Bonjour à tous(tes),

Je prends le temps, dans ce petit préambule, pour répondre au dernier commentaire "guest" que l'on m'a laissé sur cette fanfic.

A Lily31: Bonjour. Je te remercie pour tes compliments et je suis heureuse que tu apprécies cette histoire. Pour répondre à ta question, cette fanfiction contiendra 55 chapitres. N'hésite pas à m'envoyer d'autres commentaires si tu as d'autres questions. Je me ferai un plaisir d'y répondre.

A tous(tes) les autres lecteurs(trices): Merci infiniment d'être toujours là au rendez-vous et j'espère être à la hauteur de vos attentes. Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture. A mercredi!


31

UN AMI POUR LA VIE

Scorpius avait attendu la fin du repas de famille, reclus dans la chambre de Lily. De la porte, ouverte légèrement, lui était parvenu les éclats de voix des occupants d'en bas. Il avait reconnu le rire de Ron Weasley, suivi de près par celui de Molly. Le tumulte de voix familières accentuait sa solitude. S'il l'avait voulu, il aurait pu descendre pour se présenter. Mais à chaque fois qu'il imaginait la réaction des autres membres de la famille, il se sentait terrorisé. Sa présence soudaine au Terrier aurait fait poser trop de questions. Il aurait pu mentir comme il l'avait promis à Galaad pour espionner les proches d'Harry Potter. Mais il avait passé tellement de temps à faire semblant, à tromper, manipuler, qu'il n'avait pas la force de recommencer avec ceux qu'ils considéraient comme sa famille.

Assis sur l'édredon de Lily, Scorpius soupira en massant sa nuque. James avait raison. C'était une mauvaise idée de venir ici. Même si la joie de retrouver cet endroit lui avait rappelé des moments de bonheur, il n'avait plus sa place parmi les rires joyeux qu'il entendait en bas. James, Harry et lui auraient mieux fait de se retrouver seul, dans son appartement pour discuter de ce qu'il allait révéler à Galaad. Il y avait toujours la menace d'un autre espion dans les environs mais les chances étaient faibles. Le risque trop grand pour ce nouvel informateur. Et il doutait que Stanley se soit cacher dans un des placard à épier la petite famille. Cette erreur lui avait coûté beaucoup psychologiquement parlant. Scorpius se sentait épuisé. L'incompréhension dans les yeux de Lily… Rose, distante et demandant à grands cris des explications et Albus…

Il sentait encore la douleur de son coup de poing. Il y avait mis toute sa force. En temps normal, son bouclier aurait dû le protéger du choc. Albus se serait fracassé le poignet sur sa joue. Mais il avait atteint son but et Scorpius avait dégusté. En y réfléchissant, Scorpius comprit qu'il avait laissé faire son ami, parce qu'un fond, il le méritait. Les paroles qu'il lui avait hurlé dessus par après, résonnait encore en lui. Même si Albus l'avait serré dans ses bras, il culpabilisait encore. Scorpius l'avait bel et bien abandonné.

Il entendit soudain des bruits dans l'escalier. Scorpius se leva, fixant la porte avec angoisse. Devait-il se cacher ou pas? Il se détendit lorsqu'il vit James entrer, une assiette à la main.

—Mon père m'a demandé de te monter ça. Il a pensé que tu aurais faim.

Le plat sentait extrêmement bon. Il contempla le ragoût et l'énorme miche de pain que lui présentait James. Son estomac gargouilla mais il l'ignora.

—Ça va, merci, mentit Scorpius en se rasseyant.

James leva les yeux au ciel. Il s'assit à côté de lui et lui tendit encore l'assiette.

—Fais pas l'enfant…, grogna-t'il. C'est grand-mère qui l'a préparé. Tu ne vas pas bouter sa cuisine, quand même… Allez!

Scorpius hésita puis se décida à prendre l'assiette. James le regarda manger avec un sourire. Scorpius se régalait. La cuisine de Molly Weasley lui avait tellement manqué.

—T'as trouvé quoi comme excuse pour t'éclipser? marmonna Scorpius entre deux bouchés.

—Je leur ai dit que j'allais nourrir la goule au grenier.

—Je croyais qu'on l'avait délogé depuis longtemps…

—Elle est revenue. Apparemment, elle se plait bien au Terrier…

Scorpius continua à manger. Avec du recul, il trouvait étrange de se retrouver au Terrier, seul avec James. Lui, qui avait toujours fui sa présence en l'insultant de tous les noms à chaque fois qu'ils avaient le malheur de se croiser. Il ne pouvait pas le considérer comme un ami. Même s'ils se supportaient un peu plus, par la force des choses, cela ne les empêchait pas de se fritter dès qu'ils en avaient l'occasion, surtout avec un public. Mais Scorpius avait fini par le trouver un peu plus potable, lorsqu'ils se trouvaient seuls et qu'il n'avait pas besoin de prouver quoique ce soit à son père ou à sa famille.

—J'ai vu Rose, lâcha-t'il en engloutissant sa dernière bouché.

James se tourna vers lui, inquiet.

—Elle a entendu notre conversation. Elle est furieuse d'avoir été mis à l'écart.

—Tu lui as dit quoi?

—Rien. Je n'ai pas envie de la mêler à tout ça, dit-il après un bref silence.

—C'est bien.

Le regard de James se perdit dans le vide. Il avait l'air visiblement inquiet. Il lâcha un énorme soupir.

