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RETOUR À POUDLARD


La voiture de Liam fonçait à vive allure sur l'une des routes d'Ecosse. Le temps était radieux en ce début de mois de juin. La route sinueuse zigzaguait entre les collines verdoyantes, bordée de temps en temps par un troupeau de moutons. Albus était assis sur le siège passager, contemplant d'un air vague le paysage qui défilait devant ses yeux. Il était déjà monté dans une voiture. Son père les conduisait, avec cette étrange machine bruyante, à la gare de King's Cross, pour chacune de leurs rentrées, beaucoup plus discret avec les valises, les hiboux et les balais. Mais c'était la première fois qu'il faisait le voyage pour Poudlard, sans le Poudlard Express et admirer le paysage de landes écossaises sans le ronronnement caractéristique du train, des rires d'enfants et du chariot à friandise, lui faisait un drôle d'effet.

—C'est dommage que tu sois insensible à la magie. On aurait pu y être, en un instant, si on avait transplané, fit remarquer Albus en se tournant vers lui.

—Désolé…, maugréa Liam, concentré sur la route.

Ils avaient déjà dû faire deux haltes à des "stations essences" pour revigorer ce curieux engin. Albus ne s'était pas senti à l'aise dans ces lieux, exclusivement moldus. Il n'aimait pas l'odeur d'essence ambiante, le bruit infernal des véhicules lancés à vive allure sur la route bétonnée, ni l'air maussade des tenanciers des échoppes. Il était cependant fasciné par les gestes précis de Liam, au volant de sa voiture. Albus avait observé chaque manoeuvre avec un silence admiratif, tandis que Liam les dirigeait sur la route de Poudlard.

—Si ça te gêne autant, tu aurais pu y aller tout seul, lâcha Liam en freinant légèrement.

—Non, on gagnera du temps si tu consultes les ouvrages sur les quatre fondateurs pendant que je me rends dans la salle de la source.

—Oui...pour rattraper le temps qu'on perd sur la route…, se moqua Liam en rabattant le pare-soleil.

Albus ne releva pas. Liam était dans le vrai mais Albus se refusait de lui dire clairement qu'il avait en réalité besoin de lui. Pas pour l'avancement de l'enquête, même si le regard objectif et très moldu de Liam lui permettait de remarquer des éléments qui pouvaient lui échapper. Mais parce qu'Albus avait peur de perdre pied. Il n'en montrait rien mais Albus demeurait encore ébranlé par ce qu'il venait de vivre dans la partie cachée du cerveau de Merlin, sans parler de la mort de James. Son passage dans la pensine l'avait touché plus qu'il ne l'aurait cru. Il ne voulait pas paraître faible devant Liam et il se contentait de se raccrocher à sa présence qui lui devenait de plus en plus nécessaire.

—Tu as peur? le provoqua Albus pour changer de sujet.

—Un peu, avoua Liam après un silence gêné. Poudlard a l'air fantastique quand tu en parles mais je reste un moldu qui s'apprête à visiter une école de sorcellerie. Dans ma tête, j'imagine des pentacles sur le sol, du sang qui dégouline des murs et des gens possédés.

Albus le regarda de travers.

—Vous avez une image très bizarre de la sorcellerie, dit-il tout bas.

Liam haussa les épaules en lui adressant un petit sourire d'excuse. Ce sourire troubla Albus dont le regard resta concentré sur Liam. Il se surprit à le contempler longuement en admirant ses doigts sur le levier de vitesses, son autre main tapotant sur le volant. Il portait un tee-shirt dont la ligne de ses épaules se dessinait parfaitement. Il remonta jusqu'à son cou, la base de sa nuque et son profil. Liam était très séduisant et Albus détourna le regard, sentant ses entrailles se tortiller de plus belle.

Chassant les images indécentes de son esprit, Albus sortit la liasse de parchemins qu'il avait emporté dans son sac. La veille de leur départ pour Poudlard, Albus s'était rendu au Département des Mystères pour s'enquérir des recherches sur l'équipe de langues-de-plombs qui avaient étudié la source de Poudlard. Il avait réussi à se les procurer grâce à l'excuse de son enquête, ne rompant ainsi aucun serment inviolable. Il les avait lus pendant des heures, y passant une grande partie de la nuit. L'équipe avait fait un travail correct. Ils avaient enlevé le sort d'attraction qui demandait un représentant de chaque maison afin de faciliter le passage vers la source. Ils avaient répertorié chaque salle, chaque artefact trouvé, étudié le squelette du griffon retrouvé dans la salle de Godric Gryffondor. L'épée ainsi que le bouclier d'or relaté par Rose Weasley avaient disparu mystérieusement. Mais une note précisait, qu'à n'en pas douter, ces puissants objets rejailliraient à un moment ou à un autre lorsqu'ils trouveraient un détenteur digne de les manier.

De nombreuses photographies accompagnaient le rapport, notamment des salles visitées ainsi que de celle de la source. Enfin, plusieurs langues-de-plombs avaient retranscrit le langage recueilli sur les murs de l'antichambre de Poufsouffle, ainsi que la carte retrouvée. Ils avaient même demandé l'aide de Lewis, dont Albus reconnut l'écriture sur certaines traductions. Malheureusement, sa mort avait interrompu les recherches et il manquait plus de la moitié des gravures, ni traduit, ni retranscrit.

Albus avait tout lu, enfin ce qui était à sa disposition. Le début des fresques relatait l'histoire de la construction de Poudlard, ainsi que tous les exploits de chaque fondateur dans ce glorieux projet. Il apprit ainsi que Rowena Serdaigle avait créé la Salle sur Demande pour y établir ses laboratoires de recherche. Elle travailla de nombreuses années sur diverses expériences lui permettant de tester les possibilités de la source. Salazar Serpentard établit la plupart des plans du château, protégeant chaque lieu de puissants sortilèges. Il savait déjà que Godric Gryffondor avait ensorcelé le Choixpeau mais pas qu'il avait coordonné toutes les statues du château pour prévenir à une éventuelle attaque. Salazar et Godric étaient les deux sorciers en charge de la protection du château, ombre et lumière ouvrant ensemble pour préserver leur grand projet.

Les dernières pages de parchemin commençaient à relater la vie d'Helga Poufsouffle, celle qui avait découvert la source pour la montrer à ses trois amis. Le texte faisait l'éloge de sa beauté, de sa générosité ainsi que de sa puissance magique.

"Elle a marché en portant sa générosité par tant de terres.

Elle a reçu le don humble de la bonté de tout vivant.

Elle a porté le poids des rancoeurs et des élans violents.

Quand les trois autres, autour d'elle, guerroyaient comme leurs pères."

"Ainsi, fut-elle choisie pour garder l'une des trois sources de vie.

Digne récompense de sa sagesse pleine d'humilité.

Choisie par ses pairs mais aussi par le maître des initiés."

