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LA DERNIÈRE PROMESSE
Le lendemain, dès son arrivée dans le club, Scorpius fut immédiatement convoqué chez Galaad. Ce ne fut pas une surprise pour lui. Il lui avait laissé un week-end de répit pour exécuter la mission spéciale qui lui avait confié. En allait le voir, Scorpius était un peu plus serein que les premières fois. La peur ne l'avait pas quitté mais comme le lui avait si bien dit Mr. Potter, elle était salutaire et le maintenait constamment sur le qui-vive. Et surtout, il ne se sentait plus seul. Il avait revu Albus, Lily, même Rose bien qu'elle ait fêté ses fiançailles à l'étage en-dessous. Savoir que James le soutenait aussi le réconfortait. Il affrontait le danger en première ligne mais derrière, il avait des gens sur lesquels il pouvait compter. Et contre ça, Galaad n'avait aucun pouvoir.
Scorpius ne perdit pas ses moyens, tandis que son nouveau maître l'accueillait les mains couvertes de sang frais. Il lui posa des questions sur le Terrier et Scorpius répondit le plus proche de la vérité. Il n'omit aucun détail, détailla ses conversations imaginaires avec la famille. Il mentit en disant qu'il avait même espionner Albus jusqu'à chez lui en omettant la présence de Liam et en lui communiquant une fausse adresse. Ce flot de détails devait noyer le principal défaut de sa visite au Terrier: il ne ramenait aucune information utile pour le plan de vengeance de Merlin. Galaad eut l'air satisfait. Plusieurs fois, tandis que Scorpius parlait, il opina de la tête avec son odieux sourire cruel, s'essuyant ses paumes pleines de sang avec une serviette.
Scorpius était plutôt confiant quand il ressortit du bureau de Galaad, d'autant plus qu'il ne vit personne d'autres être convoqués après son départ. Il était le seul à qui Galaad avait donné cette mission. Personne d'autres n'espionnaient la famille Potter et cela lui redonna un espoir d'un jour sortir de ce cauchemar. En étant l'intermédiaire de ce plan, il pouvait contrôler les informations, distiller les dates, les lieux et peut-être, avec le temps, préparer une contre-attaque qui mettrait tous ces connards à genoux.
En attendant ses rêves de victoire, Scorpius continua à jouer son rôle. Il passa le plus clair de son temps à observer l'entraînement des nouvelles recrues et à accompagner Stanley dans les transactions avec la mafia locale.
Lorsqu'il revint le soir, après une grosse livraison, il sentit que les autres "élus" étaient en effervescence. Tout le monde semblait se préparer, fouillant dans ses affaires, s'armant selon leurs talents particulier et revêtant les vestes, manteaux et chaussures comme sur le point de partir en guerre.
—Qu'est-ce qui se passe? demanda Scorpius à Stanley qui était descendu avec lui.
—J'en sais rien… Hey! Sam! appela-t'il un petit nouveau. Il se passe quoi?
Le nouveau avait tout juste dix-huit ans, gringalet, de grands yeux bruns et un visage osseux. Il avait lui aussi passé la source et était revenu avec un talent de pyromancien. Scorpius ne l'aimait pas. Il avait une ferveur malsaine pour Galaad et le suivait comme un gentil petit toutou, prêt à exécuter la moindre de ses demandes. Il aimait particulièrement embraser les victimes de Galaad, une manière plus propre et facile de se débarrasser d'un corps en le calcinant.
—Galaad nous a dit de nous préparer. On part à la chasse! dit-il avec un grand sourire.
Scorpius réprima une grimace de dégoût. Il s'inquiéta de ses paroles. Cela ne sentait pas bon. C'était la première fois que Galaad donnait un tel ordre. D'ordinaire, le cercle fermé des élus agissait dans l'ombre, se montrant le plus discret possible pour ne pas se faire repérer par les sorciers ou les moldus. Qui allaient-ils chasser?
Stanley acquiesça en frappant ses deux poings l'un contre l'autre comme pour les échauffer. Une chose était sûre: le sang allait couler ce soir. Restait à savoir lequel…
Galaad sortit enfin et l'ensemble de ses recrues le portèrent en triomphe à coup de cris surexcités ou d'applaudissements. Ils avaient tous l'air de jeunes loups complètement sauvages et fous, acclamant comme des bêtes leur mâle alpha. Galaad portait son plus beau costume pour l'occasion. Sa veste était repassée, sa cravate épinglée à la base de son long cou, ses cheveux gominés et ramenés en arrière et même ses sourcils étaient peignés dans le sens du poil. Il était impeccable, brillant comme un sous neuf, noir comme un corbeau de mauvais augure.
Il ramena le silence en levant les bras.
—Mes amis… Aujourd'hui est un grand jour! Comme je l'ai dit à certain, nous nous apprêtons à frapper un grand coup au nom de Merlin. Ce soir, dit-il avec emphase avec un sourire mauvais, est le soir où nous allons tuer Harry Potter.
La foule explosa de joie à grands cris. Scorpius vit le petit Sam monter sur une caisse en brandissant le poing dans un cri de guerre ridicule. Stanley frappa dans ses grandes paluches, l'air fiévreux, comme s'il s'imaginait déjà fracasser le crâne de Potter à grands coups de poing. Scorpius était pâle comme la mort. Au milieu de la foule hurlant et vociférant son excitation, il se sentait plus perdu et seul que jamais. Il avait l'impression d'avoir subi une douche glacée et il contempla le plus stoïquement possible Galaad qui avait plongé son regard dans le sien.
—Préparez-vous mes amis! dit encore Galaad. Nous partons dans l'heure!
Les autres obéirent. Stanley s'excusa auprès de Scorpius prétextant un besoin urgent de changer de gants pour ceux dont la doublure était fait de métal. Scorpius ne l'écouta pas, il n'entendait plus aucun son. Toute son attention était focalisée sur Galaad qui s'était déjà tourné pour rejoindre son bureau. Il fendit la foule sans réfléchir et marcha jusqu'à lui, d'un pas pressé pour le rattraper.
—Galaad! Attend! s'écria-t'il.
Il l'avait rattrapé par sa manche immaculée. Galaad se retourna lentement en fixant, avec horreur, la main de Scorpius sur son veston.
—C'est quoi cette histoire? dit-il en le relâchant.
Galaad le toisa avec dégoût en relisant sa manche.
