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LA CIBLE


Après une nuit particulièrement agitée, Scorpius se présenta, comme chaque matin, à l'entrée du club, Camelot. Les portes étaient fermées, mais lorsqu'il frappa trois fois, le videur, un gars musclé au regard fuyant, lui ouvrit sans un mot. Scorpius faisait maintenant partie des meubles. Plus qu'un simple pion comme ces moldus-Viviane, qui venaient chercher leurs doses pour les refourguer ensuite à leurs prochaines victimes, Scorpius étaient maintenant connu pour être l'un des bras-droits de Galaad, celui qui était présent lors de la transaction avortée au hangar du port de la Tamise, et celui qui avait fini le boulot en y mettant le feu. C'était sans compter sur ses nouvelles capacités. Si Stanley était craint par tous à cause de sa puissance, Scorpius avait réussi à imposer le respect en raison de ses extraordinaires facultés défensives. Les videurs, gros bras et autres recrues de Galaad n'osaient jamais le provoquer, car ils savaient qu'ils auraient été complètement impuissants face à son bouclier qui se renforçait de jours en jours. De fait, Scorpius avait pu constater les changements d'attitudes des employés du club. Tous l'avait hissé comme l'un des proches du grand chef, celui juste en dessous du terrifiant Stanley.

Scorpius aurait pu s'en réjouir. Se faire attribuer ainsi cette position surtout avec la menace de se faire découvrir à cause de la taupe chez les aurors, avait de quoi le rassurer dans sa mission. Mais ce matin, la peur, les angoisses et les doutes s'étaient quelque peu dissipés dans son cœur. Rose y avait pris une petite place. Les événements de la veille, serrés l'un contre l'autre dans sa chambre, avaient remplacé la Rose fantasmée de son esprit. La vraie l'avait laissé l'embrasser. La vrai savait qui il était vraiment et l'avait supplié de rester en vie.

En se rendant chez elle, il avait craint qu'elle ne le rejette. Après tout, elle était fiancée maintenant, sur le point de déménager chez lui. Il ne savait pas ce qui l'avait poussé à marcher jusqu'à la maison familiale des Weasley. Dans son esprit, il s'était imaginé rester aux alentours de la bâtisse, juste en dessous de la fenêtre de Rose. Il ignorait si elle était chez elle, ce fameux soir, il y avait très peu de chances, en réalité. Mais Scorpius se serait contenté d'attendre, même pour rien, seulement animé par ce vain espoir d'apercevoir sa silhouette à travers ses rideaux ouverts. Il avait eu seulement besoin d'espérer. Il serait resté toute la nuit, même sous une pluie battante, dans le jardin fleuri. Parce qu'il n'avait pas eu la force de rentrer dans sa petite chambre d'hôtel, seul, à appréhender le lendemain.

Il avait eu de la chance et il emportait avec lui ce précieux souvenir. Bien sûr, rien n'avait changé entre eux et il ne demandait rien. En vérité, il ne se sentait plus digne de mériter une seconde chance. L'amour était devenu un luxe qu'il ne pouvait plus se permettre. Il se contentait de l'espoir qui permettait de ne pas flancher et de se raccrocher à la vie du mieux qu'il pouvait. Bientôt, tout serait terminé. Mais pour cela, il lui faudrait encore faire semblant, encore un tout petit peu. Il devait tenir.

Scorpius descendit plusieurs étages en sous-sols. Chacun de ses pas résonnait sur les marches métalliques. A chaque fois qu'il s'enfonçait un peu plus dans le repaire de Galaad, il avait cette horrible impression de plonger au plus profond de la forêt interdite, là où nul n'aurait pu deviner son sort et savoir s'il en sortirait vivant ou mort. Scorpius descendait tous les matins en ne sachant pas s'il pourrait remonter en fin de journée.

En passant la première porte, il croisa de jeunes recrues qui le dévisagèrent avec une lueur de peur dans leurs regards. Scorpius les ignora. Il n'aimait pas leur parler. Stanley appréciait particulièrement le léchage de pompes et s'amusait, de temps en temps, à harceler les nouveaux qui ne se montraient pas rapidement dignes du cadeau que la source leur avait fait. Il traversa la cour d'entraînement, elle était vide pour le moment, ils devaient tous être en salle de méditation. Scorpius jeta sa veste sur l'une des chaises du couloir, noua ses cheveux à l'aide d'un élastique et entra.

La salle de médiation était particulièrement froide. Galaad leur avait expliqué qu'ils devaient apprendre à se montrer insensibles aux stimuli extérieurs à commencer par les conditions naturelles. De la buée sortait d'entre les lèvres de Scorpius à chaque respiration. Son bouclier, devenu comme une seconde peau, le protégeait maintenant aussi des changements de température. Il n'avait pas froid alors qu'il voyait certaines recrues frissonner de tous leurs membres en essayant de se concentrer. Il y avait beaucoup de monde. Scorpius enjamba quelques jeunes, tremblotant. Puis, il s'assit dans un coin isolé, à l'abri des regards.

