30
VIEILLE RANCOEUR
Rose appréhendait beaucoup cette journée.
Lorsqu'elle transplana avec Arthur dans le champs aux abords du Terrier, elle serra fort la main de son fiancé en essayant de calmer le stress qui montait en elle. C'était sa grand-mère qui en avait eu l'idée. Hermione lui avait parlé de la décision de sa petite-fille et Molly Weasley s'était enthousiasmée à l'idée de célébrer un nouveau mariage chez elle. Pour l'occasion, Lily, qui était enfin rentrée de son très long voyages de noces dans la famille américaine de son mari, serait présente ainsi que quelques autres membres de la famille. Ron s'était fait sermonner par sa mère et il s'était finalement décidé à accepter l'idée de voir son unique fille bientôt comme une épouse.
La dernière fois que Rose avait amené l'un de ses copains dans la maison de ses grands-parents, c'était Chase. Et son souvenir lui restait encore coincé dans sa gorge. Tandis qu'ils se présentèrent devant la porte, Arthur lui sourit et Rose tenta désespérément de se détendre. Tout se passerait bien.
Arthur était enchanté par l'idée. Etant né dans une famille de moldus, il n'avait jamais eu l'occasion de visiter une famille de sorciers de pure-souche, qui plus est la célèbre famille Weasley. Il n'était pas un fan invétéré du trio légendaire, comme l'était Chase mais Rose le connaissait assez pour savoir qu'il trépignait d'impatience à l'idée de rencontrer ceux qui avaient participé activement à la victoire contre Lord Voldemort.
Ce fut Arthur Weasley qui leur ouvrit. Son grand-père avait le dos un peu voûté mais un franc sourire aux lèvres. Il détailla son homonyme par-dessus ses lunettes et lui serra la main dans une poigne ferme. Lorsqu'ils entrèrent Molly se précipita sur le couple et les serrèrent contre sa poitrine, les larmes aux yeux.
—Le troisième mariage de mes petits-enfants…, dit-elle d'une voix émue. Que le temps passe vite! Vous vous appelez Arthur, c'est ça? demanda-t'elle en se tournant vers lui. C'est un signe, à n'en pas douter. Tous les Arthur sont des hommes exceptionnels.
Molly adressa un regard tendre à son mari qui lui envoya un baiser. Rose espéra, de tout coeur, être aussi amoureuse et proche d'Arthur au même âge.
—J'ai préparé ma spécialité pour l'occasion, mon ragoût de rognons de veau. Vous m'en direz des nouvelles…
Une appétissante odeur embaumait toute la maison. Rose mena Arthur au salon et toutes les têtes se tournèrent vers eux. Rose sentit son fiancé se raidir à ses côtés. Il donnait l'impression d'avoir avalé un strutoscope en dévisageant les visages curieux de sa future belle-famille.
—Je vous présente Arthur, dit Rose après avoir pris une inspiration.
James se leva le premier. Il serra la main de sa recrue en lui donnant une tape dans le dos. Harry fit de même en félicitant sa nièce. Il paraissait fatigué, un peu terne et soucieux. Ginny la serra dans les bras comme sa grand-père.
—Il est joli garçon, lui souffla-t'elle à l'oreille.
Rose vit son père bouder dans un coin tandis que sa mère embrassait Arthur avec chaleur. Arthur s'avança vers Ron et tous l'observèrent avec appréhension.
—Monsieur Weasley, je ne me suis pas présenté correctement la première fois qu'on s'est vu au Ministère…
Arthur lui tendit la main et Ron la contempla avec une légère grimace. Il croisa le regard de sa femme, de Rose qui lui fit de gros yeux. Après un soupir, il accepta son salut.
—C'est dur de marier sa fille, pas vrai? plaisanta Harry en s'approchant de son meilleur ami.
Ron lui jeta un oeil noir et toute la famille prit place au salon. Molly arriva en faisant voler des verres dans les airs, suivi de près par une énorme bouteille de cidre.
—Interdiction de trinquer tant que tout le monde n'est pas arrivé! prévint-elle de son petit ton autoritaire.
—On attend qui d'autre? demanda James qui s'ennuyait un peu.
—Lily et Tom ne devrait plus tarder et Albus m'a promis de venir.
Un long silence suivit cette annonce. Molly n'y fit pas attention en présentant à chacun un plateau de petits toasts. Arthur avait pris place entre Rose et Hermione qui lui avait posé des questions sur sa famille de moldus. Il se pencha vers sa fiancée.
—Albus, c'est ton cousin, c'est ça?
—Oui, le frère de James. Il est devenu une langue-de-plomb. Ce qui explique la tension à chaque fois qu'on parle de lui.
—Quelqu'un a eu de ses nouvelles dernièrement? demanda Ron en prenant trois toasts d'un coup.
Ginny poussa un soupir. Elle avait coiffé ses longs cheveux roux en une demi queue-de-cheval. Hermione lui tapota l'épaule.
—Je lui ai envoyé plusieurs hiboux ces dernières semaines mais il ne répond jamais…, dit tristement Ginny.
—Comment pourrait-il répondre, maman? intervint James. A cause de son serment, il a trop peur de lâcher une info qui pourrait le tuer en un claquement de doigt.
Il mima le geste et Ginny parut plus inquiète que jamais. Molly Weasley rabroua son petit-fils en lui donnant une petite tape sur la main et il parut vingt-ans de moins en poussant un petit cri de douleur. Harry serra le genoux de sa femme pour la rassurer. Rose les observa, elle aussi inquiète. La dernière fois qu'elle avait vu Albus, celui-ci lui avait crié dessus au sujet de Scorpius. Elle n'avait parlé à personne de son altercation avec son cousin et elle ne l'avait plus vu, même pas pour s'excuser. Elle culpabilisait de cette distance qui s'était créée entre elle et lui. Si elle avait continué à voir Albus, elle aurait su beaucoup plus tôt pour Scorpius. Mais elle n'avait rien fait. A chaque fois qu'ils se croisaient au Ministère, elle faisait semblant de rien, entraîné par les autres à ne pas communiquer avec la moindre Langue-de-plomb. Elle ne s'était pas non plus demandé ce que son choix de carrière avait pu faire ressentir à ses parents. Harry et Ginny demeuraient terriblement pudiques mais à constater l'air profondément triste de sa tante. Rose prenait enfin conscience que cela lui pesait.
—Il est toujours dans son appartement à Londres? demanda distraitement son grand-père en prenant place entre James et Ron.
—Oui, répondit Rose machinalement.
Ginny se tourna vers elle, pleine d'espoir.
—Tu lui as parlé?
—Un peu, répondit-elle gênée. Il va bien.