—J'ai beau savoir que c'est une adulte, qu'elle a réussi à apprivoiser un Griffon… Dans ma tête, elle est restée la gamine qui venait me supplier de jouer au Quidditch, celle qui pleurait quand Hugo lui avait fait encore un de ses tours. Et maintenant, elle va se marier…

—Je pense que tu devrais la mettre au courant, coupa Scorpius, troublé par l'évocation du futur mariage de Rose.

—C'est ce que dit mon père aussi, dit James en rejetant la tête en arrière avec une grimace. Mais, j'ai tellement peur qu'il lui arrive quelque chose. Si Galaad veut s'en prendre à ma famille, ceux qui essayent de l'arrêter seront les premières cibles ce qui désigne Rose en première ligne de mire.

—Tu n'as pas peur pour toi?

James haussa les épaules comme si l'idée de sa mort potentielle était une bonne plaisanterie. En le dévisageant, Scorpius se rendit compte à quel point il ressemblait à son père dans ses mimiques. Physiquement, James Potter avait plus hérité de Ginny Weasley. Au soleil, ses cheveux bruns prenaient une légère teinte auburn et ses yeux marrons étaient pleins de chaleur (quand il était dans un bon jour). Il avait une ressemblance avec son oncle Bill, dans sa carrure et ses traits. Mais si Albus prenait tout du physique de son père, il n'en avait pas le courage. James était la symbiose des deux traits dominants de ses parents: la bravoure face aux dangers et aux menaces de mort.

—Ça fait partie du boulot, dit-il encore. Je peux supporter les risques mais pas si l'on s'en prend à mes proches.

James avait le regard dans le vide. Scorpius se rendit compte que c'était la première fois que l'aîné de la famille Potter se confie à son ennemi juré depuis leur première année à Poudlard. Il n'avait jamais été aussi sincère avec lui et ce soudain élan du coeur mis quelque peu mal à l'aise Scorpius qui ne savait quoi répondre. Ou peut-être que si… Au fond, Scorpius ressentait la même chose. Il avait enduré des heures sombres depuis qu'il s'était laissé dans cette mission. Il avait tué, pleuré, survécu, frappé, menti et supporté l'humiliation et la torture, mais rien ne pouvait se comparer à la peur qui grandissait dans son coeur depuis que Galaad lui avait parlé de ses plans pour détruire Harry Potter et tous ceux qu'il aimait. James avait raison, il ne supporterait pas la mort d'Albus ou celle de Rose.

—Mon père a raison, lâcha James après un long silence gêné. On se ressemble beaucoup toi et moi.

—Ah, oui? sourit narquoisement Scorpius. En quoi?

—Toi et moi, on est prêt à tout pour sauver les gens qu'on aime.

Scorpius ne trouva rien à répliquer à cette vérité. Il contempla James se lever du lit, prendre l'assiette vide de son invité en évitant son regard.

—Si ça ne tenait qu'à moi, je t'aurais déjà fait arrêter la mission… Mais mon père a raison, tant qu'on ne sait pas où se trouve Merlin, on a aucune chance de l'arrêter.

Il planta son regard dans celui de Scorpius, l'air très sérieux.

—Tu te sens de continuer?

—Je n'ai pas vraiment le choix, rit doucement Scorpius.

—Si, tu l'as. Un mot de toi et je te fais disparaître. Personne n'en saura rien, même pas mon père. Et tu reviendras quand on aura enfin coincer ce fumier.

Il paraissait sincère. Scorpius ne vit aucun coup fourré dans ses yeux. Il ne se moquait pas de lui, pour une fois et cela l'effraya d'autant plus que sa proposition était très alléchante.

—Pourquoi tu ferais ça? Pourquoi maintenant? demanda Scorpius, quelque peu perdu.

—Parce que j'estime que t'en as assez bavé. Personne n'a le droit de te juger si tu jettes l'éponge, même pas moi.

James n'avait pas complètement tort. Scorpius avait un sourire amer. Il pouvait écouter James. Il pouvait décider de tout arrêter. James l'enverrait dans une planque, en dehors du pays certainement. Il aurait passé son temps à se reposer, à boire, fumer, dormir surtout, loin de la violence, du danger de mort, de sa culpabilité et de ses mensonges. Il calmerait sa haine et sa peur. Et il pourrait revenir dans le Monde des Sorcier, libre et en paix. C'était tentant, très tentant… et si facile.

—Réponds-moi franchement, James, dit Scorpius en levant les yeux vers lui. Si tu étais à ma place… est-ce que tu aurais pris la fuite?

Il le dévisagea longuement, l'assiette dans sa main. James donnait l'air de réfléchir alors que Scorpius lisait déjà sa réponse sur son visage.

—Non, admit-il.

Scorpius haussa un sourcil et James eut un rictus. Ils savaient tous les deux ce que cela voulait dire. S'ils se ressemblaient à ce point, alors ils prenaient aussi les mêmes décisions dans ce genre de circonstances. Si James n'aurait pas fui, alors lui non plus.

—Encore une chose, l'appela Scorpius alors que James avait la main sur la poignée. Tu es sûr qu'Arthur n'est pas le rat?

—Pourquoi? demanda James avec un sourire mauvais qui lui ressemblait plus. On est jaloux, Malefoy?

—Je t'emmerde…

James ricanna et Scorpius eut envie de lui balancer un cousin à la figure.

—Pour être honnête, je n'en sais rien, reprit James en redevenant sérieux. J'ai des doutes mais au cas où, j'ai mis un agent en filature.

—Et?

—Et rien, Mangemort. Pour l'instant, en tout cas.

Scorpius poussa un soupir. Cela ne l'arrangeait pas. Il aurait préféré que James lui révèle qu'Arthur soit un dangereux criminel et éventer ainsi toutes les promesses de mariages. James remarqua sa déception.