Il ferma les yeux et s'efforça de se concentrer. Lors des premières séances, il se souvenait avoir eu beaucoup de mal à capter les vibrations du sol. Trois étages en dessous, dans les profondeurs de la terre noire, se terrait la source artificielle conçue par Galaad. Il y avait peu, Scorpius était comme l'un de ces novices, terrorisé et tremblant de peur, incapable de comprendre l'utilité de cet exercice. Mais avec le temps et la menace des poings de Stanley ainsi que le regard pénétrant de Galaad qui trahissant son goût du sang, il avait fini par se débloquer. Il avait vidé son esprit avec plaisir et il avait commencé à capter les flux d'énergies sous lui. Tout son être était à l'image de ces dolmens autour de la source : un récepteur qui attirait cette magie jusqu'à lui pour entrer en résonance avec celle qu'il possédait déjà naturellement. Les moldus avaient plus de mal. La source les avait bien sûr purifié et modifié leurs corps pour devenir réceptacle et s'ils arrivaient à attirer la magie en eux, ils devenaient beaucoup plus fort que n'importe quel sorcier. Stanley en était le parfait exemple. Pour sa part, Scorpius n'avait eu aucun mal à reconnaître cette sensation familière, ce picotement au bout de ses doigts qui lui rappelait ses sentiments lorsqu'il avait tenu une baguette dans sa main la première fois.

Il se souvenait avec précision de la première fois qu'il avait franchi le seuil de la boutique d'Ollivander. Le vieux sorcier qui avait dépassé les cent ans depuis peu, ne s'occupait plus de la vente, mais avait continué à fabriquer les baguettes de sa boutique. C'était un jeune sorcier du nom de Mogden Rolland qui accueillait les futurs élèves de Poudlard. Scorpius était entré avec son père, ravi l'accompagner pour cette nouvelle étape de son apprentissage. Rolland lui avait présenté une première baguette en bois d'érable, ventricule de dragon, la même que celle de sa mère. Avec, il avait mis le feu au comptoir et Rolland l'avait éteint sous les excuses confuses de son père. La deuxième était beaucoup plus souple, bois de frêne, crin de licorne, celle de son père. La baguette avait sauté de sa main alors qu'il l'effleurait à peine. Scorpius s'était alors tourné vers son père et il avait lu, dans ses yeux gris pâle, une tristesse à peine dissimulée. Rolland lui avait fait essayer plusieurs autres baguettes, mais bientôt, il se découragea. Alors, Ollivander sortit de l'arrière de la boutique, appuyé sur sa canne, un sourire triste aux lèvres. Il avait plongé son regard dans celui de Scorpius et son sourire s'était élargi. Scorpius l'avait observé monter faiblement un petit escabeau pour prendre une boîte noire située en haut d'une des étagères les plus poussiéreuses. Lorsque Scorpius la prit des mains d'Ollivander, il avait senti une douce chaleur l'envahir et Rolland avait poussé un petit cri de victoire tandis que Drago poussait un soupir de soulagement. Le seul qui n'exprima aucune joie, eût été Ollivander qui avait fixé la nouvelle baguette du jeune Scorpius avec un froncement de sourcils intrigué.

—Vingt-trois centimètres…, avait-il dit de sa voix tremblotante. Bois de Laurier, cœur de dictame...Terriblement rigide. Étrange... pour un si jeune sorcier.

Scorpius ne se souvenait plus exactement de toutes ses explications, trop heureux d'avoir enfin sa baguette à lui. Il se souvenait seulement de l'avertissement que lui avait adressé le vieil Ollivander avant qu'il ne sorte de sa boutique.

—Monsieur Malefoy, l'avait appelé Ollivander. N'oubliez pas… N'utilisez cette baguette que pour protéger les autres. Sinon, elle se retournera contre vous.

Depuis lors, il s'était toujours efforcé de suivre ce conseil, suivant Albus dans ses plans parfois bancales à seule fin de le protéger, quitte à s'oublier lui-même. Sa baguette l'avait accompagné à chaque combat, chaque duel, chaque nouveau sort...jusqu'à ce qu'on la brise devant lui.

Il entendait encore distinctement le craquement dans sa tête. Cela lui avait brisé le cœur, comme s'il avait perdu une amie fidèle. Et aujourd'hui, c'était un peu elle qu'il essayait de retrouver en sondant cette énergie qui parcourait ses veines à chaque méditation. Son bouclier avait la même énergie que sa baguette. Seulement, il ne l'utilisait plus pour protéger les autres. Il l'utilisait pour se sauver lui, de tout ce malheur ambiant.

Ce matin, la séance de méditation n'était pas aussi efficace que les autres fois. Il avait un mal fou à se concentrer. Il repensait sans cesse au baiser de Rose et à ses paroles. Sa voix résonnait dans sa tête et il ne pouvait penser à autre chose. Il sursauta lorsque l'énorme paluche de Stanley s'abattit sur son épaule.

—Galaad veut te voir, lui dit-il à l'oreille.