—Il doit se sentir bien seul depuis le départ de Scorpius pour…, commença Hermione.
La fin de sa phrase mourut dans sa gorge. Elle n'osait pas prononcer le nom de la prison des sorciers. Sa mère n'était pas au courant de la véritable mission de Scorpius. A vrai dire, toute sa famille était encore persuadé que Scorpius était un criminel, un agresseur de moldu. Le silence se fit. Rose vit son grand-père renifler bruyamment pour marquer son mécontentement et Ron manquer de casser son verre à la seule évocation de ce salaud de Malefoy.
—Quelle tragédie, murmura Molly avant de retourner dans sa cuisine.
Rose croisa le regard de James qui ne laissait rien transparaître. C'était tellement dur pour elle de ne pas révéler la vérité. Elle avait envie de bondir de son siège pour hurler à tous que Scorpius n'était pas devenu le sorcier au sang-pur qui agressait des moldus sans raison. Mais elle se tut pour James, pour son oncle et surtout pour Arthur. Après l'épisode dans sa chambre, elle avait caché le baiser qu'elle avait partagé avec Scorpius, dans un recoin de sa tête. Cela ne signifiait rien. Elle l'avait fait par pure charité.
—Arthur…, dit Ginny en rompant le silence pesant du salon, dites-moi comment vous vous êtes rencontrés avec Rose…
OoO
En marchant sur le chemin parsemé de ronces et vieilles racines qui menait au Terrier, Scorpius n'avait pas arrêté de se dire qu'Harry Potter avait eu la pire des idées. Il s'était d'abord réjoui de retrouver cette vieille maison qui lui avait toujours inspiré un profond bonheur. Mais les circonstance de son retour n'étaient guère propices à des embrassades. Même s'il avait purgé sa peine à Azkaban, il n'en demeurait pas moins l'homme qui avait agressé des moldus dans une ruelle sombre, complètement ivre avant de faire exploser l'un des wagons du métro moldu. Il était devenu un paria, un sorcier sans baguette qui avait bafoué tous les principes de la famille Weasley. Il n'était plus sûr d'avoir sa place parmi eux.
Arrivé à quelques mètres de la maison, Scorpius s'arrêta net, incapable de continuer. Quelle folie! Comment pouvait-il affronter le regard de Molly qui lui avait tricoté un pull pour chaque Noël et qui lui offrait des caramels pour chacun de ses anniversaires? Comment pouvait-il parler à Arthur Weasley avec qui il avait passé des après-midi à parler de la technologie moldue? Comment pouvait-il espérer un sourire de Ginny Potter qui l'avait accueilli chez elle à chaque fois qu'il voulait fuir le Manoir? Et Hermione Weasley qui l'avait toujours considéré comme l'un de ses enfants… Ron Weasley… Celui qui l'avait menotté avant de le conduire à Azkaban, qui le prenait déjà pour un de ces salauds de sang-pur avant même qu'il ne lui donne raison. Comment le traiterait-il à présent alors qu'il s'incrustait aux fiançailles de sa fille? Scorpius avait peur, peur de se faire rejeter par les seules personnes qu'il avait pu considérer comme sa famille.
Le pire était ses retrouvailles avec Albus. Il était terrorisé à l'idée de revoir son meilleur ami, celui qu'il avait abandonné alors qu'il embrassait la carrière de Langue-de-plomb. Depuis leur onze ans, ils ne s'étaient plus quitté et puis du jour au lendemain, il était parti sans lui, sans un mot pour se voir envoyer à Azkaban. Albus devait lui en vouloir et Scorpius craignait sa réaction en le voyant débarquer comme une fleur au Terrier, comme si de rien n'était.
Non, c'était impossible. Il était incapable de frapper à cette porte, même pour Harry Potter, même pour Galaad et ses menaces de mort. Il allait revoir Rose aussi. Rose et son fiancé… C'était une chose de les imaginer roucouler, c'était une autre de le voir de ses yeux, le jeune couple félicité par l'ensemble de la famille et lui pauvre ancien détenu et ex-copain, isolé dans un coin, se morfondant en silence en se demandant pourquoi il était venu. Tout cela n'avait aucun sens.
Scorpius s'alluma une cigarette pour se calmer les nerfs tout en observant la maison. Tout était calme. Le mois de mai avait laissé place à celui de juin. Le soleil brillait haut dans un ciel sans nuage. Le jardin était en fleur et les gnomes sortaient de leurs trous pour arracher les plus jolies de leurs doigts crochus. Scorpius se revit jouer au quidditch avec Hugo, Rose et Lily. Ils étaient jeunes, insouciants. Il revoyait Albus pester parce qu'ils faisaient trop de bruit alors qu'il était plongé dans un énorme bouquin sur le transplanage. James arbitrait toujours. Il donnait des fautes imaginaires au petit Serpentard qui finissait toujours par descendre de son balai pour s'en servir afin de frapper le Gryffondor en pleine face. Molly Weasley leur servait ensuite des jus de citrouilles bien frais et Scorpius partait dans le repaire d'Hugo et d'Arthur pour tester sa nouvelle console.
Tout était si facile… Le Terrier avait cet étrange pouvoir, de rendre tout plus beau.
Scorpius contempla la maison de son enfance. Elle n'avait guère changé depuis les années. Il admira la maison bancale avec ses multiples toits et cheminées. L'écriteau tordu portant le nom de la maison, pendouillait mollement au-dessus de la porte d'entrée. Des bottes étaient toujours entassées dans de vieux chaudrons. Dans la cour, des poules bien grasses picoraient tranquillement. Scorpius ne percevait que les croassements des grenouilles dans la mare verte et les rires des gnomes qui en sortaient. Tout était si paisible.
Il devait protéger cet endroit.
D'après Harry Potter, Scorpius ne serait pas le seul à avoir été envoyé par Galaad pour espionner sa famille. Cette idée le fit frémir. Il regarda tout autour de lui en se demandant si Stanley ou un autre n'était pas caché dans un fourré, à épier la petite famille dans son quotidien. A l'idée qu'on puisse faire du mal à Arthur et Molly Weasley, Scorpius serra les poings. Jamais il ne permettrait qu'on touche au moindre cheveux d'un des membres de la famille Potter et Weasley. Il ne le permettrait pas.
Soudain, Scorpius entendit un craquement. Par réflexe, il se tourna vers l'origine du bruit. Il discerna un couple. La jeune femme avait de longs cheveux roux qui s'agitèrent au gré du vent. Elle était accompagnée par un homme grand, brun et plutôt athlétique. Scorpius reconnut Lily et Thomas, le jeune couple marié. Il se mit à paniquer, ne sachant où se cacher. Il aurait bien aimé avoir la cape d'invisibilité en cet instant pour disparaître à leur regard. Il bougea malheureusement trop tard et entendit une exclamation de surprise dans son dos.
