorciers, ils essaient de persuader des nés-moldus ou des cracmols qu'ils pourraient avoir plus de pouvoirs ou de prestige chez eux. Et il y a Azkaban aussi… avec la drogue.

—Quoi? s'exclama James.

Scorpius acquiesça lentement.

—Les sorciers là-bas n'ont plus de baguettes et les conditions de vie sont… épouvantables.

—Je vais pleurer, commenta James en levant les yeux au ciel.

Scorpius eut un rictus.

—Crois-moi, tu aurais pleuré plus d'une fois. C'est l'enfer là-bas. Tu ne sais pas ce que j'ai été obligé de faire pour survivre. Entre les cracmols qui tabassent leurs prisonniers et cette salope de crapaud qui fait sa loi… Tu devrais en parler à ta tante d'ailleurs. Parce que c'est bien beau d'essayer de sauver les elfes de maison mais faudrait voir à commencer par ses semblables.

—Si tu crois que je vais plaindre une bande de criminels qui…

—La ferme, James! Tu ne sais pas de quoi tu parles. Toi et ta grande gueule feraient mieux de la boucler parce que ton plus grand exploit mis à part celui d'aller pleurer dans les jupes de ton père, c'est d'avoir attrapé une balle ailée au quidditch.

James se redressa brusquement, les traits tirés par la colère et sa main serrant sa baguette.

—Fais attention, Malefoy! Ou je…

—Oui quoi? demanda Scorpius en levant les yeux vers lui.

Le regard que lui lança Scorpius fit immédiatement taire la fureur de James. Scorpius était étrangement calme et sûr de lui. Et ses yeux… James y lisait un danger qui n'y était pas avant qu'il ne l'envoie à Azkaban. Il se rassit lentement.

—Très bien, se calma-t'il. Parle-moi de la drogue.

— Il y a un trafic de poudre là-bas pour rendre la magie aux prisonniers qui ont été privés de baguettes, reprit Scorpius. Avec l'aide de certains gardiens, Gwen la faisait entrer à Azkaban et la vendait à ces tarés de Néos. Mais ça servait, avant tout, à les rendre accro. Une fois qu'ils étaient sortis, ils devaient aller voir les gars de Merlin pour avoir une dose et à ce moment-là, ils se faisaient piéger.

—Attends...attends…, dit James un peu perdu. De qui tu parles, là? C'est qui ce Merlin?

—Juste le gars à la tête de tout le réseau, répondit Scorpius avec un soupir.

Il y eut un silence méditatif et Scorpius en profita pour prendre une bonne rasade de son alcool. Cela le détendait tandis que des images désagréables lui revenaient en tête.

—C'est lui qui fabrique la drogue?

—Oui, répondit simplement Scorpius.

—Tu l'as déjà rencontré? Tu sais où il est?

—Non. Seulement les plus méritant on le droit de l'approcher. Mais j'ai fait la connaissance de l'un de ses sous-fifres, Galaad. C'est un nom de code. Un vrai taré. C'est lui qui a tué Gwen parce qu'elle m'avait amené à eux sans leur permission.

—Ce Galaad… c'est un sorcier?

—J'en doute. Mais il a une bonne connaissance du Monde Magique. C'était peut-être un cracmol. Je sais pas trop…

—Était? Il ne l'est plus?

—Ils développent tous des pouvoirs, là-bas. C'est à ça que sert la drogue, à enrôler ceux qui se montreront digne de la vraie magie. Il y a des moldus qui survivent à la drogue. Ensuite, tout ce beau petit monde subit une sorte de "purification" et après on passe tous par la source.

—Comment ça la source? C'est quoi cette histoire? s'énerva James.

Scorpius le dévisagea, déjà fatigué de répondre à toutes ces questions idiotes.

—Eh ben, vous êtes très bien renseigné. Vous faites quoi chez les aurors, au juste? Vous vous envoyez des avions en papier en attendant que ça passe? Bande de branleurs! Pas étonnant qu'ils soient aussi développés!