La traduction s'achevait sur cette phrase mystérieuse. Albus émit l'hypothèse que Merlin soit le maître des quatre fondateurs s'il se fiait à ce qu'il avait pu traduire dans la pensine. Il était toutefois impatient de déchiffrer la suite, certain d'y découvrir les secrets de Merlin et certainement l'endroit où devait avoir été caché le deuxième fragment. Cela lui prendrait du temps, des heures mêmes pour déchiffrer la suite. Mais il était certain d'y trouver ce qu'il recherchait.

OoO

Ils roulèrent encore de nombreuses heures jusqu'à arriver à l'endroit le plus accessible à Poudlard. Liam avait dû emprunter des routes oubliées des cartes, se fichant au sort Pointe-au-Nord qu'Albus jetait de temps en temps pour se repérer à travers la lande. Ils durent continuer à pied, abandonnant la voiture dans un coin reculé de vaste campagne. Ils étaient partis tôt de Londres, et ils n'aperçurent la silhouette du château qui jaillissait sur la falaise, qu'en fin d'après-midi.

—Il va falloir qu'on y passe la nuit, dit Albus en sondant le ciel.

—Génial…une nuit dans un château hanté, ironisa Liam en gravissant une pente.

—Ne t'inquiète pas, les fantômes sont amicaux.

Liam se tourna vers lui, surpris et inquiet. Albus ne lui avait pas encore parlé des fantômes qui traversaient les salles de classe ou qui discutaient avec les élèves lors des repas dans la Grande Salle. À son expression, Albus devina que les fantômes n'avaient pas la même réputation dans le monde des moldus. Il adressa un sourire amusé au policier en le dépassant.

Ils atteignirent enfin le portail du château, une demi-heure plus tard. Liam et Albus étaient essoufflés par leur marche forcée. Albus leva les yeux vers le foyer qui l'avait accueilli et éduqué pendant sept longues années. Y revenir signifiait beaucoup pour lui, rappelant une partie de son passé qui semblait révolu depuis longtemps.

—Alors, c'est ça Poudlard? lâcha Liam en levant la tête à son tour.

—Tu le vois?

—Bien sûr.

Albus n'était pas sûr qu'il soit aussi insensible aux protections très puissantes de Poudlard. De fait, il devait bien se rendre à l'évidence qu'aucune forme de magie n'avait d'effet sur Liam, même pas le repousse-moldu mis en place pour repousser les indésirables. Tandis que Liam admirait le château, Albus farfouilla dans son sac et en sortit une robe de sorcier noire qu'il avait récupéré au Département des Mystères.

—Tiens! Mets ça, dit Albus en lui lançant la robe qui lui atterrit sur la tête.

Liam déplia la robe devant lui en fronçant les sourcils.

—Tu veux vraiment que je mette ça? demanda-t'il, dubitatif.

—Aucun moldu n'est jamais entré à Poudlard. Je pense qu'il est préférable de te faire passer pour une langue-de-plomb. Personne n'osera te poser des questions.

Liam grommela tout en enfilant la robe noire qui était un peu trop petite pour lui. La robe tombait seulement à la hauteur de ses mollets et on pouvait voir le bas de son jean si on baissait les yeux sur ses baskets.

—De quoi j'ai l'air? demanda Liam en écartant les bras, peu habitué à enfiler une robe.

Albus contempla le policier dans la tenue d'une langue-de-plomb. Il avait tout l'air d'un sorcier avec cet uniforme et Albus perçut, à nouveau, cette chaleur lui irradier les joues.

—Ça ira…, marmonna-t'il en détournant les yeux. Écarte-toi du portail, j'ai peur que sa magie disparaisse si tu y touches.

Liam leva les bras en signe d'impuissance, tout en reculant de trois bons pas. Albus se présenta à l'immense portail ouvragé. En son sommet, un aigle métallique baissa les yeux sur le nouveau visiteur, en déployant ses grandes ailes.

Visiteur, vous vous tenez devant l'école de sorcellerie de Poudlard. Présentez-vous ou faites demi-tour, fit une voix étrange qui semblait émaner du volatile en fer.

—Albus Potter et Liam Jones, langues-de-plombs. Nous venons voir la directrice de Poudlard, le professeur McGonagall.

L'aigle émit son cri et s'envola dans les airs, filant comme le vent en direction du château. Liam avait sursauté en voyant s'envoler le rapace métallique. Ils attendirent quelques minutes et bientôt ils revirent l'aigle revenir se poser au sommet du portail. L'éclat de vie dans ses yeux s'éteignit et il rabattit ses ailes pour se solidifier à nouveau comme une statue normale. Les deux visiteurs attendirent encore quelques secondes. Enfin, ils perçurent un déclic et les grilles s'ouvrirent dans un grincement strident.

—Bienvenue à Poudlard, dit Albus à Liam avec un sourire.

Tandis qu'ils marchaient sur le sentier qui les menait à l'entrée du château, Liam était méfiant. Le chemin bordait la forêt interdite, sombre et lugubre même par cette belle journée de juin. À force de passer par cette même allée sur les carrioles tirées par les sombrals, Albus ne faisait plus attention à l'ambiance étrange que dégageait cette forêt. Mais pour Liam, c'était sa première visite à Poudlard (certainement la dernière) et il découvrait toutes les étrangetés de l'école des sorciers comme un jeune première année.

Au milieu du chemin, Liam s'arrêta soudain, tourné vers l'orée des bois noirs.

—Qu'est-ce qu'il y a? demanda Albus qui marchait à en tête.

—Il y a quelque chose là-bas…, dit-il d'une voix inquiète.

Albus le rejoignit rapidement. Une fois à sa hauteur, il sonda les profondeurs du sous-bois et finit par distinguer les silhouettes qui s'approchaient lentement. Albus reconnut le corps de plusieurs chevaux dont le torse se confondait avec celui d'un homme. Tous étaient armés de leurs arcs et leurs flèches.

—C'est quoi ça? murmura Liam en ne les quittant pas des yeux.

—Des centaures...Il vaut mieux continuer notre route. Ils sont assez agressifs.

Albus tira Liam en avant et le policier eut du mal à s'arracher à la contemplation du spectacle. Les centaures s'étaient arrêtés à bonne distance mais ils ne quittaient pas des yeux les deux hommes qui passèrent devant eux, d'un pas pressé.

—Il y a quoi d'autres dans cette forêt? demanda Liam en jetant un dernier coup d'oeil sur sa droite.

—Un peu de tout. On a un géant, des araignées de la taille d'une voiture, des licornes, des centaures, … La liste est longue.

—Et tout ça, à côté d'une école? fit Liam, choqué.

—On n'a pas le droit d'y aller, expliqua Albus en haussant les épaules. Sauf pour les retenues.

—Vous êtes fous.