—SCORPIUS! cria Lily.
Il eut à peine le temps de se retourner qu'une tornade rousse lui tomba dans les bras. Elle le serra contre elle à l'en étouffer et il ne put s'empêcher de l'étreindre contre lui. Ce contact était si bon. Lily n'avait pas changé.
—Tu m'as tellement manqué, dit-elle en sanglotant. J'étais si inquiète quand maman m'a dit que tu étais à Azkaban.
Elle se détacha un peu de lui pour le dévisager. Scorpius lut le choc dans ses yeux. Il comprit qu'elle avait remarqué qu'il avait changé. Mais ce n'était pas dans sa nature de s'effrayer pour si peu. Tandis que Thomas les rejoignait, Lily se mit à le marteler de petits coups de poings sur sa poitrine.
—Dis-moi que ce n'est pas vrai! s'écria-t'elle. Dis-moi que tu n'as pas fait toutes ces choses qu'on dit sur toi!
—Lily chéri, appela Tom doucement pour la calmer.
—Non! s'exclama-t'elle en se tournant vers lui. Ne te mêle pas de ça!
Tom ne dit plus un mot, se contentant d'observer Scorpius et sa femme, à bonne distance, heureux de ne pas se trouver à sa place. L'expression de Lily était devenue dure, la colère se lisait sur ses traits. Au moins, se dit Scorpius, elle n'avait pas peur de lui et cela le rassura beaucoup. Mais il savait qu'il allait la décevoir.
—C'est vrai, Lily…, avoua-t'il à mi-voix.
Elle recula de plusieurs pas en secouant la tête.
—Non! dit-elle sur un ton catégorique. Non, ce n'est pas possible! Ou alors tu avais une bonne raison!
Le coeur de Scorpius se serra dans sa poitrine en voyant l'air plein d'espoir de Lily. Elle croyait tellement en lui. Il aurait aimé lui avouer la vérité, lui expliquer la mission que lui avait confié son père. Mais cela voulait dire aussi lui expliquer toutes les horreurs qu'il avait vu, tout ce qu'il avait été obligé de faire pour survivre et mener son rôle à bien. Elle en aurait le coeur brisé. Scorpius voyait encore en Lily l'innocence de ses années de jeunesse. Il ne voulait pas détruire ça.
Devant le silence contrit de Scorpius et les traits de la rouquine qui s'affaisaient de plus en plus, Tom décida d'intervenir. Il prit sa femme dans ses bras et la fit reculer près de lui. Il avait dû discerner chez Scorpius cette aura noire qui planait sur lui depuis qu'il était entré à Azkaban. Si Lily se refusait à le voir, Tom n'était pas aussi dupe que sa femme et animé par le désir de la préserver, il se sentit obligé de l'éloigner de Scorpius.
—Lily... , ce ne sont pas nos affaires, lui dit-il d'une voix douce.
—Mais…
—Laisse-tomber.
—Mais…, protesta Lily en cherchant le regard de son ami.
—Il a raison, intervint Scorpius. Il vaut mieux que tu ne saches rien.
—Rentrons, dit Thomas en entraînant Lily vers le Terrier.
—Non! Attends!
Elle se détacha de l'étreinte de son mari pour se tourner vers Scorpius. Sa colère s'était évanouie pour laisser place à l'inquiétude.
—Pourquoi es-tu venu si tu ne peux rien me dire? demanda-t'elle sur un ton triste.
Bonne question... , se dit Scorpius. Il contempla tristement la façade du Terrier. Il n'avait pas sa place dans cette maison.
—C'est pour Rose? demanda encore Lily.
Scorpius la dévisagea, troublé. Il vit de l'espoir dans les yeux verts de la belle rouquine. Apparemment, Lily n'avait pas abandonné l'idée de voir son couple préféré se réconcilier. Peut-être s'imaginait-elle un scénario où Scorpius affronterait toute la famille ainsi que le fiancé de Rose pour la reconquérir. La vérité était plus amère et plus sombre. Ils n'étaient pas dans un conte de fée.
—Non, je suis venu voir ton frère, inventa-t'il rapidement.
—Albus?
—James.
—James?! s'exclamèrent Thomas et Lily en choeur, interloqués.
OoO
Les conversations allaient bon train et Rose buvait son cinquième jus de citrouille. Son père et son oncle étaient en grande conversation dont Rose ne percevait que quelques brides. Hermione et Ginny cuisinaient Arthur sur sa famille et son fiancé réussit à faire les faire rire aux larmes avec une anecdote croustillante de son enfance. Son grand-père s'était lentement assoupi dans son fauteuil préféré et James contemplait le paysage, par la fenêtre, très intéressé.
—Mais qu'est-ce qu'ils fichent?! s'exclama Molly en revenant de la cuisine. Si ça continue comme ça, on mangera ce soir!
A cet instant, un coup sourd sur la porte d'entrée les firent tous sursauter. Un soupir de contentement s'éleva dans le salon et Molly se précipita à l'entrée pour leur ouvrir. Rose perçut les cris de joie suraigus de sa grand-père et de Lily qui se tombèrent dans les bras.
—Tu es toute bronzé, ma Lily jolie! dit Molly, radieuse.
—Il faisait si chaud là-bas! Tom a pris de sérieux coup de soleil. Mais c'était magnifique.
Rose se leva et Arthur l'imita, un peu nerveux. Lily fit une entrée fracassante dans le salon, un large sourire sur ses lèvres et les yeux pétillants. Sa grand-père avait raison, elle était magnifique. Sa peau, d'ordinaire pâle, était légèrement halée ce qui faisait ressortir ses taches de rousseurs et ses beaux yeux verts. Tom était plus rouge que bronzé. Ils semblaient heureux et Rose ne put s'empêcher d'envier le bonheur de sa cousine.
Dès qu'elle la vit, Rose se précipita dans ses bras en poussant un petit cri. Rose manqua de s'étouffer mais serra fort sa cousine contre elle.
—Tu vas te marier! s'exclama-t'elle heureuse. Je n'en reviens pas. Et voici le fameux Arthur, je présume? Enchanté!