—Hey! s'exclama James. Fais attention à ce que tu dis. On t'a justement envoyé là pour ça.

—Ouais, et pendant que je me fais torturer, laver le cerveau et menacer de mort, vous vous touchez la nouille en vous extasiant sur vos insignes… Viens pas me faire chier, James.

Celui-ci ne répondit pas. Il s'était crispé aux mots "torture" et "mort". Avec cette simple réplique, teinté d'humour, James en avait perçu toute la noirceur. Il avait compris ce qu'avait pu endurer son espion en l'envoyant pour cette mission. Scorpius eut un sourire amer. S'il savait…

—Bon…, se calma le sorcier. Et cette source? Elle sort d'où? Ils l'ont trouvé?

—Ils l'ont fabriqué plutôt. J'ai dû écouter tout leur baratin sur la magie "primale". Ce sont de vrais fous là-bas. Des illuminés qui pensent qu'ils vont changer un monde perverti par une fausse magie. Ils ont invoqué la source grâce à des dolmens. Le passage dans la source, c'est la dernière étape de la naissance d'une nouvelle race de sorciers. Ceux qui reviennent, reçoivent un don. Ils doivent ensuite invoquer cette magie par des rituels. C'est ça qui permet à ces types d'utiliser la magie sans baguette.

Scorpius hésita à lui parler de ses nouveaux pouvoirs. Mais James devait bien se douter qu'il était passé par toutes ces étapes et qu'il en était revenu vivant. Tout ce qu'il expliquait, avec beaucoup de détachement, n'était qu'un compte-rendu de ses propres épreuves.

—On a capturé un type qui nous a sorti le même discours sur La vraie magie…, commenta James en réfléchissant.

—Ouais...ben, ils sont nombreux, très nombreux. Je suis resté sous terre un bout de temps, je n'ai pas vu l'ensemble du réseau mais là où j'étais, il y avait déjà une trentaine de dingues, tous prêts à se sacrifier pour leur cause. Je crois qu'ils essaient de créer une armée.

—Pour faire quoi?

Scorpius réfléchit en sondant le vide. Les paroles de Galaad en tête, il essayait d'en chercher un sens plus profond, un début de plan sur ce qu'ils s'apprêtaient à faire sur du long terme.

—J'en sais rien, répondit-il honnêtement.

—Bon, et cette drogue, demanda encore James. Comment ils la fabriquent?

—Je n'ai pas encore eu accès au labo mais Galaad m'a foutu à l'escorte de la marchandise. Ils se servent de la source. Comment? J'en sais trop rien. Mais ils bossent avec des labos moldus. J'en saurais un peu plus quand j'aurais commencé.

—Si on savait où ils la fabriquent, ça nous permettrait de lancer une opération pour les arrêter. On pourrait ainsi ralentir la fabrication et interroger ceux qu'on trouvera là bas. Mais ce serait risqué pour toi.

—Alors, il faut attendre. Quand ils me feront assez confiance. Je t'enverrais un signal.

James fouilla dans sa poche et en sortit un petit portable qu'il tendit à Scorpius.

—Cache-le sur toi. En cas de besoin, tu me contactes sur le numéro enregistré.

Scorpius trouva étrange qu'un sorcier de pure-souche comme James Potter ait un objet aussi "moldu". Celui-ci l'avait souvent rabroué pour sa fascination pour la technologie moldue. Il était si risible qu'il l'utilise aujourd'hui et surtout avec lui.

—Ça doit te faire bizarre, non? dit Scorpius avec un sourire moqueur en désignant le portable.

—On s'habitue, répondit James avec humeur. Y a peu de chances que ces tarés pensent à ce genre de trucs.

—Tu sais t'en servir au moins?

