27

LA PEUR AU VENTRE


Après le fiasco dans le hangar sur le port, Scorpius avait fait le mort pendant quelques temps. Il avait craint une réaction de Galaad après la perte d'une partie de la marchandise. Il avait eu peur qu'il fasse le lien entre l'attaque imminente des aurors et sa pause cigarette, une dizaine de minutes avant. Chaque soir, il était rentré à son motel, les yeux grands ouverts dans son lit, même pas défait, persuadé que Galaad le tuerait le lendemain.

Mais rien n'avait changé.

Galaad riait de cet incident et n'en avait plus reparlé depuis que quelques moldus de la mafia lui avait demandé des comptes. Car c'était eux qui avaient le plus perdu dans l'histoire. Les fioles de sang étaient toujours en la possession de Galaad et les moldus avaient perdu la marchandise qu'ils étaient venus couper et entreposer pour la vente. Galaad les avait reçus en parfait gentleman, dans son club, encore vide la journée et il leur avait promis le double de la quantité habituelle avec une ristourne pour le désagrément. Le chef mafieux avait la tête des hommes qui cherchaient à se venger de l'humiliation qu'il avait subie après l'arrivée du Patronus, mais il n'osa pas lever le petit doigt pour laver son honneur. Il avait bien trop peur de Galaad et cela se voyait. Il suait à grandes eaux sous sa moumoute mal fixée et sous sa petite moustache bien taillée.

Et pendant tout ce temps, Scorpius n'eut aucun ennui. Galaad le félicita même pour sa réactivité pour déclencher un incendie dont les flammes avaient bientôt percées le plafond. Et tout cela sans baguette. Il était content de ses résultats et lui tapotait souvent l'épaule en lui promettant de plus grands privilèges s'il continuait sur cette voie.

Une semaine après l'incident, Scorpius se décida à allumer son portable. Il découvrit alors une quantité de messages de James, au moins une trentaine qui passaient de l'inquiétude à la colère. Le dernier lui proposait un rendez-vous. Scorpius confirma et il se permit de dormir quelques heures, seul dans sa chambre d'hôtel.

Le lendemain, tard dans la journée, après qu'il ait procédé à ses rituels journaliers et accompagné Stanley pour une nouvelle mise à sac, il frappa à la porte de l'appartement de James. Bien sûr, il s'était assuré de ne pas être suivi et il savait que cet appartement était un lieu sûr. James l'avait loué et enregistré dans le monde moldu. Pour le Monde Magique, il était toujours domicilié chez son père. C'était l'endroit parfait pour leurs rendez-vous clandestins.

James lui ouvrit. Il n'avait pas l'air enchanté de le voir. Il ne portait pas son habituel uniforme d'auror et Scorpius se rappela qu'ils étaient le week-end. James ne travaillait pas aujourd'hui. Cette pensée amusa Scorpius. Pour sa part, il avait perdu le fil des jours, enlisé dans ce boulot infâme et ingrat qui lui demandait de s'investir chaque jour, chaque minute. Il n'avait pas droit à un peu de repos, lui. Ou si, quand il se retrouvait seul la nuit. Tout seul, dans le noir, sans personne pour le soutenir ou lui rappeler qu'il n'était pas un homme mauvais, qu'au fond, il n'était pas l'homme qu'il prétendait être. Mentir constamment en craignant sans cesse pour sa vie, commençait à le fatiguer.

—Entre, l'invita James avec humeur.

Scorpius ne répondit pas. Il se contenta de lui décocher un regard noir. Il sortit son paquet de cigarettes en entrant dans son petit salon et se figea en découvrant Harry Potter, installé sur le canapé, jambes croisées, une tasse de thé fumante posée devant lui. Lorsque l'Élu croisa le regard de Scorpius, celui-ci y vit ce même choc qu'il avait discerné dans les yeux de chaque personne de son passé. Il en serait ainsi pour tous les autres. Maintenant, il n'inspirait que de la peur. Mais chez Harry Potter, il discerna encore autre chose. Par-delà l'incompréhension, la méfiance et le dégoût, il y avait de la culpabilité. Car il lisait sur le visage du chef de l'auror qu'il se rendait responsable de son état. Scorpius ne pouvait pas vraiment lui donner tort.

—Bonjour, Scorpius, dit-il en tentant de lui sourire.

Scorpius dévisagea James puis se retourna vers son père.

