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LA RÉVÉLATION DU PORTRAIT
Albus était ressorti de la Tour d'Astronomie plus abattu que jamais. Serrant son carnet de notes dans sa poche, il marchait dans les couloirs déserts et silencieux, éclairés par sa baguette allumée d'un Lumos, perdu dans ses pensées.
Il ne s'était pas attendu à ce genre de découverte en étudiant les runes sur les murs de l'antichambre de la source. En venant à Poudlard, il avait nourri l'espoir de retrouver la deuxième portion de lettre qui complèterait l'énigme de Merlin. Au lieu de cela, il revenait bredouille avec en plus, la certitude que l'ennemi était à présent en possession d'un artefact très puissant. Si Merlin avait le sceptre de vie capable d'absorber la magie d'une source, comment pouvaient-ils encore espérer le vaincre?
Marchant comme un automate devant lui, il ne vit pas la personne tourner le coin du couloir et Albus lui rentra dedans, manquant de lâcher sa baguette.
—Excusez-moi, marmonna Albus par réflexe.
—Albus, c'est moi!
Le sorcier leva les yeux et poussa un soupir en reconnaissant Liam. Il était soulagé de le voir. Sa présence le rassurait déjà, chassant de son esprit ses pensées noires. Puis, prenant soudain conscience de sa présence, il fronça les sourcils.
—Tu ne devais pas m'attendre dans la bibliothèque? demanda Albus.
—Ça fait des heures que je t'attends…, dit-il sur un ton cynique.
—Quelle heure est-il?
Albus leva le nez sur la fenêtre la plus proche. À travers les carreaux de la grande fenêtre, il voyait le ciel obscurci par la nuit et les étoiles qui brillaient intensément. Terré à des kilomètres sous le château, il n'avait pas vu l'heure passé.
—Il est deux heures du matin, dit Liam sur un ton de reproche.
—Je suis désolé…, bredouilla-t'il.
—Je me doute que tu étais passionné par tes recherches, sourit Liam.
—Comment m'as-tu retrouvé?
—La vieille bibliothécaire m'a jeté dehors au bout d'un moment. Je me suis perdu et un chevalier bizarre dans un tableau a insisté pour me montrer le chemin vers la tour d'astronomie. Mais il s'est arrêté quand il a croisé un moine avec un tonneau de bière.
Albus perçut soudain un bruit curieux, comme le gargouillement d'un estomac vide. Il leva les yeux sur Liam qui eut un sourire gêné. Albus ne put s'empêcher de sourire à son tour, amusé.
—Viens, je t'emmène aux cuisines.
Tandis qu'ils marchaient en silence dans les couloirs obscurs du château, Albus s'étonna de ne ressentir aucune faim. A vrai dire, il lui semblait avoir une pierre dans le ventre depuis qu'il avait appris pour l'artefact conçu par Rowena Serdaigle. Il n'osait en parler à Liam mais celui-ci ne se pria pas pour lui poser des questions sur ses recherches.
—À voir ta tête, je suppose que tu ne l'as pas trouvé, commenta Liam, marchant à ses côtés.
—Non…, répondit Albus en baissant l'échine.
Il lui raconta alors ce qu'il avait découvert, son discours uniquement ponctué par les ronflements sonores des tableaux et le bruit de leurs pas sur les dalles du couloir. Liam écoutait en silence, soupirant de temps en temps pour signifier son mécontentement. Lorsqu'il lui révéla que le faux Merlin possédait l'arme de Rowena, Liam stoppa net au milieu du deuxième étage, les yeux effrayés.
—Alors, c'est ça ce qu'il cherche à faire? demanda Liam. Aspirer la magie du Saint-Graal?
—Peut-être... , répondit Albus qui n'avait pas envie d'y réfléchir.
—S'il réussit, qu'est-ce que ça signifie pour vous?
—Je n'en sais rien. Je ne suis même pas sûr que cela puisse être possible, se lamenta Albus. J'ai du mal à croire qu'une telle arme peut exister. Mais si ça arrive, ce serait peut-être la fin de notre monde. Celui des sorciers.
Ils reprirent leur route en silence. Albus tentait désespérément de chasser l'angoisse de cette éventualité qui montait sûrement en lui. Il se sentait désemparé. Une fois de plus, Merlin avait un coup d'avance sur eux. Il avait l'horrible sensation qu'à chaque fois qu'ils faisaient un pas en avant avec l'élucidation d'un mystère, Merlin leur rappelait qu'il était toujours en avance sur eux. Quoiqu'ils puissent envisager d'entreprendre contre lui, il gagnerait toujours.
—Il est trop fort, lâcha Albus.
—Tu regardes dans la mauvaise direction, dit soudain Liam. Prends du recul.
—Quel recul? Merlin va tous nous détruire avec cette nouvelle puissance. Voilà! J'ai pris du recul.
Liam secoua la tête.
—Non, écoute. Tu viens de découvrir que Merlin nous a encore devancés, pas vrai?
—C'est censé me réconforter? ironisa Albus.
—Tu trouves pas ça étrange justement? Tu viens de découvrir l'existence de cette arme en étudiant les runes. Très bien. Mais la question que je me pose c'est comment Merlin était-il, lui, au courant de cette arme?
Albus dévisagea Liam un instant, saisi par la question qu'il venait de poser. Il était trop occupé à se sentir terrifié par cette nouvelle pour se poser les bonnes questions. Grâce à son expérience d'enquêteur, Liam avait, une nouvelle fois, mis le doigt sur un élément intéressant. Albus se mit à réfléchir.
—Des langues-de-plombs ont travaillé dans cette salle mais ils n'avaient pas la bonne version des textes. Il fallait prononcer la formule de Merlin pour cela. Lewis aurait pu le faire, dit-il après un silence. Lui seul était au courant.
—Oui mais la grotte de Merlin a explosé, il y a presque un an. Si Lewis en avait parlé à Merlin, il serait mort depuis longtemps… Or, Merlin s'est certainement emparé de l'artefact avant d'avoir fait exploser la source.