—J'ai un grand-père fan des moldus comme toi, je te rappelle…

Scorpius revit le Terrier. Molly Weasley lui tendant une tasse de chocolat chaud tandis qu'il jouait avec Hugo et Arthur Wealsey dans leur "repaire", rempli de machines moldues. Ce souvenir appartenait au passé. Il n'avait plus le droit d'y penser, pas après tout ce qu'il avait fait.

—On a fini? demanda Scorpius en rangeant le portable dans sa poche.

James acquiesça. Scorpius prit le paquet de cigarettes d'Emma et le fourra dans son autre poche avec un briquet. Il ne savait pas quand il aurait une nouvelle occasion de fumée mais il voulait, au moins, s'en donner la possibilité. Il se leva, sans un mot et se dirigea vers la porte, sans un au revoir, sans un regard. Il se préparait doucement à retourner en enfer.

—Ça va aller? demanda brusquement James en se levant à son tour.

La main sur la poignée de la porte d'entrée, Scorpius se tourna vers le jeune auror.

—Tu t'inquiètes vraiment pour moi ou pour la mission?

—Les deux... , répondit James après un temps. Je dois t'avouer que je te croyais pas capable d'encaisser tout ça. T'as fait du bon boulot, Malefoy.

Scorpius ne répondit pas. Il ne se réjouit même pas du premier compliment de James à son égard. Il ne savait pas ce qu'impliquait ce "bon boulot" et tout ce qu'il avait été obligé de faire pour arriver à ses fins. Il n'y avait aucune fierté à en retirer. Mais ça, James, bien au chaud chez les aurors, ne pouvait pas le comprendre.

—Hey! Malefoy! appela encore James alors qu'il allait partir. Sois prudent!

—C'est la chose la plus gentille que tu m'ais jamais dite, Potter. Fais gaffe! Tu te ramollis.

Et il claqua la porte derrière lui.

OoO

Galaad mit rapidement Scorpius au boulot.

Il accompagnait Stanley partout. Scorpius eut bientôt une vue d'ensemble du réseau et de tout ce qu'impliquait d'être le protecteur des gros bras de Galaad. A chaque fois qu'il s'agissait de faire peur, d'intimider ou de remettre des moldus à leur place, le chef de leur quartier les envoyaient, tels deux gardes-du-corps chargés de faire régner la loi.

Ainsi, Scorpius découvrit que le trafic de Merlin était intimement lié au réseau de stupéfiants moldus. A force de manipulations et d'opération musclée, les hommes de Merlin avaient réussi à se faire respecter par la mafia "moldu" locale. Cela leur permettait de profiter des laboratoire clandestin où était fabriqué la poudre "magique" au milieu des autres drogues moldues. De temps en temps, cet accord tacite, reposant sur la menace constante de "sorciers aux pouvoirs extraordinaires" avait pour conséquence de rendre quelques menus services pour ces parrains de la drogue. L'entente devait rester cordiale et à chaque demande de violence, tuerie ou autre, Galaad envoyait Scorpius et Stanley.

Généralement, Scorpius restait en retrait. Il observait Stanley tabasser un pauvre gars qui devait de l'argent à leurs collaborateur en surveillant les environs pour s'assurer qu'ils ne seraient pas surpris ni par un complice zélé, ni par la police moldue. Stanley abattait ses poings capable de fracasser un arbre d'un simple coup du petit doigt sur un malheureux qui hurlait à la mort en clamant son innocence. Scorpius ne bougeait pas lorsqu'il voyait le sang gicler et il s'en voulait de se dire, à chaque fois, qu'il était heureux de n'être pas à sa place. Si ce n'était pas la violence, alors Stanley leur sortait son discours sur un monde nouveau avec un sachet de poudre magique en prime, la première dose étant toujours gratuite.