—C'est comme je l'ai dit. Nous allons tuer Harry Potter. Pour abattre un sorcier si illustre, Merlin m'a demandé d'envoyer tout le monde. On ne peut pas prendre le risque de le sous-estimer.
—Je croyais que c'était moi que tu avais mis sur le coup pour le piéger! rugit Scorpius pour cacher sa peur.
C'était sa seule réponse pour masquer la panique qui l'avait soudain envahie. La colère était plus crédible et il n'eut aucun mal à feindre la haine devant Galaad en plongeant son regard dans le sien pour le défier. Galaad sourit en le dévisageant.
—La célèbre fierté des Malefoy…, commenta-t'il en s'approchant.
—Ça a servi à quoi mon numéro au Terrier? Tu ne me fais pas confiance?
—Du calme, mon ami, sourit-il en s'amusant de sa détresse. Tu croyais tout de même pas que je n'avais confié cette mission qu'à toi, petit sorcier…
Il lui tapota la joue plusieurs fois et Scorpius le repoussa, ne pouvant cacher son irritation.
—Qui t'a donné ce tuyau?
Scorpius avait pris un risque en posant cette question mais c'était la seule qu'il avait en tête pour le moment. Galaad hésita. Il observa un moment sa petite troupe de mercenaires qui se préparait toujours à la bataille ou à l'assassinat plutôt du grand Harry Potter.
—Merlin a de nombreux contacts dans le monde des sorciers. Je suis désolé de te l'apprendre, mon cher Scorpius, mais tu n'étais qu'un petit bonus.
—Dis plutôt que tu as cherché à me tester!
—Peut-être…, sourit-il encore. Mais ne t'en formalise pas. Regarde autour de toi… Vous êtes tous testé, constamment, à seul fin de déterminer qui sera digne de rejoindre le cercle privilégié de Merlin. Quelqu'un d'autre à ramener une information plus utile que tes anecdotes de famille. Un gentil petit rat à murmurer à Merlin qu'Harry Potter était seul et vulnérable aujourd'hui.
Un frisson glacé envahit tout son corps. Galaad avait parlé du rat. Ce même rat qui avait fait capoter l'opération des aurors, celle qui aurait pu le sauver de ce cauchemar. Il était à peu près sûr qu'il s'agissait d'un espion chez les aurors. Il était tout à fait probable que cet agent infiltré ait pu communiquer à Galaad les allers-venues du directeur des aurors. Ils avaient été stupide de ne pas s'en occuper tout de suite et cette erreur allait sans doute leur coûter très cher.
—Tu es sûr de cette information, tenta encore Scorpius. Tu es certain que ce rat est digne de confiance?
Il ne savait pas où mènerait ce doute. Si cela allait faire reculer Galaad. Mais Scorpius devait tout essayer pour empêcher la mort d'Harry Potter. S'il venait à mourir, il ne se le pardonnerait jamais.
—En tout cas, plus digne que toi, rétorqua Galaad. Maintenant, va te préparer. Nous partons bientôt!
Galaad s'éloigna et Scorpius se retrouva seul avec sa panique. Pendant un court instant, il ne sut quoi faire, emporté tout entier par la peur, paralyse sur place. Puis, il reprit son sang-froid. Il allait devoir agir vite, le plus vite possible pour empêcher ce désastre. Il remonta à la surface, le plus discrètement possible (ce qui fut assez facile vu le chaos ambiant dans la fosse et les couloirs). Il grimpa quatre à quatre les marches métalliques, serrant dans sa poche le portable que James lui avait confié. Il sortit en trombe, ignorant les videurs et s'éloigna rapidement dans la ruelle adjacente. C'était dangereux, il le savait. Son comportement était suspect mais il n'avait pas le temps de s'en inquiéter.
Quand il fut sûr qu'il était seul, il dégaina son portable et composa le numéro de James. Le coeur battant, le front en sueur et les mains tremblantes, il écouta les sonneries en priant pour qu'il décroche. S'il ne répondait pas maintenant, tout était fichu.
—Qu'est-ce qui t'arrive? résonna la voix bourrue de James.
—James! Ecoute-moi! J'ai très peu de temps! Ton père est en danger! Ils préparent quelque chose. Le rat a bavé sur ton père. Apparemment, il est seul maintenant et Galaad envoie tous ses hommes pour l'attaquer et le tuer.
Un lourd silence répondit à cet avertissement.
—James! appela Scorpius à bout de nerfs. Tu sais où est ton père? Tu peux le contacter?
—Il est parti à un rendez-vous, ça avait l'air très secret. Il ne m'a rien dit, répondit-il d'une voix blanche. C'est l'espion chez nous qui a parlé? Comment est-ce possible?
—Ton père lui a peut-être dit où il allait, répondit à toute vitesse Scorpius en zieutant l'entrée du club. Il n'y a vraiment aucun moyen de le prévenir?
—Non, je ne sais pas où il est.
—James, il faut faire quelque chose, s'énerva Scorpius. Ton père va mourir si tu ne réagis pas.
Il ne supportait pas son ton calme qui trahissait un désarroi grandissant. James était sous le choc, Scorpius pouvait très bien le comprendre. Mais il avait besoin de retrouver le chef des aurors, l'homme d'action et réactif aux moindres dangers.
—Envois tes hommes! proposa Scorpius. Je t'envois l'adresse dès que je la connais.
—C'est trop risqué, répondit James. Le rat est parmi les aurors, c'est un fait. S'il nous accompagne, ça risque de mal tourner.
Scorpius poussa un cri de colère entre le désespoir et la frustration.
—Ça va de toute façon mal tourner! rugit-il. Réagis, bon sang!
—Aucun de vous ne sait transplaner. Si tu me donnes l'adresse, j'ai une chance d'y être avant vous et de prévenir mon père. S'il n'est pas là pour l'embuscade…
—Alors Galaad pensera que son informateur l'a trahi, comprit Scorpius.
—Avec un peu de chance, il s'en occupera pour nous et toi, tu seras confortés dans ta position de loyal petit soldat. Mais tout repose sur toi, Malefoy! Il faut que tu me communiques l'adresse avant que vous n'arriviez.
Derrière lui, Scorpius entendit la porte s'ouvrir et les hommes sortirent en se bousculant. C'était le signal. Ils allaient tous se mettre en route.
—Compte sur moi! dit Scorpius avant de raccrocher.