Il avait raison. Albus réfléchissait à tout ce qu'il avait appris. Tout avait commencé ici, à Poudlard. Merlin avait envoyé Radcliffe à Poudlard pour détruire la source avec les reliques de la mort. Il savait qu'une source existait à Poudlard comme il savait que l'artefact de Rowena était caché dans la grotte de Merlin, auprès d'une autre était au courant de tout, peut-être bien avant la mort de Lewis. S'il suivait son intuition, il était possible que Merlin connaisse les sources et l'existence du Saint-Graal, il y avait quatre ans, avant leur rentrée pour leur dernière année à Poudlard. Mais comment? Dans son souvenir qu'il avait exploré dans sa pensine, les runes étaient les vraies, celles qu'il avait activées avec la formule de Merlin. Qui avait prononcé la formule? Radcliffe? Même si c'était lui, il était mort avant qu'il n'envisage de communiquer ses trouvailles à qui que ce soit. Gwen? Bien que brillante, elle aurait été incapable de les traduire. Et elle était inconsciente lorsqu'elle sortit de sa salle avec lui et Scorpius. Aucun d'entre eux à l'époque n'aurait pu découvrir ce qu'il venait de traduire pendant des heures. Lewis aurait été le seul. Mais Albus se souvint de ce que Gelbero lui avait dit à son sujet. Après ses recherches infructueuses dans la grotte de Merlin, il avait été déchargé de son cerveau. Albus douta qu'il ait pu entrer à Poudlard pour travailler sur la salle de la source. Elle n'avait en apparence, aucun lien avec Merlin. Albus et Liam n'avaient trouvé aucune mention de cette arme et encore moins sur l'énigme de Merlin pour trouver le Saint-Graal. Alors comment? Comment Merlin était-il au courant? Cette question obsédait soudain Albus.
—Je ne vois qu'une seule explication, continua Liam. Ce type a étudié Merlin pendant des années.
—Les informations qu'il détient relève plus qu'une simple étude sur le sujet. Il est au courant de choses gardées secrètes depuis des siècles. Je ne connais qu'une sorte de sorcier capable de découvrir ce genre de secrets.
—Qui ça? demanda Liam.
—Une langue-de-plomb.
OoO
Liam suivait Albus qui était maintenant plongé dans un mutisme pensif. Le policier ne s'en offusqua pas. Il commençait à avoir l'habitude des petites manies du sorcier. En réalité, il commençait à les apprécier de plus en plus. De temps en temps, alors qu'il ne revenait toujours pas de se promener dans un château ensorcelé, il se tournait vers Albus pour admirer son profil. Sous ses lunettes rondes, ses sourcils noirs étaient froncés à leur maximum. Son nez droit se plissait de temps en temps, tandis qu'il baragouinait à mi-voix toutes les idées qui lui passaient par la tête.
En dehors du fait qu'il soit sorcier, Albus était un homme hors norme. Bien sûr, il avait des défauts gros comme une maison comme son besoin compulsif de tout savoir et de tout contrôler, sa manie de ne vouloir compter que sur lui-même, se croyant souvent complètement seul au monde, incompris des autres. Mais il avait aussi de grande qualité qui avait fini par séduire le policier. Liam aimait la persévérance d'Albus, sa finesse et surtout l'amour sans bornes qu'il éprouvait pour ses proches. Liam avait remarqué que le jeune sorcier s'efforçait de masquer son attachement à travers un masque de froideur et de stoïcisme qui pouvait tromper les plus crédules. Mais pas Liam… Ce masque, il l'avait revêtu à de nombreuses reprises au cours de sa vie, avant qu'il ne découvre que cela ne servait à rien, ne dissimulait rien du tout. Souvent, les pics d'émotions rejaillissaient sur le visage si transparent d'Albus et Liam aimait les discerner de plus en plus.
Ils dévalèrent encore une série de marches jusqu'au hall d'entrée. Liam dut retenir Albus, à plusieurs reprises, pour l'empêcher de tomber, tant il était distrait par ses réflexions intenses. Malgré cela, il arrivait à se retrouver dans ce labyrinthe immense qu'était le château de Poudlard. Liam se dit qu'y passer sept longues années, faisait que chaque élève finissait par considérer ce château comme leur deuxième maison dont ils connaissaient chaque passage secret. Y avait-il des passages secrets à Poudlard? Ou peut-être des douves? Tout était possible et Liam s'attendait, à tout moment, à tomber sur une armure somnambule qui patrouillerait dans les couloirs avec une longue épée.
Ils tournèrent à gauche au bas de l'escalier et passèrent encore une porte, éclairée par la baguette d'Albus qui émettait une faible lueur en son extrémité. Liam découvrit un large couloir aux murs de pierres plongés dans l'obscurité. À leur passage, la baguette d'Albus éclaira des tableaux qui représentaient surtout des victuailles.
—Tu crois pas que les cuisiniers dorment à cette heure-là?
Albus tourna la tête vers lui, s'arrachant à ses pensées. Il lui adressa un sourire malicieux qui troubla le policier.
—Pas ceux-là.
Il s'arrêta devant un tableau qui représentait une immense coupe en argent, débordant de fruits. À sa grande surprise, Albus tendit le doigt et chatouilla une énorme poire verte. La poire se mit à se trémousser et à glousser puis se transforma soudain en une grande poignée de porte de couleur verte. Albus actionna la poignée, ouvrit la porte et poussa Liam en avant d'un geste décidé.
Liam eut alors la vision d'une immense salle, très haute de plafond, avec des quantités de casseroles, de marmites, de poêles en cuivre entassées le long des murs et une impressionnante cheminée en brique à l'autre bout. Mais ce n'était pas la taille de la pièce qui coupa le souffle au policier. Devant lui, s'activait une cinquantaine de créatures étranges. Pas plus grandes qu'un enfant en bas âge, ces êtres gris aux oreilles disproportionnées s'activaient çà et là, nettoyant et briquant la vaisselle. Ils portaient tous un uniforme curieux: une sorte de torchon à vaisselle drapé comme une toge.
—Qu'est-ce que c'est? demanda Liam, encore sonné.
—Des elfes de maison, répondit Albus qui n'avait pas perdu son sourire. Ils s'occupent de la tenue du château. Ils sont très gentils.
Albus s'avança dans la pièce, devant quatre immenses tables alignées jusqu'au bout de la grande salle. Les elfes ne tardèrent pas à s'apercevoir de la venue de deux invités et se précipitèrent sur eux en leur faisant la révérence. Cinq petits elfes s'inclinèrent jusqu'au sol devant Liam qui se sentit très mal à l'aise.
—Que pouvons-nous faire pour votre service? couina un elfe devant Albus avec un grand sourire.
—Nous aimerions manger si cela ne vous dérange pas.
—Oh non! Monsieur. C'est un si grand honneur de vous avoir dans nos cuisines. Prenez place! s'exclama-t'il en désignant l'une des tables. Installez-vous à votre aise. Nous vous servons tout de suite.
Albus rit en voyant Liam s'extraire des mains tendues des elfes qui s'agglutinaient autour de lui. Liam ne cessait de se confondre en excuses en enjambant les petites créatures, de peur de les bousculer. Il rejoignit Albus, déjà assis à une des quatre grandes tables et lâcha un soupir. Lorsqu'il tourna la tête, deux elfes le dévisageaient intrigués.