Galaad lui faisait aussi tester son bouclier en lui tirant dessus avec des armes à feu moldu, en lui rappelant que leur organisation devait combattre sur les deux fronts. Scorpius s'est mangé une première balle dans la jambe, dans un hurlement de douleur, incapable de la stopper à une telle vitesse. Galaad lui avait alors montré ses incroyables talents de guérisseurs. Ce malade était aussi doué pour ramener la vie que pour la reprendre et Scorpius constatait alors l'écart de niveau entre lui, un débutant avec la manipulation de la Magie Primale, et un véritable élu autorisé à approcher le grand Merlin.

Les jours passèrent toujours de la même manière. Le matin, il s'entraînait avec Stanley, renforçant son pouvoir, subissant toujours les mêmes coups plus violents de son nouvel ami, sous le regard insistant de Galaad. L'après-midi, il accompagnait Stanley pour surveiller les laboratoires dans le quartier, accompagnait la marchandise jusqu'à des camions de la mafia moldue et enregistrait chaque détail, chaque visage dans son esprit. Chaque jour avait son lot de violence et de mort. Parfois, Scorpius était obligé d'y participer, parfois il ne faisait qu'observer. Mais les deux étaient tout aussi douloureux. Il avait remarqué un détail au fil du temps. A chaque fois qu'il assistait à la mort de quelqu'un ou en était responsable, son rythme cardiaque s'accélérait toujours mais ses mains ne tremblaient plus. Peu à peu, il était devenu insensible et cela ne l'effrayait plus.

James n'appelait jamais pour avoir de ses nouvelles et il gardait toujours, sur lui, le portable qu'il lui avait donné. Il attendait le bon moment, le temps que tous ces salopards s'habituent à sa présence, parlent avec lui jusqu'à même se permettre de plaisanter. Lorsqu'il fut sûr qu'il courrait le moins de danger possible, il s'isola à l'extérieur pour envoyer une adresse sur le portable de James.

OoO

Rose dicta une dernière note à sa plume à papote, en train de rédiger son rapport sur la victime numéro 15, retrouvée dans le marais. Il s'agissait d'une cracmol âgée de seulement quinze ans qui avait vu tous ses frères et sœurs entrés à Poudlard, en les saluant de la main à chaque rentrée, laissée à l'écart sur le quai neuf, trois-quart. Elle avait fugué de chez ses parents depuis depuis l'année dernière, sans donner aucun nouvelle. Ils avaient bien sûr prévenu la brigade policière qui en avait conclu à un cas de cracmol, revenu à sa juste place, à savoir dans le monde des moldus. Les médicomages avaient retrouvé une trace importante de la "Potter" dans ses veines, ce qui avait fini par la tuer.

Le reste des victimes étaient du même acabit.

Ils avaient réussi à identifier quelques moldus, d'anciens drogués portés disparus, ainsi que quelques cracmols dont les dossiers de disparition jonchaient les bureaux de la brigade policière magique. Aucun de leurs proches, à qui elle avait été obligée de communiquer leur décès, n'avaient pu leur dire ce qui leur était arrivé. Il avait cependant tous parlé d'un changement de comportement, d'une agressivité étrange envers leur famille et puis, du jour au lendemain, ils avaient tous disparus sans laisser de traces. Les bureaux n'avaient aucune piste et pendant tout ce temps de deuil pénible, Rose s'était efforcé d'oublier ce que son cousin lui avait révélé.

De fait, elle s'était un peu éloigné d'Arthur. Même si celui-ci s'était réjoui quand elle lui annonça qu'elle acceptait sa demande, Rose se sentait vidée de toute joie. Ce n'était pas comme lorsqu'elle s'était retrouvé face au vide, au sommet de la Tour d'Astronomie. Elle n'était pas malheureuse, elle avait seulement fait taire sa colère qui bouillonnait encore dans ses veines, dans un calme relatif et dangereux. De fait, elle ne regardait plus James dans les yeux et lui répondait à peine lorsqu'il lui adressait la parole. Elle avait beau saccagé tout l'appartement de son fiancé, elle n'arrivait pas à calmer cette voix qui lui rappelait sans cesse les désastres d'une seule décision. Et Rose n'était pas encore prête à se flageller elle-même. En réalité, elle en avait plus qu'assez de s'en vouloir. Elle en avait marre de geindre. Elle ne désirait plus qu'une chose: entrer dans le feu de l'action, agir et réparer les torts de ceux qui l'avaient trahi.