—Un petit conseil d'ami, si t'as un truc à dire à Rose, Malefoy… je te conseille de lui dire avant qu'elle ne soit marié.

Il ricana encore tout en refermant la porte.

OoO

La fin du repas s'était plutôt bien passé.

Bien que ce dîner ait été organisé pour célébrer le bonheur prochain de son union avec Arthur, Rose avait eu beaucoup de mal à se concentrer sur les conversations autour de la table. Elle avait été placée, par le plan de table de sa grand-mère, à côté d'Arthur et de son grand-père ("entre les deux Arthur de ta vie", avait rit sa grand-mère en les contemplant). En face d'elle était assis Albus qui semblait aussi distrait que sa cousine. Tous les deux s'étaient jetés des regards pendant qu'ils mangeaient, au milieu des rires, des exclamations étonnées et des tintements de couverts sur les assiettes en porcelaine.

Albus jetait souvent des coups d'oeil dans son dos, vers la cage d'escalier qui menait au premier étage. Rose comprenait exactement ce qui lui passait par la tête. Lorsqu'ils s'étaient enfin vus, réunis tous les trois au Terrier, comme avant, comme au bon vieux temps, sans les emplois bizarres, les missions secrètes et les enquêtes dangereuses. En la présence de son ex-petit-ami et de son cousin, elle s'était soudain rendue compte à quel point la vie les avait séparé. Ils n'étaient plus des adolescents s'essayant à la résolution d'une énigme à Poudlard mais bien des adultes confrontés à des peurs et des dangers qu'ils n'auraient même pas pu imaginer il y avait quelques années. Et enfin, après des mois de doutes, d'épreuves et d'angoisses, ils se retrouvaient enfin pour être séparé aussi vite.

Rose se sentait comme Albus, elle en voulait plus. Elle voulait sauter ce repas et foncer dans la chambre pour demander des explications sur ce qu'elle avait surpris un peu avant. Elle voulait retrouver l'esprit brillant d'Albus et ses déductions; les morts rassurants de Scorpius et elle qui réussissait toujours à les canaliser. Le trio de choc enfin réuni! Cette idée procurait un tel réconfort à Rose qu'elle en oubliait ses propres fiançailles. Elle n'avait plus qu'une idée en tête, discuter avec ses deux vieux comparses pour trouver une solution à tout ce mic-mac.

Lorsqu'elle et son cousin virent James se lever, en prétextant nourrir la vieille goule dans le grenier, Rose ne put s'empêcher de l'envier. Bien sûr, il ne savait pas que les trois anciens amis s'étaient enfin retrouvés. Mais lui avait une le droit de monter à l'étage pour parler à son espion, sous la bénédiction du grand et sage Harry Potter. Rose était en colère. Elle avait l'impression que quelque chose lui échappait, un élément très important que James et son oncle se refusaient à lui communiquer. Sa rencontre avec Scorpius et Albus aurait pu lui permettre d'enfin tout savoir. Hélas, elle devait sourire au reste de sa famille.

Non! Pas "hélas"! Elle était très heureuse! Oui, elle nageait dans le bonheur.

Comme le lui répétait constamment Lily, c'était "son moment", une sorte de préambule avant le grand jour. Ginny lui avait déjà demandé la date. Sa grand-mère imaginait déjà le nappage sur le gâteau et Lily avait déjà choisi quelle robe elle mettrait pour la cérémonie. Sa mère était restée discrète dans cet enthousiasme ambiant. Elle souriait simplement en observant sa fille qui croisait son regard de temps en temps. Hermione avait une curieuse expression. Elle semblait sereine mais Rose avait remarqué que les lèvres de sa mère était légèrement pincée. Ce pincement, elle avait pu l'expérimenter à chaque fois que quelque chose la tracassait ou lui échappait. Un instant, Rose crut qu'elle se doutait de la présence d'un invité surprise à l'étage ou des messes basses de James et de son oncle. Mais Hermione se contentait de la fixer.

Rose n'eut pas l'occasion de discuter avec sa mère, ni de demander des explications à James lorsqu'il descendit enfin de son "excursion dans le grenier". Elle fut plus frustrée que jamais lorsque le repas toucha à sa fin et qu'Arthur annonça à l'ensemble de la famille qu'ils devaient s'en aller. Arthur lui chuchota à l'oreille qu'il était fatigué et qu'il devait se lever tôt le lendemain. Elle n'osa pas le contredire ou insister pour rester. Toute sa famille était déjà en train de le remercier et de lui serrer la main en lui souhaitant la bienvenue dans la famille.

Elle croisa encore le regard d'Albus qui lui, n'était soumis à aucun impératif et aurait tout le loisir de profiter un peu plus de la présence de Scorpius. Elle l'envia à en crever tandis qu'elle serrait dans ses bras Lily et Thomas qui la félicitèrent encore.

—Il est charmant! lui avait soufflé Lily à l'oreille et Rose lui répondit par un petit sourire gêné.

Sa grand-mère insista pour qu'ils emportent avec eux une portion des restes du ragoût. Rose embrassa son père, sa mère, oncle, tante et cousins. Arthur s'entendait bien avec Thomas qui lui avait posé plusieurs questions sur son travail à la banque de Gringotts. Son père accepta la poignée de main de son futur gendre avec une grimace à peine dissimulée et Hermione l'embrassa en lui tapotant l'épaule.

Lorsqu'elle sortit de la maison de son enfance, une marmite de ragoût dans les mains, elle luttait contre l'envie de courir en arrière. Mais qu'aurait-elle bien pu trouver comme excuse?