Elle le serra contre elle, comme s'ils s'étaient toujours connu. Arthur rit en voyant cette petite rousse sauter à son cou. Il lança un regard à Rose qui ne put s'empêcher de s'attendrir devant ce spectacle. Lily était de retour et c'était le plus beau cadeau qu'on pouvait lui faire. Tom salua le reste de la famille. James lui serra la main et Rose vit son oncle lui broyer les doigts quand il lui tendit la sienne. Harry avait eu beaucoup de mal à voir sa petite dernière se passer la corde au cou. Il aimait beaucoup Thomas mais cela ne l'empêchait pas d'en vouloir à l'homme qui lui avait pris sa petite fille. Ginny embrassa sa fille en la complimentant sur sa tenue. Lily portait une jolie robe à fleur, elle tournoya devant Hermione et sa mère qui la contemplèrent attendries.
—Bonjour mon papou! dit-elle en embrassant son grand-père qui s'était éveillé en sursaut par les cris de sa petite-fille.
—Il ne manque plus que Albus! se réjouit Molly en tendant un verre de jus de citrouille à Lily et Thomas.
—Il n'est pas encore là? demanda Lily. J'étais si impatiente de le voir.
—On est même pas sûr qu'il vienne, lâcha James.
—Oh, dit Lily déçue.
Cachant sa déception, Lily se hissa sur la pointe des pieds pour embrasser son frère. Rose les observa. Lily s'attarda un peu plus que pour tous les autres, en chuchotant quelques mots à l'oreille de James. L'expression de celui-ci passa d'un froncement de sourcil à de la surprise. Il acquiesça discrètement tandis que Lily se précipita sur la chaise à côté de sa cousine, empêchant Arthur de reprendre sa place.
—Désolé, dit-elle avec un sourire penaud. Tu me laisses avec elle quelques minutes? Ça fait si longtemps que je ne l'ai pas vue…
—Pas de souci, répondit Arthur avec un sourire charmeur.
—Il est mignon, chuchota Lily à son oreille en observant Arthur s'en aller dans la cuisine pour aider Molly. Il me fait penser à Sirius…
—Il est génial, répondit distraitement Rose en lui jetant un coup d'oeil.
Elle était bien plus concentré par l'attitude de James. Celui-ci s'était approché de son père et lui avait parlé à l'oreille, profitant de la conversation de Ron avec Thomas sur les sorciers d'Amérique.
—Lily, demanda Rose en observant toujours son cousin et son oncle. Qu'est-ce que tu as dit à James?
Sa cousine manqua de recracher son jus de citrouille. Elle partit sur un petit rire puis éventa la question comme si elle n'avait aucun intérêt.
—Parles-moi plutôt d'Arthur, dit-elle avec un sourire malicieux. Il est mieux que…?
—Que quoi?
—Ben, tu sais… Tu m'avais raconté tes nuits torrides avec un certain beau blond. C'est comment avec Arthur? J'imagine que pour l'épouser, il doit assurer pas mal, non?
Le teint pâle de Rose vira au rouge pivoine. Devant l'expression gênée de sa cousine, Lily éclata de rire. Rose eut des images de ses nuits passées avec Arthur. Elle n'avait jamais cherché la comparaison avec Scorpius auparavant. Maintenant que Lily lui posait la question, elle décelait certaines différences évidentes. Arthur était, disons… plus sauvage que Scorpius. En temps normal, il avait tout l'air d'une homme timide, réservé et bien sous tout rapport, mais dès qu'il décidait de la charmer, il aimait la dominer. Rose ne s'en plaignait pas. Il y avait un côté très séduisant à prendre le rôle de la jeune femme effarouchée qui se laissait emporter par le désir de son compagnon. Scorpius était plus à l'écoute. Il avait aussi cette étincelle qu'elle n'avait ressenti qu'avec lui. Cette évidence naturelle lorsqu'ils unissaient leurs corps, comme si leurs âmes se combinaient aussi à la perfection.
—C'est différent, avoua Rose en restant le plus vague possible.
Elle prit une bonne rasade de son jus de citrouille en essayant de chasser les souvenirs de sa vie amoureuse avec Scorpius. Ces brèves images lui rappelaient leur dernier baiser qui ne remontait pas à si longtemps que cela. Lily changea rapidement de sujet en lui faisant un compte-rendu détaillé de son voyage de noce. Elle s'extasia pendant de longues minutes sur les réserves naturelles de créatures magiques que possédaient la famille de Thomas. Ceux-ci étaient des naturalistes, spécialisés dans l'élevage d'oiseaux-tonnerres dont ils essayaient de préserver l'espèce de l'extinction.
Rose écoutait distraitement l'anecdote de Lily relatant la rencontre de Thomas avec un chartier, une sorte de furet qui l'avait traité de troll (à mourir de rire, selon sa cousine). Elle observait toujours Harry et James. Son oncle s'était excusé auprès de Ron et de Thomas et avait suivi son fils hors du salon. Rose trouvait leur attitude étrange. Leurs expressions avaient changé après que Lily ait parlé à son frère. Ils avaient l'air soudain très sérieux et James semblait en vouloir à son père. Qu'est-ce que cela signifiait? S'agissait-il d'une affaire qui ne concernait que les aurors? Mais alors qu'est-ce qu'avait pu bien dire Lily pour alerter ainsi son cousin? Lorsqu'elle entendit les pas dans l'escalier qui montait aux étages, Rose ne put tenir plus longtemps.
—Excuse-moi, Lily. Il faut que j'aille au petit coin.
Lily acquiesça distraitement. Elle répéta son anecdote à sa mère qui éclata de rire. Rose enjamba sa chaise et se dirigea discrètement vers le hall d'entrée. Elle aperçut sa grand-mère et Arthur en grande conversation. Apparemment, elle semblait l'apprécier. Elle lui pinçait la joue de temps en temps, en lui adressant de grands sourires. Rose monta silencieusement les premières marches en évitant celle qui craquait. A force de passer toutes ses vacances chez ses grands-parents, elle connaissait toutes les astuces pour sortir en douce de la maison. Ses cousins et elle en profitaient souvent pour se lever aux aurores et jouer, très tôt le matin, au quidditch. L'escalier était plongé dans la pénombre et Rose craignit de ne tomber nez à nez avec James ou Harry. Elle savait qu'elle ne faisait rien de mal mais toutes ces cachoteries la mettaient mal à l'aise. James n'était pas venu la chercher. Il ne lui avait pas soufflé les mêmes mots qu'il avait chuchoté à son père. Elle avait l'horrible impression d'être, une nouvelle fois, laissée sur le côté. Cela l'énervait énormément.
Lorsqu'elle parvint au premier étage, elle entendit les premiers éclats de voix. La porte de la chambre de Lily était entrouverte et éclairée. Rose se colla au mur et s'avança le plus silencieusement possible afin d'entendre mieux ce qu'il se disait.