—Je croyais que je ne devais voir que James…

—Disons que les derniers évènements nous ont un peu inquiété.

—Inquiété...seulement? répéta Scorpius en acquiesçant avec insolence.

Il porta une cigarette à ses lèvres et l'alluma sous le regard choqué et dégoûté du propriétaire des lieux.

—Qu'est-ce qu'il s'est passé au port?! s'exclama soudain James en éventant la fumée. C'était censé être du tout cuit? C'est toi qui a mis le feu? Tu t'es dit que ça te plaisait de jouer les espions et que tu voulais faire durer le plaisir?

Il avait ignoré la fumée et il s'était approché de Scorpius pour le défier, la colère déformant ses traits. Celle de Scorpius commençait à monter aussi.

—Attends, c'est toi qui me parle, là?! s'énerva Scorpius en repoussant James. Déjà, t'as mis un temps fou à débarquer. Ils ont eu le temps de nettoyer les lieux avant que vous vous décidiez à venir. En plus, C'est…

—Tu te calmes! le coupa James. Tu te prends pour qui pour nous parler comme ça? T'as juste un seul rôle, faire semblant. C'est pas la mort.

—Pas la mort?! s'écria Scorpius qui devint blême de rage. Je risque ma vie tous les jours pour vos conneries! Et j'y gagne quoi moi là-dedans? Que dalle! Me dis pas que c'est facile de faire semblant.

—Les gens le font tout le temps, abruti. C'est pas un exploit.

—Je ne suis pas les gens! cria Scorpius. Je ne suis pas la majorité des gens, d'accord?!

Il s'était tourné vers Harry en disant cela, excédé et ressentant le besoin d'exprimer ce qu'il ressentait au plus profond de lui. Oui, il n'était pas comme la majorité des gens parce qu'il n'était plus personne. Il n'appartenait plus au monde des Sorciers, ni à celui des moldus. Il n'avait plus sa propre identité et le peu de gens qui l'avaient toujours soutenu, le prenaient pour un criminel. Il n'avait plus personne mis à part ce grand con de James. Harry le comprit immédiatement et baissa les yeux.

—Toi, t'es personne! rugit James qui avait pris la réplique de Scorpius pour de l'orgueil mal placé. On est les deux seules personnes à savoir que tu fais partie des gentils, dit-il en se désignant lui et son père. On pourrait très bien oublier ce détail et qu'est-ce que tu deviendrais alors? Un des tarés de Merlin! On pourrait même t'arrêter, dit-il encore en regardant son père pour qu'il l'appuie. On te remet à Azkaban pour la peine. Et si on faisait ça, papa?

James s'était tourné vers son père et il ne remarqua pas les yeux, rendus fous de colère, de Scorpius avant qu'il ne se jette sur lui. Il le saisit par les pans de son tee-shirt et le poussa contre le mur qui trembla sous le choc. Un tableau hideux, encadré, tomba à terre et la vitre se brisa à leurs pieds.

—Et si c'est moi qui te tue?! éructa Scorpius à la face de James devenu soudain très pâle. Hein? Connard? Qu'est-ce que tu vas faire?!

—ARRÊTEZ! cria Harry en se levant enfin.

Il sortit sa baguette mais Scorpius n'en avait pas encore fini avec James. L'évocation d'Azkaban lui avait fait peur et la colère avait été la plus forte. Une foule de souvenirs horribles lui étaient revenus en tête et il n'avait pas pu s'empêcher de lui sauter à la gorge. James avait le don de l'ébranler au plus profond de lui-même, avec toujours ce zèle idiot devant son paternel, comme s'il cherchait à l'impressionner, quitte à blesser Scorpius, qui était déjà à cran en entrant. Tout seul, James était encore potable. Avec son père, il devenait le plus odieux des connards. Mais Scorpius était las de ses petits jeux pour regonfler son égo meurtri. C'était pas le jour pour venir le faire chier.

—Scorpius! tonna Harry, la main serrée autour de sa baguette. Lâche-le. Il plaisantait.

—Je plaisante pas du tout, s'entêta James en fusillant Scorpius du regard. C'est pas parce que tu fais semblant tout le temps que tu peux me faire croire que t'es devenu un gros dur. Pour moi, tu restes juste un de ces pourris de sang-pur!