—Merci…, dit encore Liam en serrant la main tendue d'un autre elfe qui s'était approché de lui. Oui… Enchanté.
—Je t'avais dit qu'ils étaient gentils, rit Albus. Ils sont toujours prêts à rendre service.
—Ce sont vos serviteurs? demanda Liam en chassant poliment les elfes qui le dévisageaient en gloussant.
—Avant oui. Mais avec les nouvelles lois sur la libération des elfes, ils ont plus de droits. Même s'ils sont toujours aussi réticents à toucher un salaire.
Au mot "salaire", plusieurs elfes adressèrent des regards horrifiés à Albus qui haussa les épaules en signe d'excuses. Les deux hommes ne durent pas attendre longtemps d'être servi pour manger. Au bout d'une dizaine de minutes, une demi-douzaine d'elfes de maison arriva à petits pas, portant un grand plateau d'argent sur lequel étaient disposés des assiettes, des couverts, gobelets et cruches de jus de citrouille frais, ainsi qu'une dizaine de plats différents comme s'ils préparaient un buffet pour vingt personnes.
Liam se vit servir une énorme louche de soupe fumante dont l'arôme le fit saliver. Lorsqu'il y goûta, il fut certain que c'était là l'un des meilleurs plats qu'il ait jamais mangés.
—Je l'ai déjà dit mais je le répète…, dit-il en attaquant le deuxième plat (des rognons de boeufs). Cet endroit est incroyable.
—Content que ça te fasse plaisir, sourit Albus qui avait à peine touché à ses plats, se contentant d'observer Liam.
—Je comprends pourquoi tu en parles avec autant d'affection.
Albus eut un sourire un peu triste et Liam crut avoir commis une gaffe.
—Poudlard est derrière moi, maintenant, lâcha Albus en croisant les bras sur sa poitrine. Venir ici, ça me rappelle juste à quel point tout à changer.
Il eut un silence durant lequel Liam comprit la tristesse derrière les mots d'Albus. Il réalisa soudain à quel point cet endroit devait lui rappeler son frère, son amitié avec Scorpius, toutes ces choses qu'il avait perdues aujourd'hui. Le regard d'Albus partit dans le vide et Liam discerna la lueur de tristesse se transformer soudain en rage.
—Tu y penses encore? dit brusquement Liam.
—Quoi? se réveilla Albus.
—Au faux Merlin…
La mâchoire d'Albus se crispa et Liam comprit qu'il avait tapé dans le mille. Albus détourna le regard, se terrant dans son mutisme habituel.
—Eh oui, dit Liam en prenant un faux ton désolé, Merlin possède une arme surpuissante, il a déjà détruit une source et s'apprête à trouver le Saint-Graal. Il a un coup d'avance à chaque fois et semble avoir tout prévu.
Albus leva ses yeux verts vers lui, blasé et légèrement irrité de l'énumération de toutes ces évidences. Liam sourit en repoussant le quatrième plat que lui tendant les petites mains d'elfes.
—Mais tu sais ce qu'il n'a pas prévu et qui le mettra forcément dans la merde?
—Eclaire-moi…, ironisa Albus.
—Moi…
Albus le dévisagea, un instant, sans rien dire, perplexe. Puis un léger rictus étira ses lèvres pour ensuite se transformer en un véritable éclat de rire contagieux. Liam prit du plaisir à entendre son rire, bien trop rare à son goût. Il chantait à ses oreilles comme une douce mélodie.
—Ris pas! Je suis sérieux! dit Liam avec un sourire béat aux lèvres. Qui aurait pu imaginer la rencontre d'une langue-de-plomb avec un moldu qui est insensible à la magie? Personne. Pas même ce connard de Merlin.
—C'est vrai, admit Albus avec un sourire qui fit frissonner Liam jusqu'à l'échine.
—Il va perdre, continua Liam plus sérieusement. Il ne peut pas gagner contre toi...parce que tu m'as, moi.
Liam avait parlé sans réfléchir. Ces mots avaient jailli de sa bouche, emporté par le désir que lui inspirait l'hilarité du beau jeune homme, assis en face de lui. Ces paroles avaient un double sens, Liam en avait bien conscience, tout en ne sachant absolument pas comment Albus allait le prendre. Il n'osait plus croiser son regard mais s'obligea à le faire lorsqu'il constata que le sorcier ne riait plus. Liam leva les yeux pour les plonger dans les siens.
Albus le fixait, visiblement troublé. Mais malgré le rouge qui colorait légèrement ses pommettes, il ne se fermait pas. Liam vit un léger sourire étiré ses lèvres, subtil et discret. Son regard d'un vert intense ne lâchait pas celui de Liam, suspendu dans un silence qui n'avait rien de gênant. Liam sentit les battements de son coeur s'accélérer légèrement. Une tout autre tension se dégageait entre les deux hommes, une émotion violente qui le titillait au plus profond de ses entrailles et qui n'avait rien de chaste et de pur.
—Ces messieurs désirent autre chose? couina soudain un elfe à côté d'eux.
Liam sursauta. Il avait complètement oublié la présence de la cinquantaine de créatures autour d'eux. Il fut presque déçu de contempler le grand sourire de l'elfe qui venait de les interrompre. De quoi exactement? Ils s'étaient contentés de se fixer en silence, un silence qui avait duré une éternité. Qu'est-ce qui venait de se passer? L'avait-il imaginé?
—Non merci, dit Albus en se levant de sa chaise. C'était parfait merci.
Liam vit qu'Albus évitait, à présent, son regard. Il se fustigea en silence. Il était allé trop vite, il s'était montré trop audacieux. Il craignit d'avoir effrayé Albus par son regard libidineux. Libidineux? Vraiment? Oh oui, vraiment. S'il devait se montrer honnête envers lui-même, il crevait d'envie d'attirer le jeune Albus dans son lit.
Lorsqu'ils s'apprêtèrent à partir, de nombreux elfes se précipitèrent vers eux pour leur offrir des choses à emporter. L'un d'eux se proposa même de les guider jusqu'aux chambres qu'ils venaient de préparer pour les invités. Liam et Albus suivirent le petit elfe en silence qui tenait, dans sa main, bien haut, au-dessus de sa grosse tête poilue, une chandelle pour éclairer leur chemin. La petite créature s'arrêta sur l'une des chambres en s'inclinant bien bas devant Albus qui le remercia.
Liam le vit ouvrir la porte, démuni. Il ne savait pas quoi dire pour rattraper son erreur ou pour le rassurer sur ses intentions. Mais avant qu'il n'entre dans la chambre, Albus se tourna vers Liam et approcha son visage tout près du sien. Il l'embrassa soudain du bout des lèvres, dans un baiser discret et tendre. Sous le regard choqué du policier, Albus lui adressa un sourire quelque peu moqueur.