Ils continuèrent en silence. Mais une fois qu'ils entrèrent dans le parc du château, Liam ne put s'empêcher de lâcher un soupir admiratif. Il levait les yeux sur l'architecture imposante du château. L'entrée principale, surmontée de son large escalier de pierre, encadrée par la tour des Serpentard et celle de la volière où volaient tout autour plusieurs hiboux. Non loin de là, à sa gauche, Albus apercevait le terrain de Quidditch où s'envolaient plusieurs élèves aux couleurs de la maison des Poufsouffles, certainement pour un entraînement. Tandis qu'à sa droite, s'étendait la surface, lisse et tranquille du lac noir. Plusieurs élèves s'y étaient installés pour réviser, à côté du calmar géant qui profitait de la chaleur de ce début d'été pour paresser à la surface.

Liam ne savait plus où donner de la tête. Albus s'amusa de ses multiples réactions à chaque fois qu'il découvrait quelque chose de nouveaux et de fantastiques. Albus dut le tirer vers l'entrée pour qu'il se décide à bouger, le policier restant paralysé devant le calmar géant qui battait la surface du lac avec un de ses tentacules, éclaboussant plusieurs élèves qui s'enfuirent complètement trempés.

—C'est…, bredouilla Liam, ébahi.

—Incroyable, je sais, termina Albus à sa place en l'obligeant à avancer.

Il le poussa à monter les quelques marches pour enfin pénétrer dans le grand hall de Poudlard. Albus eut un petit serrement au coeur en redécouvrant son ancien foyer. Il se voyait encore traverser ce grand hall avec Scorpius pour se rendre dans le parc où sur le terrain de Quidditch. Quant à Liam, il avait de nouveau le nez en l'air, admirant les arcs de voûtes des colonnades, dessinant la cime du plafond qui devait avoir la hauteur d'un building pour le policier. Il bondit d'un bon mètre lorsque Nick-quasi-sans-tête, traversa la pierre comme du beurre.

—Fais attention, lui murmura Albus en s'approchant de lui. Tu es censé être un sorcier…

—Je voudrais bien t'y voir! répliqua Liam, pâle comme un linge.

—Oh! Ce très cher Albus Potter! s'exclama Nick en flottant dans leur direction.

Liam réprima un frisson de dégoût en voyant le fantôme s'approcher d'eux. Il le fixait, de ses yeux ronds, le teint pâle et les lèvres pincées.

—Sir Nicholas…, dit Albus en le saluant. Ravi de vous revoir. Je vous présente mon collègue, Liam Jones.

—Enchanté! dit Nick en soulevant sa tête comme un couvre-chef.

Cette fois-ci, Liam ne put contenir plus longtemps son cri de frayeur qu'il lâcha lorsqu'il vit la tête de ce pauvre Nick se soulever de son corps, seulement maintenu par trois filaments de peau. Nick le dévisagea, choqué et Albus lui adressa un sourire gêné.

—C'est un étranger…, dit-il en s'excusant. Il n'est pas habitué aux fantômes.

—Ah oui! J'ai entendu dire que nos compatriotes américains étaient quelque peu plus farceurs avec les moldus et les sorciers. Vous m'en voyez navré, cher ami.

Liam ne répondit pas, incapable pour l'instant de se remettre du choc d'avoir un fantôme en face de lui. Nick lui adressa un sourire gêné avant de se concentrer sur Albus.

—Qu'est-ce qui vous amène au château?

—Je dois voir le professeur McGonagall.

—Ah. Je dois vous prévenir qu'elle n'est pas de très bonne humeur. Elle sort d'un entretien quelque peu tumultueux.

Nick salua une dernière fois Albus et adressa un dernier regard curieux à Liam avant de s'éloigner tranquillement en traversant le mur de gauche. Liam n'osa se détendre que lorsqu'il eut complètement disparu.

Les deux visiteurs perçurent soudain des éclats de voix venant du couloir du fond. Le professeur McGonagall, avançait d'un pas rapide, visiblement furieuse. Elle était suivie de près par le centaure Firenze qui trottait à ses côtés.

—Je vous remercie pour vos "avertissements", disait la directrice avec son éternel ton sec. Mais il est inutile d'insister, je ne prendrais pas de mesures pour…

—J'ai pris de gros risques en venant vous avertir, la coupa Firenze en lui barrant la route. Les signes restent flous mais l'issue est certaine. Quelque chose de grave va se produire, pour vous, Poudlard et le monde des sorciers.

Le professeur McGonagall leva la tête pour dévisager le centaure avec sévérité. Malgré le net désavantage de sa taille en comparaison à celle de la créature, la sorcière inspirait toujours autant le respect. Elle pinça ses lèvres en fronçant ses fins sourcils qui s'étaient clairsemés avec les années.

—Encore une fois, merci Firenze pour votre sollicitude. Mais je ne peux fermer une école sous la seule supposition d'une comète dans le ciel. Vous pouvez le comprendre…

—Toutes les créatures sentent quelque chose d'étrange. La magie est perturbée. Nous sommes sur le point de quitter la forêt pour nous mettre à l'abri. Vous devriez faire de même.

La nouvelle chamboula quelque peu la directrice. Son expression tressaillit d'une légère surprise mais se referma bien vite.

—Je ne vous retiens pas, finit-elle par dire.

Firenze s'ébroua visiblement contrarié. Il se détourna toutefois de la sorcière et se dirigea vers la sortie. Il passa devant Albus et Liam. Celui-ci contempla la créature, muet d'admiration. Firenze s'arrêta à sa hauteur, captant son regard. Il ne dit rien et l'homme et la créature se dévisagèrent en silence. Finalement, Firenze tourna la tête et sortit du château pour galoper jusqu'à la forêt interdite.

—Potter! s'exclama le professeur McGonagall en s'approchant d'Albus. Que me vaut le plaisir de votre visite?

Toute sa colère avait disparu en apercevant son ancien élève. Elle lui adressa un sourire chaleureux mais derrière cette expression amicale, Albus remarqua cette lueur de tristesse à travers ses lunettes. Elle devait certainement repenser à la mort de James dont la visite de son frère lui rappelait ce cruel événement.

—Je suis ici en tant que langue-de-plomb. Mes recherches m'obligent à enquêter à Poudlard. Vous comprenez que je ne puis vous en dire plus…

La directrice acquiesça lentement, cependant intriguée par la demande étrange d'Albus. Elle se tourna ensuite vers Liam qui n'avait pas osé prononcer le moindre mot, même pas pour se présenter.

—Qui est-ce? demanda encore le professeur McGonagall. Je ne me souviens pas vous avoir eu dans ma classe.

—C'est un sorcier américain, répondit à toute vitesse Albus. C'est aussi une langue-de-plomb. Il est là pour m'aider.

—Liam Jones, dit le policier en tendant la main vers le professeur McGonagall.

La sorcière contempla la main tendue de Liam en pinçant les lèvres puis l'accepta de bonne grâce.

—Vous êtes le bienvenu à Poudlard, dit-elle sur un ton pincé.

—Nous aurons besoin d'accéder à la Tour d'Astronomie, ainsi qu'à la réserve de la bibliothèque.

—Vous aurez toutes les autorisations nécessaires, l'informa la directrice. Je vais demander à Rusard d'ouvrir les chambres pour les invités. Vous pouvez rester le temps que vous voulez. Mais je vous demande de rester discret avec les élèves. Ils commencent leurs examens la semaine prochaine et je ne veux pas les perturber plus que nécessaire.

