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OBSÈQUES


Le soir où tout bascula, Rose était dans son appartement avec Arthur. Elle était déjà prête à se coucher dans les bras de son fiancé, revêtue d'une simple nuisette. Ses cheveux étaient lâchés et elle les avait parfumés avec le dernier flacon que lui avait offert Lily, ramené tout droit des Amériques. Plus tard, lorsqu'elle se remémorerait ses derniers moments d'insouciance, il lui serait impossible de se souvenir de ce qui la préoccupait alors qu'elle brossait ses épais cheveux roux. .

Vers deux heures du matin, alors qu'elle dormait profondément, quelqu'un tambourina à leur porte. Ce fut Rose qui alla ouvrir, un peu méfiante et la main serrée autour de sa baguette qui ne la quittait plus depuis qu'elle avait arrêté ce suspect étrange dans le ciel. Elle se détendit en reconnaissant son père dans l'œilleton et lui ouvrit aussitôt.

Rose aurait dû comprendre que quelque chose de grave était arrivé. Son père s'était déplacé en personne à une heure tardive de la nuit. Son teint était blafard et ses yeux un peu humides. Il portait encore son uniforme de chef brigadier ce qui alerta immédiatement Rose. Ron tourna longtemps autour du pot en parlant d'un corps retrouvé par la police moldue dans un quartier mal fréquenté de Londres. Rose dut s'énerver pour qu'il crache enfin le morceau, en lui faisant de plus en plus peur.

Finalement, il prononça enfin ces trois petits mots qui changèrent leur vie à jamais.

James était mort.

Arthur s'était levé et se tenait dans l'encadrement de la porte de leur chambre. A ces mots, il s'était arrêté sur le seuil, n'osant entrer. Ron ne faisait pas attention à lui, il était concentré sur sa fille qui se tétanisa sur place. Elle demeura silencieuse un bon moment, plongeant l'appartement dans un silence oppressant qui ralentissait le temps. Ses yeux étaient écarquillés, vidés de toute substance, sa bouche légèrement entrouverte.

—Non! s'était-elle exclamée. Non, ça ne peut pas être lui. Je l'ai vu au quartier général. Il...il était dans son bureau. Il…

—Rose…, dit doucement son père. C'est lui, il n'y a pas de doutes possibles…

—NON! cria soudain Rose. TU DIS N'IMPORTE QUOI! ALORS FERME-LA!

Jamais Rose n'avait osé parler sur ce ton à son père auparavant. Les mots avaient jailli tout seul. Elle n'avait pas pu les contenir. Elle n'osa pas croiser le regard de Ron qui la contempla, bouche bée. En réalité, elle en était incapable. Rose était aveuglée par une colère sourde.

—Rose…, appela encore son père de plus en plus livide.

—C'EST FAUX! IL N'EST PAS MORT! IL N'AURAIT JAMAIS… NON!

Elle se débattait avec l'expression horriblement triste de son père, la raison qui lui soufflait qu'il n'aurait jamais menti sur un sujet pareil, et la colère contre l'absurdité de cette vérité.

—CE N'EST PAS VRAI! hurla-t'elle encore.

Ron se précipita sur elle. Il se débattit avec Rose qui refusait qu'il la prenne dans ses bras. S'il éprouvait le besoin de la consoler, alors cela voulait dire qu'elle devait être triste, qu'elle devait accepter cette mort. Rose se débattait non seulement contre son père mais aussi contre l'acceptation. Ils luttèrent à deux et Ron l'emporta, serrant sa fille contre lui comme jamais il ne l'avait fait auparavant.

—Non! éclata-t'elle en sanglot. Non… Tu mens… Dis-moi que tu mens...Je t'en supplie.

—Je suis désolé, chérie... , dit-il d'une voix brisée.

A travers ses propres larmes, elle vit son père retenir les siennes, tentant de retenir sa propre tristesse pour se montrer fort face à celle de sa fille. Rose s'effondra en hurlant toute sa peine et sa colère et Ron l'accompagna. Ils se tinrent longtemps, serrés l'un contre l'autre, contenant le plus possible la détresse de l'autre.

OoO

Pendant les deux jours qui suivirent la visite de son père, Rose se terra dans un mutisme pensif. Elle ne voulait voir personne, pas même Arthur qui venait dans leur chambre s'enquérir, toutes les heures, de l'état de sa fiancée. Le lendemain, Arthur lui annonça que l'enterrement aurait lieu dans trois jours. Rose ne répondit pas et Arthur referma la porte derrière lui, plongeant la jeune femme dans le noir.

Rose n'avait pas faim, pas soif. Elle n'avait besoin de rien. Rose se contentait de fixer le vide, essayant de garder une respiration calme pour ne pas sombrer. Elle arrivait à ne penser à rien pendant une petite heure et puis tout lui revenait. Elle se rendit compte qu'elle ne pouvait pas échapper à la souffrance. Elle revenait par vague et même si elle la chassait de toutes ses forces, tôt ou tard, elle était toujours obligée de l'affronter.

James était mort.

Ces mots n'avaient aucun sens. Plus elle y réfléchissait et plus tout cela lui semblait absurde. Rose se souvenait très bien de cette journée. Elle était partie tard le soir du quartier général. Elle se souvenait avoir toqué à la porte du bureau de James parce qu'il y avait encore de la lumière qui passait entre les interstices de la porte. Elle avait frappé mais il n'avait pas répondu. Rose avait pensé qu'il était parti en avance. Qu'elle ne l'avait juste pas vu s'en aller. Il ne lui avait pas dit au revoir et la dernière fois qu'il s'était vu, Rose lui en voulait de toujours la tenir à l'écart. Ses derniers mots adressés à son cousin étaient un flot de reproches.

La vague revenait, plus forte que les précédentes. Des larmes perlèrent dans ses yeux avant que Rose n'éclate encore une fois en sanglot. Elle déversa tout son soûl jusqu'à ce qu'elle se dessèche, secoué de spasmes, le nez coulant, les yeux rouges et gonflés.

Après la vague, il ne restait que le vide, un vide terrifiant qu'elle ne pouvait pas supporter. Elle ne voulait pas le ressentir, ni l'analyser. Ce trou noir béant lui rappelait ses pires idées noires et Rose se refusait de s'engouffrer une nouvelle fois dans ce vide sans fond.

Alors, elle réfléchissait. Elle occupait son esprit en se demandant ce qui avait bien pu arriver à son cousin. Elle voulait trouver du sens. Expliquer sa mort était pour elle un moyen de la supporter. Avant de partir, son père lui avait expliqué que son cousin avait trouvé la mort en tombant du toit d'un vieil immeuble abandonné. Ils n'avaient pas retrouvé sa baguette sur lui et lorsque la brigade était entrée dans le bâtiment, ils avaient constaté les traces de sorts d'attaques ainsi qu'un beau désordre. Tout cela restait encore très flou. Rose avait toujours ce besoin vital de comprendre avant qu'une nouvelle vague n'arrive.

N'y tenant plus, elle s'habilla en hâte et transplana discrètement à l'adresse que lui avait indiqué son père. Il faisait jour, peut-être le matin. Rose avait perdu la notion du temps, enfermée dans sa chambre à accepter l'inévitable. Elle eut du mal à trouver mais finit par y arriver et bientôt, elle fit face au bâtiment en question, là où avait été retrouvé le corps sans vie de son cousin.

Près de l'entrée, au milieu des palettes de bois, de cônes d'un orange vif et de gros tuyaux, Rose trouva le point d'impact. Elle s'arrêta devant une mare de sang séché à ses pieds. Elle la contempla longuement, imaginant le corps fracassé de James, baignant dans son sang. Elle ne savait pas pourquoi elle avait besoin de voir ça. Pourquoi s'imaginait-elle toutes ces horreurs? Mais la sensation de détresse qu'elle ressenti, cette douleur qu'elle avait provoquée elle-même en se rendant jusqu'ici, lui donnait une sensation de contrôle. Si elle devait souffrir, elle voulait déterminer où et quand.

Finalement, elle leva la tête vers le ciel gris et nuageux. Elle fixa le sommet du bâtiment, là où avait dû tomber James.

Elle frissonna. Etait-ce le vent ou l'image de son cousin chutant dans le vide…? Rose ne voulait pas le savoir. Elle détourna les yeux et se décida à entrer.

L'intérieur était sombre. Certaines fenêtres avaient volé en éclats. Le plafond de la salle principale était complètement défoncé. D'énormes pans de béton gisaient sur le sol, donnant une allure de paysages montagneux atypiques à l'ancienne usine désaffectée. Rose se promena entre ces dolmens modernes et sonda le sol à la recherche d'indices. Elle trouva plusieurs traces de sang sur certains débris. Il n'y avait aucun corps mais le sang retrouvé lui indiqua qu'ils devaient être nombreux à s'être battus ici. Qu'est-ce que James faisait dans cette vieille usine? Visiblement, il s'était fait attaqué et il avait fait face à un grand nombre d'ennemis. Rose ne douta pas un seul instant que ce devait être James qui avait provoqué cet éboulement. C'était son style. Il n'avait aucune finesse et cherchait toujours l'efficacité d'un homme d'action.