—Bonne nuit, murmura-t'il.
Et il entra dans la chambre en refermant doucement la porte derrière lui, laissant Liam plus frustré que jamais.
OoO
Cela faisait plus d'une heure que Liam cherchait le sommeil, étendu dans un lit à baldaquin dans la chambre que lui avait présentée le petit elfe avant de disparaître comme par magie.
Il n'y avait pas d'électricité à Poudlard et Liam mit plusieurs minutes pour se rendre compte qu'il cherchait un interrupteur en vain. À force de tâtonner dans le noir et après plusieurs jurons en se cognant à tous les meubles, il finit par trouver un chandelier muni d'une longue bougie. Il farfouilla dans la poche de son jean, sous sa longue robe de sorcier pour en sortir son briquet. Liam n'avait jamais fumé de sa vie mais un policier savait l'utilité qu'un briquet pouvait apporter dans des situations difficiles. Il alluma la chandelle qui éclaira faiblement la chambre.
Pour une chambre d'invités, c'était une chambre d'invités de marque. Liam eut l'impression d'être projeté dans le décor d'un film sur le Moyen-Age. La pièce était grande, plus grande que sa propre chambre minuscule, dans son deux pièces meublés à Londres. Un immense tapis rouge et or s'étalait sur un parquet briqué. Trois petits fauteuils en cuivre entouraient une table basse où reposaient quelques livres. Le lit était immense, couvert de draps de soie jaunes. Liam suivit les piliers de bois qui soutenaient la pièce de bois au-dessus de sa tête. Jamais encore il n'avait dormi dans un lit à baldaquin.
Une fois dans couché dans le lit, Liam chercha le sommeil en tournant, se retournant dans sa couverture. Il n'arrivait pas à se détendre dans ce lieu insolite. Il avait encore du mal à réaliser qu'il passait la nuit dans un château magique, hanté par des fantômes. A peine eut-il cette pensée, qu'il vit une forme spectrale traverser sa chambre comme si de rien n'était en chantonnant légèrement. Le fantôme, un moine gras aux joues joufflues, disparut aussi vite qu'il était venu.
Outre ces étrangetés, Liam n'arrivait pas à chasser de sa tête le baiser fugace d'Albus. Etait-ce un signe d'encouragement? Comment devait-il réagir? Devait-il tenter quelque chose cette nuit? Liam avait bien sûr repéré la porte de sa chambre. Elle se situait au fond du couloir. Il lui suffirait de sortir, de se guider des rayons de la lune à travers la grande fenêtre au bout du corridor. Et après… Après quoi? Albus ne devait certainement pas attendre sa visite. Ce baiser était certes romantique mais cela s'arrêtait là. Liam savait pertinemment qu'Albus n'avait aucune expérience en matière de sexualité. Il avait peu de temps de cela, il se débattait encore avec son orientation sexuelle. Comment pouvait-il envisager passer le cap ce soir? Impossible.
Liam se retourna encore, tapotant son oreiller en soupirant. C'était mieux ainsi.
En même temps... , se dit Liam, ce n'était pas la première fois qu'ils dormaient ensemble. Il y avait eu cette nuit, après les obsèques de son frère. Bien sûr, ils n'avaient rien fait mais ils s'étaient retrouvés blottis l'un contre l'autre comme un couple. C'était ce dont Albus avait eu besoin sur le moment mais Liam se convainquit que rien ne l'empêchait de venir le rejoindre dans sa chambre pour dormir avec lui. Il ne se passerait pas forcément quelque chose… Mais l'envie de le rejoindre le démangeait tellement.
Liam repoussa ses couvertures et s'assit sur le lit. Il prit une profonde respiration. Maintenant qu'il s'était décidé, il avait le trac. Il sentait son coeur s'accélérer dans sa poitrine et ses mains tremblaient légèrement. Qu'est-ce qu'il lui arrivait? Ce n'était quand même pas la première fois!
—Du cran, Liam! dit-il à voix haute.
Il expira profondément et se leva pour marcher vers la porte. Lorsqu'il l'ouvrit, il tomba nez à nez sur Albus, le poing levé, s'apprêtant à toquer.
L'air surpris de Liam sembla désarçonné Albus qui garda son poing en l'air en ouvrant de grands yeux étonnés.
—Euh...je.., bredouilla le sorcier, rougissant jusqu'à la racine de ses cheveux d'ébène. J'étais venu pour...euh.
Liam ne lui laissa pas le temps de finir sa phrase qu'il peinait à baragouiner. Il s'approcha d'Albus, comblant, l'espace entre eux. Il prit le visage d'Albus entre ses mains et l'embrassa avec passion. Albus émit un petit bruit étouffé entre ses lèvres avant de se détendre complètement. Ses bras retombèrent le long de son corps et Liam l'attira dans la chambre tout en continuant à l'embrasser. Il referma la porte d'un coup de pied et poussa légèrement Albus contre le panneau de bois.
Liam avait l'avant-bras plaqué contre la porte, à côté du visage d'Albus. Il pressait son corps contre le sien en attrapant ses lèvres du bout des siennes, goûtant, léchant sa bouche, emporté par un désir qu'il avait trop longtemps contenu. Albus avait posé ses mains sur sa taille tout en répondant aux assauts de sa langue. Liam s'écarta ensuite légèrement. Sa respiration était saccadée comme celle d'Albus. Il avait du mal à déglutir et fixait Albus, le regard fiévreux. S'ils continuaient ainsi, il n'était pas sûr de pouvoir s'arrêter. Liam ferma les yeux en poussant un profond soupir. Il essayait tant bien que mal de tempérer le feu qui commençait à le dévorer.
—On peut s'arrêter là, si tu veux, réussit-il à formuler d'une voix rauque.
—Je ne le veux pas, murmura Albus.
Il n'en fallut pas à Liam pour s'embraser. Il reprit ses lèvres et ses mains glissèrent vers ses fesses qu'il pressa doucement. Il sentit Albus tressaillir entre ses bras, s'accrochant à ses épaules tout en continuant à l'embrasser. Il sentait Albus encore tendu et il décida de prendre son temps, le voulant le plus détendu possible, en totale confiance. Il lui caressa le visage, embrassa sa nuque en se concentrant sur son souffle qui se faisait de plus en plus bruyant.