—Encore une chose, professeur, ajouta Albus. Je voudrais venir vous voir plus tard, peut-être demain matin.

—Pour quelle raison, Potter?

—J'aimerais lui parler…

Il n'en fallut pas plus pour que le regard du professeur McGonagall ne s'éclaire. Elle acquiesça rapidement et s'éloigna dans l'escalier le plus proche.

—Elle n'a pas l'air commode…, lui souffla Liam après qu'elle se fut éloignée.

—Aussi puissante que sévère…, commenta Albus avec un sourire. Si tu l'énerves, elle est capable de te transformer en montre-à-gousset.

Liam arqua un sourcil, dont l'expression blasée et le haussement d'épaules lui signifiaient que même si elle essayait, elle n'y arriverait pas. Albus poussa un soupir commençant à monter les marches du grands escalier.

Ils débouchèrent dans la cour principale du château. Plusieurs élèves, toujours en groupe, vêtus de leurs robes noires, discutaient ou étudiaient, dans une atmosphère d'angoisse proche des examens. Quelques cancres s'amusaient à jeter des pétards explosifs au milieu de la cour. Lorsque les deux hommes traversèrent la cour pavée, quelques regards et murmurent accompagnèrent leur marche silencieuse. Albus comprit que certains élèves avaient reconnu l'uniforme des langues-de-plombs et lui rappelait la réputation de sa profession, sous les regards craintifs. Liam était toujours aussi mal à l'aise, jetant des coups d'oeil un peu partout. Il observa des élèves de quatrième année s'entraîner au sort d'Accio en faisant venir à eux des livres qui volèrent dans leurs bras.

Albus et Liam traversèrent le pont et entrèrent dans la partie centrale du château par la tour des Serdaigle. Liam lâcha un nouveau sifflement admiratif en contemplant l'enchevêtrement d'escaliers, encore immobiles, devant eux. Il admira le passage des personnages des tableaux, passant d'un cadre à l'autre et les saluant distraitement.

—Ils sont vivants? s'étonna Liam en observant une sorcière du Moyen-Age sortir de sa cuisine pour parler à son amie, une couturière occupée à ensorceler des rouleaux de tissus.

—Pas vraiment, dit Albus en y accordant aucun intérêt.

—Comment ça marche?

—J'en sais rien…

Liam s'arracha à sa contemplation en saluant joyeusement les sorcières puis s'approcha d'un escalier, en levant le pied pour marcher sur la première marche. Albus le retint de justesse, juste avant que l'escalier capricieux ne décide de glisser sur le côté, fatigué de se retrouver toujours à la même place.

—C'est quoi ça? s'écria Liam.

—Les escaliers n'en font qu'à leur tête, soupira Albus.

Ils attendirent qu'un nouvel escalier daigne à se présenter à eux pour enfin gravir les étages. Albus retrouvait, avec une certaine nostalgie les lieux de son enfance. Il aperçut le couloir qui menait aux cachots, là où se trouvait son ancien dortoir. Il s'attendit presque à ce que Scorpius apparaisse au coin, le hélant pour qu'ils puissent se rendre ensemble à leur prochain cours. Mais ce temps était décidément révolu et Albus mena Liam jusqu'au couloir qui menait à la bibliothèque.

—Cet endroit est fantastique! fit Liam, émerveillé. Terrifiant...mais fantastique!

—On dirait un première année…, commenta Albus avec un sourire.

—Tu crois que j'aurais été dans quelle maison? demanda-t'il, les yeux rêveurs.

—Gryffondor, je pense…

—C'est quoi encore les Gryffondor? Ceux qui ont le serpent?

—Non, le lion, ce sont ceux qu'on considère comme les plus courageux.

Liam dévisagea Albus avec un sourire étrange. Une lueur malicieuse passa devant ses yeux et il les détourna ensuite, en gardant toutefois cet étrange sourire. Cet échange, rapide et silencieux, avait fait frémir le sorcier. Sans s'en rendre compte, il avait complimenté le courage de Liam et celui-ci l'avait remarqué. Ils continuèrent à progresser dans le dédale de couloirs en silence.

Arrivés devant les portes de la bibliothèque, Albus stoppa en se tournant vers Liam.

—Bon, moi je continue vers la tour d'Astronomie. Si tu entres, tu tomberas sur Mrs. Pince, c'est la bibliothécaire. Elle est un peu revêche mais si tu lui dis que c'est McGonagall qui t'envoie, elle t'aidera. Demande-lui de te fournir les livres qui parlent des quatre fondateurs dans la réserve.

—Et je cherche quoi là-dedans?

—N'importe quoi qui pourrait nous mettre sur la piste du deuxième fragment.

Liam acquiesça, l'air toutefois mal assuré. Albus s'éloigna dans le couloir en espérant qu'il s'en sorte et surtout, qu'il ne commette aucune gaffe qui pourrait faire deviner qu'il n'était, en fait, qu'un simple moldu.

OoO

Arrivés dans l'antichambre, Albus ne se concentra pas tout de suite sur la salle aux inscriptions étranges. Dès son arrivée, les torches s'embrassèrent tout autour de lui, éclairant la pierre claire, constellé de lignes d'inscriptions gravées dans la roche. Il passa devant les vestiges du matériel de recherche qu'avaient laissé les précédentes langues-de-plombs, venus étudier la salle. Ils avaient abandonné quelques notes, gribouillés et chiffonnées, à côté de plumes à papotes. Quelques pellicules de photographie traînaient encore dans les coins, ainsi qu'une caisse de bois contenant des fioles vides.

Albus marcha résolument vers la porte qui menait à la source de Poudlard. Elle représentait son premier objectif. Avec un peu de chance, il espérait trouver la stèle et la partie des lettres pour reconstruire le code qu'avait laissé Merlin, derrière lui, pour retrouver le Saint-Graal.

Il dépassa les deux blaireaux, gardiens de l'entrée, qui le suivirent du regard tout en restant immobiles sur leurs socles de pierre. La première fois, il n'avait pas perçu cette pression de magie qui rendait chacun de ses mouvements plus lents. Peut-être l'avait-il mis sur le compte de la panique. Mais aujourd'hui, cette pression étrange lui rappelait son propre passage dans la porte scellée du cerveau de Merlin. Il stagnait dans l'air cette même tension, cette puissance ambiante qui semblait l'écraser à chacun de ses pas.

Albus progressait dans l'obscurité, guidé par la faible lueur bleuté qui dansait de plus en plus sur les murs de pierres. Il plissa les yeux lorsque la lumière devint trop intense et s'arrêta devant le puits de la source. La vaste salle était restée inchangée. Albus s'avança prudemment, son ombre grandie sur la roche, le suivant de près. Encore maintenant, alors qu'il faisait face à l'une des sources de magie les plus puissantes du pays, Albus se sentit envahi par un profond respect. La magie pulsait tout autour de lui, se mouvant, invisible, à travers lui et dans l'air. La source de vie… Merlin avait raison. Il ne pouvait émaner de cette concentration d'énergie magique que le même puissant pouvoir de création qu'offrait la vie.