Scorpius se raidit. Cela n'annonçait rien de bon. Les seules fois où il s'était retrouvé seul avec Galaad, c'était soit pour se faire torturer, soit pour recevoir des menaces de mort. Stanley attendit et Scorpius se leva silencieusement tandis que le reste du groupe continuait la séance dans un calme religieux.

Tandis que le colosse l'escortait jusqu'à la porte de son chef, Scorpius essayait de temporiser sa peur. Une foule de questions se bousculaient dans sa tête: Est-ce que Galaad le soupçonnait? Avait-il compris qu'il avait un traître parmi ses recrues? Avait-il fait le lien entre l'avertissement du rat et son absence juste avant? Il avait toujours le téléphone caché sur lui et craignit que Galaad ne demande à Stanley de le fouiller. Si c'était le cas, il finirait comme Gwen et on retrouverait son cadavre dans un amas de boue.

Stanley frappa poliment et Scorpius ravala difficilement sa salive.

—Entrez.

Scorpius entra seul et Stanley referma la porte derrière lui. Mauvais signe… Galaad se tenait près de la table bancale qui lui servait de bureau. Une mallette, remplie d'argent moldue était ouverte devant lui et il la referma, dans un claquement sec en voyant Scorpius dans la pièce.

—Assis-toi, lui ordonna-t'il.

Il n'aurait su dire quel était son humeur. Sa voix ou son attitude ne laissait rien présager quant à ce qui l'attendait à la fin de cet entretien. Il obéit mécaniquement, submergé par la peur.

—J'aurais plusieurs questions à te poser, commença Galaad en prenant place face à lui.

Il avait gardé sa veste impeccable et son nœud de cravate était parfait. La tenue de Galaad dénotait toujours face au milieu crasseux de son repaire. Scorpius acquiesça sans oser produire le moindre son. Il se préparait déjà aux questions gênantes qui pourrait mettre à mal sa couverture. S'il était sur le point d'être accusé d'espionnage, il allait devoir ruser pour donner le change. Peut-être pouvait-il accuser l'un des moldus de la mafia… ? Cela se tentait.

—Tu connais bien la famille Potter? demanda Galaad en se recoiffant distraitement.

Scorpius sentit une pierre tomber dans son estomac. L'avait-il fait suivre? Il avait fait attention pourtant. Que devait-il faire? Mentir? Ce serait un mensonge grossier. Gwen l'avait renseigné sur son passé. Galaad savait même qu'il avait tenté d'entrer chez les aurors avant de s'en faire jeter.

—J'étais ami avec l'un des fils Potter à Poudlard, dit-il sincèrement.

Galaad opina lentement de la tête en sondant Scorpius. Un mince sourire étira ses lèvres fines.

—Ils te font confiance... , dit-il.

—Avant peut-être, répondit Scorpius en réfléchissant à chacun de ses mots. Mais j'imagine qu'ils m'ont désavoué après ma condamnation.

—Harry Potter était présent à ton procès?

—Oui.

—Bien…

Scorpius paniquait de plus en plus. Il ne savait quoi penser de toutes ces questions étranges. Tentait-il de le piéger? Galaad avait toujours ce sourire rêveur, un peu cruel. Son regard noir se perdit dans le vide puis il dévisagea Scorpius, semblant hésiter sur ce qu'il s'apprêtait à lui révéler.

—Sais-tu pourquoi nous faisons tout ceci? lui demanda Galaad en désignant la pièce, la mallette pleine d'argent et les sacs de poudres dans une boîte à côté de lui.

Scorpius s'agita sur sa chaise.

—Pour révéler la vraie magie, dit-il mal à l'aise.

—C'est un début de réponse, acquiesça Galaad. Mais tu es un homme intelligent, Scorpius. Tu as sans doute deviné qu'il ne s'agit pas de cela.

Il se leva soudain et Scorpius se dit que sa fin avait sonné. Bientôt, il allait abattre sa main sur son épaule et le faire mourir instantanément dans un éclat de rire froid et cruel. Il suivit du regard Galaad qui marchait autour de lui, tel un lion en cage.

—Toute grande découverte est issue d'un objectif bien plus modeste à la base. Lorsque Merlin se penche sur l'étude des sources, il n'avait, à la base, qu'un seul objectif, sais-tu lequel?

Galaad avait empoigné le dossier de la chaise sur laquelle était assis Scorpius. Dressé de toute sa hauteur, dans son dos, Scorpius réfléchissait à toute vitesse, sentant sa mort imminente.

—Non.

—Tout ce que veut Merlin, au fond, son objectif principal à tous ces fabuleux projets… la cause profonde à notre grande quête, c'est la mort du grand Harry Potter, le sauveur des sorciers.

Galaad se rassit sur sa chaise en prenant une pause pour laisser le temps à Scorpius de digérer ses paroles. Il lui adressait toujours son sourire triomphant et Scorpius demeurait perplexe.

—Merlin connaît Harry Potter? ne put s'empêcher de demander Scorpius.