Le coup partit avant même qu'Harry ne songe à les séparer d'un sort. Scorpius abattit son poing sur la mâchoire de James qui s'effondra un peu contre le mur. Les deux hommes se battèrent comme des chiffonniers et Scorpius encaissa chaque coup comme de faibles tapes sur l'épaule grâce à son bouclier. James s'écorcha les poings sur sa peau sans réussir à lui faire mal. Et tout ça, ponctués des hurlements d'Harry pour les faire arrêter.

—STOP! cria-t'il. Arrêtez tous les deux! STOP!

Il agita sa baguette et James fut propulsé en arrière d'un bon mètre en s'échouant lourdement sur sa moquette. Mais le sort n'eut aucun effet sur Scorpius qui en profita pour se jeter à nouveau sur James, ne lui laissant aucun répit.

—ARRÊTE SCORPIUS! hurla Harry en le tirant par la veste.

Lorsqu'il leva encore le poing, bien décidé à faire très mal, aveuglé par sa colère, il stoppa net en rencontrant le regard d'Harry Potter.

—Réfléchissez, par Merlin! s'exclama Harry, outré. Vous êtes dans le même camp, bon sang! Vous vous comportez comme des gosses! Maintenant, vous vous asseyez et vous vous calmez! rugit Harry.

Scorpius lâcha James en levant les mains en signe de reddition. Cela ne l'empêcha pas de le fusiller du regard en se relevant. Harry aida son fils à se relever. Scorpius s'asseya sur une chaise en face du canapé, s'allumant une nouvelle cigarette tandis que James pris un des fauteuils opposés, ramenant ses cheveux bruns en arrière et essuyant le sang de ses jointures et de sa tempe. Harry prit place au milieu, rangeant sa baguette dans sa poche.

—Comment se fait-il que le sort n'ait eu aucun effet sur toi? demanda-t'il à Scorpius qui tira une bouffée de sa cigarette.

—C'est grâce à mes nouveaux pouvoirs, répondit-il en soufflant sur l'extrémité de sa clope pour allumer la braise rougeoyante. J'ai développé un bouclier. Il n'est pas encore très puissant mais reste efficace contre les sorts à faible portée ou les coups de limaces de votre fils.

Il jeta un oeil à James qui soignait encore ses plaies. Il émit un grognement et détourna la tête en espérant ignorer son ennemi de toujours. Harry tourna les yeux vers Scorpius.

—James m'a parlé de votre première entrevue, commença-t'il d'une voix plus calme. Mais je vais te demander de nous raconter tout ce qu'il s'est passé depuis que tu as été envoyé à Azkaban.

Scorpius hésitait. La conversation avec James dans l'appartement d'Emma avait été brève, concise et précise. Il n'était pas entré dans les détails les plus affreux parce qu'il n'en avait eu aucune envie. Raconter toutes les horreurs qu'il avait été obligé de faire dans un endroit qu'il avait considéré comme un refuge, par le passé, avait été au-dessus de ses forces. Et il avait remercié la courtoisie ou la bêtise de James pour n'avoir pas posé plus de questions. Mais le regard vert de Harry était sans appel. Celui-ci remarqua son trouble.

—Je me doute qu'il t'es arrivé des choses que tu aimerais mieux oublier. Je connais cette douleur Scorpius, plus que tu ne le crois. Et un grand sorcier m'a un jour dit que endormir la douleur pendant quelques temps ne la rendra que plus intense lorsque tu la sentiras à nouveau.

Scorpius tira encore une fois sur sa cigarette. Il ne savait pas qui avait prononcé ces mots mais il n'avait jamais entendu quelque chose d'aussi vrai.

—Tu as fait preuve d'un courage que peu de sorciers auraient pu avoir, dit-il encore. Et j'ai bien conscience de t'en avoir demandé beaucoup mais je te demande de montrer encore une fois cette bravoure. Raconte-nous ce qu'il s'est passé.

Dans le salon, un silence pesant suivit la demande d'Harry. Scorpius contempla un moment sa cigarette en train de se consumer entre ses doigts. Il la laissa tomber dans l'une des tasses pleines de thé sur la table basse. Il prit ensuite une profonde inspiration et commença son récit, dans les moindres détails.

Au fur et à mesure qu'il parlait, il revoyait défiler devant ses yeux tous les évènements de ces six derniers mois. Il commença par les conditions de vie en prison. Il revit la fouille de Silver, son audience avec Ombrage et sa rencontre avec Clovis.