Se forçant à détourner le regard du fond du puits bouillonnant, Albus commença ses recherches tout autour de puits. Il en fit le tour, ses pas résonnant dans la cavité immense. Il ne vit aucune inscription, ni stèle, ni lettres. Ensuite, il se concentra sur les parois. La roche était noire, luisante de l'eau du lac qui s'écoulait le long de ses parois. Tout inspirait une étrange pureté comme si les émanations de la source finissait par assainir tous éléments indésirables ou impuretés. Albus passa la main sur la pierre. Elle était lisse, comme polie et incroyablement chaude. Albus se tourna vers le puits, d'où scintillaient la lumière étrange qui baignait ce lieu sacré. Il devina qu'il n'était pas prudent d'y rester trop longtemps. Cette concentration de magie pouvait rendre fou. Un sorcier ou une sorcière ne pouvait supporter une exposition prolongée à l'énergie de la source. Son corps, incapable de la recevoir, finirait par se disloquer. Au mieux, Albus savait d'instinct, qu'il finirait par devenir fou. Aucun humain ou créature n'avaient le droit de se trouver là, d'être au courant de son existence. La magie était un don reçu de ces différentes sources et nul n'était réellement digne d'en fouler le pied.

Albus sortit, incapable de supporter plus longtemps la pression de la source qui avait fini par lui donner un solide mal de crâne. Dès qu'il referma la porte de la chambre, il se sentit mieux. La pression disparut, la douleur aussi. Il inspira profondément, heureux de s'être échappé de ce lieu beaucoup trop puissant pour lui.

Au moins, il n'avait pas trouvé la stèle dans la salle de la source. Il ne lui restait plus qu'à traduire la suite des inscriptions runiques. Albus soupira déjà en contemplant tout ce qui lui restait à lire. Malgré le travail remarquable de ses collègues, il lui faudrait une bonne partie de la nuit pour déchiffrer le reste. Albus se retroussa les manches et essuya ses lunettes recouvertes de poussière. Il vida la caisse de bois de toutes les fioles vides et la trimballa le long des parois claires en essayant de s'y retrouver. Lorsqu'enfin, il reconnut les symboles qui composaient la dernière strophe sur Helga Poufsouffle, il retourna la caisse et s'y assit. Albus farfouilla dans son sac pour en tirer une liasse de parchemin et une plume avec un encrier. Puis, il fixa les premières runes et se mit à commença le long travail de traduction.

Il déchiffra rapidement la fin du couplet sur Helga Poufsouffle.

"Celui qui par traîtrise fut enfermé, par l'arbre oublié, toutefois enfin libéré."

OoO

Mine de rien, malgré le fait qu'il soit dans un château magique, peuplé de fantômes et de tableaux vivants, Liam s'ennuyait ferme. Il avait l'impression qu'Albus lui avait laissé la tâche la plus laborieuse, la moins palpitante et plus il lisait les pages de vieux livres poussiéreux et plus il avait la certitude qu'Albus avait seulement trouvé un moyen pour l'occuper.

Mme Pince l'avait acceuilli avec un regard méfiant, croisant ses bras squelettiques sur sa poitrine. Il fut comme Albus lui avait demandé. Il se présenta comme une langue-de-plomb et demanda expressément les ouvrages que lui avait dictés Albus. Lorsqu'il parla de la réserve, la bibliothécaire mal lunée ouvrit les yeux, outrée mais finit toutefois par accéder à toutes ses demandes en le conduisant, religieusement vers le fond d'une immense bibliothèque dont les murs étaient tapissés de rayonnages d'imposants volumes. Liam dut baisser plusieurs fois la tête pour laisser passer des livres volants qui retournaient sagement à leur place, une fois qu'un élève avait fini de le consulter. Plusieurs étudiants studieux levèrent les yeux de leurs notes pour fixer l'adulte qu'ils n'avaient encore jamais croisé dans les couloirs de leurs écoles; Liam se sentait mal à l'aise. Il s'efforça de paraître indifférent aux regards curieux qu'on lui lançait, en se concentrant sur le dos de la vieille bibliothécaire qui marchait décidément beaucoup trop lentement.

Mme Pince l'installa sur une table en bois vernis et commença à lui amener une pile d'ouvrages plus volumineux les uns que les autres.

—Si vous désirez autre chose, je suis dans la pièce d'à côté, dit-elle d'une voix sèche en s'éloignant rapidement.

Seul, assis à cette longue table, dans une pièce plus exigüe que la principale, Liam poussa un soupir en passant une main dans ses cheveux. Il prit le premier livre sur la pile et commença à en parcourir les pages.

Les heures défilèrent, le crépuscule étira ses couleurs dans le ciel à travers les fenêtres de la réserve et Liam n'avait rien trouvé d'intéressant. La plupart des livres relataient la construction de Poudlard par les quatre fondateurs. Il retrouva une série de plans signés par Rowena Serdaigle ainsi que les difficultés à s'installer à côté de la Forêt Noire, nouvellement baptisée Forët Interdite en raison de la promiscuité des créatures magiques, notamment par de nombreuses tribus de centaures. Ceux-ci estimaient que les sorciers n'avaient pas le droit de s'approprier des terres et lorsque Salazar Serpentard défraîchit une partie du bois pour la construction de l'école, ils prirent ça comme une déclaration de guerre. Les tensions furent toutefois apaisées par l'intervention d'Helga Poufsouffle qui étendit la forêt vers l'ouest, permettant ainsi aux centaures, de déménager leurs foyers plus en profondeur. La sorcière leur fit la promesse que plus jamais ils ne seraient les victimes de la magie des sorciers. Bromus, fils de Pralax, écrivit une chanson en son honneur, louant ses qualités dont sa grande bonté.

Liam repoussa le livre avec une grimace de dégoût. Toute cette poésie le rendait malade. Il n'aimait déjà pas la fantasy moldue, alors devoir se coltiner l'histoire de sorcier, lui sortait par les yeux. Il s'accorda une pause pour sonder le ciel à travers les carreaux de la grande fenêtre. Il aurait mille fois préféré qu'Albus lui fasse visiter le château. Au lieu de cela, il devait se coltiner ses pages et ses pages d'écriture fine, condensée avec peu d'images et beaucoup de charabia. Il poussa un nouveau soupir et se saisit du deuxième livre.

Celui-ci parlait consacrait chacun de ses chapitres à la vie de Godric Gryffondor. Le sorcier était né à Godric's Hollow, un petit village paumé dans le nord qui abritait autant de sorciers que de moldus. Issus d'une famille de sorciers, spécialisés dans l'élevage de griffons de combat, Godric nourrissait cependant d'autres aspirations. Le jeune garçon aimait l'aventure et il admirait les chevaliers qui traversaient son village pour se rendre sur la route de Jérusalem afin de débouter un ennemi païen de terres sacrées. Bien sûr, il ne croyait pas en toutes ses salades sur le christianisme mais il enviait ses hommes, lourdement armé, héros des grandes chansons qui bravaient milles dangers pour se rendre sur de nouvelles terres lointaines. Godric partageait avec eux cette soif de l'aventure.