La vague revenait… Rose inspira profondément pour la chasser. Cela suffit, pour le moment.

En sondant le sol recouvert de poussière, Rose remarqua plusieurs traces de pas, piétinées dans un sillage qui menait à une porte située dans le fond de la pièce. Elle suivit sa piste en silence et vit une trace de main ensanglantée sur la poignée de la porte. Rose l'ouvrit et contempla l'escalier qui ne faisait que monter.

James avait dû fuir. Il était blessé. Était-ce pour cela qu'il n'avait pas pu transplaner? Il n'en avait plus la force? Etait-il sur une piste ou lui avait-on tendu un piège? Tout avait mal tourné visiblement et il s'était retrouvé seul face à plusieurs hommes similaires à celui que Rose avait poursuivi dans les airs.

Elle commença son ascension, marche après marche, imaginant le désarroi de son cousin qui avait dû grimper cet escalier, blessé, en sang, en courant. Elle monta, comme lui l'avait fait, toujours plus haut jusqu'à se retrouver devant une autre porte noire, fracturée.

Rose arriva sur le toit. Le vent était plus fort et elle frissonna encore. Seule, face au paysage de la ville qui ne se souciait pas du drame qui venait de se produire, Rose eut une étrange impression de déjà-vu. Elle se rappela du toit de la tour d'Astronomie, ce soir de pluie...

Sa vieille blessure se rouvrit. Elle eut plus de mal à respirer en sondant le toit désert. Rose avait un sentiment de résignation en se mettant à la place de son cousin. Il avait tenté de fuir et s'était retrouvé ici, au sommet de sa toute fin. Il n'avait pas eu d'autres choix.

Elle s'avança lentement jusqu'au bord qui correspondait à l'angle de la chute de James. Rose monta sur le parapet et fixa le vide, à la même place que son cousin. C'était ici qu'il était tombé. Avait-il sauté? Ou l'avait-on poussé? Il ne s'était pas fait capturer en tout cas. James ne l'aurait pas permis. Il se serait battu jusqu'à la mort, choisissant son propre destin. Il n'aurait pas eu peur. Il serait mort comme il avait vécu: en héros.

Rose recula, la vague était trop forte. Elle s'effondra à genoux devant le vide et éclata en sanglot. Elle n'avait pas toutes les pièces mais elle ne pouvait plus nier la réalité. James était mort, ici. Elle poussa un hurlement plaintif qui se perdit dans le souffle du vent.

OoO

L'enterrement eut lieu à Godric's Hollow.

Rose avait revêtu sa plus belle robe noire pour les obsèques, un dernier hommage pour son cousin. Elle n'avait vu aucun membre de sa famille, ne se sentant pas assez forte pour supporter sa détresse et celle des autres. La seule personne qu'elle tolérait, pour l'instant, était Arthur qui ne cherchait plus à la résonner dans sa tristesse. Il n'avait rien dit, se contentant de la soutenir en silence, l'épaulant simplement par sa présence réconfortante.

Le jour de l'enterrement, Arthur serra la main de Rose pour transplaner. Le coeur lui remontant dans la gorge, Rose ouvrit les yeux. Ils se tenaient toujours pas la main dans une allée déserte, dont la fine pluie de ce jour de printemps pluvieux avait rendu les pavés brillants. Arthur ouvrit un parapluie noire au-dessus de leurs têtes et ils remontèrent la rue en silence.

Cela ne pouvait qu'être une impression, mais le petit village, d'ordinaire joyeux et animé, semblait triste et terne. Ils arrivèrent sur la place que Rose avait souvent emprunté dans son enfance. Lorsqu'ils passèrent devant le monument aux morts, Rose contempla la statue de James et Lily Potter. Ses yeux s'embrumèrent de larmes en songeant qu'un nouveau Potter les avait rejoint dans la mort. Elle ravala ses sanglots.

Ils croisèrent d'autres personnes habillées de noir et munis de grands parapluies. Rose craignit de reconnaître l'un de ses proches mais fut rassurée de ne pas remettre les visages tristes qui se dirigeaient lentement vers l'arrière de la petite église moldue. La main d'Arthur serra plus fort celle de Rose et elle réussit à lui adresser un petit sourire pour le rassurer.

Ils suivirent le flot de personnes, toutes vêtues de noir, jusqu'à la porte qui menait au cimetière. Ils longèrent une première série de tombes alignées sous les vitraux rendus ternes de l'église. Tout en continuant à suivre la procession, Rose discerna les premiers visages connus dans l'épaisse foule qui se massait un peu plus loin. Le coeur de Rose se serra lorsqu'elle reconnut le professeur Londubat, accompagné de sa femme qui marchaient à quelques mètres d'eux, la tête basse. Elle vit encore le Ministre de la magie s'entretenir avec l'un des sénateurs qui travaillait avec sa mère et qui était toujours coiffé d'un haut-de-forme. Pour l'occasion, il avait rangé ses couleurs chatoyantes pour un costume plus sobre et sombre.

En s'approchant toujours plus, Rose sentit la peur l'envahir. Elle appréhendait le moment où elle devrait revoir sa famille et constater la souffrance dans leurs yeux. Elle avait peur aussi de ce qui allait se passer. Rose n'avait encore jamais assisté à un enterrement. Elle ne savait à quoi s'attendre et elle s'inquiéta de ce qu'elle allait voir et de ce qu'elle allait ressentir. Elle craignait la vague et était terrorisée à l'idée de craquer devant tout le monde.

La première personne que Rose croisa, fut Hagrid. La haute silhouette émergeait au-dessus de toutes les autres. Le demi-géant se tenait un peu en retrait comme s'il hésitait encore à s'approcher du lieu de la cérémonie. Tout près de lui, le professeur Flitwick lui tapotait le haut du genou, seul endroit accessible pour le petit sorcier. Hagrid avait mis son costume qu'il ressortait toujours pour les occasions habillées. Son épaisse veste en fourrure se confondait étrangement avec sa tignasse emmêlée. Il tenait dans sa main un mouchoir qui avait la taille d'une taie d'oreiller. Des larmes ruisselaient sur ses joues gonflées et il poussait de petits hoquets.

—C'est...c'est terrible, balbutia Hagrid en pleurant de plus belle.

—Quelle tristesse pour la famille déjà marquée par le deuil, dit Flitwick de sa petite voix haute perché par l'émotion.

—Je l'ai connu tout petit, sanglota Hagrid en se mouchant bruyamment dans son mouchoir à pois. Et son père… Harry ne mérite pas ça. Il a déjà perdu tant de monde. Pas son fils…

Il s'effondra un peu en arrière et Flitwick dut s'écarter d'un bon mètre pour ne pas se faire écraser par la masse imposante du demi-géant. Rose sentit les larmes lui monter. Elle aurait voulu réconforter Hagrid, l'empêcher de pleurer car sa souffrance faisait terriblement écho à la sienne. Elle n'en avait pas la force. Pas encore. Elle tira Arthur sur le côté pour éviter de passer devant lui.

Rose vit plusieurs aurors qui travaillaient avec elle au ministère. Babette était debout à côté d'Angus. Elle s'était enveloppée d'un épais voile noir qui lui descendait jusqu'aux genoux, Angus portait, pour sa part, un costume noir, très moldu. Rose n'aperçut pas Taylor et ne s'en inquiéta pas. L'auror était si discret d'ordinaire qu'il n'avait sûrement eu aucun mal à se fondre parmi les gens venus en nombre à l'enterrement. Arthur salua ses collègues d'un signe de tête mais n'osa pas lâcher la main de Rose dont les ongles s'enfonçaient dans la paume de sa main.

La foule noire se mouvait en ligne vers une petite tente blanche aménagée entre deux tombes. Les gens entraient au compte-goutte et lorsque ce fut le tour de Rose et Arthur, ils découvrirent que la tente avait été ensorcelée pour contenir, au moins, une bonne centaine de personnes. Des chaises avaient été alignées en deux colonnes comme pour un mariage mais au lieu d'être blanches, elles étaient noires, chacunes décorées d'un bouquet de chrysanthèmes.

Rose et Arthur remontèrent l'allée en croisant les regards de personnes de leurs connaissances. Ainsi, Rose salua brièvement le Professeur McGonagall qui s'était déjà assise, revêtue d'une longue robe noire, sobre et élégante et qui parlait à un ancien camarade de classe de James. La directrice avait l'air plus fatiguée que jamais. Elle avait perdu son air sévère et parlait d'une voix lente et basse, retenant un chagrin qui lui oppressait la gorge.