—Qu'est-ce qui t'a pris de lui demander de venir ici! s'exclama James, furieux. C'est complètement stupide. Tu t'attendais à quoi? Tu pensais qu'on allait tous lui tomber dans les bras avec une excuse bidon? T'as pensé à grand-mère? A grand-père?
—James, je suis ton père…, dit la voix de son oncle.
—Et je travaille aussi pour toi. En tant que chargé de l'affaire, je me dois de te dire que…
—Et en tant que supérieur et père, le coupa Harry. Je me dois de te dire que tu ne peux pas me parler sur ce ton. C'est clair?
—Je peux partir aussi…, retentit une troisième voix.
Rose se tétanisa sur place. Cette voix, elle la reconnaîtrait entre mille. Scorpius était avec eux dans la chambre de sa cousine. Une foule de question l'assaillirent brusquement. Pourquoi? Que faisait-il là? Avait-ce un lien avec sa mission? Une mauvaise nouvelle? Ou alors était-il venu pour elle? A cause de ses fiançailles? Non! C'était stupide. Scorpius n'aurait pas fait tout ce chemin pour une raison aussi stupide. Avant, peut-être mais pas après ce qu'elle avait vu de lui. Quelque chose de grave était en train de se passer et Rose avait un horrible pressentiment.
Elle retint son souffle en s'approchant un peu plus.
—Pourquoi tu ne m'as pas parlé de la mission de Galaad? cracha James en colère.
—J'ai essayé de t'appeler, crétin! rétorqua Scorpius. Tu n'as pas répondu.
—J'avais envoyé James au sénat pour me représenter, expliqua Harry.
—Merde! lâcha James. Pourquoi je ne l'apprends que maintenant? Qu'est-ce qu'on peut faire?
—Comme je l'ai dit à Scorpius, on peut au moins contrôler les informations. En espérant qu'il soit le seul à nous surveiller.
—On peut peut-être leur tendre un piège…, dit James.
—Tu penses à quoi? demanda Scorpius.
—Si c'est vraiment toi qu'ils veulent, papa, on leur donne une info bidon l'un de tes déplacement et on les arrête tous.
—Ah oui? ironisa Scorpius. Et tu fais quoi du rat? Parce que j'imagine que tu comptais les attaquer avec tes aurors… Avec un traître parmi vous, ça risque plutôt de se terminer par un bain de sang.
—Le rat n'aura pas d'autres choix que de se montrer! répliqua James avec colère.
—En espérant que vous ayez le dessus. Vous ne tiendrez pas deux secondes face à Galaad.
—Je le prends tout seul, si je veux! s'écria James.
—Dans tes rêves! cria Scorpius.
Rose perçut de faibles bruits de lutte. Son coeur s'accéléra. Cible… Galaad… Tout cela lui faisait peur.
—Du calme! rugit Harry. On va nous entendre. C'est un bon plan, James…en théorie. N'oublie pas que notre principal objectif est Merlin. Même si nous réussissons à tous les arrêter, nous ne savons toujours pas où se trouve leur chef. Et je doute qu'ils nous le disent bien gentiment.
—Ils préféreront mourir plutôt que de parler, opina Scorpius.
—En se faisant exploser…
Elle entendit soudain des pas dans la chambre se rapprocher de la porte.
—On ferait mieux de descendre, dit Harry. On trouvera une solution plus tard. Tu es sûr que tu ne veux pas descendre, Scorpius?
—Désolé…, répondit-il simplement.
—Comme tu veux.
Rose vit la main de son oncle se poser sur la poignée. Elle paniqua, seule dans le couloir. En quatrième vitesse, elle traversa sur la pointe des pieds le couloir et s'enferma dans un placard, qu'elle entrouvrit légèrement. A travers l'interstice, elle vit les silhouettes de James et de son oncle refermer la porte derrière eux.
—Ça devient vraiment dangereux pour lui, dit James en se frottant la nuque.
—Je sais.
—Il faut absolument qu'on le sorte de là…
—Je vois que tu commences à l'apprécier…, rit doucement Harry.
James eut un rictus.
—L'apprécier? J'ai du respect, plutôt et je ne veux pas avoir sa mort sur la conscience.
Ils descendirent en continuant à parler. Lorsque le silence revint, les battements de coeur de Rose s'apaisèrent. En calmant sa respiration, elle digérait peu à peu ce qu'elle avait entendu. Scorpius était en danger. Même James commençait à s'inquiéter pour lui. Que faisait-il au Terrier? De quoi parlaient-ils? L'inquiétude ne cessait de la tourmenter. Lorsqu'elle fut sûre d'être enfin seule, elle sortit du placard à balai et se dirigea vers la chambre de Lily. Sans frapper, elle entra.
OoO
Albus était en retard.
Une semaine avant, il avait reçu un hiboux de sa grand-mère le conviant aux fiançailles de Rose. Il s'était étonné de cette nouvelle. Retranché dans son appartement, au milieu des notes de Lewis et de ses multiples questions au sujet de Merlin, il avait complètement fait abstraction du reste du monde, et cela induisait sa famille. Il ne savait pas que Rose allait se marier. Il ne savait même pas qu'elle sortait avec quelqu'un. Lorsqu'il lui avait crié dessus, la dernière fois qu'ils s'étaient vus, il n'avait même pas pensé à lui demander des nouvelles, ou à s'interroger une seconde sur sa vie. Le courrier de sa grand-mère augmentait sa culpabilité envers ses proches. Bien sûr, il pouvait se justifier par sa nouvelle fonction et le silence qu'impliquait son serment. Mais il ne pouvait nier un manque d'investissement. Cette distance, il l'avait créé lui-même, déjà en choisissant de devenir une Langue-de-plomb, ignorant les hiboux de sa mère ou de Lily; ensuite en se lançant à corps perdu dans cette enquête. La seule personne qu'il côtoyait à présent, était Liam, un policier moldu. Et tous les deux passaient le plus clair de leur temps à faire des recherches.
Liam lui avait un jour proposé de sortir pour boire un verre. La demande du policier avait quelque peu troubler Albus. Liam l'avait encouragé à sortir, avec l'un de ses sourires au coin qui désarçonnait toujours le jeune sorcier. Il avait fini par céder et Liam l'avait conduit dans un pub, non loin de l'appartement, un endroit moldu où Albus ne se sentit pas très à l'aise. Liam s'était montré détendu. Il avait commandé pour lui et lorsqu'Albus voulut continuer à parler des traductions sur lesquelles il travaillait, Liam l'avait coupé.
—On ne parle plus de ça, s'il te plaît. Juste pour cette fois. On a bien droit à une petite pause, non?