A l'évocation du crapaud, il vit les poings d'Harry se serrer sur ses genoux mais il ne fit aucun commentaire. La voix de Scorpius trembla légèrement lorsqu'il raconta la mort de Clovis sous ses yeux et il continua avec les mots qu'il avait échangé avec son grand-père à travers le mur qui séparait leurs deux cellules. Une ou deux fois, James sembla sur le point de faire un commentaire mais son père lui fit signe de se taire et Scorpius lui en fut reconnaissant. Il était sur le point d'aborder sa descente dans ses ténèbres les plus obscures et bientôt seule la voix de Scorpius semblait résonner dans le petit salon, sous un silence de plomb.

Les premières phrases évoquant sa stratégie contre les Néo-mangemorts et Ombrage furent les plus dures à prononcer. Car il savait qu'il entamait le chapitre de sa déchéance. Puis, il parla de sa discussion avec Gwen dans sa cellule. James poussa une exclamation et Harry se pencha plus en avant, captivé.

—Elle servait d'intermédiaire entre les gars de Merlin et la prison. Bien sûr, les gardiens cracmols faisait partie des clients et l'aidaient à faire passer la drogue à Azkaban. Toutes les nuits, Gwen se transformait en chat pour livrer la poudre dans les cellules de ses clients. Elle tenait Ombrage au courant sur les activités des Néos et elle les rancardait aussi sur le crapaud au passage. Au fond, Gwen n'a jamais servi que sa propre cause et celle de Merlin, mais pour lui...elle n'avait pas vraiment le choix. Sur le coup, j'avais pas compris. Mais maintenant que je fais partie des meubles...je sais ce que ça fait de se sentir pris au piège.

Il sortit une autre cigarette et l'alluma. C'était sa cinquième au moins. Mais c'était ce qui le faisait tenir le coup dans son récit.

—Et c'est elle qui t'a raconté tout ça? demanda Harry.

Scorpius acquiesça. Le souvenir de Gwen était encore douloureux.

—Comment as-tu fait pour gagner sa confiance? demanda James sceptique.

Scorpius le dévisagea durement à travers la fumée de sa cigarette. Il hésitait à en parler. Dans sa tête, il revoyait leur jeu de la vérité et le plaisir qu'ils s'étaient octroyés l'un à l'autre. Mais, il y avait plus important. Un moment qui avait été décisif dans sa relation avec Gwen.

—Je l'ai sauvé…, dit-il, en prenant la poudre et en tuant un néo…

Un bref instant, Scorpius crut déceler dans le regard d'Harry quelque chose qui ressemblait à de la tristesse. James se leva d'un bond de son fauteuil, partagé par la colère et le choc.

—Tu crois que jouer les espions ça te donne tous les droits? s'exclama-t'il soudain. Tu crois qu'on t'a laissé la permission de faire ce que tu veux?

—Je n'avais pas le choix, d'accord?! rétorqua Scorpius sur la défensive. Cette drogue, elle… Ça rend fou. J'ai perdu le contrôle. C'était lui ou moi et je n'ai pas su contrôler cette magie.

Il baissa la tête pour ne pas montrer son trouble. Ses mains ne tremblaient pas. Elles ne tremblaient plus depuis longtemps. Et son calme apparent le heurta bien plus que les colères de James Potter.

—Assis-toi! ordonna Harry sèchement. On comprend Scorpius. Continue, s'il-te-plaît.

Scorpius n'aimait pas l'empathie d'Harry Potter. Il comprenait bien plus le dégoût de James et il aurait préféré que l'Élu se mette en colère contre lui. Qu'il lui dise qu'il avait eu tort et que c'était mal de tuer. Face à l'air meurtri de l'auror, Scorpius se demanda soudain si le grand et bon Potter n'avait pas dû lui aussi faire des choses terribles pendant la Grande Guerre.

Après un temps, Scorpius reprit son récit. Il raconta sa prise de pouvoir dans la prison et les effets de la drogue sur des sorciers privés de baguettes. Il décrit cet état d'extase puis de profond désespoir quand elle ne faisait plus d'effet et comment bientôt, il en fut très vite dépendant.

—C'est comme recevoir d'un coup une énergie incroyable mais qui doit absolument sortir de n'importe quelle façon. C'est très puissant mais ça ne dure pas longtemps.