Lorsqu'il le sentit prêt, Liam enleva d'abord son tee-shirt pour ensuite aider Albus à ôter le sien. Torses nus, Liam se colla à Albus, peau à peau. Albus tremblait mais ce n'était pas de froid et Liam ne put s'empêcher de l'admirer. Il avait enlevé ses lunettes pour dormir et ses yeux verts le fixaient intensément. Sa peau blanche contrastait avec sa tignasse noire emmêlée et ses lèvres avaient rougi à force de se faire embrasser. Il était magnifique. Mais cela, Liam s'en était rendu compte depuis leur première rencontre. Il était tombé sous son charme dès l'instant où il l'avait vu dormir, complètement nu, dans son lit. Il eut de nouveau envie de le revoir dans son plus simple appareil.
Liam l'attira vers le lit et le fit asseoir. Il l'embrassa encore avec plus de douceur, cette fois-ci, toujours avec ce désir de le rassurer. Il descendit lentement dans son cou, continua jusqu'à ses épaules et s'aventura sur ses tétons. Lorsque Liam posa ses lèvres sur son mamelon, Albus frémit en se raidissant légèrement. Mais Liam attendit. Il le caressa encore, prenant toujours son temps, maîtrisant les pulsations de son sang dans ses veines qui lui vrillaient les tempes. Il s'enhardit à caresser la bosse qui s'était formée sous son pantalon et Albus lâcha un grognement de plaisir en avalant une grande coulée d'air.
Liam sourit, content de l'effet qu'il produisait sur son jeune amant. Il se mit ensuite à genoux devant Albus, défit sa braguette et fit glisser le vêtement sur ses jambes nues. Albus était en érection et Liam se sentit tout à coup, follement excité. Albus le fixait, attendant la suite. Liam le fit attendre encore un peu en l'embrassant avidement. Ensuite, il le prit dans sa bouche et commença à le caresser en même temps qu'il entamait ses mouvements d'aller vient. Les soupirs d'Albus se firent plus bruyants. Il plaça une main dans ses cheveux et Liam fut attentif à la moindre de ses réactions. Il le voulait au bord du gouffre, le suppliant de continuer lorsqu'il s'arrêtait soudain. Mais alors qu'il ne s'y attendait pas, Albus prit le visage de Liam pour l'amener à se redresser. Il l'embrassa à son tour, passionnément, avide de lui. Ce geste, aussi tendre qu'audacieux, finit par électriser Liam qui se coucha sur lui, grognant à son tour, entre les lèvres du sorcier.
Sous le regard fiévreux d'Albus, Liam finit par se débarrasser de ses derniers vêtements. Il était entièrement nu et il s'allongea à nouveau près d'Albus qui le dévora des yeux. Ils se caressèrent encore, ponctuant leurs attouchements par une série de baisers. Albus fit promener ses doigts sur le torse de Liam pour ensuite caresser ses fesses. Il retint un gémissement en se collant un peu plus à Albus, pressant son érection sur la sienne.
—Je ne l'ai jamais fait, murmura Albus, quelque peu gêné.
—Je sais, sourit Liam tendrement.
Il l'embrassa encore, goûtant sa langue, caressant ses cheveux.
—Fais-moi confiance, lui dit-il encore d'une voix rauque.
Liam se prépara. Il s'écarta d'Albus pour s'asseoir devant lui en écartant les jambes. Le sorcier avait une vue totale sur ce qu'il était en train de faire. Habitué à cet exercice, Liam introduisit deux doigts, s'aidant de sa salive. Tout en se préparant, il ne quittait pas des yeux Albus dont le regard brûlait de plaisir.
—Viens, l'appela Liam.
Albus s'approcha timidement et Liam pressa son entrejambe contre son bassin. Ils s'embrassèrent encore puis Liam guida Albus entre ses jambes. Dès qu'il le pénétra, Albus lâcha un cri rauque. Liam, quant à lui, savoura son étreinte en s'accrochant à sa nuque et à ses épaules. Albus commença à bouger, incapable de se contrôler plus longtemps. Liam observait chacune de ses réactions, se délectant du plaisir de son amant. Il commença à se caresser en sentant son propre plaisir s'accélérer. Il adorait voir Albus dans cet état, soupirant et grognant contre son oreille tandis qu'il venait en lui.
Lorsque Liam jouit, Albus poussa un son rauque en frémissant de tout son être. Il s'effondra sur Liam, la respiration haletante, tous les deux en sueur. Il le tint serré dans ses bras, écoutant les battements de son coeur se calmer peu à peu. Liam l'embrassa une dernière fois, du bout des lèvres, comme il l'avait fait en se souhaitant bonne nuit et ils s'endormir enfin, l'un contre l'autre.
OoO
Albus s'éveilla en sursaut d'un rêve qui lui avait semblé très agréable.
Il mit quelques secondes pour se souvenir où il se trouvait. En une nuit, il avait oublié ses découvertes, Merlin, les quatre fondateurs, la mort de son frère, Poudlard, tout.
Puis tout lui revint et les souvenirs de sa nuit passée avec Liam envahirent son esprit. Devant lui, la grande fenêtre diffusait une lumière claire et montrait un ciel ensoleillé. Albus se redressa lentement. Il trouva ses lunettes sur la table de chevet et tourna lentement la tête. À côté de lui, Liam dormait toujours. Il était allongé dans les draps qui masquaient à peine sa nudité. Sa tête reposait sur l'oreiller et il ouvrait la bouche pour dormir, laissant échapper un faible ronflement.
Albus le contempla émerveillé. Il n'arrivait pas à croire ce qui s'était passé entre eux. Il n'aurait jamais imaginé, un seul instant, pouvoir un jour connaître ce sentiment et partager l'intimité de quelqu'un. Depuis qu'il s'était rendu compte qu'il préférait les hommes, Albus s'était en quelque sorte résigné à passer ses jours seuls, en ermite. Il avait fini par accepter son sort jusqu'à ce qu'il rencontre Liam. Cette nuit avec lui avait été magique. Bon, il avait paniqué tout du long, se laissant guider par l'expérience de Liam. Mais il avait apprécié chaque seconde et il rougissait déjà des souvenirs qui lui revenaient en tête.
Pris d'une impulsion, Albus tendit la main vers Liam et passa ses doigts dans ses cheveux. Liam grogna dans son sommeil puis ouvrit les yeux. Il croisa immédiatement le regard d'Albus qui se sentit gêné.
—Bonjour, dit-il avec un sourire qui fit battre le coeur d'Albus un peu plus vite.
—Salut, bredouilla Albus en détournant se détournant.
Liam bailla en s'étirant. Il se redressa un peu Les yeux d'Albus tombèrent sur son entrejambe découvert et il se mit à rougir de plus belle. Liam le remarqua et sourit de plus belle. Il caressa le dos d'Albus qui frémit à son contact.
Malgré ses préoccupations au sujet de l'artefact et du faux Merlin, une question torturait Albus. Il prit son courage à deux mains, enivré par les doigts de Liam qui allaient et venaient le long de sa colonne vertébrale.