En l'an 1096, alors qu'il n'était âgé que de dix-huit ans, il s'enrôla dans l'armée anglaise moldue pour la première croisade, au côté d'un chevalier qui le prit comme écuyer. Godric lui dissimula ses pouvoirs et il dut cacher sa baguette dans sa ceinture qu'il conservait toujours sur lui. Sur le chemin, il rencontra des moldus d'horizon différents et il se passionna pour les diverses cultures, demeurant toutefois très méfiant des "Dieu le veut", chantés à tout va, ainsi que les groupes d'hommes noirs, avec leurs torches, leurs croix et leurs bûchers. Il assista un jour à un bûcher d'un sorcier et ce spectacle le marqua à vie.

Liam tourna la page et tomba sur une gravure du Moyen-Age, illustrant la scène, exagérant les traits de la pauvre victime qui se tortillait dans les flammes. La gravure était suivie d'une chanson, relatée par les barbes sorciers qui retranscrivaient une discussion entre le chevalier et Godric. Il ne retint qu'un paragraphe qui le fascina.

Le jeune questionna sur le Dieu de la foi

Ô quand et pourquoi, une volonté d'autrefois

Permis dans l'invisible, tant de souffrances et de cris

Non par les versets d'une bible, le chevalier défendit

Mais par ses principes, il sortit de son fourreau son épée

Le pouvoir et la force ne servent pas les desseins du Divin

Car le bras du puissant, ignorant la peur et le dédain,

Défends toujours la dignité des faibles oubliés.

La page suivante était un dessin à la plume d'une longue épée. Sur le plat de la lame était gravée l'inscription suivante: "Se defendere non posset".

—"Nous défendons ceux qui ne peuvent pas le faire eux-mêmes", lut Lian dans la légende.

OoO

Albus se frotta l'arrête du nez en fermant les yeux. Il avait commencé à voir flou à force de se concentrer sur les unes gravées dans la pierre. Cela faisait des heures qu'il se concentrait à traduire les différentes parois et tout cela était d'une banalité navrante. Après cette phrase mystérieuse, il avait retranscrit le quotidien des quatre fondateurs, s'occupant de leurs élèves avec amour et bienveillance. Il avait l'impression de lire une histoire édulcorée des quatre fondateurs comme dans une des chansons du Choixpeau où tout se passait bien dans le meilleur des mondes. Tout cela sonnait faux. Quelque chose clochait.

Où était passé les références à Merlin, les runes qu'il avait réussies à capter dans son souvenir? Et surtout, il n'arrivait pas à retrouver la fameuse carte, celle de l'arbre, des sources et de la silhouette étrange dessinée en son tronc. Tout cela avait disparu. Il n'en retrouvait aucun trace. Il avait remarqué aussi que les traductions des langues-de-plombs avaient été retranscrit dans un ordre précis mais s'il les comparait aux parois, les runes racontaient tout dans un désordre étrange. Comme si quelqu'un avait mélangé toutes les phrases pour embrouiller la personne qui aurait l'idée de s'y intéresser.

Albus se leva de sa caisse en bois avec le sentiment qu'il devait mettre de l'ordre pour que tout soit révélé. Il avait commencé à comprendre à quel point les quatre fondateurs et Merlin aimaient ce jeu d'énigmes à résoudre, d'épreuves à déjouer. Pris d'une impulsion, Albus sortit sa baguette et la tendit vers l'endroit où aurait dû se retrouver la carte dans son souvenir.

—Cuide enseignere autrui, murmura-t'il.

Aussitôt, les runes se mirent à scintiller, baignant l'antichambre d'une lumière vive et blanche. Albus plissa les yeux puis il eut la curieuse impression que les symboles s'enfuyaient des parois à l'image des personnages des tableaux sur les murs de Poudlard. Cela dura quelques minutes, dans un bruissement étrange. Et finalement, les runes cessèrent de bouger, enfin à leur juste place. Devant Albus, sa baguette pointait, à présent, sur la gravure de l'arbre immense qu'il avait vu dans sa pensine.

OoO

Liam était plongé dans sa lecture, oubliant l'endroit étrange où il se trouvait, oubliant l'obscurité du ciel dont les étoiles scintillaient déjà, oubliant les heures et la faim. Il avait été subjugué par l'histoire de Godric Gryffondor et entamait, à présent, celle de Salazar Serpentard.

Le deuxième fondateur avait eu moins de chance que son collègue. Son village d'origine ne partageait pas l'harmonie entre sorciers et moldus de Godric's Hollow. Le jeune Salazar avait vu son village brûlé et massacré par le seigneur du fief qui en avait eu assez de ces étranges phénomènes de magie noire sur ses terres. Il en avait réchappé de justesse, unique survivant de sa famille.

Dans ses yeux verts, luisaient les flammes

De son village et de son âme

Car caché dans les sous-bois du Seigneur

Celui-même qui avait pourfendu ses frères et soeurs

Le Jeune Salazar promit vengeance

Dans même cents ans, dès l'aube de sa décadence.

Bien plus tard, Salazar s'était fait engager comme sorcier personnel du seigneur, en lui promettant richesse et gloire, tout en lui faisant miroiter le trône de Bretagne. Peu avant le début de la construction de Poudlard, Salazar piégea son seigneur avec l'aide d'un autre vassal du roi, qui lui fit part de sa traîtrise future. Le château fut massacré et ravagé par les flammes comme l'avait été son village. Salazar n'avait emporté deux trophées de son exploit: une bague et un collier, symbole du pouvoir de son ancien seigneur.

—Waouh! Faut pas l'emmerder celui-là…, commenta Liam en repoussant le livre qu'il venait de finir.

Sur la couverture du suivant, Liam découvrit les traits d'encre dorée qui dessinait, sur le cuir, une grande femme élégante pourvue d'un diadème. Sous le dessin, Liam déchiffra: Rowena Serdaigle.

Rowena se distinguait de ses pairs par son statut. Elle était la seule vassale du roi de Bretagne dont la réputation l'entourait d'une aura de mystères. La cour murmurait dans son sillage que la jeune duchesse était en réalité une sorcière. On racontait partout qu'elle avait ensorcelé le roi avec sa beauté légendaire et que le souverain fermait ainsi les yeux sur ses curieuses activités. Rowena possédait un château et un fief, ses terres se situaient dans les Highlands et elle se vantait d'avoir le seul duché à la ronde au sol le plus fertile. Elle gouvernait autant sur les moldus que sur les sorciers, prônant l'harmonie entre les deux peuples, sans toutefois s'y mêler intimement. Elle ne s'entourait que de sorciers puissants qui formaient ses chevaliers, défendant son honneur en pourfendant ceux qui menaçaient son domaine ainsi que son autorité.