Il en vint au moment où Gwen l'emmena au club, à la cage au sous-sol et à sa deuxième malheureuse victime, le moldu rendu fou et déformé par un abus de poudre.

—Donc, reprit Harry en passant outre la mort de Peter, certains moldus peuvent survivre à la prise de la drogue.

—Oui, répondit Scorpius. Vous ne voyez que les victimes mais ceux qui survivent sont emmenés en bas, chez Galaad, justement parce qu'ils ont survécu.

Scorpius expliqua alors sa rencontre avec son nouveau maître. Il essaya de répéter chaque détail de leur conversation. Mais lorsqu'il voulut raconter sa séance de torture et la mort de Gwen, il sentit sa gorge se nouer. Il essaya de continuer mais le souvenir du regard suppliant de la jeune femme le submergea.

Il fut content que James rompt le silence.

—Pourquoi l'avoir tué? Elle était des leurs…

Scorpius eut un rictus.

—Cela ne signifie rien pour eux. Vous pouvez leur faire autant de promesses que vous voulez, s'ils n'ont plus besoin de vous, ils vous tuent. Gwen avait merdé en m'amenant jusqu'à leur repaire. C'était un risque compte tenu de mes antécédents et de ma famille. Elle avait foiré à Poudlard et elle était sortie d'Azkaban, la rendant complètement inutile à leurs yeux. Après l'avoir tué, Galaad a dit que j'étais là pour prendre sa place.

Il leva à nouveau les yeux vers Harry qui paraissait interdit.

—Comme pour Viviane, murmura-t'il.

—La dealeuse? dit James d'un ton brusque.

—Exactement, répondit Harry. On a pensé qu'ils voulaient simplement se débarrasser d'un témoins gênant mais elle devait travailler pour eux. Elle avait une fonction dans leur réseau, comme Gwen. Elle est tombée dans le coma après avoir pris la drogue mais elle n'en est pas morte. Elle a survécu contrairement à tous les autres moldus. Ça veut dire qu'elle faisait partie de ceux recrutés et ils l'ont tuée quand ils n'ont plus eu besoin d'elle... mais pourquoi? A quoi servait-elle?

—Les Vivianes sont un nom de code, expliqua Scorpius. Comme Galaad. Ce sont les distributeurs. Généralement des moldus qui ne font pas partie des réseaux de distributions standards. Merlin a ses propres dealeurs.

—Il y avait d'autres moyens pour la faire taire, dit Harry plongé dans ses pensées. Ils se sont pris la peine d'envoyer l'un des leurs et il était assez doué.

—N'oublie pas qu'il s'est fait capturer exprès pour pouvoir te tuer, fit remarquer James.

Harry balaya son argument de la main et Scorpius crut voir Albus dans ce geste si familier.

—Je suis persuadé que ce n'était pas son intention. C'est vrai qu'il a tenté de s'amuser avec Rose en l'attendant et en la narguant. Mais il ne s'est pas attendu à ce qu'elle fasse appel à son griffon. Il a été pris de court et je suis sûr qu'il a improvisé au Ministère. Sa seule issue était la mort et il s'est cru malin en se faisant exploser avec nous.

—Pardon? demanda Scorpius sous le choc.

Il avait tressailli à l'évocation de Rose. Bien sûr, elle n'avait rien à avoir avec celle qui avait peuplé ses délires dans l'obscurité de ses ténèbres. Mais sa présence hantait son esprit. Maintenant qu'il était sorti à l'air libre, elle était là, tout près, bien réelle.

—Rose a capturé un homme étrange. Il avait tué la dealeuse dans sa chambre d'hôpital et il s'est apparemment laissé capturer pour atteindre mon père en lui sortant des discours de "vraie magie" et de "la fin du monde des sorciers tel qu'on le connaît". Un vrai taré.

—Un fanatique…, compléta Harry.

—Ils le sont tous là-bas.

Scorpius occulta ses pensées pour Rose et continua son récit. Il raconta comment Galaad l'avait sevré de la drogue pour ensuite lui montrer la source artificielle, entourée des dolmens qui ne dépassaient pas sa taille.

—On passe tous par là. Tous ceux capables de supporter la drogue et de l'utiliser correctement à leurs yeux. Ceux qui ont le potentiel, sorcier, cracmol ou moldus; Ils nous plongent tous dans la source, une fois qu'on a été purifié.

—Ceux qui le méritent… , dit Harry à voix basse.