OoO
James perçut la longue tonalité qui lui indiqua que Scorpius avait raccroché. Lorsqu'il posa son portable sur le bureau, il se rendit compte qu'il avait retenu sa respiration depuis qu'il avait appris que Galaad s'apprêtait à tuer son père. Il expira longuement et inspira dans la foulée, tentant vainement de calmer les battements effrénés de son coeur.
La rage bouillonnait dans ses veines ainsi que l'incompréhension. Comment cela avait pu arriver? Scorpius avait parlé du rat, ce traître perfide qu'il avait recruté. C'était lui qui avait amené le loup dans la bergerie à son insue et maintenant, il menaçait son père de mort. Comment cela avait pu si mal tourner?
Il s'était réjoui de maîtriser plus ou moins la situation. Scorpius était le seul espion envoyé par Galaad pour les espionner, son père et l'ensemble de sa famille. Il contrôlait ce qui filtrait et ils avaient même, à trois, commencé à établir un piège pour enfin capturer Merlin. Mais tout dérapait. Son père était sorti en fin d'après-midi avec un air mystérieux. Il avait bien tenté de lui faire sortir les vers du nez, de lui demander où il se rendait, en soulignant bien la menace qui planait au-dessus de lui. Mais Harry Potter n'avait pas peur de la mort. Non, il l'avait déjà affronté, plusieurs fois et l'avait même vaincue. Il n'avait jamais eu peur de prononcer le nom de Voldemort, il n'allait pas commencer à craindre ce Merlin qui avait la folie des grandeurs. Pour une fois, James maudit le courage de son père.
Il sonda la porte de son bureau, hésitant sur la marche à suivre. Scorpius lui avait conseillé d'alerter tous ses hommes mais il préférait son plan. Envoyer tous les aurors à l'adresse communiquée par Scorpius revenait à accepter l'affrontement. Les aurors étaient entraînés, James ne doutait pas de leur puissance et ils avaient la supériorité des baguettes. Mais en face, selon les dires de Malefoy, c'était des hommes et des femmes qui avaient fait le grand plongeon dans une source de magie, explosant leur capacité tels de jeunes sorciers inexpérimentés. C'était une armée imprécise, brouillon et immature en ce qui concernait la magie mais terriblement puissante, beaucoup plus qu'eux. C'était sans compter sur Galaad, celui qui les mènerait. Scorpius avait toujours cette peur dans les yeux quand il prononçait son nom. James avait dû mal à imaginer la puissance magique de ce type. Lorsque Scorpius en avait parlé, il s'était moqué de lui d'être aussi terrifié par un cracmol qui avait réussi l'exploit d'apprendre quelques tours de passe-passes. Mais maintenant, il imaginait le même Galaad planter ses aiguilles dans le corps de son père et James était paralysé par la peur.
S'il ne voulait pas alerter toute l'équipe, il pensa toutefois à Rose avant de vite se raviser. Bien que Rose fut la seule personne en qui il pouvait avoir confiance chez les aurors, excepté son père, James avait encore des réticences à la mêler à tout ça. Il avait repensé à ce que lui avait dit Malefoy au Terrier lorsqu'il lui avait parlé de la colère de Rose d'être toujours tenue à l'écart dans cette affaire. James était tenté, aujourd'hui, de ravaler sa fierté et de demander de l'aide à sa cousine. Mais la peur l'en empêchait. Pas pour lui mais pour elle. Si tout tournait mal et il y avait de grandes choses… il ne supporterait pas de voir Rose mourir sous ses ordres. Il ne pourrait plus jamais se regarder en face.
Le téléphone émit un bip discret et James s'en empara immédiatement. Il reconnut le numéro de Scorpius et dévérouilla fébrilement le menu d'écran pour lire le message qu'il venait de lui envoyer.
" 144 Lower Sloane Street. Grouille toi!"
Cette adresse ne lui disait rien. Il ne se posa pas plus de questions et se leva prestement de sa chaise de bureau. Il laissa le portable qu'il rangea dans le tiroir de son bureau. Si les choses tournaient mal, il ne voulait pas que Galaad puisse remonter jusqu'à Scorpius. Il vérifia que sa baguette soit bien dans sa poche et transplana directement.
Il apparut dans un lieu sûr à quelque rues de l'adresse indiquée par Scorpius. Il ne connaissait pas assez bien le quartier pour atterrir directement devant la porte. James courut, le plus vite possible, cherchant des yeux la rue Lower Sloane, en priant d'avoir assez de temps pour retrouver son père avant que les autres ne débarquent. Ses poumons étaient en feu, il suait comme un porc mais l'adrénaline lui donnait des ailes et il fila comme le vent, bousculant plusieurs passants moldus sur son passage.
Il tourna à gauche en lisant la plaque qui l'intéressait et remonta la pente jusqu'au numéro 144. Le quartier était mal famé. Beaucoup de poubelles étaient renversées sur les pavés noircis avec le temps. Plus il remontait et plus la rue devenait complètement déserte. La plupart des bâtiments étaient des immeubles laissés à l'abandon, aux fenêtres cassées et aux murs recouverts de tags. Les rues étaient encombrés de grillages en fer qui gardaient jalousement des palettes de bois, des bidons noirs ainsi que de longs tuyaux qui laissaient présager à une future reconstruction.
James arriva enfin au numéro 144. L'immeuble était abandonné comme tous les autres. Il sonda la double porte dont les vitres étaient recouverts de papiers journaux. Il se demanda ce que son père était venu faire ici puis il entra précipitamment en sortant sa baguette.
Le hall était sombre. James haletait de sa course foule, les cuisses en feu. Il brandit sa baguette en l'allumant d'un lumos. Il fut terriblement tenté d'appeler son père à grand cri mais son instinct lui dicta de garder le silence.
Il monta une volée de marche, le plus silencieusement possible. La peinture des murs étaient écaillées, le sol recouvert de poussière et James avait l'impression que sa respiration partait en écho dans ce lieu vide et froid. Il entra dans une grande pièce spacieuse qui devait avoir servi comme manufacture avant sa liquidation. Il éclaira une vieille machine à coudre et de grands rouleaux de tissus. Plus il avançait dans la pièce, plus il avait du mal à imaginer son père se rendre dans un tel endroit pour quelques raisons que ce soit. Cela ne sentait pas bon.