Liam trouvait son histoire bien moins intéressante que celle de Godric ou de Salazar. Rowena lui donnait l'impression d'être le genre de petite Sainte-Nitouche qui avait réponse à tout. Elle devait aussi certainement avoir tendance à s'approprier quelques découvertes. Liam feuilleta les pages de schémas et grandes inventions mise au point par la célèbre sorcière. Il éprouva le même ennui que lorsqu'il parcourait les bouquins sur Léonard de Vinci. Il se sentait admiratif mais totalement dépassé et incapable de comprendre quoi que ce soit à tout ce charabia.

OoO

Tout était devenu d'une clarté fascinante.

Albus ne perdit plus un seul instant dans sa traduction. Il commença le récit beaucoup plus sombre et mystérieux des quatre fondateurs, peu après la découverte de la source de Poudlard.

Rowena s'attribua les pouvoirs de la source avec l'excuse de la construction du château. Elle pouvait passer des heures auprès de la faille pour l'étudier. Elle s'inspira des travaux de son maître pour trouver le moyen de puiser dans la source de magie tout en contrôler ses effets.

—"Les travaux de son maître"..."Celui par traîtrise enfermé, par l'arbre oublié…", Merlin. Les quatre fondateurs étaient les disciples de Merlin.

La future fondatrice de la maison des Serdaigle, reçut l'aide de Salazar Serpentard. Celui-ci cherchait un moyen de se venger du Seigneur qui avait massacré toute sa famille. Il voyait en la source de Poudlard, une réserve d'énergie qui pourrait lui permettre de réaliser des sorts incroyables, peut-être même certains capables de renverser des armées, ou ravager des villages entiers de moldus, par une seule once de la source.

L'un des murs parlait de l'association entre Rowena et Serpentard, dans le dos des deux autres fondateurs. Rowena avait ce désir d'aller toujours plus loin dans ses recherches, tandis que Serpentard se laissant lentement ronger par la haine. Ils mirent au point une arme redoutable capable d'aspirer la magie de la source. Albus traduisit la description de cette arme en sentant, tout à coup, son sang se glacer dans ses veines.

De l'arbre de vie avait jailli, autrefois

La baguette originelle, celle des anciens rois

L'aigle et le serpent ressuscitèrent de ses cendres

Le sceptre de leur maître, afin de reprendre

La magie de la source, celle de Poudlard et l'unique d'entre toutes.

Albus ne savait pas ce qui l'effrayait le plus dans ce qu'il venait de traduire. Non seulement, il existait une arme, probablement construite sur le modèle du sceptre de Merlin, mais en plus elle était capable d'aspirer la magie d'une source. Il n'osa imaginer le potentiel d'un tel pouvoir. Etait-ce seulement possible? Comment le corps d'un être humain, même muni d'un puissant artefact, pouvait supporter une telle pression. Il se faisait forcément déchiqueter par une telle puissance. Personne ne pouvait emmagasiner une telle magie et pourtant deux fondateurs de Poudlard avaient tenté cet exploit. Avaient-ils réellement réussi? Et si oui, où se cachait cette arme aujourd'hui? Etait-ce ce que cherchait réellement le faux Merlin? Mais pourquoi vouloir détruire les sources si son seul et unique but était d'en accaparer le pouvoir?

Cela n'avait aucun sens.

OoO

Liam était plongé dans sa lecture.

Le titre du chapitre qu'il était en train de dévorer, s'intitulait 'La Guerre de Poudlard'. Le bouquin avait été écrit par un certain Binns et Liam dévorait chaque phrase, impatient de connaître la suite.

Pour une raison mystérieuse, Godric Gryffondor et Helga Poufsouffle s'étaient opposés à leurs confrères. Rowena avait bien sûr fait machine arrière comprenant son erreur, mais pas Salazar.

—Tu m'étonnes! avait murmuré Liam en tournant la page jaunie par le temps.

Salazar avait alors compris que jamais il ne pourrait continuer à oeuvrer avec ses anciens amis. Ils l'avaient trop déçu en autorisant l'accès à leur école de sorcellerie aux nés-moldus. Salazar considérait ces êtres comme des inférieurs, issus ces mêmes êtres immondes qui avaient détruit son village. Ils étaient d'autant plus dangereux qu'ils les considéraient comme beaucoup plus dangereux que des sorciers de sang pur. Les nés-moldus développaient des pouvoirs étranges, une force que le sang souvent préservé par les mariages entre sorciers d'une même famille commençait à perdre. Ils connaissaient les deux mondes, autant celui des sorciers que celui des moldus, tout en gardant une allégeance à leur seigneur d'origine moldue. Salazar voulait éradiquer cette race impie, qu'il considérait comme le signe de l'extinction de sa propre espèce.

—Hitler chez les sorciers…, commenta Liam en approchant la bougie de son livre pour continuer à lire.

D'après les légendes, Salazar aurait créé une salle secrète, appelée "chambre des secrets" qui cacherait un monstre terrifiant dont seul son héritier aurait le pouvoir. Mais la légende occulte une partie très importante de l'histoire de Poudlard. Pour masquer l'entrée du monde terrifiant dans l'école de sorcellerie, Salazar aurait mis le feu au château, espérant faire le plus de victimes possible, dans l'esprit de raser ce projet qui avait été perverti par le sang impur des moldus.

—Ah! Le bâtard! lâcha Liam.

Après son méfait, Salazar avait tenté de fuir l'école en espérant rejoindre la forêt interdite. Alors que Helga et Rowena sauvait un maximum d'élèves, réveillant pour la première fois les défenses du château, Godric s'élança à la poursuite de son vieil ami.

—Ouais! Godric! s'exclama Liam.

—Ce livre a l'air passionnant, dit une voix devant lui.

Liam leva les yeux, troublé, rouge de honte et refermant lentement l'épais volume à contrecoeur. Un sorcier d'une quarantaine d'années se tenait devant lui. L'homme portait une robe brune, sobre avec un lion d'or épinglé sur sa poitrine. Il le contemplait de ses yeux bruns aux paupières tombantes. Son visage dégageait une bonhomie qui inspirait la confiance avec son nez légèrement empâté et ses cheveux bruns, plats, coiffés en arrière. Liam repéra immédiatement la terre sous ses ongles, la cicatrice d'une brûlure sur quelques-uns de ses doigts et la gentillesse dans son regard.

—Neville Londubat, se présenta-t'il en lui tendant la main.

Liam hésita une seconde, essayant de se rappeler de ce que lui avait dit Albus le concernant. Il était sûr d'avoir déjà entendu ce nom quelque part dans son récit sur les aventures de son père. Il se souvint aussi du rôle qu'il avait à tenir. Il se leva d'un bond en s'efforçant de prendre un accent américain.

—Liam Jones, dit le policier en la serrant. Je suis…

—Une langue-de-plomb. D'Amérique en plus… Votre présence nous honore. Vous êtes venu avec le jeune Potter, n'est-ce-pas?