—C'était bien? demanda-t'il timidement en regrettant immédiatement après d'avoir posé la question.
Liam eut d'abord l'air surpris puis il émit un petit rire qui renfrogna son amant.
—Non, se rattrapa aussitôt Liam. C'était parfait…, dit-il d'une voix suave. Si tu savais à quel point j'attendais ça.
Liam s'approcha d'Albus pour le prendre dans ses bras tout en ponctuant sa nuque de baisers. Albus se détendit aussitôt, rassuré par les paroles du policier. Les mains de Liam se firent plus baladeuses, explorant encore son corps qu'il désirait encore. Le sorcier se sentit perdre pied et il se força à se ramener à la réalité.
—Je crois qu'il est tard, dit-il à contrecoeur. On ferait mieux de finir ce qu'on est venu faire ici.
Liam poussa un soupir dans sa nuque avant de s'effondrer sur l'oreiller, relâchant Albus de son étreinte.
—Très bien, fit-il en souriant tout de même. Mais tu me fais visiter le château avant.
—D'accord, souffla Albus.
Il l'embrassa doucement sur les lèvres et Liam prolongea ce baiser un peu trop longtemps en caressant la base de sa nuque. Ils s'écartèrent l'un de l'autre à contrecoeur, persuadés que s'ils restaient dans le lit, ils y passeraient toute la journée.
Lorsqu'ils sortirent de la chambre, il était près de midi. Albus se maudit un peu intérieurement. Ils avaient veillé tard hier soir et ils avaient beaucoup trop dormi. Les élèves sortaient des classes, sacs sur l'épaule, livres dans les mains, pour se rendre dans la Grande Salle afin d'y prendre leur repas. Albus en profita pour faire le tour du propriétaire, montrant à Liam toutes les choses extraordinaires que recelait Poudlard.
Il commença par la Salle sur Demande, située au septième étage. Il lui raconta, avec une certaine nostalgie, que cette salle avait servie de repaire secret à son cousin, Hugo. Lorsqu'il lui en expliqua le principe, Liam fut si ébahi qu'il lui demanda de lui montrer la preuve des capacités incroyables de cette pièce. Avec amusement, Albus passa trois fois devant la portion de mur vierge, en face de la tapisserie du dressage des trolls. Une porte se matérialisa aussitôt et lorsqu'Albus actionna la poignée, Liam eut le souffle coupé.
—Tu as pensé à quoi? demanda-t'il en admirant les lieux.
—J'ai pensé à un endroit...tranquille, bafouilla Albus, tout aussi choqué par ce que lui avait proposé la salle.
A vrai dire, il avait eu du mal à se concentrer exécutant ses passages devant le mur. Il n'arrêtait pas de penser à Liam et la salle s'était transformée en un boudoir très romantique. Le plafond était décoré de draperies rouges qui tombaient jusqu'à une moquette pelucheuse aussi vermillon que le teint d'Albus. Un grand canapé couvert de coussins pelucheux les attendait au milieu de la pièce. D'énormes bouquets de roses, placés dans des vases noirs, décoraient le lieu sulfureux.
—Je ne te savais pas si romantique, dit Liam en lui adressant un sourire coquin.
Albus baragouina des excuses en prétextant des interférences magiques imaginaires pour expliquer l'aspect de la salle. Il poussa Liam à l'extérieur et referma la porte dans un claquement sec.
Il continua la visite en le présentant à Mimi Geignarde dans les toilettes du deuxième étage. Mimi avait encore décidé de les inonder après qu'un petit Serdaigle de deuxième année lui ait rappelé, sans aucun tact, qu'elle était morte depuis longtemps. Elle pleura un bon bout de temps sur l'épaule d'Albus sous le regard amusé du policier qui commençait, peu à peu, à s'habituer aux fantômes.
—C'est là où se trouve la Chambre des Secrets? se souvint Liam en examinant les robinets.
—Oui mais elle est en quelque sorte détruite...
—Comment ça?
—La dernière fois qu'on y est allé, Scorpius et moi...disons qu'on a rencontré des araignées géantes et qu'on a dû un peu détruire la salle pour survivre.
Liam s'écarta vivement de l'évier qu'il était en train d'inspecter, imaginant soudain l'apparition d'une de ces araignées meurtrières, prête à lui bondir dessus.
Ils descendirent ensuite les escaliers pour rejoindre le grand hall. Déjà, des élèves sortaient de la Grande Salle pour rejoindre leurs prochains cours. Ils toisèrent les deux hommes, revêtus de l'uniforme des langues-de-plombs. Mais Liam ne remarqua pas leurs coups d'oeil méfiant. Il fut fasciné par l'intérieur de la pièce d'où ils sortaient en masse, à travers les deux grandes portes dorées. Le policier entra, zigzaguant entre les différents groupes d'adolescents qui ne comprenaient pas son expression béate.
Albus le suivit, un léger sourire aux lèvres. Liam n'avait pas pu admirer la Grande Salle lors de leur arrivée. Ils étaient directement montés dans les étages pour poursuivre leurs recherches. Il s'amusa à le contempler, tête levée vers le plafond magique qui montrait à toute l'assistance un ciel bleu radieux. Les quatre longues tables, pareilles à celles des cuisines des elfes de maison, se vidaient peu à peu dans des raclements de chaises et le tintement de couverts déposés.
Trop occupé à observer Liam s'émerveiller du lieu, il ne vit pas la directrice de Poudlard s'approcher de lui.
—Potter, vous avez trouvé ce que vous cherchiez? demanda le professeur McGonagall en le faisait sursauter.
—Euh. Oui. J'ai terminé.
Il n'ajouta rien de plus et la vieille directrice acquiesça, sachant pertinemment que son ancien élève n'avait pas le droit de lui en dire plus.
—Bien, je vous attends dans mon bureau dans ce cas.
—Oui. Enfin, pas tout de suite. Je fais visiter le château à...euh…
Albus perdit ses mots en désignant Liam à quelques mètres devant eux. Celui-ci avait toujours le nez en l'air, admirant, la bouche entrouverte, les nuages s'étendre lentement sur le plafond. Le professeur McGonagall haussa l'un de ses fins sourcils sous ses lunettes qui accentuaient son air sévère. Elle contempla une minute le curieux manège de cet homme étrange en pinçant les lèvres.
—Je vois, dit-elle sur un ton sec qui trahissait toutefois son amusement. Lorsque vous aurez terminé votre visite touristique…, dit-elle en accentuant bien sur ses derniers mots, rejoignez-moi dans mon bureau. Le mot de passe est "Irn-Bru".