Rose reconnut certains membres de son anciennes équipes de Quidditch qui avait eu James comme capitaine. Il vit plusieurs de ses anciennes conquêtes de Poudlard dont Mary Gibbons, une ancienne Serdaigle hautaine qui se tenait bien droite aux côtés de son mari et de leurs deux enfants. Elle reconnut Luna Lovegood, de curieuses lunettes de soleil sur le nez, qui discutait, la mine défaite, avec son époux, le naturaliste Dragonneau.

Rose et Arthur remontaient toujours l'allée et bientôt, ils furent alpagué par une troupe de bambins qui couraient dans leurs jambes. Ses petites cousines, les jumelles de son oncle Percy s'amusaient à courir après le fils de George. Tonks, la fille de Victoire et Teddy les suivait de près, ses cheveux couleur lavande au vent. Ils souriaient et riaient car leur jeune âge ne leur permettait pas de comprendre la gravité de l'événement. Quelqu'un de leur famille était mort et ils n'en saisiraient toute la portée du drame que bien plus tard. Rose se dit qu'ils avaient de la chance. Elle aussi aurait voulu être épargnée par la naïveté de l'enfance.

Parmi les premiers rangs, Rose reconnut enfin des membres de sa famille. Elle aperçut Bill et Fleur, accompagnée de ses parents. Elle vit aussi Charlie, Percy et sa famille qui lui frottait doucement le dos, George et Angelina plus pâles que jamais dont l'éternel sourire communicatif avait disparu. Hugo était debout au milieu des chaises. Lorsqu'il croisa le regard de sa soeur, ils n'eurent pas besoin de mots pour comprendre ce que l'autre ressentait. Hugo avait perdu sa gaieté. Jamais Rose ne l'avait vu la mine aussi sombre. Elle discernait aussi de la colère dans ses yeux, la même qui l'avait frappé lorsque son père lui avait annoncé la terrible nouvelle. Il sortit du rang et s'avança vers elle d'un pas pressé. Hugo fut alors une chose qui n'était vraiment pas dans ses habitudes. Il se jeta dans ses bras. Rose retint ses larmes. Dans ce geste d'affection, elle retrouvait son petit frère, celui qui avait peur du noir quand il était tout petit.

—Je peux pas le croire, dit-il contre elle, en la serrant de toutes ses forces. Pas lui.

—Je sais…, murmura-t'elle.

Sa mère fendit la foule pour se rapprocher de ses enfants. Rose eut du mal à se contenir. Hermione Weasley avait les yeux rouges. Ses lèvres tremblèrent lorsqu'elle croisa le regard de sa fille. Rose lui tendit la main et Hermione la prit en la serrant. Ron apparut ensuite, encore très pâle. Il sourit timidement à ses enfants et Rose constata qu'il n'était toujours pas remis du choc. Comment le pourrait-il? Ils étaient tous anéantis.

Lorsque Hugo la relâcha, Rose s'avança seule vers l'avant. Arthur avait déjà pris place au bout d'une rangée, attendant qu'elle s'adresse aux plus proches parents du défunt. Le coeur battant, les larmes aux yeux qu'elle peinait à ravaler, Rose marcha lentement vers le petit groupe qui attendait à l'avant, devant une grande table de marbre blanc où reposait la silhouette allongée et recouvert d'un drap de velours pourpre.

Rose posa délicatement sa main sur l'épaule de sa cousine qui lui tournait le dos. Lily se retourna brusquement. Rose contempla son visage inondé de larmes et son nez rose. Ses grands yeux verts plongèrent dans ceux de sa meilleure amie. Les traits de Lily se déformèrent par la tristesse et Rose comprit qu'elle allait perdre pied. Elle la prit dans ses bras en la laissant pleurer sur son épaule, cachant son visage au reste de la foule. Le corps de Lily était secoué de sanglots et Rose encaissa sa douleur parce qu'elle le devait, pour elle, pour James et pour sa famille.

Elle leva la tête et aperçut Albus assis au premier rang. Il fixait le corps de son frère, complètement vide de toute expression. Son cousin serrait la main de sa grand-mère et de son grand-père assis chacun à côté de lui. Sa tante Ginny était assise plus loin, seule, le regard dans le vide, serrant dans ses mains l'uniforme de quidditch de son fils. Mais ce qui fendit le plus le coeur de Rose, fut son oncle. Harry se tenait près de la table mortuaire, aux côté de son fils, debout, seul, contemplant le corps sans vie, la main posée sur son bras, par-dessus le drap.

Une musique s'éleva soudain. Les convives encore debout, prirent place sur les chaises et Rose écarta légèrement sa cousine. Elle lui sourit en essuyant les larmes qui perlaient encore dans ses yeux tristes.

—Ça va aller, lui souffla-t'elle.

Lily acquiesça timidement. Rose la conduisit à sa place, à côté de Thomas qui la remercia silencieusement. Rose prit place, une rangée derrière, aux côté de son frère et de sa mère, son père assis à côté de sa femme qui la soutenait doucement, son bras posé le long de ses épaules. Rose n'osait pas regarder derrière elle, l'ensemble des personnes venues assister aux obsèques de son cousin. Elle se concentrait sur le corps, toujours immobile sur la grande table. Même avec la dépouille de son cousin sous les yeux, Rose avait toujours du mal à croire à sa mort.

La musique diminuait de plus en plus pour laisser place à un silence terriblement triste. Harry était toujours debout devant le corps de son fils, refusant de bouger même lorsqu'un vieux sorcier à lunettes, vêtu d'une simple robe noire, s'était approché pour commencer la cérémonie.

—Mr. Potter, dit-il d'une voix douce. Nous allons devoir commencer. Si vous voulez bien vous asseoir…

Mais Harry ne répondit pas. Il n'accorda aucun regard au sorcier, ses yeux toujours fixés sur le drap de velours. A cette vision, Rose sentit monter dans sa gorge une terrible douleur. Tous avaient compris que l'attitude du grand Harry Potter n'était pas normale. Il restait là, immobile, tournant le dos au reste de l'assistance, seul avec son fils. Rose pouvait percevoir la souffrance qui était en train de terrasser son oncle. Tous l'avaient remarqué. Même le vieux sorcier qui ne savait plus où se mettre, cherchant désespérément de l'aide du regard.

Lorsque la musique se tut enfin. Ron se leva. Il marcha droit vers Harry, ignorant la centaine de paires d'yeux braquées sur lui. Il tira la manche de son meilleur ami en l'appelant doucement.

—Harry... Mon vieux... Viens avec moi.

Rose crut qu'il allait le repousser mais il n'en fit rien. Harry se laissa guider par Ron qui le ramena doucement à sa place. Il le fit s'asseoir à côté de Ginny qui ne lui adressa pas un regard. Elle se balançait légèrement d'avant en arrière, serrant toujours la tenue rouge et or dans ses bras.

Le vieux sorcier commença son discours, debout devant le corps de James. Rose n'écouta pas ce qu'il disait. Elle perçut quelques bribes éparses qui n'avait pas beaucoup de sens. Cela ne représentait pas son cousin. Elle aurait préféré que quelqu'un d'autre parle à la place de ce parfait inconnu, quelqu'un qui avait bien connu James. Qui aurait parlé de son mauvais caractère, de sa témérité, de sa vantardise lorsqu'il gagnait ses matchs de Quidditch, de son air blasé et renfrogné lorsqu'on lui demandait un service. Cette personne aurait aussi expliqué son courage, sa persévérance et son amour immense pour sa famille. Lorsqu'elle se dit cela, Rose sentit les larmes poindre dans ses yeux. Elle serra la mâchoire en contenant la vague de tristesse qui déferlait en elle.

Derrière elle, Rose perçut un bruit de trompette et devina qu'Hagrid s'était mouché bruyamment. Rose se souvint de la fois où James avait voulu faire peur au vieux garde-chasse de Poudlard en débarquant dans sa cabane une nuit d'Halloween déguisé en loup-garou. Il avait failli se prendre une flèche d'arbalète du professeur dans la cuisse. Hugo et elle en avait ri toute l'année.

Ou la fois où il s'était vengé de l'équipe de Serpentard qui s'était mis en tête d'harceler Rose pour l'empêcher de réussir ses frappes. James avait réussi à pénétrer dans leur salle commune la nuit, avec un mot de passe qu'il avait appris d'une de ses conquêtes qui était sortie avec un Serpentard. Il avait lancé un sort de glu perpétuel sur leurs mains et leurs pieds, pendant leur sommeil. Tous les membres de l'équipe s'étaient vus scotcher au plancher et au pied de leur lit à baldaquin, hurlant et vociférant pour qu'on vienne les aider. Malgré les soupçons de Flitwick, personne n'avait pu trouver la moindre preuve contre lui.

Alors qu'elle se remémorait tous ces souvenirs qui rejaillissaient tout à coup dans son esprit, Rose fut submergée par la dure réalité. James était mort, il était parti et elle ne le reverrait plus. Elle serra la main de son frère dans la sienne qui regardait droit devant lui alors qu'une larme coulait le long de sa joue. Sa mère avait son visage perdu dans son mouchoir. Ron avait détourné le regard et fixait un point devant lui en reniflant discrètement. Devant elle, Lily s'était écroulée contre l'épaule de Thomas.