James déboula soudain, en trombe, de son bureau et appela l'ensemble de son équipe.

—Tout le monde! cria-t'il dans la salle. Tout le monde écoute! J'ai un tuyau sur une adresse où serait fabriquée la drogue. L'endroit est bien gardé et les gars d'en face n'hésite pas à utiliser la magie ainsi que des armes moldus. Alors, on se prépare et on se tient prêt à bouger.

Arthur dévisagea Rose, une lueur d'excitation dans le regard. Il rejoignit ses collègues qui enfilait déjà leurs vestes, empoignaient leurs baguettes et se dirigeaient vers la sortie. Babette et Angus étaient surexcités. Ils furent les premiers à sortir, ravis d'avoir un peu d'action. Taylor, la grande araignée, suivit le groupe, sur le pied de guerre. En les regardant s'activer ainsi, une lueur de fierté dans leurs regards jeunes et naïf, Rose eut envie de rire. Ils n'étaient pas une élite et à les voir déambuler comme de jeunes chiens fous, cette évidence lui sauta aux yeux. Arthur s'approcha de Rose qui rangea sa baguette dans sa poche, en prenant plus son temps que d'habitude.

—T'étais au courant de ce tuyau? demanda-t'il en l'observant.

—Non. Mais tu n'as qu'à demander à James. Il en sait des choses! rétorqua-t'elle avec sarcasme.

—Ça va? demanda Arthur qui la détailla longuement.

Rose soupira. Elle devait se reprendre. Elle se força à sourire à son fiancé.

—Tout va bien, dit-elle en posant sa main sur son bras.

—Hey! Les amoureux! s'exclama James en sortant de son bureau, sa veste à moitié enfilée. C'est pas le moment de roucouler. On y va, là!

Arthur lui sourit et rejoignit la sortie comme tous les autres. Rose patienta encore une minute, seule, au quartier général des aurors. James, qui était sur le point de sortir, se retourna en apercevant Rose, encore en train d'enfiler sa veste.

—Qu'est-ce que tu ne comprends pas dans "on se bouge!", balança James en lui tenant la porte. Grouille-toi, Rose. C'est important là. On est sur le point de les coincer.

—Lâche-moi! dit-elle sur un ton agressif.

—Je te demande pardon?

Elle ne répondit pas. Rose ajusta son col, noua ses cheveux et s'avança vers la porte que tenait toujours son cousin. Constatant qu'elle l'ignorait, James la retint par le bras. Rose le fusilla du regard ce qui le désarçonna.

—T'as un problème avec moi, Rose? demanda-t'il sur un ton péremptoire.

Rose le dévisagea longuement. Elle hésitait à parler, à lui cracher cette même colère qui pourrissait en elle. Finalement, elle ouvrit la bouche.

—Comment as-tu obtenu cette adresse? demanda-t'elle à mi-voix en s'assurant que personne ne restait dans les locaux.

—Qu'est-ce que ça peut te faire?! rétorqua-t'il. Quand je te dis de bouger, tu le fais. Je suis ton supérieur et tu te rends, là où je te dis d'aller. Vu?

—Tu as dit la même chose à Scorpius avant qu'il ne se fasse envoyer à Azkaban? le défia Rose.

Alors qu'il s'apprêtait à sortir dans le couloir qui menait aux ascenseurs, James stoppa net dans son élan et se retourna lentement, l'air effaré.

—Comment... ?

—C'est Albus qui me l'a dit. Il l'a deviné. C'est son meilleur ami après tout...

Après un silence, son cousin s'approcha tout près d'elle, le regard menaçant.