Elle tapota gentiment l'épaule d'Albus avant de s'éloigner par la double-porte, en suivant un groupe d'élèves de Gryffondor qui se turent immédiatement lorsqu'ils s'aperçurent de la présence de leur directrice dans leurs dos.
Albus eut toutes les peines du monde à extirper Liam de la Grande Salle. Ils sortirent ensuite dans le parc du château. Ils avaient de la chance, le temps était splendide. Albus lui montra le terrain de Quidditch et ils escaladèrent les gradins pour observer, quelques minutes, l'entraînement de l'équipe des Poufsouffles. Liam poussa un petit cri admiratif en découvrant les joueurs voltiger dans les airs en se passant le souaffle de main en main jusqu'à marquer un but dans l'un des trois anneaux en bout de terrain.
Ils se promenèrent ensuite au bord du lac où Albus lui relata les aventures de son père lors de la deuxième épreuve du Tournoi des trois sorciers. Plusieurs fois, Liam tendit le cou vers les profondeurs du lac en espérant voir surgir tout à coup une des créatures du peuple marin. Albus lui montra après le Saule Cogneur et la cabane d'Hagrid, ponctuant ses visites d'anecdotes sur le trio légendaire ainsi que sur ses souvenirs d'enfance à Poudlard.
Hagrid fut ravi de revoir Albus qu'il serra dans ses bras, manquant de le broyer sous son étreinte, avec sa force de géant. Liam fut impressionné par la taille d'Hagrid qui lui adressa de grands sourires en lui expliquant les soins qu'il donnait à Raymar. Le griffon de Rose profitait de la chaleur de l'été pour piquer un roupillon à l'ombre, sa queue fouettant l'air de temps en temps. Tandis que le demi géant insistait auprès de Liam pour qu'il caresse l'immense félin, Albus avait remarqué les yeux encore bouffis de son ancien professeur. Hagrid ne s'était toujours pas remis de la perte de James et il devait encore le pleurer depuis. Albus lui fut reconnaissant de ne pas lui parler de son frère. Le simple fait de constater la tristesse d'Hagrid, remuait une vague de tristesse qui montait en lui.
Ils déclinèrent poliment l'invitation du demi géant à prendre le thé dans sa cabane avant son prochain cours. Albus estima qu'il était temps de rejoindre le bureau du professeur McGonagall et les deux hommes refirent le chemin inverse. Ils gravirent rapidement les étages désertés par les élèves pour se rendre en cours. Liam et Albus arrivèrent enfin devant la gargouille qui gardait le bureau de McGonagall.
—Irn-Bru! récita Albus à son adresse.
Liam qui avait froncé le nez en l'entendant prononcer le nom d'une friandise écossaise, fit un bond lorsqu'il vit soudain la gargouille s'écarter en faisant glisser le mur derrière elle. Albus le poussa dans l'ouverture et ils montèrent sur la première marche d'un escalier en colimaçon qui se mit à tourner lentement sur lui-même pour les amener en douceur devant une grande porte de chêne pourvue d'un heurtoir en cuivre.
Albus toqua sans hésiter et la voix du professeur McGongall les invita à entrer. Le bureau n'avait pas changé depuis sa dernière visite. C'était une magnifique pièce circulaire aux murs recouverts de portraits d'anciens directeurs et directrices de Poudlard qui dormaient profondément dans leurs cadres. Albus était justement venu pour l'un d'eux qu'il repéra pile en face de lui.
—Je vous laisse, Potter, dit McGongall en contournant son bureau.
En passant, elle croisa le regard d'Albus qui la remercia silencieusement d'un bref signe de tête. Elle ne pouvait malheureusement pas assister à l'entretien au risque de faire rompre le serment d'Albus. Mais il ne craignait rien à parler à un portrait, surtout celui d'une personne décédée depuis une trentaine d'années.
Lorsque la porte se referma derrière eux, Albus s'avança dans la pièce, s'approchant du portrait d'Albus Dumbledore. Le portrait de l'ancien directeur de Poudlard était le plus grand des tableaux. Lors de ses rares visites dans le bureau de McGonagall, le cadre était toujours vide. Albus s'était souvent imaginé l'ancien directeur dans le tableau qui se trouvait dans le propre bureau du Premier Ministre. Mais aujourd'hui, il était bien présent. Dumbledore ne somnolait pas comme les autres directeurs. Il avait le regard vif sous ses lunettes en demi-lune et fixait Albus comme s'il savait déjà ce qu'il allait lui demander. Un léger sourire étirait ses lèvres tandis que la langue-de-plomb se présentait à lui en s'inclinant légèrement.
—Professeur Dumbledore…, le salua-t'il.
Dès qu'il avait parlé, les autres portraits s'éveillèrent pour se tourner vers Albus, intrigués. Liam écoutait en silence, resté en arrière, impressionné par l'allure du vieux sorcier dont le regard semblait le transpercer. Il savait qui était le vieil homme et ses exploits car Albus avait été prénommé ainsi en son honneur. Le sourire de Dumbledore s'élargit en contemplant Albus.
—Tu es le portrait de ton père, Albus, dit-il d'une voix douce.
—On me le dit souvent, sourit-il. Professeur, j'ai besoin de vous.
—En quoi puis-je t'aider?
Albus fit abstraction de tous les regards braqués sur lui qui le dévisageait, intrigués.
—Mon père m'a raconté ce qui lui était arrivé au Ministère quand il a tenté de sauver Sirius Black. Il m'a parlé de la porte scellée. Il m'a dit aussi qu'il vous avait posé la question à l'époque, de ce qu'elle renfermait.
—Comme je l'ai dit à ton père, opina Dumbledore, cette pièce contient une force à la fois plus merveilleuse et plus terrible que la mort, que l'intelligence humaine, que les forces de la nature.
—Elle contient un source, dit Albus en plongeant son regard dans celui de l'ancien directeur.
Un lourd silence suivit sa déclaration. Tous les portraits retenaient leurs souffles, captivés par la discussion entre les deux Albus. Dumbledore hocha la tête avec un sourire énigmatique.
—Vous étiez au courant des sources? demanda encore Albus.
—J'ai mené beaucoup de recherches sur la magie, mon cher Albus, dit Dumbledore. L'une de mes obsessions était son origine et cela m'a mené à cette porte scellée au Ministère.
—Vous y êtes entré, alors?
—La Langue-d'or de l'époque m'a permis d'y entrer, en effet. Il y a de nombreux moyens de vaincre la mort, Albus. J'ai cru longtemps, avant d'apprendre l'existence des reliques, que cette source m'y aiderait.
Dumbledore avait l'air, tout à coup, d'un enfant pris en faute. Il baissa la tête, honteux.
—Le permet-elle? demanda Albus qui songeait à son frère.