Alors que le vieux sorcier continuait son discours monocorde, Rose prit soudain conscience d'une chose. La mort de James signifiait bien plus pour eux que la simple perte d'un être cher. Elle sonnait le glas de l'ère de paix dans laquelle elle était née. James n'avait pas perdu la vie dans une mort accidentelle ou suite à une longue maladie. Il avait été assassiné. C'était l'ennemi encore tapi dans l'ombre et contre lequel se battait James, jour après jour, qui l'avait vaincu. Le monde des sorciers ne pouvait plus ignorer la menace à présent. Faire comme si tout allait bien. Les choses n'étaient plus "inquiétantes". La menace était réelle et James en était la première victime. Plus qu'une simple enquête, cela devenait une affaire personnelle. Merlin et ses hommes s'en prenaient à sa famille.

Le sorcier en noir avait enfin cessé de parler et était retourné s'asseoir. Un lourd silence parcourut l'assistance. Rose attendit, serrant la main de son frère à s'en faire blanchir les jointures. Des flammes blanches, éclatantes, jaillirent autour du corps de James. Elles s'élevèrent de plus en plus haut, masquant complètement la dépouille. Rose vit sa tante s'écrouler sur elle-même, la tête entre les genoux. Albus et Harry, quant à eux, fixaient les flammes, liquéfiés sur place. Sa grand-mère se cacha le visage dans un mouchoir et Arthur Weasley s'essuya les yeux en retirant ses lunettes. Partout ce n'était que reniflement et sanglots étouffés. Rose sondait les flammes n'ayant plus la force de retenir quoique ce soit. De grosses larmes coulèrent lentement sur ses joues.

Soudain, dans la salle, tous les aurors se levèrent de leur siège. Rose vit les vétérans saluer la tombe enflammée de James, leur baguette sur leur coeur, rendant un dernier hommage à leur collègue parti trop tôt. Rose se leva à son tour, ignorant les regards curieux de son frère et de ses parents. Elle se tint digne, le visage humide, sa baguette sur sa poitrine, saluant le courage non pas de son cousin mais d'un auror exceptionnel. Harry fut le dernier à se lever. Il se redressa lentement. Rose ne discernait que son dos mais il ne laissait transparaître aucune détresse. Il leva sa baguette vers le ciel et un jet de lumière fit disparaître la tente alors que la table mortuaire disparaissait pour se transformer en tombe d'un marbre immaculé.

Inscrit sur la tombe, tout le monde pouvait lire: "Ci-gît James Sirius Potter, né le 06 Août 2004, mort le 24 mai 2027. La mort n'est qu'une grande aventure de plus."

La dernière demeure de James avait été placée à côté de celle de ses grands-parents. Les aurors accompagnèrent le geste de leur directeur. Peu après, toute l'assistance se leva. Les baguettes se tendirent vers le ciel dans des gestes lents et cérémonieux. Rose pointa la sienne vers les nuages gris qui pleuraient toujours. Une centaine de jet de lumière filèrent dans le ciel et une pluie d'étincelles d'or retombèrent sur la foule endeuillée.

OoO

Après la cérémonie au cimetière, uniquement la famille et les proches amis furent conviés dans la demeure d'Harry et Ginny Potter. Rose remonta la rue, son bras accroché à celui de sa mère, suivant à pas lents les silhouettes lasses et silencieuses de Lily et Thomas. Elle entra ensuite dans la maison de son oncle et sa tante. L'épreuve fut difficile. Dès qu'elle franchit le seuil, un flot de souvenirs la submergea de son enfance qu'elle avait partagé avec James. Elle revoyait presque son cousin descendre en trombe les escaliers pour filer jouer dans le jardin sous les cris de colère de sa mère. Le silence d'aujourd'hui la fit souffrir.

Un buffet attendait les convives. Rose se demanda qui avait eu la force de préparer autant de nourriture. Cela ne pouvait pas être Ginny qui s'était recluse dans la cuisine, assise seule à la table, un verre de whisky pur-feu dans la main. Cela ne pouvait pas être non plus sa grand-mère. Molly s'était effondrée dans le grand canapé blanc du salon et fixait le vide, terriblement silencieuse, consolée par les petites tapes dans le dos du Professeur McGonagall.

Rose resta un moment avec Hugo. Le frère et la soeur observaient leur famille et leur amis. Lily pleurait dans les bras de Thomas. Hagrid était effondrée et partageait sa peine à leur père qui tentait de réconforter le demi-géant. Leur mère serrait Bill et Fleur dans ses bras. Fleur avait le nez rouge et répétait sans cesse qu'elle ne comprenait pas avec son éternel accent français. Bill se montrait plus stoïque, seul sa mâchoire serrée trahissait son trouble. Le Professeur Londubat discutait à mi-voix avec Luna Lovegood qui cachait ses yeux gonflés derrière ses lunettes bizarre. Rose ne savait pas où se trouvait ni Albus, ni son oncle Harry.

—C'était la première fois que j'assistais à un enterrement, dit Hugo tout bas, encore très pâle.

—Moi aussi…, répondit Rose en cherchant Albus du regard.

—J'aurais préféré enterrer quelqu'un d'autre. Quelqu'un de vieux. Ça aurait été plus...naturel.

Il prit une gorgée de son verre, un liquide transparent qui sentait fort l'alcool. Rose fronça les sourcils.

—Qu'est-ce que tu bois?

—Whisky…, répondit-il en faisant claquer sa langue. Je suis majeur, je te rappelle. Et ce n'est pas aujourd'hui que tu vas me reprendre sur ma conduite.

Rose haussa les épaules.

—Fais-ce que tu veux.

—Tu sais comment il est mort, toi? demanda encore Hugo. Papa n'a rien voulu me dire et maman n'arrête pas de pleurer.

Elle observa son fiancé discuter avec son grand-père. Arthur Weasley semblait avoir pris dix ans de plus. Ses doigts tremblaient légèrement en tenant son assiette qu'il touchait à peine.

—Tu veux vraiment le savoir? demanda Rose.

Hugo but encore en suivant le regard de sa soeur. Il se tut quelques secondes.

—Non, tu as raison…, dit-il d'une voix triste.

En observant les gens autour d'elle, Rose prit soudain conscience de l'absence d'une personne importante. Scorpius n'était pas. Elle comprit qu'elle aurait voulu le voir. Qu'il avait sa place parmi eux. Cela aurait fait du bien à Albus et à Lily. Mais elle ne savait pas où il était et une petite voix dans sa tête lui soufflait qu'il était peut-être mêlé de près ou de loin à la mort de son cousin. Elle la chassa rapidement. Elle ne voulait pas penser à cela. En songeant à Scorpius, elle ne voulait que ressentir le réconfort que lui aurait procuré sa présence.

Thomas s'approcha d'eux. Lily était, à présent, dans les bras d'Hermione, pleurant toujours contre son épaule.

—Comment ça va, vous deux? demanda Thomas en leur apportant à manger.

Hugo refusa l'assiette tendu et se saisit de la bouteille posée sur la cheminée. Il remplit son verre à ras bord.

—Mal, répondit-il en buvant une autre gorgée.

—Lily n'arrête pas de pleurer, opina-t'il, le coeur brisé. Je ne sais pas quoi faire pour la réconforter.

—Tu t'occupes très bien d'elle, dit Rose avec un petit sourire.

—Je l'espère.

Hugo servit un verre à Thomas et le lui tendit. Il l'accepta volontiers en le vidant une traite.

—Quelqu'un a vu Albus? demanda Rose.

— Je l'ai vu monter à l'étage quand on est rentré. Je ne sais pas s'il est descendu.

Rose s'excusa auprès de son frère et de Thomas. Elle reposa son assiette sur la cheminée et sortit du salon dont l'ambiance triste et pesante commençait à l'étouffer. Elle monta les escalier qui menait à l'étage supérieur. Sur le mur, la famille avait accroché des photos. Rose s'arrêta devant chacune d'elles. Elle contempla James lui sourire en brandissant son balai tout neuf, James qui entrait à Poudlard pour la première fois en tirant devant lui son chariot bien chargé, James encore qui posait avec sa soeur et son petit frère,se chamaillant avec Albus qui lui hurlait dessus. Le coeur serré, elle posa son pied dans le grand couloir sombre et désert qui menait aux chambres.

Elle n'eut pas à chercher longtemps. Elle perçut de faibles sanglots à travers la porte close de l'ancienne chambre de James. Sur le devant était accroché le poster d'une de ses équipes de Quidditch préférée, les joueurs de BaveHold, dans leurs belles tenues d'argents, chacun munis d'un Éclair de Feu 5 rutilant. Rose frappa doucement et entra.