Il marcha jusqu'au centre de la pièce plongé dans l'obscurité. Les grandes fenêtres, situées en hauteur, avaient, elles aussi, été recouvertes de journaux. Seul, au milieu de cette lugubre, James entendait les battements de son coeur qui lui martelait les tempes. Il essayait, tant bien que mal, de ralentir sa respiration emballée par l'effort de sa course et la panique qui grandissait en lui. Il n'avait pas besoin d'appeler pour savoir qu'il n'y avait personne ici. Cela ne sentait vraiment pas bon.
Au dehors, il entendit soudain le crissement de pneus et le claquement de portières des voitures moldues. Son coeur s'emballa à nouveau. Définitivement convaincu que son père ne pouvait se trouver dans un tel endroit, James se concentra sur le ministère et transplana.
Rien ne se produisit. Il fit une deuxième tentative mais le décor resta résolument le même. Il avait la même impression que lorsqu'il avait essayé stupidement de transplaner à Poudlard. Il n'y arrivait pas.
La panique l'assaillit tout à coup. Il courut jusqu'à la fenêtre la plus proche et à sa hauteur. En soulevant un pan d'un journal collé à la vitre, il vit une dizaine d'hommes sortir de plusieurs fourgonnettes. il comprit qu'il s'agissait des hommes de Galaad. Ils étaient déjà là. Il ne lui restait plus qu'à fuir comme un moldu, en espérant n'être que le seul débile à s'être fait pris au piège.
Il regarda autour de lui pour trouver une issue. Alors qu'il s'apprêtait à emprunter la porte à l'arrière de l'immense pièce, une voix résonna en hauteur.
—Vous nous quittez déjà, Mr. Potter?
Avant même que James n'eut le temps de pointer sa baguette vers l'echo, une masse se jeta sur lui et le plaqua au sol. James fut écrasé sous le poids de cet ennemi qui s'était tapi dans l'ombre. De longs ongles griffèrent sa robe d'auror et entaillèrent sa chaire en lui faisant pousser un cri de douleur. Heureusement, il n'avait pas lâché sa baguette. James se débattit pour se retourner sur le dos et pointa sa baguette sur la jeune femme qui continuait à le griffer partout, au visage, aux bras, sur son torse. Il pointa sa baguette sur son buste et lui envoya un jet de lumière aveuglant qui la propulsa trois mètres en arrière. La jeune femme aux cheveux dorés poussa un petit glapissement d'animal blessé.
James se releva aussitôt, gémissant sous la douleur des profondes entailles de son assaillantes. Quand il releva la tête, il était trop tard. Les recrues de Galaad avait pris d'assaut l'endroit et entourait James, tous terriblement menaçants. La jeune femme venue en éclaireuse rejoignit les rangs en pestant contre James et son sort cuisant. Celui-ci toisait chacun des nouveaux venus, serrant sa baguette dans sa main en sang.
—Mr. Potter! Ravi de vous rencontrer enfin, retentit une voix grave devant lui.
Du sang lui coulait dans les yeux et il battit plusieurs fois des paupières avant de remarquer la silhouette, grande et noire, fendre la foule de ses fidèles. L'homme portait un costume élégant. Très propre sur lui, le chef dénotait avec ses hommes crasseux, vêtu de vêtements moldus qui auraient sérieusement besoin d'un bon nettoyage et de quelques raccommodages. James ne se soucia pas du grand dandy devant lui. Il cherchait dans la foule haineuse un visage ami. Il croisa le regard de Scorpius, sur sa droite, pâle comme un linge. James détourna rapidement les yeux pour ne pas éveiller les soupçons.
—Galaad, je suppose, dit James en gardant son calme. Si vous vous attendiez à rencontrer Harry Potter, vous allez être déçu.
—Oh mais je sais parfaitement qui vous êtes…, répondit Galaad en tournant autour de lui comme un fauve. James Sirius Potter, fils aîné d'Harry Potter et de Ginny Weasley. Le grand frère d'Albus Potter et de Lily Potter. Neveu de Ronald Weasley et d'Hermione Granger. Cousin de Rose et Hugo Weasley. Vous voyez…, sourit-il. Je connais toute la petite famille.
James pâlit à l'énonciation des principaux membres de sa famille. Ce taré n'était pas surpris de le voir ici au lieu de son père. Le piège se refermait sur lui.
—Comme vous avez pu le constater, le transplanage est inefficace ici. Nous avons bien préparé votre visite et ce bâtiment a subi le même sortilège que la plupart de vos lieux hautement sécurisé.
—Seul un sorcier peut jeter ce genre de protection, signala James. Vous n'êtes pas des sorciers!
—Cela ne nous empêche pas d'en recruter, répondit malicieusement Galaad.
James serra la mâchoire. Galaad venait de lui avouer, d'une manière détournée que Merlin et sa bande de tarés avaient plusieurs sorciers dans leurs rangs. C'était sûrement l'un d'eux qui avait piégé cet immeuble abandonné. Ce trahison rendit James fou de rage. Merlin avait beau proférer des discours sur la vraie magie et montrer son hostilité ouverte envers le Monde des Sorciers. Ce malade n'avait aucune réticence à utiliser leurs propres armes. Cet ennemi était perfide et lâche.
—Vous vous demandez sûrement à quoi rime toute cette comédie, continua Galaad sur un ton léger. Il se trouve qu'après votre intervention avorté au port de la Tamise, je me suis rendu compte qu'un traître s'était immiscé parmi nous. Une idée de votre père sans doute. Très intelligent, je dois dire mais tellement prévisible…
—Comme ta prochaine raclée! cracha James avec rage.
Galaad secoua la tête lentement, ses fins sourcils bien dessinés légèrement froncés.
—Cette vulgarité n'est pas nécessaire, Mr. Potter, corrigea Galaad comme un professeur face à un élève un peu revêche. J'aurais tellement préféré me retrouver face à votre frère. On m'a dit qu'il a beaucoup plus de manières que vous.
—Sale enfoiré!
Aveuglé par la rage, James brandit sa baguette sur Galaad et lui balança un sort cuisant. Il eut juste le temps de voir une silhouette s'encourrir devant lui et se poster devant Galaad, les bras tendu. Le sort frappa la poitrine de Scorpius qui ne broncha pas. James surpris, contempla Scorpius faire rempart de son corps pour protéger Galaad. Il eut un doute pendant une seconde jusqu'à ce qu'il plonge son regard dans le sien. Debout entre James et Galaad, Scorpius le suppliait du regard. James comprit qu'il n'avait pas eu le choix. Les soupçons de Galaad le désignait comme le coupable parfait et Scorpius savait que Galaad aurait riposté avec beaucoup plus de cruauté et de souffrance s'il l'avait laissé faire.