—Oui.

—Chez nous, la magie est un héritage. Elle se transmet par le sang. Ce Merlin veut faire croire que la magie est avant tout une affaire de mérites, dit Harry en hochant la tête. Il n'y a plus de différences ou de limites entre les sorciers, les cracmols, les nés-moldus ou les moldus. Tous sont rendus égaux face à la source. C'est la promesse qu'il leur fait à tous. C'est ce qui les convainc de le rejoindre. Qu'est-ce qu'il s'est passé quand tu as plongé?

—Je ne m'en souviens pas. répondit honnêtement Scorpius. Tout ce dont je me rappelle, c'est une impression étrange et une force incroyable en moi...comme si je venais de renaître.

—Qu'ont-ils fait de toi, après ça? demanda Harry.

—Ils m'ont mis au boulot.

Scorpius se lança alors dans de grandes explications sur la source et le don fabuleux qu'il avait reçu. Dans la tasse de thé, devenu froid au fil des heures, un tas de cigarettes fumées flottaient à sa surface.

—C'est comme si j'avais un réservoir en moi. Je n'ai plus besoin de baguette parce que je suis devenu la baguette. C'est moi qui capte l'énergie de la source dont j'ai besoin. Au début, c'est dur. Ça prend du temps. Mais plus je m'exerce et plus je la sens, naturellement. Bientôt je n'aurais plus besoin de faire tous les rituels. Je ne vois jamais Galaad les faire d'ailleurs. C'est comme ça qu'on devient plus fort.

—Tu as parlé de bouclier…, fit remarquer Harry.

—C'est mon pouvoir naturel, expliqua Scorpius. Elle dépend de l'utilisateur. Une baguette normale capte la magie d'une source grâce à son coeur. Elle n'utilise pas la magie du sorcier mais elle a besoin de ses intentions pour la décharger de cette énergie. C'est pour ça qu'elle choisit un sorcier qui fait écho à sa magie. C'est elle qui fait tout le boulot, nous ne faisons que prononcer les sorts pour déclencher cette magie parce qu'elle en est incapable. Les sorciers ne sont que des pions de la magie. Nous n'en sommes pas les véritables acteurs.

—On croirait entendre un de ces fous, commenta James en croisant les bras.

—Donc, l'interrompit Harry en ignorant son fils, ils n'ont qu'un seul pouvoir… C'est plutôt bon pour nous…

—N'en soyez pas si sûr, Monsieur. Ceux qui débutent peut-être. Mais les plus expérimentés et les plus puissants arrivent à en développer plusieurs, voir à en faire ce qu'ils veulent. Galaad fait apparaître des aiguilles pour torturer, trancher, tuer mais il peut guérir et ressentir certaines ondes. Je pense que ce gars a passé des années à s'entraîner pour acquérir de tels pouvoirs et j'en ai eu, plusieurs fois, un aperçu. C'est un monstre. Je n'ose même pas imaginer de quoi est capable Merlin.

Le père et le fils se dévisagèrent, soudain inquiets.

—Heureusement, ils ne sont pas tous de ce niveau…, dit James pour se rassurer.

—Sauf qu'ils sacrifient les plus faibles…, rétorqua Scorpius. Ceux qui ne sont pas capable de faire ressurgir leur pouvoir après être passé par la source sont vidé comme des porcs pour leur sang. Ils s'en servent pour la fabrication de la drogue… Et Galaad n'est pas le seul qui a un niveau pareil. Merlin ne s'entoure que des meilleurs, ils sont les seuls à avoir le droit de le voir. Les plus méritant, encore…, dit-il en regardant Harry. Et je ne sais pas combien ils sont autour de lui.

—Une dizaine? tenta James.

—J'en sais rien, répéta Scorpius. Ils pourraient tout aussi bien être une centaine… De toute façon, il en suffit d'un seul pour tous nous mettre au tapis.

James émit un grognement moqueur.

—T'as les foies, Malefoy?

—Je plaisante pas, James, rétorqua Scorpius. C'est du sérieux, cette fois. Et tu veux savoir… Oui, j'ai peur. J'suis terrifié et tu devrais l'être aussi.

James se tut, perturbé par la soudaine sincérité de l'ancien Serpentard, fier et arrogant. Scorpius jeta sa cigarette fumée jusqu'au filtre dans sa tasse.