Albus était assis sur le lit de James. La chambre était la plus grande après celle des parents. Les murs étaient peints en bleu et recouverts de poster animés représentant des sorcières en petite tenue ou des équipes de Quidditch mondiales. Son ancien bureau était posé dans un coin, avec encore ses vieux manuels d'école, des plumes et encriers sous des rouleaux de parchemins. Sur l'un d'eux, James avait tenté de dessiner un sorcier en plein vol, sur son balai, brandissant un vif d'or. Dans sa petite bibliothèque, était alignée toute sa collection de bandes-dessinées, de livres mordeurs et quelques bibelots. Rose reconnut son premier vif d'or et la carte du Maraudeur qui dépassait entre deux volumes. Son premier balai était accroché au mur et un souafle traînait dans un coin, recouverts de poussière. Par la fenêtre, la fine pluie de ce matin s'était intensifiée et battait les carreaux.

Albus ne leva pas les yeux sur elle. Il tenait sa tête entre ses deux mains, recroquevillé sur lui-même. Rose s'approcha doucement et s'assit à ses côtés.

—Ça va aller? demanda-t'elle stupidement.

Son cousin se redressa légèrement. Il se tourna vers elle, le regard brillant de larmes et le souffle court.

—Je...je croyais que j'y arriverai, articula-t'il difficilement. Mais… cette tombe…

Elle fit mine de le prendre dans ses bras. C'était le seul geste qu'elle était capable de faire pour communiquer sa tristesse et son empathie. Albus la repoussa doucement. Il n'était pas prêt.

—Je suis désolé, dit Albus en secouant la tête. C'est… C'est tellement injuste! s'écria-t'il en frappant ses poings sur ses genoux. Ce n'est pas normal! C'est… Toi! Toi tu sais ce qui lui est arrivé! s'énerva-t'il. Ton père te l'a dit, non?

—Oui, répondit Rose qui comprenait sa colère.

—Qu'est-ce qu'il t'a dit?

—Il...il est tombé d'un toit…

—Non.

Albus se leva brusquement et fit les cents pas comme il le faisait toujours quand quelque chose lui échappait. Il secouait la tête, refusant cette vérité.

—Albus, l'appela Rose. Je...j'y suis allée moi-même.

—Où ça? s'arrêta-t'il devant elle.

—Dans cet immeuble… Je voulais savoir, comme toi. Je suis rentrée dans le bâtiment. Tout était saccagé, se souvint Rose. Albus… ce n'est pas un accident. James s'est battu là-bas. Il...il a sauté parce qu'il n'avait pas le choix.

Albus la dévisagea longuement, sous le choc. Il semblait comme paralysé. Finalement, il s'effondra, de nouveau, sur le lit, secouant toujours la tête, les larmes aux yeux. Petit à petit, ce déni se transforma en profonde tristesse. Il baissa la tête, en ravalant une grande goulée d'air.

—C'est ma faute…

—Albus… Qu'est-ce que tu racontes? Tu n'y es pour rien.

—Non, tu ne comprends pas, dit-il d'une voix dure. C'est ma faute, c'est moi qui ait provoqué tout ça.

Rose ne sut quoi répondre. Elle ne comprenait pas ce qu'il essayait de lui dire. Elle avait plutôt l'impression qu'il délirait à cause de son chagrin.

—C'est la prophétie... , dit-il encore le regard fiévreux. Je pensais...que cela ne concernait que toi et Scorpius… Que la mort frapperait sur l'un de vous deux. Mais j'avais tout faux… J'ai tout fait pour empêcher votre mort. Et je me rends compte...que je n'ai pas protégé la bonne personne…

C'était la première fois qu'Albus lui rappelait aussi brutalement la prophétie qui avait complètement modifiée sa vie. Rose se souvenait encore de sa tristesse lorsque son cousin lui en avait parlé. Tout avait commencé à déraper depuis ce fameux soir.

—Ce n'est pas ta faute, répéta Rose comme un automate.

—Si! On m'avait prévenu… La mort est tout autour de moi. C'est moi qui ait tué James. Je suis le seul responsable.

—Arrête Albus...tu dis n'importe quoi.

—Si! Tu ne sais pas de quoi je parle! dit-il agressivement. Je travaille au Département des Mystères. J'en rencontre des gars qui travaillent dans la salle des prophéties. Il y a ce type…qui m'a dit… Si on cherche à l'en empêcher... Regarde l'histoire avec papa…

—Albus, s'il te plaît.

—"La mort en sera le prix"...Je pensais… C'est peut-être pas fini. Peut-être qu'elle nous frappera tous.

—TAIS-TOI!

Rose avait crié. Albus s'interrompit, choqué. Il dévisagea sa cousine qui n'osait pas le regarder dans les yeux. Ses mains tremblaient sur ses genoux. Une colère sourde pulsait dans ses veines. Elle ne supportait plus un mot venant d'Albus sur ce sujet. Elle en avait oublié sa propre souffrance, son empathie envers son cousin. Elle ne désirait qu'une chose, qu'il cesse de parler de cela.

—Ce qui est fait, est fait, murmura Rose en fixant la pluie battante, à travers la fenêtre. Nous avons tous fait des choix difficiles… Des sacrifices… Tout ce qu'il nous reste à faire, c'est de continuer à vivre avec ces choix.

—J'ai l'impression d'avoir été manipulé, lâcha Albus à bout de nerfs.

—Rien n'est écrit à l'avance…

Albus ricana mais ne dit rien. Son rire était étrange, un poil nerveux, ce qui effraya Rose qui l'observa du coin de l'oeil. Au bout d'un moment, il se calma et son rire mourut dans sa gorge. Lorsqu'il se retourna vers sa cousine, ses yeux verts étaient brillants de larmes.

—Mon frère est mort, dit-il avec la voix d'une petit garçon. Je...Je ne suis pas sûr de pouvoir vivre avec ça.

Le coeur de Rose se brisa lorsqu'elle le vit fondre en larme. Enfin, il se jeta dans ses bras et pleura longtemps.

OoO

Lorsqu'ils descendirent, une bonne demi-heure plus tard, Rose perçut des cris. Albus la suivait, en descendant les marches. Il avait pris un soin particulier à ne pas tourner les yeux vers les photographies de son frère. Il ouvrit des yeux ronds en reconnaissant la voix de sa mère qui résonnait dans la cuisine.

—TU OSES ME DIRE COMMENT PLEURER JAMES? hurlait Ginny. JE L'AI PORTÉ DANS MON VENTRE PENDANT NEUF MOIS… JE L'AI NOURRI, HABILLÉ, CONSOLE QUAND IL ÉTAIT TRISTE. C'ÉTAIT...MON BÉBÉ...Mon bébé.

Rose traversa le salon où tous les convives avaient cessé de discuter pour se tourner vers la porte de la cuisine entrouverte. Rose croisa le regard de son frère qui avait déjà bu la moitié de sa bouteille et qui désigna la pièce, la bouche entrouverte et les yeux ronds.

—Contre qui…?

—Oncle Harry, répondit tout bas Hugo.

Ses parents se tenaient non loin de la porte, n'osant entrer. Ron était livide et contemplait sa femme, l'air interdit. Hermione pleurait silencieusement. Le cri de désespoir de son amie lui brisait le coeur. Rose s'approcha, suivie de près par Albus.

—C'est toi qui l'a conduit dans cette tombe! cracha Ginny. Je voudrais que tu y sois pour qu'on me rende mon fils. Je voudrais qu'on y soit tous les deux si ça pouvait nous permettre de nous le ramener en vie.

A travers l'entrebâillement de la porte, Rose vit sa tante, à la chevelure flamboyante, le visage marqué par la fureur, faire face à son oncle Harry qui était pâle comme un linge. Harry demeura un moment silencieux, à la fixer.

—Tu ne penses pas ce que tu dit, murmura-t'il.

Rose ne voyait pas un couple se déchirer mais deux êtres qui partageaient la même souffrance sans parvenir à l'exprimer correctement. Dans son dos, Albus était livide. Entendre ses parents se jeter de telles atrocités, pouvait être très traumatisant. Ginny ferma les yeux et poussa un petit gémissement.

—Laisse-moi. Je veux être seule.

Harry fit mine de s'approcher. Il leva la main pour lui caresser la joue et Ginny recula vivement.

—Ne me touche pas! Je ne le supporte plus.

—Qu'est-ce que tu veux à la fin? s'exclama Harry. C'était mon fils aussi. Je l'aimais! Je souffre autant que toi.

Ginny partit d'un rire dur.

—Ce que je veux? Je veux retrouver James. Je veux le prendre de nouveau dans mes bras. Je veux entendre sa voix…

Elle s'interrompit, la gorge nouée par le chagrin accumulé en elle.

—Je veux mon Jamie vivant… auprès de moi.

Ginny lui tourna le dos, attendant qu'il parte. Un long moment, Harry resta immobile et Ginny se tint toute raide, les mâchoires serrées pour ne pas faiblir. Quand il sortit enfin, il croisa le regard de Ron, Hermione, Rose et Albus. Des visages curieux le regardaient encore, attendant de savoir si les cris avaient réellement cessé.