Un serveur leur avait servi deux bières inconnues dont le goût n'avait rien à voir avec la bièraubeurre. Le goût amer du breuvage moldu fit grimacer Albus, ce qui amusa Liam. Il rit doucement et Albus sentit ses entrailles remuer. Il n'aimait pas cette douce chaleur qui l'envahissait à chaque fois que le policier lui souriait. Cette sensation étrange était apparue de plus en plus souvent, depuis qu'il l'avait pris dans ses bras pour le consoler. Bien qu'il essayait d'oublier cet incident, Albus ne pouvait s'empêcher d'y repenser souvent, entre deux runes, ce qui l'agaçait prodigieusement.
Liam lui avait demandé de lui parler de sa famille. La question avait étonna Albus. Durant leurs recherches, le policier lui avait surtout demandé des précisions sur le monde des sorciers. Il se montrait toujours intéressé, parfois choqué ou simplement perdu. Cette fois-ci, dans ce bar animé et bruyant, Liam s'intéressait à lui.
—Ça t'intéresse vraiment? avait rétorqué Albus, sur la défensive, ne sachant quoi penser.
—Disons que la dispute avec ta cousine m'a fait tiquer. Tu avais l'air proche d'elle et pourtant, tu ne reçois aucune visite. Qu'est-ce qu'il s'est passé?
Albus s'était justifié en lui reparlant de son serment. De fil en aiguille, et avec l'aide de la bière, la langue d'Albus avait fini par se délier. Il avait lui avait parlé de son père, de ses exploits à Poudlard, du trio légendaire. Il lui parla de sa mère et Albus se rendit compte à quel point, elle lui manquait.
—Ma mère travaille pour la Gazette. Mais avant, elle a joué en tant que professionnel chez les Harpie. Elle a failli participer à la coupe du monde de Quidditch mais Lily est arrivée…
—Le Quidditch, c'est le truc avec les balais volants? demanda Liam en commandant deux autres bières.
—J'ai jamais aimé le Quidditch, avoua Albus. James jouait dans l'équipe de Poudlard, Rose aussi… Quand on était tous au Terrier, j'étais le seul à l'écart. Mais ma mère ne m'a jamais poussé à voler. Elle disait qu'il en fallait au moins un pour rapporter de bonnes notes, se remémora Albus avec un sourire.
Lorsqu'Albus leva les yeux vers Liam, il lut dans ses yeux une lueur de tristesse.
—Oh, pardon, bafouilla-t'il.
—De quoi? demanda Liam en buvant dans son verre.
—Je sais pas trop. Tu as l'air triste. Je parle de ma famille aimante et j'oublie que tout le monde n'a pas cette chance…
—C'est moi qui ait demandé, dit Liam en haussant les épaules.
—Ça te gêne d'en parler?
—Non… Mais ce n'est pas un sujet très heureux, sourit-il tristement. Je n'ai jamais connu mon père. Il s'est tiré avant ma naissance. Et ma mère…, il fit un pause pour boire. Disons qu'elle n'était pas faite pour être mère. C'était une droguée. Je ne sais pas comment ça marche pour les sorciers mais chez les moldus… avoir un proche dépendant d'une substance et le voir se détruire chaque jour. Ce n'est pas l'idéal pour grandir.
Il but encore en évitant le regard d'Albus.
—C'est pour cela que tu es devenu...policier?
—Peut-être. En tout cas, une chose est sûr… Je ne voulais pas devenir comme elle et j'ai tout fait pour ça.
Liam avait rapidement changé de sujet en posant d'autres questions sur la famille d'Albus. Celui-ci partit dans un compte-rendu détaillé de son imposant arbre généalogique. Il faillit oublié l'oncle Charlie qui passionna Liam sur ses travaux sur les dragons. Leur petite pause se termina à la fermeture du bar. Albus, qui n'avait plus l'habitude de boire, chancela en sortant dans la rue, profitait de l'air frais de la nuit. Liam dut le soutenir jusqu'à leur appartement. Albus voyait trouble, s'appuyait sur Liam en se montrant plus tactile que d'ordinaire. Il riait. Il ne savait plus pourquoi mais il se souvint s'être senti heureux en sa compagnie.
De retour dans l'appartement, Albus avait zigzagué jusqu'aux toilettes. Tout en se soulageant, son esprit, embrumé par l'alcool, lui renvoyait des images de Liam lui souriant. Qu'est-ce qui était en train de se passer? Il sentait bien son coeur s'accélérer à chaque fois qu'il lui lançait l'un de ses regards au coin. Albus était en train de perdre pied et l'alcool ne l'aidait pas à y voir plus clair ou à tempérer ses émotions. Il sursauta lorsqu'il entendit des coups sur la porte.
—Al…, ouvre! avait lancé Liam. Je dois y aller aussi.
—Voilà!
Une petite voix dans son esprit ronronna en lui faisant remarquer qu'il l'avait appelé par son surnom. Il dévérouilla la porte et ouvrit. Liam se tenait devant lui, le teint un peu rosi et les yeux rieurs. Il était aussi saoul que lui.
—Tu peux y aller… C'est libre, dit bêtement Albus en lui désignant les toilettes.
Il rencontra soudain le regard de Liam qui le dévisagea intensément. Ils se turent en prenant conscience qu'ils étaient très proches l'un de l'autre. La raison d'Albus lui hurla de sortir mais comment aurait-il pu? Liam lui bloquait la route et il avait plus de carrure que le sorcier. Liam prit brusquement le visage d'Albus dans ses mains et se pencha pour l'embrasser. Le contact de ses lèvres sur les siennes émoustilla le jeune sorcier au plus profond de son être. Un doux frissons parcourut son corps, suivi de près par la peur. Il ne s'était pas attendu à ce geste. C'était la première fois qu'il embrassait quelqu'un et il eut soudain peur de s'y prendre mal. Liam se rapprocha de lui, comblant le peu d'espace entre eux. Il plaça une main dans le creux de sa taille et approfondit le baiser.
Ses lèvres chaudes carrèssaient les siennes et bientôt il sentit la langue du policier le titiller. Liam le fit reculer et Albus fut vite dos au mur. Il ne savait pas quoi faire de ses mains tout en sentant le corps du policier contre lui. Liam lui fit ouvrit sa bouche pour que leurs langues se rencontrent. Il le fit gémir lorsque Liam toucha son torse en le goûtant avec plus de passion. L'alcool l'avait détendu et il oublia sa panique face à cette nouveauté. Il profitait des sensations délicieuses qui commençaient à monter en lui. Cette fièvre ne semblait plus le quitter et il ne savait pas comment cela se terminerait.
Et tout à coup, Liam rompit leur baiser. Il recula de quelques peu, comme assommé.