—Toi! s'exclama James en feignant la colère. Sale Mangemort! J'aurais mieux fait de te tuer quand j'avais l'occasion.
—Merci Scorpius, dit Galaad en écartant son bouclier humain. Ce mangemort comme vous l'appelez, nous a permis d'apprendre à connaître la grande famille Potter et Weasley. Vous, James, n'êtes que la première victime dans le plan de la destruction de la famille d'Harry Potter.
—Si vous croyez que je vais me laisser tuer sans me battre! rugit James en gardant sa baguette levée.
—Oh, je n'en doute pas. Mais vous vous trompez en pensant que vous allez mourir tout de suite. Comme je vous le disais, ce piège grotesque nous sert avant tout à débusquer le traître. Nous savions que la personne qui viendrait ici était celle désignée pour être en contact direct avec la taupe. Je ne doute pas qu'il doit se trouver parmi nous, en ce moment même. Je pourrais bien évidemment torturer chacun de mes hommes en espérant avoir une réponse avant qu'il ne trépasse sous la douleur. Voyez-vous, j'ai une légère tendance à me laisser aller à mes petits plaisirs.
Autour d'eux, plusieurs recrues baissèrent la tête, soudain devenues très pâle. James croisa le regard de Scorpius, lui aussi se souvenait de sa propre séance de torture et James pouvait lire sa terreur dans ses yeux.
Une partie de l'attention de James était concentrée sur Galaad et son discours de méchant crâneur. Une autre focalisée sur Scorpius qui ne le quittait pas des yeux. Et encore une autre sur le terrain. Il était attentif aux moindres mouvements, surface, objets, ouvertures, lumière et odeur. La voix de Galaad lui semblait parvenir de très loin. Il percevait chaque mots mais trouvait le sens ridicule. James était calme, la main serrée dans sa baguette. Pétri de son entraînement d'auror, il envisageait chaque issue à cette situation pour le moins désastreuse.
Que disaient les vétérans? Dans une situation inextricable et potentiellement mortel, ne jamais partir à l'aveugle, tout seul. Il avait enfreint cette première règle élémentaire en se jetant dans la gueule du loup comme un débutant. Il avait eu peur pour son père et pour Scorpius et il n'avait pas plus réfléchi que cela. Plusieurs fois, lorsque son oncle Ron lui avait raconté l'amère erreur de son père au Ministère, lorsque Harry s'était élancé au Département des Ministères pour sauver Sirius, son père l'avait mis en garde. "Ne te laisse jamais dicter par tes émotions dans une situation dangereuse!" Il s'était fait avoir bêtement.
Ce qui était fait, était fait! Un auror n'avait pas le loisir de rabâcher éternellement ses regrets surtout lorsqu'il était encore en danger. Que disait le code des aurors? Face à une situation impossible, essayer de fuir. Si même la fuite n'est plus possible, un auror digne de ce nom ne se laissait pas vaincre sans combattre.
—Mais il est tellement plus facile de chercher l'information à la source. Vous êtes cette source, Mr. Potter. Et vous allez me révéler son nom.
—Je ne parlerai pas! tonna James avec courage. Il faudra me tuer.
James zieuta Scorpius à sa droite, se tenant droit, les poings serrés. Galaad était toujours posté devant lui. Il lui adressa un sourire cruel qui lui fit froid dans le dos.
—Vous faire parler? Pourquoi pas. Mais d'abord je vais prendre mon temps pour vous faire hurler. Après quelques heures avec mes aiguilles, je vous garantis que vous me direz tout ce que je veux entendre.
OoO
Scorpius était en panique. Tout, absolument tout avait dérapé à une vitesse folle. Il s'était senti confiant, en restant toutefois inquiet en envoyant le message à James une fois que Stanley lui ait communiqué l'adresse exacte. Mais lorsqu'il découvrit l'immeuble abandonné, il sut qu'ils avaient commis la pire erreur de leur vie. Harry Potter ne se trouvait certainement pas dans cette vieille usine désaffectée. Tout ceci n'était qu'un piège et ils étaient tombés dedans à pied joint.
James était courageux, Scorpius devait bien le reconnaître. Il avait affronté Galaad, lui avait même lancé un sort alors qu'il devait sentir que le maître des aiguilles étaient bien plus puissant que lui. Scorpius n'avait pas eu d'autres choix que d'intervenir. Galaad n'aurait pas hésité une seconde à lui tordre le coup d'un simple geste des doigts. En se jetant sur lui, il avait pu se rapprocher. Son esprit carburait à toute allure pour trouver une issue, une chance infime pour James ne se tirer de ce mauvais pas. Il envisagea chaque possibilité comme l'aurait fait Albus. Il fut même tenté, à un moment, de se faire découvrir en essayant d'attaquer Galaad. Mais il savait que ce scénario était le pire de tous. Même avec l'aide de James, jamais il n'arriverait à venir à bout de Galaad, de Stanley et de tous les autres. Il n'avait pas de baguette, uniquement ses poings et son bouclier.
Tandis que Galaad déblatérait ses intentions, Scorpius remarqua que les doigts de James bougeaient imperceptiblement. Il ne le regardait pas, toujours concentré sur Galaad qui continuait à le menacer de mort. Son majeur pointa derrière lui et Scorpius leva légèrement les yeux au-dessus de son épaule. Pour la première fois, il aperçut la porte du fond. Elle devait bien mener quelque part. S'ils faisaient diversion assez longtemps, ils pourraient l'emprunter et espérer fuir. Mais pour cela, il allait falloir provoquer, au minimum, un tremblement de terre.
James croisa le regard de Scorpius qui descendit sur sa baguette. Ses lèvres émirent un discret sourire pour lui signifier qu'il avait compris. James se redressa de toute sa hauteur pour toiser Galaad qui s'étonna de ce soudain changement de comportement.