Harry se tourna vers Ron, ignorant le reste du monde.

—Elle me rend responsable de ce qui est arrivé, affirma-t'il d'une voix brisée.

—Elle rend tout le monde responsable, dit Hermione en essayant de calmer ses sanglots. Y compris elle-même…

—Au moins, elle pleure, dit Ron en se tournant vers la porte de la cuisine. C'est bon signe, non?

Ron prit Harry par l'épaule et le poussa, à nouveau, dans la direction de la cuisine. A l'intérieur, Ginny pleurait toujours, poussant des cris qui n'étaient plus humain.

—Prends-la dans tes bras, lui dit-il. Vas-y. Même si elle se débat, serre-la contre toi.

Le visage blême et les yeux agrandis par la peur, Harry entra à nouveau. Il s'agenouilla près de sa femme. Ginny le foudroya du regard. Lorsqu'il leva la main, elle le repoussa vivement. Harry ne se découragea pas. Il la fit se relever de la chaise sur laquelle elle s'était effondrée pour la presser contre sa poitrine. Ginny résista. Elle le frappa de ses poings, martelant son torse avec un force inouïe. Mais Harry parvint quand même à passer ses bras autour d'elle et à la serrer contre lui.

Rose détourna les yeux. La maison lui parut tout à coup déserte. Elle lui paraîtrait sans doute toujours ainsi sans James, ses souvenirs d'enfance et son rire rare, mais communicatif. Elle se rappela le jour où il lui avait appris à frapper dans un cognard. Des larmes lui embuèrent les yeux et elle battit des cils pour les refouler. Elle avait assez pleuré.

A l'intérieur, Ginny continuait à sangloter et Harry pleurait maintenant lui aussi. En les voyant ainsi enlacés, partageant enfin leur chagrin, Rose se dit que tout allait bien se passer pour eux. Ce drame n'allait pas les détruire car ils étaient plus forts, ensembles.

Rose s'éloigna lentement. Elle avait besoin d'air. Elle ne supportait plus l'ambiance morose, pleine de désespoir de cette maison qui avait inspiré tellement de bonheur durant de longues années. Elle sortit discrètement pour marcher dans le jardin, sans véritable but. La pluie tombait toujours et elle se trouva bientôt trempée. Elle s'en fichait. L'eau froide qui se déversait sur elle lui fit du bien. Elle avait l'impression qu'elle la nettoyait de toutes ses larmes et de sa tristesse. Depuis qu'elle avait parlé avec Albus, elle se sentait mieux, comme libérée d'un poids. Elle n'arrivait pas encore à mettre le doigt dessus mais Rose se sentait incroyablement soulagée.

Rose sonda le ciel obscur de ce jour de pluie. Elle savoura le contact de l'eau fraîche sur sa peau. Lorsqu'elle baissa la tête, elle crut voir une silhouette, debout, cachée dans la haie. Elle fut d'autant plus surprise qu'il lui sembla que la personne dissimulée avait les cheveux blonds. Avant même qu'elle ne songe à Scorpius, la silhouette avait disparu.

OoO

—Tu es sûre que tu ne veux pas rentrer avec moi ? lui dit Arthur, son parapluie à la main.

—Non, Ne t'inquiète pas pour moi... Tu comprends, c'est quelque chose que je dois vivre avec ma famille. Si ça ne te dérange pas, j'aimerais passer la nuit chez eux. il y aura mon frère. Ça fait longtemps que je n'ai pas vu , dit Rose avec un sourire très triste.

Rose s'en voulait un peu de laisser Arthur, seul, pour cette nuit. Le pauvre avait dû supporter les états-d'âme de sa belle-famille, sans broncher, réconfortant chaque membre par une tape sur l'épaule et un mouchoir tendu. Elle ne s'était pas beaucoup occupée de lui, préférant se concentrer sur Lily, Albus et sa grand-mère qui semblaient être les plus atteints par la mort de James en dehors de ses parents. Et puis, l'image de Scorpius ou ce qu'elle avait cru voir, la hantait encore.

Arthur acquiesça, le visage un peu triste mais compatissant. Il la serra une dernière fois dans ses bras et l'embrassa ensuite sur les lèvres.

—Je t'aime, lui souffla-t'il à son oreille.

Rose lui sourit timidement. Sa gorge était trop nouée pour qu'elle lui rende la pareille. Elle l'observa partir en même temps que la plupart des convives. Rose salua son fiancé ainsi que Hagrid qui l'avait soulevée du sol pour la prendre dans ses énormes bras. Les professeurs de Poudlard ainsi que la directrice avaient été les premiers à partir. Hugo était resté exceptionnellement. Le Professeur McGonagall n'avait pas trouvé utile qu'il revienne à Poudlard dans les jours à venir, même avec l'approche de ses Aspics. Hugo n'avait pas besoin d'étudier pour tous les rafler. Elle lui fit promettre de revenir la semaine prochaine et Hugo opina gentiment.

Les seuls qui demeuraient encore dans la maison étaient Ginny et Harry, que personne n'avait osés déranger après la scène dans la cuisine. Lorsque Rose serra Albus dans ses bras pour lui dire au revoir, il la rassura en lui disant qu'il restait avec Lily dans leur vieille maison d'enfance.

—Personne ne dormira seul ce soir, lui avait-il dit avec un sourire amer.

Personne...sauf Scorpius, pensa Rose en frissonnant sous le vent froid.

Après avoir embrassé tout le reste de la famille, ils transplanèrent ensembles, la famille Weasley-Granger enfin réunie. Une fois à l'intérieur, Ron proposa immédiatement de faire à manger. Personne ne se montra très enthousiaste. Personnellement, Rose n'avait aucune envie de manger. Mais devant les sourires forcés de son père et les encouragements de sa mère, Hugo et elle n'eurent d'autres choix que de s'extasier.

Ron se démena pour ce premier repas avec sa petite famille au complet, depuis longtemps. Il cuisina sa spécialité: un hachis parmentier. Hélas, alors que leurs précédents repas s'accompagnaient toujours des rires de chacun, celui-ci fut atrocement calme et morose. Rose chipotait du bout de sa fourchette un bout de purée, incapable de même songer à y goûter. Elle pensait à trop de choses: James étendu sur la table mortuaire, Albus et sa prophétie, le fantôme de Scorpius dans la haie.

Ce fut Hugo qui rompit le silence.

—Papa…, dit-il un peu timidement, ce qui ne lui ressemblait pas. Tu avais déjà assisté à un enterrement?

Ron leva les yeux de son assiette, légèrement choqué par la question. Il lança un regard à leur mère qui parut gênée.

—Oui, répondit-il simplement.

—Oncle Fred…, murmura Rose en donnant un coup de coude à son frère.

—J'ai perdu l'un de mes frères, comme Albus et Lily, continua Ron la voix un peu tremblante. Il y a eu l'enterrement de Tonks et de Lupin, aussi.

—Les parents de Teddy? demanda Hugo.

—Oui, ils faisaient partie de l'Ordre du Phoenix, expliqua Hermione.

—Dobby... , continua Ron qui ne pouvait plus s'arrêter. Maugrey Fol Oeil… et Dumbledore.

Son père se tut enfin, fixant son assiette. Personne n'osait plus parler. L'entendre énuméré toutes les morts qu'il avait vécues avec sa mère avait quelque chose de morbide et de terrible. Rose se rendit soudain compte à quel point ses parents avaient assisté à des horreurs dans leur jeunesse. Ils avaient vu des gens mourir.

—C'était différent, dit encore Ron en rompant le silence. C'était pendant la guerre. Quand on se bat, on doit se préparer à cette éventualité.

—C'est encore la guerre, rétorqua Rose.

—Qu'est-ce que tu dis? s'étonna son père.

—James n'est pas mort en tombant bêtement d'un toit. Il a été attaqué, dit-elle sur un ton agressif.

—Rose…, l'appela sa mère pour la calmer.

Hermione tendit la main pour prendre celle de sa fille mais Rose la repoussa.

—Vous agissez comme si tout allait bien. Mais la paix est terminée. L'ennemi est là… On...on devrait se battre. James a dû le faire, tout seul et il en est mort, dit-elle plus bas.

—Rose, c'est différent, se défendit Ron en devenant de plus en plus rouge. Beaucoup plus compliqué qu'à l'époque et…

—Non! Ce n'est pas plus compliqué! s'écria-t'elle.

Rose se leva de table, devenue aussi cramoisie que son père. Hugo la dévisagea, choqué tandis qu'Hermione la fixait, impuissante. Rose plongea son regard dans celui de son père. Sa colère était revenue et elle ne se sentit pas capable de la refréner une nouvelle fois.

—Si on avait pris la menace plus au sérieux… Si on avait agit au lieu de discuter sur la meilleure manière de passer inaperçu aux yeux des moldus… On aurait pu les arrêter. James serait encore là.