—Pardon, dit-il en le dévisageant. Je… Je n'aurais pas dû. Excuse-moi.
Albus contempla, interloqué et encore sous le choc de leur baiser, Liam sortir de la pièce.
Il n'en avait pas dormi de la nuit. L'alcool s'évapora dans ses souvenirs de ce moment fugace et intense. La passion se transforma en doute et en incompréhension. Albus ne savait pas quoi en penser et le feu lui montait aux joues à chaque fois qu'il y repensait. Il avait appréhendé le lendemain avec angoisse, se demandant comment il devrait réagir lorsqu'il recroiserait Liam.
Mais Albus avait eu tort de s'en faire. Liam ne lui reparla pas du baiser dans ses toilettes. Il se demanda même si le policier ne l'avait pas oublié, trop ivre pour s'en souvenir et Albus se convainquit qu'il ne s'agissait que d'un rêve. Lui aussi, pouvait faire semblant de l'avoir imaginé dans les volutes d'alcool, en enfermant toutes ses nouvelles sensations étranges dans un coin de sa tête pour ne plus jamais y penser.
Le lendemain, il était partit pour le Terrier.
—ALBUUUUUS!
Ce fut Lily qui l'accueillit la première en se jetant à son cou. L'enthousiasme de sa soeur ne fut pas partagé par l'ensemble de sa famille. Il croisa son père et James, redescendant l'escalier qui menait au premier étage. Si son père lui adressa un sourire timide, James se contenta de renifler en lui tournant résolument le dos. Apparemment, il lui voulait toujours. Albus savait pertinemment pourquoi. Même si tout le monde ne remarquait que l'hostilité de James envers Scorpius, en réalité, James en voulait surtout à Albus. Ils étaient très proches avant son entrée à Poudlard et quand Albus avait commencé à délaisser son frère pour son nouveau meilleur ami, James s'était senti abandonné. Le fait qu'il soit devenu une Langue-de-plomb ne faisait que renforcer la certitude de James sur le fait qu'Albus voulait s'éloigner de lui et de toute la famille.
Molly le sermonna pour ses longs silences et sa mère le prit dans ses bras, en le serrant fort contre elle. Elle s'inquiéta de son teint pâle et de sa maigreur. Albus ne pensait plus à manger quand il étudiait. Si Liam ne lui cuisinait pas ses repas, il se serait laissé mourir de faim. Ron plaisanta sur les Langues-de-Plomb et Hermione tapota l'épaule de son neveu.
—Alors, c'est toi Albus…, dit Arthur en lui serrant la main. Tu es une Langue-de-Plomb, c'est ça?
—Oui…, répondit-il d'une voix lasse. Et toi, tu dois être le fiancé. Mes félicitations... D'ailleurs, tu es tout seul? Où est Rose?
—Elle est aux toilettes! répondit Lily en s'asseyant entre Albus et Arthur.
Leur grand-mère annonça qu'il était temps d'ouvrir le cidre en tendant la bouteille à son mari. Albus contempla sa famille, heureux de les retrouver mais se sentant plus seul que jamais. Ils avaient l'air heureux, loin de ses préoccupations.
—Tu veux savoir un secret? lui souffla Lily à l'oreille en faisant attention à ce qu'Arthur ne les écoute pas.
Albus sourit. Au moins, une chose ne changeait pas. Lily et lui avaient toujours tout partagé. Même s'il ne pouvait plus lui confier la majorité de ses secrets, Lily n'avait rien perdu de son goût des potins. Il se revit à Poudlard alors qu'ils se retrouvaient à la bibliothèque pour qu'elle lui rapporte les dernières nouvelles.
—Rose n'est pas aux toilettes, avoua-t'elle. C'est ce qu'elle a dit mais ça fait un moment déjà. Je crois qu'elle est allée rejoindre Scorpius.
—Scorpius? répéta Albus héberlu. Où ça?
—A l'étage, dans ma chambre…
—Quoi? s'exclama Albus alors que sa grand-mère lui tendait une coupe.
OoO
—Qu'est-ce que tu fais là? demanda Rose.
Elle se tenait contre la porte, s'apprêtant à partir à tout moment, dès qu'un des membres de sa famille s'inquiéterait de son absence. Scorpius était assis sur le lit de Lily. L'édredon était encore couvert de petits coeurs, le même que celui que leur grand-mère mettait quand elles venaient chez eux, du temps de Poudlard.
—Lily m'a dit de passer par sa fenêtre. Je n'avais pas le courage d'affronter ta famille ou ton...fiancé, dit-il sur un ton amer.
—Non! Qu'est-ce que tu fais là...au Terrier, idiot!
Scorpius plongea son regard dans le sien. Il semblait hésiter sur ce qu'il devait dire. Il ne savait pas que Rose avait écouté toute leur conversation. Elle attendait de la sincérité. Finalement, il haussa des épaules en détournant les yeux.
—James a raison, lâcha Rose. C'était stupide de ta part de venir ici.
—Alors comme ça, on écoute aux portes, ricana Scorpius.
—Dis-moi ce qu'il se passe! dit encore Rose en s'avançant vers lui.
Elle se planta devant Scorpius, les mains sur ses hanches. Elle ressemblait à sa grand-mère, dans cette posture, le regard flamboyant des Weasley posé sur lui. Scorpius sourit et cela énerva Rose.
—Alors? demanda Rose sur un ton sévère.
Scorpius se massa la nuque en soupirant. Il avait attaché ses longs cheveux blonds et avait rasé sa barbe. Ses vêtements avaient sérieusement besoin d'être lavés. Il portait un vieux jeans, des baskets, un tee-shirt loufoque sous un vieux sweat à capuche. Il semblait aussi lamentable que la fois où elle l'avait vu dans sa chambre. Rien n'avait changé pour lui.
—Je ne sais pas si je suis le mieux placé pour t'en parler, dit-il en soupirant. Demande à James.
—James ne me dit rien, s'énerva Rose. Il me laisse sur la touche, constamment. Si tu es venu jusqu'ici, c'est qu'il se passe quelque chose de grave. Je dois être au courant. Je suis auror. Si je ne sais rien, je ne peux rien faire!
Scorpius se leva à son tour. Il fit face à Rose, en plongeant encore une fois son regard dans le sien. Un instant, elle crut retrouver le Scorpius ne Poudlard, celui qui ne ratait jamais une occasion de la taquiner pour la faire sortir de ses gonds. Son expression la troubla et Rose fit quelques pas en arrière, sentant le piège se refermer sur elle.