—Il l'a rencontré une seule fois. Une fois qui a changé sa vie à jamais et qui nous a permis de construire tout ceci. En réalité, j'ai presque envie d'embrasser ce cher Potter. Sans lui, je serais encore en train de me tuer à la tâche dans cet hôpital moisi pour un salaire de misère.

Galaad tapota ses doigts sur la table. A ce souvenir, son sourire s'était effacé. Scorpius sentit sa rancœur et toute sa frustration. Il comprit que son pouvoir de vie et de mort venait de son ancien métier. Il était sûrement médecin ou faisant partie du corps hospitalier et à présent, au lieu de sauver des vies, il les prenait sans une once de culpabilité.

—Qu'est-ce que tu penses d'Harry Potter? demanda-t'il encore. Tu l'as déjà rencontré?

Scorpius haussa les épaules en se concentrant pour bien mentir.

—Une ou deux fois. Je connais son histoire, mais il n'a pas l'air si impressionnant. Pour moi, il reste l'homme qui a condamné ma famille à la pauvreté.

—Ta famille était des mangemorts, c'est ça?

—Oui.

—Bien, sourit encore Galaad. Tu as encore tes entrées dans sa famille?

A l'évocation des Potter et des Weasley, Scorpius serra ses poings sur ses genoux. Il sentit son bouclier se renforcer, mué par la rage que lui inspirait cette question. Il pensa à Albus, à Ginny Potter, Hermione Weasley, Hugo, Rose…

—Si je joue la carte du repentir…, dit Scorpius en contenant les tremblements de sa voix, je pense qu'ils m'accepteront à nouveau.

Il commençait à comprendre où voulait en venir ce taré de Galaad. Ce qui le rassurait, était qu'il n'allait pas mourir aujourd'hui. Galaad avait besoin de lui, vivant.

—J'ai parlé de toi à Merlin. Je lui ai expliqué ton intervention dans le hangar et tes progrès extraordinaires. Tu es un bon élément, Scorpius. Très prometteur... et si tu continues sur cette lancée, il y a de grandes chances que tu entres dans le cercle privilégié de notre maître.

—Je pourrais le rencontrer?

—Pas tout de suite, le calma Galaad. Avant cela, il te faut nous prouver ton abnégation totale. Et pour cela, Merlin t'a confié une nouvelle mission. Merlin te demande de renouer le contact avec la famille Potter. Tu devras apprendre tout ce que tu vois et nous rapporter le plus d'informations.

—Des informations sur quoi? demanda Scorpius dont les jointures étaient devenues blanches à force de serrer les poings.

—Oh, rien de très compliqué… Où habitent ses enfants...ce qu'ils font… A qui tient-il le plus… Ce qu'il fait en tant qu'auror. Ses plans pour nous contrer… S'il a engagé quelqu'un pour nous infiltrer.

Scorpius déglutit à nouveau en essayant d'être le plus impassible possible. Galaad lui adressa un sourire carnassier.

—Rapporte-nous tout ce que tu trouveras qui nous permettra de le détruire. Si tu réussis, alors tu pourras enfin rencontrer Merlin.

Après quelques minutes, Scorpius eut enfin l'autorisation de sortir du bureau de Galaad. En fermant la porte, il croisa Stanley qui l'appela pour l'accompagner dans l'escorte d'une livraison de poudre. Scorpius lui demanda d'attendre une minute, prétextant un besoin de nicotine très urgent. D'un simple regard, Scorpius devina que Stanley se posait des questions sur leur entretien. Il n'essaya même pas de chasser ses doutes. Il monta, quatre à quatre, les marches qui le ramenèrent à la surface. Il ouvrit la porte à la volée et s'éloigna dans la ruelle arrière du club.

Dès qu'il fut à l'abri des regards, il relâcha tout. La nausée ne l'avait plus quitté depuis que Galaad lui avait parlé des Potter. Il vomit longtemps entre deux poubelles, incapable de se retenir plus longtemps. Il avait eu si peur de mourir… Et pourtant, il se rendit compte que sa discussion avec Galaad était bien pire que la mort. Il aurait même préféré la torture. Les larmes aux yeux, le teint blême, Scorpius se répéta chaque mot. Galaad lui demandait d'espionner la famille Potter alors que celle-ci lui avait justement demandé d'espionner Merlin. Cela faisait de lui… quoi au juste? Un agent triple? Était-ce un piège? Une manière de le tester?

"Trouve un moyen de le détruire!"

Il eut un nouveau haut-le-cœur et il recracha un filet de bile.

Quand son estomac se calma enfin, il prit une profonde inspiration et sortit son portable de la poche qu'il avait cousue dans la doublure de sa veste. Il composa le numéro de James et écouta les sonneries en priant pour qu'il décroche vite. Malheureusement, au bout de la quinzième tonalité, il tomba sur la messagerie. Scorpius jura et rangea l'appareil dans sa cachette. Stanley attendait. Il ne pouvait pas traîner plus longtemps.