—Tu as l'air ailleurs, chérie…, dit Arthur alors qu'ils marchaient tranquillement sur le chemin.

L'après-midi touchait à sa fin. Une légère brise de mai faisait danser le feuillage des arbres noueux qui bordaient le sentier. Rose se força à sourire.

—Désolé. Ça m'a fait un choc de revoir Albus, mentit-elle à moitié.

—Vous vous étiez pas vu depuis longtemps, c'est ça?

—Moi et l'ensemble de la famille. Depuis qu'il est devenu une langue-de-plomb.

Arthur acquiesça.

—Il n'est pas très bavard, fit-il remarquer.

—Il ne l'a jamais vraiment été. Mais c'est pire avec son serment. Pour tout te dire, j'ai dû mal à le reconnaître.

Son fiancé se rapprocha d'elle et la prit dans ses bras. Rose ne pouvait lui rendre la pareille avec l'énorme marmite entre ses mains. Elle sourit sincèrement en sentant son corps pressé contre le sien. Sa chaleur la réconfortait. Il embrassa la base de sa nuque et la chatouilla légèrement en la faisant rire.

—Arrête! rit-elle. Je vais renverser le ragoût.

—Ta famille est géniale, dit-il en la relâchant. Ils ont été très gentils avec moi.

—Même mon père? dit Rose sur un ton sceptique.

Si sa mère ne l'avait pas quitté du regard, son père, quant à lui, avait fixé Arthur comme une araignée qu'il devait écraser d'urgence.

Arthur haussa les épaules avec un petit sourire au coin.

—Il déteste son futur gendre… Un grand classique pour un papa poule. J'ai remarqué comment ton oncle s'adresse à Thomas. Les hommes semblent très protecteurs dans ta famille.

—Ce n'est pas faux.

—Rose…

Il se tourna vers elle, l'empêchant de continuer à avancer. Il la dévisagea intensément, les joues légèrement rosies. Rose crut qu'il avait bu trop de liqueur mais elle reconnut son regard passionné et romantique. Elle lui sourit tendrement.

—Je t'aime, lui dit-il.

—Je le sais, idiot, rit-elle en rougissant tout de même.

—Non…

Il la prit par les épaules et son geste étonna Rose. Il y avait comme une pointe de désespoir dans sa voix.

—Je t'aime vraiment, répéta-t'il. Et mon seul désir est de faire ton bonheur. Je veux que tu le saches!

—Tout va bien, Arthur? demanda-t'elle, troublée.

Peut-être l'avait-elle surpris dans la chambre de Lily avec Scorpius… Peut-être qu'il avait entendu leur conversation et les paroles de Scorpius quand il avait fait mention de leur précédent baiser… Elle eut soudain peur. Mais cette tristesse dans ses yeux disparut aussi vite qu'elle n'était venue. Un large sourire s'épanouit sur le visage chaleureux de son fiancé et il embrassa délicatement ses lèvres.

—Oui, excuse-moi. Le stress, sans doute. Viens…

Lorsqu'ils arrivèrent au bout du sentier, ils transplanèrent chez eux.

OoO

Albus monta dans la chambre peu après le départ de Lily. La nuit était tombée et il ne restait plus grand monde. Son père s'était éclipsé avec sa mère en donnant des instructions à son fils aîné, en levant les yeux vers le plafond. Ron et Hermione n'avaient pas tardé à suivre. Ils ne restaient plus que les deux frères dans la cuisine aidant leurs grand-parents à ranger, sans prononcer un mot. Lorsque la grand horloge sonna dix heures, Molly et Arthur s'excusèrent en partant se coucher en se plaignant de leur grand âge. James avait alors accompagné Albus à l'étage et Scorpius s'était étiré en les voyant entrer.

—C'est bon, C'est enfin fini, lâcha Albus en refermant la porte derrière eux. Désolé, ça a dû te sembler long.

—J'ai fait une sieste, bailla Scorpius. De toute façon, je n'avais pas envie de retourner à l'hôtel, seul.

—Tu ne seras plus seul à présent parce que tu rentres avec moi. Allez! dit Albus.

Il prit la veste de son ami qu'il avait déposé sur la chaise de bureau et la lui lança.

—Albus, ce n'est pas une bonne idée…, lâcha James en s'interposant.

—Oui, j'imagine bien, répliqua Albus sur un ton agressif. Mais je m'en fiche.

—Arrête tes conneries, frérot! s'énerva James.

—Ne m'appelle pas comme ça! s'exclama-t'il.

—Euh, les gars…, intervint Scorpius. Vous allez réveiller vos grands-parents si vous continuez à vous hurler dessus.

James se planta devant son petit frère, le teint vermillon et la mâchoire serrée.

—Depuis que t'es devenu une de ces saletés de langues-de-plomb, t'as pris la grosse tête, Al. T'as à peine adressé la parole à la famille au dîner.

—Oh! Pardon! railla Albus en faisant de grands gestes dramatiques. Excuse-moi d'avoir été trop accaparé par la présence de mon meilleur ami que tu as forcé à se faire emprisonner à Azkaban!

—Ce n'est pas moi! se défendit James. C'est une idée de Papa!

—C'est ça! Et tu as applaudi à deux mains, comme le bon toutou que tu es.

James se jeta sur Albus et les deux frères se battèrent comme s'ils avaient encore neuf et huit ans. Albus tira les cheveux de James tandis que celui-ci tirait sa robe noire de toutes ses forces. Scorpius contemplait le spectacle pitoyable, complètement médusé. Il ne savait pas s'il devait en rire ou en pleurer.