—Ne prononce plus jamais ce nom ici, tu m'entends?! dit-il d'une voix sèche et irritée. C'est du sérieux, Rose. C'est dangereux!

—Tu n'aurais jamais dû lui demander ça! dit-elle encore sur un ton de défi.

—Ce ne sont pas tes affaires. C'est son choix, Rose. Après si sa sécurité t'importe autant, je te conseille de m'accompagner pour lui sauver les miches. A moins que tu ne préfères faire foirer toute l'opération pour qu'on débatte sur tes états d'âmes?

—Je n'ai pas d'états d'âmes, rétorqua-t'elle en soutenant son regard. J'ai seulement la haine, James. Contre toi, contre Albus, contre Scorpius et même contre ton père. Vous ne m'avez rien dit et vous m'avez prise pour une idiote. Et surtout, cher cousin, surtout...je t'emmerde, toi et ton petit ton supérieur !

James la contempla, choqué. Il serra les poings, tout en contemplant le regard de défi de sa cousine. Elle voyait bien qu'il fulminait en se demandant ce qu'il devait faire avec elle, comment il devait se comporter. Devait-il lui hurler dessus? En avait-il seulement le temps? Finalement, il se contenta d'acquiescer. Il aurait tout le temps de lui hurler dessus après avoir arrêter les fabricants de cette drogue infâme.

—Très bien, dit-il en soupirant pour contenir sa propre colère. J'ai compris que tu étais en colère. Et je suis à peu près sûr que tu es dans ton droit. Mais est-ce que ça te dérangerait qu'on reporte cette conversation un peu plus tard? On a une opération à mener là et crois-le ou non… J'ai besoin de toi.

Rose le sentit sincère et sa colère se calma quelque peu. Elle réfléchit une seconde puis acquiesça.

—Oui, chef! dit-elle en se tournant vers lui.

Ils sortirent en trombe, courant presque dans les couloirs pour rejoindre le reste de l'équipe.

OoO

Scorpius venait d'envoyer le message en prétextant une pause clope. Il n'eut aucun mal à persuader les fabricants moldus qui trouvèrent l'excuse valide. Il croisa cependant le regard de Galaad et de Stanley lorsqu'il sortit à l'extérieur du hangar. Heureusement pour lui, ils ne le suivirent pas. Galaad observait les moldus s'occuper de sa marchandise et discutait avec le responsable mafieux avec qui ils étaient en affaire. Quant à Stanley, il allait d'un plan de table à un autre, menaçant chacun de ses poings pour prévenir un éventuel coup fourré.

Une fois dans la rue du port de la Tamise, qui était complètement désert, Scorpius avait sorti son téléphone et avait composé les coordonnées de sa position pour l'envoyer à James. Il s'assura que le message était bien envoyé et il éteignit l'appareil pour le ranger dans son froc. Galaad avait cette autre capacité de repérer les ondes des appareils moldus. Heureusement, Scorpius s'en était rendu compte avant qu'il ne perçoive son propre portable. Depuis, il restait toujours éteint dans sa poche et il ne s'en séparait jamais.

Scorpius prit une grande respiration en allumant sa cigarette. Avec un peu de chance, sa petite comédie s'arrêterait aujourd'hui. Bientôt, une armée d'auror déboulerait dans le coin. S'ils étaient aussi bien entraîné que le laissait dire James, ils viendraient à bout de cette bande de malades et Scorpius serait enfin libéré. Il se réjouissait de cette délivrance. Bientôt… bientôt, il redeviendrait quelqu'un de bien.

Il patienta une dizaine de minutes puis écrasa sa cigarette sous son talon et rentra. Plusieurs tables étaient alignées tout le long du hangar. Plusieurs halogènes éclairait l'endroit, normalement plongé dans l'obscurité. La lumière clignotait de temps en temps mais personne ne s'en plaignait et surtout pas les gars à la fabrication. Ils manipulaient, dans des gestes experts, de grands tubes, des bassines, des fioles contenant des liquides translucides qui puaient la mort. Scorpius avait parfois l'impression d'observer des sorciers en pleine préparation de potions particulièrement complexe. La fumée nauséabonde qui s'en dégageait, les masques sur leur nez et les flammes sous les préparations, lui rappelait ses cours dans les cachots humides de Poudlard. Il ne manquait plus que des baguettes et les instructions d'un professeur particulièrement antipathique.