—Je vais vous dire, mon cher Galaad...Le fait que Merlin décide de s'en prendre à ma famille ne signifie qu'une chose: vous avez peur d'affronter mon père. Quoique vous fassiez, aussi puissant que peut-être votre taré de Merlin, vous ne réussirez pas à le battre. Il gagnera toujours. Je le sais...vous le savez… Vous tous, là, bandes de sous-fifres débiles, vous le savez tous. Vous craignez tous un nom que vous ne pouvez même pas associer à un visage. Et contrairement à votre chef, mon père a prouvé qu'il n'était pas qu'un nom.
Pour la première fois depuis qu'il le connaissait, Scorpius vit Galaad pâlir. Il avait eu des frissons en entendant James défendre son père avec un telle ferveur. Ce n'était pas l'amour d'un fils qui s'était exprimé à l'instant mais bien le respect pour un héros. James était de la même trempe.
—Vous regretterez ces paroles quand je m'occuperais de vous, rétorqua Galaad d'une voix blanche.
James ne répondit pas. Il se contenta de sourire à Galaad, un sourire triomphant et impertinent.
Scorpius le prit comme un signal. James pointa sa baguette sur le plafond de la grande salle et lança son sort le plus puissant. Un jet doré fendit l'air et frappa la pierre au-dessus de leurs tête. Le plafond se mit à craquer, à se fendiller, de la poussière tomba d'abord puis des énormes pans de béton qui s'abattirent sur le sol dans une cacophonie assourdissante. James n'en avait pas terminé. Alors que le plafond s'effritait au-dessus d'eux, il rediriga sa baguette vers le sol et lança un nouveau sol qui le fit craquer et se déboîter.
Scorpius avait espéré un tremblement de terre. James le lui offrait sur un plateau.
Par réflexe, Scorpius se jeta sur Galaad en faisant mine de le protéger. En réalité, il l'empêchait de s'attaquer à James en espérant pouvoir lui donner assez de répit pour fuir. James était entouré par les cris de paniques et de rage. Lorsqu'il se tourna vers lui, Scorpius ne vit aucune peur dans ses yeux. Il était toujours aussi concentré et mitraillait de sort, ceux qui avaient réussi à l'approcher. Il vit un jeunot entravé par une corde qu'avait fait apparaître la baguette de James; une jeune femme pétrifiée sur place. Il stupéfixia plusieurs silhouette dans la poussière en reculant vers la porte qu'il avait repéré un peu plus tôt.
—ATTRAPEZ-LE! hurla la voix de Galaad. PRENEZ SA BAGUETTE! Il ne peut rien faire sans elle!
Scorpius s'élança le premier dans le sillage de James. Stanley soutenait un énorme bloc de béton au-dessus de sa tête, près de Galaad qui se relevait, la colère déformant ses traits. Son complet noir était devenu gris avec les débris de pierres et de poussière. Ses cheveux bien coiffés partaient dans tous les sens et son visage écumait de rage.
Scorpius en tête, plusieurs jeunes recrues s'élancèrent sur James. Il vit les paumes du jeune Sam à ses côtés, devenir incandescentes. Une autre fil grimpait, comme une araignée sur les murs qui ne s'étaient pas encore effondrés. James pointa sa baguette sur un vieux robinet rouillé qui ressortait du mur sur sa droite. La pièce de cuivre vola dans les airs et un jet d'eau se déversa à ses pieds. Avec plusieurs gestes du poignet précis et rapide, James fit apparaître un centaure d'eau géant qu'il fit galoper à travers la pièce pour engloutir ses ennemis. L'être aquatique faucha la femme araignée en la faisant chuter lourdement sur le sol avant qu'un autre pan de mur de se fracasse sur elle. Le centaure continua sa course et noya plusieurs hommes qui couraient toujours vers lui.
Sam avait pris de l'avance sur Scorpius. Hurlant de rage, il fendit la masse aqueuse du centaure en faisant évaporer l'eau de ses mains. Scorpius n'eut pas le temps de l'avertir. James, occupé à contrôler le centaure, ne le remarqua que trop tard et n'eut pas le temps de réagir. Le jeune Sam se jeta sur le sorcier. Le centaure se désagrégea en déversant des litres d'eau dans la salle qui s'effondrait toujours.
Scorpius accéléra en évitant les blessés, les pans de pierre, fendant la poussière. Il sentit une pression dans son dos et lorsqu'il tourna la tête, il vit que Galaad avait lancé ses aiguilles dans la direction de James. Son bouclier le protégeait. Il reçut la plupart. L'une d'elle lui érafla la joue et il poussa un juron. James et Sam se débattaient toujours.
Les mains chauffées à blanc, le jeune Sam serra celles de James qui tenaient fermement sa baguette. Il hurla de douleur et fut obligé de la lâcher. Sam poussa un cri triomphal, en se saisissant de la baguette qu'il agita devant James. Au moment, où Scorpius le rejoignit enfin, une aiguille plantée dans l'omoplate, il vit impuissant la jeune recrue réduire en cendres la baguette de James.
—Non! cria celui-ci, les mains couvertes de cloques.
Sam avait un regard un peu fou. Il lâcha la poignée de cendre qui vola dans les airs avant de diriger sa paume vers James. Scorpius le poussa violemment sur le côté, le faisant trébucher et cogner la tête la première contre un débris de béton. Sam ne bougeait plus. Scorpius ne savait s'il venait de le tuer ou non. Il n'avait pas le temps d'y réfléchir.
Le plus gros du plafond s'effondra entre lui et Galaad qui poussa un hurlement de rage. Scorpius aida James à se relever.
—Ils vont savoir que tu m'as aidé…, gémit-il en contemplant ses mains.
—On s'en fiche, répliqua Scorpius en le soutenant. D'abord, je te sors de là et ensuite on y réfléchit.
Il ouvrit la porte d'un bon coup de pied et poussa James dans la cage d'escalier. Il n'y avait pas d'autres sorties, uniquement ce grand escalier qui ne faisait que monter. Scorpius jura. Il aurait préféré trouver une sortie de secours qui menait à l'extérieur.
—Allez! Monte! le pressa Scorpius en refermant la porte derrière lui.
Lorsqu'il regarda à travers la petite fenêtre de la porte, il vit un nouveau jet de pierre voler dans la salle prise de chaos. Stanley se rapprochait, escorté de Galaad. James reprit ses esprit, il recroquevilla son bras blessé contre sa poitrine et commença l'ascension. Scorpius le suivit, espérant de tout coeur trouver une sortie aux étages au-dessus.