—T'as pas le droit! rugit Albus. J'ai des lunettes! sortit-il la vieille excuse de son enfance.

—Arrêtez! s'exclama Scorpius en s'interposant entre eux.

Les coups que se lançaient les deux frères, frappèrent son bouclier sans qu'il n'en éprouve la moindre douleur. Scorpius n'eut aucun mal à les séparer. Avec l'entraînement de Galaad et de Stanley, il était devenu beaucoup plus fort physiquement. Albus et James se cherchaient encore, ignorant la présence de Scorpius entre eux. Un craquement à l'étage, dans la chambre de leurs grands-parents, les firent arrêter immédiatement.

—Calmez-vous! murmura Scorpius. Vous n'avez pas envie que votre grand-mère débarque ici et vous vois en train de vous battre, si?

Ils entendirent un nouveau craquement et ils retinrent tous leur souffle. Le silence qui suivit les rassura et les deux frères se réajustèrent en soupirant. La menace de la colère de Molly Weasley avait eu raison d'eux mais cela ne les empêcha pas de se lancer des regards noirs en biais.

—Tu crois que c'est dangereux si je vais chez Albus? demanda Scorpius à James.

—En même temps, vu que c'est la mission qu'on t'a confié…, réfléchit James. Même si on te voit entrer chez lui, on trouvera ça normal.

Scorpius acquiesça et Albus les observèrent, intrigués. Depuis quand son meilleur ami et son frère s'entendaient aussi bien? Ce changement le déstabilisa et il eut plus que jamais l'impression d'avoir vécu reclus pendant un bon bout de temps.

—Mais je ne suis pas sûr que ce soit une bonne chose qu'il sache.

—Savoir quoi? s'énerva Albus.

Les deux jeunes hommes se fixèrent en silence, s'entendant sur ce qu'ils sous-entendaient. Tous ces secrets et cette soudaine complicité agaçaient prodigieusement Albus. James finit par pousser un profond soupir.

—Fais comme tu veux, dit-il finalement en se dirigeant vers la porte.

OoO

Depuis qu'Albus était parti dans sa famille, Liam tournait en rond.

Il s'était soudain retrouvé seul, dans ce grand appartement vide. Il avait bien tenté de continuer sa lecture des notes de Lewis mais son écriture en pattes de mouche avait fini par lui donné la migraine. Et puis, la présence du sorcier lui manquait.

Il s'était curieusement habitué à vivre avec Albus. Lui qui avait longtemps préféré la solitude aux autres, s'étonnait de se sentir si à l'aise avec son nouveau colocataire. Il aimait se lever et le croiser en sortant de sa chambre. Il appréciait lui préparer à manger pendant qu'il émergeait de sa mauvaise humeur du matin. Et il adorait le contempler, sans qu'il ne s'en rende compte, pendant qu'il fulminait sur ses traductions. Ce qu'il préférait était lorsqu'il avait le regard perdu dans le vide. Ses lèvres fines s'agitaient soudain comme s'il murmurait des incantations étranges et il finissait toujours par retrousser son nez en secouant légèrement la tête. Il avait remarqué tous ses tics, ses habitudes et surtout ses troubles quand il croisait son regard.

Liam devait se rendre à l'évidence: il était tombé sous le charme du jeune sorcier. Lorsqu'il s'en rendit compte, il s'en étonna lui-même. Liam n'était pas du genre à avoir des coups de coeurs. Généralement, sa vie amoureuse se résumait à des rencontres fortuites, des coups d'un soir ou de vieilles connaissances avec qui il partageait occasionnellement une nuit torride. Liam ne s'attachait jamais, ne s'ouvrait jamais à une conquête. Il privilégiait toujours les moments charnels à la complicité de deux amants. Il l'avait toujours bien vécu jusqu'à ce qu'il rencontre ce cher Albus.

Qu'est-ce qui l'excitait au juste? Le fait qu'il soit si...innocent, peut-être. Liam n'avait pas eu besoin qu'Albus se montre explicite sur son homosexualité. Il lui avait suffit de remarquer ses rougissements lorsqu'il comprenait qu'il le taquinait ou lorsqu'il surprenait son regard sur lui. Liam avait d'abord joué innocemment. Il s'était amusé à le titiller, le pousser dans ses retranchements parce qu'il trouvait ça tellement mignon les premiers émois d'une âme vierge. Mais petit à petit, le jeu s'était transformé en autre chose. Peu à peu, Liam avait commencé à éprouver du désir, une émotion différente et il s'était senti troublé, voire déstabilisé par ces yeux verts. Albus était mignon mais il n'était pas que ça. Liam le trouvait intelligent, perspicace et drôle malgré lui. Au final, ses boutades à son encontre s'étaient changées en drague ouverte et avec l'alcool, il n'avait plus pu se contenir.

Liam regrettait ce moment. Avec du recul, il n'aurait jamais dû se laisser aller comme ça, à perdre le contrôle. Albus était inexpérimenté quant aux choses de l'amour, sans parler de la partie physique d'une relation. Il avait certainement du mal à assumer ce qu'il devait ressentir avec lui, d'expliquer le rougissement de ses joues ou les trémolos dans sa voix lorsqu'il se laissait troubler par Liam. Alors de là à passer aux choses sérieuses…

Et puis, Liam avait envie de prendre son temps. De ne pas brusquer les choses. Il voulait l'amener à l'accepter, à répondre à ses attentes et surtout à lui faire découvrir tout ce qu'il avait à lui offrir. Rien qu'à cette idée, Liam se sentit frémir de la tête aux pieds.