Elle dévisagea chacun des membres de sa famille, le regard dur.

—On est tous responsable de sa mort. On l'a laissé tomber.

Elle n'attendit pas une réponse ou une parole beaucoup plus sensée que celles qu'elle venait de proférer. Rose quitta la salle à manger et monta les marches de l'escalier quatre à quatre, ne se souciant plus de la réaction de ses proches. Elle fonça dans sa chambre, le coeur battant, l'esprit encore confus de colère et s'enferma à clé. Elle voulait que personne ne la dérange cette nuit.

Lorsqu'elle se retourna, elle se tétanisa sur place. Elle n'était pas seule dans sa chambre. Elle découvrit Scorpius, trempé de la tête aux pieds, assis sur son lit.

Rose ne sut quoi dire. Elle fut tentée d'appeler, de hurler. Elle voulait être seule avec sa peine, sa souffrance et sa colère. L'odieuse voix qui lui soufflait que Scorpius était peut-être impliqué dans la mort de James, ne l'avait jamais quittée. Il avait l'air misérable, assis ainsi sur son édredon, ses cheveux gouttant sur sa moquette, sa tête baissée, les mains jointes en une prière silencieuse. Depuis combien de temps était-il là, assis sur son lit? Depuis combien de temps l'attendait-il? Elle eut envie de le chasser, de lui dire de partir. Elle ne voulait pas le voir, pas après l'enterrement de son cousin ni le discours d'Albus sur la prophétie. Car s'il s'était trompé, alors cela signifiait qu'elle n'avait eu aucune raison de le quitter. Et peut-être que sa rupture avec lui, avait provoqué, dans un funeste destin, la mort de James.

Mais lorsque Scorpius leva ses yeux vers elle. La colère de Rose disparut immédiatement. Son regard transpirait la tristesse et la culpabilité. Jamais elle ne l'avait vu comme ça. Il était mal, plus mal encore que lors de sa première visite dans sa chambre. Rose ne désirait plus qu'une chose, se réfugier dans ses bras et le serrer contre elle à en mourir.

—Je l'ai tué, dit-il d'une voix blanche.

Rose en eut le souffle coupé. Toutes ses craintes se confirmaient. Scorpius était bien là pendant l'attaque. Il avait assisté à la mort de James et d'après lui, il l'avait provoqué.

—Il me l'a demandé, dit-il encore d'une voix brisée. On était piégé sur le toit. Il ne pouvait plus transplaner. Il a essayé de sauter et je l'ai retenu.

Il fixait le vide en se remémorant chaque détail. Il se passa une main dans ses cheveux, les doigts tremblant. Il ne pleurait pas mais sa voix était agitée de trémolos étranges qui trahissait son désarroi.

—J'ai essayé… Je ne voulais pas… Il m'a dit que c'était la seule solution. Je ne voulais pas, répéta-t'il les yeux brillant de larmes.

Rose s'approcha doucement de lui. Elle s'agenouilla près de Scorpius en prenant ses mains dans les siennes.

—Je l'ai laissé tomber, avoua-t'il.

—Je comprends…, murmura-t'elle d'une voix douce.

Ce fut trop pour Scorpius. Il baissa la tête, vaincu par l'émotion. Rose l'amena dans ses bras, le pressant contre son coeur. Rose fut, elle-aussi, écrasée par le poids du chagrin. Plus pour son cousin mais aussi pour Scorpius qui avait dû commettre l'impensable pour survivre. Elle songea à toutes ses souffrances qu'elle ne pouvait malheureusement faire disparaître. Tout ce qu'elle pouvait lui donner, était son pardon pour un acte dont il n'était pas vraiment responsable.

—Je suis désolé…, dit-il encore, s'accrochant à Rose comme à une bouée de sauvetage. Pardon… Je te demande pardon…

Ses mains étaient dans son dos et la pressait contre lui. Rose toucha sa nuque, perdit ses doigts dans ses cheveux et inspira son odeur. Ils pleuraient tous les deux en se touchant le plus possible pour se fondre dans l'autre.

Lorsqu'il se calma enfin, Rose s'écarta légèrement pour prendre son visage dans ses mains. Elle plongea ses yeux dans ceux de Scorpius qui essayait de refréner les siennes, tant bien que mal.

—Ce n'est pas de ta faute! assura-t'elle d'une voix qui trahissait son émotion. Tu m'entends?! Tu n'es pas responsable!

Scorpius l'écouta en la contemplant longuement. Ils restèrent ainsi, toujours aussi serrés l'un contre l'autre, le souffle court. Rose essuya les quelques larmes sur les joues creuses de Scorpius et celui-ci la dévora des yeux, comme époustouflé.

Rose se sentit troublée. Elle sourit à Scorpius et l'embrassa timidement. D'abord sonné par ce soudain baiser, Scorpius enfouit son visage au creux de son cou. Rose s'accrocha à ses épaules en fermant les yeux. Après s'être longtemps inquiété de son absence, il était là dans ses bras, près d'elle. Son corps chaud pressé contre le sien. Lorsqu'il se redressa, Scorpius prit le visage de Rose comme elle l'avait fait pour lui. Il la contempla avec une nouvelle lueur dans les yeux, une fièvre curieuse qui la troublait de plus en plus. Il l'embrassa encore. D'abord doucement, savourant le goût de ses lèvres puis de manière plus audacieuse. Il la fit se relever, en l'attrapant par la taille et la goûta de plus en plus, du bout de sa langue.

Rose enfouit ses mains sous sa veste en l'encourageant à s'en défaire. Il la laissa tomber à terre en continuant à l'embrasser avec passion. Elle fit passer le pull de Scorpius par-dessus sa tête et contempla son torse avec un frisson de plaisir. Elle le caressa du bout des doigts, se souvenant des anciennes caresses qu'il aimait tant. Cependant, quelque chose avait changé. Le corps juvénile de Scorpius avait mûri et à présent, il comportait de nombreuses cicatrices que Rose ne reconnaissait pas. Elle suivit, des doigts, les lignes blanches de sa peau en caressant la chaire gonflée d'anciennes blessures. Scorpius frissonna à son contact en fermant les yeux et Rose sentit son coeur chavirer en imaginant la douleur qu'il avait dû ressentir à chaque cicatrice.

Elle se mit en tête d'explorer ce corps qu'elle n'avait plus vu depuis longtemps. Elle remonta lentement le long de ses flancs, caressa les poils blonds de son torse et descendit sur ses épaules, ses bras, striés de lignes opalescentes. Ses mains caressèrent son cou, la ligne fine de sa mâchoire ainsi que sa barbe qui avait quelques jours. Il était plus mince, plus musclé aussi. Elle caressa ses pommettes et enfouit ses mains dans ses longs cheveux blonds, encore mouillés par la pluie.

Tout au long de son exploration, Scorpius l'embrassait encore et encore. Parfois du bout des lèvres, d'autres fois en prenant son temps, la goûtant en profondeur. Ses mains s'attardèrent sur ses hanches et il défit chaque bouton de sa robe pour qu'elle s'en débarrasse. Rose défit son soutien-gorge et ils se pressèrent l'un contre l'autre, peau contre peau, brûlants toutes les deux de cette même passion teintée de désespoir.

Scorpius lui sourit tendrement en caressant son dos, sa bouche contre son omoplate. Il passa ses mains sur ses fesses, lentement. Tout était lent. Ils n'étaient pas pressés, ils avaient toute la nuit. Ils avaient besoin de se sentir connectés, de se retrouver. S'ils se quittaient des yeux, s'étaient pour toucher la peau de l'autre ou le couvrir de baiser. Rose défit son pantalon qui retomba sur ses chevilles. Elle le voulait aussi nu qu'elle.

Rose s'écarta de lui pour s'approcher du lit. Scorpius avait caressé son bras tendu jusqu'à sa main tandis qu'elle s'éloignait de lui, incapable de rompre ce contact physique. Elle s'allongea dans ses draps, ne le quittant pas des yeux. Scorpius la contemplant, le souffle court, la dévorant du regard. Il monta sur le lit, au-dessus d'elle et l'embrassa encore. Il goûta ses lèvres, son menton, le creux de sa gorge. Lorsqu'il arriva à sa poitrine, il prit son temps. Il passa sa langue sur l'un de ses tétons en malaxant l'autre doucement dans son autre main. Rose gémit faiblement en passant ses doigts dans ses cheveux blonds. Il descendit plus bas, suivant la ligne de son nombril en savourant chacun de ses soupirs. Arrivé à sa culotte, il se redressa légèrement, la respiration haletante.

Scorpius tira sur l'élastique pour enlever le vêtement. Rose souleva son bassin pour l'aider. Ils ne se quittaient toujours pas des yeux. Rose avait l'esprit concentré uniquement sur Scorpius. Elle avait oublié tout le reste, sa famille qui devait continuer à dîner en bas, Arthur qui passait la nuit seul dans leur appartement. Elle ne songeait qu'au contact de ses doigts sur sa peau et de ses baisers. Lorsqu'elle fut complètement nue, Scorpius lui écarta les jambes et s'abaissa vers son intimité.