OoO

Une fois seul dans sa chambre d'hôtel, lorsque la nuit fut tombée, Scorpius tenta de joindre James un nombre incalculable de fois. Mais à chaque fois, il tombait sur sa messagerie. Au bout du trentième essai, il traita l'auror de tous les noms. C'était vraiment le jour de l'ignorer… après tout ce qu'il avait appris! Scorpius avait besoin de conseils, il avait terriblement besoin d'en parler à quelqu'un de confiance. Il fallait qu'ils les préviennent et son seul contact, faisait le mort.

Scorpius jeta rageusement le portable sur son lit puis s'effondra dessus en se prenant la tête entre ses mains. Que devait-il faire? Il avait peur, mais cette terreur était bien différente que celle qu'il avait ressenti en descendant au sous-sol, ce matin. Il avait peur pour eux. A qui Galaad avait-il confié cette mission au juste? Scorpius était bien sûr le plus proche de la famille. Mais Galaad avait très bien pu charger Stanley de suivre certains membres de la famille, de les espionner chez eux pour connaître leurs habitudes et savoir quand ils leur faudraient agir pour tous les massacrer.

Il se leva d'un bond. Cette image lui était insupportable. Il fallait qu'il agisse vite, avec ou sans James. Mis à part lui, la seule personne de confiance qui saurait le conseiller au mieux était son père, Harry Potter. Scorpius se dirigea vers son placard où il avait entreposé la plupart de ses affaires. Lorsqu'il était parti de son appartement qu'il louait avec Albus, durant leur brève collocation, Scorpius avait emporté que le strict nécessaire. Sans baguette, il ne pouvait plus transplaner, mais il pouvait encore utiliser un balai. Il sortit son éclair de feu 7, qui devait passer pour un vulgaire balai aux yeux des femmes de ménage indiscrète et le contempla un bref instant. Il n'avait plus volé depuis des années, des siècles à ses yeux et il ne savait pas s'il allait marcher avec ses nouveaux dons.

Il l'enfourcha et il sentit aussitôt le manche trembler sous ses doigts. Il se concentra pour lier la magie du balai à la sienne. Il ne savait pas ce que ça allait produire, mais il devait au moins essayer. Il ouvrit la fenêtre. Sa chambre se situait au cinquième étage. Au moins, s'il se vautrait, son bouclier le protégerait. Scorpius prit une profonde inspiration, ferma brièvement les yeux et s'élança dans le vide.

Le balai fusa dans les airs à une vitesse prodigieuse. Scorpius eut d'ailleurs du mal à le diriger. Jamais il n'avait volé aussi vite, même au meilleur de sa forme. Il traversa les nuages qui gorgèrent ses vêtements en quelques secondes et prit rapidement de la hauteur. Le vent glacé de la nuit lui fouettait le visage sans qu'il n'en ressente la morsure du froid. Il fonça droit devant à la vitesse du vent et saisit d'une brusque euphorie, face aux exploits prodigieux de sa magie et de son balai, il poussa un cri de joie qui s'éteignit dans son sillage.

Pour s'y être rendu plusieurs fois au cours des étés entre deux années à Poudlard, Scorpius savait exactement où habitaient les Potter. Scorpius vola une bonne heure, à vive allure sur son éclair de feu, jusqu'à survoler le village de Godric's Hollow. C'était là que c'était installé Harry Potter, quelques années après sa victoire contre Voldemort, après son mariage avec Ginny Weasley. Il avait fait reconstruire la maison familiale de ses parents, voulant effacer le drame de leur mort pour y accueillir les rires d'enfants et moment heureux qu'il y passerait avec sa famille. Ainsi, ses propres enfants avaient pu faire ce dont il avait toujours rêvé pour son enfance. Ils y avaient grandi et passé toutes leurs vacances. Ils avaient invité des amis dans cette maison dont Scorpius qui avait pu admirer toutes les photos de familles accrochées aux murs: les anciennes comme les nouvelles.

Scorpius commença sa descente en survolant quelques toits de tuiles. Les rues étaient plus ou moins désertes en cette fin de soirée. Il atterrit dans une ruelle sombre, à l'abri des regards. Godric's Hollow était l'un des villages les plus connus du Monde Magique pour être le bastion de Gryffondor ainsi que le lieu du drame épouvantable des Potter. Il contenait autant de sorciers que de moldus dans une cohabitation respectueuse et discrète. Des maisonnettes bordaient de chaque côté le chemin étroit et Scorpius pouvait apercevoir des familles de sorciers ou de moldus passer des moments privilégiés avec leurs familles respectives. Il cacha son balai parmi les poubelles et se mit à marcher en se sentant plus seul que jamais. Jadis, il avait espéré cette vie de famille, tranquille et paisible. Ces rêves appartenaient à un lointain passé.

Il passa par une place qui comportait plusieurs boutiques, une poste, un pub qui lui fit de l'oeil et une petite église dont les vitraux brillaient comme des joyaux de l'autre côté de la place.