Ainsi, il avait rongé son frein toute la journée, en attendant son retour. Il s'était assoupi lorsqu'il entendit un craquement significatif dans le couloir et la clé dans la serrure. Il se releva précipitamment en attendant son entrée.

Albus déboula dans l'appartement et Liam comprit immédiatement que quelque chose n'allait pas. Il reconnaissait cet air-là, il avait eu le même lorsqu'il s'était disputé avec la rouquine. Albus était très pâle, plus que d'habitude et il ne lui adressa pas un mot tandis qu'il se réfugiait dans la cuisine.

—Albus, ça va? demanda Liam.

—Al! Je sais que tu ça te perturbes mais…, commença une voix dans son dos.

Liam fit volte-face. Albus n'était pas rentré seul et Liam sentit une pointe de jalousie l'envahir tandis qu'il contemplait le nouveau venu.

L'homme était jeune, du même âge qu'Albus mais il en semblait dix ans de plus. Il était blond, un nez droit, des yeux bleus pénétrants et un menton pointu. Il avait une dégaine étrange avec ses longs cheveux blonds et des fringues qui auraient bien mérité un petit coup de repassage. Mais ce qui sauta immédiatement aux yeux du policier expérimenté, fut l'ambiance que dégageait l'homme qui lui faisait face. Liam eut cette certitude inébranlable: ce gars avait déjà tué. Il dégageait la même aura que ces flics qui avaient dû abattre un suspect et qui en portait le poids toute leur vie. De son oeil expert, il détailla les cicatrices blanchâtre sur ses avants bras, les bleus sur son visages et son cou. Les deux hommes se toisèrent avec méfiance. L'instinct de Liam lui disait de rester sur ses gardes.

—Scorpius Malefoy, je présume? dit-il en gardant ses distances.

—Et vous êtes?

Dans la cuisine, ils entendirent un bruit de verre mais aucun d'eux n'osa faire le moindre mouvement.

—Je m'appelle Liam Jones. Je suis flic. Un...moldu, se souvint-il.

Liam remarqua la surprise sur le visage de Scorpius. Curieusement, il s'en réjouit, sans vraiment savoir pourquoi.

—C'est...pas commun, se contenta de dire Scorpius.

Albus sortit de la cuisine, une bouteille d'alcool dans une main et trois verres dans l'autre. Il en avait déjà bu un et ses joues avaient déjà légèrement rosies.

—Liam...Scorpius. Scorpius… Liam. Liam m'aide pour…

Il s'interrompit en serrant les dents. Liam savait pourquoi. Son serment l'empêchait de parler librement. Liam prit le relai en prenant un profonde inspiration.

—Je l'aide pour son enquête sur Merlin, lâcha-t'il.

—Quoi? s'exclama Scorpius. Mais… Comment…

Une foule de questions devaient bousculer dans sa tête. Il désigna Albus, puis Liam, choqué, incapable de formuler le moindre mot. Albus se contenta d'hausser les épaules.

—C'est une longue histoire, soupira Liam. Tu as raison pour l'alcool, dit-il en désignant la bouteille. Ce ne sera pas de trop.

Ils s'installèrent au salon, Liam et Albus sur le grand canapé et Scorpius assis en face. Liam commença le récit à la place de son ami sorcier qui n'avait pas le droit de s'exprimer par lui-même. Albus se contentait de remplir les verres en prenant de l'avance tandis que le policier détaillait toute l'histoire, tout ce qu'Albus avait caché à ses proches depuis presque un an. Scorpius écoutait, un peu sonné. Plusieurs fois, il sortit une cigarette qui se consumait entre ses doigts, oubliant de tirer dessus. Liam lui parla du Département des Mystères, du choix d'Albus, de l'enquête qu'on lui avait confié. Il expliqua sa propre affaire et ce qui l'avait amené à croiser la route d'Albus. Il finit avec les notes de Lewis, encore éparpillées sur la table.

—C'est une histoire de dingue, souffla Scorpius en s'écroulant sur son dossier. Donc, toi, tu es insensible à la magie… Comment c'est possible?

—On se le demande, dit Albus en sifflant encore une fois son verre.

—T'as pas une idée? insista Scorpius.

—Pour être franc, ça me dépasse complètement. Peut-être qu'Hugo sera plus calé que moi pour percer ce mystère…, dit-il en tapotant l'épaule de Liam. En attendant, c'est plutôt pratique. Ça me permet de te communiquer des informations qui devraient me tuer en temps normal.

—J'espère que je ne sers pas qu'à ça, se moqua Liam en souriant à Albus.

Albus lui rendit son sourire. Il était légèrement ivre et Liam se souvint de la dernière fois qu'il avait vu le sorcier dans cet état. Ce souvenir le troubla. Albus était terriblement proche de lui, assis à côté de lui sur ce canapé, tombant un peu sur lui. Lorsqu'il se tourna vers Scorpius, il remarqua qu'il les fixait. Il connaissait ce genre de regard et Liam sut qu'il avait compris. Il vit Scorpius hausser légèrement les sourcils, un faible sourire étirant ses lèvres.

—Donc... Vous enquêtez sur Merlin… Le vrai et...le faux.

—Surtout le vrai, pour le moment, dit Liam en repoussant un peu Albus qui commençait à somnoler légèrement sur son épaule.

—Pour le faux, je peux vous aider, révéla Scorpius. Je suis infiltré dans le trafic de drogue de Merlin.

—Sans rire… Tu sais qui c'est?

—Je ne l'ai jamais rencontré et ses hommes restent très discrets sur ses véritables plans.