Pour ce qui était des mines renfrognées, il était servit. Plusieurs gars, que ce soit ceux de Galaad ou ceux de la mafia moldu, étaient postés dans les quatre coins de la pièce. Les moldus étaient armés de grandes armes que Scorpius n'avait pu manier que dans ses jeux vidéos. Ils parlaient peu, lançant des regards obliques à ces drôles d'énergumènes qui savaient faire des choses extraordinaires. Ces hommes fixaient particulièrement Stanley qui représentait, à leurs yeux, le plus gros danger.

Galaad avait apporté des fioles de sang. C'était avec ça qu'ils produisaient la fameuse poudre que consommaient en masse les drogués moldus et ceux d'Azkaban. Scorpius avait découvert que certaines des recrues de Galaad ne servait qu'à ça: capter la magie de la source et la fournir sous forme liquide à travers leurs litres de sang. Ils n'étaient que des vaches à lait, fournissant la matière première. De petits sacrifices, comme le disait si bien Galaad avec son sourire sadique. Scorpius en était dégoûté. Il avait pris cette merde sans se douter un seul instant de sa fabrication et de son coût. Il pris aussi conscience à quel point il avait eu de la chance de se montrer utile aux yeux de Galaad. Il aurait très bien pu finir comme l'un de ses types qui hurlaient à la mort avant de se faire égorger et vider comme un porc.

Scorpius se sentait fébrile. Bientôt, il n'aurait plus à faire semblant d'obéir à ce salopard et il espérait qu'il pourrait bientôt venger la mort de Gwen. Bientôt… Bientôt, James allait débarquer avec tous les autres. Il devait encore patienter...encore un peu. Tenir.

Soudain, une forme bleuté traversa la paroi du hangar et vola à travers la pièce. Scorpius reconnut aussitôt le sortilège du patronus. Les gars cessèrent de travailler. L'activité stoppa brusquement tandis que tous avaient le regard fixé sur la brume blanchâtre qui se matérialisait près de Galaad. Scorpius en eut le souffle coupé. Il n'osa plus faire le moindre mouvement. Était-ce une stratégie de James? Allait-il lui hurler des instructions ou sommer Galaad de se rendre? Il ne savait pas si c'était une bonne idée.

Les moldus s'agitèrent. Les gardes-du-corps levèrent leurs armes vers Galaad et la forme animal qui devenait de plus en plus solide. Le chef des moldus se mit à crier contre l'homme au complet noir en braquant un petit revolver sur lui.

Galaad leva la main, lentement, comme pour leur dire de se calmer. Il fixait le patronus avec un sourire et Scorpius comprit que quelque chose clochait.

—Doucement, messieurs! s'exclama Galaad. Ce n'est rien. Vous n'avez pas à avoir peur.

—Qu'est-ce que c'est que ça?! cria le mafieux en braquant toujours son arme sur la poitrine de Galaad. Ne jouez pas les plus fins avec nous.

Le moldu, un gars plutôt bedonnant, chemise ouverte sur son torse velu, colla son canon sur la tempe de Galaad en essayant de l'intimider. A leurs pieds, le patronus prit la forme d'un rat. Scorpius contemplait le spectacle absurde sans savoir quoi faire. Les yeux de Galaad se plissèrent et Scorpius comprit que tout allait mal tourner. Il agita imperceptiblement ses doigts et une dizaine d'aiguilles, fines et longues, se matérialisèrent dans l'air. Il cloua le revolver du chef mafieux sur le métal froid de la paroi du hangar dans un grand Bang. Les hommes armés firent mine de tirer et les autres aiguilles se plantèrent dans leurs propres canons, scindant l'arme en deux comme si elles avaient été découpées en deux par une arme invisible. Ils lâchèrent leurs morceaux d'armes, devenues inutiles, blêmes de peur.