—On a un autre problème…

Il parla du hangar, du message qu'il avait envoyé à James. Celui-ci confirma lorsque son père se tourna vers lui. Scorpius expliqua l'alliance entre Galaad et la mafia locale moldue qui permettait une meilleure distribution de la poudre parmi la clientèle habituée à consommer ce genre de produits. Cela leur permettait aussi de leurrer la brigade policière magique ainsi que les aurors. Harry et James se crispèrent en l'écoutant.

—Un patronus est apparu, lâcha Scorpius sans suspens. Galaad n'a pas été étonné de le voir. Il leur a dit de se barrer et ils l'ont fait. C'est ça qui a fait capoter votre opération. Vous avez un espion chez les aurors.

La révélation frappa de plein fouet le chef concerné ainsi que son second.

—Tu es sûr? ne put s'empêcher de demander Harry, devenu blême.

—Je ne vois pas d'autres explications. Il savait que vous arriviez, pas dans trois heures, pas demain. Ils savaient que vous arriviez là maintenant pour tous les chopper. Juste après que je t'ai envoyé ce putain de message…, s'énerva Scorpius en abattant son poing sur la table.

Les tasses tintèrent sous l'impact. Scorpius et Harry se tournèrent vers James.

—Ça veut dire quoi, ça? Vous me soupçonnez? se défendit James sur un ton agressif.

—Bien sûr que non! dit Harry.

—Si j'avais voulu te causer du tort, dit encore James en criant presque, j'aurais pu te dénoncer bien plus tôt et à l'heure qu'il est, tu serais avec cette Gwen, à patauger dans les marais.

Scorpius fit mine de se lever pour se jeter sur lui, à nouveau mais Harry le retint d'un regard.

—A qui as-tu communiqué l'adresse? demanda Harry.

—A tout le monde! s'exclama son fils. C'était une opération risquée, j'ai mis tout le monde sur le coup.

—Le patronus était un rat, révéla Scorpius qui s'efforçait de se calmer. Je me souviens que quand tu nous as fait passé ta fichue épreuve avec les détraqueurs, il y avait un rat dans le lot.

—Tu sais qui l'a fait apparaître?

—Aucune idée, c'était le chaos…

—MERDE!

James explosa. Il balaya sa tasse devant lui qui alla échouer sur son tapis en déversant tout son contenu. Il se leva, furieux et se mit à faire les cent pas.

—C'est une de mes recrues. Merde! cracha encore James, hors de lui. Ce sale...cette pourriture de…

—Tu sais qui c'est? demanda Harry avec espoir.

—Non! s'écria James.

Il se radoucit immédiatement en croisant le regard noir de son père.

—C'est juste… C'est quelqu'un que j'ai entraîné. Ça me rend fou!

—On peut déjà éliminer Rose, lâcha Scorpius. Son patronus est un griffon et je la vois mal pactiser avec ces enfoirés.

Il en était même sûr. Rose était la personne la plus intègre qu'il connaissait. Elle aurait préféré mourir plutôt que de trahir sa fonction ou l'un de ses proches.

—Il reste Babette, Angus, Taylor et Arthur, énuméra James, encore furieux.

—L'un d'eux t'as paru bizarre ces derniers temps?

James réfléchit en tournant en rond, devant eux, comme un lion en cage.

—Taylor peut-être mais il a toujours été très bizarre. Babette et Angus se sont révélés très fort dans l'épreuve d'infiltration. Quant à Arthur, ça m'étonnerait. Rose aurait remarqué si quelque chose clochait chez lui. C'est son fiancé, après tout.

—Quoi…?

La question lui avait échappé car la révélation de James l'avait touché en plein coeur. Scorpius leva lentement les yeux vers James qui prit soin de l'éviter. Avait-il conscience qu'il avait commis une gaffe ou l'avait-il fait exprès? James savait pertinemment quel effet aurait cette nouvelle sur Scorpius. Celui-ci baissa les yeux, tourmenté. La Rose de ses rêves avait disparu subitement pour laisser place à une jeune femme épanouie aux bras d'un autre homme à qui elle avait promis le mariage. Son souvenir ne lui appartenait plus. Tout l'espoir qu'elle lui avait inspiré, même dans ses illusions, s'évanouissait brusquement dans cette nouvelle. Rose allait se marier.

—Rose va se marier? répéta Harry, ébahi.