Ce fut au tour de Scorpius de parler. Il relata tout ce dont il avait appris dans le réseau sans entrer dans les détails quant à ce qui lui avait permis de gagner leur confiance. Toutes les questions que Liam s'étaient posées alors qu'on lui confiant l'affaire, alors qu'il travaillait encore au commissariat, trouvaient enfin des réponses. Les vidéos Youtubes des prodiges des consommateurs de cette poudre étrange, sa fabrication horrifique, sa distribution avec l'aide de la mafia locale et tous les dossiers de disparitions qui s'étaient accumulés sur son bureau. Tout trouvait soudain un sens. Liam décrocha un peu lorsque Scorpius parla de cette source artificielle dans les sous-sols du club. Mais, à côté de lui, il sentit Albus brusquement captivé. Il observa le sorcier écouter avec attention son ami avec cette même expression exaltée et fiévreuse lorsqu'il était sur le point d'assembler les pièces d'un puzzle particulièrement difficile.

—Les élus vont dans la source et renaisse... , murmura-t'il, le regard dans le vide.

—Qu'est-ce que ça veut dire? demandèrent en choeur Liam et Scorpius.

Le policier et l'infiltré se dévisagèrent un court instant. Liam avait l'impression de se disputer Albus. Il savait que Scorpius était resté longtemps le meilleur ami d'Albus et qu'il avait dû lui aussi chercher à le ramener sur terre quand il lui arrivait de se perdre dans ses réflexions. Maintenant que Liam s'était habitué à ce rôle, il n'était pas près de le lâcher. Loin de lui l'idée de prendre la place du "meilleur ami". Scorpius pouvait se rassurer, Liam avait de toutes autres attentes envers Albus.

Albus ouvrit la bouche pour parler mais la referma bien vite. Il lança un regard désespéré à Liam qui comprit qu'il n'en avait pas le droit. Scorpius était là et lui ne permettait pas à Albus de se soustraire à son serment.

—C'est rien... , lâcha-t'il en se resservant un verre.

Il se leva ensuite, son verre à la main et retourna dans la cuisine. Scorpius et Liam le regardèrent quitter la pièce en chancelant légèrement. Liam se tourna vers Scorpius, un peu gêné.

—Ce n'est pas contre toi, expliqua-t'il. Il…

—Je sais, le coupa Scorpius. Il a prêté le serment inviolable. C'est pour ça qu'il ne peut pas me parler.

Il contempla l'entrée de la cuisine où avait disparu Albus. Liam vit de la tristesse sur son visage. Il eut soudain honte de l'avoir considéré comme un rival. Avec ce serment, Scorpius avait perdu son meilleur ami qui n'avait plus le droit de lui parler librement, comme avant. Dans ses yeux, il voyait la nostalgie de leur longue amitié, leur lien qui s'était tissé avec le temps et qui peu à peu, s'était défait. Scorpius avait vécu des atrocités, Liam pouvait le lire dans son regard, mais il avait toujours gardé une place pour Albus dans son coeur, une petite flamme qui avait certainement dû l'aider à tenir.

—Je suis désolé, laissa-t'il échapper.

Scorpius se tourna vers lui, surpris. Il eut ensuite un sourire plus triste que jamais qui suintait la résignation.

—Je pense que tu devrais aller lui parler, dit Scorpius.

Liam hésita.

—Il n'y a que toi qui puisse le faire, à présent, dit-il encore.

Et il vida son verre d'une traite.

OoO

Albus avait trop bu et il n'aurait jamais dû boire autant.

Il ne s'était pas attendu aux révélations de Scorpius. Lui qui, auparavant, se vantait de tout savoir, se rendait compte qu'il était complètement à côté de la plaque. Une fois James parti, Scorpius lui avait tout dit. Il lui avait annoncé que son père était en danger ainsi que l'ensemble de sa famille par ce fou furieux dont il essayait désespérément de percer les secrets. Albus s'était tellement concentré que sur ses mystères qu'il en avait oublié l'essentiel: le danger qui planait sur ceux qu'ils aimaient.

Il avait un goût terriblement amer en bouche, Il avait été soudain pris de vertiges, il se sentait étouffer, comme pris dans un étau. Il ne contrôlait plus rien. Son univers était en train de se désagréger à cause de ce Merlin dont il ne connaissait même pas le véritable nom, ni même son visage. Albus devait se rendre à l'évidence: il était dans l'ignorance la plus totale, pataugeant dans des milliers de notes éparses qui ne menaient à rien.

Il s'appuya contre le plan de travail en essayant de calmer sa respiration. Pourquoi était-il devenue une langue-de-plomb? Son serment lui déservait tellement! Il n'avait plus le droit de parler à qui que ce soit. Il aurait tellement aimé expliquer clairement à Scorpius tout ce qu'il savait, tout ce qu'il pensait. Liam l'aidait énormément. Sans lui, il aurait dû se contenter d'un mutisme frustrant et désespérant. Mais son cerveau de moldu ne pouvait saisir toutes les subtilités de la magie dont il était dénué. Albus se sentait déjà vaincu alors qu'il n'avait même pas encore commencé à se battre.

Liam entra dans la pièce et Albus se détourna. Il ne voulait pas qu'il le voit dans un tel état de désarroi. Albus se sentait vulnérable et il détestait montrer cette facette de lui-même.

—Ça va? demanda Liam en s'approchant doucement.

Il discerna de la pitié dans sa voie et cela l'horripila.

—Oui! Tout va bien! dit-il un peu trop sèchement.

Albus tournait le dos à Liam. Celui-ci s'approcha encore et posa une main sur son épaule. Il frémit sans le vouloir. Il savait que s'il croisait son regard, il n'arriverait pas à maintenir le masque de froideur qu'il s'était habitué à porter tout au long de sa vie. Il avait besoin de contrôle mais Liam avait ce pouvoir sur lui, cette capacité à le mettre à nu.