—Comme je vous le disais, dit encore Galaad en se lissant ses épais cheveux noirs en arrière, vous n'avez rien à craindre. Ce n'est ni un piège, ni une tentative d'intimidation, contrairement à votre attaque pitoyable.

Il se tourna vers l'homme qui l'avait braqué. Ses fines lèvres frémirent de peur en croisant le regard noir de Galaad. Ses mains se mirent à trembler et il recula. Galaad ne s'en formalisa pas. Il était concentré sur le petit rat qui leva son museau vers son interlocuteur.

Ils arrivent, dit une voix d'outre-tombe qui résonna dans tout le hangar.

Et il disparut dans un panache de fumée. Galaad, qui s'était abaissé pour écouter l'animal fantomatique, se redressa lentement.

—Très bien, nous allons devoir quitter les lieux, annonça-t'il aux occupants devant lui. Messieurs, dit-il encore en se tournant vers les moldus toujours très pâle, si vous tenez à rester à affronter une bande de sorciers, je ne vous en empêcherai pas mais je doute que vous sortiez vainqueur de cet affrontement. Et votre mort, me désolerait profondément, mentit-il.

Il tapota la joue flasque du chef de la mafia qui le contempla, hébété. Galaad ordonna aux fabricants d'embarquer la marchandise et les moldus comprirent que la menace était réelle. Le petit chef bedonnant ne demanda pas son reste. Il fit signe à ses hommes de prendre ce qu'ils pouvaient et ils sortirent en trombe comme si le diable en personne les poursuivait.

Scorpius n'en revenait pas. Il avait vu, avec la disparition du patronus, ses espoirs de libertés s'envoler. Il était sous le choc et contrairement aux autres, ils n'avaient toujours pas bougé. Il vit Stanley fourrer les fioles de sang dans son sac et Galaad s'approcha de lui en posant sa main sur son épaule.

—Brûle cet endroit. Ils ne doivent rien trouver.

Galaad se dirigea tranquillement vers la sortie, Stanley sur ses talons. Il ne restait plus que Scorpius qui n'avait pas le temps d'hésiter. Il rassembla les tables, les produits inflammables et alluma son briquet. Il mit le feu et contempla les flammes qui consumaient sa déception.

OoO

Ils étaient arrivés trop tard.

Dès qu'ils transplanèrent dans les environs, Rose aperçut, la première, les volutes de fumées noires qui s'élevaient dans le ciel. Les pompiers moldus étaient déjà sur place. Ils déversaient des litres d'eau, à l'aide de leurs tuyaux étranges, sur le hangar qui correspondait à l'adresse reçue. Rose sut immédiatement qu'il n'y avait plus rien à faire. Ils avaient été pris de court et ils avaient échoué, une fois de plus.

James ne voulut pas l'accepter tout de suite. Rose dut l'arrêter lorsqu'il voulut braver les flammes, au milieu des moldus amassés autour du site. Elle lui hurla dessus pour lui faire recouvrer ses esprits. Et lorsqu'il daigna enfin à baisser les yeux vers elle, Rose y perçut de l'incrédulité et du désespoir. Il avait misé beaucoup sur ce coup et ils n'entrapercevaient pas encore toutes les conséquences de leurs échecs.

James s'écroula contre la paroi dentelé d'un box, à l'écart de l'incendie, sous les yeux médusés de tous ses hommes. Il n'en avait plus rien à faire de paraître découragé devant ses recrues. Il était juste épuisé et Rose partageait son désarroi.

Elle contempla les flammes en comprenant qu'ils avaient, avant tout, échoué à sortir Scorpius de cet enfer.