En traversant la place, il leva les yeux sur le monument aux morts. Sentant sa présence magique, l'obélisque couvert de noms s'était transformé en une statue représentant trois personnes: un homme avec des lunettes et des cheveux en batailles qui ressemblait à Albus, une belle femme à la longue chevelure, aux traits bienveillants, et un bébé qu'elle portait sans les bras. Scorpius avait vu mille fois cette statue lors de ses visites chez les Potter. Albus, James et Rose s'en vantaient à chaque fois, fier d'avoir un monument rendant hommage à leurs grand-parents. Mais il avait toujours capté le regard d'Harry potter, tenant sa fille par la main, qui contemplait toujours les statues avec un sourire un peu triste, même des décennies après.

Il prit une rue sombre qui menait hors du village, dans la direction opposée à celle d'où il était venu. De temps en temps, il jetait des coups d'œil autour de lui, de peur de surprendre le regard de Stanley, ou pire, celui de Galaad. Il marcha aussi vite que possible, passant devant une allée de maison jusqu'à arriver devant une grande haie.

Il reconnut le cottage des Potter, reconstruit. Il ouvrit la porte du jardin et s'arrêta en face de la porte. Tout était éteint comme s'il n'y avait personne. Il hésita. Peut-être n'étaient-ils pas là? Cela expliquerait le silence de James… Mais il avait fait tout ce chemin. Il avait pris beaucoup de risques pour venir jusqu'ici. Il ne pouvait pas abandonner maintenant… Scorpius se décida à attendre, toute la nuit, s'il le fallait. Il avait peur de toquer, peur de tomber sur Ginny Potter à qui il n'aurait su expliquer sa présence. Si Harry Potter était déjà couché, il attendrait jusqu'au matin, qu'il parte travailler.

Il se cachait derrière un arbuste, s'assit dans l'herbe un peu mouillée et attendit.

Scorpius eut beaucoup de chance. Il n'eut pas à attendre longtemps avant d'entendre un craquement dans la rue. Il se leva silencieusement et attendit encore. Il se pouvait qu'il s'agisse d'un autre sorcier qui rentrait chez lui. Il se rassura en observant Harry Potter passé son portail et marcher, d'un pas fatigué vers la porte de sa maison. Scorpius le héla et Harry stoppa net.

—C'est moi! murmura-t'il, toujours caché.

Harry contempla sa cachette, un peu perdu.

—Qu'est-ce que tu fais ici? demanda-t'il sur le même ton.

—Venez! l'appela Scorpius.

Le chef des aurors n'hésita pas une seconde. Il marcha vers ses arbustes et s'approcha de Scorpius qui vérifia que personne ne les épiait.

—Merlin cherche à vous tuer, annonça-t'il d'emblée.

—Ce n'est pas la première fois, répondit Harry avec un sourire. Il essaie toujours.

—Non, vous ne comprenez pas, dit Scorpius avec impatience. Il vous en veut à vous, personnellement. Il fait tout ça pour vous détruire, vous! C'est personnel!

Le sourire d'Harry disparut. Il contempla longuement Scorpius, un peu choqué puis acquiesça.

—Fais le tour par-derrière, je t'ouvre, dit-il en lui désignant la maison.

Scorpius obéit. Il contourna la bâtisse et se présenta devant la porte de l'arrière-cour qui contenait encore les vieux jouets de James. Il attendit quelques minutes puis entendit le cliquetis d'une clé dans une serrure. Harry invita Scorpius à entrer et il redécouvrit la cuisine chaleureuse des Potter. Il ne savait plus quand il y avait pris un repas pour la dernière fois, peut-être en cinquième année. Cela remontait à si longtemps. Il retrouva les odeurs familières de biscuits et des plantes à épices que cultivaient Ginny dans un petit bac à fleurs. Harry agita sa baguette et les bougies du lustre s'allumèrent en même temps. Sur la table, Ginny avait dressé un couvert pour son mari qui rentrait tard du Ministère. La pièce embaumait encore les bonnes odeurs de son dîner et l'estomac de Scorpius se mit à gargouiller. Il n'avait plus mangé depuis ce matin, encore malmené par ses nausées.

—Assis-toi, je t'en prie, l'invita Harry. Tu as faim? On peut partager. Ginny en fait toujours beaucoup trop. Depuis le départ des enfants, c'est dur de ne préparer à manger que pour deux personnes.

Harry fit voler une autre assiette, des couverts et un gobelet devant Scorpius qui n'eut même pas le temps de refuser par politesse. Lorsque le chef des aurors découvrit le plat, Scorpius saliva devant un bon ragoût. Il se servit une énorme part et mangea avec appétit, sous le regard amusé de Harry.

—Merci... , bafouilla Scorpius entre deux bouchés.