—Oui… D'ailleurs elle est au courant pour toi, dit-il en se tournant vers Scorpius.

—Comment ça? dit-il encore sonné.

—Elle sait que tu es un espion. Albus l'a deviné et le lui a dit. Elle m'en a parlé peu après que j'ai reçu ton message.

Alors comme ça, Albus avait deviné… Scorpius ne put s'empêcher de s'en réjouir secrètement. Avec du recul, il se traita d'idiot d'avoir cru, un seul instant, qu'il pouvait duper son meilleur ami. Albus ne le prenait pas pour un dangereux criminel. Il savait… Il n'avait jamais douté qu'il était quelqu'un de bien. Scorpius laissa échapper un sourire.

—Tu es inconscient, James! s'exclama Harry, en colère. Quelqu'un aurait pu vous entendre!

—Ça m'étonnerait, intervint Scorpius en essayant de retrouver son sang-froid. Si l'indic de Galaad les avait entendu, je serais déjà mort.

—Mais ça peut devenir dangereux, insista Harry en fusillant son fils du regard.

—Je lui ai dit de la fermer! se défendit encore James. Qu'est-ce que tu veux que je fasse de plus?

James se laissa tomber dans son divan en poussant un profond soupir. Les trois hommes demeurèrent silencieux, encaissant chacun les dernières révélations. Harry fut le premier à rompre le silence.

—Le plus gros problème, dit-il, le regard dans le vide, c'est la fuite. Tant que nous aurons ce rat parmi nous, nous ne pouvons rien entreprendre sans risquer nos futures opérations.

—Ouais…, lâcha Scorpius. Et moi, je suis déjà mort. Vous avez des fuites, c'est un fait. Faut que vous vous occupiez de ce salaud avant qu'il ne me balance à Galaad.

—Ah ouais?! dit James avec humeur. Et on fait comment, monsieur le génie?

—Faites passer un test à tous vos aurors... , tenta Scorpius. Faites-les faire apparaître un patronus.

—Trop risqué et trop évident, dit Harry en soupirant. Surtout que j'imagine que Galaad n'a pas emmené la totalité de ces hommes avec lui dans cet hangar. Il y avait qui? Toi et ce Stanley, c'est ça? Il fera vite le lien.

—Alors quoique vous fassiez, je suis mort! comprit Scorpius.

Il se prit la tête dans les mains. Il avait Rose dans un coin de son esprit, sans parler du tourbillon de menaces de mort qui planaient sur lui. Tout s'emmêlait dans un magnifique maelstrom d'idées noires. Il se sentait piégé et ses deux seuls alliés ne pouvaient rien faire pour lui.

—Je pourrais tout arrêter…, dit-il à voix-haute. Je disparais et je me cache, le temps que ça se tasse.

Harry posa une main sur son épaule. Contrairement à Galaad, il n'eut pas cette révulsion à son contact. Le regard de l'Élu était chaleureux et compatissant.

—Je vais le répéter, Scorpius, dit-il en plongeant son regard dans le sien. Tu as fait preuve d'une bravoure qui dépasse tout ce que j'aurais pu attendre de toi. Tu as porté sur tes épaules le fardeau qu'aucun sorcier ne pourrait seulement imaginer. Mais il nous reste à débusquer la menace la plus importante. Il faut qu'on trouve Merlin.

—Ils vont me découper en morceaux avant même que je puisse le rencontrer! contra Scorpius qui sentait sa volonté faiblir.

—Tiens-le coup encore un peu. Pour moi…, ajouta-t'il en renforçant sa prise sur son épaule. Juste un peu, le temps que tu le trouves. Après tout sera terminé! Je te le promets. Fais ça pour moi…

Scorpius savait ce qui impliquait le fait de trouver Merlin. Il devrait devenir plus fort, peut-être aussi fort que Galaad pour espérer entrer dans son cercle. Cela signifiait encore plus de violence, de morts et avec l'inquiétude que le rat chez les aurors ne découvre pas sa véritable identité. Mais il songeait aussi à tout ce qui impliquait son abandon, sa fuite et sa lâcheté. Les aurors ne pouvaient pas gagner contre eux, surtout avec un espion parmi eux. Scorpius lisait dans les yeux verts d'Harry Potter, qu'il était leur dernier espoir de remporter la victoire contre un ennemi qui demeurait encore dans l'ombre.

—D'accord, acquiesça Scorpius. Encore un peu...