—Peut-être que tu te gourres, dit-il dans un souffle, en la suivant lentement. Peut-être que je suis là pour toi, pour t'empêcher t'épouser ce crétin.
—Arthur n'est pas un crétin, se défendit Rose, incapable de détacher ses yeux des siens.
—Tu es sûre de ton choix, Rose? Ce n'est peut-être pas le bon…
—Et ce serait qui? Toi? essaya-t'elle de rire.
—Pourquoi pas… Ça ne t'a rien fait quand je t'ai embrassé? demanda-t'il d'une voix rauque. Tu n'as pas ressenti ce doux frissons comme lorsqu'on était ensemble?
Elle avait reculé jusqu'à la vieille armoire qui se mit à trembler lorsque Rose se cogna dessus. Un épouvantard y séjournait souvent, terrorisant les deux petites filles qui venaient dormir dans cette chambre. Tandis que Scorpius la piégeait contre le meuble agité de soubresauts, Rose se demanda en quoi il se transformerait si jamais elle le laissait sortir. Scorpius abattit sa main sur l'armoire pour la faire cesser de bouger. Il était tout près, si près que Rose pouvait sentir son souffle contre ses lèvres.
La porte s'ouvrit en grand, faisant sursauter le couple. Rose se tourna vers le nouveau venu en espérant, de toutes les fibres de son être, que ce ne soit pas Arthur. Elle fut soulagée en reconnaissant Albus qui déboula dans la chambre et se dirigea droit vers Scorpius. Celui-ci eut à peine le temps de se tourner vers lui, Albus lui flanqua un violent coup de poing sur le nez, tellement fort que Scorpius, surpris, s'écroula sur le sol. Le choc de la chute de Scorpius fit trembler le plancher et Rose paniqua. Elle sortit rapidement sa baguette.
—Assourdiato!
Elle enjamba Scorpius qui fixait son meilleur ami, la bouche en sang. Puis, elle se dirigea vers la porte.
—Tout va bien là-haut? entendit-elle sa grand-mère l'appeler.
—Oui! s'écria Rose en jetant un oeil derrière elle (Albus fixait Scorpius, toujours à terre). Tout va bien, j'ai fait tomber quelque chose.
—Ah, répondit Molly perplexe. Vous descendez bientôt? On va passer à table.
—Oui, on arrive.
Elle referma la porte et Albus prit cela comme un signal pour déchaîner sa colère.
—Des mois que tu fais le mort, éructa-t'il. Des mois que je m'inquiète pour toi, espèce d'idiot! INCONSCIENT! STUPIDE! Des mois, répéta-t'il. Et qu'est-ce que j'apprends? Tu es ici…, sagement caché dans la chambre de Lily. MAIS QU'EST-CE QUE T'AS DANS LA TÊTE? hurla Albus hors de lui.
Rose n'osait s'approcher. Jamais elle n'avait vu Albus aussi en colère. Leur précédente dispute avait des airs de débat serein en comparaison. Scorpius dévisagea son ami, toujours au sol, incapable de prononcer le moindre son.
—Si ce n'était que ça! continua Albus. Dans quel monde as-tu pensé que ce serait intelligent d'accepter un des plans foireux de mon frère? Hein? Tu t'es pas dit, à un moment, que tu pouvais y laisser ta peau? Non… Monsieur Scorpius Malefoy sait mieux que tout le monde! Monsieur Scorpius a voulu jouer les héros sans même en parler à SON MEILLEUR AMI!
—Albus…, commença Scorpius, complètement impuissant.
Il s'était enfin redressé lorsqu'Albus avait commencé à faire les cents pas, emporté par sa colère. Rose se tenait à l'écart, trop prudente pour oser quoique ce soit. Au fond d'elle, elle comprenait le ressentiment d'Albus. Elle l'avait partagé lorsqu'elle avait appris la vérité et cela ne remontait pas à très longtemps. Albus, lui, avait dû ronger son frein depuis le début. Aujourd'hui, il laissait éclater toutes ses peurs pour son ami et toute sa frustration.
—Tu te rends COMPTE… à quel point je me suis inquiété pour toi? Quand j'ai lu que tu étais parti à Azkaban… J'ai presque failli partir pour te libérer. J'aurais tout cassé pour te sortir de là. Parce qu'en plus, j'imagine que tu as dû vivre un cauchemar… mais tu ne m'as rien dit. Tu n'as rien fait. Si tu me l'avais demandé, j'aurais abattu brique par brique cette foutue prison! Et quand tu es sorti… Je me suis dit que tu allais revenir. Au moins pour m'expliquer. Mais RIEN! Tu n'es pas revenu. T'as continué à jouer les héros, tout seul.
Albus reprit sa respiration. Il avait parlé sans s'arrêter, haussant la voix avec emphase sur certains mots. Il était essoufflé, à présent. Scorpius avait pâli au fur et à mesure du débit d'Albus.
—Je suis désolé, dit-il d'une voix blanche.
—Scorpius Malefoy… Tu es le sorcier le plus idiot de tous les sorciers idiots qu'ait jamais porté cette terre, lâcha encore Albus en redressant ses lunettes sur son nez.
Son ton s'était un peu radouci. Scorpius le contempla longuement puis lui sourit timidement.
—Pire que Rusard? fit-il en plaisantant.
—Bien pire…
Albus lui sourit enfin. Enfin, il serra son ami dans ses bras. Rose retint ses larmes en voyant ses deux anciens compères se retrouver. Elle n'osa pas troubler ce moment, se contentant de les observer en sentant les larmes poindre au coin de ses yeux. Ils restèrent un moment, serrer l'un contre l'autre.
—Tu m'as manqué, idiot! lui dit Albus.
—Toi aussi, abruti, répondit Scorpius.
Ils se relâchèrent après de grandes tapes dans le dos. Rose fut heureuse de voir de grands sourires étirés leurs lèvres.
—Il faut qu'on redescente, leur fit remarquer Rose.
Albus acquiesça. Rose remarqua qu'il avait la tête baissée. Il se frotta discrètement les yeux en tournant le dos à Scorpius et Rose comprit qu'il avait, lui aussi, retenu difficilement ses larmes.
—Toi, dit-il en se tournant, à nouveau vers Scorpius. Tu ne bouges pas de là. Je te ramène chez nous quand c'est fini.
—D'accord, répondit simplement Scorpius.
Albus sortit de la chambre. Rose le suivit. Au dernier moment, elle se retourna vers Scorpius. Celui-ci s'était rassit sur le vieux lit de Lily, en face de l'armoire qui tremblait encore de la présence de l'épouvantard. Scorpius renifla bruyamment. Rose le laissa seul avec ses émotions, en refermant silencieusement la porte derrière elle.