—Non, répondit Dumbledore. Rien ne peut défaire la mort. Et le pouvoir de cette source m'a effrayé, bien plus que le pouvoir des reliques de la mort. Alors que le pouvoir était ma faiblesse et ma tentation. Mais ce pouvoir-là, Albus... Il ne peut être contrôler par un seul homme.
—Monsieur, dit Albus soudain effrayé. Il existe un artefact permettant d'aspirer la magie d'une source. Je l'ai découvert sur les fresques de celle de Poudlard. Rowena Serdaigle et Serpentard ont créé cette arme. Un homme dangereux s'en est emparé.
Nouveau silence. Albus se demanda si Dumbledore avait un jour exploré les catacombes de Poudlard, s'il savait qu'il existait l'une de ces sources, juste sous ses pieds. À son air troublé, Albus comprit qu'il ignorait tout.
—J'ai besoin de savoir ce que vous avez découvert près de la source du Ministère. Si vous avez vu quelque chose là-bas, rompit-il le silence.
—Il faut que tu saches, Albus, que la source au Ministère est artificielle, contrairement à celle de Poudlard ou à celle de la Grotte de Merlin.
Albus le dévisagea sans comprendre. Scorpius lui avait expliqué la possibilité de créer une source, petite, mais assez puissante pour permettre aux sbires de Merlin d'y puiser leurs nouveaux pouvoirs. Mais il n'imaginait pas cela pour celle du Ministère.
—Lors de ma visite dans cette pièce secrète, la Langue-d'Or m'a expliqué son histoire. Jadis, d'une époque qui demeure encore floue pour beaucoup de sorciers, de vieilles légendes racontent que le grand Merlin a apporté la magie aux hommes. Comment? Cela je l'ignore. Il n'en demeure pas moins que bien plus tard, après la construction de Poudlard, les sorciers enfin unis en un gouvernement solide ont décidé de concentrer la magie en un point précis pour la rendre accessible à tous les sorciers de leurs territoires. Si la source de Poudlard permet de développer la magie de jeunes sorciers, celle du Ministère préserve celles de tous les sorciers d'Angleterre.
—Si je comprends bien, intervint Liam en s'avançant près d'Albus, les sorciers ont déplacé une source?
—Ou ont fait émerger une autre, tout aussi puissante que l'originale, opina Dumbledore.
Albus prit quelques minutes pour réfléchir. Dumbledore avait parlé de source originale, ce terme avait du sens pour le jeune sorcier qui leva les yeux vers le portrait.
—L'originale, répéta-t'il. C'est la source primale! Le Saint-Graal. Les sorciers ont déplacé son énergie magique au Ministère?! Mais comment?
—Cela, je l'ignore, dit Dumbledore. La Langue-d'or n'a pas voulu m'en dire plus et je t'avoue n'avoir pas cherché à savoir.
—Merlin a laissé des indices pour retrouver le Saint-Graal, professeur, dit encore Albus. L'un d'eux doit se trouver près de la source du Ministère. Vous n'avez rien vu qui ressemblerait à une série de lettres?
Dumbledore sourit et Albus sut qu'il savait quelque chose. Il sentit son excitation grandir et retint son souffle en attendant la réponse du directeur.
—Il y avait bien une inscription près de la source. Je l'ai expliqué à l'époque à ton père, en croyant que ce message désignait le véritable pouvoir de la source. Quelque chose que ton père possédait au plus haut point, alors que Voldemort en était totalement dépourvu.
Liam soupira discrètement au côté d'Albus, incapable de comprendre la charade que leur avait balancée le vieil homme. Mais Albus savait. Il avait compris car il connaissait l'histoire de son père et la grande différence qui le séparait de l'ancien mage noir.
—L'amour…, comprit Albus. C'est ce que vous avez lu?
Dumbledore acquiesça d'un air satisfait. Albus se sentit envahi par une bouffée d'espoir. Il venait de découvrir le deuxième fragment, celui qui lui permettrait de compléter l'énigme de Merlin pour retrouver le Saint-Graal. Il avait réussi à découvrir un secret que ne possédait pas leur ennemi. Ils avaient enfin un coup d'avance sur lui. Il restait cependant encore à trouver celui de Poudlard.
—Monsieur, demanda Albus. J'aurais une autre question. Quand j'ai étudié les runes de l'antichambre de la source à Poudlard, je suis tombé sur un texte.
Il farfouilla dans son sac et en sortit son calepin de note. Il feuilleta frénétiquement les pages jusqu'à tomber sur celle qui l'intéressait.
—"À celui, le plus hardi. Qui pourfendit son plus cher ami. Au plus vaillant, fut confier la mission. De garder secret d'une des portions. L'énigme de son maître, réponse de la création. À son seul héritier, fournira la réponse."
—Cela me semble évident, sourit Dumbledore après l'avoir écouté.
—J'ai compris que ce texte parlait de Godric Gryffondor et qu'il a reçu l'un des trois fragments de l'énigme à protéger. Mais Godric Gryffondor n'a pas d'héritier connu…
—Si, répondit tranquillement Liam à côté de lui.
Les portraits, toujours tenus en haleine par la discussion, se tournèrent tous vers Liam qui ne sut plus où regarder. Albus le dévisagea, surpris et Dumbledore eut un petit rire amusé.
—Comment ça? s'étrangla à moitié Albus.
—Je l'ai lu dans un des livres de la bibliothèque, répondit Liam en haussant les épaules.
Albus était médusé. Il avait envoyé Liam à la bibliothèque pour l'occuper pendant qu'il travaillait sous la tour d'Astronomie. Jamais il n'aurait imaginé qu'il puisse découvrir quoi que ce soit, même dans les livres de la réserve. Il s'en voulut immédiatement de ne pas lui avoir posé la question. Il avait été stupide.
—Tu sais qui est l'héritier de Gryffondor? demanda Albus avec impatience.
—Oui, c'est celui qui reçoit l'épée…
Albus se tut en écarquillant les yeux. Tout prenait enfin sens. Il repensa à ce qu'il avait vu dans sa pensine. Lui et Scorpius admirant les runes aux murs. L'entrée de leurs amis après avoir passé l'épreuve de Godric Gryffondor. Hugo face à la fresque des sources et le regard de Rose, tandis qu'elle serrait dans ses poings l'épée sertie de rubis et tachée du sang du Basilic qu'elle venait de vaincre.
—Rose..., murmura Albus qui avait enfin tout compris.
Je prends le temps de remercier particulièrement Oscar le Carlin pour ses merveilleuses reviews. Merci de tout coeur, surtout quand l'inspiration ne vient pas toujours, une petite ou grosse review redonne toujours le moral.