—C'est normal, répondit Harry en mangeant à son tour. Après tout ce que tu fais pour nous…

En levant les yeux de son assiette, Scorpius vit le mur de photos en face de lui. Il avait déjà eu la chance de les contempler lors de ses précédents séjours. Il vit Albus bébé, agité ses petits poings en braillant, dans les bras de son père qui avait un sourire jusqu'aux oreilles. James à onze ans, brandissant sa lettre de Poudlard sous les applaudissements de sa mère. Teddy Lupin, encore petit, la chevelure aussi noire que celle de son parrain, dans les bras d'Harry. Lily confiant un secret à sa grand-mère qui éclatait de rire. Et plus loin, il rencontrait les airs souriants qu'il ne connaissait pas et qui appartenait à un lointain passé. Une photo en particulier attira son regard. Elle était différente de toutes les autres, chiffonnée et déchirée en son milieu. Un bébé aux cheveux noirs fonçait sur un balai, sortant de l'image puis y entrant à nouveau avec de grands éclats de rire, poursuivi par le même homme que celui de la statue sur la place du village, sous l'oeil bienveillant d'une belle femme rousse aux yeux verts. Sur la photo à côté, trônait le portrait d'un homme très séduisant, qui devait avoir l'âge de Scorpius.

—C'est mon parrain, le renseigna Harry qui avait suivi son regard. Sirius Black. Un parent de ta famille aussi.

—J'en ai entendu parlé, dit Scorpius, gêné.

Il avait plusieurs fois entendu sa grand-mère parlé de sa famille et de certains membres qui avaient déshonoré leur sang. Le nom de Sirius Black revenait souvent parmi cette liste.

—Il est mort quand j'avais quinze ans, dit Harry, le regard un peu triste. Tu me fais beaucoup pensé à lui.

—Ah oui?

—Oui. Lui aussi s'est éloigné de sa famille parce qu'il ne partageait pas leur...tradition. Il a été emprisonné à Azkaban injustement pendant treize ans et ensuite, il a dû se cacher pour survivre. Il était très courageux.

Scorpius contempla encore le portrait qui continuait à lui sourire. Il se demanda comment cet homme avait pu résister à treize longues années à Azkaban alors que lui n'y avait passé que six mois, sans les détraqueurs. Il imagina toute la souffrance de ce sorcier, incompris et considéré, à tort, comme le pire des criminels. Il avait sans doute retrouvé la paix dans la mort. Allait-il partager le même sort?

Harry se leva et alla chercher deux bièraubeurres dans son frigo. Il tendit une des bouteilles à Scorpius qui but avec plaisir.

—Alors comme ça, Merlin m'en veut personnellement.

—Oui, Apparemment il vous aurait rencontré. Une seule fois. Et c'est ça qui a déclenché toute cette pagaille.

Harry devint silencieux, plongé dans ses pensées. Il avait croisé les bras sur sa poitrine et réfléchissait.

—Je ne vois pas du tout qui ça pourrait être…, dit-il après un moment. Il ne t'a pas donné plus de précisions.

—Malheureusement non.

—C'est peut-être un mangemort… Mais la plupart d'entre eux sont soit morts, soit enfermé à vie à Azkaban. Et je vois mal l'un d'entre eux se donner autant de mal, vingt ans après la chute de Voldemort. Ses plus fervents partisans étaient plutôt du genre à agir tout de suite, bêtement.

—On m'a demandé de vous espionner, lâcha Scorpius.

Harry se tourna vers Scorpius, le dévisageant par-dessus ses lunettes rondes.

—Ils veulent que je rassemble un maximum d'informations sur votre famille.

—Ma famille? s'étonna Harry.

—Ils veulent pas seulement vous tuer, Monsieur. Il veulent vous détruire en s'en prenant à ceux qui comptent le plus pour vous.

Un long silence suivit cette révélation. Scorpius s'en voulut d'avoir été l'oiseau de mauvais augure, mais il n'avait pas le choix. Il devait le prévenir, car beaucoup des membres de la famille de l'Élu, comptaient aussi énormément pour Scorpius.

—Tu sais si tu es le seul à qui ils ont confié cette mission? demanda Harry.

—Aucun idée, répondit Scorpius. Mais j'imagine que j'étais le candidat idéal, vu mes antécédents.

—Est-ce qu'ils ont des doutes sur toi? Ils savent que tu travailles pour nous?

Scorpius eut un rictus.

—Si c'était le cas, je ne serais plus là pour vous prévenir. Je ne sais pas s'ils ont des doutes. Mais il est possible qu'ils m'aient confié cette mission pour me tester.

—Dans ce cas, dit Harry, il ne faut pas les décevoir.

Il décroisa les bras et se pencha en avant, pour se rapprocher de Scorpius.

—Voilà ce que tu vas faire… Demain, tu dis à Galaad que tu es invité au Terrier pour les fiançailles de Rose.

Le cœur de Scorpius rata un battement, mais il ne laissa rien transparaître tandis qu'Harry poursuivait.

—Avec un peu de chances, Galaad te donnera des renforts et comme ça, tu sauras si tu es le seul à nous espionner ou pas. Ensuite, tu viens au Terrier. Je préparerais le terrain avec le reste de la famille avant que tu n'arrives.

—Vous allez leur dire la vérité?

—Non, sourit Harry. Déjà, parce que Molly me tuerait, sans parler de Ginny et d'Hermione… Elle t'aiment beaucoup, tu sais. Et ensuite, parce que le risque de fuite serait trop grand. Arthur sera là et on ne sait toujours pas si on peut avoir confiance en lui.

—Rose en est persuadée, en tout cas, dit Scorpius sur un ton amer.