Malheureusement pour eux, tout l'immeuble était sur le point de s'effondrer. Ils montaient toujours, ouvrant portes sur portes et contemplant le désastre qu'avait occasionné le sort de James. Les marches tremblaient sous leurs pieds tandis qu'ils montaient toujours plus haut, sans vraiment savoir où ils allaient. James peinait dans les étages, sa robe d'auror recouverte de sang et le teint plus blême que jamais. Scorpius avait les poumons en feu, saisi d'une peur panique. Il ne savait pas comment ils allaient s'en sortir et l'idée d'une fin mortelle ne l'avait plus quitté depuis qu'il avait vu James, seul, au milieu de la grande salle.
—On s'est fait avoir en beauté, pas vrai? rit James en ralentissant un peu.
—C'est pas vraiment le moment de plaisanter ! rugit Scorpius en le poussant encore.
Ils arrivèrent enfin au dernier étage, devant une porte noire et fermée à clé. James n'avait plus sa baguette pour l'ouvrir d'un simple Alohomora. Mais Scorpius n'avait pas besoin de magie. Il frappa la porte de son pied et la défonça violemment. Ils émergèrent à l'air libre du soir, sur le toit de l'immeuble.
De là haut, ils avaient une vue imprenable sur Londres sur le point de s'endormir. Le ciel était clair et quelques étoiles scintillaient faiblement. Scorpius parcourut le toit à la recherche d'une échelle, d'une corde ou d'un escalier de secours qui leur permettrait d'atteindre la rue sans encombre. Malheureusement, il ne trouva rien. L'immeuble était trop vieux et les ressources avaient été pillées depuis longtemps. Il contempla l'immeuble d'en face. L'écart entre les deux ne leur permettait pas d'envisager un saut, même risqué. Toute tentative les ferait s'écraser sur le sol comme des crêpes. Ils étaient pris au piège, une deuxième fois.
—Il faut que tu transplanes! dit Scorpius. Moi, je m'en sortirais! Je leur dirai que tu m'as échappé. Ils ne se douteront de rien!
—Je n'ai pas ma baguette, Scorpius, dit James calmement.
Rien ne terrifia plus Scorpius que le ton de James. Il était calme, beaucoup trop serein. Et il l'avait appelé Scorpius. Pas Malefoy, ni Mangemort. Scorpius…
Celui-ci le dévisagea en demeurant silencieux. Il lisait sur le visage de James le pire sentiment qui eût été: la résignation.
—Attends… On peut… on peut essayer d'escalader... , dit Scorpius en se penchant dans le vide pour observer la paroi du mur.
Le vieux bâtiment avait été construit en briques rouges. Même avec de la magie, l'opération s'annonçait périlleuse. Il y avait bien le rebords des fenêtres deux mètres plus bas. Scorpius s'imagina glisser, ou se retenir grâce aux interstices. Mais si lui était encore plus ou moins en pleine forme, il en était tout autre pour James. Ses doigts brûlés n'auraient pu supporter son propre poids.
—J'ai un bouclier, réfléchit Scorpius à toute vitesse. Si tu t'accroches bien à moi, je pourrais…
La fin de sa phrase mourut dans sa gorge. Le regard de James était éloquent et en prononçant le début de son idée, Scorpius se rendit compte à quel point elle était risible.
James n'avait plus peur. Il lisait dans ses yeux une farouches détermination. James secoua ses bras comme pour chasser le sang poisseux qui lui collait à la peau. Il secoua la tête, serra la mâchoire. Sa peau était pâle comme la mort et ses doigts tremblaient légèrement.
—Il n'y a qu'une seule solution…, dit-il en regardant droit devant lui.
—Laquelle? demanda bêtement Scorpius en regardant encore dans le vide à la recherche d'un miracle.
James se mit à courir, droit devant lui. Scorpius l'observa, une seconde, sans comprendre, jusqu'à ce qu'il soit sur le point d'atteindre le bord.
—NON! hurla Scorpius.
Il s'encourut derrière lui et le rattrapa de justesse par le col. James était debout sur le rebord, penché dans le vide. Scorpius le retenait par les pans de sa robe, de toutes ses forces pour l'empêcher de basculer. James le dévisagea. Ses yeux bruns étaient devenus comme noir sur sa peau blanche. Il respirait difficilement, contenant l'angoisse de ce vide qu'il était prêt à rejoindre.
—Tu ne peux pas faire ça, le supplia Scorpius.
—C'est la seule solution. Laisse-moi tomber, Scorpius.
Scorpius regarda par-dessus le parapet, quinze mètres plus bas, la petite ruelle crasseuse de ce quartier puant. Si James basculait, il mourrait. Scorpius hait cette idée. James Potter ne pouvait pas mourir ici, pas maintenant. Pas après s'être battu comme un lion contre Galaad et ses hommes. Il ne devait pas payer le prix d'une erreur. Il ne pouvait pas l'accepter.
—Si je meurs, dit James en plongeant son regard dans le sien. Ils ne te soupçonneront pas.
—Tu pourrais te faire capturer, tenta Scorpius désespéré.
James eut un rictus.
—Pour me faire torturer par ce fou furieux avant de me faire tuer… Non merci. Je préfère le bitume au marais.
—Je te ferais sortir, par tous les moyens.
—Même si tu y arrives… Galaad m'aura torturé avant et si je n'ai pas la force de tenir, tu es mort.
—Tu ne parleras pas! Tu l'as dit toi-même! s'écria Scorpius.
—J'ai dit que je préférais mourir… C'est ce que je fais. Laisse-moi mourir.
—Non! Tu ne peux pas faire ça, James! le secoua Scorpius.
—Mon père a affronté la mort deux fois, sourit James en contemplant le vide derrière lui. Une fois, ce n'est pas si terrible.
—Il n'est pas question de ton père, rugit Scorpius avec colère. C'est ta vie! cria-t'il. Ne fais ça.
Scorpius ne pouvait plus retenir ses larmes. Ses bras tremblaient de retenir le poids presque mort de James qui ne l'aidait pas à le maintenir debout. James le dévisagea durement.
—Laisse-moi tomber… Tu n'as pas à avoir de regrets. Je te déteste! cracha James plein de haine. Je t'ai détesté dès que je t'ai vu. A mes yeux, tu n'es qu'un sale mangemort, un lâche. C'est du sang pourri qui coule dans tes veines! C'est ce qui te permet de faire autant de mal autour de toi! Alors, lâche-moi!