Le premier coup de langue la fit trembler de la tête aux pieds. Elle gémit en s'accrochant à ses draps, étouffant ses cris de plaisirs dans ses oreillers. Rose se laissa envahir par les vagues de plaisir qui montaient en elle, tout en soulevant son bassin pour le presser contre la bouche de son amant. D'abord de petits coups, comme des décharges électriques qui lui parcouraient tout le corps, puis ensuite des pointes de plaisir intense qui lui faisaient laisser échapper de petits cris. Rose s'accrochait à ses cheveux, caressait le sommet du crâne de Scorpius qui dépassait, entre ses jambes. Lorsqu'elle n'en put plus, le corps transpirant et le souffle haletant, elle le supplia d'arrêter.

Tout en continuant à l'embrasser, Rose le tira sur le lit. Elle le fit s'allonger près d'elle en gardant sur sa peau devenue incandescente. Ils échangèrent leur place, sous leurs caresses, effleurements et soupirs. Rose l'aida à enlever son caleçon et elle s'assit sur son torse, ses cheveux défaits dont les boucles cascadaient sur ses épaules nues. Scorpius prit un profonde inspiration en lui touchant la peau de ses cuisses pour remonter à sa taille. Rose suivait chacun de ses mouvements, entremêlant ses doigts aux siens. Elle savourait son touché fébrile en tremblant à chacune de ses respirations. Tout était lent, comme ralenti. Elle avait l'impression d'être dans une bulle, hors du temps, seule avec Scorpius et leur deux coeurs unis.

Rose prit le dessus. Elle ne supportait plus de n'être pas totalement collée à lui. Elle se coucha sur son torse, son bassin proche du sien, leurs deux intimités sur le point de s'unir. Elle passa sa langue doucement sur ses lèvres, effleura sa joue et sa gorge en pressant ses doigts sur son flanc en essayant de le faire trembler entre ses doigts. Ils ne disaient rien, ils n'avaient pas besoin de mots. Ils ne souhaitaient que communiquer à l'autre leurs sentiments par leurs étreintes, parfois fugaces, souvent langoureuse, profitant un maximum de l'autre, guettant leur réaction dans leurs respirations et les expressions sur leur visage.

Scorpius guida lentement Rose tout en continuant à l'embrasser. Elle le fit la pénétrer selon son rythme. La lenteur de leur union la fit ouvrir la bouche en aspirant l'air, le regard rendu sombre par l'excitation. Elle lui mordilla la peau de son épaule en enfonçant ses ongles dans son bras tout en se faisant envahir complètement. Rose sentit Scorpius trembler légèrement sous elle. Il plongea ses mains dans ses cheveux et il se mit à bouger avec une lenteur qui la fit attendre fébrilement le prochain coup de reins.

Scorpius la repoussa légèrement tout en continuant à la cajoler. Ils ne pouvaient se séparer une seule seconde comme si le simple fait de s'éloigner, de rompre leur lien suffirait à tout arrêter et à les ramener brutalement à la réalité. Rose ne voulait plus quitter cet état. Elle le voulait près d'elle pour le restant de ses jours, liés leurs deux corps qui se cherchaient dans une danse profondément érotique.

Rose avait l'impression de devenir folle. Elle était englouti par un torrent de tendresse accentuée par cette lente union, terriblement sensuelle. Cette douce chaleur qui ne l'avait plus quittée, envahissait chaque fibre de son être avec la même patience que les caresses de Scorpius. Elle se sentait incroyablement émue et connectée à lui. Elle se sentit submergé par une émotion puissante qui n'avait rien à voir avec le plaisir de leurs chairs. Rose pressa les fesses de Scorpius contre elle, encourageant son mouvement. Elle se tourna légèrement vers lui et plongea son regard dans le sien pour qu'il puisse constater ce qu'il déclenchait en elle. Les yeux bleus de Scorpius la sondèrent et il embrassa ses lèvres tout en se déversant en elle, le corps entier agité de tremblement.

Il retomba sur le dos, essoufflé. Mais Rose ne voulait pas que cela se termine. Elle voulait que ce moment dure une éternité. Elle le toucha encore et encore, tout en montant à nouveau sur lui. Ses mèches de cheveux roux enfleurèrent son entrejambe toujours tendu. Aucun d'eux n'était rassasié de l'autre. Rose se mit à jouer avec lui, en prenant son temps, comme il l'avait fait avec lui. Elle le goûta du bout de sa langue, passant ses doigts dans ses poils blonds, communiquant sa chaleur et son plaisir. Elle poussa un léger cri lorsqu'elle sentit qu'il se vengeait d'elle en choyant ses fesses, son sexe. Elle ferma les yeux lorsqu'il glissa un doigt en elle, puis deux, pinçant, écartant, bougeant. C'était un jeu, une discussion où tous les deux essayaient de faire perdre pied l'autre. Leur tendresse se muèrent en ardeur et la passion les déchaîna.

Il la prit avec plus de fougue, emporté par leur désir réciproque. Rose ne put réprimer plus longtemps les vagues de plaisir beaucoup plus violente que celle de sa tristesse. Elle ne souffrait plus. Elle se laissait simplement porter toujours plus loin, plus haut et elle gémit faiblement en se redressant sur ses coudes, se délectant de la chaleur envoûtante qui embrassait sa peau.

Au moment du paroxysme, Scorpius la tira vers lui, caressant sa gorge et ses lèvres pressées sur son épaule. Rose ne put se retenir. Elle se mordit les lèvres pour étouffer le cri de plaisir qui montait. Elle explosa en s'accrochant à son bras qui la maintenait contre lui. Lorsqu'elle retomba sur le lit, Rose tremblait, agitée de spasmes, les joues rouges, la peau ruisselante de sueurs, le sexe palpitant et les jambes flageolantes. Son coeur battait fort dans sa poitrine et elle reprit son souffle, l'esprit engourdi par le plaisir qui l'avait tout à coup envahi.

Scorpius la touchait encore. Il la rejoignit en continuant à la couvrir de baisers. Enfin abreuvés l'un de l'autre, ils gardèrent tout de même ce lien entre eux, calmant leur respiration sur celle de l'autre, sentant les battements de coeur, une main sur leur poitrine. Ils se sourirent longtemps, enfin heureux.

OoO

Cela faisait des heures qu'ils étaient couchés dans le lit de Rose, toujours complètement nus. Scorpius tenait Rose dans ses bras. Il lui caressait les cheveux, effleurant sa joue, ne pouvant la quitter des yeux. Aucun des deux n'avaient trouvé le sommeil, même après leur étreinte. Scorpius n'avait aucune envie de dormir. Sombrer dans l'inconscience signifiait se résigner à attendre le lendemain et il ne savait pas ce qu'il se passerait lorsqu'ils devraient se quitter. Il voulait que cette nuit dure toute la vie, à continuer à serrer Rose dans ses bras.

Ils ne songeaient plus à sa culpabilité, à sa mission ou à la vision d'horreur des derniers instants de James. Il n'avait plus que de l'amour en lui pour cette femme qu'il tenait enfin à nouveau dans ses bras.

Au dehors la tempête s'était calmée et tout était maintenant silencieux. Pas un silence pesant ou morbide. Seulement un calme apaisant après le tumulte de leurs sentiments. Alors, Scorpius se sentit soudain submergé par toutes ces émotions qu'il avait refrénées depuis qu'ils s'étaient quittés dans cette gare. Incapable de les garder plus longtemps en lui, il laissa jaillir son adoration en contemplant la jeune femme qui lui inspirait le plus grand des bonheurs.

—Je t'aime, Rose, murmura-t'il dans le silence de la nuit. Je crois que je t'ai aimé dès la première fois que je t'ai vu, dans le Poudlard Express avec tes boucles rousses, tes taches de rousseurs et le livre de sortilèges que tu tenais déjà dans tes bras comme une précieuse relique.

Il rit doucement et Rose l'écouta, captivée par chacun de ses mots, retenant sa respiration.

—Même quand tu es partie, j'ai continué à t'aimer. Même quand j'étais seul dans le noir, à souffrir comme un chien, c'était toi que je voyais. Quand tu n'es pas là, c'est ton souvenir qui reste près de moi.

Il se tut soudain, se plongeant tout entier dans ses grands yeux ambrés.

—Je ne peux plus être loin de toi. Parce que je t'aime. Je t'aime comme un fou.

Rose se mit à pleurer, enfin. Scorpius ne s'en inquiéta pas parce qu'il connaissait tout d'elle. Il savait reconnaître ses larmes de tristesses, d'amertume, de fierté, de colère et celle de joie. Celles qu'il voyait couler le long de ses joues étaient celles de l'amour car à travers ses pleurs silencieux, elle lui sourit.