Harry tiqua, mais ne répondit rien. Scorpius se rendit compte de sa gaffe. Comment pouvait-il savoir cela sans avoir revu Rose? Il imagina sa tête en le voyant débarquer pour ses fiançailles. Elle allait certainement piquer une crise. Il verrait Albus aussi… Cela faisait des mois qu'il avait laissé en plan son meilleur ami. Comment allait-il réagir en le revoyant? Même si, lui aussi, était au courant de sa mission, Scorpius n'était pas sûr qu'il l'accueille à bras ouverts.

—Il faudra que tu joues les criminels repentis…, dit encore Harry en dévisageant Scorpius. Tu t'en crois capable.

—Bien sûr…, rit doucement Scorpius. Et qu'est-ce que je rapporte à Galaad?

—Il faudra y réfléchir avec James quand on sera au Terrier. Mais ça nous permettra de distiller l'information et peut-être de les prendre à leur propre piège. S'il ne te font pas confiance, ils n'utiliseront pas les informations que tu leur donneras. Par contre, s'il le font, on aura un bon point de départ pour les mener sur des fausses pistes et enfin les attraper. Et au pire, ils auront assez confiance en toi pour te présenter à Merlin.

"Ou au pire... ils me tueront" pensa Scorpius dans sa tête. Harry avait l'air tout excité par cette nouvelle, comme si une piste enfin sérieuse leur permettait enfin d'agir. Scorpius se réjouissait de revoir le Terrier et les membres de la famille mais il avait peur aussi. Il craignait leur réaction, leur incompréhension face à son crime. Plus rien ne serait plus comme avant et il allait devoir l'accepter comme ce pauvre Sirius Black, qui lui souriait toujours à l'autre bout de la pièce.

Harry but une gorgée de sa bièraubeurre, le regard impatient. Scorpius l'observait. Lui aussi, avait dû se battre contre la méfiance et le rejet du temps où le Ministère le prenait pour un fou. Sans compter toutes les tentatives de meurtres des mangemorts et de Voldemort lui-même. Il ne s'était pas étonné de la menace de mort de Merlin, comme s'il en avait l'habitude. Il ne s'était inquiété que pour sa famille. Harry Potter était un homme marqué par la mort qui avait appris à ne plus en avoir peur. Scorpius l'enviait, lui qui était à chaque fois terrorisé lorsqu'il remettait les pieds dans le club de Galaad.

—Comment avez-vous fait, Monsieur? demanda Scorpius à haute voix.

—Fait quoi?

—Vous être l'enfant qui a survécu... , dit Scorpius un peu gêné. Vous avez risqué votre vie, un nombre incalculable de fois. Je ne saurais même plus les compter… Vous avez été poursuivi par un mage noir, des mangemorts et d'autres bestioles effrayantes. Comment avez-vous fait pour ne pas ressentir de la peur?

—Tu as peur? demanda Harry en dévisageant Scorpius.

—Tous les jours, répondit-il avec sincérité. Je fais le dur devant James, mais je rêve que d'une chose, fuir le plus loin possible.

—C'est bien, dit Harry avec un sourire.

Scorpius se tourna vers lui, étonné. Il ne s'était pas attendu à cette réponse, surtout venant d'un Gryffondor, ayant battu un mage noir à seulement dix-sept ans. Harry sourit de plus belle en voyant son air surpris.

—Les sorciers louent mes exploits à chaque fois qu'ils me rencontrent mais je ne pense pas mériter tous ses honneurs, expliqua-t'il. J'ai, à chaque fois, eu beaucoup d'aide et une chance insolente. Mais il n'y avait qu'une seule constante dans tout ça, c'est la peur.

—Vous aviez peur quand vous avez affronté une centaine de détraqueurs dans la forêt interdite? demanda Scorpius sceptique.

—Je me suis évanoui la première fois que j'en ai croisé un.

—Et quand vous avez passé l'épreuve des dragons pour le Tournoi des Trois sorciers?

—J'étais sur le point de vomir en sortant de la tente.

—Et quand vous vous êtes présenté face à Voldemort?

Harry se tut. Son visage se ferma brièvement et Scorpius vit une expression curieuse sur son visage, comme si la main de la mort venait fermer ses yeux pour le grand voyage.

—Cette fois-là est différente... , dit-il après un moment. C'est ça que j'essaie de t'expliquer. La peur, c'est la preuve que tu as encore de l'espoir, que tu es prêt à te battre pour continuer à vivre. S'il n'y a plus de peur, alors il ne reste que l'acceptation. Et dans ce cas-là, c'est la mort qui vient te chercher.

Scorpius l'observa encore, plongé dans ses souvenirs douloureux. Finalement, il secoua la tête et posa une main réconfortante sur l'épaule du jeune homme, un sourire chaleureux aux lèvres. Ces derniers instants de légère tristesse disparurent et Scorpius retrouva, en un rien de temps, un Harry confiant et plein d'espoir.

—Ne crains pas la peur, Scorpius. C'est encore ta meilleure alliée dans les épreuves. Crois-moi…