—Non! éructa-t'il.
Il n'avait pas écouté un seul mot des horreurs qu'avait déblatéré James. Il savait ce qu'il était en train de faire. Il voulait le faire enrager, le pousser à la colère et oublier la culpabilité de le voir tomber dans le vide. Longtemps James avait joué la carte de l'agressivité avec Scorpius. Mais cela ne marchait plus. Plus maintenant. Dans chacune de ses insultes, Scorpius discernait le courage d'un homme face à sa mort qui essayait de faire comprendre à son ami que sa seule chance de survie était de lâcher prise.
—FAIS CE QUE JE TE DEMANDE! cria encore James.
—JE NE PEUX PAS! hurla-t'il sur le même ton.
Les deux hommes se toisèrent. Dans l'esprit de Scorpius, l'évidence faisait son chemin. James avait raison. La seule solution était qu'il meurt. S'il était celui qui mettait fin à la vie du fils Potter, il serait enfin digne de confiance, loin de suspicions de traitrise de Galaad. Au contraire, s'il le laissait vivre, au mieux ils seraient tué tous les deux, rendant vaines la mission de Scorpius dont l'erreur se paierait par deux morts inutiles. Au pire, Scorpius devrait assister à la longue torture de James jusqu'à ce que Galaad l'autorise enfin à l'achever, lorsqu'il lui aurait dit tout ce qu'il voulait savoir, ou qu'il aurait fini de s'amuser.
La meilleure issue était le saut dans le vide.
Les mains de Scorpius tremblaient. A travers le regard de James, c'était celui de sa famille qu'il entrevoyait. Scorpius pensa à la réaction d'Albus, les larmes de Lily, les accolades de Ginny Potter, le sourire d'Harry, le regard de Rose… En laissant tomber James, c'était à eux aussi qu'il faisait du mal. James lui laissait la responsabilité de la mort. Scorpius savait que s'il lâchait, ce n'était pas seulement James qu'il laissait mourir mais les dernières parcelles d'espoir qu'il avait nourri pour son avenir. James mort… Il se condamnait avec lui, portant le fardeau de son trépas, même aux yeux de ses proches.
S'il le faisait, il ne mériterait aucun pardon.
—Je ne peux pas, répéta Scorpius, vaincu par sa tristesse et sa peur.
James s'adoucit devant le visage inondé de larmes de Scorpius. C'était la première fois qu'il le voyait pleurer et il trouva cela risible venant de l'homme qu'il avait détesté tout au long de sa vie. Il repensait à toutes leurs disputes, leur rivalité stupide, les coups bas et les regards de haine. Tout avait disparu dans les larmes de Scorpius.
—Je te demande pardon, dit James plus doucement comme s'il avait lu dans ses pensées.
—Pourquoi tu dis ça?
—Je prends le rôle le plus facile, rit-il. Je suis désolé de te laisser gérer ça avec ma famille.
Pour la première fois depuis que James avait pris la décision de sa fin, Scorpius vit des larmes perler dans ses yeux. Son corps fut transpercé par un frisson glacé qui le fit trembler de la tête aux pieds. Il avala une grande goulée d'air en essayant de calmer les tremblements de ses mains. Cette fois, Scorpius eut vraiment l'impression de voir un homme face à la mort, dans son expression la plus réelle et terrible.
Il repensa à ses paroles au Terrier. "Ce n'est pas ma mort qui me fait peur, c'est celle de mes proches. Celle-là, je ne pourrais pas la supporter."
—Ça va être très difficile pour eux…, murmura-t'il en laissant les larmes couler sur ses joues.
—James…
—Je te confie une dernière mission, le coupa-t'il. Protège-les.
Il renifla tandis que ses larmes coulaient le long de ses joues. Soudain, Scorpius perçut un grand bruit dans son dos. Il n'eut pas besoin de se retourner pour comprendre que Galaad et les autres les avaient rejoints sur le toit. Le coeur de Scorpius s'emballa dans sa poitrine. Il manqua d'air tout à coup. Ils n'avaient plus le temps de parler. Scorpius devait agir maintenant.
James regarda par-dessus l'épaule de Scorpius puis plongea, une dernière fois, son regard dans celui de son éternel rival. Devant l'impuissance de Scorpius, il empoigna ses deux mains et le repoussa violemment. De loin, on aurait pu croire que James essayait de se débattre de la prise de Scorpius. De près, celui-ci battit l'air des mains pour rattrapper James qui tombait comme au ralenti.
Il aurait voulu hurler, crier, pleurer. Son bras se tendit une dernière fois alors que James plongeait encore son regard dans le sien. Ses doigts se refermèrent sur du vide et l'auror sombra à ses pieds. Alors qu'il chutait toujours plus bas, Scorpius vit James fermer les yeux, acceptant sa mort comme l'aurait fait son père, avec le courage et la force d'un véritable Gryffondor.
Scorpius le regarda tomber en s'interdisant de le quitter des yeux. Il devait tout voir et maintenir ce dernier contact tant qu'il le pouvait. Cela ne dura qu'une fraction de seconde mais Scorpius eut l'impression que sa chute dura des siècles. Il ferma toutefois les yeux au moment décisif. L'écho lointain de la chute résonna dans son esprit et il s'obligea à faire le vide. C'était la seule manière pour lui de supporter tout ça. Il compta jusqu'à dix en se concentrant pour ne penser à rien. Après dix, il trouverait la force de se retourner pour supporter Galaad et les autres.
Huit…
Il n'avait rien pu faire. James s'était jeté de lui-même. Il n'avait pas eu le choix...
Neuf...
Il aurait tout le temps d'y repenser plus tard. Pas maintenant
Dix.
Quand il se retourna, Scorpius ne pleurait plus. Il montra un visage impassible à Galaad qui l'aplaudissait doucement, avec un grand sourire. Les autres le contemplaient, interloqués mais avec un certain respect dû à l'homme qui avait réussi à tuer le fils d'Harry Potter.
Scorpius s'éloigna du bord, en se forçant à ne penser à rien, fixant le sol à ses pieds. Lorsqu'il approcha à la hauteur de Galaad, celui-ci lui tapota l'épaule.
—Ça, Scorpius, dit-il sur un ton réjoui et admiratif, c'est digne du cercle privilégié de Merlin.