—Oui...c'est ça, opina Liam en réfléchissant à chacun de ses mots.

Neville dut s'en rendre compte mais Liam vit dans son expression qu'il pensait certainement que sa gêne était due à sa profession et au serment qui le liait aux secrets de la magie. Liam se rassit et à sa grande surprise, Londubat prit place en face de lui.

—Vous veillez tard... , fit-il remarquer. Vous avez même sauté le dîner.

À ces mots, l'estomac de Liam se mit à gargouiller bruyamment. Neville l'entendit et eut un demi-sourire amusé qu'il essaya de dissimuler en baissant légèrement la tête.

—Je n'ai pas vu le temps passer, se justifia Liam. Ces livres sont passionnants.

—Ils traitent de quoi?

—L'histoire des quatre fondateurs, répondit Liam par automatisme.

Il sut à l'expression de surprise du professeur de Botanique, qu'il avait fait une gaffe. Une vraie Langue-de-plomb n'aurait pas commis la bêtise de divulguer aussi facilement la source de ses recherches. Liam toussota en lui souriant.

—Le serment est plus souple aux Etats-Unis, expliqua-t'il avec un sourire.

—Vraiment? Je n'ai jamais eu l'occasion d'y aller. On dit que les créatures là-bas sont tout bonnement fascinantes. J'ai entendu parler d'un certain oiseau-tonnerre capable de provoquer une tempête rien que par un simple battement d'ailes.

—Oui, c'est ça, dit Liam sans avoir aucune idée de ce dont il parlait. On a ça…

—Vous en avez déjà vu un? s'extasia Neville.

Liam fit semblant de réfléchir.

—Une fois...en vacances. Sacré tempête!

—Cela devait être prodigieux!

—Oui, on peut le dire.

Liam réfléchit à toute vitesse pour changer de sujet. Il craignit une nouvelle question sur le monde magique de son soi-disant pays d'origine, vu la curiosité du professeur.

—Excusez-moi de vous poser la question mais votre nom me dit quelque chose, dit Liam en sortant la seule idée qu'il lui vint en tête. Je crois que... Mr. Potter m'a parlé de vous mais…

—Ah. Il a dû vous dire que j'étais son professeur de botanique.

—Non... , essaya de se souvenir Liam. Vous n'aviez pas participé à cette guerre à Poudlard. Avec le mage noir…

—Voldemort? s'étonna Neville de constater qu'il ne connaissait pas ce nom.

—Oui. Vous n'êtes pas celui qui a coupé la tête d'un serpent?

Neville rougit légèrement au rappel de son exploit.

—Ce n'était rien, répondit-il avec modestie. En comparaison d'Harry Potter…, ajouta-t'il en bredouillant. J'ai senti l'épée de Gryffondor tomber du Choixpeau et je n'ai pas vraiment réfléchi.

—L'épée…, répéta Liam.

Il reprit un des volumes qu'il avait empilé avec soin à côté de lui et tourna quelques pages pour retrouver la gravure de l'épée du chevalier. Il tourna ensuite le livre vers Neville qui admira l'inscription.

—C'est celle-ci? demanda Liam, avide de savoir.

—Non...non. Celle de Gryffondor a été forgée par les Gobelins. Son pommeau est serti de rubis et son nom est gravé sur la lame.

Liam semblait déçu. Il n'avait pas trouvé de gravure de l'épée de Godric. Au vu de ses aventures qui l'avaient passionné toute la soirée, il aurait bien aimé la contempler.

—C'est sur cela que vous travaillez? demanda Neville alors que Liam refermait le livre.

—Pas tout à fait. Vous dites que l'épée est tombée d'un chapeau?

—Le Choixpeau, rectifia Neville. C'est un objet enchanté par Godric Gryffondor lui-même. L'épée en sort toujours pour ceux qui s'en montrent dignes.

—Ceux qui défendent ceux qui ne peuvent pas le faire eux-mêmes…, récita Liam pour lui-même.

Neville eut un petit rire qui interpella Liam. Lorsqu'il le dévisagea, le professeur secoua la main pour lui signifier que ce n'était rien d'important.

—Cela me rappelle juste ce moment…, dit-il avec un sourire nostalgique. Quand Voldemort m'a mis le Choixpeau sur la tête. Il m'a parlé, comme il le fait pour répartir les élèves. Juste avant de me donner l'épée, il m'a dit que j'étais le digne héritier de Godric Gryffondor.

OoO

Albus avait les yeux rivés sur les dernières runes qu'il était en train de traduire. Il ne savait plus combien de temps il avait passé dans cette pièce à chercher, lire, traduire et surtout à essayer de comprendre. Il était enfin arrivé aux dernières runes. Il avait retrouvé le texte qu'il avait pu traduire dans son souvenir, celui qui décrivait le rôle de chaque fondateur. Ces descriptions avaient été faites par Merlin pour chacun de ses élèves. Il était loin de se douter, à ce moment-là, comment tournerait certain. Aurait-il apprécié que Salazar Serpentard et Rowena Serdaigle s'accapare d'une partie de sa magie?

Il arrivait enfin à la fin de l'affrontement entre Gryffondor et son vieil ennemi. Salazar disparut pour ne jamais revenir et les trois fondateurs restants décidèrent, d'un commun accord de sceller les trois puissances dont ils avaient hérité de leur maître.

À celle dont la bonté n'avait d'égale

Pour qui le pouvoir n'était pas primordial

De la source, on lui confia la clé

Celle de qui son héritier

Incompris et de tous, rejeté

Pourra, un jour, la desceller.

À celle qui avait commis la faute

Du pardon, permis aux autres de la garder comme hôte

Elle consentis à réparer son erreur

En enfermant le sceptre des terreurs

Dans l'antre de son ancien maître

Là où la magie ne cesserait d'émettre.

À celui, le plus hardi

Qui pourfendit son plus cher ami

Au plus vaillant, fut confier la mission

De garder secret d'une des portions

L'énigme de son maître, réponse de la création

A son seul héritier, fournira la réponse.

Albus avait à peine traduit la fin du dernier paragraphe qu'il se mit à chanceler. Il était pris soudain de vertige dont la cause était ce dont il venait de découvrir. Il avait le souffle court et se sentait en nage, sans aucun véritable raison si ce n'était l'horreur que lui inspirait cette terrible découverte.

L'arme qu'avait conçue Rowena et Salazar...cette même arme capable, selon sa description, d'aspirer la magie d'une source. Ce sceptre… avait été confié à la dame Serdaigle. S'il avait bien traduit et il en était sûr, la fondatrice avait caché l'arme dans "l'antre de son ancien maître"... Il ne pouvait s'agir que de la grotte de merlin, celle qui contenait la première source d'Angleterre, celle qui avait été détruite il y a quelques mois, vraisemblablement par le commanditaire de la tentative à Poudlard.

Il n'y avait plus de doutes possibles.

Le faux Merlin était en possession d'un artefact aussi puissant que la baguette de Sureau.