—S'il te plaît…, dit Liam avec douceur.

Il le fit retourner lentement et Albus se laissa faire, incapable de résister. Lorsqu'il plongea son regard dans le sien, Liam lui sourit.

—Tu n'as pas besoin d'être comme ça avec moi, dit-il. Tu sais que je suis le seul à qui tu peux parler.

A ces mots, quelque chose se brisa au fond d'Albus. Etait-ce son sourire qui n'avait rien à voir avec ceux qu'il lui adressait d'ordinaire pour le perturber? Ou était-ce le ton de sa voix douce et chaleureuse qui le mettait en confiance? Ou cette vérité incontestable? Le hasard avait voulu que cet homme soit la seule personne à qui il pouvait parler sans risquer sa vie. Le seul qui était prêt à recevoir tout ce qu'il ressentait au plus profond de lui. Albus sentit toutes ses barrières se fracasser par le flot de ses émotions tandis que Liam lui caressait la joue en se rapprochant toujours.

—Je suis là, dit-il simplement.

Sa main était chaude sur sa joue. Albus voulut déverser en lui tout ce qu'il contenait depuis si longtemps. Il en avait plus qu'assez de se cacher et de garder le silence. Il en avait assez d'être seul. Liam lui disait qu'il ne l'était plus. Albus approcha son visage du sien et ferma les yeux. Il embrassa ses lèvres timidement, les effleurant doucement. Liam ne fit pas un mouvement. Albus le sentit sourire. Il s'écarta un peu, le dévisagea. Liam souriait toujours. Un sourire béat, encourageant. Alors Albus n'hésita plus. Il prit sa nuque entre ses deux mains et il l'embrassa encore, avec plus de hardiesse cette fois.

A chaque baiser, il se sentait plus heureux, plus vivant. Liam ne le pressait pas, il lui laissait prendre le contrôle parce qu'il savait que c'était ce dont il avait besoin. Albus oublia tout en l'embrassant toujours plus intensément. Il oublia la menace sur sa famille, Merlin, les notes de Lewis et même Scorpius qui patientait dans le salon, seul.

—Hum...hum…, fit Scorpius dans leur dos.

C'était comme si Albus venait de recevoir un seau d'eau glacé en plein visage. Il s'écarta brusquement de Liam d'un bon mètre. Liam laissa ses bras retomber le long de son corps. Le policier soupira en se tournant vers Scorpius qui les observait, un peu sonné mais un léger sourire amusé aux lèvres.

—Désolé de vous interrompre…, commença-t'il en cherchant ses mots. J'étais venu… Enfin, je pense que je vais y aller.

Il n'attendit pas de réponse et sortit de la cuisine. Albus était désemparé. Il comprit, dans la fuite de son meilleur ami, le choc de l'avoir vu embrasser un homme. Il se sentit honteux, sale et toutes les peurs qu'il avait refoulé durant tant d'années l'assaillirent d'un coup. Ignorant le regard de Liam, il sortit à son tour de la pièce, poursuivant Scorpius qui se dirigeait vers sa porte d'entrée.

—Non! Attends! s'écria-t'il en le retenant. Ce n'est pas ce que tu crois…

Il comprit à quel point ses mots n'avaient aucun sens. Bien sûr, que c'était ce qu'il croyait. Scorpius venait de découvrir que son meilleur ami aimait les hommes. Il se tut tandis que Scorpius s'arrêtait sur le seuil. Albus s'attendait à tout, à voir du dégoût sur son visage, de la peur, de la méfiance. Mais il fut surpris de découvrir, contre toute attente, un large sourire sur le visage de Scorpius.

—Ce que je crois, dit-il sur un ton amusé, c'est que tu es amoureux, vieux.

Albus se sentit rougir jusqu'à la racine de ses cheveux de jais. L'entendre dire à haute voix était surnaturel pour lui et il ignora la bête étrange qui s'était mis à ronronner dans le fond de ses entrailles à cette évidence.

—Ce n'est que justice, rit Scorpius en se passant une main dans ses cheveux. Après toutes tes leçons sur mes histoires de coeur… C'est ton tour maintenant!

—Ça ne te choque pas? demanda Albus, ébahi.

—Ça m'aurait choqué si je ne le savais pas déjà…

—Comment? s'étrangla Albus.

—Lily, évidemment…

—Je vais la tuer, lâcha Albus après un silence choqué.

Scorpius soupira. Il s'avança vers son ami et le prit dans ses bras. Albus était tétanisé sur place, vaincu par les révélations de Scorpius. Durant des années, il s'était préparé à tous les scénarios possibles et imaginables sur sa réaction lorsqu'il apprendrait son plus grand secret. Dans ses prévisions, il était soit dégoûté à vie soit intrigué. Mais jamais il ne s'était préparé à une acceptation totale. Albus était perdu.

Scorpius lui tapota l'épaule pour le rassurer. En fin de compte, ils n'avaient pas besoin de mots pour se parler. Ils se connaissaient si bien qu'ils pouvaient interpréter chaque silence, chaque regard de l'autre. Scorpius sentait le désarroi de son ami et il lui signifiait qu'il n'avait rien à craindre parce qu'il l'avait toujours su. Cela ne changeait absolument rien entre eux.

—On se voit plus tard, dit-il en le relâchant.

Albus acquiesça. Il reprit contenance et Scorpius retrouva son sourire narquois. Ils se saluèrent comme s'ils étaient encore à Poudlard et que rien n'avait changé.